Voici la série d'exercices corrigés de chimie du cours 202-NYB sur l'équilibre chimique. La partie A construit l'outillage : écrire une constante d'équilibre, comparer le quotient réactionnel Q à K pour prédire le sens d'évolution, manipuler les constantes (réaction inverse, demi-équation), dresser un tableau ICE avec le test des 5 % avant de résoudre la quadratique complète, passer de Kc à Kp sans se tromper de constante des gaz, et traiter les équilibres hétérogènes où les solides purs n'apparaissent pas. La partie B monte au niveau examen : le degré de dissociation et sa réponse à la dilution, les trois pièges classiques du principe de Le Chatelier tranchés par le quotient réactionnel plutôt que par une règle apprise, une équation d'équilibre qui se résout par un carré parfait, et la relation de van 't Hoff exploitée pour remonter à l'enthalpie de réaction.
Cette série s'adresse aux étudiants de cégep en Sciences de la nature comme aux élèves de Terminale du Lycée Marie de France et du Collège Stanislas qui suivent le complément québécois de chimie (spécialité physique-chimie). L'équilibre de 202-NYB est le grand chapitre quantitatif du cours : le tableau ICE y devient un rituel, et le principe de Le Chatelier passe du qualitatif au raisonnement industriel chiffré.
Le réflexe à garder tout du long : avant tout calcul d'équilibre, comparez le quotient réactionnel Q à la constante Kc. Cette comparaison dit dans quel sens le système va évoluer, donc quel signe donner aux variations du tableau ICE. Un tableau monté dans le mauvais sens produit des concentrations négatives, et l'erreur se paie en cascade.
Série autocorrigéeTape tes réponses et vérifie-les question par question : la page te dit juste ou faux avant d'ouvrir la correction. Avec un compte, chaque bonne réponse du premier coup rapporte des points, et tes réponses justes restent remplies quand tu reviens.
•Pour aA+bB⇌cC+dD : Kc=[A]a[B]b[C]c[D]d, concentrations À L'ÉQUILIBRE. Les solides et liquides purs n'y figurent pas (leur "concentration" est constante).
•Le quotient réactionnel Q a la même expression, avec les concentrations ACTUELLES. Si Q<Kc : évolution vers les produits (sens direct); si Q>Kc : vers les réactifs; si Q=Kc : équilibre atteint.
•Manipulations : inverser l'équation donne K′=K1; multiplier les coefficients par n élève K à la puissance n; additionner deux équations multiplie leurs constantes.
•Tableau ICE (Initial, Changement, Équilibre) : poser x sur la variation, exprimer chaque concentration d'équilibre, substituer dans Kc. Approximation du x négligeable : valide si x<5 % de la concentration initiale; sinon, résoudre la quadratique complète.
•Principe de Le Chatelier : un système à l'équilibre soumis à une perturbation évolue dans le sens qui l'atténue. Concentration : fuir l'espèce ajoutée. Volume réduit (pression accrue) : aller vers le côté ayant le MOINS de moles gazeuses. Température : traiter la chaleur comme un réactif (endothermique) ou un produit (exothermique) : c'est la SEULE perturbation qui change la valeur de K.
•Un catalyseur accélère les deux sens également : l'équilibre est atteint plus vite, mais sa position ne bouge pas.
Partie A : Constante, tableau ICE et Le Chatelier (/50)
Exercice 1 : Écrire K et prédire le sens
À 430 °C, la réaction H2(g)+I2(g)⇌2HI(g) a une constante Kc=54,3.
a) Écrivez l'expression de Kc pour cette réaction, puis celle de la réaction CaCO3(s)⇌CaO(s)+CO2(g). Justifiez la différence de traitement.
b) Que signifie concrètement une constante très grande (Kc=4×1031) ? Très petite (Kc=1×10−30) ? Et 54,3 ?
c) On mélange [H2]=[I2]=[HI]=0,10 mol/L à 430 °C. Calculez le quotient réactionnel et prédisez le sens d'évolution.
d) L'équilibre est-il un état où "il ne se passe plus rien" ? Décrivez ce qui se passe à l'échelle moléculaire quand Q=Kc.
