Chimie des solutions 202-NYB • Complément québécois de Terminale et cégep à Montréal

Exercices corrigés : la cinétique chimique (202-NYB)

Voici la série d'exercices corrigés de chimie du cours 202-NYB sur la cinétique chimique. La partie A construit l'outillage : vitesses moyennes et rapports stœchiométriques, détermination d'une loi de vitesse par la méthode des vitesses initiales (avec les unités de la constante à justifier), les trois lois intégrées (ordres 0, 1 et 2) que l'on sait départager rien qu'en comparant deux demi-vies successives, et la loi d'Arrhenius, du calcul de l'énergie d'activation au facteur d'accélération d'un catalyseur. La partie B monte au niveau examen : la lecture complète d'un profil énergétique, un mécanisme dont l'étape lente doit reproduire la loi de vitesse observée, un mécanisme à pré-équilibre où l'intermédiaire s'élimine et où l'énergie d'activation apparente devient négative, l'élimination d'un médicament, et un problème de procédé où il faut trancher entre chauffer et catalyser.

Cette série s'adresse aux étudiants de cégep en Sciences de la nature comme aux élèves de Terminale du Lycée Marie de France et du Collège Stanislas qui suivent le complément québécois de chimie (spécialité physique-chimie). Le saut par rapport au secondaire est net : la cinétique de 202-NYB est quantitative, avec des ordres de réaction déterminés expérimentalement, des lois intégrées en logarithme et l'exponentielle d'Arrhenius.

Le réflexe à garder tout du long : la loi de vitesse ne se lit JAMAIS sur l'équation globale. Les exposants sont expérimentaux, mesurés en comparant des vitesses initiales; seule une étape ÉLÉMENTAIRE d'un mécanisme a le droit d'afficher ses coefficients en exposants. Confondre équation bilan et acte moléculaire est l'erreur la plus sanctionnée du chapitre.

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Ce chapitre fait partie de Chimie des solutions, 202-NYB
Avant de commencer Fiche de révision : les pièges et la méthode de ce chapitre

Avant ce chapitre

Ces notions sont supposées acquises ici. Si le premier exercice résiste, le blocage vient presque toujours de l'une d'elles, pas du chapitre lui-même.

Remonter plus loin : la chaîne complète (7 chapitres) ↓

Le chemin de remédiation, du plus ancien au plus proche. Un élève qui reprend ce chapitre de zéro le reprend dans cet ordre.

  1. 1La mole et la quantité de matièreSecondaire 5 SN5
  2. 2La vitesse de réactionSecondaire 5 SN5
  3. 3Les propriétés de la matièreSecondaire 4 ST, Science et technologie
  4. 4La mesure au laboratoire, chiffres significatifs et incertitudesChimie générale 202-SF1-RE (ancien 202-NYA)
  5. 5Structure atomique et configuration électroniqueChimie générale 202-SF1-RE (ancien 202-NYA)
  6. 6Liaison chimique et géométrie moléculaireChimie générale 202-SF1-RE (ancien 202-NYA)
  7. 7Stœchiométrie, réactif limitant et rendementChimie générale 202-SF1-RE (ancien 202-NYA)

Rappel de cours

  • Vitesse générale d'une réaction aA+bBcC+dDaA+bB\rightarrow cC+dD : v=1aΔ[A]Δt=1bΔ[B]Δt=+1cΔ[C]Δtv=-\frac{1}{a}\frac{\Delta[A]}{\Delta t}=-\frac{1}{b}\frac{\Delta[B]}{\Delta t}=+\frac{1}{c}\frac{\Delta[C]}{\Delta t} : une seule vitesse pour la réaction, chaque espèce divisée par son coefficient.
  • Loi de vitesse : v=k[A]m[B]nv=k[A]^{m}[B]^{n}, avec des ordres mm et nn EXPÉRIMENTAUX (méthode des vitesses initiales : on double une concentration à la fois et on lit l'effet sur vv). Les unités de kk dépendent de l'ordre global.
  • Premier ordre : ln[A]t=ln[A]0kt\ln[A]_{t}=\ln[A]_{0}-kt (droite en ln[A]\ln[A] contre tt). Demi-vie CONSTANTE : t1/2=ln2kt_{1/2}=\frac{\ln 2}{k}, indépendante de la concentration : c'est la signature du premier ordre.
  • Loi d'Arrhenius : k=AeEa/RTk=Ae^{-E_{a}/RT} avec R=8,314R=8{,}314 J/(mol·K) et TT en kelvins. Forme à deux températures : lnk2k1=EaR(1T11T2)\ln\frac{k_{2}}{k_{1}}=\frac{E_{a}}{R}\left(\frac{1}{T_{1}}-\frac{1}{T_{2}}\right).
  • Un catalyseur abaisse EaE_{a} (nouveau chemin réactionnel) sans changer ΔH\Delta H ni l'équilibre : il accélère les deux sens.
  • Mécanisme réactionnel : suite d'étapes ÉLÉMENTAIRES dont la somme redonne l'équation globale. L'étape LENTE impose sa loi de vitesse. Un intermédiaire est produit puis consommé; un catalyseur est consommé puis régénéré.

Partie A : Vitesses, lois de vitesse et lois intégrées (/50)

Exercice 1 : Une vitesse, plusieurs espèces

On suit la décomposition du pentoxyde de diazote : 2N2O5(g)4NO2(g)+O2(g)2N_{2}O_{5}(g)\rightarrow 4NO_{2}(g)+O_{2}(g). Dans un récipient fermé, [N2O5][N_{2}O_{5}] passe de 0,100 mol/L à 0,088 mol/L pendant les 100 premières secondes.

  • a) Calculez la vitesse moyenne de disparition de N2O5N_{2}O_{5} sur cet intervalle.
  • b) Déduisez les vitesses moyennes de formation de NO2NO_{2} et de O2O_{2} sur le même intervalle. Justifiez par la stœchiométrie.
  • c) Calculez la vitesse GÉNÉRALE de la réaction et montrez qu'elle est la même quelle que soit l'espèce utilisée pour la calculer.
  • d) La vitesse mesurée entre 400 s et 500 s sera-t-elle plus grande, égale ou plus petite ? Expliquez avec la théorie des collisions.

