Me contacter

Ondes et physique moderne 203-NYC • Complément québécois de Terminale et cégep

Exercices corrigés : la physique moderne (203-NYC)

Voici la série d'exercices corrigés du cours 203-NYC sur la physique moderne. La partie A suit l'ordre historique : le photon et son énergie (du visible aux ondes radio, avec le compte des photons d'un pointeur laser), l'effet photoélectrique et les trois observations que la théorie ondulatoire n'explique pas, le spectre de l'hydrogène calculé par le modèle de Bohr, et la longueur d'onde de de Broglie, qui donne aux électrons des propriétés d'onde et aux balles de baseball des longueurs d'onde invisibles. La partie B monte au niveau examen : la datation au carbone 14, de la demi-vie au calcul exact par l'exponentielle, et l'équivalence masse-énergie, du Soleil qui maigrit à la densité d'énergie du nucléaire.

Cette série s'adresse aux étudiants de cégep en Sciences de la nature comme aux élèves de Terminale du Lycée Marie de France et du Collège Stanislas qui suivent le complément québécois de sciences physiques (spécialité physique-chimie). Ce dernier chapitre change les règles du jeu : l'énergie s'échange par paquets, la matière interfère, la masse se convertit. Les exercices restent calculatoires, mais chaque nombre porte une idée qui a fait une révolution.

Le réflexe à garder tout du long : l'électron-volt est la monnaie du chapitre. Les énergies atomiques se comptent en eV, les photons du visible valent entre 1,8 et 3,1 eV, et convertir trop tôt en joules noie les ordres de grandeur. Gardez les eV jusqu'au bout, ne repassez aux joules que pour les vitesses et les longueurs d'onde.

Rappel de cours

  • Photon : E=hf=hcλE=hf=\frac{hc}{\lambda} avec h=6,63×1034h=6{,}63\times 10^{-34} J·s. Conversion : 1 eV =1,6×1019=1{,}6\times 10^{-19} J. Raccourci précieux : EE (en eV) 1240λ (nm)\approx\frac{1240}{\lambda\ \mathrm{(nm)}}.
  • Effet photoélectrique : Ephoton=W0+Ek,maxE_{photon}=W_{0}+E_{k,max}, où W0W_{0} est le travail d'extraction du métal. Fréquence seuil : hf0=W0hf_{0}=W_{0}. Potentiel d'arrêt : eVa=Ek,maxeV_{a}=E_{k,max}. L'intensité lumineuse change le NOMBRE d'électrons émis, jamais leur énergie individuelle.
  • Atome de Bohr (hydrogène) : niveaux En=13,6n2E_{n}=-\frac{13{,}6}{n^{2}} eV. Un photon est émis ou absorbé quand l'électron saute : Ephoton=EnfEniE_{photon}=|E_{n_{f}}-E_{n_{i}}|. Énergie d'ionisation depuis le fondamental : 13,6 eV.
  • Dualité onde-particule : toute particule de quantité de mouvement p=mvp=mv possède la longueur d'onde de de Broglie λ=hp\lambda=\frac{h}{p}.
  • Radioactivité : N(t)=N0(12)t/T=N0eλtN(t)=N_{0}\left(\frac{1}{2}\right)^{t/T}=N_{0}e^{-\lambda t} avec la constante λ=ln2T\lambda=\frac{\ln 2}{T} (TT : demi-vie). L'activité (en becquerels) suit la même décroissance.
  • Équivalence masse-énergie : E=mc2E=mc^{2} avec c=3,0×108c=3{,}0\times 10^{8} m/s. Masse de l'électron : 9,11×10319{,}11\times 10^{-31} kg.

Partie A : Quanta, atomes et matière-onde (/32)

Exercice 1 : L'énergie d'un photon

Données : h=6,63×1034h=6{,}63\times 10^{-34} J·s, c=3,0×108c=3{,}0\times 10^{8} m/s, 1 eV =1,6×1019=1{,}6\times 10^{-19} J.