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Réponses
a)Kc=[H2][I2][HI]2 ; pour le calcaire Kc=[CO2], les solides sont exclus
b)Très grande : réaction quasi complète. Très petite : quasi nulle. 54,3 : produits favorisés, réactifs encore mesurables
c)Q=1,0<Kc=54,3, évolution dans le sens direct
d)Non : l'équilibre est dynamique, les deux sens tournent à la même vitesse
a)
Kc=[H2][I2][HI]2. Pour le calcaire : Kc=[CO2] seulement : les deux solides sont exclus. Un solide pur a une "concentration" (densité molaire) fixée par sa nature, pas par la quantité présente : elle est constante et s'absorbe dans K. C'est pourquoi la pression de CO2 au-dessus du calcaire chauffé ne dépend pas de la taille du tas de pierre.
b)
K mesure le rapport produits/réactifs à l'arrivée. K=4×1031 : la réaction est quasi complète, il ne reste que des traces de réactifs. K=10−30 : la réaction ne se produit pratiquement pas. K=54,3 : cas intermédiaire intéressant, produits nettement favorisés mais réactifs encore présents en quantité mesurable : c'est là que les tableaux ICE ont du travail.
c)
Q=(0,10)(0,10)(0,10)2=1,0. Comme Q=1,0<Kc=54,3, le numérateur doit croître : le système évolue dans le SENS DIRECT, il fabrique du HI en consommant H2 et I2, jusqu'à ce que Q rejoigne 54,3.
d)
Non : l'équilibre est DYNAMIQUE. Quand Q=Kc, les deux réactions continuent à l'échelle moléculaire, mais à la MÊME vitesse : chaque HI formé quelque part est compensé par un HI dissocié ailleurs. Les concentrations macroscopiques sont figées, le trafic moléculaire, lui, est intense dans les deux sens : l'immobilité n'est qu'une moyenne.
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Exercice 2 : Calculer K et le manipuler
À une certaine température, la synthèse de l'ammoniac N2(g)+3H2(g)⇌2NH3(g) atteint l'équilibre avec [N2]=0,30 mol/L, [H2]=0,90 mol/L et [NH3]=0,18 mol/L.
a) Calculez Kc.
b) Déduisez, sans nouveau calcul d'équilibre, la constante de la réaction INVERSE 2NH3⇌N2+3H2.
c) Déduisez la constante de la demi-équation 21N2+23H2⇌NH3.
d) Ces trois constantes décrivent-elles trois chimies différentes ? Expliquez pourquoi l'état d'équilibre physique est le même dans les trois cas.
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Réponses
a)Kc≈0,148
b)K′=1/Kc≈6,75
c)K′′=Kc≈0,385
d)Une seule chimie, trois écritures : K dépend du couple nature-équation
Inverser l'équation inverse le rapport : K′=Kc1=0,1481≈6,75.
c)
Diviser tous les coefficients par 2 élève la constante à la puissance 21 : K′′=Kc=0,148≈0,385.
d)
Non : une seule chimie, trois écritures. Le mélange à l'équilibre (0,30; 0,90; 0,18) satisfait les trois expressions simultanément : on le vérifie en substituant. La constante n'est pas une propriété de la nature seule, mais du COUPLE nature-écriture : d'où la règle d'or des exercices, toujours associer une valeur de K à l'équation exacte qui la définit, coefficients et sens compris.
Exercice 3 : Le tableau ICE et le test des 5 %
À 25 °C, la dissociation N2O4(g)⇌2NO2(g) a une constante Kc=4,6×10−3. On introduit du N2O4 pur à la concentration initiale de 0,100 mol/L.
a) Dressez le tableau ICE et écrivez l'équation en x à résoudre.
b) Tentez l'approximation du x négligeable devant 0,100. Calculez x, puis appliquez le test des 5 % : l'approximation est-elle valable ?
c) Résolvez la quadratique complète et donnez les concentrations à l'équilibre.
d) Vérifiez votre réponse en recalculant Kc à partir de vos concentrations d'équilibre. Pourquoi cette vérification devrait-elle être un réflexe ?
