Enseignement scientifique, Première • Programme français, lycées de Montréal

Exercices corrigés d'enseignement scientifique : la Terre, un astre singulier

Voici une série d'exercices corrigés d'enseignement scientifique pour la classe de Première, sur le thème « La Terre, un astre singulier » du programme français. Elle s'adresse aux élèves des lycées français de Montréal, le Lycée Marie de France et le Collège Stanislas.

Le fil de la série : chaque fois qu'on a voulu mesurer la Terre, il a fallu admettre une hypothèse qu'on ne pouvait pas vérifier, et c'est en la corrigeant qu'on a progressé. Ératosthène suppose les rayons du Soleil parallèles, Buffon suppose la Terre sans chaleur interne, Kelvin fait la même supposition avec de meilleures mathématiques. Le thème s'organise autour de cette idée, et pas autour d'une liste de nombres.

Trois pièges sont désignés nommément dans le corrigé : croire que les saisons viennent de la distance au Soleil, dire que l'effet centrifuge est maximal aux pôles, et prendre la plus vieille roche terrestre pour l'âge de la Terre.

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Ce chapitre fait partie de Enseignement scientifique en Première
Avant de commencer Fiche de révision : les pièges et la méthode de ce chapitre

Rappel de cours

  • Ératosthène : la proportionnalité entre l'angle au centre et l'arc donne la circonférence. Hypothèse : rayons solaires parallèles.
  • Le mètre de 1791 : dix-millionième du quart du méridien, d'où un méridien de 40 000 km et un degré de 111,1 km.
  • Une minute d'arc de méridien est le mille marin, soit 1 852 m.
  • Aplatissement f=(ab)/a1/298f = (a - b)/a \approx 1/298. L'effet centrifuge est maximal à l'équateur, nul aux pôles.
  • Ellipsoïde : surface mathématique de référence. Géoïde : surface d'équilibre du champ de pesanteur, référence des altitudes.
  • Hauteur du Soleil à midi : h=90°φ+δh = 90° - \varphi + \delta, avec δ=±23,4°\delta = \pm 23{,}4° aux solstices et 00 aux équinoxes.
  • Longueur d'une ombre : L=H/tanhL = H / \tan h.
  • Les saisons viennent de l'inclinaison de l'axe. L'effet de distance ne vaut que 7 pour cent, et joue en sens contraire dans l'hémisphère nord.
  • Milankovitch : excentricité 100 ka, obliquité 41 ka, précession 23 ka. Ils modulent la RÉPARTITION de l'ensoleillement, pas le total.
  • L'âge de la Terre, 4,54 Ga, se mesure sur les météorites, non sur les roches terrestres, toutes recyclées.

Partie A : Les bases (/50)

Exercice 1 : Ératosthène mesure la Terre

Vers 200 avant notre ère, Ératosthène mesure la circonférence de la Terre à partir de deux ombres et d'une distance. Le schéma résume le dispositif ; l'angle y est volontairement exagéré.

SyèneAlexandrieαrayons du Soleilangle exagéré pour la lisibilité
  • a) Le même jour à midi, un bâton vertical ne porte aucune ombre à Syène et porte une ombre à Alexandrie, sous un angle de 7,2 degrés. Expliquez ce que cette observation prouve immédiatement.
  • b) Justifiez que l'angle α au centre de la Terre est égal à l'angle de l'ombre mesuré à Alexandrie. Quelle hypothèse sur les rayons du Soleil faut-il faire ?
  • c) La distance entre les deux villes vaut 5 000 stades. Calculez la circonférence de la Terre en stades.
  • d) Un stade vaut environ 157,5 m. Convertissez en kilomètres et comparez à la valeur actuelle du méridien, 40 008 km. Donnez l'écart relatif.
  • e) Citez les trois sources d'erreur de cette mesure et dites laquelle explique le mieux l'écart trouvé.

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a)
b)
c)
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Réponses

  • a) Deux ombres différentes : Terre courbe
  • b) Angles alternes-internes, rayons parallèles
  • c) 5 000×50=250 0005\ 000 \times 50 = 250\ 000 stades
  • d) 39 37539\ 375 km, écart 1,61{,}6 %
  • e) Distance entre villes : principale erreur

a) Elle prouve immédiatement que la Terre n'est PAS plate. Si elle l'était et que les rayons du Soleil arrivaient parallèles, deux bâtons verticaux en deux lieux différents porteraient exactement la même ombre au même instant : soit aucune, soit la même longueur. Une ombre nulle à un endroit et non nulle à un autre, au même moment, impose que les deux verticales ne soient pas parallèles, donc que la surface soit courbe. C'est une déduction, pas une hypothèse.

b) Les rayons du Soleil arrivant parallèles, la direction du rayon à Syène et celle du rayon à Alexandrie sont parallèles. La verticale d'Alexandrie coupe ces deux parallèles : l'angle qu'elle fait avec le rayon local, c'est-à-dire l'angle de l'ombre, est un angle ALTERNE-INTERNE de l'angle qu'elle fait avec la direction Syène-centre, qui est précisément l'angle α au centre. Les deux angles sont donc égaux. L'hypothèse nécessaire est que le Soleil est assez loin pour que ses rayons soient parallèles à l'échelle de la Terre : Ératosthène ne pouvait pas la vérifier, il l'a admise, et elle est excellente puisque le Soleil est à environ vingt-trois mille cinq cents rayons terrestres.

c) L'arc entre les deux villes correspond à un angle au centre de 7,2°7{,}2°, alors que la circonférence entière correspond à 360°360°. La proportionnalité donne : circonférence =5 000×360/7,2=5 000×50=250 000= 5\ 000 \times 360 / 7{,}2 = 5\ 000 \times 50 = 250\ 000 stades. Le rapport 360/7,2=50360 / 7{,}2 = 50 est exact, ce qui laisse penser que la valeur de l'angle avait été choisie comme un cinquantième de tour.

d) 250 000×157,5=39 375 000250\ 000 \times 157{,}5 = 39\ 375\ 000 m, soit 39 37539\ 375 km. Comparé à 40 00840\ 008 km, l'écart vaut 40 00839 375=63340\ 008 - 39\ 375 = 633 km, soit un écart relatif de 633/40 0080,0158633 / 40\ 008 \approx 0{,}0158, c'est-à-dire environ 1,61{,}6 pour cent. Pour une mesure faite avec un bâton, un puits et des arpenteurs, deux siècles avant notre ère, c'est remarquable.

e) Trois sources d'erreur. La DISTANCE entre les deux villes, estimée d'après le temps de marche des caravanes, donc connue à quelques pour cent près. La POSITION des villes, qui ne sont pas exactement sur le même méridien, Alexandrie étant décalée d'environ trois degrés en longitude. Et l'HYPOTHÈSE que Syène est exactement sur le tropique, alors qu'elle en est distante d'une soixantaine de kilomètres. On peut ajouter l'incertitude sur la valeur du stade, qui a varié selon les époques et les régions. C'est la distance entre les villes qui explique le mieux l'écart : une erreur de 1,61{,}6 pour cent sur 5 0005\ 000 stades, soit 80 stades, est parfaitement plausible pour une estimation par temps de parcours.

Exercice 2 : Du méridien au mètre

En 1791, l'Assemblée constituante décide de définir une unité de longueur qui ne dépende d'aucun roi ni d'aucun pays : elle la prend sur la Terre elle-même.