  • a) Calculez l'énergie d'un photon de lumière verte (500 nm), en joules puis en électrons-volts.
  • b) Calculez l'énergie d'un photon d'une station FM à 100 MHz, en eV. Comparez au photon visible et concluez sur la granularité perceptible des deux rayonnements.
  • c) Un pointeur laser rouge (650 nm) émet 1,0 mW. Combien de photons sort-il par seconde ?
  • d) Pourquoi décrit-on sans problème une antenne radio avec des ondes classiques, alors que l'interaction des rayons X avec la matière exige des photons ?
Voir la correction

a) E=hcλ=(6,63×1034)(3,0×108)500×1094,0×1019E=\frac{hc}{\lambda}=\frac{(6{,}63\times 10^{-34})(3{,}0\times 10^{8})}{500\times 10^{-9}}\approx 4{,}0\times 10^{-19} J, soit 3,98×10191,6×10192,5\frac{3{,}98\times 10^{-19}}{1{,}6\times 10^{-19}}\approx 2{,}5 eV. (Raccourci : 1240500=2,48\frac{1240}{500}=2{,}48 eV.) Les photons du visible vivent tous entre 1,8 et 3,1 eV : la même échelle que les liaisons chimiques, ce qui explique que la lumière visible pilote la photosynthèse et la vision.

b) E=hf=(6,63×1034)(1,0×108)=6,6×1026E=hf=(6{,}63\times 10^{-34})(1{,}0\times 10^{8})=6{,}6\times 10^{-26} J 4,1×107\approx 4{,}1\times 10^{-7} eV : six millions de fois moins qu'un photon visible. Un récepteur radio absorbe des flots de milliards de milliards de photons : le grain est si fin que l'énergie paraît parfaitement continue, comme une plage vue de loin paraît lisse.

c) Énergie d'un photon rouge : E=hcλ=1,989×1025650×1093,1×1019E=\frac{hc}{\lambda}=\frac{1{,}989\times 10^{-25}}{650\times 10^{-9}}\approx 3{,}1\times 10^{-19} J. Débit : N=PE=1,0×1033,06×10193,3×1015N=\frac{P}{E}=\frac{1{,}0\times 10^{-3}}{3{,}06\times 10^{-19}}\approx 3{,}3\times 10^{15} photons par seconde : trois millions de milliards, pour le plus modeste des pointeurs.

d) Tout dépend du rapport entre le quantum hfhf et les énergies mises en jeu. En radio, hf107hf\approx 10^{-7} eV est infime devant tout : les échanges par milliards de photons se moyennent en une onde continue, la description classique suffit. Un photon X porte 10410^{4} à 10510^{5} eV : UN seul suffit à ioniser un atome, à casser une liaison, à noircir un grain de pellicule : l'interaction est un événement individuel, discret, qu'aucune onde continue ne peut décrire. La frontière classique-quantique n'est pas une question de taille, mais de granularité relative.

Exercice 2 : L'effet photoélectrique : l'argument d'Einstein

Un métal a un travail d'extraction W0=2,0W_{0}=2{,}0 eV. On l'éclaire avec une lumière violette de 400 nm.

  • a) Citez deux observations expérimentales de l'effet photoélectrique que la théorie ondulatoire de la lumière ne peut pas expliquer, et montrez comment l'hypothèse du photon les explique d'un coup.
  • b) Calculez l'énergie cinétique maximale des électrons éjectés, puis le potentiel d'arrêt.
  • c) Calculez la longueur d'onde seuil du métal. Que se passe-t-il si on l'éclaire, même intensément, à 700 nm ?
  • d) On double l'intensité de la lumière à 400 nm. Qu'est-ce qui change, et qu'est-ce qui ne change pas ? Et si on passe plutôt à 350 nm ?
Voir la correction