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Réponses
a)Kc=0,100−x4x2=4,6×10−3
b)x≈0,0107 mol/L, soit 10,7 % : le test des 5 % échoue
d)On retombe sur 4,6×10−3 : la vérification coûte une division et attrape toute erreur
a)
Initial : 0,100 et 0. Changement : −x et +2x. Équilibre : 0,100−x et 2x. D'où Kc=0,100−x(2x)2=0,100−x4x2=4,6×10−3.
b)
Si x≪0,100 : 4x2≈4,6×10−4, donc x≈1,15×10−4≈0,0107 mol/L. Test : 0,1000,0107=10,7 % >5 % : l'approximation ÉCHOUE. La constante n'est pas assez petite devant la concentration initiale : il faut la quadratique. Tenter l'approximation n'était pas une erreur, c'était un essai contrôlé : le test des 5 % est là pour trancher.
c)
4x2+4,6×10−3x−4,6×10−4=0. Discriminant : (4,6×10−3)2+4(4)(4,6×10−4)=7,38×10−3, racine 0,0859. x=8−4,6×10−3+0,0859≈0,0102 mol/L (la racine négative est rejetée). Équilibre : [NO2]=2x≈0,0203 mol/L et [N2O4]=0,100−x≈0,0898 mol/L. L'approximation surestimait x de 5 % : visible, comme le test l'annonçait.
d)
0,0898(0,0203)2=4,6×10−3 : on retombe sur Kc, aux arrondis près. Ce réflexe transforme l'examen : il détecte à coup sûr une erreur de signe dans le tableau, une racine mal choisie ou une faute de calculatrice, pour le prix d'une division. Un résultat d'équilibre non vérifié est un résultat non terminé.
Exercice 4 : Le Chatelier et le procédé Haber
La synthèse industrielle de l'ammoniac N2(g)+3H2(g)⇌2NH3(g) est exothermique : ΔH=−92 kJ/mol.
a) Prédisez l'effet sur la position d'équilibre : d'un ajout de N2; d'un retrait de NH3 au fur et à mesure de sa formation. Justifiez par le quotient Q.
b) Prédisez l'effet d'une augmentation de pression (réduction de volume), en comptant les moles gazeuses.
c) Prédisez l'effet d'une augmentation de température, et précisez ce qui arrive à la VALEUR de Kc, contrairement aux perturbations précédentes.
d) Le procédé industriel opère vers 450 °C et 200 atm avec un catalyseur au fer. Expliquez ce compromis : pourquoi chauffer alors que la thermodynamique dit de refroidir, et à quoi sert le catalyseur si l'équilibre ne bouge pas ?
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Réponses
a)Les deux font chuter Q sous Kc : déplacement en sens direct, plus d'ammoniac
b)4 moles gazeuses contre 2 : comprimer déplace vers la droite, d'où les 200 atm
c)Le rendement baisse, et Kc elle-même diminue : la température redéfinit la cible
d)On paie du rendement pour de la vitesse ; le catalyseur ne déplace rien, il rend l'équilibre atteignable
a)
Ajouter du N2 gonfle le dénominateur de Q=[N2][H2]3[NH3]2 : Q chute sous Kc, le système répond en sens direct : plus d'ammoniac. Retirer le NH3 écrase le numérateur : même conclusion, Q<Kc, production relancée en continu. C'est la stratégie industrielle : soutirer le produit (liquéfié par refroidissement) pour que l'équilibre coure sans cesse après lui.
b)
À gauche : 1+3=4 moles gazeuses; à droite : 2. Comprimer pousse le système à réduire le nombre de moles gazeuses : déplacement vers la DROITE, vers l'ammoniac. D'où les 200 atmosphères du procédé : la pression est ici une alliée franche.
c)
Réaction exothermique : la chaleur est un PRODUIT. Chauffer, c'est ajouter du produit : l'équilibre recule vers les réactifs, le rendement en NH3 baisse. Et contrairement aux ajouts de matière ou aux compressions, la température change la VALEUR de Kc elle-même (elle diminue ici) : la température est la seule perturbation qui redéfinit la cible au lieu de déplacer le système par rapport à elle.