  • a) Énoncez la définition du mètre adoptée en 1791. Quelle valeur cela impose-t-il pour le méridien terrestre entier ?
  • b) Déduisez-en la longueur d'un degré de méridien, puis celle d'une minute d'angle. Comment appelle-t-on cette dernière en navigation ?
  • c) La mesure du méridien fut confiée à Delambre et Méchain, qui arpentèrent l'arc de Dunkerque à Barcelone de 1792 à 1799. Pourquoi mesurer un arc de dix degrés plutôt que le méridien entier ?
  • d) La valeur actuelle du quart de méridien vaut 10 002 km au lieu de 10 000. Le mètre actuel est-il faux ? Expliquez ce qui a changé dans la définition depuis.
  • e) Une carte au 1 : 250 000 couvre un degré de latitude en hauteur. Quelle est la hauteur de la feuille, en centimètres ?

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a)
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Réponses

  • a) Quart de méridien : 10710^{7} m ; méridien 40 00040\ 000 km
  • b) 111,11111{,}11 km par degré, 1,8521{,}852 km : le mille marin
  • c) Mesurer un arc, extrapoler
  • d) Mètre exact ; défini par la lumière depuis 1983
  • e) Feuille de 44,444{,}4 cm

a) Le mètre fut défini comme la dix-millionième partie du QUART du méridien terrestre, mesuré du pôle Nord à l'équateur en passant par Paris. Le quart de méridien vaut donc par construction 10710^{7} m, soit 10 00010\ 000 km, et le méridien entier 4×10 000=40 0004 \times 10\ 000 = 40\ 000 km. Ce chiffre rond n'est pas une coïncidence : c'est la définition qui l'a produit.

b) Un degré de méridien vaut 40 000/360111,1140\ 000 / 360 \approx 111{,}11 km. Une minute d'angle en vaut le soixantième, soit 111,11/601,852111{,}11 / 60 \approx 1{,}852 km. Cette longueur porte un nom en navigation : c'est le MILLE MARIN, dont la valeur a d'ailleurs été fixée à exactement 1 8521\ 852 m précisément pour cette raison. Un noeud, unité de vitesse des marins, est un mille marin par heure.

c) Parce que mesurer le méridien entier est impossible : il traverse des océans, des déserts et l'hémisphère sud. La méthode consiste à mesurer avec une très grande précision un ARC accessible, puis à extrapoler par proportionnalité, l'angle correspondant à cet arc étant déterminé par des observations astronomiques aux deux extrémités. C'est exactement la démarche d'Ératosthène, avec deux différences : un arc bien plus long, donc un angle mesurable avec une meilleure précision relative, et une mesure de distance par triangulation géodésique au lieu d'une estimation par temps de marche.

d) Non, le mètre actuel n'est pas faux : c'est la mesure du méridien de 1799 qui était légèrement inexacte, d'environ deux dix-millièmes. Comme la longueur du mètre étalon avait été matérialisée par une barre, on a conservé la barre plutôt que de changer l'unité, ce qui aurait fait varier toutes les mesures antérieures. Depuis, la définition a changé deux fois : le mètre a été rattaché à une longueur d'onde lumineuse en 1960, puis, depuis 1983, il est défini comme la distance parcourue par la lumière dans le vide en 1/299 792 4581/299\ 792\ 458 de seconde. La Terre a donc disparu de la définition, remplacée par une constante universelle : c'est une progression, l'étalon n'étant plus un objet susceptible de se déformer ni une planète susceptible d'être mieux mesurée.

e) Un degré de latitude vaut environ 111,11111{,}11 km, soit 11 111 00011\ 111\ 000 cm. À l'échelle 1:250 0001 : 250\ 000, la hauteur sur la carte vaut 11 111 000/250 00044,411\ 111\ 000 / 250\ 000 \approx 44{,}4 cm. C'est bien l'ordre de grandeur d'une feuille de carte topographique dépliée.

Exercice 3 : La Terre n'est pas une sphère

Newton prédit dès 1687 que la Terre doit être aplatie aux pôles. Il faudra deux expéditions et cinquante ans pour trancher, et la question n'était pas académique : elle décidait de la forme des cartes marines.

  • a) Le rayon équatorial vaut 6 378,1 km et le rayon polaire 6 356,8 km. Calculez la différence, puis l'aplatissement, défini comme cette différence rapportée au rayon équatorial. Exprimez-le aussi sous la forme d'une fraction de numérateur 1.
  • b) Expliquez physiquement pourquoi la rotation produit cet aplatissement. Pourquoi une planète qui tournerait deux fois plus vite serait-elle plus aplatie ?
  • c) Deux expéditions furent envoyées, l'une en Laponie, l'autre au Pérou, pour mesurer la longueur d'un degré de méridien. Expliquez ce qu'on cherchait à comparer et ce qu'on a trouvé.
  • d) Le géoïde s'écarte de l'ellipsoïde de plusieurs dizaines de mètres. Définissez les deux surfaces et dites laquelle sert de référence à une altitude de carte.
  • e) Un satellite mesure sa position par rapport à l'ellipsoïde. Expliquez pourquoi un récepteur affiche parfois une altitude surprenante au bord de la mer, et comment la correction se fait.

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Réponses

  • a) 21,321{,}3 km ; f3,34×1031/299f \approx 3{,}34 \times 10^{-3} \approx 1/299
  • b) Effet centrifuge maximal à l'équateur
  • c) Degré plus long près du pôle
  • d) Géoïde : référence des altitudes
  • e) Ellipsoïde contre géoïde : corriger l'ondulation

a) La différence vaut 6 378,16 356,8=21,36\ 378{,}1 - 6\ 356{,}8 = 21{,}3 km. L'aplatissement vaut f=21,3/6 378,13,34×103f = 21{,}3 / 6\ 378{,}1 \approx 3{,}34 \times 10^{-3}. Sous forme de fraction : 1/f299,41 / f \approx 299{,}4, donc f1/299f \approx 1/299. La valeur officielle vaut 1/298,2571/298{,}257. L'écart entre les deux rayons ne représente donc qu'un tiers de pour cent : à l'oeil, la Terre est une sphère très correcte, et un globe de 30 cm de diamètre devrait être aplati d'un millimètre seulement.

b) Un point de la surface décrit un cercle autour de l'axe des pôles. Pour qu'il reste sur ce cercle, il faut une force centripète, fournie par la pesanteur ; la partie de la pesanteur consacrée à cela n'est plus disponible pour plaquer la matière vers le centre, si bien que le poids apparent diminue. Cet effet est MAXIMAL à l'équateur, où le rayon du cercle est le plus grand, et NUL aux pôles, où le point ne décrit aucun cercle. La matière, qui se comporte comme un fluide sur des durées géologiques, se redistribue donc jusqu'à l'équilibre : elle s'accumule à l'équateur et s'abaisse aux pôles. Une planète tournant deux fois plus vite verrait l'effet centrifuge quadruplé, puisqu'il varie comme le carré de la vitesse angulaire, et serait donc bien plus aplatie : c'est le cas de Saturne, dont l'aplatissement est voisin d'un dixième.

c) On cherchait à comparer la longueur d'un degré de méridien à HAUTE latitude, en Laponie, et à basse latitude, au Pérou. Le raisonnement : si la Terre est aplatie aux pôles, sa courbure y est plus FAIBLE, donc il faut parcourir une plus grande distance pour que la verticale tourne d'un degré ; le degré doit donc être plus long près du pôle. C'est exactement ce qu'on a trouvé : environ 111,7111{,}7 km près du pôle contre 110,6110{,}6 km à l'équateur. Newton avait raison contre les cartographes français, qui avaient cru mesurer l'inverse à partir de données insuffisamment précises.

d) L'ELLIPSOÏDE est une surface mathématique lisse, définie par deux nombres, le rayon équatorial et l'aplatissement : c'est un modèle commode, sur lequel se font tous les calculs de coordonnées. Le GÉOÏDE est la surface d'équilibre du champ de pesanteur qui coïncide avec le niveau moyen des mers : il n'a pas d'équation simple, il monte au-dessus des excès de masse et descend au-dessus des déficits, et il s'écarte de l'ellipsoïde de 105-105 à +85+85 mètres selon les régions. C'est le GÉOÏDE qui sert de référence aux altitudes de carte, puisque c'est lui qui définit ce qu'est un niveau, donc dans quel sens l'eau coule.

e) Parce qu'un récepteur satellitaire calcule naturellement une hauteur au-dessus de l'ELLIPSOÏDE, alors que la carte donne une altitude au-dessus du GÉOÏDE. Au bord de la mer, l'altitude vraie est nulle par définition, mais la hauteur ellipsoïdale peut valoir plusieurs dizaines de mètres, positive ou négative selon le lieu : le récepteur affiche alors une valeur qui semble aberrante sans qu'aucune erreur de mesure soit en cause. La correction se fait en soustrayant l'ondulation du géoïde, c'est-à-dire l'écart entre les deux surfaces au point considéré, que le récepteur lit dans un modèle global stocké dans sa mémoire. Un récepteur bon marché utilise un modèle grossier, d'où des écarts résiduels de quelques mètres.

