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Statistiques avancées 201-337 • Examen blanc corrigé à Montréal

Examen blanc de synthèse : statistiques 201-337

Voici un examen blanc de synthèse pour le cours de statistiques 201-337, le cours de mathématiques suivi en complément québécois par les élèves de Première du Lycée Marie de France et du Collège Stanislas à Montréal, et par les étudiants de cégep dont le programme ne demande pas la spécialité mathématiques.

Il est calibré sur un examen final réel : 12 exercices, 100 points, 3 heures. La différence avec les séries de chapitre est volontaire et c'est tout l'intérêt de l'exercice : chaque question croise plusieurs parties du cours et aucune n'annonce sa méthode. À vous de reconnaître s'il faut un intervalle, un test, une loi discrète ou une régression, ce qui est exactement la compétence que l'examen évalue.

Toutes les valeurs critiques nécessaires sont fournies dans les énoncés, il n'y a donc aucune table à consulter.

Rappel de cours

  • Écart-type d'un échantillon : s=(xix)2n1s=\sqrt{\frac{\sum(x_{i}-\overline{x})^{2}}{n-1}}. Cote z : z=xxsz=\frac{x-\overline{x}}{s}.
  • Inégalité de Tchebychev : pour TOUTE distribution et tout k>1k>1, au moins 11k21-\frac{1}{k^{2}} des données se trouvent à moins de kk écarts-types de la moyenne. La règle 68-95-99,7 est plus précise, mais elle exige la normalité.
  • Erreur type de la moyenne : σn\frac{\sigma}{\sqrt{n}}. Taille d'échantillon pour une marge EE : n=(zσE)2n=\left(\frac{z\sigma}{E}\right)^{2} pour une moyenne, n=(zE)2p(1p)n=\left(\frac{z}{E}\right)^{2}p(1-p) pour une proportion, avec p=0,5p=0{,}5 dans le pire des cas.
  • Conditions de validité : approximation de Poisson si n50n\geq 50 et p0,1p\leq 0{,}1 ; approximation normale de la binomiale si np5np\geq 5 ET n(1p)5n(1-p)\geq 5.
  • Erreur de première espèce : rejeter H0H_{0} alors qu'elle est vraie, de probabilité α\alpha. Erreur de seconde espèce : ne pas rejeter H0H_{0} alors qu'elle est fausse, de probabilité β\beta. La puissance vaut 1β1-\beta et se calcule toujours contre une valeur précise de l'hypothèse alternative.
  • Khi-deux : χ2=(OE)2E\chi^{2}=\sum\frac{(O-E)^{2}}{E}. Pour un test d'ajustement à kk catégories, le nombre de degrés de liberté vaut k1k-1.
  • Régression : b=SxySxxb=\frac{S_{xy}}{S_{xx}}, a=ybxa=\overline{y}-b\overline{x}, r=SxySxxSyyr=\frac{S_{xy}}{\sqrt{S_{xx}S_{yy}}} et se=SyybSxyn2s_{e}=\sqrt{\frac{S_{yy}-bS_{xy}}{n-2}}.
  • Un intervalle de confiance encadre la MOYENNE des yy pour un xx donné ; un intervalle de prédiction encadre UNE observation future, et il est toujours plus large.

Partie A : Décrire et modéliser (/25)

Exercice 1 : D'un échantillon brut au modèle qui le décrit

On relève la durée, en minutes, de douze trajets domicile-travail : 18, 22, 25, 25, 27, 28, 30, 31, 33, 35, 38, 44.

On rappelle que pour la loi normale centrée réduite, P(Z>1,44)0,0749P(Z>1{,}44)\approx 0{,}0749 et P(Z>2,00)0,0228P(Z>2{,}00)\approx 0{,}0228.

  • a) Calculez la moyenne et l'écart-type de cet échantillon, arrondis au millième.
  • b) Un employeur affirme que la durée suit une loi normale de mêmes paramètres. Sous ce modèle, quelle est la probabilité qu'un trajet dépasse 40 minutes ?
  • c) Quelle proportion de l'échantillon dépasse effectivement 40 minutes ? Comparez avec le b) et commentez.
  • d) Calculez la cote z du trajet de 44 minutes. Faut-il le traiter comme une valeur aberrante ?
Voir la correction

a) La somme vaut 356, donc x=3561229,667\overline{x}=\frac{356}{12}\approx 29{,}667 minutes. La somme des carrés des écarts vaut environ 564,667564{,}667, et en divisant par n1=11n-1=11 on obtient une variance d'environ 51,33351{,}333, donc s7,165s\approx 7{,}165 minute.

b) On calcule la cote z du seuil : z=4029,6677,1651,44z=\frac{40-29{,}667}{7{,}165}\approx 1{,}44. Donc P(X>40)=P(Z>1,44)0,0749P(X>40)=P(Z>1{,}44)\approx 0{,}0749, soit environ 7,5 %.

c) Un seul trajet sur douze dépasse 40 minutes, soit 1120,0833\frac{1}{12}\approx 0{,}0833, environ 8,3 %. Les deux valeurs sont proches, ce qui est plutôt rassurant pour le modèle. Mais la conclusion doit rester prudente : avec douze observations, une seule valeur de plus ou de moins ferait passer la proportion empirique de 0 à 16,7 %. Un échantillon de cette taille ne permet ni de confirmer ni d'infirmer sérieusement une hypothèse de normalité.

d) z=4429,6677,1652,00z=\frac{44-29{,}667}{7{,}165}\approx 2{,}00. Le critère usuel place la frontière à z>2|z|>2, parfois à z>3|z|>3 : la valeur est donc tout juste à la limite, et certainement pas au-delà de tout soupçon. Elle ne doit pas être écartée. Une valeur n'est pas aberrante parce qu'elle est grande, mais parce qu'on a une raison de croire qu'elle provient d'une erreur de mesure ou d'une autre population. Ici, 44 minutes est une durée de trajet parfaitement plausible.

