Statistiques avancées 201-337 • Complément québécois et cégep à Montréal

Exercices corrigés : probabilités et lois de distribution (201-337)

Les probabilités sont le pont entre la description d'un échantillon, vue au chapitre précédent, et l'inférence sur une population, qui vient ensuite. Sans elles, on ne peut rien conclure au-delà des données observées.

L'exercice 2 contient le résultat le plus contre-intuitif de tout le cours, et le plus utile dans la vie réelle : un test de dépistage fiable à 99 % appliqué à une maladie rare donne, en cas de résultat positif, seulement 9 % de probabilité d'être effectivement malade. Ce n'est pas un paradoxe, c'est ce qu'impose le théorème de Bayes, et c'est la raison pour laquelle on ne dépiste pas massivement une maladie rare.

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Ce chapitre fait partie de Statistiques avancées, 201-337
Avant de commencer Fiche de révision : les pièges et la méthode de ce chapitre

Avant ce chapitre

Ces notions sont supposées acquises ici. Si le premier exercice résiste, le blocage vient presque toujours de l'une d'elles, pas du chapitre lui-même.

Remonter plus loin : la chaîne complète (4 chapitres) ↓

Le chemin de remédiation, du plus ancien au plus proche. Un élève qui reprend ce chapitre de zéro le reprend dans cet ordre.

  1. 1Nombres réels, racines et ensemblesSecondaire 3
  2. 2Statistique : échantillonnage, diagrammes et mesuresSecondaire 3
  3. 3Nuage de points, corrélation et régressionSecondaire 4 SN4
  4. 4Les statistiques descriptives

Rappel de cours

  • Règles de base : 0P(A)10\leq P(A)\leq 1, P(A)=1P(A)P\left(\overline{A}\right)=1-P(A), et P(AB)=P(A)+P(B)P(AB)P(A\cup B)=P(A)+P(B)-P(A\cap B), le dernier terme disparaissant si les événements sont incompatibles.
  • Événements INDÉPENDANTS : P(AB)=P(A)×P(B)P(A\cap B)=P(A)\times P(B). Ne pas confondre avec incompatibles, qui signifie P(AB)=0P(A\cap B)=0 : deux événements incompatibles de probabilités non nulles ne sont JAMAIS indépendants.
  • Probabilité conditionnelle : P(AB)=P(AB)P(B)P(A\mid B)=\dfrac{P(A\cap B)}{P(B)}.
  • Théorème de Bayes : P(AB)=P(BA)P(A)P(B)P(A\mid B)=\dfrac{P(B\mid A)\,P(A)}{P(B)}, où P(B)P(B) se calcule par la formule des probabilités totales.
  • Dénombrement : arrangements n!(nk)!\dfrac{n!}{(n-k)!} si l'ordre compte, combinaisons (nk)=n!k!(nk)!\binom{n}{k}=\dfrac{n!}{k!(n-k)!} si l'ordre ne compte pas.
  • Loi BINOMIALE, pour nn essais indépendants de probabilité pp : P(X=k)=(nk)pk(1p)nkP(X=k)=\binom{n}{k}p^{k}(1-p)^{n-k}, avec μ=np\mu=np et σ=np(1p)\sigma=\sqrt{np(1-p)}.
  • Loi NORMALE : on convertit en cote z par z=xμσz=\dfrac{x-\mu}{\sigma} puis on lit la table. Repères : 68 % dans ±1σ\pm 1\sigma, 95 % dans ±2σ\pm 2\sigma, 99,7 % dans ±3σ\pm 3\sigma.
  • Approximation normale de la binomiale, acceptable si np5np\geq 5 ET n(1p)5n(1-p)\geq 5 : on prend μ=np\mu=np et σ=np(1p)\sigma=\sqrt{np(1-p)}, avec une CORRECTION DE CONTINUITÉ de 0,5.
  • Variable aléatoire discrète : E(X)=xiP(xi)E(X)=\sum x_{i}P(x_{i}) et V(X)=E(X2)[E(X)]2V(X)=E(X^{2})-[E(X)]^{2}. L'espérance est une moyenne à LONG TERME, pas une prédiction : c'est souvent une valeur que XX ne prend jamais. Un jeu est équitable si E(X)=0E(X)=0.
  • Sans remise, la binomiale ne s'applique plus : il faut un arbre conditionnel ou la loi hypergéométrique (ak)(bnk)(a+bn)\frac{\binom{a}{k}\binom{b}{n-k}}{\binom{a+b}{n}}. On peut néanmoins utiliser la binomiale si l'échantillon ne dépasse pas environ 5 % de la population.
  • Les quatre cas de dénombrement : ordre + répétitions nkn^{k}; ordre sans répétition n!(nk)!\frac{n!}{(n-k)!}; sans ordre ni répétition (nk)\binom{n}{k}; permutations d'objets partiellement identiques n!n1!n2!\frac{n!}{n_{1}!n_{2}!\cdots}. Permutations circulaires : (n1)!(n-1)!.
  • Loi de POISSON : P(X=k)=eλλkk!P(X=k)=\frac{e^{-\lambda}\lambda^{k}}{k!}, avec E(X)=V(X)=λE(X)=V(X)=\lambda, propriété qui sert de test de diagnostic. Le paramètre est proportionnel à la durée observée. Elle approche la binomiale quand nn est grand et pp petit, avec λ=np\lambda=np.

Partie A : Règles, variables aléatoires et lois (/50)

Exercice 1 : Les règles du calcul des probabilités

Trois règles suffisent à traiter la grande majorité des situations : le complément, l'union, et l'indépendance. Les erreurs viennent presque toujours de la confusion entre incompatible et indépendant.

Dans un groupe de 40 étudiants, 22 suivent la spécialité mathématiques, 18 la spécialité physique-chimie, et 9 suivent les deux.

  • a) Calculez la probabilité qu'un étudiant choisi au hasard suive au moins une des deux spécialités.
  • b) Calculez la probabilité qu'il n'en suive aucune.
  • c) Les deux événements sont-ils incompatibles ? Sont-ils indépendants ? Justifiez par le calcul.
  • d) Expliquez pourquoi deux événements incompatibles de probabilités non nulles ne peuvent jamais être indépendants.