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Réponses

  • a) vN2O5=1,2×104v_{N_{2}O_{5}}=1{,}2\times 10^{-4} mol/(L·s)
  • b) vNO2=2,4×104v_{NO_{2}}=2{,}4\times 10^{-4} mol/(L·s) et vO2=6,0×105v_{O_{2}}=6{,}0\times 10^{-5} mol/(L·s)
  • c) v=6,0×105v=6{,}0\times 10^{-5} mol/(L·s), la même par les trois espèces
  • d) Plus petite : les réactifs se raréfient, les collisions efficaces aussi

a) vN2O5=Δ[N2O5]Δt=0,0880,100100=1,2×104v_{N_{2}O_{5}}=-\frac{\Delta[N_{2}O_{5}]}{\Delta t}=-\frac{0{,}088-0{,}100}{100}=1{,}2\times 10^{-4} mol/(L·s).

b) Les rapports suivent les coefficients : pour 2 N2O5N_{2}O_{5} consommés, 4 NO2NO_{2} et 1 O2O_{2} se forment. vNO2=42×1,2×104=2,4×104v_{NO_{2}}=\frac{4}{2}\times 1{,}2\times 10^{-4}=2{,}4\times 10^{-4} mol/(L·s) et vO2=12×1,2×104=6,0×105v_{O_{2}}=\frac{1}{2}\times 1{,}2\times 10^{-4}=6{,}0\times 10^{-5} mol/(L·s). Le NO2NO_{2} apparaît deux fois plus vite que le N2O5N_{2}O_{5} ne disparaît : parler de "LA vitesse" sans préciser l'espèce est ambigu.

c) v=12vN2O5=14vNO2=11vO2=6,0×105v=\frac{1}{2}v_{N_{2}O_{5}}=\frac{1}{4}v_{NO_{2}}=\frac{1}{1}v_{O_{2}}=6{,}0\times 10^{-5} mol/(L·s) : les trois quotients donnent le même nombre. Diviser par le coefficient efface la stœchiométrie et laisse une vitesse unique, propriété de la RÉACTION et non d'une espèce.

d) Plus petite. La vitesse dépend de la fréquence des collisions efficaces, donc de la concentration des réactifs : à mesure que N2O5N_{2}O_{5} se consomme, ses molécules se raréfient, les collisions se font plus rares et la réaction ralentit. C'est pourquoi les courbes concentration-temps s'aplatissent : la vitesse initiale est la plus grande de toute l'histoire de la réaction.

Exercice 2 : La méthode des vitesses initiales

Pour la réaction A+BA+B\rightarrow produits, trois expériences donnent les vitesses initiales suivantes.

Expérience 1 : [A]=0,10[A]=0{,}10 mol/L, [B]=0,10[B]=0{,}10 mol/L, v=2,0×103v=2{,}0\times 10^{-3} mol/(L·s). Expérience 2 : [A]=0,20[A]=0{,}20 mol/L, [B]=0,10[B]=0{,}10 mol/L, v=8,0×103v=8{,}0\times 10^{-3} mol/(L·s). Expérience 3 : [A]=0,10[A]=0{,}10 mol/L, [B]=0,20[B]=0{,}20 mol/L, v=4,0×103v=4{,}0\times 10^{-3} mol/(L·s).

  • a) Déterminez l'ordre de la réaction par rapport à AA, puis par rapport à BB, en explicitant le raisonnement de comparaison.
  • b) Écrivez la loi de vitesse et donnez l'ordre global.
  • c) Calculez la constante de vitesse kk et JUSTIFIEZ ses unités.
  • d) Prédisez la vitesse initiale d'une expérience où [A]=0,30[A]=0{,}30 mol/L et [B]=0,05[B]=0{,}05 mol/L. Pourquoi la loi de vitesse ne pouvait-elle pas se deviner sur l'équation A+BA+B\rightarrow produits ?

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Réponses

  • a) Ordre 2 en AA, ordre 1 en BB
  • b) v=k[A]2[B]v=k[A]^{2}[B], ordre global 3
  • c) k=2,0k=2{,}0 L²/(mol²·s), unités L²·mol⁻²·s⁻¹
  • d) v=9,0×103v=9{,}0\times 10^{-3} mol/(L·s) ; les ordres se mesurent, ils ne se lisent pas sur le bilan

a) Des expériences 1 à 2 : [A][A] double à [B][B] constant, et vv est multipliée par 8,02,0=4=22\frac{8{,}0}{2{,}0}=4=2^{2} : ordre 2 en AA. Des expériences 1 à 3 : [B][B] double à [A][A] constant, vv est multipliée par 2 : ordre 1 en BB. Toujours ne changer qu'UNE concentration à la fois : c'est ce qui isole chaque exposant.

b) v=k[A]2[B]v=k[A]^{2}[B], ordre global 2+1=32+1=3.

c) Avec l'expérience 1 : k=v[A]2[B]=2,0×103(0,10)2(0,10)=2,0k=\frac{v}{[A]^{2}[B]}=\frac{2{,}0\times 10^{-3}}{(0{,}10)^{2}(0{,}10)}=2{,}0 L²/(mol²·s). Unités : vv est en mol/(L·s) et [A]2[B][A]^{2}[B] en mol³/L³; le quotient impose L²·mol⁻²·s⁻¹. Les unités de kk encodent l'ordre global : les donner justes, c'est prouver qu'on a compris la loi.

d) v=2,0×(0,30)2(0,05)=9,0×103v=2{,}0\times(0{,}30)^{2}(0{,}05)=9{,}0\times 10^{-3} mol/(L·s). L'équation bilan ne dit RIEN des exposants : elle résume la comptabilité des atomes, pas le film moléculaire de la réaction. Ici les ordres (2 et 1) ne coïncident d'ailleurs pas avec les coefficients (1 et 1) : preuve expérimentale que la réaction ne se fait pas en une seule collision AA-BB.