Exercice 2 : Quand la règle empirique n'a pas le droit de s'appliquer

Une chaîne de production remplit des sacs. La masse a pour moyenne 500 grammes et pour écart-type 80 grammes, mais la distribution est nettement asymétrique : rien ne permet de la supposer normale.

On rappelle que pour une loi normale, P(Z<2)0,9545P(|Z|<2)\approx 0{,}9545 et P(Z<3)0,9973P(|Z|<3)\approx 0{,}9973.

  • a) Énoncez l'inégalité de Tchebychev et appliquez-la avec k=2k=2. Quel intervalle de masses obtient-on, et quelle proportion minimale des sacs s'y trouve ?
  • b) Faites de même avec k=3k=3.
  • c) Comparez, pour k=2k=2 puis k=3k=3, la borne de Tchebychev à la valeur exacte que donnerait une loi normale. Que coûte l'abandon de l'hypothèse de normalité ?
  • d) Un sac pèse 740 grammes. Que peut-on affirmer sur la fréquence de tels écarts, avec et sans hypothèse de normalité ?
  • e) Un contrôleur écrit : « puisque 95 % des sacs sont entre 340 et 660 grammes, la production est conforme ». Corrigez la phrase.
Voir la correction

a) L'inégalité de Tchebychev affirme que pour toute distribution, quelle que soit sa forme, et pour tout k>1k>1, la proportion de données situées à moins de kk écarts-types de la moyenne est au moins 11k21-\frac{1}{k^{2}}. Avec k=2k=2 : l'intervalle est 500±2×80500\pm 2\times 80, soit [340 ; 660][340\ ;\ 660] grammes, et il contient au moins 114=0,751-\frac{1}{4}=0{,}75, donc au moins 75 % des sacs.

b) Avec k=3k=3 : l'intervalle est 500±240500\pm 240, soit [260 ; 740][260\ ;\ 740] grammes, et il contient au moins 1190,88891-\frac{1}{9}\approx 0{,}8889, donc au moins 88,9 % des sacs.

c) Pour k=2k=2, Tchebychev garantit 75 % alors que la loi normale donnerait 95,45 %. Pour k=3k=3, Tchebychev garantit 88,9 % contre 99,73 %. L'écart est considérable, surtout dans les queues : hors de trois écarts-types, la normale laisse 0,27 % des données, Tchebychev en autorise jusqu'à 11,1 %, soit quarante fois plus. Renoncer à la normalité coûte donc très cher en précision. En contrepartie, la borne de Tchebychev est vraie sans aucune condition, et c'est là tout son intérêt : elle ne peut jamais être prise en défaut.

d) 740 grammes correspond exactement à z=74050080=3z=\frac{740-500}{80}=3. Sans hypothèse sur la forme de la distribution, on ne peut affirmer qu'une chose : au plus 11,1 % des sacs s'écartent de plus de trois écarts-types, dans un sens ou dans l'autre, donc au plus 11,1 % dépassent 740 grammes ou descendent sous 260. Si la distribution était normale, ces deux queues ensemble ne pèseraient que 0,27 %, et un sac de 740 grammes serait un événement remarquable. Ici il ne l'est pas nécessairement.

e) Deux erreurs. D'abord, l'inégalité de Tchebychev ne donne pas 95 % mais au moins 75 % : le contrôleur a appliqué la règle empirique, qui suppose la normalité, alors que l'énoncé l'exclut. Ensuite, et c'est plus grave, la conformité n'a rien à voir avec ce calcul : elle se juge par rapport à des tolérances fixées à l'avance, pas par rapport à la dispersion observée. Une production très irrégulière vérifie toujours Tchebychev, cela ne la rend pas conforme.

Exercice 3 : Combien d'observations faut-il vraiment ?

Un institut prépare deux enquêtes, toutes deux au niveau de confiance de 95 %, pour lequel z=1,96z=1{,}96.

La première porte sur une moyenne, celle du revenu mensuel, dont on sait par des relevés antérieurs que l'écart-type vaut environ 15 unités. La seconde porte sur une proportion, celle des personnes favorables à une mesure.

  • a) Quelle taille d'échantillon faut-il pour estimer le revenu moyen avec une marge d'erreur de 2 unités ?
  • b) Quelle taille faut-il pour estimer la proportion avec une marge de 3 points de pourcentage, en l'absence de toute information préalable sur pp ?
  • c) Une enquête pilote suggère que pp avoisine 0,2. Recalculez la taille nécessaire et commentez l'écart avec le b).
  • d) L'institut hésite à mener l'enquête b) au Québec, qui compte environ 8 millions d'habitants, plutôt que dans une province de 150 000 habitants, en pensant qu'il faudra un plus grand échantillon pour la population la plus nombreuse. A-t-il raison ?
Voir la correction

a) On isole nn dans E=zσnE=\frac{z\sigma}{\sqrt{n}}, ce qui donne n=(zσE)2=(1,96×152)2=(14,7)2=216,09n=\left(\frac{z\sigma}{E}\right)^{2}=\left(\frac{1{,}96\times 15}{2}\right)^{2}=\left(14{,}7\right)^{2}=216{,}09. Une taille d'échantillon s'arrondit toujours vers le HAUT, sans quoi la marge visée n'est pas atteinte : il faut 217 personnes.

b) Ici n=(zE)2p(1p)n=\left(\frac{z}{E}\right)^{2}p(1-p), et sans information sur pp on retient la valeur qui maximise p(1p)p(1-p), c'est-à-dire p=0,5p=0{,}5, qui donne p(1p)=0,25p(1-p)=0{,}25. Alors n=(1,960,03)2×0,254268,44×0,251067,11n=\left(\frac{1{,}96}{0{,}03}\right)^{2}\times 0{,}25\approx 4268{,}44\times 0{,}25\approx 1067{,}11, donc 1068 personnes. On reconnaît le fameux « plus ou moins 3 % » des sondages, qui correspond à un millier de répondants.

c) Avec p=0,2p=0{,}2, on a p(1p)=0,16p(1-p)=0{,}16 et n4268,44×0,16682,95n\approx 4268{,}44\times 0{,}16\approx 682{,}95, donc 683 personnes. C'est 36 % de moins qu'au b) pour la même précision. Une information préalable, même approximative, fait économiser un tiers du coût de l'enquête, parce que la variance d'une proportion s'effondre dès qu'on s'éloigne de 0,5.

d) Non, l'institut a tort. Les formules ci-dessus ne contiennent nulle part la taille NN de la population : la précision dépend du nombre de personnes interrogées, pas de la proportion qu'elles représentent. Tant que l'échantillon fait moins de 5 % de la population, ce qui est le cas dans les deux provinces, 1068 répondants donnent exactement la même marge d'erreur. C'est l'un des résultats les plus contre-intuitifs du cours, et c'est la raison pour laquelle un sondage national et un sondage municipal interrogent le même nombre de personnes.

