Voici la série d'exercices corrigés d'algèbre linéaire et géométrie vectorielle (cours 201-NYC, aussi appelé Maths 105 selon le programme visé) sur les matrices et les systèmes d'équations linéaires. La partie A couvre les bases : opérations sur les matrices et transposée, produit matriciel et la non-commutativité, écriture matricielle d'un système, résolution complète par la méthode de Gauss-Jordan, inverse d'une matrice 3x3 par la méthode [A∣I], matrice inverse et déterminants. La partie B monte au niveau examen : la démonstration que la transposée d'un produit renverse l'ordre des facteurs, l'étude du cas singulier où le déterminant s'annule, un problème de billetterie résolu par la règle de Cramer avec une discussion de faisabilité, les systèmes homogènes et leur espace de solutions, la discussion complète d'un système à paramètres selon le rang, et les propriétés de l'inverse d'un produit.
Cette série s'adresse aux étudiants de cégep en Sciences de la nature comme aux élèves de Première du Lycée Marie de France et du Collège Stanislas qui suivent le complément québécois de mathématiques. Le calcul matriciel est le grand nouveau langage du cours : un système de trois équations à trois inconnues devient une seule équation AX=B, et toute la difficulté se déplace vers la maîtrise des opérations sur les lignes et du déterminant.
Le réflexe à garder tout du long : le produit de matrices n'est pas commutatif. AB et BA n'ont en général ni les mêmes dimensions, ni les mêmes coefficients, et bien souvent l'un des deux n'existe même pas. Avant chaque produit, vérifiez que le nombre de colonnes de la première matrice égale le nombre de lignes de la seconde.
Série autocorrigéeTape tes réponses sous chaque question : la page te dit juste ou faux avant d'ouvrir la correction. Avec un compte, chaque bonne réponse du premier coup rapporte des points.
•Somme et produit par un scalaire : terme à terme, entre matrices de même dimension. (A+B)ij=Aij+Bij et (kA)ij=kAij. Transposée : (AT)ij=Aji (on échange lignes et colonnes).
•Produit matriciel : le coefficient (i;j) de AB est le produit scalaire de la ligne i de A par la colonne j de B. Il faut que le nombre de colonnes de A égale le nombre de lignes de B. En général AB=BA : le produit n'est PAS commutatif.
•Un système linéaire s'écrit AX=B, où A est la matrice des coefficients, X la colonne des inconnues et B la colonne des constantes.
•Méthode de Gauss-Jordan : on écrit la matrice augmentée [A∣B] et, par opérations élémentaires sur les lignes (échanger deux lignes, multiplier une ligne par un scalaire non nul, ajouter à une ligne un multiple d'une autre), on la ramène à la forme échelonnée réduite [I∣X]. La dernière colonne donne alors directement la solution.
•Déterminant 2×2 : det(acbd)=ad−bc. Déterminant 3×3 : développement par cofacteurs le long d'une ligne ou d'une colonne (en alternant les signes +−+).
•Inverse d'une matrice 2×2 : si detA=0, alors A−1=detA1(d−c−ba). Une matrice est inversible si et seulement si son déterminant est non nul.
•Règle de Cramer : si detA=0, l'inconnue xi vaut detAdetAi, où Ai est la matrice A dont la colonne i a été remplacée par la colonne B. Si detA=0, le système n'a pas de solution unique : soit aucune solution, soit une infinité.
Partie A : Opérations et systèmes (/50)
Exercice 1 : Opérations sur les matrices et non-commutativité
On considère les matrices A=(23−10) et B=(1−245).
a) Calculez A+B et 3A−2B.
b) Déterminez la transposée AT.
c) Calculez les deux produits AB et BA.
d) Comparez AB et BA. Que peut-on en conclure sur la commutativité du produit matriciel ?
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Réponses
a)A+B=(3135), 3A−2B=(413−11−10)
b)AT=(2−130)
c)AB=(43312), BA=(1411−12)
d)AB=BA : non commutatif
a) A+B=(2+13−2−1+40+5)=(3135). Pour 3A−2B : 3A=(69−30) et 2B=(2−4810), donc 3A−2B=(413−11−10).
b) AT=(2−130) : la première ligne de A devient la première colonne.
c) AB=((2)(1)+(−1)(−2)(3)(1)+(0)(−2)(2)(4)+(−1)(5)(3)(4)+(0)(5))=(43312). Et BA=((1)(2)+(4)(3)(−2)(2)+(5)(3)(1)(−1)+(4)(0)(−2)(−1)+(5)(0))=(1411−12).
d) AB=(43312)=(1411−12)=BA. Le produit matriciel n'est donc PAS commutatif : l'ordre des facteurs change le résultat. C'est la différence la plus importante avec le produit des nombres réels, et la source d'erreur numéro un du chapitre.