Exercice 4 : L'âge de la Terre avant la radioactivité

La frise place quatre estimations successives de l'âge de la Terre, sur une échelle où chaque graduation vaut dix fois la précédente. L'écart entre la première et la dernière dépasse six ordres de grandeur.

1 ka10 ka100 ka1 Ma10 Ma100 Ma1 Ga10 GaUssher, 1650Buffon, 1779Kelvin, 1897mesure actuelle
  • a) Lisez les quatre estimations. Calculez le rapport entre la mesure actuelle et celle de Ussher, puis entre la mesure actuelle et celle de Kelvin.
  • b) Buffon fait chauffer des boules de fer et mesure leur temps de refroidissement, puis extrapole à une boule de la taille de la Terre. Quelle hypothèse fait-il sans le dire, et pourquoi son résultat est-il si petit ?
  • c) Kelvin refait le calcul en 1897 avec la théorie de la conduction thermique et obtient entre 20 et 100 millions d'années. Il affirme que la géologie et la biologie devront s'y plier. Que manquait-il à son modèle ?
  • d) Expliquez pourquoi la découverte de la radioactivité en 1896 change complètement le problème. Citez ses DEUX effets sur la question de l'âge.
  • e) Que peut-on retenir de cet épisode sur la façon dont une science progresse ? Répondez en deux phrases, sans caricaturer Kelvin.

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a)
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Réponses

  • a) 7,6×1057{,}6 \times 10^{5} et 45
  • b) Buffon : aucune chaleur interne
  • c) Kelvin : source interne manquante
  • d) Radioactivité : chaleur et chronomètre
  • e) Calcul juste, hypothèse fausse

a) Les quatre estimations : Ussher en 1650, environ 6×1036 \times 10^{3} ans ; Buffon en 1779, environ 7,5×1047{,}5 \times 10^{4} ans ; Kelvin en 1897, environ 10810^{8} ans ; la mesure actuelle, 4,54×1094{,}54 \times 10^{9} ans. Rapport avec Ussher : 4,54×109/6×1037,6×1054{,}54 \times 10^{9} / 6 \times 10^{3} \approx 7{,}6 \times 10^{5}, soit plus de sept cent mille fois. Rapport avec Kelvin : 4,54×109/108454{,}54 \times 10^{9} / 10^{8} \approx 45, soit quarante-cinq fois.

b) Buffon suppose sans le dire que la Terre n'a AUCUNE source de chaleur interne : il la traite comme une boule chaude qui se refroidit et rien d'autre. Son résultat est très petit d'abord à cause de cette hypothèse, ensuite parce que ses boules d'expérience étaient minuscules et que l'extrapolation à un objet cent millions de fois plus grand en rayon amplifie toute erreur de loi, et enfin parce qu'il n'avait aucune théorie de la conduction : il extrapolait une durée mesurée, sans savoir comment elle dépendait du rayon.

c) Il manquait au modèle de Kelvin une SOURCE INTERNE de chaleur. Son calcul est mathématiquement irréprochable : il résout correctement l'équation de la chaleur pour une sphère initialement chaude qui se refroidit par conduction. Mais il suppose qu'aucune énergie n'est produite à l'intérieur, hypothèse alors parfaitement raisonnable puisque aucune source connue ne pouvait durer. La désintégration des éléments radioactifs présents dans le manteau fournit précisément cette source, et elle change le résultat d'un ordre de grandeur. L'erreur de Kelvin n'est pas de calcul, elle est d'HYPOTHÈSE, et son hypothèse n'était pas testable en 1897.

d) Deux effets, tous deux décisifs. Premier effet : la radioactivité fournit la source de chaleur interne qui manquait, ce qui INVALIDE le calcul de Kelvin et lève la contrainte qu'il imposait aux géologues. Second effet : la décroissance radioactive fournit un CHRONOMÈTRE, régulier, insensible à la température et à la pression, qui permet enfin de dater directement les roches au lieu de raisonner sur des vitesses supposées constantes. Le même phénomène détruit l'ancienne réponse et donne la nouvelle, ce qui est assez rare dans l'histoire des sciences pour être souligné.

e) On retient qu'un calcul juste peut donner un résultat faux si l'une de ses hypothèses est fausse, et que l'hypothèse fautive est souvent celle que personne ne songe à formuler, faute de savoir qu'elle en est une. Kelvin n'a pas mal raisonné : il a raisonné avec la physique de son temps, et c'est un phénomène inconnu de tous, découvert un an avant son calcul, qui l'a mis en défaut ; l'attitude critiquable n'est pas son résultat mais son assurance à imposer une conclusion physique à des disciplines dont les indices convergeaient déjà vers des durées bien plus longues.

Exercice 5 : Dater la Terre par les météorites

Aucune roche terrestre n'a l'âge de la Terre : la tectonique les recycle toutes. L'âge de 4,54 milliards d'années vient d'ailleurs, et c'est ce détour qui rend la mesure solide.

  • a) Pourquoi la plus vieille roche terrestre connue, datée de 4,03 milliards d'années, ne donne-t-elle pas l'âge de la Terre ? Que donne-t-elle exactement ?
  • b) Sur quoi mesure-t-on alors l'âge du système solaire ? Justifiez ce choix.
  • c) Le couple uranium 238 et plomb 206 a une demi-vie de 4,47 milliards d'années. Quelle fraction de l'uranium initial subsiste après 4,54 milliards d'années ?
  • d) Un échantillon lunaire contient 0,72 fois l'uranium 238 initial. Quel âge cela donne-t-il ?
  • e) Pourquoi la concordance entre météorites, roches lunaires et modèles du Soleil rend-elle cette date bien plus solide qu'une mesure unique, même très précise ?

