Me contacter

Maths expertes, Terminale • Examen blanc corrigé à Montréal

Examen de synthèse corrigé : maths expertes

Une série de chapitre annonce son sujet : on sait qu'on fait de l'arithmétique, et la moitié du travail est déjà faite. Un examen final ne l'annonce pas, et c'est la seule différence qui compte. Cet examen de synthèse couvre tout le programme de l'option mathématiques expertes de Terminale, telle qu'elle est enseignée au Lycée Marie de France et au Collège Stanislas à Montréal.

Format de l'épreuve : 12 exercices, 100 points, 3 heures, quatre parties de 25 points. Les deux exercices de la partie D sont ceux qui ressemblent le plus à ce que l'option demande vraiment, parce qu'ils font travailler ensemble deux blocs que le cours présente séparément : la rotation qui est à la fois un nombre complexe et une matrice, et les sommes de deux carrés qui sont une question d'arithmétique résolue par un calcul de module.

Un avertissement sur l'exercice 8 : sa dernière question compare deux nombres qui se révèlent égaux. L'énoncé est volontairement trompeur, et repérer qu'il l'est fait partie du travail attendu.

Rappel de cours

  • Complexes : zzˉ=z2z\bar{z}=|z|^{2}, et attention, z2z2z^{2}\neq|z|^{2} sauf si zz est réel. Le quotient cbab\frac{c-b}{a-b} donne d'un seul coup le rapport des longueurs et l'angle en BB.
  • Racines n-ièmes : les solutions de zn=reiαz^{n}=r\,\mathrm{e}^{\mathrm{i}\alpha} sont les r1/nei(αn+2kπn)r^{1/n}\mathrm{e}^{\mathrm{i}\left(\frac{\alpha}{n}+\frac{2k\pi}{n}\right)} et forment un polygone régulier de nn sommets centré à l'origine, donc de somme nulle.
  • Bézout et Gauss : au+bv=1au+bv=1 caractérise deux entiers premiers entre eux. Gauss exige la coprimalité, sans laquelle « aa divise bcbc » n'entraîne rien.
  • Petit théorème de Fermat : ap11 [p]a^{p-1}\equiv 1\ [p] pour pp premier ne divisant pas aa. Il ne dit rien modulo un nombre composé, où il faut chercher un cycle à la main.
  • Congruences : compatibles avec la somme et le produit, donc ab [n]a\equiv b\ [n] donne akbk [n]a^{k}\equiv b^{k}\ [n], avec le même modulo et jamais nkn^{k}.
  • Matrices : le produit n'est pas commutatif et un produit nul n'impose pas qu'un facteur soit nul, donc M2=IM^{2}=I admet bien d'autres solutions que II et I-I.
  • Chaînes de Markov : πn=π0Mn\pi_{n}=\pi_{0}M^{n}, et la distribution invariante se trouve en résolvant πM=π\pi M=\pi avec la somme des coordonnées égale à 1.

Partie A : Nombres complexes (/25)

Exercice 1 : Une équation de degré trois et le triangle de ses racines

On considère le polynôme P(z)=z33z2+4z12P(z)=z^{3}-3z^{2}+4z-12, défini pour tout nombre complexe zz.

  • a) Vérifiez que 3 est une racine de PP.
  • b) Déterminez les réels bb et cc tels que P(z)=(z3)(z2+bz+c)P(z)=(z-3)\left(z^{2}+bz+c\right) pour tout zz.
  • c) Résolvez l'équation P(z)=0P(z)=0 dans C\mathbb{C}.
  • d) Placez les trois racines dans le plan complexe. Quelle est la nature du triangle qu'elles forment ? Calculez son aire.
  • e) Vérifiez que la somme des trois racines vaut 3 et que leur produit vaut 12, puis expliquez le lien avec les coefficients de PP.
Voir la correction

a) P(3)=2727+1212=0P(3)=27-27+12-12=0, donc 3 est bien une racine.

b) En développant (z3)(z2+bz+c)=z3+(b3)z2+(c3b)z3c(z-3)(z^{2}+bz+c)=z^{3}+(b-3)z^{2}+(c-3b)z-3c et en identifiant : b3=3b-3=-3 donne b=0b=0, puis 3c=12-3c=-12 donne c=4c=4, et on vérifie c3b=4c-3b=4. Donc P(z)=(z3)(z2+4)P(z)=(z-3)\left(z^{2}+4\right).

c) P(z)=0P(z)=0 équivaut à z=3z=3 ou z2=4z^{2}=-4, c'est-à-dire z=2iz=2\mathrm{i} ou z=2iz=-2\mathrm{i}. L'ensemble des solutions est {3 ; 2i ; 2i}\{3\ ;\ 2\mathrm{i}\ ;\ -2\mathrm{i}\}.

d) Les points d'affixes 2i2\mathrm{i} et 2i-2\mathrm{i} sont symétriques par rapport à l'axe des réels, sur lequel se trouve le point d'affixe 3. Le triangle est donc isocèle en ce dernier sommet. Sa base est le segment joignant 2i2\mathrm{i} à 2i-2\mathrm{i}, de longueur 4, et la hauteur correspondante vaut 3. Son aire vaut 4×32=6\frac{4\times 3}{2}=6.

e) 3+2i+(2i)=33+2\mathrm{i}+(-2\mathrm{i})=3 et 3×2i×(2i)=3×(4i2)=123\times 2\mathrm{i}\times(-2\mathrm{i})=3\times(-4\mathrm{i}^{2})=12. Pour un polynôme unitaire de degré 3 écrit z3+pz2+qz+rz^{3}+pz^{2}+qz+r, la somme des racines vaut p-p et leur produit vaut r-r : ici (3)=3-(-3)=3 et (12)=12-(-12)=12. Les deux racines non réelles étant conjuguées, leur somme et leur produit sont réels, ce qui garantit que ces relations restent à coefficients réels.

