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Statistiques avancées 201-337 • Complément québécois et cégep à Montréal

Exercices corrigés : estimation et tests d'hypothèse (201-337)

Tout ce chapitre repose sur une seule idée : la moyenne d'un échantillon est elle-même une variable aléatoire, dont la dispersion est n\sqrt{n} fois plus petite que celle des données individuelles. C'est cette réduction, et rien d'autre, qui permet de conclure sur une population entière à partir de quelques centaines d'observations.

L'exercice 4 contient le cas le plus instructif du chapitre : une valeur-p de 0,0114 conduit à REJETER l'hypothèse au seuil de 5 % et à la CONSERVER au seuil de 1 %. Les mêmes données, deux conclusions opposées. Comprendre pourquoi, c'est comprendre qu'un test ne prouve rien : il arbitre entre deux risques que l'on a choisis d'avance.

Rappel de cours

  • Distribution d'échantillonnage de la moyenne : μx=μ\mu_{\overline{x}}=\mu et σx=σn\sigma_{\overline{x}}=\dfrac{\sigma}{\sqrt{n}}. Cette dernière s'appelle l'ERREUR TYPE.
  • Théorème central limite : pour nn assez grand, en pratique n30n\geq 30, la distribution de x\overline{x} est approximativement NORMALE, quelle que soit la forme de la population d'origine.
  • Intervalle de confiance pour une moyenne, σ\sigma connu : x±zα/2σn\overline{x}\pm z_{\alpha/2}\dfrac{\sigma}{\sqrt{n}}. Valeurs usuelles : z=1,645z=1{,}645 à 90 %, 1,961{,}96 à 95 %, 2,5762{,}576 à 99 %.
  • Intervalle de confiance pour une proportion : p^±zα/2p^(1p^)n\hat{p}\pm z_{\alpha/2}\sqrt{\dfrac{\hat{p}\left(1-\hat{p}\right)}{n}}.
  • Marge d'erreur EE : la demi-largeur de l'intervalle. Pour l'imposer, on inverse : n(zσE)2n\geq\left(\dfrac{z\sigma}{E}\right)^{2} pour une moyenne, et n(z2E)2n\geq\left(\dfrac{z}{2E}\right)^{2} pour une proportion dans le cas le plus défavorable p^=0,5\hat{p}=0{,}5.
  • INTERPRÉTATION CORRECTE d'un intervalle à 95 % : si l'on répétait l'échantillonnage un grand nombre de fois, 95 % des intervalles ainsi construits contiendraient le vrai paramètre. On ne dit PAS qu'il y a 95 % de chances que le paramètre soit dans CET intervalle-ci.
  • Test d'hypothèse : H0H_{0} est l'hypothèse par défaut, H1H_{1} celle que l'on cherche à établir. La VALEUR-P est la probabilité d'observer un résultat au moins aussi extrême SI H0H_{0} est vraie. On rejette H0H_{0} si valeur-p <α<\alpha.
  • Erreur de type I : rejeter H0H_{0} alors qu'elle est vraie, de probabilité α\alpha. Erreur de type II : conserver H0H_{0} alors qu'elle est fausse, de probabilité β\beta. Diminuer l'une augmente l'autre, à nn constant.

Partie A : Échantillonnage, intervalles de confiance et taille d'échantillon (/32)

Exercice 1 : Le théorème central limite et l'erreur type

La moyenne d'un échantillon varie d'un échantillon à l'autre. Sa propre distribution est bien plus resserrée que celle des données, et c'est ce resserrement qui rend l'inférence possible.

Les résultats à un examen national ont une moyenne μ=70\mu=70 et un écart-type σ=12\sigma=12. On prélève un échantillon aléatoire de 36 copies.