d)
À froid, l'équilibre est favorable... mais la CINÉTIQUE est désespérante : la triple liaison de N2 rend la réaction infiniment lente à 25 °C : un excellent rendement qu'on n'atteint jamais ne produit rien. On chauffe donc à 450 °C, sacrifiant du rendement d'équilibre contre de la vitesse, et l'on compense par la pression (b) et le soutirage (a). Le catalyseur au fer n'améliore pas l'équilibre d'un iota : il abaisse l'énergie d'activation pour que cet équilibre, moins favorable mais accessible, soit ATTEINT en un temps industriel. Tout le procédé Haber est un arbitrage entre thermodynamique et cinétique : la question d'examen par excellence.
Exercice 5 : Kp, Kc et le piège de la constante des gaz
Pour l'équilibre N2O4(g)⇌2NO2(g), on mesure Kc=4,63×10−3 à 25 °C. On donne R=0,08206 L·atm/(mol·K).
a) En partant de la loi des gaz parfaits, établissez la relation entre Kp et Kc, et précisez ce que vaut l'exposant Δn.
b) Calculez Kp pour cet équilibre à 25 °C.
c) Pour quelles réactions a-t-on exactement Kp=Kc ? Donnez un exemple tiré du chapitre.
d) Écrivez Kc et Kp pour l'équilibre hétérogène CaCO3(s)⇌CaO(s)+CO2(g), et justifiez pourquoi les solides n'y figurent pas.
e) Un élève applique la même formule avec R=8,314 et trouve Kp=11,5. Par quel facteur se trompe-t-il, et quelle est la règle qui évite définitivement cette erreur ?
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Réponses
a)Kp=Kc(RT)Δn, où Δn ne compte que les moles de GAZ
b)Δn=+1, donc Kp=0,113
c)Quand Δn=0, par exemple H2+I2⇌2HI
d)Kc=[CO2] et Kp=PCO2 : l'activité d'un solide pur vaut 1
e)Facteur 8,314/0,08206≈101,3 ; R doit suivre les unités employées
a)
Pour un gaz parfait, P=VnRT=[]RT : une pression partielle est une concentration multipliée par RT. En remplaçant chaque concentration par RTP dans Kc, chaque espèce apporte un facteur (RT)−1 élevé à son coefficient, et il reste Kp=Kc(RT)Δn avec Δn= (moles de GAZ des produits) − (moles de gaz des réactifs). Seules les espèces gazeuses comptent dans Δn.
b)
Δn=2−1=+1. Donc Kp=Kc(RT)1=(4,63×10−3)(0,08206)(298)=(4,63×10−3)(24,45)=0,113.
c)
Quand Δn=0 : autant de moles gazeuses de chaque côté, le facteur (RT)0=1. Exemple du chapitre : H2(g)+I2(g)⇌2HI(g), avec 1+1=2 à gauche et 2 à droite. Pour cette réaction, Kp et Kc sont numériquement identiques à toute température.
d)
Kc=[CO2] et Kp=PCO2 : un seul terme. Un solide pur a une "concentration" fixée par sa masse volumique et sa masse molaire, indépendante de la quantité présente : broyer le calcaire ou en mettre dix fois plus ne change rien. Cette valeur constante est absorbée dans la constante d'équilibre (formellement, l'activité d'un solide pur vaut 1). Conséquence concrète et contre-intuitive : dans un four fermé à température donnée, la pression de CO2 à l'équilibre ne dépend PAS de la quantité de calcaire, tant qu'il en reste.
e)
Il se trompe d'un facteur 0,082068,314≈101,3 : c'est exactement le nombre de kilopascals dans une atmosphère, ce qui n'est pas un hasard, puisque les deux valeurs de R ne diffèrent que par les unités de pression (kPa contre atm) et de volume. La règle : R doit parler la même langue que les grandeurs employées. Des pressions en atm et des concentrations en mol/L imposent R=0,08206 L·atm/(mol·K); R=8,314 J/(mol·K) est le R des énergies (Arrhenius, thermodynamique), pas celui des équilibres gazeux exprimés en atmosphères.