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Réponses

  • a) P(MP)=0,550+0,4500,225=0,775P(M\cup P)=0{,}550+0{,}450-0{,}225=0{,}775.
  • b) 10,775=0,2251-0{,}775=0{,}225, soit 9 étudiants sur 40.
  • c) Pas incompatibles, car P(MP)=0,2250P(M\cap P)=0{,}225\neq 0. Pas indépendants non plus : 0,550×0,450=0,24750,2250{,}550\times 0{,}450=0{,}2475\neq 0{,}225.
  • d) P(AB)=0P(A\cap B)=0 forcerait P(A)P(B)=0P(A)P(B)=0. Deux incompatibles de probabilités non nulles sont au contraire fortement dépendants.

a) Notons MM suivre les mathématiques et PP suivre la physique-chimie. On a P(M)=2240=0,550P(M)=\dfrac{22}{40}=0{,}550, P(P)=1840=0,450P(P)=\dfrac{18}{40}=0{,}450 et P(MP)=940=0,225P(M\cap P)=\dfrac{9}{40}=0{,}225. Alors P(MP)=0,550+0,4500,225=0,775P(M\cup P)=0{,}550+0{,}450-0{,}225=0{,}775. Il faut bien retrancher l'intersection, faute de quoi les neuf étudiants suivant les deux seraient comptés deux fois.

b) C'est l'événement complémentaire : P(MP)=10,775=0,225P\left(\overline{M\cup P}\right)=1-0{,}775=0{,}225, soit 9 étudiants sur 40. Contrôle par dénombrement direct : 22+189=3122+18-9=31 étudiants suivent au moins une spécialité, il en reste donc 4031=940-31=9, ce qui confirme.

c) Ils ne sont PAS incompatibles, puisque P(MP)=0,2250P(M\cap P)=0{,}225\neq 0 : neuf étudiants suivent bien les deux. Pour l'indépendance, on compare P(MP)P(M\cap P) au produit P(M)×P(P)=0,550×0,450=0,2475P(M)\times P(P)=0{,}550\times 0{,}450=0{,}2475. Or l'intersection vaut 0,225, valeur DIFFÉRENTE : les deux événements ne sont donc pas indépendants. L'écart est faible mais réel, et signale une légère tendance à ne pas cumuler les deux spécialités.

d) Si AA et BB sont incompatibles, alors P(AB)=0P(A\cap B)=0 par définition. S'ils étaient de plus indépendants, on aurait P(AB)=P(A)×P(B)P(A\cap B)=P(A)\times P(B), donc P(A)×P(B)=0P(A)\times P(B)=0, ce qui force l'une au moins des deux probabilités à être nulle. Dès que les deux sont strictement positives, la contradiction est immédiate. Intuitivement, deux événements incompatibles sont au contraire fortement DÉPENDANTS : savoir que l'un s'est produit garantit que l'autre ne s'est pas produit, ce qui est la forme la plus extrême de dépendance.

Exercice 2 : Probabilité conditionnelle et théorème de Bayes

Le théorème de Bayes renverse une probabilité conditionnelle : il passe de « quelle est la probabilité d'un test positif si je suis malade » à « quelle est la probabilité d'être malade si mon test est positif ». Ces deux nombres n'ont rien à voir, et les confondre est l'erreur la plus lourde de conséquences en statistique appliquée.

Une maladie touche 0,50 % de la population. Un test de dépistage détecte 99 % des malades (sensibilité) et donne un résultat négatif chez 95 % des personnes saines (spécificité).

  • a) Sur une population de 100 000 personnes, dressez le tableau des quatre catégories : vrais positifs, faux positifs, vrais négatifs, faux négatifs.
  • b) Combien de tests positifs au total ? Quelle proportion d'entre eux correspond à de vrais malades ?
  • c) Retrouvez ce résultat par le théorème de Bayes.
  • d) Le résultat surprend : le test est fiable à 99 % et pourtant un positif n'a que 9 % de risque d'être malade. Expliquez d'où vient l'écart.
  • e) Quelle conséquence en tirez-vous sur le dépistage de masse d'une maladie rare ?

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Réponses

  • a) 500 malades, 99 500 sains. Vrais positifs 495, faux négatifs 5, faux positifs 4975, vrais négatifs 94 525.
  • b) 495+4975=5470495+4975=5470 positifs, dont 4955470=9,05\dfrac{495}{5470}=9{,}05 % de vrais malades.
  • c) P(+)=0,0547P(+)=0{,}0547 et P(M+)=0,004950,0547=0,0905P(M\mid +)=\dfrac{0{,}00495}{0{,}0547}=0{,}0905, identique au décompte.
  • d) Les faux positifs sont dix fois plus nombreux que les vrais : c'est la prévalence, et non la fiabilité, qui commande.
  • e) Dépister massivement une maladie rare produit une majorité de faux positifs. La parade : cibler une population à prévalence élevée, ou confirmer par un second test.

a) Sur 100 000 personnes : 0,500{,}50 % sont malades, soit 500 malades et 99 500 personnes saines. Parmi les 500 malades, le test en détecte 99 %, soit 495 VRAIS POSITIFS, et manque les 5 autres, qui sont des FAUX NÉGATIFS. Parmi les 99 500 personnes saines, 95 % sont correctement déclarées négatives, soit 94 525 VRAIS NÉGATIFS, et les 5 % restants, soit 4975 personnes, sont des FAUX POSITIFS.

b) Le nombre total de tests positifs vaut 495+4975=5470495+4975=5470. Parmi eux, seulement 495 correspondent à de vrais malades, soit 4955470=0,0905\dfrac{495}{5470}=0{,}0905, c'est-à-dire 9,05 %. Autrement dit, plus de 90 % des personnes ayant un test positif ne sont PAS malades.

c) P(M+)=P(+M)P(M)P(+)P\left(M\mid +\right)=\dfrac{P\left(+\mid M\right)P(M)}{P(+)} avec P(+)=P(+M)P(M)+P(+M)P(M)P(+)=P\left(+\mid M\right)P(M)+P\left(+\mid\overline{M}\right)P\left(\overline{M}\right). Numériquement, P(+)=0,99×0,005+0,05×0,995=0,00495+0,04975=0,0547P(+)=0{,}99\times 0{,}005+0{,}05\times 0{,}995=0{,}00495+0{,}04975=0{,}0547. Alors P(M+)=0,004950,0547=0,0905P\left(M\mid +\right)=\dfrac{0{,}00495}{0{,}0547}=0{,}0905, soit 9,05 % : identique au décompte de b, comme il se doit.

d) L'écart vient de la taille des deux groupes. Les malades sont RARES, 500 personnes, donc même en en détectant 99 % on n'obtient que 495 vrais positifs. Les personnes saines sont au contraire très NOMBREUSES, 99 500, si bien que le taux de faux positifs de 5 %, qui paraît faible, produit à lui seul 4975 positifs, soit dix fois plus. Un petit pourcentage d'un très grand nombre écrase un grand pourcentage d'un très petit nombre. C'est la PRÉVALENCE, absente du discours sur la « fiabilité à 99 % », qui commande le résultat.

e) Qu'il faut s'en abstenir, ou l'assortir d'un second test. Dépister massivement une maladie rare produit une majorité écrasante de faux positifs, avec pour conséquences une anxiété inutile, des examens de confirmation coûteux et parfois invasifs, et une perte de confiance dans le dépistage. La stratégie rationnelle consiste à ne dépister que des populations à prévalence ÉLEVÉE, c'est-à-dire présentant des facteurs de risque, ce qui augmente P(M)P(M) et donc la valeur prédictive positive ; ou bien à confirmer tout positif par un second test indépendant et plus spécifique. C'est exactement ainsi que sont conçus les protocoles réels de dépistage.

