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Math SN4, secondaire 4 à Montréal • Statistique

Exercices corrigés : nuage de points, corrélation et droite de régression (math SN4)

Voici une série d'exercices corrigés de mathématiques SN4 sur la statistique à deux variables, calibrés sur le niveau réel des évaluations à Montréal. C'est le dernier chapitre du programme de secondaire 4, et le seul où l'on demande à l'élève de JUGER un modèle plutôt que de le calculer : une droite de régression peut être parfaitement exacte et complètement trompeuse.

Faites chaque exercice au complet avant d'ouvrir la correction : c'est en cherchant qu'on apprend, pas en lisant la solution.

Rappel de cours

  • Une corrélation se décrit par son SENS (positive si les deux variables augmentent ensemble, négative sinon) et par son INTENSITÉ (nulle, faible, moyenne, forte, parfaite).
  • Méthode du rectangle : on trace le plus petit rectangle contenant le nuage, orienté selon son allongement, puis r±(1lL)r\approx\pm\left(1-\dfrac{l}{L}\right), où ll est la largeur et LL la longueur. Le signe est celui de la pente du nuage.
  • Repères d'interprétation : r|r| autour de 0,50{,}5 correspond à une corrélation moyenne, autour de 0,750{,}75 à une corrélation forte, au-delà de 0,90{,}9 à une corrélation très forte.
  • Droite de Mayer : on ordonne les données selon xx, on les partage en deux groupes de même effectif, on calcule le point moyen de chaque groupe, et la droite passe par ces deux points.
  • INTERPOLER, c'est estimer à l'intérieur de l'intervalle des données observées : c'est fiable. EXTRAPOLER, c'est estimer au-delà : le modèle n'y a jamais été vérifié.
  • Une corrélation, même très forte, ne démontre JAMAIS une relation de cause à effet.

Partie A : Décrire et modéliser (/50)

Exercice 1 : Construire et décrire un nuage de points

Une enseignante relève, pour dix élèves, le nombre d'heures de révision consacrées à un examen et la note obtenue sur 100. Ces données servent de fil conducteur aux exercices 1, 3 et 4.

Le nuage correspondant est représenté sur la figure.

Heures0123456789
Note42485158606771748085
1234567891030405060708090heuresnote
  • a) Quelle est la variable indépendante et quelle est la variable dépendante ? Justifiez.
  • b) Décrivez le SENS de la corrélation et justifiez à partir des données.
  • c) Décrivez son INTENSITÉ. Le nuage est-il proche d'une droite ?
  • d) Un onzième élève a révisé 55 heures et obtenu 4545. Où se situerait son point, et comment qualifieriez-vous cette donnée ?
Voir la correction

a) La variable indépendante est le nombre d'heures de révision : c'est celle que l'élève contrôle et qu'on porte en abscisse. La variable dépendante est la note, portée en ordonnée, car c'est elle qu'on cherche à expliquer par l'autre. Le critère de décision est toujours le même : on se demande laquelle des deux pourrait raisonnablement influencer l'autre. Ici, réviser peut faire monter une note, alors qu'obtenir une note ne fait pas réviser rétroactivement.

b) La corrélation est POSITIVE : lorsque le nombre d'heures augmente, la note augmente aussi. On le vérifie sur les données brutes sans même tracer le nuage, puisque la suite des notes, 4242, 4848, 5151, 5858, 6060, 6767, 7171, 7474, 8080, 8585, est strictement croissante. Sur le graphique, cela se traduit par un nuage qui monte de la gauche vers la droite.

c) L'intensité est FORTE. Les points sont alignés de façon très régulière, avec des écarts faibles par rapport à une droite imaginaire : entre deux élèves consécutifs, la note gagne à chaque fois entre 22 et 77 points, sans jamais reculer, ce qui est une progression très régulière. On estimerait rr autour de 0,990{,}99. Le nuage est donc très proche d'une droite, ce qui justifie l'emploi d'une droite de régression dans les exercices suivants. Un nuage en forme de banane ou de nuage rond, lui, ne l'aurait pas justifié.

d) Le point serait (5;45)(5;45). Or les élèves qui ont révisé 55 heures obtiennent normalement autour de 6767, et une note de 4545 correspond plutôt à une révision de moins d'une heure. Ce point se situerait donc TRÈS EN DESSOUS du nuage, nettement à l'écart des autres : c'est une donnée ABERRANTE. Devant une telle valeur, la démarche correcte n'est pas de la supprimer d'office, mais de chercher d'abord si elle vient d'une erreur de saisie ou d'une circonstance particulière, une maladie par exemple. L'exercice 7 montre l'ampleur des dégâts qu'un seul point de ce type peut causer à un modèle.