Partie A : Nombres complexes (/25)

Exercice 2 : Le quotient donne la nature du triangle

Dans le plan complexe, on considère les points AA, BB et CC d'affixes respectives a=1+ia=1+\mathrm{i}, b=4+2ib=4+2\mathrm{i} et c=3+5ic=3+5\mathrm{i}.

  • a) Calculez les longueurs ABAB, BCBC et ACAC sous forme de racines carrées simplifiées.
  • b) Déduisez-en la nature du triangle ABCABC.
  • c) Calculez le quotient cbab\dfrac{c-b}{a-b} et écrivez-le sous forme algébrique.
  • d) Retrouvez le résultat de la question b) à partir du module et de l'argument de ce quotient.
  • e) Déterminez l'affixe du point DD tel que ABCDABCD soit un carré, puis l'affixe du centre de ce carré.
Voir la correction

a) ba=3+ib-a=3+\mathrm{i} donc AB=9+1=10AB=\sqrt{9+1}=\sqrt{10}. cb=1+3ic-b=-1+3\mathrm{i} donc BC=1+9=10BC=\sqrt{1+9}=\sqrt{10}. ca=2+4ic-a=2+4\mathrm{i} donc AC=4+16=20=25AC=\sqrt{4+16}=\sqrt{20}=2\sqrt{5}.

b) AB=BC=10AB=BC=\sqrt{10}, donc le triangle est isocèle en BB. De plus AB2+BC2=10+10=20=AC2AB^{2}+BC^{2}=10+10=20=AC^{2} : d'après la réciproque du théorème de Pythagore, le triangle est rectangle en BB. Il est donc rectangle isocèle en BB.

c) cbab=1+3i3i\dfrac{c-b}{a-b}=\dfrac{-1+3\mathrm{i}}{-3-\mathrm{i}}. On multiplie haut et bas par le conjugué du dénominateur : (1+3i)(3+i)(3)2+(1)2=3i9i+3i210=10i10=i\dfrac{(-1+3\mathrm{i})(-3+\mathrm{i})}{(-3)^{2}+(-1)^{2}}=\dfrac{3-\mathrm{i}-9\mathrm{i}+3\mathrm{i}^{2}}{10}=\dfrac{-10\mathrm{i}}{10}=-\mathrm{i}.

d) Le quotient vaut i-\mathrm{i}, de module 1 et d'argument π2-\frac{\pi}{2}. Le module 1 donne BCBA=1\dfrac{BC}{BA}=1, donc BA=BCBA=BC : le triangle est isocèle en BB. L'argument π2-\frac{\pi}{2} est une mesure de l'angle orienté entre BA\overrightarrow{BA} et BC\overrightarrow{BC}, donc ces deux vecteurs sont orthogonaux : le triangle est rectangle en BB. C'est la même conclusion, obtenue d'un seul calcul.

e) Dans un carré ABCDABCD, les diagonales ACAC et BDBD ont le même milieu, donc a+c2=b+d2\frac{a+c}{2}=\frac{b+d}{2}, d'où d=a+cb=(1+i)+(3+5i)(4+2i)=4id=a+c-b=(1+\mathrm{i})+(3+5\mathrm{i})-(4+2\mathrm{i})=4\mathrm{i}. Comme le triangle ABCABC est rectangle isocèle en BB, ABCDABCD est bien un carré. Son centre est le milieu de [AC][AC], d'affixe a+c2=4+6i2=2+3i\frac{a+c}{2}=\frac{4+6\mathrm{i}}{2}=2+3\mathrm{i}.

Partie A : Nombres complexes (/25)

Exercice 3 : Six racines et un hexagone

On cherche toutes les solutions complexes de l'équation z6=64z^{6}=-64.

  • a) Écrivez 64-64 sous forme exponentielle, puis déterminez le module commun des solutions.
  • b) Résolvez l'équation et donnez les six solutions sous forme exponentielle.
  • c) Donnez la forme algébrique de chacune des six solutions.
  • d) Placez les six points obtenus. Montrez qu'ils forment un hexagone régulier et calculez son périmètre puis son aire exacte.
  • e) Calculez la somme et le produit des six solutions, et retrouvez ces deux valeurs sans les racines, directement sur l'équation.
Voir la correction

a) 64=64eiπ-64=64\,\mathrm{e}^{\mathrm{i}\pi}. Si z6=64z^{6}=-64 alors z6=64|z|^{6}=64, donc z=641/6=2|z|=64^{1/6}=2 puisque z|z| est un réel positif.

b) En écrivant z=2eiθz=2\,\mathrm{e}^{\mathrm{i}\theta}, l'équation devient 64e6iθ=64eiπ64\,\mathrm{e}^{6\mathrm{i}\theta}=64\,\mathrm{e}^{\mathrm{i}\pi}, soit 6θ=π+2kπ6\theta=\pi+2k\pi et donc θ=π6+kπ3\theta=\frac{\pi}{6}+\frac{k\pi}{3} pour kk entier. Les valeurs k=0,1,2,3,4,5k=0,1,2,3,4,5 donnent six solutions distinctes : zk=2ei(π6+kπ3)z_{k}=2\,\mathrm{e}^{\mathrm{i}\left(\frac{\pi}{6}+\frac{k\pi}{3}\right)}.

c) z0=3+iz_{0}=\sqrt{3}+\mathrm{i}, z1=2iz_{1}=2\mathrm{i}, z2=3+iz_{2}=-\sqrt{3}+\mathrm{i}, z3=3iz_{3}=-\sqrt{3}-\mathrm{i}, z4=2iz_{4}=-2\mathrm{i} et z5=3iz_{5}=\sqrt{3}-\mathrm{i}.