Partie B : Niveau examen (/50)
Exercice 6 : La conversion du gaz à l'eau : un carré parfait
La réaction de conversion CO(g)+H2O(g)⇌CO2(g)+H2(g), utilisée pour produire l'hydrogène industriel, a Kc=4,0 à une température donnée. On introduit 1,00 mol de CO et 1,00 mol de H2O dans un réacteur de 10,0 L.
a) Calculez les concentrations initiales et dressez le tableau ICE.
b) Montrez que l'équation d'équilibre se résout ici SANS la formule quadratique, grâce à une racine carrée. Calculez x.
c) Donnez les quatre concentrations à l'équilibre et le pourcentage de conversion du CO.
d) Vérifiez la cohérence en recalculant Kc.
e) On ajoute alors 1,00 mol de vapeur d'eau supplémentaire. Sans refaire tout le calcul, prédisez l'effet sur le pourcentage de conversion du CO et expliquez pourquoi l'industrie utilise précisément un EXCÈS de vapeur d'eau, le réactif bon marché.
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Réponses
a)[CO]0=[H2O]0=0,100 mol/L ; à l'équilibre 0,100−x et x
e)La conversion du CO augmente : l'excès du réactif bon marché achète la conversion de l'autre
a)
[CO]0=[H2O]0=10,01,00=0,100 mol/L. ICE : équilibre [CO]=[H2O]=0,100−x et [CO2]=[H2]=x. D'où Kc=(0,100−x)2x2=4,0.
b)
Les deux membres sont des carrés : (0,100−xx)2=4,0, donc 0,100−xx=2,0 (la racine négative n'a pas de sens physique). Alors x=0,200−2x, soit 3x=0,200 et x=0,0667 mol/L. Repérer le carré parfait épargne la quadratique : un réflexe payant chaque fois que les concentrations initiales des réactifs sont égales et que les coefficients sont symétriques.
c)
[CO2]=[H2]=0,0667 mol/L; [CO]=[H2O]=0,0333 mol/L. Conversion du CO : 0,1000,0667≈67 % : les deux tiers du monoxyde ont réagi.
d)
(0,0333)2(0,0667)2=(2,0)2=4,0 : c'est bien Kc.
e)
Ajouter de la vapeur fait chuter Q sous Kc : le système repart en sens direct et consomme du CO supplémentaire : la conversion du CO AUGMENTE (au prix d'une vapeur en excès qui, elle, se convertit proportionnellement moins). C'est le levier industriel classique : pour pousser la conversion du réactif COÛTEUX (le CO issu du charbon ou du méthane), on noie l'équilibre sous le réactif BON MARCHÉ (l'eau). Le Chatelier fait le reste : l'excès de l'un achète la conversion de l'autre.
Exercice 7 : Lire ΔH dans la constante
Pour la dissociation N2O4(g)⇌2NO2(g), on mesure Kc=4,6×10−3 à 25 °C et Kc≈1,3 à 77 °C. Le NO2 est un gaz brun; le N2O4 est incolore.
a) La constante augmente fortement avec la température. Déduisez-en le signe de ΔH de la réaction directe, en justifiant par Le Chatelier.
b) Décrivez ce qu'on OBSERVE quand on plonge une ampoule scellée du mélange dans l'eau chaude, puis dans la glace. En quoi cette ampoule est-elle une démonstration visuelle du principe ?
c) Calculez par quel facteur la constante a été multipliée entre 25 °C et 77 °C. Qu'est-ce que cela dit de la sensibilité de l'équilibre à la température ?
d) Expliquez la différence de nature entre l'effet de la température et celui d'une compression sur ce même équilibre : lequel change Kc, lequel change seulement les concentrations, et comment l'expérience de l'ampoule comprimée le confirmerait.