Exercice 2 : Estimer le coefficient de corrélation

La méthode du rectangle permet d'estimer rr sans aucun calcul statistique : on trace le plus petit rectangle qui contient le nuage, orienté selon son allongement, puis on applique r±(1lL)r\approx\pm\left(1-\dfrac{l}{L}\right).

Sur la figure, ce rectangle a une longueur L=15L=15 unités et une largeur l=3l=3 unités.

-2246810122468101214
  • a) Estimez le coefficient de corrélation du nuage de la figure, signe compris.
  • b) Qualifiez cette corrélation en mots.
  • c) Un second nuage, décroissant, est contenu dans un rectangle de longueur 1010 et de largeur 88. Estimez son coefficient et qualifiez-le.
  • d) Que devient le rectangle lorsque la corrélation est parfaite ? Et lorsqu'elle est nulle ? Déduisez-en les valeurs extrêmes de rr.
Voir la correction

a) On applique la formule : 1lL=1315=10,2=0,81-\dfrac{l}{L}=1-\dfrac{3}{15}=1-0{,}2=0{,}8. Le nuage monte de la gauche vers la droite, donc le signe est positif. On estime r0,8r\approx 0{,}8. Attention à ne pas inverser le quotient : c'est la largeur sur la longueur, et non l'inverse, sans quoi on obtiendrait 15=41-5=-4, une valeur impossible puisque rr reste toujours entre 1-1 et 11.

b) Une valeur de 0,80{,}8 correspond à une corrélation FORTE et POSITIVE. Concrètement, cela signifie que le nombre représenté en abscisse explique une grande partie de la variation observée en ordonnée, et qu'une droite de régression fournira des prévisions raisonnablement fiables.

c) Ici 1810=10,8=0,21-\dfrac{8}{10}=1-0{,}8=0{,}2, et le nuage est décroissant, donc r0,2r\approx -0{,}2. C'est une corrélation FAIBLE et NÉGATIVE. Un rectangle presque carré signale un nuage rond, donc l'absence de direction privilégiée : tracer une droite de régression sur de telles données n'aurait guère de sens, et toute prévision qu'on en tirerait serait peu crédible.

d) Si la corrélation est PARFAITE, tous les points sont exactement alignés : le rectangle s'aplatit complètement, sa largeur ll devient nulle, et la formule donne 10L=11-\dfrac{0}{L}=1. On obtient donc r=1r=1 pour une droite croissante et r=1r=-1 pour une droite décroissante. Si la corrélation est NULLE, le nuage n'a aucune direction privilégiée, il est aussi large que long, donc l=Ll=L et la formule donne 1LL=01-\dfrac{L}{L}=0, soit r=0r=0. Le coefficient est ainsi toujours compris entre 1-1 et 11, et ces deux cas limites en donnent une lecture géométrique immédiate : plus le rectangle est fin, plus r|r| est proche de 11.

Exercice 3 : La droite de Mayer

On reprend les données de l'exercice 1 : les heures de révision xx et les notes yy de dix élèves.

La méthode de Mayer partage les données ordonnées en DEUX groupes de même effectif, calcule le point moyen de chacun, et fait passer la droite par ces deux points.

  • a) Formez les deux groupes et calculez les coordonnées des deux points moyens P1P_1 et P2P_2.
  • b) Calculez la pente de la droite de Mayer.
  • c) Déterminez l'équation de la droite sous la forme y=ax+by=ax+b.
  • d) Vérifiez que la droite passe bien par les deux points moyens.
Voir la correction

a) Les données sont déjà ordonnées selon xx. Le premier groupe rassemble les cinq premières valeurs, x=0,1,2,3,4x=0,1,2,3,4, dont les notes sont 4242, 4848, 5151, 5858 et 6060. Sa moyenne en xx vaut 0+1+2+3+45=105=2\dfrac{0+1+2+3+4}{5}=\dfrac{10}{5}=2 et sa moyenne en yy vaut 42+48+51+58+605=2595=51,8\dfrac{42+48+51+58+60}{5}=\dfrac{259}{5}=51{,}8. Donc P1=(2;51,8)P_1=(2;51{,}8). Le second groupe rassemble x=5,6,7,8,9x=5,6,7,8,9, de notes 6767, 7171, 7474, 8080 et 8585. Ses moyennes valent 355=7\dfrac{35}{5}=7 et 3775=75,4\dfrac{377}{5}=75{,}4. Donc P2=(7;75,4)P_2=(7;75{,}4).