Partie B : Probabilités et lois (/25)

Exercice 4 : Un test de dépistage, de Bayes à la décision

Une maladie touche 0,8 % d'une population. Un test de dépistage détecte 95 % des personnes malades, et il se déclare positif chez 4 % des personnes saines.

Les probabilités seront arrondies au dix-millième.

  • a) Traduisez les données de l'énoncé en probabilités, en nommant clairement les événements.
  • b) Calculez la probabilité qu'une personne prise au hasard obtienne un résultat positif.
  • c) Une personne est déclarée positive. Quelle est la probabilité qu'elle soit réellement malade ?
  • d) Une personne est déclarée négative. Quelle est la probabilité qu'elle soit réellement saine ?
  • e) Le test est décrit comme « fiable à 95 % ». Expliquez pourquoi cette formulation est trompeuse, puis dites ce qui changerait si on n'appliquait le test qu'à une population à risque où la maladie touche 30 % des gens.
Voir la correction

a) Notons MM l'événement « la personne est malade » et TT l'événement « le test est positif ». L'énoncé donne P(M)=0,008P(M)=0{,}008, la sensibilité PM(T)=0,95P_{M}(T)=0{,}95, et le taux de faux positifs PM(T)=0,04P_{\overline{M}}(T)=0{,}04, ce qui équivaut à une spécificité PM(T)=0,96P_{\overline{M}}(\overline{T})=0{,}96.

b) Par la formule des probabilités totales : P(T)=0,008×0,95+0,992×0,04=0,0076+0,03968=0,04728P(T)=0{,}008\times 0{,}95+0{,}992\times 0{,}04=0{,}0076+0{,}03968=0{,}04728, soit environ 4,73 %.

c) PT(M)=P(MT)P(T)=0,00760,047280,1607P_{T}(M)=\frac{P(M\cap T)}{P(T)}=\frac{0{,}0076}{0{,}04728}\approx 0{,}1607. Une personne déclarée positive n'a donc qu'environ 16 % de chances d'être malade : plus de quatre positifs sur cinq sont des fausses alertes. La raison est arithmétique et non médicale : les personnes saines sont si nombreuses que leurs 4 % de faux positifs, soit environ 39,7 personnes sur mille, écrasent les 7,6 vrais positifs sur mille.

d) P(T)=0,008×0,05+0,992×0,96=0,0004+0,95232=0,95272P(\overline{T})=0{,}008\times 0{,}05+0{,}992\times 0{,}96=0{,}0004+0{,}95232=0{,}95272, donc PT(M)=0,952320,952720,9996P_{\overline{T}}(\overline{M})=\frac{0{,}95232}{0{,}95272}\approx 0{,}9996. Un résultat négatif, lui, est presque certain. Le test est excellent pour rassurer et médiocre pour alarmer.

e) « Fiable à 95 % » désigne la sensibilité, c'est-à-dire une probabilité conditionnelle SACHANT que la personne est malade. Or le patient qui reçoit son résultat se pose la question inverse : quelle est la probabilité d'être malade sachant que le test est positif ? Les deux nombres, 95 % et 16 %, sont tous deux exacts et ne parlent pas de la même chose ; les confondre est l'erreur d'inversion des conditionnelles. Dans une population à risque où P(M)=0,3P(M)=0{,}3, on aurait P(T)=0,3×0,95+0,7×0,04=0,285+0,028=0,313P(T)=0{,}3\times 0{,}95+0{,}7\times 0{,}04=0{,}285+0{,}028=0{,}313 et PT(M)=0,2850,3130,9105P_{T}(M)=\frac{0{,}285}{0{,}313}\approx 0{,}9105. Le même test, sans qu'aucune de ses caractéristiques ne change, devient alors très concluant. C'est pourquoi on ne dépiste pas une maladie rare dans la population générale : la valeur d'un test dépend autant de qui on teste que du test lui-même.

Exercice 5 : Trois lois pour un même comptage

Une machine produit des pièces dont 2 % sont défectueuses, indépendamment les unes des autres. On prélève un lot de 200 pièces et on note XX le nombre de pièces défectueuses.

On rappelle que l'approximation de Poisson est admise lorsque n50n\geq 50 et p0,1p\leq 0{,}1, et l'approximation normale lorsque np5np\geq 5 et n(1p)5n(1-p)\geq 5.

  • a) Justifiez que XX suit une loi binomiale et donnez ses paramètres, son espérance et son écart-type.
  • b) Calculez P(X=3)P(X=3) par la loi binomiale exacte, au dix-millième.
  • c) Calculez la même probabilité par l'approximation de Poisson et comparez.
  • d) Peut-on utiliser l'approximation normale ici ? Justifiez par les conditions, sans faire le calcul.
  • e) La machine se dérègle et le taux de défauts passe à 40 %. Reprenez les questions c) et d) : laquelle des deux approximations devient légitime, et laquelle cesse de l'être ?
Voir la correction

a) On répète 200 fois la même épreuve à deux issues, défectueuse ou non, avec une probabilité constante et des tirages indépendants : XX suit la loi binomiale de paramètres n=200n=200 et p=0,02p=0{,}02. Son espérance vaut np=4np=4 pièces et son écart-type np(1p)=3,921,9799\sqrt{np(1-p)}=\sqrt{3{,}92}\approx 1{,}9799.

