Chimie des solutions 202-NYB • Complément québécois de Terminale et cégep à Montréal
Exercices corrigés : la cinétique chimique (202-NYB)
Voici la série d'exercices corrigés de chimie du cours 202-NYB sur la cinétique chimique. La partie A construit l'outillage : vitesses moyennes et rapports stœchiométriques, détermination d'une loi de vitesse par la méthode des vitesses initiales (avec les unités de la constante à justifier), les trois lois intégrées (ordres 0, 1 et 2) que l'on sait départager rien qu'en comparant deux demi-vies successives, et la loi d'Arrhenius, du calcul de l'énergie d'activation au facteur d'accélération d'un catalyseur. La partie B monte au niveau examen : la lecture complète d'un profil énergétique, un mécanisme dont l'étape lente doit reproduire la loi de vitesse observée, un mécanisme à pré-équilibre où l'intermédiaire s'élimine et où l'énergie d'activation apparente devient négative, l'élimination d'un médicament, et un problème de procédé où il faut trancher entre chauffer et catalyser.
Cette série s'adresse aux étudiants de cégep en Sciences de la nature comme aux élèves de Terminale du Lycée Marie de France et du Collège Stanislas qui suivent le complément québécois de chimie (spécialité physique-chimie). Le saut par rapport au secondaire est net : la cinétique de 202-NYB est quantitative, avec des ordres de réaction déterminés expérimentalement, des lois intégrées en logarithme et l'exponentielle d'Arrhenius.
Le réflexe à garder tout du long : la loi de vitesse ne se lit JAMAIS sur l'équation globale. Les exposants sont expérimentaux, mesurés en comparant des vitesses initiales; seule une étape ÉLÉMENTAIRE d'un mécanisme a le droit d'afficher ses coefficients en exposants. Confondre équation bilan et acte moléculaire est l'erreur la plus sanctionnée du chapitre.
Série autocorrigéeTape tes réponses et vérifie-les question par question : la page te dit juste ou faux avant d'ouvrir la correction. Avec un compte, chaque bonne réponse du premier coup rapporte des points, et tes réponses justes restent remplies quand tu reviens.
•Vitesse générale d'une réaction aA+bB→cC+dD : v=−a1ΔtΔ[A]=−b1ΔtΔ[B]=+c1ΔtΔ[C] : une seule vitesse pour la réaction, chaque espèce divisée par son coefficient.
•Loi de vitesse : v=k[A]m[B]n, avec des ordres m et n EXPÉRIMENTAUX (méthode des vitesses initiales : on double une concentration à la fois et on lit l'effet sur v). Les unités de k dépendent de l'ordre global.
•Premier ordre : ln[A]t=ln[A]0−kt (droite en ln[A] contre t). Demi-vie CONSTANTE : t1/2=kln2, indépendante de la concentration : c'est la signature du premier ordre.
•Loi d'Arrhenius : k=Ae−Ea/RT avec R=8,314 J/(mol·K) et T en kelvins. Forme à deux températures : lnk1k2=REa(T11−T21).
•Un catalyseur abaisse Ea (nouveau chemin réactionnel) sans changer ΔH ni l'équilibre : il accélère les deux sens.
•Mécanisme réactionnel : suite d'étapes ÉLÉMENTAIRES dont la somme redonne l'équation globale. L'étape LENTE impose sa loi de vitesse. Un intermédiaire est produit puis consommé; un catalyseur est consommé puis régénéré.
Partie A : Vitesses, lois de vitesse et lois intégrées (/50)
Exercice 1 : Une vitesse, plusieurs espèces
On suit la décomposition du pentoxyde de diazote : 2N2O5(g)→4NO2(g)+O2(g). Dans un récipient fermé, [N2O5] passe de 0,100 mol/L à 0,088 mol/L pendant les 100 premières secondes.
a) Calculez la vitesse moyenne de disparition de N2O5 sur cet intervalle.
b) Déduisez les vitesses moyennes de formation de NO2 et de O2 sur le même intervalle. Justifiez par la stœchiométrie.
c) Calculez la vitesse GÉNÉRALE de la réaction et montrez qu'elle est la même quelle que soit l'espèce utilisée pour la calculer.
d) La vitesse mesurée entre 400 s et 500 s sera-t-elle plus grande, égale ou plus petite ? Expliquez avec la théorie des collisions.