b) La pente se calcule comme pour n'importe quelle droite passant par deux points : a=y2y1x2x1=75,451,872=23,65=4,72a=\dfrac{y_2-y_1}{x_2-x_1}=\dfrac{75{,}4-51{,}8}{7-2}=\dfrac{23{,}6}{5}=4{,}72. Interprétation immédiate, et c'est elle qui rapporte les points en examen : chaque heure de révision supplémentaire est associée à une hausse d'environ 4,74{,}7 points à l'examen.

c) On part de la forme point-pente avec P1P_1 : y51,8=4,72(x2)y-51{,}8=4{,}72(x-2), donc y=4,72x9,44+51,8y=4{,}72x-9{,}44+51{,}8, soit y=4,72x+42,36y=4{,}72x+42{,}36. L'ordonnée à l'origine, 42,3642{,}36, s'interprète comme la note que le modèle prévoit pour un élève n'ayant pas révisé du tout. C'est ici une valeur plausible, puisque x=0x=0 fait bien partie des données observées, ce qui n'est pas toujours le cas.

d) Contrôle avec P1P_1 : 4,72(2)+42,36=9,44+42,36=51,84{,}72(2)+42{,}36=9{,}44+42{,}36=51{,}8 ✓. Contrôle avec P2P_2 : 4,72(7)+42,36=33,04+42,36=75,44{,}72(7)+42{,}36=33{,}04+42{,}36=75{,}4 ✓. La droite passe exactement par les deux points moyens, ce qui est la définition même de la méthode de Mayer. Faire cette double vérification est essentiel : elle attrape aussi bien une erreur de pente qu'une erreur d'ordonnée à l'origine, alors qu'un seul contrôle laisserait passer une droite de pente fausse ajustée sur un point.

Exercice 4 : Interpoler, extrapoler et connaître les limites

On utilise la droite de Mayer trouvée à l'exercice 3 : y=4,72x+42,36y=4{,}72x+42{,}36, où xx est le nombre d'heures de révision et yy la note sur 100100.

Les données observées vont de 00 à 99 heures. Retenez cet intervalle : c'est lui qui décide de la fiabilité de chaque prévision.

  • a) Estimez la note d'un élève ayant révisé 4,54{,}5 heures. S'agit-il d'une interpolation ou d'une extrapolation ?
  • b) Estimez la note d'un élève ayant révisé 1515 heures. Commentez le résultat.
  • c) À partir de combien d'heures le modèle prévoit-il une note supérieure à 100100 ?
  • d) Un élève affirme : « d'après ce modèle, en révisant 2525 heures j'aurai 160160 ». Que répondre ?
Voir la correction

a) y=4,72(4,5)+42,36=21,24+42,36=63,6y=4{,}72(4{,}5)+42{,}36=21{,}24+42{,}36=63{,}6. La note estimée est d'environ 63,663{,}6. Comme 4,54{,}5 se situe à l'intérieur de l'intervalle observé [0;9][0;9], il s'agit d'une INTERPOLATION. C'est le cas fiable : le modèle a été construit sur des données qui encadrent cette valeur, on peut raisonnablement s'y fier.

b) y=4,72(15)+42,36=70,8+42,36=113,16y=4{,}72(15)+42{,}36=70{,}8+42{,}36=113{,}16. Le modèle prévoit une note de 113113 sur 100100, ce qui est IMPOSSIBLE. Comme 1515 dépasse largement l'intervalle observé, il s'agit d'une EXTRAPOLATION, et elle est ici manifestement invalide. Le modèle linéaire suppose que chaque heure rapporte toujours 4,724{,}72 points, alors qu'en réalité les gains ralentissent : à partir d'un certain point, l'élève maîtrise déjà la matière et réviser davantage n'ajoute plus rien. C'est ce qu'on appelle un rendement décroissant, et aucune droite ne peut le représenter.

c) On résout 4,72x+42,36>1004{,}72x+42{,}36>100, soit 4,72x>57,644{,}72x>57{,}64, donc x>57,644,7212,21x>\dfrac{57{,}64}{4{,}72}\approx 12{,}21. Au-delà d'environ 12,212{,}2 heures de révision, le modèle prévoit une note supérieure à 100100. Cette valeur est très utile : elle donne la BORNE au-delà de laquelle le modèle produit à coup sûr des absurdités, et donc une limite claire à ne jamais dépasser lorsqu'on s'en sert pour prédire.