Exercice 2 : Produit matriciel et écriture d'un système
On considère la matrice A=2131−32−121 et la matrice C=120013.
a) Le produit AC est-il défini ? Si oui, donnez ses dimensions, puis calculez-le.
b) Le produit CA est-il défini ? Justifiez.
c) Écrivez le système ⎩⎨⎧2x+y−z=1x−3y+2z=13x+2y+z=10 sous la forme matricielle AX=B, en précisant X et B.
d) Vérifiez, en calculant le produit AX, que X=123 est une solution du système.
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Réponses
a)3×2 : 4−57−235
b)Non : 2 colonnes, 3 lignes
c)X=(x;y;z), B=(1;1;10)
d)AX=B : solution
a) A est 3×3 et C est 3×2 : le nombre de colonnes de A (3) égale le nombre de lignes de C (3), donc AC est défini et de dimension 3×2. AC=(2)(1)+(1)(2)+(−1)(0)(1)(1)+(−3)(2)+(2)(0)(3)(1)+(2)(2)+(1)(0)(2)(0)+(1)(1)+(−1)(3)(1)(0)+(−3)(1)+(2)(3)(3)(0)+(2)(1)+(1)(3)=4−57−235.
b) C est 3×2 et A est 3×3 : le nombre de colonnes de C (2) est différent du nombre de lignes de A (3), donc CA n'est PAS défini. C'est une illustration de plus que l'ordre compte : AC existe mais pas CA.
c) A=2131−32−121, X=xyz et B=1110. Le système s'écrit AX=B.
d) AX=(2)(1)+(1)(2)+(−1)(3)(1)(1)+(−3)(2)+(2)(3)(3)(1)+(2)(2)+(1)(3)=2+2−31−6+63+4+3=1110=B. Le produit redonne exactement B, donc X=(1;2;3) est bien une solution.
Exercice 3 : Résolution par la méthode de Gauss-Jordan
On reprend le système de l'exercice précédent, mais cette fois on le résout sans connaître la réponse à l'avance :
⎩⎨⎧2x+y−z=1x−3y+2z=13x+2y+z=10
a) Écrivez la matrice augmentée [A∣B] du système.
b) Par la méthode de Gauss-Jordan, ramenez cette matrice à la forme échelonnée réduite. Indiquez les opérations élémentaires utilisées à chaque étape.
c) Déduisez-en la solution du système.
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Réponses
a)Matrice 3×4
b)Forme réduite [I∣X]
c)(1;2;3)
a) [A∣B]=2131−32−1211110.
b) On échange d'abord L1 et L2 pour placer un 1 en haut à gauche : 123−3122−111110. Puis L2←L2−2L1 et L3←L3−3L1 : 100−37112−5−51−17.
b, suite) L2←71L2 donne une ligne (0;1;−75∣−71). On élimine la colonne 2 ailleurs : L1←L1+3L2 et L3←L3−11L2. La troisième ligne devient (0;0;720∣760), soit après L3←207L3 la ligne (0;0;1∣3) : donc z=3.
c) En remontant (ou en finissant la réduction) : la ligne 2 donne y−75z=−71, d'où y=7−1+5(3)=714=2. La ligne 1 donne x−3y+2z=1, d'où x=1+3(2)−2(3)=1. La forme échelonnée réduite est donc [I∣X] avec X=(1;2;3). Le système admet la solution unique x=1,y=2,z=3, ce qui confirme la vérification de l'exercice 2.
Exercice 4 : Déterminants et matrice inverse
On considère M=(23−10) et A=2131−32−121.
a) Calculez detM.
b) M est-elle inversible ? Si oui, déterminez M−1, puis vérifiez que MM−1=I.
c) Calculez detA par développement selon la première ligne.
d) Que peut-on conclure, à partir de detA, sur le nombre de solutions du système AX=B de l'exercice 3, sans le résoudre ?
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Réponses
a)detM=3
b)M−1=(0−13132)
c)detA=−20
d)Solution unique
a) detM=(2)(0)−(−1)(3)=0+3=3.
b) detM=3=0, donc M est inversible. M−1=31(0−312)=(0−13132). Vérification : MM−1=(23−10)(0−13132)=(0+10+032−321+0)=(1001)=I.
c) detA=2det(−3221)−1det(1321)+(−1)det(13−32). Or det(−3221)=−3−4=−7, det(1321)=1−6=−5 et det(13−32)=2+9=11. Donc detA=2(−7)−1(−5)−1(11)=−14+5−11=−20.
d) detA=−20=0, donc A est inversible et le système AX=B admet une solution unique, quelle que soit la colonne B. On le sait sans résoudre : c'est bien cohérent avec la solution unique (1;2;3) trouvée à l'exercice 3.