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Réponses
a)vN2O5=1,2×10−4 mol/(L·s)
b)vNO2=2,4×10−4 mol/(L·s) et vO2=6,0×10−5 mol/(L·s)
c)v=6,0×10−5 mol/(L·s), la même par les trois espèces
d)Plus petite : les réactifs se raréfient, les collisions efficaces aussi
Les rapports suivent les coefficients : pour 2 N2O5 consommés, 4 NO2 et 1 O2 se forment. vNO2=24×1,2×10−4=2,4×10−4 mol/(L·s) et vO2=21×1,2×10−4=6,0×10−5 mol/(L·s). Le NO2 apparaît deux fois plus vite que le N2O5 ne disparaît : parler de "LA vitesse" sans préciser l'espèce est ambigu.
c)
v=21vN2O5=41vNO2=11vO2=6,0×10−5 mol/(L·s) : les trois quotients donnent le même nombre. Diviser par le coefficient efface la stœchiométrie et laisse une vitesse unique, propriété de la RÉACTION et non d'une espèce.
d)
Plus petite. La vitesse dépend de la fréquence des collisions efficaces, donc de la concentration des réactifs : à mesure que N2O5 se consomme, ses molécules se raréfient, les collisions se font plus rares et la réaction ralentit. C'est pourquoi les courbes concentration-temps s'aplatissent : la vitesse initiale est la plus grande de toute l'histoire de la réaction.
Coche ici les exercices faits ou à revoir : un compte gratuit, sans mot de passe, retient tes coches et tes réponses justes d'une visite à l'autre, te dit quel chapitre attaquer ensuite et te permet de demander l'exercice qui te manque. Crée ton espace, un courriel suffit.
Exercice 2 : La méthode des vitesses initiales
Pour la réaction A+B→ produits, trois expériences donnent les vitesses initiales suivantes.
a) Déterminez l'ordre de la réaction par rapport à A, puis par rapport à B, en explicitant le raisonnement de comparaison.
b) Écrivez la loi de vitesse et donnez l'ordre global.
c) Calculez la constante de vitesse k et JUSTIFIEZ ses unités.
d) Prédisez la vitesse initiale d'une expérience où [A]=0,30 mol/L et [B]=0,05 mol/L. Pourquoi la loi de vitesse ne pouvait-elle pas se deviner sur l'équation A+B→ produits ?
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Réponses
a)Ordre 2 en A, ordre 1 en B
b)v=k[A]2[B], ordre global 3
c)k=2,0 L²/(mol²·s), unités L²·mol⁻²·s⁻¹
d)v=9,0×10−3 mol/(L·s) ; les ordres se mesurent, ils ne se lisent pas sur le bilan
a)
Des expériences 1 à 2 : [A] double à [B] constant, et v est multipliée par 2,08,0=4=22 : ordre 2 en A. Des expériences 1 à 3 : [B] double à [A] constant, v est multipliée par 2 : ordre 1 en B. Toujours ne changer qu'UNE concentration à la fois : c'est ce qui isole chaque exposant.
b)
v=k[A]2[B], ordre global 2+1=3.
c)
Avec l'expérience 1 : k=[A]2[B]v=(0,10)2(0,10)2,0×10−3=2,0 L²/(mol²·s). Unités : v est en mol/(L·s) et [A]2[B] en mol³/L³; le quotient impose L²·mol⁻²·s⁻¹. Les unités de k encodent l'ordre global : les donner justes, c'est prouver qu'on a compris la loi.
d)
v=2,0×(0,30)2(0,05)=9,0×10−3 mol/(L·s). L'équation bilan ne dit RIEN des exposants : elle résume la comptabilité des atomes, pas le film moléculaire de la réaction. Ici les ordres (2 et 1) ne coïncident d'ailleurs pas avec les coefficients (1 et 1) : preuve expérimentale que la réaction ne se fait pas en une seule collision A-B.
Exercice 3 : Le premier ordre intégré et la demi-vie
La décomposition du peroxyde d'hydrogène en solution est d'ordre 1, avec k=0,0231 min−1 à une température donnée. La concentration initiale est [H2O2]0=0,500 mol/L.
a) Quel graphique donnerait une droite pour cette réaction, et que représenterait sa pente ?
b) Calculez la demi-vie de la réaction.
c) Calculez la concentration restante après 90 minutes, d'abord par les demi-vies, puis vérifiez avec la loi intégrée.
d) À quel instant la concentration atteint-elle 0,100 mol/L ?
e) En quoi la demi-vie du premier ordre est-elle remarquable, et pourquoi ce comportement est-il l'exact analogue de la radioactivité ?