d) Le calcul de l'élève est arithmétiquement juste, 4,72(25)+42,36=118+42,36=160,364{,}72(25)+42{,}36=118+42{,}36=160{,}36, mais sa conclusion ne l'est pas. Trois objections à formuler. Premièrement, une note ne peut pas dépasser 100100 : le résultat est hors du domaine de la variable dépendante. Deuxièmement, 2525 heures est presque le triple de la plus grande valeur observée, donc l'extrapolation est extrême et rien ne garantit que la relation reste linéaire si loin. Troisièmement, et c'est l'objection de fond, un modèle statistique décrit ce qu'on a OBSERVÉ, il ne promet rien au-delà. La bonne formulation serait : « sur l'intervalle de 00 à 99 heures, chaque heure supplémentaire est associée à environ 4,74{,}7 points de plus », et rien de plus.

Exercice 5 : Lire une droite de régression

Dans une école, on a relevé pour huit élèves le nombre d'absences dans un cours et la note finale. La droite de régression obtenue est y=2,5x+95y=-2{,}5x+95, tracée sur la figure avec le nuage.

Ici on ne calcule pas la droite, on la LIT : chaque coefficient a un sens concret qu'il faut savoir énoncer.

2468101214165060708090100absencesnote
  • a) Interprétez la pente dans le contexte.
  • b) Interprétez l'ordonnée à l'origine dans le contexte.
  • c) Quelle note le modèle prévoit-il pour un élève ayant 88 absences ?
  • d) À partir de combien d'absences le modèle prévoit-il une note inférieure à 6060 ?
Voir la correction

a) La pente vaut 2,5-2{,}5. Elle est NÉGATIVE, ce qui traduit une corrélation négative : plus les absences augmentent, plus la note diminue. Concrètement, chaque absence supplémentaire est associée à une baisse d'environ 2,52{,}5 points de la note finale. La formulation compte : on dit « est associée à », et non « fait perdre », parce qu'une droite de régression ne démontre aucune causalité, ce que l'exercice 6 développe.

b) L'ordonnée à l'origine vaut 9595. C'est la valeur prévue par le modèle quand x=0x=0, c'est-à-dire la note attendue pour un élève n'ayant AUCUNE absence : environ 9595 sur 100100. Cette lecture est ici légitime, car x=0x=0 figure parmi les données observées, le nuage contenant bien un point d'abscisse 00. Lorsque x=0x=0 est hors de l'intervalle observé, l'ordonnée à l'origine n'est qu'un artefact de calcul et ne s'interprète pas.

c) On remplace : y=2,5(8)+95=20+95=75y=-2{,}5(8)+95=-20+95=75. Le modèle prévoit une note d'environ 7575. Le point observé correspondant est (8;74)(8;74), très proche de la prévision, ce qui confirme visuellement la qualité de l'ajustement.

d) On résout l'inéquation 2,5x+95<60-2{,}5x+95<60, soit 2,5x<35-2{,}5x<-35. En divisant par 2,5-2{,}5, un nombre NÉGATIF, le sens de l'inégalité s'inverse : x>14x>14. Comme un nombre d'absences est un entier, la réponse concrète est 1515 absences ou plus. Vérification aux bornes : pour x=14x=14, y=35+95=60y=-35+95=60, exactement à la limite et donc pas strictement inférieur ; pour x=15x=15, y=37,5+95=57,5y=-37{,}5+95=57{,}5, bien en dessous de 6060 ✓.

Partie B : Niveau examen (/50)

Exercice 6 : Corrélation n'est pas causalité

Chacune des situations suivantes présente une corrélation statistique bien réelle. Pour chacune, dites si l'on peut conclure à une relation de cause à effet, et si non, proposez une explication.

Une réponse complète nomme la VARIABLE CONFONDANTE, c'est-à-dire le facteur caché qui influence les deux variables observées à la fois.

  • a) Dans une ville, les ventes de crème glacée et le nombre de noyades sont fortement corrélées positivement.
  • b) Plus il y a de pompiers dépêchés sur un incendie, plus les dégâts sont importants.
  • c) Chez les enfants de 55 à 1212 ans, la pointure de chaussure est fortement corrélée au niveau de lecture.
  • d) Dans une école, le nombre d'heures de sommeil la veille d'un examen est corrélé positivement à la note obtenue.
Voir la correction

a) Non, on ne peut pas conclure que manger de la crème glacée provoque des noyades. La variable confondante est la TEMPÉRATURE, ou plus généralement la saison. Quand il fait chaud, les gens achètent davantage de crème glacée ET vont davantage se baigner, ce qui augmente mécaniquement le nombre d'accidents. Les deux variables observées montent ensemble parce qu'elles dépendent toutes deux d'une troisième, sans avoir la moindre influence l'une sur l'autre.