Exercice 5 : Inverse d'une matrice 3x3 par la méthode de Gauss-Jordan
On considère la matrice A=1240−11238. On veut son inverse par la méthode [A∣I]→[I∣A−1], distincte de la formule par cofacteurs.
a) Écrivez la matrice augmentée [A∣I3], puis appliquez la méthode de Gauss-Jordan en indiquant les opérations élémentaires. Déduisez-en A−1.
b) Vérifiez votre résultat en calculant le produit AA−1.
c) Utilisez A−1 pour résoudre le système AX=B avec B=123, en écrivant X=A−1B.
d) Expliquez en une phrase pourquoi cette méthode devient particulièrement avantageuse lorsqu'on doit résoudre plusieurs systèmes AX=B avec la même matrice A mais des colonnes B différentes.
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Réponses
a)A−1=−11−4620−121−1
b)AA−1=I3
c)(−1;−1;1)
d)Inversion faite une fois
a) On part de [A∣I]=1240−11238100010001. On annule la première colonne sous le pivot : L2←L2−2L1 et L3←L3−4L1 donnent 1000−112−101−2−4010001.
On rend le pivot de la deuxième ligne égal à 1 par L2←−L2 : ligne (0;1;1∣2;−1;0). Puis L3←L3−L2 donne (0;0;−1∣−6;1;1), et L3←−L3 donne (0;0;1∣6;−1;−1) : le pivot de la troisième ligne vaut 1.
Il reste à annuler la troisième colonne au-dessus du dernier pivot : L2←L2−L3 donne (0;1;0∣−4;0;1), et L1←L1−2L3 donne (1;0;0∣−11;2;2). La partie gauche est maintenant I3, donc A−1=−11−4620−121−1.
b) AA−1=1240−11238−11−4620−121−1. Première ligne : (1)(−11)+(0)(−4)+(2)(6)=1, (1)(2)+(0)(0)+(2)(−1)=0, (1)(2)+(0)(1)+(2)(−1)=0. En poursuivant sur les deux autres lignes, on obtient I3, ce qui valide l'inverse.
c) X=A−1B=−11−4620−121−1123=−11+4+6−4+0+36−2−3=−1−11. La solution est x=−1, y=−1, z=1. Vérification sur la première équation x+2z=1 : −1+2(1)=1, conforme.
d) Une fois A−1 connue, chaque nouveau système avec la même matrice se résout par un simple produit A−1B, sans recommencer la réduction : le travail coûteux, l'inversion, n'est fait qu'une seule fois.
Partie B : Niveau examen (/50)
Exercice 6 : Démonstration et le cas singulier
Cet exercice mêle une démonstration générale et l'étude d'un système dépendant d'un paramètre.
a) Soit A=(1023) et B=(4215). Calculez (AB)T et BTAT, et vérifiez qu'ils sont égaux. La propriété générale est (AB)T=BTAT : la transposition renverse l'ordre des facteurs.
b) On considère la matrice Ak=(132k). Pour quelle valeur de k la matrice Ak n'est-elle pas inversible ?
c) Discutez, selon la valeur de c, le nombre de solutions du système {x+2y=33x+6y=c. Reliez votre réponse au fait que le déterminant de la matrice des coefficients est nul.
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Réponses
a)(AB)T=BTAT=(811615)
b)k=6
c)c=9 : infinité ; sinon aucune
a) AB=((1)(4)+(2)(2)(0)(4)+(3)(2)(1)(1)+(2)(5)(0)(1)+(3)(5))=(861115), donc (AB)T=(811615). Par ailleurs BT=(4125) et AT=(1203), donc BTAT=((4)(1)+(2)(2)(1)(1)+(5)(2)(4)(0)+(2)(3)(1)(0)+(5)(3))=(811615). Les deux résultats coïncident : (AB)T=BTAT. Remarquez que ATBT, dans le mauvais ordre, donnerait autre chose : c'est bien l'ordre inversé qui est correct.
b) detAk=(1)(k)−(2)(3)=k−6. La matrice n'est pas inversible lorsque son déterminant est nul, c'est-à-dire pour k=6.
c) La matrice des coefficients est (1326), de déterminant (1)(6)−(2)(3)=0 : le système n'a donc pas de solution unique. En détail, la deuxième équation vaut 3x+6y=c, soit 3(x+2y)=c. Comme la première équation impose x+2y=3, on aurait 3(3)=c, c'est-à-dire c=9. Donc : si c=9, les deux équations sont proportionnelles et le système a une infinité de solutions (toute la droite x+2y=3) ; si c=9, les deux droites sont parallèles distinctes et le système n'a aucune solution. Le déterminant nul signale exactement cette bascule entre infinité de solutions et aucune.