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Réponses
a)Droite de ln[A] contre t, de pente −k
b)t1/2=30,0 min
c)0,0625 mol/L, soit exactement 3 demi-vies
d)t≈69,7 min
e)Elle est constante : même loi que la désintégration radioactive
a)
ln[H2O2] en fonction du temps : la loi intégrée ln[A]t=ln[A]0−kt est l'équation d'une droite de pente −k. C'est aussi le TEST de l'ordre 1 : si les points s'alignent en ln[A], la réaction est d'ordre 1.
b)
t1/2=kln2=0,02310,693=30,0 min.
c)
90 minutes font exactement 3 demi-vies : 0,500→0,250→0,125→0,0625 mol/L. Vérification : [A]=0,500e−(0,0231)(90)=0,500e−2,079=0,0625 mol/L. Les deux voies coïncident, comme il se doit.
d)
t=k1ln[A][A]0=0,02311ln0,1000,500=0,0231ln5≈69,7 min. Cohérent : 0,100 mol/L se situe entre 2 demi-vies (0,125) et 3 demi-vies (0,0625), donc entre 60 et 90 min.
e)
Elle est CONSTANTE : passer de 0,500 à 0,250 prend 30 min, mais passer de 0,0625 à 0,03125 prend AUSSI 30 min : la durée de division par deux ne dépend pas du point de départ. C'est la propriété exclusive de l'ordre 1, où la vitesse est proportionnelle à ce qui reste : exactement la loi de la désintégration radioactive, avec les mêmes équations : k joue le rôle de la constante de désintégration, t1/2=kln2 dans les deux mondes.
Exercice 4 : La loi d'Arrhenius et le catalyseur
La constante de vitesse d'une réaction DOUBLE quand la température passe de 25 °C à 35 °C. On donne R=8,314 J/(mol·K).
a) Que représente l'énergie d'activation, et pourquoi une petite hausse de température a-t-elle un si grand effet sur la vitesse ?
b) Calculez l'énergie d'activation de cette réaction.
c) Un catalyseur abaisse l'énergie d'activation de 20 kJ/mol. Par quel facteur multiplie-t-il la constante de vitesse à 25 °C (à facteur préexponentiel constant) ?
d) Expliquez, avec les mêmes outils, pourquoi la réfrigération conserve les aliments et pourquoi la règle "la vitesse double tous les 10 °C" n'est qu'un ordre de grandeur, pas une loi.
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Réponses
a)La barrière des collisions efficaces ; la fraction e−Ea/RT est exponentielle en T
b)Ea≈5,3×104 J/mol, soit environ 53 kJ/mol
c)k multipliée par e8,07≈3,2×103
d)Le froid joue l'exponentielle à l'envers ; le facteur 2 dépend de Ea et de la plage, ce n'est pas une loi
a)
Ea est la barrière d'énergie que les molécules doivent franchir lors d'une collision pour réagir : seule la petite fraction des collisions au moins aussi énergétiques compte. Cette fraction, e−Ea/RT, est EXPONENTIELLE en T : réchauffer déplace la queue de la distribution des vitesses moléculaires, et une poignée de degrés multiplie le nombre de collisions efficaces bien plus que le simple surcroît d'agitation ne le laisserait croire.
b)
Attention aux kelvins : T1=298 K, T2=308 K. lnk1k2=REa(T11−T21) donne Ea=2981−3081Rln2=1,09×10−4(8,314)(0,693)≈5,3×104 J/mol, soit environ 53 kJ/mol : une valeur typique des réactions ordinaires.
c)
kkcat=eΔEa/RT=e20000/(8,314)(298)=e8,07≈3,2×103 : la réaction devient trois mille fois plus rapide, sans chauffer, sans changer ΔH ni la position d'équilibre. C'est toute l'industrie chimique (et toutes les enzymes du vivant) résumées en une exponentielle.
d)
Refroidir joue l'exponentielle à l'envers : à 4 °C, la fraction de collisions efficaces des réactions de dégradation chute de plusieurs fois par rapport à 25 °C : les aliments "vieillissent" au ralenti. Quant à la règle des 10 °C : le facteur exact vaut eREa(T11−T21), qui dépend de Ea ET de la plage de température : il vaut 2 seulement pour Ea≈53 kJ/mol autour de la température ambiante (notre b), précisément). Une réaction à grande Ea triple ou quadruple; à petite Ea, elle gagne à peine 30 % : la "règle" n'est que notre calcul b) érigé en proverbe.