  • a) Donnez la moyenne et l'erreur type de la distribution de x\overline{x}.
  • b) Énoncez le théorème central limite et dites pourquoi il s'applique ici même si les résultats individuels ne sont pas normalement distribués.
  • c) Calculez la probabilité que la moyenne de l'échantillon dépasse 73.
  • d) On quadruple la taille de l'échantillon, à 144 copies. Que devient l'erreur type ?
  • e) Pour diviser l'erreur type par 10, par combien faut-il multiplier la taille de l'échantillon ? Quelle conséquence pratique ?
Voir la correction

a) La moyenne de la distribution d'échantillonnage est celle de la population : μx=70\mu_{\overline{x}}=70. L'erreur type vaut σx=σn=1236=126=2,0\sigma_{\overline{x}}=\dfrac{\sigma}{\sqrt{n}}=\dfrac{12}{\sqrt{36}}=\dfrac{12}{6}=2{,}0. Les moyennes d'échantillons sont donc six fois moins dispersées que les copies individuelles.

b) Le théorème central limite affirme que pour nn suffisamment grand, la distribution de x\overline{x} est approximativement NORMALE, de moyenne μ\mu et d'écart-type σn\dfrac{\sigma}{\sqrt{n}}, QUELLE QUE SOIT la forme de la distribution de la population. Ici n=3630n=36\geq 30 : le seuil pratique usuel est atteint. C'est précisément la force du théorème : on n'a besoin d'aucune hypothèse sur la distribution des résultats individuels, qui peut être asymétrique, bimodale ou tronquée.

c) z=73702,0=1,50z=\dfrac{73-70}{2{,}0}=1{,}50. La table donne 0,9332 à gauche, donc P(x>73)=10,9332=0,0668P\left(\overline{x}>73\right)=1-0{,}9332=0{,}0668, environ 6,7 %. Noter qu'une copie INDIVIDUELLE dépassant 73 serait bien plus fréquente : z=737012=0,25z=\dfrac{73-70}{12}=0{,}25, soit 40 %. La distinction entre l'écart-type des données et l'erreur type de la moyenne est la source d'erreur numéro un du chapitre.

d) σx=12144=1212=1,0\sigma_{\overline{x}}=\dfrac{12}{\sqrt{144}}=\dfrac{12}{12}=1{,}0. Quadrupler nn a donc DIVISÉ PAR DEUX l'erreur type, et non par quatre, parce que c'est n\sqrt{n} et non nn qui figure au dénominateur.

e) Il faut multiplier nn par 102=10010^{2}=100. Passer de 36 à 3600 copies ne réduit l'erreur type que d'un facteur 10. La conséquence pratique est décisive : la précision d'un sondage progresse très lentement avec le coût. Doubler la précision exige de QUADRUPLER l'échantillon, donc à peu près le budget. C'est la raison pour laquelle presque tous les sondages d'opinion s'arrêtent autour de 1000 personnes : au-delà, le gain de précision ne justifie plus la dépense.

Exercice 2 : L'intervalle de confiance pour une moyenne

Une estimation ponctuelle, un seul nombre, ne dit rien de sa fiabilité. L'intervalle de confiance encadre le paramètre inconnu et affiche explicitement le risque accepté.

On reprend l'échantillon de 36 copies, dont la moyenne observée est x=70\overline{x}=70, avec σ=12\sigma=12 connu.

  • a) Construisez l'intervalle de confiance à 95 % pour la moyenne de la population.
  • b) Construisez celui à 99 % et comparez les deux largeurs. Expliquez le sens de cette différence.
  • c) Un étudiant écrit : « il y a 95 % de chances que μ\mu soit entre 66,08 et 73,92 ». Corrigez cette formulation.
  • d) Quelle taille d'échantillon faudrait-il pour obtenir une marge d'erreur de 2 points à 95 % ?
  • e) Pourquoi ne peut-on pas obtenir une marge nulle, même avec un très grand échantillon ?
Voir la correction

a) x±zσn=70±1,96×2,0=70±3,92\overline{x}\pm z\dfrac{\sigma}{\sqrt{n}}=70\pm 1{,}96\times 2{,}0=70\pm 3{,}92. L'intervalle est donc [66,08 ; 73,92]\left[66{,}08\ ;\ 73{,}92\right], de largeur 7,84.