Exercice 7 : Problème : la billetterie, par la règle de Cramer
Une salle de spectacle vend trois types de billets : étudiant, régulier et VIP, aux prix respectifs de 15 $, 25 $ et 40 $. Pour une représentation, on note e, r et v le nombre de billets de chaque type vendus. On sait que :
il s'est vendu 380 billets en tout ; la recette totale est de 8400 $ ; il s'est vendu deux fois plus de billets réguliers que de billets VIP.
a) Traduisez les trois conditions en un système de trois équations aux inconnues e, r et v, puis écrivez la matrice des coefficients A et calculez detA.
b) Résolvez le système par la règle de Cramer, c'est-à-dire en calculant e=detAdetAe, r=detAdetAr et v=detAdetAv.
c) Question de synthèse : on garde les mêmes 380 billets vendus et la même condition r=2v, mais on remplace la recette par une valeur cible S. Pour quelles valeurs de S existe-t-il une répartition valable, c'est-à-dire avec e≥0, r≥0 et v≥0 ? Interprétez les deux bornes.
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Réponses
a)detA=−45
b)200, 120, 60
c)5700≤S≤11400
a) Les conditions donnent ⎩⎨⎧e+r+v=38015e+25r+40v=8400r−2v=0. La matrice des coefficients est A=11501251140−2. Par développement selon la première colonne : detA=1det(25140−2)−15det(111−2)+0=1(−50−40)−15(−2−1)=−90+45=−45. Comme detA=−45=0, la solution est unique.
b) On remplace tour à tour chaque colonne par B=38084000. On obtient detAe=−9000, detAr=−5400 et detAv=−2700. D'où e=−45−9000=200, r=−45−5400=120 et v=−45−2700=60. Vérification : 200+120+60=380, 15(200)+25(120)+40(60)=3000+3000+2400=8400 et 120=2(60). La salle a vendu 200 billets étudiant, 120 réguliers et 60 VIP.
c) Avec r=2v, la première équation donne e+2v+v=380, soit e=380−3v. La recette devient S=15(380−3v)+25(2v)+40v=5700+45v, d'où v=45S−5700. La contrainte v≥0 impose S≥5700 : c'est la recette minimale, atteinte quand v=0 (aucun billet régulier ni VIP, 380 billets étudiant, recette 15×380=5700 $). La contrainte e=380−3v≥0 impose v≤3380, donc S≤5700+45⋅3380=5700+5700=11400 : c'est la recette maximale, atteinte quand tous les étudiants disparaissent au profit des réguliers et VIP. Une répartition valable existe donc si et seulement si 5700≤S≤11400 $ (avec en plus v entier pour un compte exact de billets). La recette réelle de 8400 $ est bien dans cet intervalle, ce qui est cohérent avec la solution trouvée en b).
Exercice 8 : Système homogène, solutions non triviales et espace des solutions
On considère le système homogène ⎩⎨⎧x+2y−z=02x−y+3z=03x+y+2z=0, dont la matrice des coefficients est A=1232−11−132.
a) Calculez detA. Que peut-on en déduire sur l'existence de solutions autres que la solution nulle ?
b) Résolvez le système par la méthode de Gauss et donnez sa solution générale sous forme paramétrée.
c) Interprétez géométriquement l'ensemble des solutions dans l'espace.
d) Justifiez que tout système linéaire homogène admet au moins une solution, et énoncez la condition exacte pour qu'il en admette une infinité.
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Réponses
a)detA=0 : solutions non triviales
b)t(−1;1;1)
c)Droite par l'origine
d)Infinité si detA=0
a) Par développement selon la première ligne : detA=1((−1)(2)−(3)(1))−2((2)(2)−(3)(3))+(−1)((2)(1)−(−1)(3))=1(−5)−2(−5)−1(5)=−5+10−5=0. Le déterminant est nul, donc la matrice est singulière : le système homogène admet des solutions non triviales, c'est-à-dire d'autres solutions que (0;0;0). Une remarque accélère tout : la troisième ligne est la somme des deux premières, L3=L1+L2, ce qui rendait la dépendance visible sans calcul.