Exercice 5 : Ordre 0, 1 ou 2 : lire l'ordre dans les demi-vies
On suit une réaction A→ produits en mesurant [A] au cours du temps. On part de [A]0=0,100 mol/L. La concentration tombe à 0,050 mol/L au bout de 100 s, puis à 0,025 mol/L 200 s plus tard (donc à t=300 s).
a) Écrivez les trois lois intégrées (ordre 0, 1 et 2) et, pour chacune, indiquez quel graphique donne une DROITE et ce que vaut sa pente.
b) Sans calculer aucune constante, déterminez l'ordre de cette réaction à partir des deux demi-vies successives. Justifiez.
c) Calculez la constante de vitesse k et justifiez ses unités.
d) Si la réaction avait été d'ordre 1 avec la même première demi-vie, quelle concentration aurait-on mesurée à t=300 s ? Comparez à la valeur réelle.
e) Un camarade trace [A] en fonction de t, obtient une courbe descendante incurvée et conclut : « ce n'est pas de l'ordre 0 ». A-t-il raison ? Que peut-on, et que ne peut-on pas, conclure de ce seul graphique ?
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Réponses
a)Ordre 0 : [A] contre t, pente −k ; ordre 1 : ln[A] contre t, pente −k ; ordre 2 : 1/[A] contre t, pente +k
b)Ordre 2 : la demi-vie double quand [A]0 est divisée par deux
c)k=0,10 L/(mol·s), confirmée sur le second intervalle
d)0,0125 mol/L en ordre 1, contre 0,025 mol/L réellement : deux fois moins
e)Il exclut bien l'ordre 0, mais l'ordre 1 et l'ordre 2 restent indiscernables à l'oeil
a)
Ordre 0 : [A]t=[A]0−kt, droite en [A] contre t, pente −k. Ordre 1 : ln[A]t=ln[A]0−kt, droite en ln[A] contre t, pente −k. Ordre 2 : [A]t1=[A]01+kt, droite en [A]1 contre t, pente +k (la seule pente positive des trois). La méthode générale est donc : tracer les trois, celle qui s'aligne donne l'ordre.
b)
La première demi-vie (de 0,100 à 0,050) dure 100 s; la deuxième (de 0,050 à 0,025) dure 200 s : elle DOUBLE quand la concentration de départ est divisée par deux. C'est la signature de l'ordre 2, où t1/2=k[A]01 est inversement proportionnelle à la concentration initiale. (Ordre 1 : demi-vie constante. Ordre 0 : t1/2=2k[A]0, elle serait DIVISÉE par deux.) Les demi-vies successives suffisent à trancher, sans régression.
c)
k=t1([A]t1−[A]01)=1001(0,0501−0,1001)=10020−10=0,10 L/(mol·s). Unités : [A]1 est en L/mol, divisé par des secondes, donc L·mol⁻¹·s⁻¹. Vérification sur le second intervalle : 20040−20=0,10 : même k, l'ordre 2 est confirmé.
d)
Ordre 1 avec t1/2=100 s : 300 s font exactement 3 demi-vies, donc 0,100→0,050→0,025→0,0125 mol/L. La réalité donne 0,025 mol/L, soit DEUX fois plus. Une réaction d'ordre 2 s'essouffle bien plus vite qu'une réaction d'ordre 1 : sa vitesse chute comme le CARRÉ de ce qui reste, si bien que la fin de réaction traîne interminablement.
e)
Il a raison sur ce point précis, et sur rien d'autre. Une droite en [A] contre t caractérise l'ordre 0; une courbe l'exclut donc effectivement. Mais ordre 1 et ordre 2 donnent TOUS DEUX une décroissance incurvée qui s'aplatit, visuellement très semblables : il faut linéariser (ln[A] ou 1/[A]) ou comparer les demi-vies pour les départager. Conclure d'un simple coup d'oeil sur [A](t) est l'erreur classique du chapitre.
