Exercice 1 : Variables, population et méthodes d'échantillonnage
Avant tout calcul, il faut savoir ce que l'on mesure et sur qui. Le type de variable détermine les statistiques qui ont un sens, et la façon de constituer l'échantillon détermine si les résultats valent quoi que ce soit.
Un cégep compte 4200 étudiants. On souhaite estimer le temps de trajet moyen entre le domicile et l'établissement à partir d'un échantillon de 300 étudiants.
- a) Classez chacune des variables suivantes : la couleur des yeux, le niveau de satisfaction sur une échelle de 1 à 5, le nombre de frères et sœurs, le temps de trajet en minutes, le code postal. Précisez pour chacune si elle est qualitative nominale, qualitative ordinale, quantitative discrète ou quantitative continue.
- b) Identifiez la population, l'unité statistique, la variable étudiée et l'échantillon. Quelle est la différence entre un PARAMÈTRE et une STATISTIQUE, et lequel des deux cherche-t-on ici ?
- c) Décrivez comment constituer l'échantillon par tirage aléatoire simple, puis par échantillonnage systématique en donnant le pas. Si 60 % des étudiants sont inscrits en sciences, combien en compterait un échantillon stratifié proportionnel ?
- d) Trois enquêtes sont proposées : un sondage en ligne annoncé sur la page du cégep et rempli par qui le veut; un questionnaire distribué à la sortie de la bibliothèque un mardi à 16 h; un envoi par courriel aux 4200 étudiants dont 300 répondent. Identifiez le biais dominant de chacune.
- e) En 1936, un magazine américain interroge 2,4 millions de personnes et prédit la défaite de Roosevelt; un institut en interroge 50 000 et prédit sa victoire, qui fut écrasante. Expliquez comment un échantillon 48 fois plus petit peut battre un échantillon géant.
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Réponses
- a) Yeux : nominale. Satisfaction : ordinale. Frères et sœurs : discrète. Trajet : continue. Code postal : nominale.
- b) Population : les 4200 étudiants. Unité : un étudiant. Variable : le temps de trajet. Échantillon : 300 étudiants. On cherche le PARAMÈTRE , on n'a que la statistique .
- c) Pas systématique . Stratifié proportionnel : 180 en sciences et 120 hors sciences.
- d) Auto-sélection ; couverture ; non-réponse, avec un taux de réponse de 7,1 %.
- e) La taille ne fait baisser que l'erreur aléatoire. Le magazine avait une base de sondage biaisée : 48 fois plus de réponses, toutes décalées de la même façon.
a) Couleur des yeux : qualitative NOMINALE, les catégories n'ont aucun ordre. Niveau de satisfaction de 1 à 5 : qualitative ORDINALE, les catégories sont ordonnées mais les écarts ne sont pas mesurables, rien ne dit que passer de 1 à 2 équivaut à passer de 4 à 5. Nombre de frères et sœurs : quantitative DISCRÈTE, on compte, les valeurs intermédiaires n'existent pas. Temps de trajet : quantitative CONTINUE, toute valeur d'un intervalle est possible, seule la précision de l'instrument limite. Code postal : qualitative NOMINALE, malgré ses chiffres : calculer la moyenne des codes postaux n'aurait aucun sens, et c'est là le test décisif.
b) Population : les 4200 étudiants du cégep. Unité statistique : un étudiant. Variable : le temps de trajet domicile-cégep, en minutes. Échantillon : les 300 étudiants interrogés. Un PARAMÈTRE est une caractéristique de la POPULATION, ici le temps moyen des 4200, une valeur unique, fixe et inconnue. Une STATISTIQUE est la même caractéristique calculée sur l'ÉCHANTILLON, ici , qui change d'un échantillon à l'autre. On cherche le paramètre, on ne dispose que de la statistique : tout le reste du cours consiste à mesurer l'écart entre les deux.
c) Tirage aléatoire SIMPLE : on numérote les 4200 étudiants, puis on tire 300 numéros au hasard, chacun ayant la même probabilité et chaque groupe de 300 étant également possible. SYSTÉMATIQUE : le pas vaut ; on tire au hasard un premier étudiant parmi les 14 premiers, puis on prend un étudiant sur 14 dans la liste. STRATIFIÉ proportionnel : la strate des sciences représente 60 % de la population, elle doit en représenter autant dans l'échantillon, soit étudiants en sciences et 120 hors sciences.
d) Sondage en ligne ouvert à qui le veut : biais d'AUTO-SÉLECTION, ce sont les plus motivés, donc typiquement ceux qui ont un long trajet ou une revendication, qui répondent. Questionnaire à la sortie de la bibliothèque un mardi à 16 h : biais de COUVERTURE, la base de sondage n'est pas la population; on n'y trouve ni les étudiants du soir, ni ceux qui rentrent tôt parce qu'ils habitent loin, précisément ceux qui intéressent l'étude. Envoi par courriel avec 300 réponses sur 4200 : biais de NON-RÉPONSE, avec un taux de 7 % il n'y a aucune raison de croire que les répondants ressemblent aux 3900 silencieux. Dans les trois cas, augmenter la taille ne corrige rien : le défaut n'est pas dans le nombre, il est dans la façon de choisir.
e) Parce que la taille ne compense JAMAIS un biais de sélection. Le magazine avait tiré ses adresses dans les annuaires téléphoniques et les registres d'immatriculation automobile : en pleine Grande Dépression, posséder un téléphone ou une voiture était le privilège d'une minorité aisée, plutôt hostile à Roosevelt. Chaque nouvelle réponse venait donc grossir un échantillon systématiquement décalé, sans jamais corriger le décalage. L'institut, lui, avait construit un échantillon représentatif de la structure sociale du pays. La leçon est fondamentale : la taille de l'échantillon ne fait diminuer que l'erreur ALÉATOIRE, celle qui vient du hasard du tirage. L'erreur SYSTÉMATIQUE, elle, ne dépend que de la méthode, et un million de réponses mal recrutées restent un million de réponses fausses. C'est aussi pourquoi un sondage sérieux publie sa méthode avant ses résultats.