d) Les six points sont sur le cercle de centre l'origine et de rayon 2, et deux arguments consécutifs diffèrent de π3\frac{\pi}{3} : les six points partagent donc le cercle en six arcs égaux, ce qui caractérise un hexagone régulier. Le côté vaut z1z0=2i3i=3+i=2|z_{1}-z_{0}|=|2\mathrm{i}-\sqrt{3}-\mathrm{i}|=|-\sqrt{3}+\mathrm{i}|=2, ce qui redonne la propriété connue : dans un hexagone régulier le côté égale le rayon. Le périmètre vaut 6×2=126\times 2=12. L'hexagone se découpe en six triangles équilatéraux de côté 2, chacun d'aire 2234=3\frac{2^{2}\sqrt{3}}{4}=\sqrt{3}, donc l'aire vaut 636\sqrt{3}.

e) La somme vaut 0 et le produit vaut 64. On les obtient directement sur l'équation écrite z6+64=0z^{6}+64=0 : le coefficient de z5z^{5} est nul, donc la somme des racines est nulle ; et le produit des six racines vaut (1)6×64=64(-1)^{6}\times 64=64. Géométriquement, la somme nulle traduit le fait que le centre de gravité d'un polygone régulier centré à l'origine est l'origine.

Partie B : Arithmétique (/25)

Exercice 4 : Deux grandes puissances, deux méthodes

Cet exercice compare deux façons de calculer un reste : la recherche d'un cycle, et le petit théorème de Fermat.

  • a) Calculez les restes de 717^{1}, 727^{2}, 737^{3} et 747^{4} dans la division par 100.
  • b) Déduisez-en que pour tout entier naturel nn, 74n1 [100]7^{4n}\equiv 1\ [100].
  • c) Déterminez le reste de 720267^{2026} dans la division par 100, puis les deux derniers chiffres de 720267^{2026}.
  • d) Énoncez le petit théorème de Fermat, puis utilisez-le pour déterminer le reste de 320263^{2026} dans la division par 7.
  • e) Pourquoi la méthode de la question d) ne s'applique-t-elle pas directement au calcul de la question c) ?
Voir la correction

a) 71=77^{1}=7, 72=497^{2}=49, 73=343=3×100+437^{3}=343=3\times 100+43 donc le reste est 43, et 74=7×343=2401=24×100+17^{4}=7\times 343=2401=24\times 100+1 donc le reste est 1.

b) On a 741 [100]7^{4}\equiv 1\ [100]. En élevant à la puissance nn et en utilisant la compatibilité des congruences avec le produit : 74n=(74)n1n=1 [100]7^{4n}=\left(7^{4}\right)^{n}\equiv 1^{n}=1\ [100].

c) La division euclidienne de 2026 par 4 donne 2026=4×506+22026=4\times 506+2. Donc 72026=(74)506×721×49=49 [100]7^{2026}=\left(7^{4}\right)^{506}\times 7^{2}\equiv 1\times 49=49\ [100]. Le reste est 49, donc l'écriture décimale de 720267^{2026} se termine par 49.

d) Petit théorème de Fermat : si pp est un nombre premier et si pp ne divise pas l'entier aa, alors ap11 [p]a^{p-1}\equiv 1\ [p]. Ici p=7p=7 est premier et ne divise pas 3, donc 361 [7]3^{6}\equiv 1\ [7]. Or 2026=6×337+42026=6\times 337+4, donc 32026=(36)337×3434=81 [7]3^{2026}=\left(3^{6}\right)^{337}\times 3^{4}\equiv 3^{4}=81\ [7]. Comme 81=11×7+481=11\times 7+4, le reste est 4.

e) Parce que 100 n'est pas premier : 100=22×52100=2^{2}\times 5^{2}. Le petit théorème de Fermat exige un modulo premier, et il n'y a donc rien à en tirer modulo 100. C'est exactement pourquoi la question a) passe par la recherche explicite d'un cycle, qui ne suppose rien sur le modulo.

Partie B : Arithmétique (/25)

Exercice 5 : Mille dollars à dépenser exactement

Une librairie vend des romans à 17 dollars et des carnets à 23 dollars. Un client dispose d'un bon d'achat de 1000 dollars qu'il veut dépenser exactement, sans reste.

On note xx le nombre de romans et yy le nombre de carnets, deux entiers naturels vérifiant 17x+23y=100017x+23y=1000.

  • a) Justifiez que cette équation admet des solutions entières.
  • b) À l'aide de l'algorithme d'Euclide, déterminez un couple d'entiers (u ; v)(u\ ;\ v) tel que 17u+23v=117u+23v=1.
  • c) Déduisez-en une solution particulière entière de 17x+23y=100017x+23y=1000.
  • d) Déterminez toutes les solutions entières de l'équation.
  • e) Combien d'achats sont réellement possibles ? Donnez-les tous.
Voir la correction

a) L'algorithme d'Euclide donne 23=1×17+623=1\times 17+6, puis 17=2×6+517=2\times 6+5, puis 6=1×5+16=1\times 5+1 et enfin 5=5×15=5\times 1. Donc pgcd(17 ; 23)=1\mathrm{pgcd}(17\ ;\ 23)=1. Comme 1 divise 1000, le théorème de Bézout assure que l'équation admet des solutions entières.

b) On remonte l'algorithme : 1=65=6(172×6)=3×617=3×(2317)17=3×234×171=6-5=6-(17-2\times 6)=3\times 6-17=3\times(23-17)-17=3\times 23-4\times 17. Donc 17×(4)+23×3=117\times(-4)+23\times 3=1, c'est-à-dire u=4u=-4 et v=3v=3.

c) En multipliant par 1000 : 17×(4000)+23×3000=100017\times(-4000)+23\times 3000=1000. Le couple (4000 ; 3000)(-4000\ ;\ 3000) est donc une solution particulière, mais elle n'est pas à coordonnées positives. On peut lui préférer (2 ; 42)(2\ ;\ 42), obtenue à la question suivante, et qu'on vérifie directement : 17×2+23×42=34+966=100017\times 2+23\times 42=34+966=1000.