a) Premièrement, l'existence d'un SEUIL en fréquence : sous f0f_{0}, aucun électron ne sort, même sous une lumière aveuglante, alors qu'une onde devrait pouvoir accumuler l'énergie nécessaire en insistant. Deuxièmement, l'émission INSTANTANÉE, même en lumière très faible, là où une onde diluée devrait mettre des minutes à charger un électron. Avec le photon, tout s'éclaire : l'échange se fait par paquets hfhf, un électron absorbe UN photon; si hf<W0hf<W_{0}, le paquet est trop petit, aucune accumulation possible; s'il suffit, l'éjection est immédiate. L'énergie de la lumière n'est pas dans son intensité mais dans sa fréquence : c'est le renversement d'Einstein (1905).

b) Photon de 400 nm : E=1240400=3,1E=\frac{1240}{400}=3{,}1 eV. Bilan : Ek,max=EW0=3,12,0=1,1E_{k,max}=E-W_{0}=3{,}1-2{,}0=1{,}1 eV. Potentiel d'arrêt : Va=Ek,maxe=1,1V_{a}=\frac{E_{k,max}}{e}=1{,}1 V : la tension qui annule le courant mesure directement, en volts, l'énergie en eV.

c) λ0=hcW0=12402,0=620\lambda_{0}=\frac{hc}{W_{0}}=\frac{1240}{2{,}0}=620 nm : un rouge-orangé. À 700 nm, chaque photon ne porte que 12407001,8\frac{1240}{700}\approx 1{,}8 eV <2,0<2{,}0 eV : AUCUN électron ne sort, quelle que soit l'intensité; multiplier les photons trop faibles ne fabrique pas un photon assez fort.

d) Doubler l'intensité à 400 nm double le NOMBRE de photons par seconde : deux fois plus d'électrons éjectés (courant double), mais chacun avec la même énergie maximale de 1,1 eV : le potentiel d'arrêt ne bouge pas. Passer à 350 nm change le photon lui-même : E=12403503,5E=\frac{1240}{350}\approx 3{,}5 eV, donc Ek,max1,5E_{k,max}\approx 1{,}5 eV et Va1,5V_{a}\approx 1{,}5 V, courant comparable. Intensité et fréquence agissent sur deux boutons différents : c'est exactement la signature corpusculaire.

Exercice 3 : Le spectre de l'hydrogène par le modèle de Bohr

Dans le modèle de Bohr, les niveaux d'énergie de l'hydrogène valent En=13,6n2E_{n}=-\frac{13{,}6}{n^{2}} eV.

  • a) Calculez les énergies des trois premiers niveaux. Pourquoi ces énergies sont-elles négatives, et que signifie le zéro ?
  • b) Calculez l'énergie et la longueur d'onde du photon émis lors de la transition du niveau 3 vers le niveau 2. À quelle couleur correspond-il ?
  • c) Calculez l'énergie d'ionisation de l'atome depuis son fondamental et la longueur d'onde maximale d'un photon capable d'ioniser.
  • d) Expliquez pourquoi le spectre d'émission de l'hydrogène est fait de raies discrètes et non d'un continuum, et pourquoi les raies d'ABSORPTION apparaissent exactement aux mêmes longueurs d'onde.
Voir la correction

a) E1=13,6E_{1}=-13{,}6 eV, E2=13,64=3,40E_{2}=-\frac{13{,}6}{4}=-3{,}40 eV, E3=13,691,51E_{3}=-\frac{13{,}6}{9}\approx-1{,}51 eV. Le zéro est la référence : électron arraché, immobile, infiniment loin du proton. Les énergies liées sont négatives parce qu'il FAUT fournir de l'énergie pour libérer l'électron : le signe moins mesure la profondeur du puits.