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Réponses
a)ΔH>0 : la réaction directe est endothermique
b)Elle brunit dans l'eau chaude, se décolore dans la glace : Le Chatelier à l'oeil nu
c)K multipliée par environ 280 en cinquante degrés : la dépendance est exponentielle
d)La température change Kc, la compression ne change que les concentrations ; l'ampoule fonce puis pâlit
a)
ΔH>0 : la réaction directe est ENDOTHERMIQUE. Raisonnement : chauffer favorise le sens qui absorbe la chaleur; or chauffer augmente Kc, donc favorise le sens direct; le sens direct est donc celui qui consomme la chaleur. (Valeur réelle : environ +57 kJ/mol, il faut de l'énergie pour rompre la liaison N-N du dimère.)
b)
Dans l'eau chaude, l'ampoule BRUNIT : l'équilibre se déplace vers le NO2 brun. Dans la glace, elle se décolore : retour vers le N2O4 incolore. La couleur joue le rôle d'indicateur de position d'équilibre en temps réel : c'est l'expérience de démonstration favorite du chapitre, un principe de Le Chatelier qu'on voit à l'œil nu, réversible à volonté.
c)
4,6×10−31,3≈280 : cinquante degrés multiplient la constante par presque trois cents. La dépendance de K en température est exponentielle (elle suit e−ΔH/RT en toile de fond) : pour un ΔH substantiel, la température est un levier massif sur la position d'équilibre, sans commune mesure avec les ajustements de concentration.
d)
La température change la VALEUR de Kc (de 4,6×10−3 à 1,3) : la cible elle-même se déplace. La compression, à température fixe, laisse Kc intact et ne fait que déplacer les CONCENTRATIONS pour que leur combinaison retrouve la même valeur : ici, comprimer favorise le côté N2O4 (1 mole gazeuse contre 2). L'ampoule confirmerait : comprimée brusquement, elle fonce d'abord (tout est concentré, y compris le NO2), puis PÂLIT en quelques instants, le temps que l'équilibre se rétablisse vers le dimère, à Kc inchangé. Deux perturbations, deux mécanismes : changer la règle du jeu, ou rejouer le même jeu sur un terrain réduit.
Exercice 8 : Le degré de dissociation et l'effet de la dilution
On introduit 1,00 mol de N2O4 dans un récipient vide de 2,00 L, à une température où l'équilibre N2O4(g)⇌2NO2(g) s'établit avec un degré de dissociation α=20,0 %.
a) Dressez le tableau ICE en fonction de α et donnez les concentrations à l'équilibre.
b) Calculez Kc à cette température.
c) On refait l'expérience avec la même quantité de matière, mais dans 4,00 L. Calculez le nouveau degré de dissociation.
d) Le résultat de c) contredit-il l'idée qu'une constante d'équilibre est constante ? Expliquez ce qui change et ce qui ne change pas.
e) Sans refaire le calcul complet, prédisez le sens de variation de α si l'on comprimait le mélange dans 1,00 L, puis vérifiez votre prédiction par un calcul.
Voir la correction
Réponses
a)[N2O4]=0,400 mol/L et [NO2]=0,200 mol/L
b)Kc=0,100
c)x=0,0675 mol/L, soit α=27,0 %
d)Aucune contradiction : Kc est une constante, le degré de dissociation est une composition
e)α diminue : 14,6 % dans 1,00 L, contre 20,0 % dans 2,00 L et 27,0 % dans 4,00 L
a)
[N2O4]0=2,001,00=0,500 mol/L. Il se dissocie 0,500α=0,100 mol/L. ICE : N2O4 : 0,500→0,500−0,100=0,400 mol/L; NO2 : 0→2(0,100)=0,200 mol/L (le facteur 2 vient du coefficient).