b) Non, envoyer plus de pompiers n'aggrave évidemment pas l'incendie. La variable confondante est la TAILLE DU SINISTRE. Un grand incendie cause beaucoup de dégâts et mobilise beaucoup de pompiers ; un feu de poubelle fait peu de dégâts et mobilise une seule équipe. C'est la gravité initiale qui détermine les deux quantités. On remarquera que cet exemple a la même structure que le a), mais qu'il est plus troublant, parce que la corrélation y semble suggérer une causalité inversée.

c) Non. La variable confondante est l'ÂGE. Un enfant de 1212 ans a de plus grands pieds qu'un enfant de 55 ans, et il lit aussi beaucoup mieux, parce qu'il a plusieurs années de scolarité supplémentaires. Les deux variables croissent avec l'âge, d'où une corrélation forte, alors que la taille du pied n'a strictement aucun effet sur la lecture. Détail révélateur : si l'on étudiait uniquement des enfants de 88 ans, la corrélation disparaîtrait presque entièrement, ce qui est le test classique pour démasquer une variable confondante.

d) Ici, contrairement aux trois autres, une relation causale est PLAUSIBLE : un sommeil suffisant améliore réellement la concentration et la mémoire, et il existe des expériences contrôlées qui l'établissent. Mais la corrélation seule ne suffit toujours pas à le prouver, et deux réserves subsistent. D'une part, il peut y avoir causalité inverse ou circulaire : un élève qui maîtrise bien sa matière est moins anxieux, donc dort mieux. D'autre part, une variable confondante reste possible, par exemple l'organisation générale du travail, qui fait à la fois mieux dormir et mieux réviser. La conclusion de méthode à retenir vaut pour les quatre cas : seule une expérience contrôlée, où l'on fait varier une variable en maintenant les autres constantes, peut établir une causalité. Une corrélation, si forte soit-elle, ne fait que la suggérer.

Exercice 7 : L'effet d'une donnée aberrante

On étudie huit couples de données : xx vaut 11 à 88, et les valeurs correspondantes de yy sont 33, 55, 44, 77, 88, 1010, 99 et 1212.

On veut mesurer à quel point une SEULE donnée fausse peut déformer un modèle.

  • a) Déterminez la droite de Mayer de ces données.
  • b) Par erreur de saisie, la dernière valeur est enregistrée comme 3030 au lieu de 1212. Déterminez la nouvelle droite de Mayer.
  • c) Comparez les deux pentes. De quel pourcentage la pente a-t-elle changé ?
  • d) Comparez les prévisions des deux modèles en x=3x=3. Quelle leçon en tirer avant de modéliser des données ?
Voir la correction

a) Premier groupe, x=1,2,3,4x=1,2,3,4 avec y=3,5,4,7y=3,5,4,7 : moyennes 1+2+3+44=2,5\dfrac{1+2+3+4}{4}=2{,}5 et 3+5+4+74=194=4,75\dfrac{3+5+4+7}{4}=\dfrac{19}{4}=4{,}75, donc P1=(2,5;4,75)P_1=(2{,}5;4{,}75). Second groupe, x=5,6,7,8x=5,6,7,8 avec y=8,10,9,12y=8,10,9,12 : moyennes 264=6,5\dfrac{26}{4}=6{,}5 et 394=9,75\dfrac{39}{4}=9{,}75, donc P2=(6,5;9,75)P_2=(6{,}5;9{,}75). La pente vaut 9,754,756,52,5=54=1,25\dfrac{9{,}75-4{,}75}{6{,}5-2{,}5}=\dfrac{5}{4}=1{,}25. L'équation est y4,75=1,25(x2,5)y-4{,}75=1{,}25(x-2{,}5), soit y=1,25x+1,625y=1{,}25x+1{,}625.

b) Le premier groupe est inchangé, donc P1=(2,5;4,75)P_1=(2{,}5;4{,}75). Seul le second bouge : les valeurs deviennent 88, 1010, 99 et 3030, de moyenne 574=14,25\dfrac{57}{4}=14{,}25, donc P2=(6,5;14,25)P_2'=(6{,}5;14{,}25). La nouvelle pente vaut 14,254,754=9,54=2,375\dfrac{14{,}25-4{,}75}{4}=\dfrac{9{,}5}{4}=2{,}375, et l'équation devient y=2,375x1,1875y=2{,}375x-1{,}1875, puisque 4,752,375(2,5)=4,755,9375=1,18754{,}75-2{,}375(2{,}5)=4{,}75-5{,}9375=-1{,}1875.