Exercice 3 : Le premier ordre intégré et la demi-vie

La décomposition du peroxyde d'hydrogène en solution est d'ordre 1, avec k=0,0231k=0{,}0231 min1^{-1} à une température donnée. La concentration initiale est [H2O2]0=0,500[H_{2}O_{2}]_{0}=0{,}500 mol/L.

  • a) Quel graphique donnerait une droite pour cette réaction, et que représenterait sa pente ?
  • b) Calculez la demi-vie de la réaction.
  • c) Calculez la concentration restante après 90 minutes, d'abord par les demi-vies, puis vérifiez avec la loi intégrée.
  • d) À quel instant la concentration atteint-elle 0,100 mol/L ?
  • e) En quoi la demi-vie du premier ordre est-elle remarquable, et pourquoi ce comportement est-il l'exact analogue de la radioactivité ?

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Réponses

  • a) Droite de ln[A]\ln[A] contre tt, de pente k-k
  • b) t1/2=30,0t_{1/2}=30{,}0 min
  • c) 0,06250{,}0625 mol/L, soit exactement 3 demi-vies
  • d) t69,7t\approx 69{,}7 min
  • e) Elle est constante : même loi que la désintégration radioactive

a) ln[H2O2]\ln[H_{2}O_{2}] en fonction du temps : la loi intégrée ln[A]t=ln[A]0kt\ln[A]_{t}=\ln[A]_{0}-kt est l'équation d'une droite de pente k-k. C'est aussi le TEST de l'ordre 1 : si les points s'alignent en ln[A]\ln[A], la réaction est d'ordre 1.

b) t1/2=ln2k=0,6930,0231=30,0t_{1/2}=\frac{\ln 2}{k}=\frac{0{,}693}{0{,}0231}=30{,}0 min.

c) 90 minutes font exactement 3 demi-vies : 0,5000,2500,1250,06250{,}500\rightarrow 0{,}250\rightarrow 0{,}125\rightarrow 0{,}0625 mol/L. Vérification : [A]=0,500e(0,0231)(90)=0,500e2,079=0,0625[A]=0{,}500\,e^{-(0{,}0231)(90)}=0{,}500\,e^{-2{,}079}=0{,}0625 mol/L. Les deux voies coïncident, comme il se doit.

d) t=1kln[A]0[A]=10,0231ln0,5000,100=ln50,023169,7t=\frac{1}{k}\ln\frac{[A]_{0}}{[A]}=\frac{1}{0{,}0231}\ln\frac{0{,}500}{0{,}100}=\frac{\ln 5}{0{,}0231}\approx 69{,}7 min. Cohérent : 0,100 mol/L se situe entre 2 demi-vies (0,125) et 3 demi-vies (0,0625), donc entre 60 et 90 min.

e) Elle est CONSTANTE : passer de 0,500 à 0,250 prend 30 min, mais passer de 0,0625 à 0,03125 prend AUSSI 30 min : la durée de division par deux ne dépend pas du point de départ. C'est la propriété exclusive de l'ordre 1, où la vitesse est proportionnelle à ce qui reste : exactement la loi de la désintégration radioactive, avec les mêmes équations : kk joue le rôle de la constante de désintégration, t1/2=ln2kt_{1/2}=\frac{\ln 2}{k} dans les deux mondes.

24681012-0.8-0.6-0.4-0.20.20.40.60.811.2[A] / [A]₀temps2 t½3 t½a l'ordre 1, la demi-vie ne depend PAS de la concentration :les trois intervalles ont la meme largeur

Exercice 4 : La loi d'Arrhenius et le catalyseur

La constante de vitesse d'une réaction DOUBLE quand la température passe de 25 °C à 35 °C. On donne R=8,314R=8{,}314 J/(mol·K).

  • a) Que représente l'énergie d'activation, et pourquoi une petite hausse de température a-t-elle un si grand effet sur la vitesse ?
  • b) Calculez l'énergie d'activation de cette réaction.
  • c) Un catalyseur abaisse l'énergie d'activation de 20 kJ/mol. Par quel facteur multiplie-t-il la constante de vitesse à 25 °C (à facteur préexponentiel constant) ?
  • d) Expliquez, avec les mêmes outils, pourquoi la réfrigération conserve les aliments et pourquoi la règle "la vitesse double tous les 10 °C" n'est qu'un ordre de grandeur, pas une loi.

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Réponses

  • a) La barrière des collisions efficaces ; la fraction eEa/RTe^{-E_{a}/RT} est exponentielle en TT
  • b) Ea5,3×104E_{a}\approx 5{,}3\times 10^{4} J/mol, soit environ 53 kJ/mol
  • c) kk multipliée par e8,073,2×103e^{8{,}07}\approx 3{,}2\times 10^{3}
  • d) Le froid joue l'exponentielle à l'envers ; le facteur 2 dépend de EaE_{a} et de la plage, ce n'est pas une loi

a) EaE_{a} est la barrière d'énergie que les molécules doivent franchir lors d'une collision pour réagir : seule la petite fraction des collisions au moins aussi énergétiques compte. Cette fraction, eEa/RTe^{-E_{a}/RT}, est EXPONENTIELLE en TT : réchauffer déplace la queue de la distribution des vitesses moléculaires, et une poignée de degrés multiplie le nombre de collisions efficaces bien plus que le simple surcroît d'agitation ne le laisserait croire.

b) Attention aux kelvins : T1=298T_{1}=298 K, T2=308T_{2}=308 K. lnk2k1=EaR(1T11T2)\ln\frac{k_{2}}{k_{1}}=\frac{E_{a}}{R}\left(\frac{1}{T_{1}}-\frac{1}{T_{2}}\right) donne Ea=Rln212981308=(8,314)(0,693)1,09×1045,3×104E_{a}=\frac{R\ln 2}{\frac{1}{298}-\frac{1}{308}}=\frac{(8{,}314)(0{,}693)}{1{,}09\times 10^{-4}}\approx 5{,}3\times 10^{4} J/mol, soit environ 53 kJ/mol : une valeur typique des réactions ordinaires.