d) Si (x ; y)(x\ ;\ y) et (2 ; 42)(2\ ;\ 42) sont solutions, la soustraction donne 17(x2)=23(y42)17(x-2)=-23(y-42). Comme 17 et 23 sont premiers entre eux, le théorème de Gauss impose que 23 divise x2x-2 : il existe un entier kk tel que x=2+23kx=2+23k, et alors y=4217ky=42-17k. Réciproquement tous ces couples sont solutions. L'ensemble des solutions entières est donc {(2+23k ; 4217k), kZ}\{(2+23k\ ;\ 42-17k),\ k\in\mathbb{Z}\}.

e) Il faut de plus x0x\geq 0 et y0y\geq 0, soit 2+23k02+23k\geq 0 et 4217k042-17k\geq 0, c'est-à-dire k223k\geq -\frac{2}{23} et k42172,47k\leq \frac{42}{17}\approx 2{,}47. Comme kk est entier, kk vaut 0, 1 ou 2. Il y a donc trois achats possibles : 2 romans et 42 carnets, 25 romans et 25 carnets, ou 48 romans et 8 carnets.

Partie B : Arithmétique (/25)

Exercice 6 : Une fraction toujours irréductible, un critère à démontrer

Les deux parties de cet exercice sont indépendantes. Dans toute la suite, nn désigne un entier naturel.

  • a) Montrez que 5n+35n+3 et 2n+12n+1 sont premiers entre eux pour tout nn.
  • b) Que peut-on en conclure sur la fraction 5n+32n+1\dfrac{5n+3}{2n+1} ?
  • c) Montrez que 101 [11]10\equiv -1\ [11], puis que 10k(1)k [11]10^{k}\equiv(-1)^{k}\ [11] pour tout entier naturel kk.
  • d) Déduisez-en le critère de divisibilité par 11 portant sur la somme alternée des chiffres, puis appliquez-le à 1 234 567.
  • e) Le nombre 11 étant premier, déterminez le reste de 21002^{100} dans la division par 101, puis expliquez pourquoi ce calcul serait beaucoup plus long modulo 100.
Voir la correction

a) Soit dd un diviseur commun de 5n+35n+3 et 2n+12n+1. Alors dd divise toute combinaison linéaire entière de ces deux nombres, en particulier 2(5n+3)5(2n+1)=10n+610n5=12(5n+3)-5(2n+1)=10n+6-10n-5=1. Donc dd divise 1, soit d=1d=1 : les deux nombres sont premiers entre eux pour tout nn, sans exception.

b) Le numérateur et le dénominateur étant premiers entre eux, la fraction est irréductible pour tout nn. Aucune valeur de nn ne permet de la simplifier.

c) 10(1)=1110-(-1)=11, donc 1111 divise 10(1)10-(-1), c'est-à-dire 101 [11]10\equiv -1\ [11]. En élevant à la puissance kk et en utilisant la compatibilité des congruences avec le produit : 10k(1)k [11]10^{k}\equiv(-1)^{k}\ [11].

d) Un entier NN de chiffres a0a_{0} (unités), a1a_{1} (dizaines), et ainsi de suite, s'écrit N=ak10kN=\sum a_{k}10^{k}. D'après c), Nak(1)k [11]N\equiv\sum a_{k}(-1)^{k}\ [11] : le reste de NN modulo 11 est celui de la somme alternée de ses chiffres, en commençant par les unités avec le signe plus. Donc NN est divisible par 11 si et seulement si cette somme alternée l'est. Pour 1 234 567 : 76+54+32+1=47-6+5-4+3-2+1=4. Comme 4 n'est pas divisible par 11, 1 234 567 ne l'est pas non plus, et son reste modulo 11 vaut 4.

e) 101 est premier et ne divise pas 2, donc le petit théorème de Fermat donne directement 21001 [101]2^{100}\equiv 1\ [101] : le reste est 1. Modulo 100, le théorème ne s'applique pas puisque 100 n'est pas premier ; il faudrait chercher à la main l'ordre de 2, qui n'existe même pas au sens habituel puisque 2 et 100 ne sont pas premiers entre eux. Le choix du modulo change complètement la difficulté du calcul.

Partie C : Matrices, graphes et chaînes (/25)

Exercice 7 : Deux suites entrelacées et leurs invariants

On définit deux suites (un)(u_{n}) et (vn)(v_{n}) par u0=1u_{0}=1, v0=0v_{0}=0 et, pour tout entier naturel nn, un+1=3un+2vnu_{n+1}=3u_{n}+2v_{n} et vn+1=un+2vnv_{n+1}=u_{n}+2v_{n}.

On pose Xn=(unvn)X_{n}=\begin{pmatrix}u_{n}\\v_{n}\end{pmatrix} et M=(3212)M=\begin{pmatrix}3&2\\1&2\end{pmatrix}

  • a) Vérifiez que Xn+1=MXnX_{n+1}=MX_{n}, puis calculez u1u_{1}, v1v_{1}, u2u_{2} et v2v_{2}.
  • b) On pose sn=un+vns_{n}=u_{n}+v_{n}. Montrez que (sn)(s_{n}) est géométrique, précisez sa raison et son premier terme, puis exprimez sns_{n} en fonction de nn.
  • c) On pose dn=un2vnd_{n}=u_{n}-2v_{n}. Montrez que (dn)(d_{n}) est constante et donnez sa valeur.
  • d) Déduisez des questions b) et c) les expressions de unu_{n} et de vnv_{n} en fonction de nn.
  • e) Déterminez la limite de unvn\dfrac{u_{n}}{v_{n}} et interprétez-la à l'aide de la matrice MM.
Voir la correction

a) Le produit MXnMX_{n} a pour coordonnées 3un+2vn3u_{n}+2v_{n} et un+2vnu_{n}+2v_{n}, qui sont exactement un+1u_{n+1} et vn+1v_{n+1}. Ensuite u1=3×1+2×0=3u_{1}=3\times 1+2\times 0=3 et v1=1+2×0=1v_{1}=1+2\times 0=1, puis u2=3×3+2×1=11u_{2}=3\times 3+2\times 1=11 et v2=3+2×1=5v_{2}=3+2\times 1=5.