c) La pente est passée de 1,251{,}25 à 2,3752{,}375, soit une augmentation de 1,1251{,}125. En pourcentage : 1,1251,25=0,9\dfrac{1{,}125}{1{,}25}=0{,}9, c'est-à-dire 9090 %. La pente a donc presque DOUBLÉ à cause d'une seule valeur sur huit. L'ordonnée à l'origine, elle, a basculé du positif au négatif, passant de 1,6251{,}625 à 1,1875-1{,}1875. Le modèle est méconnaissable.

d) Le premier modèle prévoit 1,25(3)+1,625=3,75+1,625=5,3751{,}25(3)+1{,}625=3{,}75+1{,}625=5{,}375. Le second prévoit 2,375(3)1,1875=7,1251,1875=5,93752{,}375(3)-1{,}1875=7{,}125-1{,}1875=5{,}9375. L'écart est de 0,56250{,}5625, soit environ 1010 % : modeste au centre du nuage, parce que les deux droites y passent près l'une de l'autre. Mais l'écart se creuse dès qu'on s'éloigne : en x=8x=8, les prévisions valent 11,62511{,}625 et 17,812517{,}8125, soit 5353 % de différence. Leçon de méthode : il faut TOUJOURS tracer le nuage de points AVANT de calculer quoi que ce soit. Un simple coup d'œil aurait révélé que le point (8;30)(8;30) ne ressemble à aucun autre, alors qu'aucune formule ne le signale, la méthode de Mayer avalant sans broncher une valeur absurde. C'est aussi pourquoi une valeur aberrante se vérifie à la source avant d'être ni supprimée ni conservée aveuglément.

Exercice 8 : Quand la droite ne convient pas

On observe les couples suivants : pour xx allant de 11 à 88, les valeurs de yy sont 11, 44, 99, 1616, 2525, 3636, 4949 et 6464.

La droite de Mayer de ces données est y=9x15y=9x-15, tracée sur la figure. Un coefficient de corrélation élevé ne garantit pas qu'une droite soit le bon modèle : ce sont les RÉSIDUS qui tranchent.

123456789-20-1010203040506070
  • a) Vérifiez la droite de Mayer en calculant les deux points moyens.
  • b) Calculez le résidu (valeur observée moins valeur prévue) pour chacune des huit données.
  • c) Décrivez la structure des résidus. Que révèle-t-elle ?
  • d) Quel type de modèle conviendrait mieux ? Justifiez à partir des données brutes.
Voir la correction

a) Premier groupe, x=1,2,3,4x=1,2,3,4 avec y=1,4,9,16y=1,4,9,16 : moyennes 2,52{,}5 et 304=7,5\dfrac{30}{4}=7{,}5, donc P1=(2,5;7,5)P_1=(2{,}5;7{,}5). Second groupe, x=5,6,7,8x=5,6,7,8 avec y=25,36,49,64y=25,36,49,64 : moyennes 6,56{,}5 et 1744=43,5\dfrac{174}{4}=43{,}5, donc P2=(6,5;43,5)P_2=(6{,}5;43{,}5). Pente : 43,57,54=364=9\dfrac{43{,}5-7{,}5}{4}=\dfrac{36}{4}=9. Équation : y7,5=9(x2,5)y-7{,}5=9(x-2{,}5), soit y=9x22,5+7,5=9x15y=9x-22{,}5+7{,}5=9x-15 ✓.

b) On calcule la prévision puis le résidu pour chaque point. En x=1x=1 : prévu 6-6, observé 11, résidu +7+7. En x=2x=2 : prévu 33, observé 44, résidu +1+1. En x=3x=3 : prévu 1212, observé 99, résidu 3-3. En x=4x=4 : prévu 2121, observé 1616, résidu 5-5. En x=5x=5 : prévu 3030, observé 2525, résidu 5-5. En x=6x=6 : prévu 3939, observé 3636, résidu 3-3. En x=7x=7 : prévu 4848, observé 4949, résidu +1+1. En x=8x=8 : prévu 5757, observé 6464, résidu +7+7.