c) kcatk=eΔEa/RT=e20000/(8,314)(298)=e8,073,2×103\frac{k_{cat}}{k}=e^{\Delta E_{a}/RT}=e^{20\,000/(8{,}314)(298)}=e^{8{,}07}\approx 3{,}2\times 10^{3} : la réaction devient trois mille fois plus rapide, sans chauffer, sans changer ΔH\Delta H ni la position d'équilibre. C'est toute l'industrie chimique (et toutes les enzymes du vivant) résumées en une exponentielle.

d) Refroidir joue l'exponentielle à l'envers : à 4 °C, la fraction de collisions efficaces des réactions de dégradation chute de plusieurs fois par rapport à 25 °C : les aliments "vieillissent" au ralenti. Quant à la règle des 10 °C : le facteur exact vaut eEaR(1T11T2)e^{\frac{E_{a}}{R}\left(\frac{1}{T_{1}}-\frac{1}{T_{2}}\right)}, qui dépend de EaE_{a} ET de la plage de température : il vaut 2 seulement pour Ea53E_{a}\approx 53 kJ/mol autour de la température ambiante (notre b), précisément). Une réaction à grande EaE_{a} triple ou quadruple; à petite EaE_{a}, elle gagne à peine 30 % : la "règle" n'est que notre calcul b) érigé en proverbe.

2.62.833.23.43.6-20-15-10-5510ln k1000 / Tavec catalyseursans catalyseurle catalyseur REDRESSE la droite : sa pente vaut −Ea/R,donc une energie d'activation plus faible

Exercice 5 : Ordre 0, 1 ou 2 : lire l'ordre dans les demi-vies

On suit une réaction AA\rightarrow produits en mesurant [A][A] au cours du temps. On part de [A]0=0,100[A]_{0}=0{,}100 mol/L. La concentration tombe à 0,050 mol/L au bout de 100 s, puis à 0,025 mol/L 200 s plus tard (donc à t=300t=300 s).

  • a) Écrivez les trois lois intégrées (ordre 0, 1 et 2) et, pour chacune, indiquez quel graphique donne une DROITE et ce que vaut sa pente.
  • b) Sans calculer aucune constante, déterminez l'ordre de cette réaction à partir des deux demi-vies successives. Justifiez.
  • c) Calculez la constante de vitesse kk et justifiez ses unités.
  • d) Si la réaction avait été d'ordre 1 avec la même première demi-vie, quelle concentration aurait-on mesurée à t=300t=300 s ? Comparez à la valeur réelle.
  • e) Un camarade trace [A][A] en fonction de tt, obtient une courbe descendante incurvée et conclut : « ce n'est pas de l'ordre 0 ». A-t-il raison ? Que peut-on, et que ne peut-on pas, conclure de ce seul graphique ?

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Réponses

  • a) Ordre 0 : [A][A] contre tt, pente k-k ; ordre 1 : ln[A]\ln[A] contre tt, pente k-k ; ordre 2 : 1/[A]1/[A] contre tt, pente +k+k
  • b) Ordre 2 : la demi-vie double quand [A]0[A]_{0} est divisée par deux
  • c) k=0,10k=0{,}10 L/(mol·s), confirmée sur le second intervalle
  • d) 0,01250{,}0125 mol/L en ordre 1, contre 0,0250{,}025 mol/L réellement : deux fois moins
  • e) Il exclut bien l'ordre 0, mais l'ordre 1 et l'ordre 2 restent indiscernables à l'oeil

a) Ordre 0 : [A]t=[A]0kt[A]_{t}=[A]_{0}-kt, droite en [A][A] contre tt, pente k-k. Ordre 1 : ln[A]t=ln[A]0kt\ln[A]_{t}=\ln[A]_{0}-kt, droite en ln[A]\ln[A] contre tt, pente k-k. Ordre 2 : 1[A]t=1[A]0+kt\frac{1}{[A]_{t}}=\frac{1}{[A]_{0}}+kt, droite en 1[A]\frac{1}{[A]} contre tt, pente +k+k (la seule pente positive des trois). La méthode générale est donc : tracer les trois, celle qui s'aligne donne l'ordre.

b) La première demi-vie (de 0,100 à 0,050) dure 100 s; la deuxième (de 0,050 à 0,025) dure 200 s : elle DOUBLE quand la concentration de départ est divisée par deux. C'est la signature de l'ordre 2, où t1/2=1k[A]0t_{1/2}=\frac{1}{k[A]_{0}} est inversement proportionnelle à la concentration initiale. (Ordre 1 : demi-vie constante. Ordre 0 : t1/2=[A]02kt_{1/2}=\frac{[A]_{0}}{2k}, elle serait DIVISÉE par deux.) Les demi-vies successives suffisent à trancher, sans régression.

c) k=1t(1[A]t1[A]0)=1100(10,05010,100)=2010100=0,10k=\frac{1}{t}\left(\frac{1}{[A]_{t}}-\frac{1}{[A]_{0}}\right)=\frac{1}{100}\left(\frac{1}{0{,}050}-\frac{1}{0{,}100}\right)=\frac{20-10}{100}=0{,}10 L/(mol·s). Unités : 1[A]\frac{1}{[A]} est en L/mol, divisé par des secondes, donc L·mol⁻¹·s⁻¹. Vérification sur le second intervalle : 4020200=0,10\frac{40-20}{200}=0{,}10 : même kk, l'ordre 2 est confirmé.

d) Ordre 1 avec t1/2=100t_{1/2}=100 s : 300 s font exactement 3 demi-vies, donc 0,1000,0500,0250,01250{,}100\rightarrow 0{,}050\rightarrow 0{,}025\rightarrow 0{,}0125 mol/L. La réalité donne 0,025 mol/L, soit DEUX fois plus. Une réaction d'ordre 2 s'essouffle bien plus vite qu'une réaction d'ordre 1 : sa vitesse chute comme le CARRÉ de ce qui reste, si bien que la fin de réaction traîne interminablement.