Dans 4,00 L : [N2O4]0=0,250 mol/L. Avec x dissocié : 0,250−x(2x)2=0,100, soit 4x2+0,100x−0,0250=0. x=8−0,100+0,0100+0,400=8−0,100+0,6403=0,0675 mol/L. Donc α=0,2500,0675=27,0 % : la dissociation a AUGMENTÉ.
d)
Aucune contradiction : Kc n'a pas bougé (0,100 dans les deux cas, la température n'a pas changé), et c'est bien la seule chose que la constante promet. Le degré de dissociation, lui, n'est pas une constante : c'est une composition, et il dépend de la dilution. Le Chatelier le dit directement : diluer, c'est diminuer toutes les concentrations, et le système répond en se déplaçant du côté qui compte le PLUS de moles gazeuses, ici les 2 NO2 contre 1 N2O4, pour en refabriquer. Confondre "constante d'équilibre" et "composition constante" est l'erreur de fond du chapitre.
e)
Prédiction : comprimer va dans le sens inverse de la dilution, donc l'équilibre se déplace vers le côté qui compte le MOINS de moles gazeuses, c'est-à-dire vers N2O4 : α doit DIMINUER. Vérification avec [N2O4]0=1,00 mol/L : 4x2+0,100x−0,100=0 donne x=8−0,100+0,0100+1,60=8−0,100+1,2689=0,1461, soit α=14,6 %. La prédiction est confirmée : 27,0 % à 4 L, 20,0 % à 2 L, 14,6 % à 1 L. Le gaz brun NO2 pâlit quand on comprime, ce que l'on voit à l'oeil nu dans la seringue de démonstration.
Exercice 9 : Les trois pièges de Le Chatelier
Le mélange N2(g)+3H2(g)⇌2NH3(g) est à l'équilibre dans un récipient de volume V, avec [N2]=0,20 mol/L, [H2]=0,30 mol/L et [NH3]=0,10 mol/L.
a) Calculez Kc.
b) On injecte de l'argon (gaz inerte) à VOLUME CONSTANT. Que devient l'équilibre ? Justifiez par le quotient réactionnel, pas par la formule apprise.
c) On injecte de l'argon à PRESSION CONSTANTE (le récipient est un piston libre). Même question. Pourquoi la réponse diffère-t-elle de b) ?
d) On double le volume. Calculez Q et déduisez le sens du déplacement. Vérifiez que le rapport KQ vaut bien ce que la stœchiométrie gazeuse prédit.
e) On ajoute du N2. Une fois le nouvel équilibre atteint, la concentration de N2 est-elle revenue à 0,20 mol/L ? Que dit exactement le principe de Le Chatelier, et que ne dit-il pas ?
Voir la correction
Réponses
a)Kc≈1,85
b)Rien ne bouge : à V constant, l'argon ne change aucune pression partielle
c)Déplacement vers la gauche : à P constante, l'argon agit en diluant
d)Q=7,41>Kc, déplacement vers la gauche, et Q/K=22=4,00
e)Non : le principe modère la perturbation, il ne l'annule pas
Rien ne se passe. À volume constant, ajouter de l'argon n'altère AUCUNE des trois concentrations : Vn est inchangé pour N2, H2 et NH3. Donc Q garde exactement la valeur Kc et le système reste où il est. La pression TOTALE augmente, mais l'équilibre ne connaît que les pressions PARTIELLES des espèces qui participent : l'argon est un spectateur.
c)
Cette fois l'équilibre se déplace vers la GAUCHE, vers N2+H2. À pression constante, ajouter de l'argon force le piston à sortir : le volume augmente, donc toutes les concentrations des espèces réactives DIMINUENT. C'est une dilution déguisée, et le système répond en allant du côté qui compte le plus de moles gazeuses (4 à gauche, 2 à droite). Toute la différence avec b) tient à ce que l'on maintient fixe : à V constant l'argon n'a aucun effet, à P constante il agit comme un diluant.
d)
En doublant V, chaque concentration est divisée par 2 : [N2]=0,10, [H2]=0,15, [NH3]=0,050. Q=(0,10)(0,15)3(0,050)2=3,375×10−40,0025=7,41. Comme Q>Kc (7,41 contre 1,85), le système consomme des produits : déplacement vers la GAUCHE, cohérent avec c). Contrôle : Δn=2−4=−2, et diviser les concentrations par 2 multiplie Q par 2−Δn=22=4. Or 1,857,41=4,00 exactement. Le quotient réactionnel donne le sens sans qu'on ait rien à retenir.