b) ΔE=E3E2=1,51(3,40)=1,89\Delta E=E_{3}-E_{2}=-1{,}51-(-3{,}40)=1{,}89 eV. Longueur d'onde : λ=12401,89657\lambda=\frac{1240}{1{,}89}\approx 657 nm : la raie ROUGE de la série de Balmer (Hα\alpha), celle qui colore les nébuleuses en rose. Un calcul de tête retrouve la couleur du ciel profond : c'est le triomphe du modèle de Bohr (1913).

c) Depuis le fondamental, il faut combler 13,613{,}6 eV. Longueur d'onde maximale : λ=124013,691\lambda=\frac{1240}{13{,}6}\approx 91 nm : de l'ultraviolet lointain. Tout photon plus court ionise aussi (le surplus part en énergie cinétique de l'électron); tout photon plus long en est incapable... sauf à trouver l'atome déjà excité.

d) L'électron n'a pas accès à un continuum d'énergies : seuls les niveaux EnE_{n} existent, donc seules les DIFFÉRENCES EniEnfE_{n_{i}}-E_{n_{f}} peuvent sortir en photons : un peigne de raies, empreinte digitale de l'élément. En absorption, le mécanisme joue à l'envers : l'atome ne peut avaler QUE les photons dont l'énergie correspond exactement à un saut permis : mêmes différences, mêmes longueurs d'onde, raies sombres sur fond continu. C'est ainsi qu'on lit la composition du Soleil sans y aller : ses raies d'absorption sont les mêmes que celles de nos lampes à hydrogène.

Exercice 4 : La longueur d'onde de de Broglie

En 1924, de Broglie postule que toute particule de quantité de mouvement pp possède une longueur d'onde λ=hp\lambda=\frac{h}{p}.

  • a) Un électron est accéléré depuis le repos sous 100 V. Calculez sa vitesse, sa quantité de mouvement et sa longueur d'onde de de Broglie.
  • b) Calculez la longueur d'onde de de Broglie d'une balle de baseball (145 g) lancée à 40 m/s.
  • c) Comparez les deux résultats à des tailles caractéristiques (atome : environ 101010^{-10} m) et expliquez pourquoi l'électron diffracte sur un cristal alors que la balle ne diffractera jamais sur rien.
  • d) Pourquoi un microscope électronique voit-il des détails inaccessibles au meilleur microscope optique ? Reliez la réponse à la diffraction du chapitre précédent.
Voir la correction

a) 12mv2=eV\frac{1}{2}mv^{2}=eV donne v=2(1,6×1019)(100)9,11×10315,9×106v=\sqrt{\frac{2(1{,}6\times 10^{-19})(100)}{9{,}11\times 10^{-31}}}\approx 5{,}9\times 10^{6} m/s. Quantité de mouvement : p=mv(9,11×1031)(5,93×106)5,4×1024p=mv\approx(9{,}11\times 10^{-31})(5{,}93\times 10^{6})\approx 5{,}4\times 10^{-24} kg·m/s. D'où λ=hp=6,63×10345,4×10241,2×1010\lambda=\frac{h}{p}=\frac{6{,}63\times 10^{-34}}{5{,}4\times 10^{-24}}\approx 1{,}2\times 10^{-10} m : 0,12 nm.

b) p=mv=(0,145)(40)=5,8p=mv=(0{,}145)(40)=5{,}8 kg·m/s, donc λ=6,63×10345,81,1×1034\lambda=\frac{6{,}63\times 10^{-34}}{5{,}8}\approx 1{,}1\times 10^{-34} m.

c) La longueur d'onde de l'électron (100 V, à peine une pile) tombe PILE à l'échelle atomique : les plans d'un cristal, espacés d'environ 101010^{-10} m, forment pour lui un réseau de diffraction naturel : c'est l'expérience de Davisson et Germer (1927), qui a confirmé de Broglie en observant des électrons interférer comme des rayons X. La balle, elle, est à 103410^{-34} m : vingt-quatre ordres de grandeur sous la taille d'un atome; aucune ouverture dans l'univers n'est assez fine pour révéler son onde. La dualité est universelle en principe, invisible en pratique dès que hh est écrasé par pp.

d) La diffraction interdit de résoudre des détails plus petits qu'environ une longueur d'onde : l'optique visible bute vers 400 nm, quelques milliers d'atomes. Les électrons du a), avec 0,12 nm sous une tension modeste (et bien moins encore sous 100 kV), abaissent cette limite de plusieurs ordres de grandeur : le microscope électronique ne gagne pas par de meilleures lentilles, il gagne en changeant d'onde. Voir petit, c'est d'abord éclairer court.