e) Il a raison sur ce point précis, et sur rien d'autre. Une droite en [A][A] contre tt caractérise l'ordre 0; une courbe l'exclut donc effectivement. Mais ordre 1 et ordre 2 donnent TOUS DEUX une décroissance incurvée qui s'aplatit, visuellement très semblables : il faut linéariser (ln[A]\ln[A] ou 1/[A]1/[A]) ou comparer les demi-vies pour les départager. Conclure d'un simple coup d'oeil sur [A](t)[A](t) est l'erreur classique du chapitre.

ordre 0[A]tordre 1ln[A]tordre 21/[A]ton essaie les trois : celle qui donne une DROITEdesigne l'ordre de la reaction

Partie B : Niveau examen (/50)

Exercice 6 : Un mécanisme face à l'expérience

Pour la réaction globale NO2(g)+CO(g)NO(g)+CO2(g)NO_{2}(g)+CO(g)\rightarrow NO(g)+CO_{2}(g) (à basse température), l'expérience donne la loi de vitesse v=k[NO2]2v=k[NO_{2}]^{2}. On propose le mécanisme en deux étapes : étape 1 (LENTE) : NO2+NO2NO3+NONO_{2}+NO_{2}\rightarrow NO_{3}+NO; étape 2 (rapide) : NO3+CONO2+CO2NO_{3}+CO\rightarrow NO_{2}+CO_{2}.

  • a) Montrez que la réaction ne peut PAS se faire en une seule étape élémentaire NO2+CONO+CO2NO_{2}+CO\rightarrow NO+CO_{2}, en confrontant la loi de vitesse qu'aurait cette étape à la loi observée.
  • b) Vérifiez que la somme des deux étapes redonne l'équation globale, et identifiez l'intermédiaire réactionnel.
  • c) Établissez la loi de vitesse prédite par le mécanisme et montrez qu'elle est compatible avec l'expérience. Pourquoi [CO][CO] n'y figure-t-il pas ?
  • d) Donnez la molécularité de chaque étape.
  • e) NO3NO_{3} est-il un catalyseur ? Distinguez précisément intermédiaire et catalyseur, avec le critère opératoire qui les départage.

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Réponses

  • a) Elle donnerait v=k[NO2][CO]v=k[NO_{2}][CO], que l'expérience v=k[NO2]2v=k[NO_{2}]^{2} contredit
  • b) Somme correcte ; l'intermédiaire est NO3NO_{3}
  • c) v=k1[NO2]2v=k_{1}[NO_{2}]^{2} ; COCO n'intervient qu'après le goulot d'étranglement
  • d) Les deux étapes sont bimoléculaires
  • e) Non : un intermédiaire est produit puis consommé, un catalyseur consommé puis régénéré

a) Une étape élémentaire a le droit, elle, d'afficher ses coefficients : la collision directe NO2+CONO_{2}+CO donnerait v=k[NO2][CO]v=k[NO_{2}][CO] : ordre 1 en chacun. Or l'expérience mesure v=k[NO2]2v=k[NO_{2}]^{2} : aucune dépendance en [CO][CO]. La nature contredit le mécanisme en une étape : la loi de vitesse expérimentale est le juge de paix des mécanismes.

b) Somme : NO2+NO2+NO3+CONO3+NO+NO2+CO2NO_{2}+NO_{2}+NO_{3}+CO\rightarrow NO_{3}+NO+NO_{2}+CO_{2}. En simplifiant NO3NO_{3} (des deux côtés) et un NO2NO_{2} : NO2+CONO+CO2NO_{2}+CO\rightarrow NO+CO_{2} : l'équation globale est retrouvée. NO3NO_{3} est l'INTERMÉDIAIRE : créé à l'étape 1, détruit à l'étape 2, absent du bilan et (presque) indétectable dans le ballon.

c) L'étape lente est le goulot d'étranglement : la vitesse globale est la sienne. Étape 1 élémentaire : v=k1[NO2][NO2]=k1[NO2]2v=k_{1}[NO_{2}][NO_{2}]=k_{1}[NO_{2}]^{2} : exactement la loi observée. [CO][CO] n'apparaît pas parce que COCO n'intervient QU'APRÈS le goulot : l'étape 2, rapide, absorbe le NO3NO_{3} dès qu'il se forme, quelle que soit l'abondance de COCO. Ajouter du COCO n'accélère pas plus la réaction qu'ajouter des caisses n'accélère une usine dont le four est saturé.

d) Étape 1 : deux molécules entrent en collision : BIMOLÉCULAIRE. Étape 2 : deux espèces également : bimoléculaire. (Les étapes trimoléculaires sont rarissimes : trois corps au même point au même instant.)

e) Non. Le critère : l'ordre d'apparition. Un intermédiaire est PRODUIT d'abord, consommé ensuite (NO3NO_{3} : créé à l'étape 1, détruit à la 2). Un catalyseur est CONSOMMÉ d'abord, régénéré ensuite : il entre dans le mécanisme avant d'en ressortir intact, et figure donc dans le milieu réactionnel au départ. Tous deux sont absents du bilan global, d'où la confusion; mais l'un est une créature éphémère de la réaction, l'autre un outil qu'on lui prête.

Exercice 7 : L'élimination d'un médicament : l'ordre 1 en pharmacologie

L'élimination d'un médicament par l'organisme suit une cinétique d'ordre 1, avec une demi-vie de 6,0 heures. Une dose porte la quantité présente dans le sang à 80 mg.

  • a) Calculez la constante d'élimination kk.
  • b) Quelle quantité reste-t-il 24 heures après la prise ?
  • c) Le médicament cesse d'être efficace sous 10 mg. Pendant combien de temps la dose est-elle efficace ? Résolvez par les demi-vies, puis confirmez par la loi intégrée.
  • d) Expliquez pourquoi les posologies prescrivent une prise "toutes les 6 à 8 heures" plutôt qu'une double dose deux fois moins souvent, en vous appuyant sur la forme exponentielle de la décroissance.