b) sn+1=un+1+vn+1=(3un+2vn)+(un+2vn)=4un+4vn=4sns_{n+1}=u_{n+1}+v_{n+1}=(3u_{n}+2v_{n})+(u_{n}+2v_{n})=4u_{n}+4v_{n}=4s_{n}. La suite (sn)(s_{n}) est donc géométrique de raison 4, de premier terme s0=1+0=1s_{0}=1+0=1. Ainsi sn=4ns_{n}=4^{n}.

c) dn+1=un+12vn+1=(3un+2vn)2(un+2vn)=un2vn=dnd_{n+1}=u_{n+1}-2v_{n+1}=(3u_{n}+2v_{n})-2(u_{n}+2v_{n})=u_{n}-2v_{n}=d_{n}. La suite est donc constante, égale à d0=10=1d_{0}=1-0=1. Autrement dit un2vn=1u_{n}-2v_{n}=1 pour tout nn.

d) On résout le système un+vn=4nu_{n}+v_{n}=4^{n} et un2vn=1u_{n}-2v_{n}=1. En soustrayant : 3vn=4n13v_{n}=4^{n}-1, donc vn=4n13v_{n}=\dfrac{4^{n}-1}{3}. Puis un=4nvn=3×4n4n+13=2×4n+13u_{n}=4^{n}-v_{n}=\dfrac{3\times 4^{n}-4^{n}+1}{3}=\dfrac{2\times 4^{n}+1}{3}. On vérifie pour n=2n=2 : v2=153=5v_{2}=\frac{15}{3}=5 et u2=333=11u_{2}=\frac{33}{3}=11.

e) unvn=2×4n+14n1\dfrac{u_{n}}{v_{n}}=\dfrac{2\times 4^{n}+1}{4^{n}-1}. En divisant haut et bas par 4n4^{n}, qui tend vers ++\infty, le quotient tend vers 2. Ce nombre n'est pas un hasard : les deux suites (sn)(s_{n}) et (dn)(d_{n}) correspondent aux deux valeurs propres 4 et 1 de MM, et (21)\begin{pmatrix}2\\1\end{pmatrix} est un vecteur propre associé à la valeur propre dominante 4. À long terme, XnX_{n} s'aligne sur cette direction, donc le rapport de ses coordonnées tend vers 21=2\frac{2}{1}=2.

Partie C : Matrices, graphes et chaînes (/25)

Exercice 8 : Deux sommets que la matrice ne distingue pas

On considère le graphe non orienté ci-dessous, dont les sommets sont rangés dans l'ordre AA, BB, CC, DD.

ABCD
  • a) Donnez le degré de chaque sommet et le nombre d'arêtes, puis écrivez la matrice d'adjacence MM.
  • b) Calculez M2M^{2}.
  • c) Les deuxième et quatrième lignes de M2M^{2} sont identiques. Expliquez pourquoi, en revenant au graphe.
  • d) On admet que la somme des coefficients diagonaux de M3M^{3} vaut 12. Combien le graphe possède-t-il de triangles ? Identifiez-les.
  • e) Combien existe-t-il de chaînes de longueur 2 reliant BB à DD ? Pourquoi ce nombre est-il supérieur au nombre de chaînes de longueur 2 reliant AA à CC ?
Voir la correction

a) Les arêtes sont ABAB, BCBC, CDCD, DADA et la diagonale ACAC, soit 5 arêtes. Donc deg(A)=3\deg(A)=3, deg(B)=2\deg(B)=2, deg(C)=3\deg(C)=3 et deg(D)=2\deg(D)=2. La somme vaut 10=2×510=2\times 5, conformément au lemme des poignées de main. La matrice d'adjacence est M=(0111101011011010)M=\begin{pmatrix}0&1&1&1\\1&0&1&0\\1&1&0&1\\1&0&1&0\end{pmatrix}

b) M2=(3121121221311212)M^{2}=\begin{pmatrix}3&1&2&1\\1&2&1&2\\2&1&3&1\\1&2&1&2\end{pmatrix}

c) Parce que BB et DD ont exactement les mêmes voisins : tous deux sont reliés à AA et à CC, et à rien d'autre. Or la ligne ii de MM est la liste des voisins de ii ; si deux lignes de MM sont égales, les lignes correspondantes de M2M^{2} le sont aussi. Le graphe ne fait aucune différence entre BB et DD : l'échange de ces deux sommets est une symétrie du graphe.

d) Chaque triangle est compté six fois dans la somme des coefficients diagonaux de M3M^{3}, une fois par sommet et dans les deux sens de parcours. Le graphe possède donc 12/6=212/6=2 triangles, à savoir ABCABC et ACDACD. Ils partagent l'arête diagonale ACAC, qui est justement l'arête ajoutée au carré.

e) Le coefficient d'indice (B ; D)(B\ ;\ D) de M2M^{2} vaut 2 : les deux chaînes sont BADB-A-D et BCDB-C-D. Le coefficient d'indice (A ; C)(A\ ;\ C) vaut lui aussi 2, avec les chaînes ABCA-B-C et ADCA-D-C. Les deux nombres sont en fait égaux : c'est une conséquence de la symétrie vue en c), qui échange BB et DD tout en fixant AA et CC. L'énoncé de la question contenait donc une comparaison trompeuse.

Partie C : Matrices, graphes et chaînes (/25)

Exercice 9 : Trois plateformes et un équilibre

Chaque mois, un abonné choisit une seule des trois plateformes 1, 2 ou 3. Les changements d'un mois au suivant suivent la matrice de transition M=(0,60,30,10,30,60,10,20,20,6)M=\begin{pmatrix}0{,}6&0{,}3&0{,}1\\0{,}3&0{,}6&0{,}1\\0{,}2&0{,}2&0{,}6\end{pmatrix}

On note πn\pi_{n} la distribution au mois nn, écrite en ligne.