Partie B : Niveau examen (/50)
Exercice 6 : Un mécanisme face à l'expérience
Pour la réaction globale NO2(g)+CO(g)→NO(g)+CO2(g) (à basse température), l'expérience donne la loi de vitesse v=k[NO2]2. On propose le mécanisme en deux étapes : étape 1 (LENTE) : NO2+NO2→NO3+NO; étape 2 (rapide) : NO3+CO→NO2+CO2.
a) Montrez que la réaction ne peut PAS se faire en une seule étape élémentaire NO2+CO→NO+CO2, en confrontant la loi de vitesse qu'aurait cette étape à la loi observée.
b) Vérifiez que la somme des deux étapes redonne l'équation globale, et identifiez l'intermédiaire réactionnel.
c) Établissez la loi de vitesse prédite par le mécanisme et montrez qu'elle est compatible avec l'expérience. Pourquoi [CO] n'y figure-t-il pas ?
d) Donnez la molécularité de chaque étape.
e) NO3 est-il un catalyseur ? Distinguez précisément intermédiaire et catalyseur, avec le critère opératoire qui les départage.
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Réponses
a)Elle donnerait v=k[NO2][CO], que l'expérience v=k[NO2]2 contredit
b)Somme correcte ; l'intermédiaire est NO3
c)v=k1[NO2]2 ; CO n'intervient qu'après le goulot d'étranglement
d)Les deux étapes sont bimoléculaires
e)Non : un intermédiaire est produit puis consommé, un catalyseur consommé puis régénéré
a)
Une étape élémentaire a le droit, elle, d'afficher ses coefficients : la collision directe NO2+CO donnerait v=k[NO2][CO] : ordre 1 en chacun. Or l'expérience mesure v=k[NO2]2 : aucune dépendance en [CO]. La nature contredit le mécanisme en une étape : la loi de vitesse expérimentale est le juge de paix des mécanismes.
b)
Somme : NO2+NO2+NO3+CO→NO3+NO+NO2+CO2. En simplifiant NO3 (des deux côtés) et un NO2 : NO2+CO→NO+CO2 : l'équation globale est retrouvée. NO3 est l'INTERMÉDIAIRE : créé à l'étape 1, détruit à l'étape 2, absent du bilan et (presque) indétectable dans le ballon.
c)
L'étape lente est le goulot d'étranglement : la vitesse globale est la sienne. Étape 1 élémentaire : v=k1[NO2][NO2]=k1[NO2]2 : exactement la loi observée. [CO] n'apparaît pas parce que CO n'intervient QU'APRÈS le goulot : l'étape 2, rapide, absorbe le NO3 dès qu'il se forme, quelle que soit l'abondance de CO. Ajouter du CO n'accélère pas plus la réaction qu'ajouter des caisses n'accélère une usine dont le four est saturé.
d)
Étape 1 : deux molécules entrent en collision : BIMOLÉCULAIRE. Étape 2 : deux espèces également : bimoléculaire. (Les étapes trimoléculaires sont rarissimes : trois corps au même point au même instant.)
e)
Non. Le critère : l'ordre d'apparition. Un intermédiaire est PRODUIT d'abord, consommé ensuite (NO3 : créé à l'étape 1, détruit à la 2). Un catalyseur est CONSOMMÉ d'abord, régénéré ensuite : il entre dans le mécanisme avant d'en ressortir intact, et figure donc dans le milieu réactionnel au départ. Tous deux sont absents du bilan global, d'où la confusion; mais l'un est une créature éphémère de la réaction, l'autre un outil qu'on lui prête.
Exercice 7 : L'élimination d'un médicament : l'ordre 1 en pharmacologie
L'élimination d'un médicament par l'organisme suit une cinétique d'ordre 1, avec une demi-vie de 6,0 heures. Une dose porte la quantité présente dans le sang à 80 mg.
a) Calculez la constante d'élimination k.
b) Quelle quantité reste-t-il 24 heures après la prise ?
c) Le médicament cesse d'être efficace sous 10 mg. Pendant combien de temps la dose est-elle efficace ? Résolvez par les demi-vies, puis confirmez par la loi intégrée.
d) Expliquez pourquoi les posologies prescrivent une prise "toutes les 6 à 8 heures" plutôt qu'une double dose deux fois moins souvent, en vous appuyant sur la forme exponentielle de la décroissance.