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  • a) k0,116k\approx 0{,}116 h1^{-1}
  • b) 5,0 mg, soit 4 demi-vies
  • c) 18 h, exactement 3 demi-vies
  • d) Doubler la dose n'achète que 6 h de plus et double le pic : la posologie suit la demi-vie

a) k=ln2t1/2=0,6936,00,116k=\frac{\ln 2}{t_{1/2}}=\frac{0{,}693}{6{,}0}\approx 0{,}116 h1^{-1}.

b) 24 h == 4 demi-vies : 804020105,080\rightarrow 40\rightarrow 20\rightarrow 10\rightarrow 5{,}0 mg. (Loi intégrée : 80e(0,1155)(24)=80e2,77=5,080\,e^{-(0{,}1155)(24)}=80\,e^{-2{,}77}=5{,}0 mg : confirmé.)

c) 801080\rightarrow 10 mg est une division par 8 =23=2^{3} : exactement 3 demi-vies, soit t=18t=18 h. Loi intégrée : t=1kln8010=ln80,1155=18,0t=\frac{1}{k}\ln\frac{80}{10}=\frac{\ln 8}{0{,}1155}=18{,}0 h. Les deux méthodes coïncident : quand le rapport est une puissance de 2, les demi-vies font le calcul de tête.

d) La décroissance exponentielle est d'autant plus rapide (en valeur absolue) que la quantité est grande : une double dose de 160 mg fond de 80 mg dans les 6 premières heures, alors qu'une dose simple n'en perd que 40. Doubler la dose n'ajoute qu'UNE demi-vie de couverture (le temps de redescendre de 160 à 80), soit 6 h de plus, tout en doublant le pic de concentration, avec ses effets indésirables. Des prises régulières, calées sur la demi-vie, maintiennent la concentration dans la fenêtre thérapeutique, entre le seuil d'efficacité et le seuil de toxicité : la posologie est de la cinétique du premier ordre appliquée.

Exercice 8 : Le profil énergétique : pourquoi un catalyseur ne déplace pas l'équilibre

Le diagramme ci-dessous donne l'énergie potentielle le long du chemin réactionnel pour A+BC+DA+B\rightarrow C+D. Les réactifs sont à 40 kJ/mol, le complexe activé à 130 kJ/mol, les produits à 10 kJ/mol. La courbe en pointillés est le chemin suivi en présence d'un catalyseur, dont le sommet est à 85 kJ/mol. On prendra T=298T=298 K et R=8,314R=8{,}314 J/(mol·K).

246810255075100125150réactifs 40produits 1013085 (catalysé)Énergie potentielle (kJ/mol)
  • a) Calculez l'énergie d'activation de la réaction directe, puis celle de la réaction inverse.
  • b) Déduisez ΔH\Delta H de la réaction. La réaction est-elle exothermique ou endothermique ? Reliez votre réponse aux deux énergies d'activation.
  • c) En présence du catalyseur, calculez la nouvelle énergie d'activation directe, puis le facteur par lequel la constante de vitesse directe est multipliée à 298 K.
  • d) Calculez de même le facteur multiplicatif pour la réaction INVERSE. Que remarquez-vous ?
  • e) Concluez : pourquoi un catalyseur accélère-t-il l'atteinte de l'équilibre sans en modifier la position ? Quelle grandeur reste rigoureusement inchangée, et pourquoi une usine paie-t-elle malgré tout très cher pour un catalyseur ?

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  • a) Ea,dir=90E_{a,dir}=90 kJ/mol et Ea,inv=120E_{a,inv}=120 kJ/mol
  • b) ΔH=30\Delta H=-30 kJ/mol, exothermique, et ΔH=Ea,dirEa,inv\Delta H=E_{a,dir}-E_{a,inv}
  • c) Ea,cat=45E_{a,cat}=45 kJ/mol, facteur 7,7×107\approx 7{,}7\times 10^{7}
  • d) Barrière inverse 75 kJ/mol, MÊME facteur 7,7×107\approx 7{,}7\times 10^{7}
  • e) K=kdir/kinvK=k_{dir}/k_{inv} reste intacte ; le catalyseur achète du temps, pas du rendement

a) Ea,dir=13040=90E_{a,\text{dir}}=130-40=90 kJ/mol : c'est la montée depuis les RÉACTIFS jusqu'au sommet. Ea,inv=13010=120E_{a,\text{inv}}=130-10=120 kJ/mol : la montée depuis les PRODUITS jusqu'au même sommet. Le sommet est commun aux deux sens, seul le point de départ change.

b) ΔH=EproduitsEreˊactifs=1040=30\Delta H=E_{\text{produits}}-E_{\text{réactifs}}=10-40=-30 kJ/mol : négatif, la réaction est EXOTHERMIQUE. On retrouve la même valeur par différence des barrières : ΔH=Ea,dirEa,inv=90120=30\Delta H=E_{a,\text{dir}}-E_{a,\text{inv}}=90-120=-30 kJ/mol. Cette relation est générale et sert de contrôle : si vos deux barrières ne redonnent pas votre ΔH\Delta H, une lecture est fausse.

c) Chemin catalysé : Ea,cat=8540=45E_{a,\text{cat}}=85-40=45 kJ/mol, soit 45 kJ/mol de moins. Facteur : kcatk=eΔEa/RT=e45000/((8,314)(298))=e18,167,7×107\frac{k_{cat}}{k}=e^{\Delta E_{a}/RT}=e^{45\,000/((8{,}314)(298))}=e^{18{,}16}\approx 7{,}7\times 10^{7} : la réaction directe est accélérée près de cent millions de fois.

d) Barrière inverse catalysée : 8510=7585-10=75 kJ/mol, contre 120 kJ/mol sans catalyseur : elle baisse elle aussi de exactement 45 kJ/mol, puisque c'est le MÊME sommet qui s'abaisse et que le niveau des produits, lui, n'a pas bougé. Le facteur est donc le même : e45000/RT7,7×107e^{45\,000/RT}\approx 7{,}7\times 10^{7}. Les deux sens sont accélérés dans la même proportion.

e) La constante d'équilibre est le rapport des deux constantes de vitesse, K=kdirkinvK=\frac{k_{\text{dir}}}{k_{\text{inv}}}. Le catalyseur multiplie le numérateur et le dénominateur par le MÊME facteur : le rapport est rigoureusement inchangé, donc KK et la composition à l'équilibre aussi. C'est la traduction cinétique d'un fait thermodynamique : KK ne dépend que de ΔG\Delta G^{\circ}, c'est-à-dire des niveaux de DÉPART et d'ARRIVÉE, sur lesquels le catalyseur n'a aucune prise, puisqu'il ne modifie que le chemin entre les deux. Et pourtant l'industrie paie : un rendement à l'équilibre ne vaut rien s'il faut mille ans pour l'atteindre. Le catalyseur n'achète pas un meilleur rendement, il achète le TEMPS, et permet souvent de travailler à plus basse température, donc à moindre coût énergétique.