c) La suite des résidus est +7+7, +1+1, 3-3, 5-5, 5-5, 3-3, +1+1, +7+7. Elle n'est pas du tout aléatoire : elle est positive aux deux extrémités, négative au milieu, et parfaitement symétrique. C'est la signature d'une COURBURE que la droite ne peut pas suivre. Un bon ajustement linéaire produirait des résidus dispersés sans ordre apparent, alternant le signe au hasard ; ici ils dessinent un U net. Remarquez aussi l'absurdité que la droite produit en x=1x=1 : elle prévoit 6-6 alors que toutes les données observées sont positives.

d) Un modèle QUADRATIQUE conviendrait, et il est même exact. Les données brutes le disent d'elles-mêmes : 11, 44, 99, 1616, 2525, 3636, 4949, 6464 sont précisément 121^2, 222^2, 323^2, et ainsi de suite. La relation est donc y=x2y=x^2, sans le moindre écart. Autre indice décisif, accessible sans reconnaître les carrés : les DIFFÉRENCES successives valent 33, 55, 77, 99, 1111, 1313, 1515, elles ne sont pas constantes, ce qui exclut une droite. En revanche, les différences de ces différences valent toutes 22, et une différence seconde constante caractérise exactement une fonction du second degré. C'est un test qu'on peut mener en trente secondes sur n'importe quel tableau de données, et il faut le faire avant de sortir une droite de régression.

Exercice 9 : Problème : température et consommation d'électricité

Une municipalité relève, sur six journées d'hiver, la température moyenne extérieure en degrés Celsius et la consommation d'électricité d'un bâtiment en kilowattheures.

Menez l'analyse complète : modèle, interprétation, prévision et limites.

Température (°C)0510152025
Consommation (kWh)827465584942
  • a) Décrivez le sens et l'intensité de la corrélation.
  • b) Déterminez la droite de Mayer.
  • c) Interprétez la pente, puis estimez la consommation à 1212 °C.
  • d) Que prévoit le modèle à 6060 °C ? Commentez, en distinguant deux raisons de rejeter cette prévision.
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a) La corrélation est NÉGATIVE : quand la température monte, la consommation baisse, ce qui est cohérent avec un bâtiment chauffé en hiver. Son intensité est TRÈS FORTE : les baisses successives valent 88, 99, 77, 99 et 77 kWh pour des hausses régulières de 55 °C, donc environ 88 kWh à chaque palier. Une telle régularité place r|r| au-dessus de 0,990{,}99, et le nuage est pratiquement une droite.

b) Premier groupe, températures 00, 55 et 1010 avec consommations 8282, 7474 et 6565 : moyennes 153=5\dfrac{15}{3}=5 et 221373,67\dfrac{221}{3}\approx 73{,}67, donc P1(5;73,67)P_1\approx(5;73{,}67). Second groupe, températures 1515, 2020 et 2525 avec consommations 5858, 4949 et 4242 : moyennes 603=20\dfrac{60}{3}=20 et 149349,67\dfrac{149}{3}\approx 49{,}67, donc P2(20;49,67)P_2\approx(20;49{,}67). Pente : 49,6773,67205=2415=1,6\dfrac{49{,}67-73{,}67}{20-5}=\dfrac{-24}{15}=-1{,}6. Équation : y73,67=1,6(x5)y-73{,}67=-1{,}6(x-5), soit y=1,6x+8+73,67y=-1{,}6x+8+73{,}67, c'est-à-dire y1,6x+81,67y\approx -1{,}6x+81{,}67. Contrôle avec P2P_2 : 1,6(20)+81,67=32+81,67=49,67-1{,}6(20)+81{,}67=-32+81{,}67=49{,}67 ✓.

c) La pente 1,6-1{,}6 signifie que chaque degré Celsius supplémentaire est associé à une baisse d'environ 1,61{,}6 kWh de consommation quotidienne. C'est parfaitement interprétable : il fait moins froid, donc le chauffage tourne moins. Pour 1212 °C : y=1,6(12)+81,67=19,2+81,67=62,47y=-1{,}6(12)+81{,}67=-19{,}2+81{,}67=62{,}47 kWh. Comme 1212 se situe dans l'intervalle observé [0;25][0;25], c'est une interpolation, et l'estimation d'environ 62,562{,}5 kWh est fiable.