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Réponses
a)k≈0,116 h−1
b)5,0 mg, soit 4 demi-vies
c)18 h, exactement 3 demi-vies
d)Doubler la dose n'achète que 6 h de plus et double le pic : la posologie suit la demi-vie
80→10 mg est une division par 8 =23 : exactement 3 demi-vies, soit t=18 h. Loi intégrée : t=k1ln1080=0,1155ln8=18,0 h. Les deux méthodes coïncident : quand le rapport est une puissance de 2, les demi-vies font le calcul de tête.
d)
La décroissance exponentielle est d'autant plus rapide (en valeur absolue) que la quantité est grande : une double dose de 160 mg fond de 80 mg dans les 6 premières heures, alors qu'une dose simple n'en perd que 40. Doubler la dose n'ajoute qu'UNE demi-vie de couverture (le temps de redescendre de 160 à 80), soit 6 h de plus, tout en doublant le pic de concentration, avec ses effets indésirables. Des prises régulières, calées sur la demi-vie, maintiennent la concentration dans la fenêtre thérapeutique, entre le seuil d'efficacité et le seuil de toxicité : la posologie est de la cinétique du premier ordre appliquée.
Exercice 8 : Le profil énergétique : pourquoi un catalyseur ne déplace pas l'équilibre
Le diagramme ci-dessous donne l'énergie potentielle le long du chemin réactionnel pour A+B→C+D. Les réactifs sont à 40 kJ/mol, le complexe activé à 130 kJ/mol, les produits à 10 kJ/mol. La courbe en pointillés est le chemin suivi en présence d'un catalyseur, dont le sommet est à 85 kJ/mol. On prendra T=298 K et R=8,314 J/(mol·K).
a) Calculez l'énergie d'activation de la réaction directe, puis celle de la réaction inverse.
b) Déduisez ΔH de la réaction. La réaction est-elle exothermique ou endothermique ? Reliez votre réponse aux deux énergies d'activation.
c) En présence du catalyseur, calculez la nouvelle énergie d'activation directe, puis le facteur par lequel la constante de vitesse directe est multipliée à 298 K.
d) Calculez de même le facteur multiplicatif pour la réaction INVERSE. Que remarquez-vous ?
e) Concluez : pourquoi un catalyseur accélère-t-il l'atteinte de l'équilibre sans en modifier la position ? Quelle grandeur reste rigoureusement inchangée, et pourquoi une usine paie-t-elle malgré tout très cher pour un catalyseur ?
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Réponses
a)Ea,dir=90 kJ/mol et Ea,inv=120 kJ/mol
b)ΔH=−30 kJ/mol, exothermique, et ΔH=Ea,dir−Ea,inv
c)Ea,cat=45 kJ/mol, facteur ≈7,7×107
d)Barrière inverse 75 kJ/mol, MÊME facteur ≈7,7×107
e)K=kdir/kinv reste intacte ; le catalyseur achète du temps, pas du rendement
a)
Ea,dir=130−40=90 kJ/mol : c'est la montée depuis les RÉACTIFS jusqu'au sommet. Ea,inv=130−10=120 kJ/mol : la montée depuis les PRODUITS jusqu'au même sommet. Le sommet est commun aux deux sens, seul le point de départ change.
b)
ΔH=Eproduits−Ereˊactifs=10−40=−30 kJ/mol : négatif, la réaction est EXOTHERMIQUE. On retrouve la même valeur par différence des barrières : ΔH=Ea,dir−Ea,inv=90−120=−30 kJ/mol. Cette relation est générale et sert de contrôle : si vos deux barrières ne redonnent pas votre ΔH, une lecture est fausse.
c)
Chemin catalysé : Ea,cat=85−40=45 kJ/mol, soit 45 kJ/mol de moins. Facteur : kkcat=eΔEa/RT=e45000/((8,314)(298))=e18,16≈7,7×107 : la réaction directe est accélérée près de cent millions de fois.
d)
Barrière inverse catalysée : 85−10=75 kJ/mol, contre 120 kJ/mol sans catalyseur : elle baisse elle aussi de exactement 45 kJ/mol, puisque c'est le MÊME sommet qui s'abaisse et que le niveau des produits, lui, n'a pas bougé. Le facteur est donc le même : e45000/RT≈7,7×107. Les deux sens sont accélérés dans la même proportion.
e)
La constante d'équilibre est le rapport des deux constantes de vitesse, K=kinvkdir. Le catalyseur multiplie le numérateur et le dénominateur par le MÊME facteur : le rapport est rigoureusement inchangé, donc K et la composition à l'équilibre aussi. C'est la traduction cinétique d'un fait thermodynamique : K ne dépend que de ΔG∘, c'est-à-dire des niveaux de DÉPART et d'ARRIVÉE, sur lesquels le catalyseur n'a aucune prise, puisqu'il ne modifie que le chemin entre les deux. Et pourtant l'industrie paie : un rendement à l'équilibre ne vaut rien s'il faut mille ans pour l'atteindre. Le catalyseur n'achète pas un meilleur rendement, il achète le TEMPS, et permet souvent de travailler à plus basse température, donc à moindre coût énergétique.