e)
Non, elle est plus élevée qu'avant l'ajout, quelque part entre 0,20 mol/L et la valeur juste après injection. Le principe de Le Chatelier dit que le système s'oppose PARTIELLEMENT à la perturbation, il ne dit pas qu'il l'annule : le déplacement vers la droite consomme une partie du N2 ajouté, jamais la totalité, sinon rien n'aurait changé et l'équilibre serait indifférent à ce qu'on lui fait. C'est une modération, pas une restauration. Au passage, ce déplacement augmente le rendement en NH3 tout en faisant BAISSER le taux de conversion du N2, ce qui est précisément la raison pour laquelle on injecte plutôt un excès du réactif le moins cher.
Exercice 10 : Van 't Hoff : remonter à l'enthalpie, et combiner des constantes
Pour un équilibre gazeux, on mesure K=4,0×10−2 à 298 K et K=0,50 à 350 K. On donne R=8,314 J/(mol·K) et la relation de van 't Hoff lnK1K2=RΔH∘(T11−T21).
a) Sans calcul, déduisez le signe de ΔH∘. Justifiez par Le Chatelier.
b) Calculez ΔH∘ en kJ/mol.
c) Estimez la constante à 400 K.
d) On connaît par ailleurs A⇌B (K1=2,0) et B⇌C (K2=3,0) à une température donnée. Déduisez les constantes de A⇌C, de 2A⇌2C et de C⇌A.
e) Quelle hypothèse la relation de van 't Hoff fait-elle sur ΔH∘, et pourquoi votre réponse à c) est-elle une estimation plutôt qu'une prédiction ?
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Réponses
a)ΔH∘>0 : la réaction est endothermique
b)ΔH∘≈+42,1 kJ/mol
c)K400≈3,1
d)KA→C=6,0, K2A→2C=36, KC→A=0,167
e)Elle suppose ΔH∘ constante ; extrapoler hors de la plage de mesure en fait une estimation
a)
ΔH∘>0 : la réaction est ENDOTHERMIQUE. La constante augmente avec la température, donc chauffer favorise les produits. Or Le Chatelier veut que le système absorbe l'apport de chaleur : il ne peut le faire qu'en se déplaçant dans le sens qui CONSOMME de la chaleur, c'est-à-dire le sens endothermique. Si ce sens est celui des produits, la réaction directe est endothermique.
b)
ln0,0400,50=ln12,5=2,526. 2981−3501=3,3557×10−3−2,8571×10−3=4,986×10−4. Donc ΔH∘=4,986×10−4Rln12,5=4,986×10−4(8,314)(2,526)=4,21×104 J/mol, soit ΔH∘≈+42,1 kJ/mol. Le signe positif confirme a).
c)
De 350 K à 400 K : ln0,50K400=8,31442118(3501−4001)=(5066)(3,571×10−4)=1,809, donc K400=0,50e1,809≈3,1. La constante a été multipliée par plus de 75 entre 298 K et 400 K : les équilibres endothermiques sont très sensibles à la température.
d)
Additionner deux réactions MULTIPLIE leurs constantes (là où l'enthalpie, elle, s'additionne : K est exponentielle en ΔG∘). A⇌C est la somme des deux étapes : K=K1K2=(2,0)(3,0)=6,0. Multiplier une équation par 2 ÉLÈVE la constante au carré : 2A⇌2C donne K=6,02=36. Inverser une équation prend l'INVERSE : C⇌A donne K=6,01=0,167.
e)
Elle suppose ΔH∘ CONSTANTE sur tout l'intervalle de température considéré. C'est une approximation : les capacités thermiques des réactifs et des produits diffèrent, donc ΔH∘ dérive lentement avec T. Sur 50 K l'erreur reste modeste; extrapoler de 350 K à 400 K, au-delà de la plage où les deux mesures ont été faites, cumule cette dérive et l'incertitude sur ΔH∘ lui-même. D'où "estimation" : le calcul est juste, c'est le modèle qui n'est valable qu'approximativement, et d'autant moins qu'on s'éloigne des points de mesure.
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