d) Pour 6060 °C : y=1,6(60)+81,67=96+81,67=14,33y=-1{,}6(60)+81{,}67=-96+81{,}67=-14{,}33 kWh. Deux raisons distinctes de rejeter cette prévision. La première est MATHÉMATIQUE et immédiate : une consommation d'électricité négative n'a aucun sens, la valeur sort du domaine possible de la variable. Le modèle traverse d'ailleurs zéro à x=81,671,651,0x=\dfrac{81{,}67}{1{,}6}\approx 51{,}0 °C, borne au-delà de laquelle il ne produit plus que des absurdités. La seconde raison est PHYSIQUE et plus profonde : à 6060 °C, non seulement le chauffage serait éteint, mais la climatisation fonctionnerait à plein régime, et la consommation REPARTIRAIT À LA HAUSSE. La vraie relation n'est donc pas décroissante partout, elle est en forme de U, minimale autour de la température de confort. Les données recueillies ne couvrent qu'une seule branche de cette courbe, la branche hivernale, et aucune droite ajustée sur ce seul morceau ne peut décrire ce qui se passe de l'autre côté. C'est l'illustration la plus nette du principe du chapitre : un modèle ne vaut que sur le domaine où il a été construit.

Exercice 10 : Synthèse : rédiger une conclusion défendable

On revient une dernière fois aux données des exercices 1, 3 et 4 : heures de révision et notes de dix élèves, modélisées par y=4,72x+42,36y=4{,}72x+42{,}36 sur l'intervalle observé [0;9][0;9].

L'enjeu de cet exercice n'est pas de calculer, c'est de dire ce que le modèle autorise à affirmer, et ce qu'il n'autorise pas.

  • a) Estimez la note d'un élève ayant révisé 6,56{,}5 heures, et précisez la fiabilité de cette estimation.
  • b) Combien d'heures faudrait-il, selon le modèle, pour viser 9090 ? Cette réponse est-elle utilisable ?
  • c) Le directeur veut écrire dans le journal de l'école : « réviser une heure de plus fait gagner 4,7 points ». Corrigez cette phrase.
  • d) Rédigez en trois phrases la conclusion statistique complète de cette étude.
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a) y=4,72(6,5)+42,36=30,68+42,36=73,04y=4{,}72(6{,}5)+42{,}36=30{,}68+42{,}36=73{,}04. L'estimation est d'environ 7373. Comme 6,56{,}5 appartient à l'intervalle observé [0;9][0;9], il s'agit d'une interpolation et l'estimation est FIABLE. On l'annoncerait avec une marge, autour de 7373 plus ou moins quelques points, plutôt que comme un chiffre exact : un modèle statistique donne une tendance, pas une prédiction individuelle.

b) On résout 4,72x+42,36=904{,}72x+42{,}36=90, soit 4,72x=47,644{,}72x=47{,}64, donc x=47,644,7210,09x=\dfrac{47{,}64}{4{,}72}\approx 10{,}09 heures. La réponse est utilisable avec PRUDENCE, et il faut le dire explicitement : 10,0910{,}09 dépasse la plus grande valeur observée, 99 heures, il s'agit donc d'une extrapolation. Elle reste modérée, à peine plus d'une heure au-delà des données, ce qui la rend nettement plus défendable que les 1515 ou 2525 heures de l'exercice 4. La formulation honnête serait : « environ 1010 heures, en supposant que la tendance observée se prolonge un peu au-delà de 99 heures ».

c) La phrase du directeur commet deux fautes. D'abord, elle affirme une CAUSALITÉ, « fait gagner », alors que l'étude n'établit qu'une association : les élèves qui ont révisé davantage ont obtenu de meilleures notes, mais ils sont peut-être aussi ceux qui étaient déjà les plus motivés ou les mieux organisés, ce qui serait une variable confondante classique. Ensuite, elle présente le résultat comme UNIVERSEL, alors qu'il ne vaut que pour ces dix élèves, sur cet examen, et dans l'intervalle de 00 à 99 heures. Une formulation correcte : « dans notre relevé, chaque heure de révision supplémentaire s'accompagnait en moyenne d'environ 4,74{,}7 points de plus ».

d) Conclusion en trois phrases. Premièrement, on observe une corrélation linéaire positive très forte entre le nombre d'heures de révision et la note obtenue, pour ces dix élèves. Deuxièmement, la droite de Mayer y=4,72x+42,36y=4{,}72x+42{,}36 modélise bien cette relation sur l'intervalle observé de 00 à 99 heures, où chaque heure supplémentaire correspond en moyenne à environ 4,74{,}7 points de plus. Troisièmement, ce modèle ne doit pas être extrapolé au-delà de 99 heures, puisqu'il prévoit des notes supérieures à 100100 dès 12,212{,}2 heures, et il n'établit aucune relation de cause à effet, seule une expérience contrôlée pourrait le faire. C'est exactement le type de rédaction attendu en question à développement : un constat, un modèle chiffré et interprété, et ses limites.

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