b) À 99 %, z=2,576z=2{,}576, donc la marge vaut 2,576×2,0=5,152{,}576\times 2{,}0=5{,}15 et l'intervalle est [64,85 ; 75,15]\left[64{,}85\ ;\ 75{,}15\right], de largeur 10,3. L'intervalle à 99 % est donc PLUS LARGE. C'est logique : exiger davantage de certitude quant au fait de capturer le vrai paramètre oblige à ratisser plus large. Il y a un arbitrage permanent entre CONFIANCE et PRÉCISION, et l'on ne peut améliorer les deux qu'en augmentant nn.

c) La formulation est incorrecte parce qu'elle traite μ\mu comme une variable aléatoire. Or μ\mu est un nombre FIXE, quoique inconnu : il est dans l'intervalle ou il n'y est pas, il n'y a pas de probabilité là-dedans. Ce qui est aléatoire, c'est l'INTERVALLE, qui change à chaque échantillon. La formulation correcte est : « si l'on répétait l'échantillonnage un grand nombre de fois, 95 % des intervalles ainsi construits contiendraient μ\mu ». En pratique on abrège en « je suis confiant à 95 % que μ\mu se situe entre 66,08 et 73,92 », ce qui est acceptable à l'oral mais doit être justifié correctement dans une copie.

d) On impose E=zσn2E=z\dfrac{\sigma}{\sqrt{n}}\leq 2, d'où n1,96×122=11,76\sqrt{n}\geq\dfrac{1{,}96\times 12}{2}=11{,}76 et n138,3n\geq 138{,}3. Comme nn est un entier et que la condition doit être respectée, on ARRONDIT VERS LE HAUT : n=139n=139 copies. Arrondir à 138 donnerait une marge légèrement supérieure à 2, ce qui violerait la contrainte ; c'est le seul cas du cours où l'arrondi ne se fait jamais au plus proche.

e) Parce que la marge E=zσnE=z\dfrac{\sigma}{\sqrt{n}} ne s'annule que si nn tend vers l'infini. Tant que l'échantillon est un sous-ensemble strict de la population, il subsiste une incertitude d'échantillonnage irréductible. La seule façon d'atteindre une marge nulle serait de recenser la population ENTIÈRE, ce qui n'est plus de l'échantillonnage. À cela s'ajoute, dans toute enquête réelle, une part d'erreur non liée à l'échantillonnage, due à la formulation des questions, aux non-réponses et aux biais de sélection, que la formule ne mesure pas du tout et qu'un très grand échantillon n'améliore en rien.

Exercice 3 : L'intervalle de confiance pour une proportion, et le « plus ou moins 3 % »

Le chiffre le plus cité de toute la statistique appliquée est la marge d'erreur des sondages. Il se calcule en trois lignes, et sa quasi-invariance d'un sondage à l'autre a une explication précise.

Un sondage interroge 1000 personnes ; 540 se déclarent favorables à une mesure.

  • a) Calculez la proportion observée et l'intervalle de confiance à 95 %.
  • b) Donnez la marge d'erreur en points de pourcentage. Reconnaissez-vous ce chiffre ?
  • c) Peut-on affirmer que la mesure est majoritairement soutenue ? Justifiez à partir de l'intervalle.
  • d) Quelle taille d'échantillon faudrait-il pour ramener la marge à 2 points ?
  • e) Pourquoi la marge annoncée est-elle presque toujours d'environ 3 points, quel que soit le sujet du sondage ?
Voir la correction

a) p^=5401000=0,540\hat{p}=\dfrac{540}{1000}=0{,}540. L'erreur type vaut 0,540×0,4601000=2,484×104=0,01576\sqrt{\dfrac{0{,}540\times 0{,}460}{1000}}=\sqrt{2{,}484\times 10^{-4}}=0{,}01576. La marge à 95 % est 1,96×0,01576=0,03091{,}96\times 0{,}01576=0{,}0309. L'intervalle est donc [0,509 ; 0,571]\left[0{,}509\ ;\ 0{,}571\right].