Exercice 3 : Variable aléatoire discrète : espérance, variance et jeu équitable

Un jeu de fête foraine : on mise 3 dollars, on lance un dé équilibré, et l'on reçoit 12 dollars si le 6 sort, 6 dollars si le 5 sort, rien sinon. On note XX le GAIN NET du joueur, mise déduite.

  • a) Dressez la loi de probabilité de XX : les valeurs possibles et leurs probabilités. Vérifiez que la somme des probabilités vaut 1.
  • b) Calculez l'espérance E(X)E(X) et interprétez-la. Le jeu est-il équitable ?
  • c) Calculez la variance et l'écart-type de XX. Que révèlent-ils que l'espérance ne dit pas ?
  • d) Le forain porte la mise à 4 dollars, tout le reste étant inchangé. Recalculez l'espérance et estimez son bénéfice sur 1000 parties. Pourquoi peut-il être quasi certain de ce bénéfice ?
  • e) Une assurance habitation coûte 300 dollars par an; la probabilité d'un sinistre remboursé 20 000 dollars est de 1,2 % par an. Calculez l'espérance de gain de l'assureur et celle de l'assuré. Pourquoi une personne rationnelle souscrit-elle malgré tout ?

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Réponses

  • a) X=+9X=+9 avec 16\frac{1}{6}, X=+3X=+3 avec 16\frac{1}{6}, X=3X=-3 avec 46\frac{4}{6}. Somme des probabilités : 1.
  • b) E(X)=0E(X)=0 : le jeu est parfaitement équitable, mais 0 est une valeur que XX ne prend jamais.
  • c) E(X2)=21E(X^{2})=21, V(X)=21V(X)=21, σ4,58\sigma\approx 4{,}58 dollars : neutre mais risqué.
  • d) E(X)=1,00E(X)=-1{,}00 dollar pour le joueur, donc 1000 dollars de bénéfice espéré sur 1000 parties, à ±0,15\pm 0{,}15 dollar par partie près : la loi des grands nombres.
  • e) Assureur +60+60 dollars, assuré 60-60 dollars. On souscrit pour supprimer la variance d'une perte ruineuse.

a) Trois issues possibles. Le 6 rapporte 12 dollars pour 3 misés, soit X=+9X=+9 avec probabilité 16\frac{1}{6}. Le 5 rapporte 6 dollars, soit X=+3X=+3 avec probabilité 16\frac{1}{6}. Les quatre autres faces ne rapportent rien, soit X=3X=-3 avec probabilité 46\frac{4}{6}. Vérification : 16+16+46=1\frac{1}{6}+\frac{1}{6}+\frac{4}{6}=1.

b) E(X)=(9)16+(3)16+(3)46=9+3126=0E(X)=(9)\frac{1}{6}+(3)\frac{1}{6}+(-3)\frac{4}{6}=\frac{9+3-12}{6}=0. Le jeu est donc parfaitement ÉQUITABLE : à long terme, ni le joueur ni le forain ne gagne quoi que ce soit. Attention à l'interprétation : l'espérance est un gain MOYEN sur un grand nombre de parties, pas une prédiction pour une partie. Ici, le joueur ne peut jamais gagner exactement 0 dollar : l'espérance est une valeur que la variable ne prend jamais.

c) E(X2)=(81)16+(9)16+(9)46=81+9+366=21E(X^{2})=(81)\frac{1}{6}+(9)\frac{1}{6}+(9)\frac{4}{6}=\frac{81+9+36}{6}=21. Donc V(X)=E(X2)[E(X)]2=210=21V(X)=E(X^{2})-[E(X)]^{2}=21-0=21 et σ=214,58\sigma=\sqrt{21}\approx 4{,}58 dollars. L'espérance dit que le jeu est neutre; l'écart-type dit qu'il est RISQUÉ : à chaque partie, le résultat s'écarte typiquement de plus de quatre dollars et demi de zéro. Deux jeux d'espérance identique peuvent avoir des risques radicalement différents, et c'est la variance qui les distingue. Un jeu où l'on mise un dollar pour en gagner un a la même espérance nulle qu'une loterie à un million : personne ne les confondrait.

d) Avec une mise de 4 dollars, les gains nets deviennent +8+8, +2+2 et 4-4 : E(X)=8+2166=66=1,00E(X)=\frac{8+2-16}{6}=-\frac{6}{6}=-1{,}00 dollar par partie pour le joueur, donc +1,00+1{,}00 dollar pour le forain. Sur 1000 parties, son bénéfice espéré est de 1000 dollars. Il peut en être quasi certain grâce à la LOI DES GRANDS NOMBRES : la moyenne des gains sur nn parties converge vers l'espérance, et son écart-type ne vaut que σn\frac{\sigma}{\sqrt{n}}, ici environ 4,631,60,15\frac{4{,}6}{31{,}6}\approx 0{,}15 dollar. Autrement dit, le hasard qui domine une partie devient négligeable sur mille. C'est exactement le modèle économique de tous les casinos : une espérance légèrement favorable, répétée un très grand nombre de fois.

e) Pour l'assureur : E=300(0,012)(20 000)=300240=+60E=300-(0{,}012)(20\ 000)=300-240=+60 dollars par contrat et par an. Pour l'assuré, c'est l'opposé : 60-60 dollars. L'assurance est donc, en espérance, un mauvais placement, et elle le sera toujours, sans quoi aucun assureur ne survivrait. On souscrit néanmoins parce que l'espérance n'est pas le seul critère de décision : la perte de 20 000 dollars, même improbable, peut être RUINEUSE, alors que la prime de 300 dollars est absorbable. Payer 60 dollars par an revient à acheter la suppression de la variance, ce qui est parfaitement rationnel pour qui ne peut pas se permettre le pire cas. L'assureur, lui, mutualise des dizaines de milliers de contrats et se retrouve dans la situation du forain du d) : pour lui, la variance a pratiquement disparu.

Exercice 4 : Dénombrement et loi binomiale

La loi binomiale décrit le nombre de succès sur nn essais indépendants de même probabilité. Sa formule combine un dénombrement, le nombre de façons d'obtenir kk succès, et une probabilité, celle d'une séquence précise.

Un questionnaire comporte 10 questions à choix multiple, chacune avec 4 options dont une seule correcte. Un étudiant répond entièrement au hasard.