Exercice 9 : Un mécanisme à pré-équilibre : éliminer l'intermédiaire
L'oxydation du monoxyde d'azote, 2NO(g)+O2(g)→2NO2(g), suit expérimentalement la loi v=kobs[NO]2[O2]. On propose le mécanisme : étape 1 (RAPIDE, équilibre) : NO+NO⇌N2O2, de constante K1; étape 2 (LENTE) : N2O2+O2→2NO2, de constante k2.
a) L'ordre global observé vaut 3. Pourquoi ne peut-on pas en conclure que la réaction se fait par une collision unique entre deux NO et un O2 ?
b) Vérifiez que la somme des deux étapes redonne bien l'équation globale et identifiez l'intermédiaire.
c) Écrivez la loi de vitesse imposée par l'étape lente. Pourquoi ne peut-on pas la laisser sous cette forme ?
d) Utilisez le pré-équilibre de l'étape 1 pour exprimer l'intermédiaire, puis établissez la loi de vitesse finale. Identifiez kobs.
e) Fait expérimental remarquable : cette réaction RALENTIT quand on la chauffe. Sachant que l'étape 2 a une énergie d'activation Ea,2=20 kJ/mol et que la dimérisation de l'étape 1 est exothermique avec ΔH1=−40 kJ/mol, calculez l'énergie d'activation apparente, puis le facteur d'évolution de kobs quand on passe de 298 K à 348 K. Expliquez le paradoxe.
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Réponses
a)L'ordre est expérimental, la molécularité une hypothèse : une étape termoléculaire est quasi inexistante
b)Somme correcte ; l'intermédiaire est le dimère N2O2
c)v=k2[N2O2][O2], inutilisable : elle contient un intermédiaire
d)v=k2K1[NO]2[O2], donc kobs=k2K1
e)Ea,app=−20 kJ/mol et k348/k298≈0,31 : le pré-équilibre exothermique perd son dimère
a)
Parce que l'ordre est une donnée EXPÉRIMENTALE et la molécularité une hypothèse sur le mécanisme : les deux ne coïncident que pour une étape élémentaire. Or une étape TERMOLÉCULAIRE exigerait que trois molécules se rencontrent au même endroit au même instant avec la bonne orientation : c'est si improbable que ces étapes sont quasi inexistantes en phase gazeuse. Une loi d'ordre 3 doit donc presque toujours se lire comme la signature d'un mécanisme en plusieurs étapes, et non d'un choc triple.
b)
Somme : NO+NO+N2O2+O2→N2O2+2NO2. En simplifiant N2O2 des deux côtés : 2NO+O2→2NO2, l'équation globale. L'intermédiaire est le dimère N2O2 : produit à l'étape 1, consommé à l'étape 2.
c)
L'étape lente, élémentaire, impose v=k2[N2O2][O2]. On ne peut pas s'en contenter parce qu'elle fait intervenir [N2O2] : un intermédiaire n'est pas une grandeur que l'expérimentateur contrôle ni mesure (il n'est ni pesé au départ, ni présent à l'arrivée). Une loi de vitesse utilisable ne doit contenir que les concentrations des RÉACTIFS.
d)
L'étape 1 étant un équilibre rapide, elle reste équilibrée en permanence : K1=[NO]2[N2O2], d'où [N2O2]=K1[NO]2. En reportant : v=k2K1[NO]2[O2]. C'est exactement la forme observée, avec kobs=k2K1 : la constante mesurée est un PRODUIT, une constante de vitesse par une constante d'équilibre. Le mécanisme est donc compatible avec l'expérience.
e)
Puisque kobs=k2K1, la dépendance en température est celle du produit : Ea,app=Ea,2+ΔH1=20+(−40)=−20 kJ/mol, une énergie d'activation apparente NÉGATIVE. Facteur entre 298 K et 348 K : lnk298k348=REa,app(2981−3481)=8,314−20000(4,82×10−4)=−1,16, soit k298k348=e−1,16≈0,31 : chauffer de 50 K fait tomber la vitesse à 31 % de sa valeur. Le paradoxe n'en est pas un : chauffer accélère bien l'étape 2 (comme toute étape élémentaire), mais déplace l'équilibre 1, exothermique, dans le sens de la DISSOCIATION du dimère. Il y a beaucoup moins de N2O2 disponible, et cette pénurie l'emporte largement sur le gain de vitesse. Une énergie d'activation apparente négative n'est jamais celle d'une étape élémentaire : c'est toujours le signe d'un pré-équilibre exothermique en amont du goulot.