b) La marge vaut 0,0309, soit environ ±3,1\pm 3{,}1 points de pourcentage. C'est exactement le « plus ou moins 3 points » annoncé par tous les instituts de sondage, et l'on vient de le recalculer intégralement.

c) Oui, mais de justesse. La borne INFÉRIEURE de l'intervalle, 0,509, est supérieure à 0,500 : même dans l'hypothèse la plus défavorable compatible avec les données à 95 %, la mesure reste majoritaire. La conclusion est donc soutenue, mais avec une marge de seulement 0,9 point au-dessus du seuil décisif. Si le sondage avait donné 52 % au lieu de 54 %, l'intervalle aurait contenu 50 % et il aurait fallu conclure que le sondage ne permet PAS de trancher, formulation que les médias rendent presque toujours de travers.

d) Dans le cas le plus défavorable p^=0,5\hat{p}=0{,}5, on impose 1,960,25n0,021{,}96\sqrt{\dfrac{0{,}25}{n}}\leq 0{,}02, d'où n1,96×0,50,02=49\sqrt{n}\geq\dfrac{1{,}96\times 0{,}5}{0{,}02}=49 et n2401n\geq 2401. Il faut donc plus que DOUBLER l'échantillon, de 1000 à 2401 personnes, pour gagner à peine plus d'un point de précision.

e) Pour deux raisons qui se conjuguent. D'abord, la taille d'échantillon est presque toujours choisie autour de 1000, chiffre qui résulte du compromis coût-précision vu en d. Ensuite, le facteur p^(1p^)\sqrt{\hat{p}\left(1-\hat{p}\right)} varie très peu : il vaut 0,500 à son maximum en p^=0,5\hat{p}=0{,}5, et encore 0,458 pour p^=0,30\hat{p}=0{,}30, soit à peine 8 % de moins. La marge est donc très insensible au résultat observé, et pour n=1000n=1000 elle reste toujours voisine de 1,96×0,51000=0,031\dfrac{1{,}96\times 0{,}5}{\sqrt{1000}}=0{,}031. Les instituts publient d'ailleurs la marge maximale, calculée en p^=0,5\hat{p}=0{,}5, ce qui la rend rigoureusement constante à taille d'échantillon fixée.

Exercice 4 : La logique d'un test d'hypothèse

Un test d'hypothèse ne démontre rien : il mesure à quel point les données seraient surprenantes si l'hypothèse par défaut était vraie, et compare cette surprise à un seuil fixé À L'AVANCE.

Un fabricant annonce des sacs de 500 g. Un inspecteur pèse 40 sacs et obtient une moyenne de 494 g. L'écart-type du procédé est connu, σ=15\sigma=15 g.

  • a) Formulez H0H_{0} et H1H_{1}, et justifiez le choix d'un test bilatéral.
  • b) Calculez la statistique de test.
  • c) Calculez la valeur-p et énoncez sa signification exacte.
  • d) Concluez au seuil de 5 %, puis au seuil de 1 %. Commentez la divergence.
  • e) Définissez les erreurs de type I et de type II dans ce contexte concret, et dites laquelle un organisme de protection du consommateur cherchera à minimiser.
Voir la correction

a) H0 : μ=500H_{0}\ :\ \mu=500 g, l'annonce du fabricant est exacte. H1 : μ500H_{1}\ :\ \mu\neq 500 g. Le test est BILATÉRAL parce que l'inspecteur vérifie la conformité de l'étiquetage : un écart dans un sens comme dans l'autre constitue un défaut, un sur-remplissage systématique étant lui aussi une anomalie de procédé. Si le mandat avait été de détecter uniquement la fraude au détriment du consommateur, on aurait posé H1 : μ<500H_{1}\ :\ \mu<500 et fait un test unilatéral.