b) On garde les deux premières équations, la troisième étant redondante. De x+2y−z=0 et 2x−y+3z=0, on élimine x : L2←L2−2L1 donne −5y+5z=0, soit y=z. En reportant dans la première : x=z−2y=z−2z=−z. En posant z=t comme paramètre libre, la solution générale est (x;y;z)=(−t;t;t)=t(−1;1;1). On peut aussi bien écrire la direction (1;−1;−1) en changeant le signe du paramètre.
c) L'ensemble des solutions est une droite passant par l'origine, de vecteur directeur (−1;1;1). C'est cohérent avec la géométrie : chaque équation homogène représente un plan passant par l'origine, et comme les trois plans ont un rang 2 (la troisième équation n'apporte rien), leur intersection commune n'est pas réduite au seul point origine mais est une droite entière.
d) Un système homogène s'écrit AX=0. Le vecteur nul X=0 le vérifie toujours, car A0=0 : il existe donc toujours au moins la solution triviale. Le système admet en plus des solutions non triviales, donc une infinité, si et seulement si detA=0 (la matrice est singulière, ses colonnes sont linéairement dépendantes). Si detA=0, la seule solution est la solution nulle. C'est le cas ici, avec detA=0 et une droite entière de solutions.
Exercice 9 : Discussion d'un système à deux paramètres selon le rang
On considère le système ⎩⎨⎧x+y+z=2x+2y+3z=52x+3y+az=b, où a et b sont deux paramètres réels.
a) Calculez le déterminant de la matrice des coefficients en fonction de a. Pour quelle valeur de a le système peut-il ne pas avoir de solution unique ?
b) Pour a=4, que peut-on affirmer sur le nombre de solutions, sans les calculer ?
c) Placez-vous dans le cas a=4. Discutez le nombre de solutions selon la valeur de b, en vous appuyant sur une réduction de Gauss.
d) Pour a=4 et la valeur de b qui donne une infinité de solutions, écrivez la solution générale sous forme paramétrée.
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Réponses
a)det=a−4 : a=4
b)Solution unique
c)b=7 : infinité ; sinon aucune
d)(−1;3;0)+t(1;−2;1)
a) Le déterminant de 11212313a, développé selon la première ligne, vaut 1(2a−9)−1(a−6)+1(3−4)=2a−9−a+6−1=a−4. Il s'annule pour a=4 : c'est la seule valeur pour laquelle le système peut ne pas avoir de solution unique.
b) Pour a=4, det=0, la matrice est inversible et le système admet une solution unique, quelle que soit la valeur de b. La règle de Cramer ou l'inverse s'appliquent sans réserve.
c) Pour a=4, la matrice des coefficients devient 112123134, et l'on remarque que L3=L1+L2. La compatibilité dépend donc du même test appliqué au membre de droite : il faut que b=2+5=7. On le voit par réduction : L2←L2−L1 et L3←L3−2L1 donnent les lignes (0;1;2∣3) et (0;1;2∣b−4) ; puis L3←L3−L2 donne (0;0;0∣b−7). Si b=7, cette ligne s'écrit 0=b−7=0, une contradiction : le système n'a aucune solution. Si b=7, la ligne devient 0=0 : le système a une infinité de solutions.
d) Pour a=4 et b=7, il reste deux équations indépendantes : x+y+z=2 et y+2z=3. On prend z=t comme paramètre libre : y=3−2t et x=2−y−z=2−(3−2t)−t=−1+t. La solution générale est (x;y;z)=(−1+t;3−2t;t)=(−1;3;0)+t(1;−2;1). C'est une droite de solutions, cohérente avec le rang 2 de la matrice quand a=4.
Exercice 10 : Démonstrations : propriétés de l'inverse et matrices particulières
Les questions a) à c) sont des démonstrations générales portant sur des matrices carrées inversibles d'ordre n. La question d) illustre le résultat de a) sur un exemple.
a) Soit A et B deux matrices inversibles de même ordre. Démontrez que AB est inversible et que (AB)−1=B−1A−1, en insistant sur l'ordre des facteurs.
b) Démontrez que si A est inversible, alors AT l'est aussi et (AT)−1=(A−1)T.
c) Démontrez que si une matrice A vérifie A2=A et qu'elle est inversible, alors A=I.
d) Illustrez a) avec A=(2001) et B=(1011) : calculez (AB)−1 et B−1A−1, et vérifiez qu'ils sont égaux mais que A−1B−1 diffère.