  • a) Vérifiez que MM est une matrice de transition et traduisez la troisième ligne par une phrase.
  • b) Un abonné commence sur la plateforme 1. Calculez π1\pi_{1} et π2\pi_{2}.
  • c) Déterminez la distribution invariante π\pi de cette chaîne.
  • d) Vérifiez votre résultat, puis interprétez-le en termes de parts de marché à long terme.
  • e) La matrice MM est-elle symétrique ? Le fait que π\pi donne la même probabilité aux plateformes 1 et 2 est-il une coïncidence ?
Voir la correction

a) Tous les coefficients sont positifs et chaque ligne somme à 1 : 0,6+0,3+0,1=10{,}6+0{,}3+0{,}1=1, 0,3+0,6+0,1=10{,}3+0{,}6+0{,}1=1 et 0,2+0,2+0,6=10{,}2+0{,}2+0{,}6=1. La troisième ligne signifie qu'un abonné de la plateforme 3 la garde avec la probabilité 0,60{,}6, et passe à la plateforme 1 ou à la plateforme 2 avec la probabilité 0,20{,}2 dans chaque cas.

b) π0=(1 ; 0 ; 0)\pi_{0}=(1\ ;\ 0\ ;\ 0), donc π1\pi_{1} est la première ligne de MM : (0,6 ; 0,3 ; 0,1)(0{,}6\ ;\ 0{,}3\ ;\ 0{,}1). Puis π2=(0,36+0,09+0,02 ; 0,18+0,18+0,02 ; 0,06+0,03+0,06)=(0,47 ; 0,38 ; 0,15)\pi_{2}=(0{,}36+0{,}09+0{,}02\ ;\ 0{,}18+0{,}18+0{,}02\ ;\ 0{,}06+0{,}03+0{,}06)=(0{,}47\ ;\ 0{,}38\ ;\ 0{,}15).

c) On cherche π=(a ; b ; c)\pi=(a\ ;\ b\ ;\ c) avec πM=π\pi M=\pi et a+b+c=1a+b+c=1. La troisième équation s'écrit 0,1a+0,1b+0,6c=c0{,}1a+0{,}1b+0{,}6c=c, soit 0,1(a+b)=0,4c0{,}1(a+b)=0{,}4c. Comme a+b=1ca+b=1-c, il vient 0,10,1c=0,4c0{,}1-0{,}1c=0{,}4c, donc 0,5c=0,10{,}5c=0{,}1 et c=0,2c=0{,}2. La première équation s'écrit 0,6a+0,3b+0,2c=a0{,}6a+0{,}3b+0{,}2c=a, soit 0,3b+0,04=0,4a0{,}3b+0{,}04=0{,}4a. Avec b=0,8ab=0{,}8-a : 0,240,3a+0,04=0,4a0{,}24-0{,}3a+0{,}04=0{,}4a, donc 0,7a=0,280{,}7a=0{,}28 et a=0,4a=0{,}4, puis b=0,4b=0{,}4.

d) Vérification sur la deuxième coordonnée : 0,4×0,3+0,4×0,6+0,2×0,2=0,12+0,24+0,04=0,40{,}4\times 0{,}3+0{,}4\times 0{,}6+0{,}2\times 0{,}2=0{,}12+0{,}24+0{,}04=0{,}4. Donc π=(0,4 ; 0,4 ; 0,2)\pi=(0{,}4\ ;\ 0{,}4\ ;\ 0{,}2). À long terme, les plateformes 1 et 2 se partagent 80 %80\ \% du marché à égalité, et la plateforme 3 en conserve 20 %20\ \%, quelle que soit la répartition de départ.

e) Non, MM n'est pas symétrique : par exemple le coefficient d'indice (1 ; 3)(1\ ;\ 3) vaut 0,10{,}1 alors que celui d'indice (3 ; 1)(3\ ;\ 1) vaut 0,20{,}2. L'égalité a=ba=b n'est pourtant pas une coïncidence : l'échange des états 1 et 2 laisse MM inchangée, puisque la première et la deuxième ligne se déduisent l'une de l'autre par cet échange, et que la troisième ligne leur attribue la même probabilité 0,20{,}2. Cette symétrie de la chaîne, plus faible que la symétrie de la matrice, force la distribution invariante à donner la même valeur aux deux états.

Partie D : Problèmes de synthèse (/25)

Exercice 10 : Une rotation, vue comme un complexe puis comme une matrice

On note ω=12+i32\omega=\dfrac{1}{2}+\mathrm{i}\dfrac{\sqrt{3}}{2} et on considère la matrice R=(12323212)R=\begin{pmatrix}\tfrac{1}{2}&-\tfrac{\sqrt{3}}{2}\\\tfrac{\sqrt{3}}{2}&\tfrac{1}{2}\end{pmatrix}

Cet exercice montre que ces deux objets décrivent la même transformation du plan.