b) L'erreur type vaut σn=1540=2,372\dfrac{\sigma}{\sqrt{n}}=\dfrac{15}{\sqrt{40}}=2{,}372 g. La statistique est z=4945002,372=2,530z=\dfrac{494-500}{2{,}372}=-2{,}530.

c) Le test étant bilatéral, la valeur-p vaut 2×P(Z<2,530)=2×0,0057=0,01142\times P\left(Z<-2{,}530\right)=2\times 0{,}0057=0{,}0114. Signification exacte : SI les sacs pesaient réellement 500 g en moyenne, alors un échantillon de 40 sacs s'écartant d'au moins 6 g de cette valeur, dans un sens ou dans l'autre, ne surviendrait que dans 1,14 % des cas. La valeur-p n'est PAS la probabilité que H0H_{0} soit vraie, confusion qui est l'erreur d'interprétation la plus répandue en statistique.

d) Au seuil α=0,05\alpha=0{,}05 : 0,0114<0,050{,}0114<0{,}05, on REJETTE H0H_{0} et l'on conclut que le poids moyen diffère de 500 g. Au seuil α=0,01\alpha=0{,}01 : 0,0114>0,010{,}0114>0{,}01, on ne rejette PAS H0H_{0}, faute de preuve suffisante. Les mêmes données conduisent donc à deux conclusions opposées. Il n'y a là aucune contradiction : le seuil exprime le risque d'erreur de type I que l'on accepte, et c'est une décision prise d'avance, en fonction des conséquences. Ce cas illustre pourquoi il faut TOUJOURS publier la valeur-p elle-même plutôt que la seule mention « significatif », et pourquoi fixer le seuil après avoir vu les données est une faute méthodologique grave.

e) Erreur de TYPE I : conclure que les sacs ne font pas 500 g alors qu'ils les font réellement, donc accuser à tort un fabricant honnête. Erreur de TYPE II : conclure que rien ne cloche alors que les sacs sont réellement sous-remplis, donc laisser passer une tromperie. Un organisme de protection du consommateur cherchera d'abord à minimiser l'erreur de TYPE II, celle qui laisse la fraude impunie, quitte à accepter un α\alpha plus élevé. Un tribunal, tenu par la présomption d'innocence, ferait l'arbitrage inverse. À nn constant, réduire l'une augmente mécaniquement l'autre : la seule façon de réduire les deux simultanément est d'AUGMENTER l'échantillon.

Partie B : Niveau examen (/18)

Exercice 5 : Un test complet, de la formulation à la rédaction

En examen, la moitié des points d'un test porte sur la RÉDACTION : formuler les hypothèses, annoncer le seuil, calculer, décider, et conclure dans le vocabulaire du problème. Les cinq étapes se suivent toujours dans le même ordre.

Une compagnie affirme que le temps d'attente moyen à son service téléphonique ne dépasse pas 4,0 minutes. Une association de consommateurs chronomètre 50 appels et obtient une moyenne de 4,4 minutes, avec σ=1,5\sigma=1{,}5 minute.