  • a) Justifiez que le nombre de bonnes réponses suit une loi binomiale, en vérifiant les trois conditions, et donnez ses paramètres.
  • b) Calculez (103)\binom{10}{3} et expliquez ce que ce nombre compte.
  • c) Calculez la probabilité d'obtenir exactement 3 bonnes réponses.
  • d) Calculez l'espérance et l'écart-type du nombre de bonnes réponses.
  • e) Calculez la probabilité d'obtenir au plus 1 bonne réponse.

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Réponses

  • a) Essais fixés, deux issues, pp constante, indépendance : XB(10 ; 0,25)X\sim B(10\ ;\ 0{,}25).
  • b) (103)=120\binom{10}{3}=120 : le nombre de façons de choisir QUELLES 3 questions sont réussies.
  • c) P(X=3)=120(0,25)3(0,75)70,250P(X=3)=120(0{,}25)^{3}(0{,}75)^{7}\approx 0{,}250.
  • d) μ=2,5\mu=2{,}5 et σ=1,8751,37\sigma=\sqrt{1{,}875}\approx 1{,}37.
  • e) P(X=0)=0,0563P(X=0)=0{,}0563, P(X=1)=0,1877P(X=1)=0{,}1877, donc P(X1)0,244P(X\leq 1)\approx 0{,}244.

a) Les trois conditions sont remplies. Premièrement, le nombre d'essais est FIXÉ : n=10n=10 questions. Deuxièmement, chaque essai n'a que DEUX issues, bonne ou mauvaise réponse, avec une probabilité de succès CONSTANTE p=14=0,25p=\dfrac{1}{4}=0{,}25, puisqu'il y a une bonne option sur quatre à chaque question. Troisièmement, les essais sont INDÉPENDANTS, l'étudiant répondant au hasard sans que ses réponses s'influencent. Donc XB(10 ; 0,25)X\sim B(10\ ;\ 0{,}25).

b) (103)=10!3!7!=10×9×83×2×1=120\binom{10}{3}=\dfrac{10!}{3!\,7!}=\dfrac{10\times 9\times 8}{3\times 2\times 1}=120. Ce nombre compte les FAÇONS de choisir quelles 3 questions parmi les 10 seront réussies, sans tenir compte de l'ordre : la séquence des réussites aux questions 1, 2 et 3 est comptée une seule fois, au même titre que celle aux questions 4, 7 et 9.

c) P(X=3)=(103)(0,25)3(0,75)7=120×0,015625×0,13348=0,250P(X=3)=\binom{10}{3}\left(0{,}25\right)^{3}\left(0{,}75\right)^{7}=120\times 0{,}015625\times 0{,}13348=0{,}250. Environ une chance sur quatre. Chaque séquence précise a une probabilité de 0,253×0,7570{,}25^{3}\times 0{,}75^{7}, et il y en a 120 : le coefficient binomial est bien un simple compteur.

d) μ=np=10×0,25=2,5\mu=np=10\times 0{,}25=2{,}5 bonnes réponses en moyenne, ce qui est cohérent avec l'intuition d'un quart de 10. L'écart-type vaut σ=np(1p)=10×0,25×0,75=1,875=1,37\sigma=\sqrt{np(1-p)}=\sqrt{10\times 0{,}25\times 0{,}75}=\sqrt{1{,}875}=1{,}37.

e) « Au plus 1 » signifie 0 ou 1, deux cas incompatibles dont on additionne les probabilités. P(X=0)=(100)(0,25)0(0,75)10=0,0563P(X=0)=\binom{10}{0}\left(0{,}25\right)^{0}\left(0{,}75\right)^{10}=0{,}0563 et P(X=1)=(101)(0,25)1(0,75)9=10×0,25×0,0751=0,1877P(X=1)=\binom{10}{1}\left(0{,}25\right)^{1}\left(0{,}75\right)^{9}=10\times 0{,}25\times 0{,}0751=0{,}1877. La somme vaut 0,2440{,}244. Un étudiant répondant au hasard a donc près d'une chance sur quatre de ne pas dépasser une bonne réponse, ce qui justifie que ce type de questionnaire soit souvent corrigé avec pénalité pour mauvaise réponse.

12345678910111213-0.2-0.15-0.1-0.050.050.10.150.20.250.3moyenne np = 4,2n = 12, p = 0,35chaque barre est C(12 ; k) p^k (1 − p)^(12 − k)et la somme des barres vaut 1

Exercice 5 : La loi normale et la lecture de la table

La loi normale décrit une multitude de grandeurs naturelles. Toute question se ramène à convertir en cote z, puis à lire une table qui donne l'aire sous la courbe.

Le quotient intellectuel suit une loi normale de moyenne 100 et d'écart-type 15.

  • a) Calculez la proportion de la population ayant un QI supérieur à 130.
  • b) Calculez la proportion ayant un QI compris entre 85 et 115.
  • c) Vérifiez la cohérence de b avec la règle empirique des 68, 95 et 99,7 %.
  • d) Quel QI faut-il dépasser pour appartenir aux 2,5 % les plus élevés ?
  • e) Pourquoi la loi normale décrit-elle si souvent les grandeurs naturelles ?

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Réponses

  • a) z=2,00z=2{,}00, donc 10,9772=0,02281-0{,}9772=0{,}0228, environ 2,3 %.
  • b) z=1,00z=-1{,}00 et z=+1,00z=+1{,}00 : l'aire vaut 0,84130,1587=0,68270{,}8413-0{,}1587=0{,}6827.
  • c) 85 et 115 sont exactement μ±σ\mu\pm\sigma : les 68,3 % calculés sont les 68 % de la règle empirique.
  • d) z=1,96z=1{,}96, donc x=100+1,96(15)=129,4x=100+1{,}96(15)=129{,}4.
  • e) Le théorème central limite : une somme de nombreuses contributions petites et indépendantes tend vers une normale.

a) On convertit : z=13010015=2,00z=\dfrac{130-100}{15}=2{,}00. La table donne l'aire à gauche de z=2,00z=2{,}00, soit 0,9772. La proportion cherchée est donc 10,9772=0,02281-0{,}9772=0{,}0228, environ 2,3 % de la population.

b) Les deux bornes correspondent à z=8510015=1,00z=\dfrac{85-100}{15}=-1{,}00 et z=11510015=+1,00z=\dfrac{115-100}{15}=+1{,}00. L'aire entre ces deux cotes vaut 0,84130,1587=0,68270{,}8413-0{,}1587=0{,}6827, soit environ 68,3 %.

c) La règle empirique annonce environ 68 % des données à moins d'un écart-type de la moyenne. Or 85 et 115 sont exactement μσ\mu-\sigma et μ+σ\mu+\sigma, puisque σ=15\sigma=15. Le résultat de 68,3 % coïncide donc parfaitement : la règle empirique n'est rien d'autre que la lecture de la table pour z=±1z=\pm 1, ±2\pm 2 et ±3\pm 3, arrondie.