Exercice 9 : Un mécanisme à pré-équilibre : éliminer l'intermédiaire

L'oxydation du monoxyde d'azote, 2NO(g)+O2(g)2NO2(g)2NO(g)+O_{2}(g)\rightarrow 2NO_{2}(g), suit expérimentalement la loi v=kobs[NO]2[O2]v=k_{obs}[NO]^{2}[O_{2}]. On propose le mécanisme : étape 1 (RAPIDE, équilibre) : NO+NON2O2NO+NO\rightleftharpoons N_{2}O_{2}, de constante K1K_{1}; étape 2 (LENTE) : N2O2+O22NO2N_{2}O_{2}+O_{2}\rightarrow 2NO_{2}, de constante k2k_{2}.

  • a) L'ordre global observé vaut 3. Pourquoi ne peut-on pas en conclure que la réaction se fait par une collision unique entre deux NONO et un O2O_{2} ?
  • b) Vérifiez que la somme des deux étapes redonne bien l'équation globale et identifiez l'intermédiaire.
  • c) Écrivez la loi de vitesse imposée par l'étape lente. Pourquoi ne peut-on pas la laisser sous cette forme ?
  • d) Utilisez le pré-équilibre de l'étape 1 pour exprimer l'intermédiaire, puis établissez la loi de vitesse finale. Identifiez kobsk_{obs}.
  • e) Fait expérimental remarquable : cette réaction RALENTIT quand on la chauffe. Sachant que l'étape 2 a une énergie d'activation Ea,2=20E_{a,2}=20 kJ/mol et que la dimérisation de l'étape 1 est exothermique avec ΔH1=40\Delta H_{1}=-40 kJ/mol, calculez l'énergie d'activation apparente, puis le facteur d'évolution de kobsk_{obs} quand on passe de 298 K à 348 K. Expliquez le paradoxe.

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  • a) L'ordre est expérimental, la molécularité une hypothèse : une étape termoléculaire est quasi inexistante
  • b) Somme correcte ; l'intermédiaire est le dimère N2O2N_{2}O_{2}
  • c) v=k2[N2O2][O2]v=k_{2}[N_{2}O_{2}][O_{2}], inutilisable : elle contient un intermédiaire
  • d) v=k2K1[NO]2[O2]v=k_{2}K_{1}[NO]^{2}[O_{2}], donc kobs=k2K1k_{obs}=k_{2}K_{1}
  • e) Ea,app=20E_{a,app}=-20 kJ/mol et k348/k2980,31k_{348}/k_{298}\approx 0{,}31 : le pré-équilibre exothermique perd son dimère

a) Parce que l'ordre est une donnée EXPÉRIMENTALE et la molécularité une hypothèse sur le mécanisme : les deux ne coïncident que pour une étape élémentaire. Or une étape TERMOLÉCULAIRE exigerait que trois molécules se rencontrent au même endroit au même instant avec la bonne orientation : c'est si improbable que ces étapes sont quasi inexistantes en phase gazeuse. Une loi d'ordre 3 doit donc presque toujours se lire comme la signature d'un mécanisme en plusieurs étapes, et non d'un choc triple.

b) Somme : NO+NO+N2O2+O2N2O2+2NO2NO+NO+N_{2}O_{2}+O_{2}\rightarrow N_{2}O_{2}+2NO_{2}. En simplifiant N2O2N_{2}O_{2} des deux côtés : 2NO+O22NO22NO+O_{2}\rightarrow 2NO_{2}, l'équation globale. L'intermédiaire est le dimère N2O2N_{2}O_{2} : produit à l'étape 1, consommé à l'étape 2.

c) L'étape lente, élémentaire, impose v=k2[N2O2][O2]v=k_{2}[N_{2}O_{2}][O_{2}]. On ne peut pas s'en contenter parce qu'elle fait intervenir [N2O2][N_{2}O_{2}] : un intermédiaire n'est pas une grandeur que l'expérimentateur contrôle ni mesure (il n'est ni pesé au départ, ni présent à l'arrivée). Une loi de vitesse utilisable ne doit contenir que les concentrations des RÉACTIFS.

d) L'étape 1 étant un équilibre rapide, elle reste équilibrée en permanence : K1=[N2O2][NO]2K_{1}=\frac{[N_{2}O_{2}]}{[NO]^{2}}, d'où [N2O2]=K1[NO]2[N_{2}O_{2}]=K_{1}[NO]^{2}. En reportant : v=k2K1[NO]2[O2]v=k_{2}K_{1}[NO]^{2}[O_{2}]. C'est exactement la forme observée, avec kobs=k2K1k_{obs}=k_{2}K_{1} : la constante mesurée est un PRODUIT, une constante de vitesse par une constante d'équilibre. Le mécanisme est donc compatible avec l'expérience.

e) Puisque kobs=k2K1k_{obs}=k_{2}K_{1}, la dépendance en température est celle du produit : Ea,app=Ea,2+ΔH1=20+(40)=20E_{a,\text{app}}=E_{a,2}+\Delta H_{1}=20+(-40)=-20 kJ/mol, une énergie d'activation apparente NÉGATIVE. Facteur entre 298 K et 348 K : lnk348k298=Ea,appR(12981348)=200008,314(4,82×104)=1,16\ln\frac{k_{348}}{k_{298}}=\frac{E_{a,\text{app}}}{R}\left(\frac{1}{298}-\frac{1}{348}\right)=\frac{-20\,000}{8{,}314}(4{,}82\times 10^{-4})=-1{,}16, soit k348k298=e1,160,31\frac{k_{348}}{k_{298}}=e^{-1{,}16}\approx 0{,}31 : chauffer de 50 K fait tomber la vitesse à 31 % de sa valeur. Le paradoxe n'en est pas un : chauffer accélère bien l'étape 2 (comme toute étape élémentaire), mais déplace l'équilibre 1, exothermique, dans le sens de la DISSOCIATION du dimère. Il y a beaucoup moins de N2O2N_{2}O_{2} disponible, et cette pénurie l'emporte largement sur le gain de vitesse. Une énergie d'activation apparente négative n'est jamais celle d'une étape élémentaire : c'est toujours le signe d'un pré-équilibre exothermique en amont du goulot.