Exercice 10 : Problème : chauffer ou catalyser un procédé
Un procédé industriel repose sur une réaction d'ordre 1, de constante k=5,0×10−5 s−1 à 300 K et d'énergie d'activation Ea=80 kJ/mol. Le cahier des charges impose un taux de conversion de 90 % en 2,0 heures au maximum. On prendra R=8,314 J/(mol·K).
a) Montrez qu'à 300 K le cahier des charges n'est pas respecté : calculez le temps nécessaire pour convertir 90 % du réactif.
b) Quelle valeur minimale de k faudrait-il atteindre pour tenir les 2,0 heures ?
c) Première option : chauffer. À quelle température faut-il porter le réacteur ?
d) Seconde option : un catalyseur qui abaisse Ea à 60 kJ/mol, à 300 K. Calculez la nouvelle constante et le temps de conversion. Commentez l'écart avec l'option précédente.
e) Le directeur de production demande si l'une des deux options permettrait d'obtenir un meilleur RENDEMENT à l'équilibre. Que répondez-vous, et en quoi les deux options diffèrent-elles réellement ?
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Réponses
a)t=ln10/k≈4,6×104 s, soit 12,8 h : le cahier des charges n'est pas tenu
b)k≥3,2×10−4 s−1, environ 6,4 fois la constante actuelle
c)T2≈318 K, soit environ 45 °C
d)kcat≈0,15 s−1 et t≈15 s : l'objectif est pulvérisé sans chauffer
e)Le catalyseur laisse K intacte ; chauffer diminue le rendement d'une exothermique (van 't Hoff)
a)
Ordre 1 : convertir 90 % signifie qu'il reste 10 % du réactif, donc t=k1ln0,10[A]0[A]0=kln10=5,0×10−52,303≈4,6×104 s, soit environ 12,8 heures. Le cahier des charges (2,0 h) est très loin d'être tenu. Remarquez que le temps ne dépend PAS de la concentration initiale : c'est propre à l'ordre 1.
b)
Il faut kln10≤7200 s, donc k≥72002,303=3,2×10−4 s−1 : environ 6,4 fois la constante actuelle.
c)
Arrhenius entre 300 K et T2 : lnk1k2=REa(T11−T21). Ici ln(6,40)=1,856 et REa=8,31480000=9622. Donc 3001−T21=96221,856=1,93×10−4, d'où T21=3,333×10−3−1,93×10−4=3,140×10−3 et T2≈318 K, soit environ 45 °C. Un chauffage de 18 degrés suffit : c'est tout le poids de l'exponentielle.
d)
kkcat=e(80000−60000)/((8,314)(300))=e8,02≈3,0×103, donc kcat≈0,15 s−1 et t=0,15ln10≈15 s. Le catalyseur ne fait pas qu'atteindre l'objectif : il le pulvérise, en ramenant 12,8 heures à un quart de minute, et sans chauffer. Le procédé n'est alors plus limité par la chimie mais par le génie chimique : alimentation, transfert thermique, évacuation de la chaleur dégagée.
e)
Non, ni l'une ni l'autre ne modifie le rendement à l'équilibre POUR LA MÊME RAISON QUE... enfin, presque : le catalyseur, lui, ne change strictement rien à l'équilibre, puisqu'il abaisse les deux barrières de la même quantité et laisse K intacte. Chauffer, en revanche, N'EST PAS neutre : K dépend de la température (loi de van 't Hoff), et pour une réaction exothermique, chauffer DIMINUE le rendement à l'équilibre. C'est la différence de fond entre les deux options : le catalyseur achète de la vitesse gratuitement, le chauffage achète de la vitesse en payant en rendement (et en énergie). C'est exactement le dilemme du procédé Haber-Bosch, résolu par un compromis : température modérée, catalyseur au fer, et forte pression.
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