d) Appartenir aux 2,5 % supérieurs signifie laisser 97,5 % de l'aire à gauche. La table donne z=1,96z=1{,}96 pour cette aire. On revient à l'échelle d'origine : x=μ+zσ=100+1,96×15=100+29,4=129,4x=\mu+z\sigma=100+1{,}96\times 15=100+29{,}4=129{,}4. Il faut donc dépasser environ 129, ce qui est cohérent avec le résultat de a où le seuil 130 laissait 2,3 %.

e) À cause du THÉORÈME CENTRAL LIMITE : dès qu'une grandeur résulte de la somme d'un grand nombre de contributions petites, indépendantes et de même ordre, sa distribution tend vers une normale, quelles que soient les lois individuelles. Or c'est le cas de la plupart des caractères naturels : la taille d'un individu résulte de nombreux gènes et de facteurs nutritionnels, une erreur de mesure résulte de multiples causes minuscules, et ainsi de suite. C'est ce théorème qui explique l'omniprésence de la courbe en cloche, et c'est aussi lui qui fonde toute l'inférence statistique du chapitre suivant.

-4-3-2-11234-0.2-0.10.10.20.30.40.568 %la règle 68 - 95 - 99,795 %99,7 %μ ± 1σ, ± 2σ, ± 3σécarts-types

Partie B : Niveau examen (/50)

Exercice 6 : Avec ou sans remise : quand la binomiale cesse de valoir

Une urne contient 12 boules : 5 rouges et 7 bleues. On en tire 3.

  • a) Les tirages se font AVEC remise. Calculez la probabilité d'obtenir trois rouges, et justifiez que le nombre de rouges suit une loi binomiale.
  • b) Les tirages se font maintenant SANS remise. Recalculez la probabilité de trois rouges, d'abord par un arbre de probabilités conditionnelles, puis par un dénombrement en combinaisons. Vérifiez que les deux méthodes concordent.
  • c) Toujours sans remise, calculez la probabilité d'obtenir exactement une boule rouge.
  • d) Calculez la probabilité d'obtenir au moins une rouge. Quelle méthode évite le plus de calculs ?
  • e) On reprend le tirage sans remise dans une urne de 12 000 boules gardant les mêmes proportions, 5000 rouges et 7000 bleues. Calculez la probabilité de trois rouges et comparez au a). Énoncez la règle pratique qui permet d'utiliser la binomiale malgré l'absence de remise.

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a)
b)
c)
d)
e)
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Réponses

  • a) (512)3=12517280,0723\left(\frac{5}{12}\right)^{3}=\frac{125}{1728}\approx 0{,}0723. Avec remise, les tirages sont indépendants.
  • b) Arbre : 512411310=122\frac{5}{12}\cdot\frac{4}{11}\cdot\frac{3}{10}=\frac{1}{22}. Combinaisons : 10220=1220,0455\frac{10}{220}=\frac{1}{22}\approx 0{,}0455.
  • c) (51)(72)(123)=1052200,477\dfrac{\binom{5}{1}\binom{7}{2}}{\binom{12}{3}}=\dfrac{105}{220}\approx 0{,}477 : loi hypergéométrique.
  • d) 135220=1852200,8411-\dfrac{35}{220}=\dfrac{185}{220}\approx 0{,}841, par le complémentaire.
  • e) 0,0723\approx 0{,}0723, la valeur du a). Règle pratique : l'échantillon ne doit pas dépasser environ 5 % de la population.

a) Avec remise, la composition de l'urne est identique à chaque tirage : la probabilité de rouge vaut 512\frac{5}{12} à chaque fois, et les tirages sont INDÉPENDANTS. Les trois conditions de la binomiale sont donc réunies : un nombre fixé d'essais, deux issues, une probabilité constante et l'indépendance. P(3 rouges)=(512)3=12517280,0723P(3\text{ rouges})=\left(\frac{5}{12}\right)^{3}=\frac{125}{1728}\approx 0{,}0723.

b) Sans remise, chaque tirage modifie l'urne. Par l'arbre : P=512×411×310=601320=1220,0455P=\frac{5}{12}\times\frac{4}{11}\times\frac{3}{10}=\frac{60}{1320}=\frac{1}{22}\approx 0{,}0455. Par les combinaisons : on choisit 3 rouges parmi 5, sur l'ensemble des façons de choisir 3 boules parmi 12, soit (53)(123)=10220=122\frac{\binom{5}{3}}{\binom{12}{3}}=\frac{10}{220}=\frac{1}{22}. Les deux méthodes donnent le même résultat, ce qui est rassurant : la première suit le déroulement chronologique, la seconde compte directement les mains possibles en ignorant l'ordre. Notez que la probabilité a chuté de 0,0723 à 0,0455 : retirer les rouges au fur et à mesure rend le triplé nettement plus difficile.

c) Exactement une rouge signifie une rouge parmi les 5 et deux bleues parmi les 7 : P=(51)(72)(123)=(5)(21)220=1052200,477P=\frac{\binom{5}{1}\binom{7}{2}}{\binom{12}{3}}=\frac{(5)(21)}{220}=\frac{105}{220}\approx 0{,}477. C'est la loi HYPERGÉOMÉTRIQUE, la version sans remise de la binomiale.

d) Le plus court est de passer par le complémentaire : « au moins une rouge » est le contraire de « aucune rouge », c'est-à-dire de trois bleues. P(aucune rouge)=(73)(123)=35220P(\text{aucune rouge})=\frac{\binom{7}{3}}{\binom{12}{3}}=\frac{35}{220}, donc P(au moins une)=135220=1852200,841P(\text{au moins une})=1-\frac{35}{220}=\frac{185}{220}\approx 0{,}841. L'autre voie exigerait d'additionner les cas « exactement 1 », « exactement 2 » et « exactement 3 », soit trois calculs au lieu d'un. Dès qu'un énoncé contient « au moins un », le réflexe doit être le complémentaire.

e) P=500012000×499911999×4998119980,0723P=\frac{5000}{12000}\times\frac{4999}{11999}\times\frac{4998}{11998}\approx 0{,}0723, c'est-à-dire la valeur du a) à moins d'un dixième de pour cent près. La raison est que retirer trois boules d'une urne de douze mille ne change pratiquement pas les proportions, alors que les retirer d'une urne de douze les bouleverse. Règle pratique : on peut traiter un tirage sans remise comme une binomiale dès que l'échantillon ne dépasse pas environ 5 % de la population. C'est le cas de presque tous les sondages, où l'on interroge mille personnes dans un pays de plusieurs millions, et c'est ce qui justifie d'utiliser la binomiale, puis son approximation normale, dans toute la suite du cours.