  • a) Énoncez les cinq étapes d'un test d'hypothèse.
  • b) Formulez H0H_{0} et H1H_{1} et justifiez que le test est unilatéral à droite.
  • c) Menez le test complet au seuil de 5 % et rédigez la conclusion.
  • d) La conclusion changerait-elle avec un test bilatéral ? Calculez et commentez.
  • e) L'association dispose du budget pour 200 appels au lieu de 50. Sans refaire tout le calcul, expliquez comment cela modifierait la puissance du test.
Voir la correction

a) Étape 1 : formuler H0H_{0} et H1H_{1}. Étape 2 : fixer le seuil α\alpha et vérifier les conditions d'application. Étape 3 : calculer la statistique de test. Étape 4 : calculer la valeur-p, ou comparer à la valeur critique, et décider. Étape 5 : conclure en français, dans le vocabulaire du problème, sans jargon.

b) H0 : μ4,0H_{0}\ :\ \mu\leq 4{,}0 minutes, l'affirmation de la compagnie est vraie. H1 : μ>4,0H_{1}\ :\ \mu>4{,}0 minutes. Le test est UNILATÉRAL À DROITE parce que l'association ne cherche à établir qu'une seule chose : que l'attente est plus LONGUE qu'annoncé. Un temps d'attente plus court que promis ne l'intéresse pas et ne constituerait aucun grief. L'hypothèse alternative doit toujours refléter ce que l'on cherche à démontrer.

c) Conditions : n=5030n=50\geq 30, le théorème central limite s'applique et σ\sigma est connu. L'erreur type vaut 1,550=0,2121\dfrac{1{,}5}{\sqrt{50}}=0{,}2121 minute. La statistique est z=4,44,00,2121=1,886z=\dfrac{4{,}4-4{,}0}{0{,}2121}=1{,}886. Le test étant unilatéral à droite, la valeur-p vaut P(Z>1,886)=0,0296P\left(Z>1{,}886\right)=0{,}0296. Comme 0,0296<0,050{,}0296<0{,}05, on REJETTE H0H_{0}. Conclusion rédigée : au seuil de 5 %, les données recueillies permettent de conclure que le temps d'attente moyen dépasse réellement les 4,0 minutes annoncées par la compagnie ; l'écart observé de 0,4 minute est trop important pour être attribué au seul hasard de l'échantillonnage.

d) En bilatéral, la valeur-p doublerait : 2×0,02967=0,05932\times 0{,}02967=0{,}0593. Comme 0,0593>0,050{,}0593>0{,}05, on ne rejetterait PAS H0H_{0}. La conclusion s'inverse donc. Cela montre qu'un test unilatéral est plus PUISSANT lorsqu'on a une raison légitime d'orienter l'hypothèse, puisqu'il concentre tout le risque α\alpha d'un seul côté. Mais cela montre aussi le danger : choisir le caractère unilatéral APRÈS avoir constaté le sens de l'écart revient à doubler subrepticement son seuil, ce qui est une faute méthodologique. Le sens du test doit être fixé avant de collecter les données.

e) La puissance, c'est-à-dire 1β1-\beta, la probabilité de détecter un écart réellement présent, AUGMENTERAIT. En passant de 50 à 200 appels, l'erreur type est divisée par 4=2\sqrt{4}=2, tombant à 0,106 minute. Le même écart observé de 0,4 minute produirait alors une statistique deux fois plus grande, z=3,77z=3{,}77, donc une valeur-p bien plus petite. Autrement dit, avec 200 appels, l'association détecterait des écarts plus FAIBLES que ceux qu'elle peut établir avec 50, et sa conclusion serait robuste au choix du seuil comme au caractère uni ou bilatéral du test. Augmenter nn est le seul moyen de réduire simultanément les deux types d'erreur.

Exercice 6 : Problème : significatif ne veut pas dire important

Un très grand échantillon rend statistiquement significatif à peu près n'importe quel écart, aussi minuscule soit-il. Distinguer la SIGNIFICATIVITÉ, qui est une question de hasard, de l'IMPORTANCE, qui est une question de conséquences, est la compétence finale du cours.

On reprend les sacs annoncés à 500 g, avec σ=15\sigma=15 g. Cette fois l'inspecteur pèse 10 000 sacs et obtient une moyenne de 499,5 g.