  • a) Écrivez ω\omega sous forme exponentielle.
  • b) Soit z=x+iyz=x+\mathrm{i}y. Calculez ωz\omega z et vérifiez que ses parties réelle et imaginaire sont les coordonnées du vecteur R(xy)R\begin{pmatrix}x\\y\end{pmatrix}.
  • c) Quelle transformation géométrique du plan la multiplication par ω\omega réalise-t-elle ?
  • d) Calculez ω3\omega^{3} et ω6\omega^{6}, puis déduisez-en R3R^{3} et R6R^{6} sans effectuer de produit matriciel.
  • e) Déterminez le plus petit entier nn strictement positif tel que RnR^{n} soit la matrice identité, et justifiez.
Voir la correction

a) ω=14+34=1|\omega|=\sqrt{\frac{1}{4}+\frac{3}{4}}=1, et son argument θ\theta vérifie cosθ=12\cos\theta=\frac{1}{2} et sinθ=32\sin\theta=\frac{\sqrt{3}}{2}, donc θ=π3\theta=\frac{\pi}{3}. Ainsi ω=eiπ3\omega=\mathrm{e}^{\mathrm{i}\frac{\pi}{3}}.

b) ωz=(12+i32)(x+iy)=x232y+i(32x+y2)\omega z=\left(\frac{1}{2}+\mathrm{i}\frac{\sqrt{3}}{2}\right)(x+\mathrm{i}y)=\frac{x}{2}-\frac{\sqrt{3}}{2}y+\mathrm{i}\left(\frac{\sqrt{3}}{2}x+\frac{y}{2}\right). Par ailleurs R(xy)=(12x32y32x+12y)R\begin{pmatrix}x\\y\end{pmatrix}=\begin{pmatrix}\frac{1}{2}x-\frac{\sqrt{3}}{2}y\\\frac{\sqrt{3}}{2}x+\frac{1}{2}y\end{pmatrix}. Les deux coordonnées coïncident bien avec la partie réelle et la partie imaginaire de ωz\omega z.

c) Comme ω=1|\omega|=1 et arg(ω)=π3\arg(\omega)=\frac{\pi}{3}, la multiplication par ω\omega conserve les modules et ajoute π3\frac{\pi}{3} aux arguments : c'est la rotation de centre l'origine et d'angle π3\frac{\pi}{3}, soit 60 degrés.

d) ω3=eiπ=1\omega^{3}=\mathrm{e}^{\mathrm{i}\pi}=-1 et ω6=e2iπ=1\omega^{6}=\mathrm{e}^{2\mathrm{i}\pi}=1. Comme la multiplication par ω\omega correspond à RR, la multiplication par ωn\omega^{n} correspond à RnR^{n}. Donc R3R^{3} correspond à la multiplication par 1-1, c'est-à-dire R3=I=(1001)R^{3}=-I=\begin{pmatrix}-1&0\\0&-1\end{pmatrix}, et R6=IR^{6}=I. Trois rotations de 60 degrés font un demi-tour, six font un tour complet : c'est exactement ce que disent ces deux égalités.

e) Rn=IR^{n}=I équivaut à ωn=1\omega^{n}=1, soit einπ3=1\mathrm{e}^{\mathrm{i}\frac{n\pi}{3}}=1, c'est-à-dire nπ3=2kπ\frac{n\pi}{3}=2k\pi pour un entier kk, donc n=6kn=6k. Le plus petit entier strictement positif est n=6n=6. Les puissances R1R^{1} à R5R^{5} sont donc toutes différentes de l'identité, et les puissances de RR ne prennent que six valeurs.

Partie D : Problèmes de synthèse (/25)

Exercice 11 : Quand l'arithmétique se fait dans les complexes

Pour un complexe z=a+ibz=a+\mathrm{i}b avec aa et bb entiers, on appelle norme de zz l'entier N(z)=a2+b2N(z)=a^{2}+b^{2}.

Cet exercice utilise les complexes pour répondre à une question purement arithmétique : quels entiers sont sommes de deux carrés ?

  • a) Montrez que N(zz)=N(z)N(z)N(zz')=N(z)N(z') pour tous complexes zz et zz' à parties réelle et imaginaire entières.
  • b) Déduisez-en que le produit de deux sommes de deux carrés est encore une somme de deux carrés.
  • c) On a 5=12+225=1^{2}+2^{2} et 13=22+3213=2^{2}+3^{2}. En calculant (1+2i)(2+3i)(1+2\mathrm{i})(2+3\mathrm{i}) puis (12i)(2+3i)(1-2\mathrm{i})(2+3\mathrm{i}), écrivez 65 de deux façons comme somme de deux carrés.
  • d) Montrez que le carré d'un entier est congru à 0 ou à 1 modulo 4. Déduisez-en qu'un entier congru à 3 modulo 4 n'est jamais somme de deux carrés, et appliquez ce résultat à 2027.
  • e) Le nombre 21 est congru à 1 modulo 4. Est-il somme de deux carrés ? Que faut-il en conclure sur le critère de la question d) ?
Voir la correction

a) Posons z=a+ibz=a+\mathrm{i}b et z=c+idz'=c+\mathrm{i}d. Alors zz=(acbd)+i(ad+bc)zz'=(ac-bd)+\mathrm{i}(ad+bc), donc N(zz)=(acbd)2+(ad+bc)2=a2c22abcd+b2d2+a2d2+2abcd+b2c2=a2c2+b2d2+a2d2+b2c2N(zz')=(ac-bd)^{2}+(ad+bc)^{2}=a^{2}c^{2}-2abcd+b^{2}d^{2}+a^{2}d^{2}+2abcd+b^{2}c^{2}=a^{2}c^{2}+b^{2}d^{2}+a^{2}d^{2}+b^{2}c^{2}. Or N(z)N(z)=(a2+b2)(c2+d2)=a2c2+a2d2+b2c2+b2d2N(z)N(z')=(a^{2}+b^{2})(c^{2}+d^{2})=a^{2}c^{2}+a^{2}d^{2}+b^{2}c^{2}+b^{2}d^{2} : les deux expressions sont identiques. On peut aussi remarquer que N(z)=z2N(z)=|z|^{2} et invoquer la multiplicativité du module.

b) Si m=a2+b2m=a^{2}+b^{2} et n=c2+d2n=c^{2}+d^{2}, posons z=a+ibz=a+\mathrm{i}b et z=c+idz'=c+\mathrm{i}d, de sorte que m=N(z)m=N(z) et n=N(z)n=N(z'). Alors mn=N(z)N(z)=N(zz)mn=N(z)N(z')=N(zz'), et comme zzzz' a encore des parties réelle et imaginaire entières, mnmn est bien une somme de deux carrés d'entiers.