Exercice 7 : Dénombrement : les quatre cas et comment les reconnaître

Presque toute erreur de dénombrement vient de deux questions mal posées : l'ordre compte-t-il, et les répétitions sont-elles permises ? On traite ici les quatre cas, puis on les applique.

  • a) Combien de codes à quatre chiffres peut-on former ? Combien de podiums (or, argent, bronze) avec 8 coureurs ? Combien de grilles de loto en choisissant 6 numéros parmi 49 ? Identifiez le cas de dénombrement dans chacun.
  • b) Combien d'anagrammes distinctes peut-on former avec les lettres du mot ANAGRAMME ? Justifiez la division effectuée.
  • c) Un comité de 5 personnes doit être formé parmi 8 femmes et 6 hommes. Calculez le nombre de comités possibles, puis le nombre de ceux comptant exactement 3 femmes, puis le nombre de ceux comptant au moins un homme.
  • d) Ce même groupe de 14 personnes doit désigner une présidence, un secrétariat et une trésorerie, tous distincts. Combien de façons ? Comparez avec le nombre de façons de choisir simplement 3 personnes, et expliquez le rapport entre les deux nombres.
  • e) De combien de façons 5 personnes peuvent-elles s'asseoir sur un banc ? Et autour d'une table ronde ? Expliquez la différence.

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a)
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Réponses

  • a) Codes : 104=1000010^{4}=10\,000, arrangement avec répétition. Podiums : 336336, arrangement sans répétition. Loto : (496)=13983816\binom{49}{6}=13\,983\,816, combinaison.
  • b) 9!3!2!=36288012=30240\dfrac{9!}{3!\,2!}=\dfrac{362\,880}{12}=30\,240 : on divise par les permutations invisibles des trois A et des deux M.
  • c) (145)=2002\binom{14}{5}=2002 comités ; (83)(62)=840\binom{8}{3}\binom{6}{2}=840 à trois femmes ; 200256=19462002-56=1946 à au moins un homme.
  • d) 14×13×12=218414\times 13\times 12=2184 contre (143)=364\binom{14}{3}=364 : le rapport vaut 3!=63!=6.
  • e) 5!=1205!=120 sur un banc, 4!=244!=24 autour d'une table ronde : seule la disposition relative compte.

a) Code à quatre chiffres : l'ordre compte et les répétitions sont permises, c'est un arrangement AVEC répétition : 104=10 00010^{4}=10\ 000. Podium avec 8 coureurs : l'ordre compte (l'or n'est pas l'argent) mais sans répétition, c'est un arrangement SANS répétition : 8!5!=(8)(7)(6)=336\frac{8!}{5!}=(8)(7)(6)=336. Loto : l'ordre ne compte pas et il n'y a pas de répétition, c'est une COMBINAISON : (496)=13 983 816\binom{49}{6}=13\ 983\ 816. Ce dernier nombre est la raison pour laquelle une grille unique a environ une chance sur quatorze millions, et pourquoi jouer chaque semaine pendant toute une vie n'y change presque rien.

b) ANAGRAMME compte 9 lettres, dont trois A et deux M, les quatre autres, N, G, R et E, étant uniques. S'il n'y avait aucune répétition, il y aurait 9!=362 8809!=362\ 880 arrangements. Mais les trois A sont indiscernables : chaque anagramme visible correspond à 3!=63!=6 façons de permuter les A entre eux, qui donnent toutes le même mot. De même pour les deux M, avec 2!=22!=2. On divise donc : 9!3!2!=362 88012=30 240\frac{9!}{3!\,2!}=\frac{362\ 880}{12}=30\ 240 anagrammes distinctes. Le principe est général : on compte comme si tout était discernable, puis on divise par le nombre de permutations invisibles.

c) Comités possibles : (145)=2002\binom{14}{5}=2002. Exactement 3 femmes : on choisit 3 femmes parmi 8 ET 2 hommes parmi 6, donc (83)(62)=(56)(15)=840\binom{8}{3}\binom{6}{2}=(56)(15)=840. Au moins un homme : le plus rapide est le complémentaire, « aucun homme » signifiant cinq femmes, soit (85)=56\binom{8}{5}=56 comités; donc 200256=19462002-56=1946. Remarquez le « ET » du deuxième calcul, qui se traduit par une multiplication, alors que le « au moins » du troisième appelle une soustraction.

d) Avec des rôles distincts, l'ordre compte : (14)(13)(12)=2184(14)(13)(12)=2184 façons. Choisir simplement 3 personnes sans leur attribuer de rôle donne (143)=364\binom{14}{3}=364. Le rapport vaut 2184364=6=3!\frac{2184}{364}=6=3! : chaque groupe de trois personnes peut se répartir les trois rôles de 3!3! façons. C'est exactement la relation entre arrangements et combinaisons, (nk)=Ankk!\binom{n}{k}=\frac{A_{n}^{k}}{k!} : une combinaison est un arrangement dont on a oublié l'ordre.

e) Sur un banc, les places sont distinctes : 5!=1205!=120 façons. Autour d'une table ronde, seule compte la disposition RELATIVE : faire tourner tout le monde d'une place ne change rien à qui est à côté de qui. Chaque disposition circulaire correspond donc à 5 arrangements linéaires, et il reste 5!5=4!=24\frac{5!}{5}=4!=24 façons. La règle des permutations circulaires, (n1)!(n-1)!, illustre le même principe qu'au b) : dès qu'une transformation laisse la configuration inchangée, il faut diviser par le nombre de ces transformations.

Exercice 8 : La loi de Poisson : compter des événements rares

Un standard téléphonique reçoit en moyenne 3 appels par minute, de façon irrégulière. Le nombre d'appels reçus pendant une minute suit alors une loi de POISSON de paramètre λ=3\lambda=3, dont la formule est P(X=k)=eλλkk!P(X=k)=\frac{e^{-\lambda}\lambda^{k}}{k!}.

  • a) Énoncez les trois conditions qui justifient l'emploi d'une loi de Poisson, et vérifiez-les ici.
  • b) Calculez la probabilité de ne recevoir aucun appel pendant une minute, celle d'en recevoir exactement deux, et celle d'en recevoir au moins un.
  • c) Calculez l'espérance et l'écart-type du nombre d'appels par minute. Quelle propriété remarquable la loi de Poisson possède-t-elle, et comment peut-on s'en servir pour vérifier qu'un jeu de données est bien poissonnien ?
  • d) On observe maintenant une tranche de 5 minutes. Donnez le nouveau paramètre et calculez la probabilité de n'y recevoir aucun appel.
  • e) Une chaîne produit 1000 pièces par jour, dont 0,30 % sont défectueuses. Calculez la probabilité d'en trouver exactement 2 par la loi binomiale, puis par une loi de Poisson bien choisie, et commentez l'écart. À quelles conditions cette approximation est-elle légitime ?