b) P(X=3)=(2003)(0,02)3(0,98)197P(X=3)=\binom{200}{3}(0{,}02)^{3}(0{,}98)^{197}. Avec (2003)=1313400\binom{200}{3}=1\,313\,400, on obtient P(X=3)0,1963P(X=3)\approx 0{,}1963.

c) L'approximation de Poisson utilise λ=np=4\lambda=np=4 : P(X=3)e4×433!=64e460,1954P(X=3)\approx\frac{\mathrm{e}^{-4}\times 4^{3}}{3!}=\frac{64\,\mathrm{e}^{-4}}{6}\approx 0{,}1954. L'écart avec la valeur exacte est inférieur à un millième, soit une erreur relative d'environ 0,5 %. Les conditions sont bien remplies puisque n=20050n=200\geq 50 et p=0,020,1p=0{,}02\leq 0{,}1.

d) Non. La condition np5np\geq 5 n'est pas vérifiée : np=4np=4. C'est cohérent avec l'allure de la loi, qui est ici très asymétrique puisqu'elle s'arrête à zéro d'un côté et s'étale de l'autre, alors que la loi normale est symétrique. Approcher une telle loi par une normale donnerait même des probabilités non nulles pour des valeurs négatives de XX, ce qui n'a aucun sens pour un comptage.

e) Avec p=0,4p=0{,}4 : np=80np=80 et n(1p)=120n(1-p)=120, tous deux très supérieurs à 5, donc l'approximation normale devient parfaitement légitime. En revanche la condition p0,1p\leq 0{,}1 n'est plus vérifiée, et l'approximation de Poisson cesse de valoir. Les deux approximations sont donc complémentaires plutôt que concurrentes : Poisson sert aux événements rares dans un grand nombre d'épreuves, la normale aux situations où l'espérance et son complément sont tous deux confortables. Entre les deux, la binomiale exacte reste toujours disponible.

Exercice 6 : D'une loi de probabilité à la moyenne d'un échantillon

Un jeu de fête foraine coûte 2 unités par partie. Il rapporte 3 unités avec probabilité 0,3 et 12 unités avec probabilité 0,1 ; sinon il ne rapporte rien.

On note XX le gain algébrique du joueur pour une partie, c'est-à-dire ce qu'il reçoit diminué de ce qu'il a misé.

On rappelle que P(Z<0,28)0,3897P(Z<-0{,}28)\approx 0{,}3897.

  • a) Établissez la loi de probabilité de XX.
  • b) Calculez l'espérance et l'écart-type de XX. Le jeu est-il équitable pour le joueur ?
  • c) Un joueur fait 100 parties. Quelle est la loi approximative de son gain MOYEN par partie, et pourquoi ?
  • d) Calculez la probabilité que ce joueur soit perdant sur l'ensemble des 100 parties.
  • e) Le forain, lui, encaisse les parties de milliers de joueurs. Expliquez pourquoi sa situation n'est pas symétrique de celle du joueur, alors que l'espérance est la même pour tous.
Voir la correction

a) Le joueur mise 2 unités dans tous les cas. Il gagne donc 32=13-2=1 avec probabilité 0,3 ; 122=1012-2=10 avec probabilité 0,1 ; et 02=20-2=-2 avec la probabilité restante 10,30,1=0,61-0{,}3-0{,}1=0{,}6. La loi de XX prend donc les valeurs 2-2, 11 et 1010 avec les probabilités respectives 0,60{,}6, 0,30{,}3 et 0,10{,}1.

b) E(X)=2×0,6+1×0,3+10×0,1=1,2+0,3+1=0,1E(X)=-2\times 0{,}6+1\times 0{,}3+10\times 0{,}1=-1{,}2+0{,}3+1=0{,}1 unité. Puis E(X2)=4×0,6+1×0,3+100×0,1=2,4+0,3+10=12,7E(X^{2})=4\times 0{,}6+1\times 0{,}3+100\times 0{,}1=2{,}4+0{,}3+10=12{,}7, donc V(X)=12,70,12=12,69V(X)=12{,}7-0{,}1^{2}=12{,}69 et σ3,5623\sigma\approx 3{,}5623. L'espérance étant strictement positive, le jeu est même légèrement favorable au joueur, ce qui est inhabituel. Mais l'écart-type est trente-cinq fois plus grand que l'espérance : l'avantage est noyé dans le hasard.

c) Par le théorème central limite, la moyenne de 100 variables indépendantes et de même loi est approximativement normale, quelle que soit la loi de départ, ici clairement non normale puisqu'elle ne prend que trois valeurs. Cette moyenne a pour espérance 0,10{,}1 et pour erreur type 3,56231000,3562\frac{3{,}5623}{\sqrt{100}}\approx 0{,}3562.

d) Être perdant sur l'ensemble signifie que le gain moyen est négatif. On calcule z=00,10,35620,28z=\frac{0-0{,}1}{0{,}3562}\approx -0{,}28, donc la probabilité vaut environ 0,38970{,}3897. Autrement dit, malgré un jeu favorable, le joueur a près de 39 % de chances de repartir perdant après cent parties.

e) L'espérance par partie est bien la même, mais elle est de signe opposé pour le forain, qui gagne en moyenne 0,1 unité par partie jouée contre lui. Surtout, l'erreur type décroît en 1n\frac{1}{\sqrt{n}} : pour le joueur et ses 100 parties elle vaut 0,356, soit trois fois et demie l'espérance, alors que pour le forain et ses 100 000 parties elle vaut 3,56231000000,0113\frac{3{,}5623}{\sqrt{100\,000}}\approx 0{,}0113, soit un neuvième de l'espérance. Le hasard domine chez l'un et disparaît chez l'autre. C'est exactement le mécanisme sur lequel reposent les casinos et les compagnies d'assurance : la même espérance devient une quasi-certitude dès qu'on répète assez.

Partie C : Décider sous incertitude (/25)

Exercice 7 : Les deux erreurs d'un test, et ce qu'elles coûtent

Une machine doit remplir des boîtes à 500 grammes. L'écart-type du procédé est connu et vaut 8 grammes. Un inspecteur prélève 25 boîtes et veut détecter un sous-remplissage.