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a)
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c)
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Réponses

  • a) Plus vieille roche : minorant
  • b) Météorites : chronomètres jamais rouverts
  • c) 0,51,015749,50{,}5^{1{,}0157} \approx 49{,}5 %
  • d) n0,474n \approx 0{,}474 : 2,122{,}12 milliards d'années
  • e) Méthodes indépendantes qui convergent

a) Parce que la surface de la Terre est constamment RENOUVELÉE : les plaques plongent dans le manteau aux zones de subduction, l'érosion démantèle les reliefs, et le métamorphisme réinitialise les chronomètres en rouvrant les systèmes minéraux. Aucune roche n'a donc traversé les premières centaines de millions d'années. Une roche datée de 4,034{,}03 milliards d'années donne exactement une chose : un MINORANT de l'âge de la Terre, qui est nécessairement plus vieille que la plus vieille de ses roches. C'est déjà une information forte, mais ce n'est pas l'âge cherché.

b) On le mesure sur les MÉTÉORITES, en particulier les chondrites, qui sont des fragments non différenciés du disque primitif. Ce choix se justifie parce que ces corps sont trop petits pour avoir connu une activité interne durable : ils n'ont ni tectonique, ni volcanisme, ni érosion, donc leurs chronomètres se sont fermés à la formation du système solaire et n'ont jamais été rouverts. Ils datent donc l'ACCRÉTION du disque, c'est-à-dire le moment où la Terre s'est formée elle aussi, à quelques dizaines de millions d'années près.

c) La fraction restante vaut f=0,5t/Tf = 0{,}5^{t/T} avec t=4,54t = 4{,}54 et T=4,47T = 4{,}47 milliards d'années. L'exposant vaut 4,54/4,471,01574{,}54 / 4{,}47 \approx 1{,}0157, donc f=0,51,01570,4946f = 0{,}5^{1{,}0157} \approx 0{,}4946. Il reste donc environ 49,549{,}5 pour cent de l'uranium 238 initial : la Terre a très légèrement dépassé une demi-vie de ce noyau, ce qui explique que ce couple soit exactement le bon chronomètre pour cette question.

d) On cherche le nombre nn de demi-vies tel que 0,5n=0,720{,}5^{n} = 0{,}72. À la calculatrice, 0,50,50,7070{,}5^{0{,}5} \approx 0{,}707 et 0,50,450,7320{,}5^{0{,}45} \approx 0{,}732 : nn est compris entre 0,450{,}45 et 0,50{,}5, et en resserrant n0,4739n \approx 0{,}4739. Donc t=0,4739×4,47×1092,12×109t = 0{,}4739 \times 4{,}47 \times 10^{9} \approx 2{,}12 \times 10^{9} ans, soit environ 2,122{,}12 milliards d'années. Cette valeur, bien inférieure à l'âge du système solaire, correspondrait à une roche lunaire remaniée, par exemple recristallisée lors d'un impact majeur : elle date l'événement qui a refermé le système, non la formation de la Lune.

e) Parce que ces trois approches sont INDÉPENDANTES : elles ne partagent ni les échantillons, ni les instruments, ni les hypothèses. Les météorites reposent sur la décroissance radioactive de couples variés ; les roches lunaires sur les mêmes lois mais des échantillons d'une autre origine ; les modèles d'évolution stellaire sur la physique nucléaire et le transfert de rayonnement, sans aucune radiochronologie. Une mesure unique, si précise soit-elle, reste vulnérable à une erreur SYSTÉMATIQUE, c'est-à-dire à un biais qui affecterait toutes les répétitions de la même façon, exactement comme le calcul de Kelvin. Trois méthodes qui ne se ressemblent pas et qui convergent ne peuvent être toutes fausses que par une coïncidence extraordinaire : c'est ce raisonnement, et non la précision affichée, qui fonde la confiance.

Partie B : Problèmes et raisonnement (/50)

Exercice 6 : Les saisons et l'inclinaison de l'axe

Le schéma montre la Terre en quatre points de son orbite. L'axe de rotation garde partout la MÊME direction dans l'espace, et c'est de cette invariance que naissent les saisons.

Soleilsolstice de juinsolstice de décembreéquinoxe de marséquinoxe de septembre
  • a) Décrivez ce qui distingue les deux solstices sur le schéma. Que se passe-t-il aux deux équinoxes ?
  • b) L'axe est incliné de 23,4 degrés. Calculez la hauteur du Soleil au-dessus de l'horizon, à midi, en un lieu de latitude 45,5 degrés nord, au solstice de juin puis au solstice de décembre.
  • c) Déduisez-en, par la loi de Lambert, le rapport des puissances surfaciques reçues à midi entre les deux solstices.
  • d) La Terre est à 147,1 millions de kilomètres du Soleil début janvier et à 152,1 millions début juillet. Calculez le rapport des constantes solaires correspondantes. Comparez au résultat de la question c et concluez.
  • e) La durée du jour intervient aussi. À cette latitude, le jour dure 15 h 40 min au solstice de juin et 8 h 45 min à celui de décembre. Estimez le rapport des énergies reçues sur une journée entière, en combinant hauteur et durée.

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a)
b)
c)
d)
e)
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Réponses

  • a) Solstices opposés ; équinoxes : 12 h partout
  • b) 67,9°67{,}9° et 21,1°21{,}1°
  • c) Rapport 2,57\approx 2{,}57
  • d) Distance : 1,0691{,}069 seulement
  • e) 1,79×2,574,61{,}79 \times 2{,}57 \approx 4{,}6

a) Au solstice de juin, l'hémisphère nord est incliné VERS le Soleil : le pôle Nord est éclairé en permanence, les jours y sont les plus longs et le Soleil monte le plus haut. Au solstice de décembre, c'est l'inverse, l'hémisphère nord étant incliné à l'opposé du Soleil. Aux deux ÉQUINOXES, l'axe est perpendiculaire à la direction du Soleil : les deux hémisphères sont éclairés de la même façon, le terminateur passe par les deux pôles, et le jour dure douze heures partout sur Terre. L'axe n'a pas bougé entre les quatre positions : seule la position de la Terre par rapport au Soleil a changé.

b) La hauteur du Soleil à midi vaut h=90°φ+δh = 90° - \varphi + \delta, où φ\varphi est la latitude et δ\delta la déclinaison du Soleil, qui vaut +23,4°+23{,}4° au solstice de juin et 23,4°-23{,}4° à celui de décembre. En juin : h=9045,5+23,4=67,9°h = 90 - 45{,}5 + 23{,}4 = 67{,}9°. En décembre : h=9045,523,4=21,1°h = 90 - 45{,}5 - 23{,}4 = 21{,}1°. L'écart, de près de 47 degrés, correspond exactement au double de l'inclinaison de l'axe.

c) L'angle d'incidence depuis la verticale vaut 90°h90° - h. En juin, cos(9067,9)=cos(22,1°)0,9265\cos(90 - 67{,}9) = \cos(22{,}1°) \approx 0{,}9265 ; en décembre, cos(9021,1)=cos(68,9°)0,3600\cos(90 - 21{,}1) = \cos(68{,}9°) \approx 0{,}3600. Le rapport vaut 0,9265/0,36002,570{,}9265 / 0{,}3600 \approx 2{,}57 : à midi, un mètre carré horizontal reçoit environ deux fois et demie plus de puissance en juin qu'en décembre, uniquement à cause de l'angle. On peut aussi remarquer que cos(90°h)=sinh\cos(90° - h) = \sin h, ce qui simplifie le calcul.

d) La puissance reçue varie comme l'inverse du carré de la distance. Le rapport janvier sur juillet vaut (152,1/147,1)2=(1,03399)21,0691(152{,}1 / 147{,}1)^{2} = (1{,}03399)^{2} \approx 1{,}0691, soit environ 6,96{,}9 pour cent d'écart. Comparé au facteur 2,572{,}57 de la question c, cet effet est presque dix fois plus faible. Conclusion : la variation de distance existe et se mesure, mais elle est très largement dominée par l'effet d'inclinaison, et elle joue d'ailleurs dans le SENS CONTRAIRE de l'hiver boréal, puisque la Terre est au plus près du Soleil début janvier. Cela suffit à écarter définitivement l'explication des saisons par la distance.

e) On combine les deux facteurs. Le rapport des durées vaut 15,67/8,751,7915{,}67 / 8{,}75 \approx 1{,}79. En prenant la hauteur de midi comme représentative de la journée, le rapport des énergies vaut approximativement 2,57×1,794,612{,}57 \times 1{,}79 \approx 4{,}61. Une journée de juin apporte donc environ quatre fois et demie plus d'énergie qu'une journée de décembre à cette latitude. Cette estimation est grossière, car le Soleil n'est pas à sa hauteur de midi toute la journée ; un calcul intégré donne un rapport un peu plus faible, de l'ordre de 3,5. L'ordre de grandeur, lui, est le bon, et il explique sans autre ingrédient l'écart de température entre les deux saisons.