c) (1+2i)(2+3i)=2+3i+4i+6i2=4+7i(1+2\mathrm{i})(2+3\mathrm{i})=2+3\mathrm{i}+4\mathrm{i}+6\mathrm{i}^{2}=-4+7\mathrm{i}, donc 65=(4)2+72=16+4965=(-4)^{2}+7^{2}=16+49. Et (12i)(2+3i)=2+3i4i6i2=8i(1-2\mathrm{i})(2+3\mathrm{i})=2+3\mathrm{i}-4\mathrm{i}-6\mathrm{i}^{2}=8-\mathrm{i}, donc 65=82+(1)2=64+165=8^{2}+(-1)^{2}=64+1. Les deux écritures sont 65=42+72=82+1265=4^{2}+7^{2}=8^{2}+1^{2}. Changer un signe dans un facteur donne une décomposition réellement différente.

d) Un entier nn est pair ou impair. Si n=2kn=2k alors n2=4k20 [4]n^{2}=4k^{2}\equiv 0\ [4]. Si n=2k+1n=2k+1 alors n2=4k2+4k+11 [4]n^{2}=4k^{2}+4k+1\equiv 1\ [4]. Une somme de deux carrés est donc congrue à 0+00+0, 0+10+1, 1+01+0 ou 1+11+1 modulo 4, c'est-à-dire à 0, 1 ou 2, mais jamais à 3. Or 2027=4×506+32027=4\times 506+3, donc 20273 [4]2027\equiv 3\ [4] : 2027 n'est pas somme de deux carrés.

e) On teste les possibilités : 210=2121-0=21, 211=2021-1=20, 214=1721-4=17, 219=1221-9=12 et 2116=521-16=5, et aucun de ces nombres n'est un carré parfait. Donc 21 n'est pas somme de deux carrés, bien qu'il soit congru à 1 modulo 4. Le critère de la question d) est donc une condition nécessaire mais pas suffisante : il permet d'éliminer, jamais de conclure positivement. La caractérisation complète fait intervenir les facteurs premiers congrus à 3 modulo 4, et ici 21=3×721=3\times 7 en contient deux.

Partie D : Problèmes de synthèse (/25)

Exercice 12 : Cinq affirmations à vérifier

Chacune des cinq affirmations suivantes est fausse. Pour chacune, identifiez l'erreur de raisonnement et donnez un contre-exemple explicite.

Les cinq portent chacune sur une partie différente du programme de l'option.

  • a) « Pour tous complexes zz et zz', z+z=z+z\left|z+z'\right|=|z|+\left|z'\right|. »
  • b) « Pour tout complexe zz, z2=z2z^{2}=|z|^{2}. »
  • c) « Si un entier aa divise un produit bcbc, alors aa divise bb ou aa divise cc. »
  • d) « Si ab [n]a\equiv b\ [n], alors a2b2 [n2]a^{2}\equiv b^{2}\ \left[n^{2}\right]. »
  • e) « Si MM est une matrice carrée telle que M2=IM^{2}=I, alors M=IM=I ou M=IM=-I. »
Voir la correction

a) Faux. L'inégalité triangulaire donne seulement z+zz+z\left|z+z'\right|\leq|z|+\left|z'\right|, avec égalité uniquement quand les deux nombres ont le même argument, autrement dit quand l'un est un multiple réel positif de l'autre. Contre-exemple : z=1z=1 et z=1z'=-1 donnent z+z=0\left|z+z'\right|=0 alors que z+z=2|z|+\left|z'\right|=2. Avec z=1z=1 et z=iz'=\mathrm{i} on obtient 2\sqrt{2} d'un côté et 2 de l'autre.

b) Faux. La bonne identité est zzˉ=z2z\bar{z}=|z|^{2}, avec le conjugué et non le carré. Contre-exemple : z=iz=\mathrm{i} donne z2=1z^{2}=-1 tandis que z2=1|z|^{2}=1. L'égalité z2=z2z^{2}=|z|^{2} ne vaut que si zz est un réel : à gauche le résultat est un complexe quelconque, à droite c'est toujours un réel positif.

c) Faux. C'est le théorème de Gauss privé de son hypothèse : il faut que aa soit premier avec l'un des deux facteurs, ou que aa soit premier. Contre-exemple : a=4a=4 divise bc=2×6=12bc=2\times 6=12, mais 4 ne divise ni 2 ni 6. Le nombre 4 n'est pas premier, et il se répartit entre les deux facteurs.

d) Faux. De ab [n]a\equiv b\ [n] on tire a2b2 [n]a^{2}\equiv b^{2}\ [n], avec le même modulo, pas son carré. Contre-exemple : 14 [3]1\equiv 4\ [3], mais 12=11^{2}=1 et 42=164^{2}=16 ne sont pas congrus modulo 9, puisque 161=1516-1=15 n'est pas divisible par 9. En écrivant a=b+kna=b+kn on obtient a2=b2+2bkn+k2n2a^{2}=b^{2}+2bkn+k^{2}n^{2}, et le terme 2bkn2bkn n'est en général pas divisible par n2n^{2}.

e) Faux. L'équation M2=IM^{2}=I s'écrit (MI)(M+I)=O(M-I)(M+I)=O, mais un produit de matrices peut être nul sans qu'aucun facteur le soit : le raisonnement valable sur les réels ne se transpose pas. Contre-exemple : M=(1001)M=\begin{pmatrix}1&0\\0&-1\end{pmatrix} vérifie M2=IM^{2}=I sans être ni II ni I-I. La matrice (0110)\begin{pmatrix}0&1\\1&0\end{pmatrix} convient également. Géométriquement, toute symétrie axiale est involutive.

Voir aussi

Vous cherchez un tuteur de maths expertes à Montréal ?

Contactez-moi pour une première séance. On travaille sur des exercices calibrés sur le niveau réel des contrôles au Lycée Marie de France et au Collège Stanislas.

Site par Studio Squalli