Il teste H0:μ=500H_{0}:\mu=500 contre H1:μ<500H_{1}:\mu<500 au seuil α=0,05\alpha=0{,}05, pour lequel la valeur critique est z=1,645z=-1{,}645.

On rappelle que P(Z>0,855)0,1963P(Z>0{,}855)\approx 0{,}1963 et P(Z>1,48)0,0694P(Z>1{,}48)\approx 0{,}0694.

  • a) Calculez l'erreur type de la moyenne, puis la masse moyenne en dessous de laquelle l'inspecteur rejettera H0H_{0}.
  • b) Définissez l'erreur de première espèce dans ce contexte précis, et donnez sa probabilité.
  • c) La machine se règle en réalité sur 496 grammes. Définissez l'erreur de seconde espèce ici, calculez sa probabilité, puis la puissance du test.
  • d) Reprenez le c) si la machine se règle sur 495 grammes. Que constatez-vous ?
  • e) L'inspecteur veut réduire simultanément les deux risques. Quelles sont ses options, et laquelle est la seule vraiment satisfaisante ?
Voir la correction

a) L'erreur type vaut σn=825=1,6\frac{\sigma}{\sqrt{n}}=\frac{8}{\sqrt{25}}=1{,}6 gramme. La règle de décision rejette H0H_{0} lorsque x<5001,645×1,6=5002,632=497,368\overline{x}<500-1{,}645\times 1{,}6=500-2{,}632=497{,}368 grammes.

b) L'erreur de première espèce consiste à conclure que la machine sous-remplit alors qu'elle est en fait bien réglée à 500 grammes. Sa probabilité est α=0,05\alpha=0{,}05 par construction : c'est l'inspecteur qui l'a choisie en fixant le seuil. Concrètement, une machine parfaitement conforme sera accusée à tort une fois sur vingt.

c) L'erreur de seconde espèce consiste à ne pas rejeter H0H_{0}, donc à laisser passer la machine, alors qu'elle sous-remplit réellement. Si la vraie moyenne est 496, on calcule β=P(X>497,368  μ=496)=P(Z>497,3684961,6)=P(Z>0,855)0,1963\beta=P\left(\overline{X}>497{,}368\ |\ \mu=496\right)=P\left(Z>\frac{497{,}368-496}{1{,}6}\right)=P(Z>0{,}855)\approx 0{,}1963. La puissance vaut donc 1β0,80371-\beta\approx 0{,}8037 : le test détecte ce déréglage environ quatre fois sur cinq.

d) Avec μ=495\mu=495 : z=497,3684951,6=1,48z=\frac{497{,}368-495}{1{,}6}=1{,}48, donc β0,0694\beta\approx 0{,}0694 et la puissance atteint environ 0,93060{,}9306. La puissance augmente quand le déréglage s'aggrave, ce qui est rassurant et parfaitement logique : plus l'écart à détecter est grand, plus il est facile à détecter. Un test n'a donc jamais UNE puissance, il en a une par valeur de l'hypothèse alternative, et annoncer une puissance sans préciser contre quoi n'a aucun sens.

e) Trois options. Abaisser α\alpha réduit le premier risque mais déplace le seuil vers le bas, donc augmente β\beta : les deux risques varient en sens inverse à taille d'échantillon fixée, on ne fait que déplacer le curseur. Accepter un déréglage plus important comme seuil de détection réduit β\beta mais revient à renoncer à détecter les petits écarts. La seule option qui améliore réellement les deux à la fois est d'AUGMENTER nn : l'erreur type diminue en 1n\frac{1}{\sqrt{n}}, les deux distributions se resserrent et se chevauchent moins, si bien que l'on peut garder α=0,05\alpha=0{,}05 tout en abaissant β\beta. C'est le seul levier gratuit en statistique, et il se paie en collecte de données.

Exercice 8 : Intervalle de confiance et test : deux façons de dire la même chose

Un fabricant annonce une durée de vie moyenne de 100 heures. Un laboratoire teste 16 unités et obtient une moyenne de 104,5 heures avec un écart-type d'échantillon de 8 heures. L'écart-type de la population est inconnu.

Pour 15 degrés de liberté, les valeurs critiques bilatérales sont t=2,131t=2{,}131 au seuil de 5 % et t=2,947t=2{,}947 au seuil de 1 %.

  • a) Justifiez le choix de la loi de Student plutôt que de la loi normale, puis calculez la statistique du test de H0:μ=100H_{0}:\mu=100 contre H1:μ100H_{1}:\mu\neq 100.
  • b) Concluez au seuil de 5 %, puis au seuil de 1 %.
  • c) Construisez l'intervalle de confiance à 95 % de la durée de vie moyenne, puis celui à 99 %.
  • d) Comparez les conclusions du b) et les intervalles du c). Énoncez la règle générale que cette comparaison illustre.
  • e) L'échantillon ne compte que 16 unités. Quelle hypothèse supplémentaire est alors indispensable, et le serait-elle encore avec 200 unités ?
Voir la correction

a) L'écart-type de la population est inconnu et remplacé par celui de l'échantillon : la statistique suit alors une loi de Student à n1=15n-1=15 degrés de liberté, et non une loi normale. On calcule t=xμ0s/n=104,51008/4=4,52=2,25t=\frac{\overline{x}-\mu_{0}}{s/\sqrt{n}}=\frac{104{,}5-100}{8/4}=\frac{4{,}5}{2}=2{,}25.

b) Au seuil de 5 %, t=2,25>2,131|t|=2{,}25>2{,}131 : on rejette H0H_{0}, la durée de vie moyenne diffère significativement de 100 heures. Au seuil de 1 %, t=2,25<2,947|t|=2{,}25<2{,}947 : on ne rejette pas H0H_{0}. La conclusion dépend donc du seuil, ce qui est normal et doit être annoncé, jamais dissimulé.