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Réponses
a)(AB)−1=B−1A−1
b)(AT)−1=(A−1)T
c)A−1A2=A−1A : A=I
d)(210−11) ; A−1B−1 diffère
a) Il suffit d'exhiber une matrice qui, multipliée par AB, donne l'identité des deux côtés. Posons C=B−1A−1. Alors (AB)C=(AB)(B−1A−1)=A(BB−1)A−1=AIA−1=AA−1=I, en utilisant l'associativité du produit. De même C(AB)=B−1(A−1A)B=B−1IB=B−1B=I. Donc AB est inversible et son inverse est B−1A−1. L'ordre est renversé : écrire A−1B−1 serait faux, car les facteurs intérieurs ne se simplifieraient plus. C'est le même renversement que pour la transposée, (AB)T=BTAT.
b) On applique la transposition à l'identité AA−1=I. Comme (XY)T=YTXT et IT=I, on obtient (A−1)TAT=I. De même, en transposant A−1A=I, on obtient AT(A−1)T=I. La matrice (A−1)T est donc l'inverse de AT des deux côtés : AT est inversible et (AT)−1=(A−1)T.
c) Partons de A2=A. Comme A est inversible, on peut multiplier les deux membres à gauche par A−1 : A−1A2=A−1A. Le membre de gauche vaut A−1(AA)=(A−1A)A=IA=A, et le membre de droite vaut I. Donc A=I. Autrement dit, la seule matrice inversible idempotente est l'identité : les autres matrices vérifiant A2=A (les projecteurs non triviaux) sont toutes singulières.
d) AB=(2001)(1011)=(2021), de déterminant 2, donc (AB)−1=21(10−22)=(210−11). Par ailleurs A−1=(21001) et B−1=(10−11), donc B−1A−1=(10−11)(21001)=(210−11)=(AB)−1. En revanche A−1B−1=(21001)(10−11)=(210−211)=(AB)−1 : le mauvais ordre donne bien un résultat différent.
Partie C : les classiques (/50)
Exercice 11 : Équations matricielles : où placer l'inverse
On considère A=(2513) et B=(1201). On cherche des matrices X d'ordre 2.
a) Montrez que A est inversible et calculez A−1.
b) Résolvez AX=B.
c) Résolvez XA=B. La solution est-elle la même qu'en b) ?
d) Résolvez AX+X=B.
e) Un étudiant écrit, pour b), « X=AB ». Que faut-il lui répondre ?
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Réponses
a)A−1=(3−5−12)
b)X=(1−1−12)
c)X=(31−10) : différente
d)X=71(21−13)
e)Pas de division matricielle
a) detA=6−5=1=0, donc A est inversible et A−1=11(3−5−12)=(3−5−12).
b) On multiplie À GAUCHE par A−1 : X=A−1B=(3−2−5+4−12)=(1−1−12). Contrôle : AX=(2−15−3−2+2−5+6)=B.
c) On multiplie À DROITE par A−1 : X=BA−1=(36−5−1−2+2)=(31−10). Contrôle : XA=(6−523−31)=B. La solution diffère de celle de b) : le produit n'étant pas commutatif, le côté où se trouve X décide du côté où l'on place A−1.
d) On factorise X à droite : AX+X=AX+IX=(A+I)X=B. Écrire (A+1)X n'aurait aucun sens, on n'ajoute pas un nombre à une matrice. A+I=(3514), de déterminant 7, d'inverse 71(4−5−13). Donc X=71(4−2−5+6−13)=71(21−13).
e) La division par une matrice n'existe pas : AB ne dit pas si l'on multiplie par A−1 à gauche ou à droite, et c'est justement ce qui change la réponse entre b) et c). On écrit toujours A−1B ou BA−1, jamais une fraction.
Le fil : pour isoler X, on multiplie par l'inverse du même côté que le facteur à éliminer ; X se met en facteur avec I, pas avec 1.
Exercice 12 : Matrices triangulaires : produits, puissances et inverse
On considère les matrices triangulaires supérieures T=(1023) et U=(20−11), ainsi que la matrice diagonale D=2000−10003.
a) Calculez TU. Quelle forme a le produit, et que valent ses coefficients diagonaux ?
b) Calculez T2 et T3, conjecturez l'expression de Tn, puis démontrez-la par récurrence.
c) Calculez T−1. Est-elle encore triangulaire ?
d) Calculez D5 et D−1.
e) À quelle condition une matrice triangulaire est-elle inversible ? La matrice 100400562 l'est-elle ?