Partie B : Niveau examen (/18)

Exercice 5 : La datation au carbone 14

Le carbone 14, radioactif, a une demi-vie de 5730 ans. Les êtres vivants maintiennent une proportion constante de carbone 14 tant qu'ils échangent avec l'atmosphère; à leur mort, l'horloge démarre.

  • a) Expliquez le principe de la datation : pourquoi la proportion est-elle constante durant la vie, et que se passe-t-il ensuite ?
  • b) Un fragment de bois d'un site archéologique ne contient plus que 25 % du carbone 14 d'un bois vivant. Datez-le sans calculatrice.
  • c) Calculez la constante de désintégration du carbone 14, puis l'âge exact d'un échantillon qui en conserve 30 %.
  • d) Expliquez pourquoi le carbone 14 est inutilisable pour dater un fossile de dinosaure (66 millions d'années), et peu fiable pour un objet vieux de 50 ans. Quelle est la fenêtre utile de la méthode ?
  • e) Que faudrait-il utiliser pour le dinosaure ? Donnez le principe du choix.
Voir la correction

a) Le carbone 14 se désintègre en permanence, mais le vivant le renouvelle en respirant et en mangeant : l'équilibre entre pertes et apports fixe la proportion. À la mort, les échanges cessent, les pertes continuent : la proportion décroît exponentiellement, et son niveau actuel mesure le temps écoulé. Un organisme mort est un sablier qu'on ne retourne plus.

b) 25 %=14=(12)225\ \%=\frac{1}{4}=\left(\frac{1}{2}\right)^{2} : exactement DEUX demi-vies. Âge : 2×5730=114602\times 5730=11\,460 ans : la fin de la dernière glaciation.

c) λ=ln2T=0,69357301,21×104\lambda=\frac{\ln 2}{T}=\frac{0{,}693}{5730}\approx 1{,}21\times 10^{-4} an1^{-1}. Puis N=N0eλtN=N_{0}e^{-\lambda t} donne t=ln(N0/N)λ=ln(1/0,30)1,21×104=1,2041,21×1049950t=\frac{\ln(N_{0}/N)}{\lambda}=\frac{\ln(1/0{,}30)}{1{,}21\times 10^{-4}}=\frac{1{,}204}{1{,}21\times 10^{-4}}\approx 9950 ans. Cohérent : 30 % se situe entre une demi-vie (50 %) et deux (25 %), donc entre 5730 et 11 460 ans, plus près du second.

d) À 66 millions d'années, il s'est écoulé plus de 11 000 demi-vies : la fraction restante vaut (12)11500\left(\frac{1}{2}\right)^{11\,500}, zéro à toute précision physique : il ne reste littéralement pas un atome à compter, et le moindre gramme de contamination moderne domine le signal. À 50 ans, à l'inverse, il ne s'est désintégré qu'environ 0,6 % du stock : la variation est noyée dans les incertitudes. La méthode est fiable, grosso modo, de quelques siècles à 50 000 ans : l'horloge doit avoir tourné, mais pas fini de tourner.

e) Il faut un isotope dont la demi-vie soit comparable à l'âge visé : pour les dinosaures, les couples géologiques comme potassium-argon (T1,25T\approx 1{,}25 milliard d'années) ou uranium-plomb, appliqués aux roches qui encadrent le fossile. Règle générale : on choisit son sablier à la taille de la durée à mesurer, comme on ne chronomètre pas un marathon avec un sablier de trois minutes.