Exercice 7 : Les paramètres orbitaux et les glaciations

Le diagramme donne les périodes des trois paramètres orbitaux qui modulent lentement l'ensoleillement reçu par la Terre. Ils portent le nom de l'astronome qui les a rassemblés en une théorie du climat.

excentricité100obliquité41précession23020406080100
  • a) Nommez les trois paramètres et décrivez, pour chacun, ce qui varie exactement.
  • b) Lisez les trois périodes sur le diagramme. Combien de cycles de précession tiennent dans un cycle d'excentricité ? et de cycles d'obliquité ?
  • c) Ces paramètres ne changent presque pas l'énergie TOTALE reçue par la Terre sur une année. Comment peuvent-ils alors déclencher une glaciation ?
  • d) Les enregistrements montrent une alternance glaciaire dominée par une période de 100 000 ans depuis un million d'années, alors qu'elle était de 41 000 ans auparavant. Que prédit la théorie, et que faut-il en conclure ?
  • e) Citez trois indicateurs qui permettent de reconstituer les climats passés, en précisant pour chacun la grandeur mesurée et la portée temporelle.

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a)
b)
c)
d)
e)
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Réponses

  • a) Excentricité, obliquité, précession
  • b) 4,354{,}35 et 2,442{,}44 cycles
  • c) Répartition : l'été à 65° nord
  • d) Problème des 100 000 ans : réponse interne
  • e) Glace, foraminifères, cernes

a) L'EXCENTRICITÉ mesure l'allongement de l'orbite : elle varie d'une valeur presque nulle, orbite quasi circulaire, à environ 0,060{,}06, ce qui modifie l'écart entre le point le plus proche et le point le plus éloigné du Soleil. L'OBLIQUITÉ est l'inclinaison de l'axe de rotation sur le plan de l'orbite : elle oscille entre environ 22,1°22{,}1° et 24,5°24{,}5°, ce qui renforce ou atténue le contraste entre les saisons. La PRÉCESSION est la lente rotation de la direction de l'axe, qui décrit un cône : elle change la SAISON à laquelle la Terre passe au plus près du Soleil, sans changer ni la forme de l'orbite ni l'inclinaison.

b) Les trois périodes sont environ 100 000100\ 000 ans pour l'excentricité, 41 00041\ 000 ans pour l'obliquité et 23 00023\ 000 ans pour la précession. Nombre de cycles de précession dans un cycle d'excentricité : 100/234,35100 / 23 \approx 4{,}35. Nombre de cycles d'obliquité : 100/412,44100 / 41 \approx 2{,}44. Ces rapports ne sont pas entiers, ce qui est important : les trois cycles ne se remettent jamais en phase de façon régulière, et le signal résultant n'est donc jamais périodique au sens strict.

c) Parce que ce n'est pas l'énergie TOTALE qui décide, c'est sa RÉPARTITION dans l'année et en latitude. Une glaciation ne commence pas parce qu'il fait plus froid en moyenne, mais parce que la neige tombée en hiver aux hautes latitudes de l'hémisphère nord ne fond pas entièrement pendant l'été. Ce qui compte est donc l'ensoleillement d'ÉTÉ vers 65 degrés nord, que les trois paramètres modulent fortement même quand la moyenne annuelle globale ne bouge presque pas. Une fois la neige conservée, l'albédo augmente, ce qui refroidit davantage : la rétroaction fait le reste, et c'est elle qui amplifie une cause astronomique modeste en un changement climatique majeur.

d) La théorie prédit un forçage dominé par l'obliquité et la précession, l'excentricité étant de très loin le plus faible des trois en amplitude d'ensoleillement. Or c'est précisément la période de 100 000100\ 000 ans qui domine les enregistrements depuis un million d'années, alors qu'elle correspond au forçage le plus faible : c'est ce qu'on appelle le problème des 100 000 ans. Il faut en conclure que les paramètres orbitaux ne suffisent pas à eux seuls : ils donnent le RYTHME, mais l'amplitude et la période dominante viennent de la réponse interne du système climatique, calottes de glace, cycle du carbone et rétroactions, qui n'est pas proportionnelle au forçage. Une théorie peut donner le bon rythme sans donner la bonne amplitude, et le dire est plus honnête que de forcer l'accord.

e) Trois indicateurs. Les CAROTTES DE GLACE : on y mesure le rapport des isotopes de l'oxygène dans la glace, qui dépend de la température au moment de la chute de neige, et on analyse directement l'air des bulles emprisonnées, qui donne la composition de l'atmosphère du passé ; la portée atteint 800 000 ans en Antarctique. Les FORAMINIFÈRES des sédiments marins : on mesure le rapport isotopique de l'oxygène dans leur coquille calcaire, qui dépend du volume des glaces continentales ; la portée dépasse plusieurs dizaines de millions d'années. Les CERNES d'arbres : on mesure leur épaisseur, qui dépend des conditions de croissance de l'année, avec une résolution annuelle mais une portée limitée à quelques milliers d'années. On peut y ajouter les POLLENS des tourbières, qui renseignent sur la végétation donc sur le climat régional.

Exercice 8 : Cinq affirmations à corriger

Chacune des cinq affirmations suivantes est FAUSSE. Dites pourquoi et donnez l'énoncé correct.

  • 1) « Ératosthène a supposé que la Terre était ronde ; son expérience ne le prouve pas. »
  • 2) « Le mètre est faux, puisque le quart de méridien vaut 10 002 km et non 10 000. »
  • 3) « La Terre est aplatie aux pôles parce que la force centrifuge y est maximale. »
  • 4) « Kelvin s'est trompé parce qu'il a mal fait ses calculs. »
  • 5) « La plus vieille roche terrestre donne l'âge de la Terre. »

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1)
2)
3)
4)
5)
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Réponses

  • 1) Courbure déduite, pas supposée
  • 2) Mètre exact, méridien approximatif
  • 3) Centrifuge maximal à l'équateur
  • 4) Hypothèse fausse, calcul juste
  • 5) Roche : minorant ; âge par les météorites

1) FAUX. L'observation de deux ombres différentes au même instant, sous des rayons parallèles, IMPOSE que les deux verticales ne soient pas parallèles, donc que la surface soit courbe : c'est une déduction, pas une hypothèse. Énoncé correct : Ératosthène a supposé les rayons du Soleil parallèles et la Terre sphérique plutôt que simplement courbe ; la courbure, elle, découle de l'observation.

2) FAUX. La longueur du mètre a été fixée par un étalon matériel, et c'est la MESURE du méridien de 1799 qui était inexacte de deux dix-millièmes. Depuis 1983, le mètre est d'ailleurs défini par la vitesse de la lumière et ne dépend plus de la Terre. Énoncé correct : le mètre est exact par définition ; c'est la coïncidence entre le méridien et 40 000 km qui n'est qu'approximative.

3) FAUX dans les termes. L'effet centrifuge est NUL aux pôles, où un point ne décrit aucun cercle, et MAXIMAL à l'équateur, où le rayon du cercle décrit est le plus grand. Énoncé correct : la Terre est renflée à l'équateur parce que l'effet centrifuge y est maximal, ce qui revient au même aplatissement observé mais désigne correctement la cause.

4) FAUX. Son calcul de conduction thermique est mathématiquement correct. Ce qui manquait était une HYPOTHÈSE : il supposait la Terre sans source de chaleur interne, la radioactivité venant à peine d'être découverte. Énoncé correct : Kelvin s'est trompé sur une hypothèse physique, non sur ses calculs, et c'est un phénomène alors inconnu qui l'a mis en défaut.