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Réponses
a)TU=(2013)
b)Tn=(103n−13n)
c)T−1=(10−3231)
d)diag(32;−1;243) ; diag(21;−1;31)
e)Diagonale sans zéro ; ici non
a) TU=(20−1+23)=(2013) : encore triangulaire supérieure, et sa diagonale est le produit terme à terme des diagonales, 1×2 et 3×1.
b) T2=(102+69)=(1089) et T3=T2T=(102+2427)=(102627). Conjecture : Tn=(103n−13n), vraie pour n=1. Si elle est vraie au rang n, alors Tn+1=TnT=(102+3(3n−1)3n+1)=(103n+1−13n+1) : elle est héréditaire.
c) detT=3 et T−1=31(30−21)=(10−3231) : triangulaire supérieure, de diagonale formée des inverses 1 et 31.
d) Pour une matrice diagonale, on élève chaque coefficient diagonal à la puissance : D5=diag(32;−1;243), et on les inverse : D−1=diag(21;−1;31).
e) Le déterminant d'une matrice triangulaire est le produit de ses coefficients diagonaux : elle est inversible si et seulement si aucun d'eux n'est nul. La matrice proposée a un 0 sur la diagonale, son déterminant vaut 1×0×2=0 : elle n'est pas inversible, malgré ses grands coefficients hors diagonale.
Le fil : produits, puissances et inverses des matrices triangulaires restent triangulaires, et leur diagonale se calcule terme à terme.
Exercice 13 : La trace d'un produit
La trace d'une matrice carrée, notée tr, est la somme de ses coefficients diagonaux. On considère A=(1324) et B=(051−2).
a) Calculez AB et BA, puis leurs traces. Les deux produits sont-ils égaux ?
b) Démontrez que tr(AB)=tr(BA) pour toutes matrices carrées A et B d'ordre 2.
c) Existe-t-il deux matrices carrées d'ordre 2 telles que AB−BA=I ? Justifiez.
d) Avec E=(1000), F=(0010) et G=(0100), calculez tr(EFG) et tr(FEG). Qu'en concluez-vous ?
e) Montrez que tr(P−1AP)=tr(A) pour toute matrice P inversible, et vérifiez-le avec P=(1011).
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Réponses
a)Traces égales à 5, produits différents
b)Mêmes quatre produits
c)Non : 0=2
d)1 et 0 : trace cyclique seulement
e)Trace 5 conservée
a) AB=(1020−3−5) et BA=(3−142). Les produits sont différents, mais tr(AB)=10−5=5 et tr(BA)=3+2=5.
b) Avec A=(aij) et B=(bij) : tr(AB)=(a11b11+a12b21)+(a21b12+a22b22) et tr(BA)=(b11a11+b12a21)+(b21a12+b22a22). Ce sont les quatre mêmes produits de nombres, rangés autrement : les deux traces sont égales. Le même calcul, ∑i,jaijbji, vaut pour tout ordre n.
c) Non. La trace est linéaire, donc tr(AB−BA)=tr(AB)−tr(BA)=0, alors que tr(I)=2. Aucune paire de matrices ne peut vérifier cette égalité, en aucun ordre fini.
d) EF=(0010), puis EFG=(1000), de trace 1. FE=(0000), donc FEG est nulle, de trace 0. On peut faire tourner les facteurs, tr(EFG)=tr(GEF), mais pas les permuter librement : la propriété est CYCLIQUE, pas commutative.
e) Par b) appliqué à P−1A et P : tr((P−1A)P)=tr(P(P−1A))=tr(A). Avec P−1=(10−11) : P−1A=(−23−24) et P−1AP=(−23−47), de trace 5=tr(A). Deux matrices semblables ont la même trace, ce qui servira pour les valeurs propres.
Le fil : la trace ne voit pas l'ordre d'un produit de deux facteurs ; c'est ce qui interdit AB−BA=I et rend la trace invariante par changement de base.
Exercice 14 : Problème : les flux de voitures dans un quartier
Quatre carrefours A, B, C et D forment un carré parcouru par des rues à sens unique : x1 voitures par heure vont de A à B, x2 de B à C, x3 de C à D et x4 de D à A.