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a)
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c)
d)
e)
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Réponses

  • a) Événements rares à l'instant, indépendants, et taux moyen constant. Les trois tiennent ici.
  • b) P(X=0)=e30,0498P(X=0)=e^{-3}\approx 0{,}0498, P(X=2)0,224P(X=2)\approx 0{,}224, P(X1)0,950P(X\geq 1)\approx 0{,}950.
  • c) E(X)=V(X)=3E(X)=V(X)=3 et σ1,73\sigma\approx 1{,}73. Une variance nettement supérieure à la moyenne, c'est de la surdispersion : le modèle est à rejeter.
  • d) λ=15\lambda=15 et P(X=0)=e153,1×107P(X=0)=e^{-15}\approx 3{,}1\times 10^{-7}.
  • e) Binomiale 0,22420{,}2242, Poisson 0,22400{,}2240. Légitime quand nn est grand et pp petit, en pratique n100n\geq 100 et np10np\leq 10.

a) Trois conditions : les événements doivent être RARES à l'échelle instantanée, c'est-à-dire que deux appels ne peuvent pas arriver exactement au même instant; ils doivent être INDÉPENDANTS, l'arrivée d'un appel ne rendant pas le suivant plus ou moins probable; et le TAUX moyen doit être constant sur la période étudiée. Ici, les appelants ne se concertent pas et le standard est supposé également sollicité d'une minute à l'autre : les conditions sont raisonnables. Elles cesseraient de l'être à l'ouverture des bureaux, où le taux explose, ou si un appel de groupe déclenchait plusieurs rappels.

b) P(X=0)=e30,0498P(X=0)=e^{-3}\approx 0{,}0498, soit environ 5 % des minutes sans aucun appel. P(X=2)=e3(3)22!=9e320,224P(X=2)=\frac{e^{-3}(3)^{2}}{2!}=\frac{9e^{-3}}{2}\approx 0{,}224. P(X1)=1P(X=0)0,950P(X\geq 1)=1-P(X=0)\approx 0{,}950 : dans 95 % des minutes, le standard sonne au moins une fois.

c) Pour une loi de Poisson, E(X)=λ=3E(X)=\lambda=3 appels et V(X)=λ=3V(X)=\lambda=3, donc σ=31,73\sigma=\sqrt{3}\approx 1{,}73 appel. La propriété remarquable est que la moyenne et la VARIANCE sont égales, ce qu'aucune autre loi usuelle ne fait. Elle fournit un test de diagnostic immédiat : si l'on relève des comptages dont la variance dépasse nettement la moyenne, le modèle de Poisson est à rejeter, et l'on parle de surdispersion, signe typique que les événements ne sont pas indépendants ou que le taux varie. C'est exactement ce qu'on observe pour les accidents de la route selon l'heure, ou pour les ventes selon la saison.

d) Le paramètre est proportionnel à la durée d'observation : sur 5 minutes, λ=(3)(5)=15\lambda=(3)(5)=15 appels. P(X=0)=e153,1×107P(X=0)=e^{-15}\approx 3{,}1\times 10^{-7}, soit environ une chance sur trois millions. Le contraste avec les 5 % d'une minute silencieuse est saisissant, et il illustre bien que ce n'est pas la probabilité par minute qui se multiplie, mais le paramètre.

e) Loi exacte : binomiale de paramètres n=1000n=1000 et p=0,0030p=0{,}0030. P(X=2)=(10002)(0,0030)2(0,9970)9980,2242P(X=2)=\binom{1000}{2}(0{,}0030)^{2}(0{,}9970)^{998}\approx 0{,}2242. Approximation de Poisson avec λ=np=(1000)(0,0030)=3\lambda=np=(1000)(0{,}0030)=3 : P(X=2)=9e320,2240P(X=2)=\frac{9e^{-3}}{2}\approx 0{,}2240. L'écart est inférieur à un dixième de pour cent, pour un calcul incomparablement plus léger : la binomiale exige une puissance 998e et un coefficient à six chiffres, la Poisson tient en une ligne. L'approximation est légitime quand nn est GRAND et pp PETIT, en pratique n100n\geq 100 et np10np\leq 10; la loi de Poisson est d'ailleurs la limite mathématique de la binomiale quand nn\to\infty et p0p\to 0 à produit npnp constant. C'est ce qui explique son omniprésence : désintégrations radioactives, sinistres d'assurance, fautes de frappe par page, buts marqués dans un match, tout comptage d'événements rares parmi un très grand nombre d'occasions.

123456789101112-0.2-0.15-0.1-0.050.050.10.150.20.250.3λ = 3moyenne = variance = λla queue ne s'arrete jamais : k peut valoirn'importe quel entier, contrairement a la binomiale

Exercice 9 : L'approximation normale de la binomiale

Calculer une binomiale sur 100 essais exigerait d'additionner des dizaines de termes. La loi normale fournit une approximation excellente, à condition de vérifier ses conditions et de ne pas oublier la correction de continuité.

On lance une pièce équilibrée 100 fois et l'on compte le nombre de « face ».

  • a) Donnez la loi exacte de XX, puis vérifiez les conditions de validité de l'approximation normale.
  • b) Donnez les paramètres de la normale approchante.
  • c) Calculez la probabilité d'obtenir au moins 60 faces, en appliquant la correction de continuité.
  • d) Expliquez pourquoi on remplace 60 par 59,5 et non par 60.
  • e) On obtient 68 faces sur 100. Faut-il soupçonner la pièce ? Justifiez par une cote z.

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a)
b)
c)
d)
e)
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Réponses

  • a) XB(100 ; 0,5)X\sim B(100\ ;\ 0{,}5), avec np=n(1p)=505np=n(1-p)=50\geq 5 : approximation valide.
  • b) μ=50\mu=50 et σ=5,0\sigma=5{,}0.
  • c) z=59,5505=1,90z=\dfrac{59{,}5-50}{5}=1{,}90, donc P0,0287P\approx 0{,}0287.
  • d) Sans correction on obtiendrait 0,02280{,}0228, soit 20 % de moins : l'entier 60 occupe la bande [59,5 ; 60,5][59{,}5\ ;\ 60{,}5].
  • e) z=3,50z=3{,}50, probabilité 0,00023\approx 0{,}00023 : le soupçon est légitime, on rejette l'équilibre à 5 % comme à 1 %.

a) Il s'agit de 100 essais indépendants à deux issues, de probabilité constante p=0,5p=0{,}5 : XB(100 ; 0,5)X\sim B(100\ ;\ 0{,}5). Conditions de l'approximation : np=100×0,5=505np=100\times 0{,}5=50\geq 5 et n(1p)=505n(1-p)=50\geq 5. Les deux sont largement satisfaites, l'approximation sera donc très bonne. Elle serait à proscrire pour un pp très petit avec un nn modeste, cas où l'on utilise plutôt la loi de Poisson.