5) FAUX. La tectonique et l'érosion recyclent en permanence la surface terrestre : aucune roche n'a traversé les premières centaines de millions d'années. Une roche de 4,034{,}03 milliards d'années ne donne qu'un MINORANT. Énoncé correct : l'âge de la Terre, 4,544{,}54 milliards d'années, est établi sur les météorites, restées inertes depuis la formation du système solaire.

Exercice 9 : Lire un enregistrement climatique

Une carotte de glace prélevée en Antarctique livre, tous les mètres, la composition isotopique de la glace et celle de l'air emprisonné. On veut savoir ce que ces deux mesures disent et ce qu'elles ne disent pas.

  • a) Expliquez pourquoi le rapport isotopique de l'oxygène dans la glace renseigne sur la température au moment de la chute de neige.
  • b) La carotte fait 3 270 m et couvre 800 000 ans. Calculez la résolution moyenne, en années par mètre. Pourquoi la résolution est-elle bien meilleure en haut de la carotte qu'en bas ?
  • c) L'air des bulles donne la teneur en dioxyde de carbone de l'atmosphère du passé. Pourquoi cette mesure est-elle plus directe que celle de la température ? Quelle difficulté propre présente-t-elle sur la datation ?
  • d) Sur les 800 000 ans, la teneur en dioxyde de carbone oscille entre 180 et 300 parties par million. Elle vaut aujourd'hui 420. De combien pour cent la valeur actuelle dépasse-t-elle le maximum de la période ? Et le minimum ?
  • e) Un lecteur affirme que le climat a toujours varié, donc que la variation actuelle n'a rien de remarquable. Répondez en trois arguments tirés de la carotte elle-même.

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a)
b)
c)
d)
e)
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Réponses

  • a) Oxygène 18 : indicateur de température
  • b) 245 ans par mètre, glace comprimée
  • c) Air direct mais plus jeune que la glace
  • d) +40 % et +133 %
  • e) Amplitude, vitesse, cause

a) Parce que les molécules d'eau contenant l'isotope 18 de l'oxygène sont plus LOURDES que celles contenant l'isotope 16 : elles s'évaporent un peu moins facilement et se condensent un peu plus facilement. Sur le trajet qui mène de l'océan tropical au pôle, la vapeur s'appauvrit donc progressivement en isotope lourd, et d'autant plus que le refroidissement est important. La glace polaire est ainsi d'autant plus appauvrie en oxygène 18 que la température était basse au moment de la chute de neige. Le rapport isotopique n'est donc pas un thermomètre direct : c'est un indicateur, calibré sur les observations actuelles puis extrapolé, ce qui est exactement ce qu'il faut dire dans une copie.

b) La résolution moyenne vaut 800 000/3 270245800\ 000 / 3\ 270 \approx 245 ans par mètre. Elle est bien meilleure en haut parce que la glace se COMPRIME sous son propre poids : une année de neige représente plusieurs dizaines de centimètres en surface et quelques millimètres au fond. Un mètre de carotte profonde couvre donc bien plus de temps qu'un mètre de carotte superficielle, et la résolution se dégrade continûment avec la profondeur, jusqu'à ne plus permettre de distinguer les saisons ni même les siècles.

c) Elle est plus DIRECTE parce qu'on mesure l'air lui-même : la bulle contient un échantillon de l'atmosphère du passé, et l'on dose son dioxyde de carbone comme on doserait celui d'aujourd'hui. Aucun modèle de calibration n'est nécessaire, contrairement au rapport isotopique. La difficulté propre porte sur la DATATION : l'air n'est emprisonné qu'à une soixantaine de mètres de profondeur, lorsque la neige devient assez dense pour se fermer, si bien que l'air est systématiquement plus JEUNE que la glace qui l'entoure, de quelques centaines à quelques milliers d'années selon le site. Comparer une température lue dans la glace à une teneur lue dans la bulle voisine exige donc de corriger ce décalage, faute de quoi on se tromperait sur l'ordre des événements.

d) Par rapport au maximum de la période, 300 ppm : (420300)/300=0,40(420 - 300) / 300 = 0{,}40, soit 40 pour cent au-dessus. Par rapport au minimum, 180 ppm : (420180)/1801,333(420 - 180) / 180 \approx 1{,}333, soit 133 pour cent au-dessus, c'est-à-dire plus du double. La valeur actuelle est donc HORS de l'intervalle parcouru pendant huit cent mille ans, et non près de sa borne haute.

e) Trois arguments tirés de la carotte. Un, l'AMPLITUDE : la teneur actuelle de 420 ppm dépasse de 40 pour cent le maximum atteint en 800 000 ans, période qui couvre pourtant huit cycles glaciaires complets ; la variation actuelle n'est pas dans la gamme des variations passées, elle en sort. Deux, la VITESSE : les transitions naturelles enregistrées font passer la teneur de 180 à 280 ppm en cinq à dix mille ans, soit environ 0,020{,}02 ppm par an, alors que la hausse actuelle dépasse 2 ppm par an, soit cent fois plus vite. Trois, la CAUSE : dans les cycles enregistrés, la teneur en dioxyde de carbone SUIT le réchauffement, dont elle amplifie l'effet ; aujourd'hui elle le PRÉCÈDE, et sa signature isotopique désigne un carbone fossile. L'argument « le climat a toujours varié » est donc exact et sans portée : c'est précisément parce qu'on connaît les variations passées, grâce à cette carotte, qu'on peut affirmer que celle-ci n'y ressemble pas.

Exercice 10 : Problème : refaire la mesure d'Ératosthène aujourd'hui

Deux classes, l'une à Montréal, latitude 45,50 degrés nord, l'autre à Bogota, latitude 4,71 degrés nord, mesurent le même jour à midi solaire l'ombre d'un bâton vertical de 1,00 m. Les deux villes sont presque sur le même méridien, à 73,6 et 74,1 degrés ouest.

  • a) Le jour choisi est un équinoxe. Calculez la hauteur du Soleil à midi dans chacune des deux villes, puis la longueur de l'ombre du bâton.
  • b) Déduisez de ces deux ombres l'angle au centre de la Terre entre les deux villes, sans utiliser les latitudes données.
  • c) La distance entre les deux villes vaut 4 535 km. Calculez la circonférence de la Terre, puis son rayon.
  • d) Comparez à la valeur admise, 40 008 km. Calculez l'écart relatif et dites s'il est acceptable.
  • e) Une classe se trompe de 2 mm sur la mesure d'une ombre de 1,02 m. Estimez l'erreur qui en résulte sur la circonférence. Que faut-il faire pour améliorer la mesure, et pourquoi le choix des deux villes compte-t-il plus que la précision des règles ?