Exercice 6 : E = mc² : le Soleil qui maigrit

Le Soleil rayonne une puissance de 3,8×10263{,}8\times 10^{26} W. Sa masse vaut 2,0×10302{,}0\times 10^{30} kg et son âge environ 4,5 milliards d'années (1 an 3,16×107\approx 3{,}16\times 10^{7} s).

  • a) Énoncez ce que signifie physiquement E=mc2E=mc^{2}, et pourquoi le facteur c2c^{2} rend l'équivalence si spectaculaire.
  • b) Calculez la masse que le Soleil convertit en rayonnement chaque seconde.
  • c) Calculez la masse totale rayonnée depuis sa naissance et la fraction de sa masse que cela représente. Le Soleil a-t-il sensiblement maigri ?
  • d) Une fission d'uranium libère environ 200 MeV, une combustion chimique quelques eV par molécule. Estimez le rapport et expliquez, avec le vocabulaire du chapitre, d'où vient l'énorme densité d'énergie du nucléaire.
Voir la correction

a) Masse et énergie sont deux visages de la même grandeur : toute énergie possède une masse, toute masse est de l'énergie condensée, au taux de change c2=9,0×1016c^{2}=9{,}0\times 10^{16} J/kg. Ce facteur colossal explique la dissymétrie du quotidien : des énergies énormes correspondent à des masses infimes, c'est pourquoi personne n'avait remarqué l'équivalence avant 1905.

b) ΔmΔt=Pc2=3,8×10269,0×10164,2×109\frac{\Delta m}{\Delta t}=\frac{P}{c^{2}}=\frac{3{,}8\times 10^{26}}{9{,}0\times 10^{16}}\approx 4{,}2\times 10^{9} kg/s : plus de quatre millions de tonnes par seconde, converties en lumière par la fusion de l'hydrogène en hélium.

c) Durée : 4,5×109×3,16×1071,4×10174{,}5\times 10^{9}\times 3{,}16\times 10^{7}\approx 1{,}4\times 10^{17} s. Masse rayonnée : (4,22×109)(1,42×1017)6,0×1026(4{,}22\times 10^{9})(1{,}42\times 10^{17})\approx 6{,}0\times 10^{26} kg. Fraction : 6,0×10262,0×1030=3,0×104\frac{6{,}0\times 10^{26}}{2{,}0\times 10^{30}}=3{,}0\times 10^{-4} : trois centièmes de pour cent en quatre milliards et demi d'années. Le régime le plus extrême de l'univers ne fait perdre au Soleil presque rien : voilà, en un nombre, la puissance du taux de change c2c^{2}.

d) 200×106 eV4 eV5×107\frac{200\times 10^{6}\ \mathrm{eV}}{4\ \mathrm{eV}}\approx 5\times 10^{7} : le nucléaire libère des dizaines de millions de fois plus d'énergie par réaction que la chimie. La raison tient aux échelles du chapitre : la chimie remanie les ÉLECTRONS, liés à quelques eV; le nucléaire remanie le NOYAU, dont les liaisons se comptent en MeV, et la différence de masse correspondante, environ un millième de la masse du noyau, part en énergie via E=mc2E=mc^{2}. Un gramme de combustible nucléaire vaut ainsi des tonnes de combustible chimique : même équation, étage supérieur de l'édifice atomique.

Vous préférez travailler sur papier ? Cette série existe aussi en version PDF imprimable, avec le corrigé complet. Écrivez-moi et je vous l'envoie.

Voir aussi

Vous cherchez un tuteur en physique 203-NYC à Montréal ?

Contactez-moi pour une première séance. On travaille les ondes NYC et le complément québécois de sciences physiques au niveau réel des évaluations, du photon jusqu'à la radioactivité et à E = mc².

Site par Studio Squalli