  • a) Menez le test bilatéral au seuil de 5 % et concluez.
  • b) L'écart observé est de 0,5 g sur 500. Exprimez-le en pourcentage et commentez son importance pratique.
  • c) Calculez la taille d'effet d=xμ0σd=\dfrac{\left|\overline{x}-\mu_{0}\right|}{\sigma} dans ce cas et dans celui de l'exercice 4, où l'écart était de 6 g sur 40 sacs. Comparez.
  • d) Expliquez le mécanisme : pourquoi un grand nn rend-il significatif un écart négligeable ?
  • e) Quelles informations un rapport statistique honnête doit-il publier, en plus de la valeur-p ?
Voir la correction

a) L'erreur type vaut 1510000=0,15\dfrac{15}{\sqrt{10\,000}}=0{,}15 g. La statistique est z=499,55000,15=3,33z=\dfrac{499{,}5-500}{0{,}15}=-3{,}33, d'où une valeur-p bilatérale de 2×0,00043=0,000862\times 0{,}00043=0{,}00086. Comme 0,00086<0,050{,}00086<0{,}05 et même <0,01<0{,}01, on REJETTE H0H_{0} très nettement : l'écart est hautement significatif.

b) L'écart relatif vaut 0,5500=0,1\dfrac{0{,}5}{500}=0{,}1 %. Un demi-gramme sur un sac de 500 g est totalement négligeable en pratique : c'est bien en dessous de la tolérance de n'importe quelle balance commerciale, en dessous de la variation due à l'humidité ambiante, et sans le moindre effet sur le consommateur. Le résultat est donc statistiquement significatif ET pratiquement sans importance. Les deux notions sont indépendantes.

c) Ici d=0,515=0,033d=\dfrac{0{,}5}{15}=0{,}033. À l'exercice 4, d=615=0,400d=\dfrac{6}{15}=0{,}400. La taille d'effet du présent cas est donc DOUZE FOIS plus petite, alors que sa valeur-p est bien plus impressionnante. Cela s'explique : la taille d'effet ne dépend PAS de nn, elle mesure l'écart en unités d'écart-type de la population, tandis que la valeur-p, elle, dépend fortement de nn. C'est précisément pourquoi la taille d'effet est l'indicateur pertinent pour juger de l'importance.

d) Parce que la statistique de test s'écrit z=xμ0σ/n=xμ0σ×nz=\dfrac{\overline{x}-\mu_{0}}{\sigma/\sqrt{n}}=\dfrac{\overline{x}-\mu_{0}}{\sigma}\times\sqrt{n}, c'est-à-dire la taille d'effet MULTIPLIÉE par n\sqrt{n}. Le facteur n\sqrt{n} n'a pas de borne : en augmentant suffisamment l'échantillon, on peut rendre zz aussi grand qu'on veut pour n'importe quel écart non nul, si minuscule soit-il. Comme aucun procédé réel n'est parfaitement centré, tout écart finit par devenir significatif si l'on mesure assez. La question n'est donc jamais « y a-t-il un écart », à laquelle la réponse est toujours oui, mais « l'écart est-il assez grand pour qu'on s'en soucie ».

e) Au minimum quatre éléments. Premièrement la TAILLE D'EFFET, seule mesure de l'importance, insensible à nn. Deuxièmement l'INTERVALLE DE CONFIANCE sur l'écart, qui donne à la fois l'ordre de grandeur et sa précision, et qui contient bien plus d'information qu'une valeur-p. Troisièmement la TAILLE DE L'ÉCHANTILLON, sans laquelle une valeur-p est ininterprétable. Quatrièmement la valeur-p EXACTE, et non un simple « significatif » ou « p < 0,05 », afin que le lecteur puisse juger avec son propre seuil. Il faut y ajouter la mention de toutes les analyses effectuées, car tester vingt hypothèses en n'en publiant qu'une garantit un faux positif à 5 % près, pratique connue sous le nom de pêche aux valeurs-p.

Voir aussi

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