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a)
b)
c)
d)
e)
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Réponses

  • a) 44,50°44{,}50° et 85,29°85{,}29° ; ombres 1,0181{,}018 et 0,0820{,}082 m
  • b) Angle au centre 40,79°40{,}79°
  • c) 40 02540\ 025 km, R6 370R \approx 6\ 370 km
  • d) 17 km, soit 0,040{,}04 %
  • e) Environ 55 km : éloigner les villes

a) À l'équinoxe, la déclinaison du Soleil est nulle, donc la hauteur à midi vaut h=90°φh = 90° - \varphi. À Montréal : h=9045,50=44,50°h = 90 - 45{,}50 = 44{,}50°. À Bogota : h=904,71=85,29°h = 90 - 4{,}71 = 85{,}29°. La longueur de l'ombre d'un bâton vertical de hauteur HH vaut L=H/tanhL = H / \tan h. À Montréal : L=1,00/tan(44,50°)1,0176L = 1{,}00 / \tan(44{,}50°) \approx 1{,}0176 m. À Bogota : L=1,00/tan(85,29°)0,0824L = 1{,}00 / \tan(85{,}29°) \approx 0{,}0824 m, soit environ 8 cm.

b) L'angle de l'ombre par rapport à la verticale vaut θ=arctan(L/H)\theta = \arctan(L / H). À Montréal : θ=arctan(1,0176)45,50°\theta = \arctan(1{,}0176) \approx 45{,}50°. À Bogota : θ=arctan(0,0824)4,71°\theta = \arctan(0{,}0824) \approx 4{,}71°. On retrouve bien les latitudes, ce qui est normal un jour d'équinoxe. L'angle au centre entre les deux villes vaut la DIFFÉRENCE de ces deux angles, soit 45,504,71=40,79°45{,}50 - 4{,}71 = 40{,}79°. On ne l'a pas obtenu en soustrayant les latitudes données mais en mesurant deux ombres, ce qui est bien la démarche d'Ératosthène : on n'a rien supposé de la position des villes.

c) La proportionnalité donne : circonférence =4 535×360/40,7940 025= 4\ 535 \times 360 / 40{,}79 \approx 40\ 025 km. Le rayon vaut R=C/(2π)=40 025/6,28326 370R = C / (2\pi) = 40\ 025 / 6{,}2832 \approx 6\ 370 km.

d) L'écart vaut 40 02540 008=1740\ 025 - 40\ 008 = 17 km, soit 17/40 0084,2×10417 / 40\ 008 \approx 4{,}2 \times 10^{-4}, c'est-à-dire environ 0,040{,}04 pour cent. C'est parfaitement acceptable, et même remarquable : près de quarante fois mieux qu'Ératosthène, avec deux bâtons et une carte routière. L'écart résiduel vient surtout de ce que les deux villes ne sont pas exactement sur le même méridien et que la Terre n'est pas sphérique.

e) Une erreur de 2 mm sur une ombre de 1,021{,}02 m fait varier l'angle : arctan(1,020)45,5675°\arctan(1{,}020) \approx 45{,}5675° et arctan(1,018)45,5107°\arctan(1{,}018) \approx 45{,}5107°, soit un écart d'environ 0,056°0{,}056°. Rapporté à un angle au centre de 40,79°40{,}79°, cela fait une erreur relative de 0,056/40,791,4×1030{,}056 / 40{,}79 \approx 1{,}4 \times 10^{-3}, donc environ 0,140{,}14 pour cent sur la circonférence, soit près de 55 km. Pour améliorer la mesure, il faut d'abord AUGMENTER l'angle au centre, c'est-à-dire choisir deux villes très éloignées en latitude : la même erreur absolue de 0,056°0{,}056° sur un angle de 80 degrés donnerait une erreur relative deux fois plus faible. Le choix des villes compte donc plus que la précision des règles parce que l'erreur relative est le rapport de l'erreur d'angle à l'angle mesuré : on gagne bien plus en agrandissant le dénominateur qu'en réduisant le numérateur. C'est un principe général de mesure, et il vaut aussi pour Delambre et Méchain, qui ont mesuré un arc de près de dix degrés, plus long que les 7,27{,}2 degrés d'Ératosthène.

Partie C : les classiques (/50)

Exercice 11 : La triangulation de Delambre et Méchain

Pour mesurer l'arc de méridien de Dunkerque à Barcelone, Delambre et Méchain ne mesurent directement qu'une seule longueur, la BASE, sur un terrain plat. Tout le reste est obtenu en mesurant des ANGLES depuis des clochers et des sommets, qui forment une chaîne de triangles.

Dans un triangle ABC, la loi des sinus s'écrit BCsinA=ACsinB=ABsinC\frac{BC}{\sin A} = \frac{AC}{\sin B} = \frac{AB}{\sin C}.

  • a) La base AB mesure 11,711{,}7 km. Depuis A et B, on vise un clocher C : on mesure A^=62,0°\widehat{A} = 62{,}0° et B^=71,0°\widehat{B} = 71{,}0°. Quel est l'angle C^\widehat{C} ? Pourquoi le mesurer quand même sur place ?
  • b) Calculez les longueurs AC et BC, au dixième de kilomètre.
  • c) On forme un second triangle ACD sur le côté AC, avec A^=55,0°\widehat{A} = 55{,}0° et C^=68,0°\widehat{C} = 68{,}0°. Calculez l'angle D^\widehat{D}, puis la longueur AD.
  • d) Au bout de la chaîne, l'arc entre Dunkerque et Barcelone mesure 1 075,21\ 075{,}2 km, pour une différence de latitude de 9,674°9{,}674° mesurée par l'observation des étoiles. Calculez la longueur d'un degré de méridien, puis celle du quart de méridien.
  • e) Pourquoi mesurer des angles plutôt que des distances ? Une erreur de 1 cm sur la base de 11,711{,}7 km représente quelle erreur relative, et que devient-elle au bout de la chaîne ?

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a)
b)
c)
d)
e)
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Réponses

  • a) C^=47,0°\widehat{C} = 47{,}0°, mesuré pour contrôler
  • b) AC15,1AC \approx 15{,}1 km, BC14,1BC \approx 14{,}1 km
  • c) D^=57,0°\widehat{D} = 57{,}0°, AD16,7AD \approx 16{,}7 km
  • d) 111,14111{,}14 km par degré, 10 00310\ 003 km
  • e) 8,5×1078{,}5 \times 10^{-7}, inchangée sur la chaîne

a) La somme des angles d'un triangle vaut 180°180°, donc C^=18062,071,0=47,0°\widehat{C} = 180 - 62{,}0 - 71{,}0 = 47{,}0°. On le mesure quand même : si la somme des trois angles mesurés ne donne pas 180°180°, à la précision près, une visée est fausse. C'est un contrôle gratuit, et les géodésiens le faisaient sur chaque triangle.

b) Loi des sinus : AC=AB×sinBsinC=11,7×sin71,0°sin47,0°11,7×0,94550,731415,1AC = \frac{AB \times \sin B}{\sin C} = \frac{11{,}7 \times \sin 71{,}0°}{\sin 47{,}0°} \approx \frac{11{,}7 \times 0{,}9455}{0{,}7314} \approx 15{,}1 km. BC=AB×sinAsinC=11,7×0,88290,731414,1BC = \frac{AB \times \sin A}{\sin C} = \frac{11{,}7 \times 0{,}8829}{0{,}7314} \approx 14{,}1 km. Contrôle : le plus grand côté, AC, est bien opposé au plus grand angle, B^\widehat{B}.

c) D^=18055,068,0=57,0°\widehat{D} = 180 - 55{,}0 - 68{,}0 = 57{,}0°. Dans le triangle ACD, AD est opposé à C^\widehat{C} : AD=AC×sin68,0°sin57,0°15,13×0,92720,838716,7AD = \frac{AC \times \sin 68{,}0°}{\sin 57{,}0°} \approx \frac{15{,}13 \times 0{,}9272}{0{,}8387} \approx 16{,}7 km. On a gardé AC avec deux décimales pour ne pas enchaîner les arrondis. D'un triangle à l'autre, la chaîne progresse sans qu'aucune nouvelle distance ne soit mesurée au sol.

d) Un degré de méridien vaut 1 075,29,674111,14\frac{1\ 075{,}2}{9{,}674} \approx 111{,}14 km. Le quart de méridien couvre 90°90° : 111,14×9010 003111{,}14 \times 90 \approx 10\ 003 km. On retrouve les 10 00010\ 000 km de la définition du mètre, à trois dix-millièmes près.

e) Au XVIIIe siècle, mesurer une longue distance au sol, avec des règles posées bout à bout par-dessus les champs et les rivières, est lent et imprécis ; mesurer un angle avec un instrument de visée est rapide et très précis. Une erreur de 1 cm sur 11,711{,}7 km vaut 0,0111 7008,5×107\frac{0{,}01}{11\ 700} \approx 8{,}5 \times 10^{-7} en relatif. Toutes les longueurs de la chaîne étant proportionnelles à la base, cette erreur relative se retrouve TELLE QUELLE sur l'arc entier : elle ne grandit pas avec la distance, contrairement aux erreurs d'angle, qui s'accumulent d'un triangle à l'autre.