c) L'intervalle s'écrit x±t×sn\overline{x}\pm t\times\frac{s}{\sqrt{n}}, avec sn=2\frac{s}{\sqrt{n}}=2. À 95 % : 104,5±2,131×2=104,5±4,262104{,}5\pm 2{,}131\times 2=104{,}5\pm 4{,}262, soit [100,238 ; 108,762][100{,}238\ ;\ 108{,}762]. À 99 % : 104,5±2,947×2=104,5±5,894104{,}5\pm 2{,}947\times 2=104{,}5\pm 5{,}894, soit [98,606 ; 110,394][98{,}606\ ;\ 110{,}394].

d) L'intervalle à 95 % ne contient PAS la valeur 100, et le test au seuil de 5 % rejette. L'intervalle à 99 % contient 100, et le test au seuil de 1 % ne rejette pas. Les deux approches concordent parfaitement, et ce n'est pas une coïncidence : un test bilatéral au seuil α\alpha rejette H0:μ=μ0H_{0}:\mu=\mu_{0} si et seulement si l'intervalle de confiance au niveau 1α1-\alpha ne contient pas μ0\mu_{0}. Les deux calculs manipulent la même quantité, l'un en partant de μ0\mu_{0} pour aller vers les données, l'autre en partant des données pour délimiter les μ0\mu_{0} compatibles. L'intervalle est d'ailleurs plus informatif : il ne dit pas seulement que 100 est rejeté, il donne toutes les valeurs qui ne le seraient pas.

e) Avec n=16n=16, il faut supposer que la durée de vie suit elle-même une loi approximativement normale dans la population : la loi de Student n'est exacte que sous cette condition, et le théorème central limite n'a pas eu le temps d'agir sur un si petit échantillon. Avec n=200n=200, cette hypothèse deviendrait pratiquement superflue, car le théorème central limite rend la moyenne approximativement normale quelle que soit la loi de départ. C'est le vrai enjeu des petits échantillons : ce n'est pas seulement que les intervalles sont larges, c'est que leur validité même repose sur une hypothèse invérifiable avec si peu de données.

Exercice 9 : Khi-deux : le dé est-il équilibré ?

On lance un dé à six faces 120 fois et on relève les effectifs suivants : 15 fois le 1, 18 fois le 2, 24 fois le 3, 27 fois le 4, 14 fois le 5 et 22 fois le 6.

Pour un test du khi-deux à 5 degrés de liberté, la valeur critique au seuil de 5 % est 11,070.

Face123456
Effectif observé151824271422
  • a) Formulez les deux hypothèses du test et calculez les effectifs attendus sous H0H_{0}.
  • b) Calculez la statistique du khi-deux et concluez au seuil de 5 %.
  • c) On poursuit l'expérience jusqu'à 600 lancers et on obtient exactement les mêmes proportions, soit 75, 90, 120, 135, 70 et 110. Recalculez la statistique et concluez.
  • d) Les proportions observées sont identiques dans les deux cas et pourtant les conclusions diffèrent. Expliquez précisément pourquoi.
  • e) Ce test porte sur une seule variable. En quoi diffère-t-il, dans sa construction, d'un khi-deux d'indépendance entre deux variables ?
Voir la correction

a) H0H_{0} : le dé est équilibré, chaque face a la probabilité 16\frac{1}{6}. H1H_{1} : au moins une face s'écarte de cette probabilité. Sous H0H_{0}, l'effectif attendu vaut 120×16=20120\times\frac{1}{6}=20 pour chacune des six faces. La condition de validité est respectée puisque tous les effectifs attendus dépassent 5.

b) Les écarts au carré valent 2525, 44, 1616, 4949, 3636 et 44, de somme 134. Donc χ2=13420=6,7\chi^{2}=\frac{134}{20}=6{,}7. Comme 6,7<11,0706{,}7<11{,}070, on ne rejette pas H0H_{0} : rien ne permet d'affirmer que le dé est truqué. Attention à la formulation, on ne conclut pas que le dé est équilibré.

c) Les effectifs attendus deviennent 6006=100\frac{600}{6}=100. Les écarts au carré valent 625625, 100100, 400400, 12251225, 900900 et 100100, de somme 3350, donc χ2=3350100=33,5\chi^{2}=\frac{3350}{100}=33{,}5. Cette fois 33,5>11,07033{,}5>11{,}070 et l'on rejette H0H_{0} très largement : le dé est truqué.

d) Parce que la statistique du khi-deux est proportionnelle à la taille de l'échantillon lorsque les proportions restent constantes. En multipliant les effectifs par 5, chaque écart OEO-E est lui aussi multiplié par 5, son carré par 25, tandis que le dénominateur EE n'est multiplié que par 5 : le rapport est donc multiplié par 5, et l'on retrouve bien 5×6,7=33,55\times 6{,}7=33{,}5. Le seuil critique, lui, ne dépend que du nombre de degrés de liberté et ne bouge pas. Autrement dit, le même déséquilibre relatif devient détectable dès qu'on l'observe assez longtemps : un test ne mesure pas l'ampleur d'un écart, il mesure notre capacité à exclure le hasard, et cette capacité grandit avec les données.

e) La différence tient au calcul des effectifs attendus et au nombre de degrés de liberté. Dans un test d'ajustement, la loi théorique est donnée à l'avance, ici l'équiprobabilité, et l'on compare kk catégories, d'où k1=5k-1=5 degrés de liberté. Dans un test d'indépendance, aucune loi n'est fournie : les effectifs attendus se construisent à partir des totaux marginaux du tableau lui-même, par E=total ligne×total colonnetotal geˊneˊralE=\frac{\text{total ligne}\times\text{total colonne}}{\text{total général}}, et le nombre de degrés de liberté devient (l1)(c1)(l-1)(c-1). La statistique se calcule ensuite de la même manière dans les deux cas.

Partie D : Problèmes de synthèse (/25)

Exercice 10 : Problème : le paradoxe de Simpson

Une université n'offre que deux programmes, A et B. Le tableau donne, pour chacun, le nombre de candidatures et le nombre d'admissions, séparément pour les hommes et pour les femmes.

Une association accuse l'université de discriminer les femmes à l'admission.