Exercice 10 : Problème : chauffer ou catalyser un procédé

Un procédé industriel repose sur une réaction d'ordre 1, de constante k=5,0×105k=5{,}0\times 10^{-5} s1^{-1} à 300 K et d'énergie d'activation Ea=80E_{a}=80 kJ/mol. Le cahier des charges impose un taux de conversion de 90 % en 2,0 heures au maximum. On prendra R=8,314R=8{,}314 J/(mol·K).

  • a) Montrez qu'à 300 K le cahier des charges n'est pas respecté : calculez le temps nécessaire pour convertir 90 % du réactif.
  • b) Quelle valeur minimale de kk faudrait-il atteindre pour tenir les 2,0 heures ?
  • c) Première option : chauffer. À quelle température faut-il porter le réacteur ?
  • d) Seconde option : un catalyseur qui abaisse EaE_{a} à 60 kJ/mol, à 300 K. Calculez la nouvelle constante et le temps de conversion. Commentez l'écart avec l'option précédente.
  • e) Le directeur de production demande si l'une des deux options permettrait d'obtenir un meilleur RENDEMENT à l'équilibre. Que répondez-vous, et en quoi les deux options diffèrent-elles réellement ?

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Réponses

  • a) t=ln10/k4,6×104t=\ln 10/k\approx 4{,}6\times 10^{4} s, soit 12,8 h : le cahier des charges n'est pas tenu
  • b) k3,2×104k\geq 3{,}2\times 10^{-4} s1^{-1}, environ 6,4 fois la constante actuelle
  • c) T2318T_{2}\approx 318 K, soit environ 45 °C
  • d) kcat0,15k_{cat}\approx 0{,}15 s1^{-1} et t15t\approx 15 s : l'objectif est pulvérisé sans chauffer
  • e) Le catalyseur laisse KK intacte ; chauffer diminue le rendement d'une exothermique (van 't Hoff)

a) Ordre 1 : convertir 90 % signifie qu'il reste 10 % du réactif, donc t=1kln[A]00,10[A]0=ln10k=2,3035,0×1054,6×104t=\frac{1}{k}\ln\frac{[A]_{0}}{0{,}10[A]_{0}}=\frac{\ln 10}{k}=\frac{2{,}303}{5{,}0\times 10^{-5}}\approx 4{,}6\times 10^{4} s, soit environ 12,8 heures. Le cahier des charges (2,0 h) est très loin d'être tenu. Remarquez que le temps ne dépend PAS de la concentration initiale : c'est propre à l'ordre 1.

b) Il faut ln10k7200\frac{\ln 10}{k}\leq 7200 s, donc k2,3037200=3,2×104k\geq \frac{2{,}303}{7200}=3{,}2\times 10^{-4} s1^{-1} : environ 6,4 fois la constante actuelle.

c) Arrhenius entre 300 K et T2T_{2} : lnk2k1=EaR(1T11T2)\ln\frac{k_{2}}{k_{1}}=\frac{E_{a}}{R}\left(\frac{1}{T_{1}}-\frac{1}{T_{2}}\right). Ici ln(6,40)=1,856\ln(6{,}40)=1{,}856 et EaR=800008,314=9622\frac{E_{a}}{R}=\frac{80\,000}{8{,}314}=9622. Donc 13001T2=1,8569622=1,93×104\frac{1}{300}-\frac{1}{T_{2}}=\frac{1{,}856}{9622}=1{,}93\times 10^{-4}, d'où 1T2=3,333×1031,93×104=3,140×103\frac{1}{T_{2}}=3{,}333\times 10^{-3}-1{,}93\times 10^{-4}=3{,}140\times 10^{-3} et T2318T_{2}\approx 318 K, soit environ 45 °C. Un chauffage de 18 degrés suffit : c'est tout le poids de l'exponentielle.

d) kcatk=e(8000060000)/((8,314)(300))=e8,023,0×103\frac{k_{cat}}{k}=e^{(80\,000-60\,000)/((8{,}314)(300))}=e^{8{,}02}\approx 3{,}0\times 10^{3}, donc kcat0,15k_{cat}\approx 0{,}15 s1^{-1} et t=ln100,1515t=\frac{\ln 10}{0{,}15}\approx 15 s. Le catalyseur ne fait pas qu'atteindre l'objectif : il le pulvérise, en ramenant 12,8 heures à un quart de minute, et sans chauffer. Le procédé n'est alors plus limité par la chimie mais par le génie chimique : alimentation, transfert thermique, évacuation de la chaleur dégagée.

e) Non, ni l'une ni l'autre ne modifie le rendement à l'équilibre POUR LA MÊME RAISON QUE... enfin, presque : le catalyseur, lui, ne change strictement rien à l'équilibre, puisqu'il abaisse les deux barrières de la même quantité et laisse KK intacte. Chauffer, en revanche, N'EST PAS neutre : KK dépend de la température (loi de van 't Hoff), et pour une réaction exothermique, chauffer DIMINUE le rendement à l'équilibre. C'est la différence de fond entre les deux options : le catalyseur achète de la vitesse gratuitement, le chauffage achète de la vitesse en payant en rendement (et en énergie). C'est exactement le dilemme du procédé Haber-Bosch, résolu par un compromis : température modérée, catalyseur au fer, et forte pression.

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