Des rues extérieures apportent et emportent du trafic, en voitures par heure : en A, 500 entrent et 200 sortent ; en B, 300 entrent et 400 sortent ; en C, 200 entrent et 600 sortent ; en D, 400 entrent et 200 sortent. À chaque carrefour, il entre autant de voitures qu'il en sort.
a) Écrivez les quatre équations de conservation.
b) Calculez le rang du système. Pourquoi une équation est-elle redondante ?
c) Exprimez x2, x3 et x4 en fonction de x1=t, puis calculez-les pour t=600.
d) Aucun flux ne peut être négatif, les rues étant à sens unique. Quelle est la plus petite valeur possible de x1 ?
e) Des travaux ferment la rue de C à D. Quels sont les autres flux ? Pourrait-on en plus limiter la rue de B à C à 300 voitures par heure ?
a) En A : 500+x4=x1+200, soit x1−x4=300. En B : x1+300=x2+400, soit x1−x2=100. En C : x2+200=x3+600, soit x2−x3=400. En D : x3+400=x4+200, soit x3−x4=−200.
b) Les équations de B, C et D, additionnées, donnent x1−x4=300, celle de A. Le rang vaut 3 : quatre inconnues et trois équations indépendantes, donc un paramètre libre. La redondance vient du bilan global : il entre 1400 voitures par heure dans le quartier et il en sort 1400, donc le dernier carrefour est équilibré dès que les trois autres le sont.
c) x2=t−100, x3=x2−400=t−500 et x4=x3+200=t−300. Pour t=600 : x2=500, x3=100 et x4=300. Contrôle en A : 600−300=300.
d) Il faut t−100≥0, t−500≥0 et t−300≥0 : la contrainte la plus forte est t≥500. Au minimum, 500 voitures par heure vont de A à B, et la rue de C à D est alors vide.
e) x3=0 impose t=500, donc x1=500, x2=400 et x4=200 : une seule répartition possible. Limiter x2 à 300 exigerait t≤400, incompatible avec t≥500 : impossible sans modifier les entrées et sorties, le quartier serait saturé.
Le fil : un réseau de flux se traduit par un système dont le rang dit le nombre de degrés de liberté ; les contraintes physiques découpent ensuite l'intervalle des solutions acceptables.
Exercice 15 : Problème : la production d'une boulangerie en matrices
Une boulangerie fabrique des croissants, des pains au chocolat et des brioches. La matrice M donne, en grammes, la farine, le beurre et le sucre (lignes) utilisés pour une pièce de chaque produit (colonnes) : M=50255552510601515.
Le prix d'achat des ingrédients, en dollars par gramme, est donné par la matrice ligne p=(0,0020,0120,003).
a) Une commande comporte 100 croissants, 80 pains au chocolat et 50 brioches, notée q=1008050. Calculez Mq et interprétez.
b) Calculez pM et interprétez chacun de ses coefficients.
c) Calculez le coût des ingrédients de la commande de deux façons, p(Mq) et (pM)q.
d) Le stock du jour est de 11900 grammes de farine, 5100 grammes de beurre et 2000 grammes de sucre. Calculez detM, puis déterminez la production qui utilise exactement tout le stock.
e) Pourquoi la question d) exige-t-elle detM=0, et que signifierait une solution avec une composante négative ?
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Réponses
a)12 400 g, 5 250 g, 2 050 g
b)0,415 ; 0,44 ; 0,345 dollar
c)93,95 dollars
d)detM=2250 ; 80, 100, 40
e)Solution unique ; négatif : impossible
a) Mq=5000+4400+30002500+2000+750500+800+750=1240052502050 : la commande demande 12400 grammes de farine, 5250 de beurre et 2050 de sucre. Le produit est défini parce que M a trois colonnes, une par produit, comme q a trois lignes.
b) pM=(0,1+0,3+0,0150,11+0,3+0,030,12+0,18+0,045)=(0,4150,440,345) : le coût des ingrédients d'un croissant, d'un pain au chocolat et d'une brioche, en dollars.
c) p(Mq)=0,002×12400+0,012×5250+0,003×2050=24,80+63,00+6,15=93,95 dollars. (pM)q=0,415×100+0,44×80+0,345×50=41,50+35,20+17,25=93,95 dollars. Même résultat : c'est l'associativité du produit matriciel, lue en ingrédients puis en produits.
d) detM=50(375−150)−55(375−75)+60(250−125)=11250−16500+7500=2250=0. Le système Mq=s a une solution unique ; on vérifie que q=8010040 convient : 4000+5500+2400=11900, 2000+2500+600=5100 et 400+1000+600=2000. La boulangerie peut faire 80 croissants, 100 pains au chocolat et 40 brioches.
e) Si detM=0, les recettes seraient liées, par exemple une recette combinaison des deux autres : le système aurait une infinité de solutions ou aucune, jamais une production unique. Une composante négative serait une solution mathématique sans sens physique : pour vider exactement le stock, il faudrait « défaire » des pâtisseries, et l'on devrait alors renoncer à tout utiliser.
Le fil : lignes et colonnes d'une matrice portent un sens ; un produit matriciel n'est défini que si ces sens s'enchaînent, et une solution n'est acceptable que si elle respecte la réalité.
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