b) μ=np=50\mu=np=50 et σ=np(1p)=100×0,5×0,5=25=5,0\sigma=\sqrt{np(1-p)}=\sqrt{100\times 0{,}5\times 0{,}5}=\sqrt{25}=5{,}0.

c) On cherche P(X60)P(X\geq 60). Avec la correction de continuité, on calcule P(X>59,5)P(X>59{,}5) pour la normale : z=59,5505,0=1,90z=\dfrac{59{,}5-50}{5{,}0}=1{,}90. La table donne une aire de 0,9713 à gauche, donc P=10,9713=0,0287P=1-0{,}9713=0{,}0287, environ 2,9 %.

d) Parce qu'on approche une loi DISCRÈTE, où XX ne prend que des valeurs entières, par une loi CONTINUE, où la probabilité d'une valeur isolée est nulle. Dans le modèle continu, la valeur entière 60 est représentée par l'intervalle allant de 59,5 à 60,5, qui est la bande de largeur 1 centrée sur elle. Inclure l'entier 60 dans l'événement impose donc de partir de 59,5. Omettre cette correction et prendre z=2,00z=2{,}00 donnerait 0,0228 au lieu de 0,0287, soit une sous-estimation de 20 % : l'erreur est loin d'être négligeable, surtout près d'un seuil de décision.

e) Avec 68 faces, la cote z vaut z=67,5505,0=3,50z=\dfrac{67{,}5-50}{5{,}0}=3{,}50. Une telle cote laisse à sa droite une probabilité d'environ 0,00023, soit deux chances sur dix mille. Autrement dit, si la pièce était équilibrée, un résultat aussi extrême ou plus n'arriverait qu'une fois sur environ 4300 séries de 100 lancers. C'est suffisamment improbable pour que le soupçon soit légitime : on rejetterait l'hypothèse d'équilibre à tous les seuils usuels, 5 % comme 1 %. Ce raisonnement est exactement celui d'un test d'hypothèse, formalisé au chapitre suivant.

48121620242832-0.08-0.06-0.04-0.020.020.040.060.080.10.120.140.16n = 40, p = 0,4μ = 16, σ = 3,10la courbe passe par le MILIEU de chaque barre :d'ou la correction de continuite de 0,5

Exercice 10 : Problème : contrôle de qualité dans une usine

Une chaîne produit des pièces dont le diamètre suit une loi normale de moyenne 25,00 mm et d'écart-type 0,08 mm. Le cahier des charges accepte les pièces dont le diamètre est compris entre 24,85 et 25,15 mm.

La chaîne produit 5000 pièces par jour.

  • a) Calculez la proportion de pièces conformes.
  • b) Combien de pièces sont rejetées chaque jour ?
  • c) Un réglage fait dériver la moyenne à 25,06 mm, l'écart-type restant inchangé. Recalculez la proportion de rejets et commentez.
  • d) On souhaite ramener le taux de rejet sous 1 % en recentrant la moyenne à 25,00 mm. Quel écart-type maximal faut-il atteindre ?
  • e) Vaut-il mieux, en pratique, recentrer la moyenne ou réduire l'écart-type ? Justifiez à partir de vos résultats.

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a)
b)
c)
d)
e)
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Réponses

  • a) z=±1,875z=\pm 1{,}875, proportion conforme 93,9\approx 93{,}9 %, donc 6,1 % de rejets.
  • b) 0,0608×50003040{,}0608\times 5000\approx 304 pièces par jour.
  • c) z=2,625z=-2{,}625 et z=+1,125z=+1{,}125 : 13,5 % de rejets, soit 673 pièces. Une dérive de 0,06 mm double le rebut.
  • d) 2,576σ0,152{,}576\,\sigma\leq 0{,}15 donne σ0,0582\sigma\leq 0{,}0582 mm, soit 27 % de réduction.
  • e) Recentrer d'abord, c'est un réglage ; réduire l'écart-type ensuite, car cela exige d'investir sur le procédé.

a) Les bornes correspondent à z=24,8525,000,08=1,875z=\dfrac{24{,}85-25{,}00}{0{,}08}=-1{,}875 et z=25,1525,000,08=+1,875z=\dfrac{25{,}15-25{,}00}{0{,}08}=+1{,}875. L'aire entre ces deux cotes vaut environ 0,96960,0304=0,93920{,}9696-0{,}0304=0{,}9392. Environ 93,9 % des pièces sont conformes, donc 6,1 % sont rejetées.

b) 0,0608×5000=3040{,}0608\times 5000=304 pièces rejetées par jour, soit un peu plus de 300. Sur une production annuelle de 250 jours, cela représente environ 76 000 pièces perdues.

c) Avec μ=25,06\mu=25{,}06, les cotes deviennent z=24,8525,060,08=2,625z=\dfrac{24{,}85-25{,}06}{0{,}08}=-2{,}625 et z=25,1525,060,08=+1,125z=\dfrac{25{,}15-25{,}06}{0{,}08}=+1{,}125. L'aire conforme vaut environ 0,86970,0043=0,86540{,}8697-0{,}0043=0{,}8654, donc 13,5 % de rejets, soit 673 pièces par jour. Une dérive de 0,06 mm seulement, moins d'un écart-type, DOUBLE le taux de rejet. Le procédé est donc très sensible au centrage, ce qui justifie les cartes de contrôle qui surveillent la moyenne en continu.

d) Il faut que l'intervalle [24,85 ; 25,15]\left[24{,}85\ ;\ 25{,}15\right], soit ±0,15\pm 0{,}15 mm autour de la moyenne recentrée, contienne 99 % des pièces. Cela correspond à z=±2,576z=\pm 2{,}576. On impose donc 2,576σ0,152{,}576\,\sigma\leq 0{,}15, d'où σ0,152,576=0,0582\sigma\leq\dfrac{0{,}15}{2{,}576}=0{,}0582 mm. Il faut donc ramener l'écart-type de 0,08 à environ 0,058 mm, soit une réduction de 27 %.

e) Il faut faire les DEUX, mais dans cet ordre : recentrer d'abord. Le recentrage est en général peu coûteux, c'est un réglage machine, et le calcul de c montre qu'une dérive modeste coûte très cher, doublant les rejets pour 0,06 mm. Réduire l'écart-type, en revanche, exige d'agir sur la variabilité intrinsèque du procédé, ce qui suppose de meilleures machines, une matière première plus régulière ou un contrôle thermique, donc des investissements lourds. La démarche industrielle standard consiste donc à d'abord garantir le centrage par un suivi statistique, puis à n'engager la réduction de la dispersion que si le cahier des charges l'exige encore, comme c'est le cas ici puisque même parfaitement centré le procédé rejetterait 6,1 %.

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