ProgrammeHommes : candidatsHommes : admisFemmes : candidatesFemmes : admises
A40024010065
B10020400100
  • a) Calculez, dans chaque programme séparément, le taux d'admission des hommes et celui des femmes. Qui est favorisé ?
  • b) Calculez maintenant le taux d'admission global des hommes et celui des femmes, tous programmes confondus. Qui est favorisé ?
  • c) Les réponses a) et b) se contredisent. Calculez le taux d'admission global de chaque programme, puis la répartition des candidatures de chaque sexe entre les deux programmes.
  • d) Expliquez le mécanisme du renversement.
  • e) L'accusation de discrimination à l'admission est-elle fondée ? Formulez ce que ces données permettent de conclure, et ce qu'elles ne permettent pas.
Voir la correction

a) Programme A : les hommes obtiennent 240400=60,0 %\frac{240}{400}=60{,}0\ \% et les femmes 65100=65,0 %\frac{65}{100}=65{,}0\ \%. Programme B : les hommes obtiennent 20100=20,0 %\frac{20}{100}=20{,}0\ \% et les femmes 100400=25,0 %\frac{100}{400}=25{,}0\ \%. Dans chacun des deux programmes, sans exception, les femmes sont admises plus souvent que les hommes.

b) Globalement, les hommes totalisent 240+20=260240+20=260 admissions pour 400+100=500400+100=500 candidatures, soit 52,0 %52{,}0\ \%. Les femmes totalisent 65+100=16565+100=165 admissions pour 100+400=500100+400=500 candidatures, soit 33,0 %33{,}0\ \%. Globalement, ce sont donc les hommes qui sont bien plus souvent admis, et l'écart est énorme.

c) Le programme A admet 305500=61,0 %\frac{305}{500}=61{,}0\ \% de ses candidats, le programme B seulement 120500=24,0 %\frac{120}{500}=24{,}0\ \% : A est peu sélectif, B l'est beaucoup. Or les hommes ont déposé 400 de leurs 500 candidatures en A, soit 80 %, tandis que les femmes en ont déposé 400 sur 500 en B, soit 80 % également mais dans le programme difficile.

d) Le taux global d'un groupe est une moyenne des taux par programme, pondérée par la répartition de ses candidatures. Les hommes ont massivement postulé là où l'on admet 61 % des candidats, les femmes là où l'on n'en admet que 24 %. Cette différence de pondération, considérable, l'emporte sur l'avantage de cinq points dont les femmes bénéficient dans chaque programme. C'est le paradoxe de Simpson : une association observée dans chaque sous-groupe peut s'inverser dans l'agrégat, dès qu'une troisième variable, ici le choix du programme, est liée à la fois au groupe et au résultat.

e) L'accusation, telle qu'elle est formulée, n'est pas fondée : à l'admission, c'est-à-dire une fois le programme choisi, les femmes sont favorisées partout. Ce que les données montrent, c'est un écart global de 19 points entièrement produit par la répartition des candidatures. Ce que les données ne permettent pas de dire, c'est POURQUOI cette répartition est ce qu'elle est, ni si un mécanisme en amont, orientation scolaire, information, stéréotypes, dirige les femmes vers le programme le plus sélectif. La question reste donc entière, mais elle se déplace de l'admission vers la candidature. La leçon de méthode est générale : ne jamais agréger des sous-groupes sans vérifier si l'appartenance au sous-groupe dépend elle-même de la variable étudiée.

Exercice 11 : Problème : de la régression à la prévision, avec son incertitude

On relève pour six étudiants le nombre d'heures de révision xx et la note obtenue yy sur 100.

Pour 4 degrés de liberté, la valeur critique bilatérale au seuil de 5 % est t=2,776t=2{,}776.

Heures x2457810
Note y525863707481
  • a) Calculez SxxS_{xx}, SyyS_{yy} et SxyS_{xy}, puis l'équation de la droite des moindres carrés.
  • b) Calculez le coefficient de corrélation et le coefficient de détermination. Interprétez ce dernier.
  • c) Calculez l'erreur type de l'estimation ses_{e}.
  • d) Pour 6 heures de révision, donnez l'intervalle de confiance à 95 % de la note MOYENNE, puis l'intervalle de prédiction à 95 % de la note d'UN étudiant. Expliquez pourquoi le second est plus large.
  • e) Un étudiant projette de réviser 20 heures. Que prédit le modèle, et que faut-il en penser ?
Voir la correction

a) On a x=366=6\overline{x}=\frac{36}{6}=6 et y=398666,333\overline{y}=\frac{398}{6}\approx 66{,}333. Puis Sxx=(xx)2=16+4+1+1+4+16=42S_{xx}=\sum(x-\overline{x})^{2}=16+4+1+1+4+16=42, Syy573,333S_{yy}\approx 573{,}333 et Sxy=155S_{xy}=155. La pente vaut b=155423,6905b=\frac{155}{42}\approx 3{,}6905 et l'ordonnée à l'origine a=66,3333,6905×644,1905a=66{,}333-3{,}6905\times 6\approx 44{,}1905. La droite est donc y^3,6905x+44,1905\hat{y}\approx 3{,}6905x+44{,}1905 : chaque heure de révision supplémentaire rapporte environ 3,7 points.

b) r=SxySxxSyy=15542×573,3330,99886r=\frac{S_{xy}}{\sqrt{S_{xx}S_{yy}}}=\frac{155}{\sqrt{42\times 573{,}333}}\approx 0{,}99886, donc r20,9977r^{2}\approx 0{,}9977. Environ 99,8 % de la variation des notes est expliquée par la variation du nombre d'heures. C'est extraordinairement élevé pour des données humaines, et cela devrait éveiller la méfiance : sur six points seulement, un tel ajustement s'obtient facilement par hasard, et les données réelles d'un vrai groupe d'étudiants ne se comportent jamais aussi bien.

c) SyybSxy=573,3333,6905×1551,3095S_{yy}-bS_{xy}=573{,}333-3{,}6905\times 155\approx 1{,}3095, c'est la somme des carrés résiduelle. Donc se=1,309562=0,32740,5722s_{e}=\sqrt{\frac{1{,}3095}{6-2}}=\sqrt{0{,}3274}\approx 0{,}5722 point.

d) La prévision ponctuelle vaut y^=3,6905×6+44,190566,333\hat{y}=3{,}6905\times 6+44{,}1905\approx 66{,}333, et comme x0=xx_{0}=\overline{x} le terme (x0x)2(x_{0}-\overline{x})^{2} s'annule. L'intervalle de confiance de la moyenne est y^±tse1n=66,333±2,776×0,5722×0,408266,333±0,648\hat{y}\pm t\,s_{e}\sqrt{\frac{1}{n}}=66{,}333\pm 2{,}776\times 0{,}5722\times 0{,}4082\approx 66{,}333\pm 0{,}648, soit [65,685 ; 66,982][65{,}685\ ;\ 66{,}982]. L'intervalle de prédiction est y^±tse1+1n=66,333±2,776×0,5722×1,080166,333±1,716\hat{y}\pm t\,s_{e}\sqrt{1+\frac{1}{n}}=66{,}333\pm 2{,}776\times 0{,}5722\times 1{,}0801\approx 66{,}333\pm 1{,}716, soit [64,618 ; 68,049][64{,}618\ ;\ 68{,}049]. Le second est presque trois fois plus large parce qu'il cumule deux incertitudes : celle qui porte sur la position de la droite, seule présente dans le premier, ET la dispersion individuelle des étudiants autour de cette droite, mesurée par ses_{e}. C'est le terme 1 sous la racine. On peut connaître très précisément une moyenne et rester incapable de prévoir un individu.

e) Le modèle donne y^=3,6905×20+44,1905118\hat{y}=3{,}6905\times 20+44{,}1905\approx 118, ce qui dépasse le maximum de 100 et n'a donc aucun sens. Deux fautes se cumulent. D'abord l'extrapolation : les données couvrent l'intervalle de 2 à 10 heures, et rien ne garantit que la relation reste linéaire au-delà, alors qu'on doublerait la plage observée. Ensuite le bon sens : une note est bornée, la relation doit donc s'infléchir puis plafonner, ce qu'une droite ne fera jamais. Un modèle de régression n'est valide que sur le domaine où il a été ajusté, et un coefficient de détermination de 99,8 % ne dit rigoureusement rien sur ce qui se passe en dehors.

Exercice 12 : Problème : cinq affirmations à vérifier

Chacune des cinq affirmations suivantes est fausse ou trompeuse. Expliquez précisément pourquoi, en appuyant chaque réponse sur un calcul ou un contre-exemple.

  • a) « Le coefficient de corrélation vaut 0,90{,}9 : donc 90 % de la variation de yy est expliquée par xx. »
  • b) « L'intervalle de confiance à 95 % obtenu est [12 ; 18][12\ ;\ 18] : la vraie moyenne a donc 95 % de chances de se trouver entre 12 et 18. »
  • c) « La valeur-p vaut 0,030{,}03 : il n'y a donc que 3 % de chances que l'hypothèse nulle soit vraie. »
  • d) « Notre sondage porte sur 1000 personnes au Québec et 1000 en Estonie. Le résultat québécois est moins fiable, car le Québec compte plus d'habitants. »
  • e) « Le test ne rejette pas H0H_{0} : les deux traitements sont donc équivalents. »
Voir la correction

a) Faux, c'est le coefficient de DÉTERMINATION qui s'interprète en pourcentage de variation expliquée, et il vaut r2=0,92=0,81r^{2}=0{,}9^{2}=0{,}81, soit 81 % et non 90 %. La confusion est d'autant plus tenace que les deux nombres sont proches quand rr est élevé, mais elle devient grossière ailleurs : pour r=0,5r=0{,}5, on n'explique que 25 % de la variation, pas la moitié.

b) Faux tel qu'énoncé. Dans l'approche classique, la vraie moyenne est un nombre fixe et inconnu : elle est dans l'intervalle ou elle n'y est pas, il n'y a pas de probabilité à lui attribuer. Ce qui vaut 95 %, c'est la fiabilité de la PROCÉDURE : si l'on répétait l'échantillonnage un grand nombre de fois et que l'on construisait à chaque fois un tel intervalle, 95 % d'entre eux contiendraient la vraie moyenne. La formulation correcte porte sur la méthode, pas sur l'intervalle particulier que l'on a sous les yeux.

c) Faux, et c'est la même inversion des conditionnelles qu'à l'exercice 4. La valeur-p est la probabilité d'observer des données au moins aussi extrêmes que les nôtres SI H0H_{0} était vraie, c'est-à-dire P(donneˊes  H0)P(\text{données}\ |\ H_{0}). L'affirmation la lit comme P(H0  donneˊes)P(H_{0}\ |\ \text{données}), qui est une tout autre quantité et qui, dans le cadre classique, n'a même pas de sens puisque H0H_{0} n'est pas une variable aléatoire.

d) Faux. La marge d'erreur dépend de la taille de l'ÉCHANTILLON, pas de celle de la population, tant que l'échantillon représente moins de 5 % de cette dernière, ce qui est très largement le cas ici. Avec n=1000n=1000 dans les deux pays, la marge vaut environ 1,96×0,510000,031\frac{1{,}96\times 0{,}5}{\sqrt{1000}}\approx 0{,}031, soit environ 3,1 points, identique de part et d'autre. C'est exactement le point établi à l'exercice 3.

e) Faux, et c'est l'erreur la plus lourde de conséquences de tout le cours. Ne pas rejeter H0H_{0} signifie que les données n'apportent pas de preuve suffisante d'une différence, ce qui n'est pas une preuve d'absence de différence. Un test peut échouer à rejeter simplement parce qu'il manque de puissance : à l'exercice 7, un déréglage réel de 4 grammes passait inaperçu près de deux fois sur dix. Pour affirmer une équivalence, il faut soit un test d'équivalence spécifique, soit au minimum montrer que l'intervalle de confiance de la différence est entièrement contenu dans une zone jugée négligeable. La formulation correcte est toujours : « ces données ne permettent pas de conclure à une différence ».

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