Exercice 12 : Le mouvement rétrograde de Mars

Observée nuit après nuit sur le fond des étoiles, Mars avance d'ouest en est, puis s'arrête, recule pendant environ deux mois, s'arrête de nouveau et reprend sa marche. Ptolémée expliquait cette boucle par des épicycles ; Copernic en donne une explication bien plus simple.

Données : la Terre fait le tour du Soleil en 365,25365{,}25 jours, Mars en 687 jours. On assimile les orbites à des cercles parcourus à vitesse constante, dans le même sens.

  • a) Calculez, en degrés par jour, la vitesse angulaire de la Terre et celle de Mars autour du Soleil.
  • b) La période synodique est la durée qui sépare deux alignements successifs Soleil, Terre, Mars. Montrez qu'elle correspond à un tour complet de retard de Mars sur la Terre, puis calculez-la en jours et en années.
  • c) Dans le modèle héliocentrique, à quel moment Mars paraît-elle reculer ? Expliquez avec une image de la vie courante.
  • d) Une opposition de Mars, où Mars est à l'opposé du Soleil dans le ciel, a lieu un jour donné. Dans combien de jours aura lieu la suivante ? Même question pour Jupiter, qui fait le tour du Soleil en 11,8611{,}86 ans.
  • e) Pourquoi le mouvement rétrograde est-il un argument en faveur de Copernic, alors que le modèle de Ptolémée en rendait compte lui aussi ?

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Réponses

  • a) 0,98560{,}9856 et 0,52400{,}5240 degré par jour
  • b) 360/0,4616780360 / 0{,}4616 \approx 780 jours
  • c) La Terre dépasse Mars
  • d) 780 jours ; Jupiter 399 jours
  • e) Rétrograde expliqué sans épicycle

a) Terre : 360365,250,9856\frac{360}{365{,}25} \approx 0{,}9856 degré par jour. Mars : 3606870,5240\frac{360}{687} \approx 0{,}5240 degré par jour. La Terre, plus proche du Soleil, tourne presque deux fois plus vite en angle.

b) La Terre gagne sur Mars 0,98560,5240=0,46160{,}9856 - 0{,}5240 = 0{,}4616 degré par jour. Les deux planètes se retrouvent alignées avec le Soleil quand la Terre a pris un tour complet d'avance, soit 360°360° : cela prend 3600,4616780\frac{360}{0{,}4616} \approx 780 jours, soit environ 2,142{,}14 ans. Le piège est de répondre 687 jours : pendant ce temps, la Terre a elle aussi avancé.

c) Mars paraît reculer quand la Terre la DÉPASSE, c'est-à-dire autour de l'opposition, lorsque les deux planètes sont du même côté du Soleil. C'est comme doubler un camion sur l'autoroute : au moment où l'on passe devant lui, il semble reculer par rapport aux arbres lointains, alors qu'il avance. Aucune planète ne recule réellement ; c'est la ligne de visée depuis la Terre, elle-même en mouvement, qui balaie le fond des étoiles à rebours.

d) Pour Mars, la suivante a lieu environ 780 jours plus tard. Pour Jupiter : 36011,86×365,250,0831\frac{360}{11{,}86 \times 365{,}25} \approx 0{,}0831 degré par jour, donc un gain de 0,98560,0831=0,90250{,}9856 - 0{,}0831 = 0{,}9025 degré par jour et une période synodique de 3600,9025399\frac{360}{0{,}9025} \approx 399 jours. Jupiter, très lente, est rattrapée un peu plus d'un an après chaque opposition.

e) Ptolémée rendait compte du mouvement rétrograde, mais au prix d'un épicycle ajusté pour chaque planète, sans aucune raison qui relie la taille de la boucle à celle de l'orbite. Chez Copernic, le phénomène découle automatiquement du mouvement de la Terre : la boucle se produit toujours à l'opposition, et elle est d'autant plus petite que la planète est lointaine, deux faits que le modèle géocentrique devait supposer séparément. Deux modèles peuvent décrire les mêmes observations ; on retient celui qui les explique avec le moins d'hypothèses ajustées.

Exercice 13 : Les horloges des géologues

Avant la radioactivité, les géologues estiment les durées par des vitesses supposées constantes : épaisseur de sédiments déposée chaque année, quantité de sel apportée à la mer par les fleuves. Ces méthodes sont différentes de celles de Buffon et de Kelvin, et elles ont leurs propres hypothèses cachées.

  • a) Une coupe géologique montre 3 000 m de calcaires. On estime qu'il s'en dépose 0,10{,}1 mm par an. Quelle durée de dépôt cela représente-t-il ?
  • b) En se transformant en roche, un sédiment se tasse : 1 m de calcaire correspond à 2 m de dépôt initial. Corrigez la durée de la question a.
  • c) En 1899, John Joly estime que les océans contiennent 1,5×10161{,}5 \times 10^{16} tonnes de sodium et que les fleuves en apportent 1,6×1081{,}6 \times 10^{8} tonnes par an. En supposant les océans initialement d'eau douce, quel âge obtient-il pour les océans ?
  • d) Citez l'hypothèse de Joly qui est fausse et dites si elle conduit à surestimer ou à sous-estimer l'âge.
  • e) Combien de fois l'âge de Joly est-il plus petit que l'âge de la Terre, 4,544{,}54 milliards d'années ? Que mesure réellement son calcul ?

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Réponses

  • a) 3×1073 \times 10^{7} ans
  • b) Tassement : 6×1076 \times 10^{7} ans
  • c) Sel : 9,4×1079{,}4 \times 10^{7} ans
  • d) Sodium qui sort : âge sous-estimé
  • e) 48 fois trop court : temps de résidence

a) 0,10{,}1 mm =104= 10^{-4} m. Durée : 3 000104=3×107\frac{3\ 000}{10^{-4}} = 3 \times 10^{7} ans, soit 30 millions d'années. Le piège est la conversion : 0,10{,}1 mm n'est pas 10310^{-3} m.

b) Les 3 000 m de roche proviennent de 6 000 m de dépôt. La durée double : 6 000104=6×107\frac{6\ 000}{10^{-4}} = 6 \times 10^{7} ans, soit 60 millions d'années. Une seule correction physique fait varier le résultat d'un facteur 2, et d'autres hypothèses sont bien plus incertaines, à commencer par la vitesse de dépôt elle-même.

c) Âge des océans : 1,5×10161,6×1089,4×107\frac{1{,}5 \times 10^{16}}{1{,}6 \times 10^{8}} \approx 9{,}4 \times 10^{7} ans, soit environ 94 millions d'années. Joly en tire un âge de l'ordre de 100 millions d'années, voisin de celui de Kelvin, ce qui semblait confirmer ce dernier.

d) Joly suppose que le sodium S'ACCUMULE sans jamais quitter l'océan. C'est faux : il en sort en permanence, piégé dans les sédiments, dans les dépôts de sel des lagunes qui s'assèchent et dans les roches du plancher océanique. Une partie du sel apporté a donc disparu, et en ne comptant que ce qui reste, Joly SOUS-ESTIME la durée écoulée.

e) 4,54×1099,4×10748\frac{4{,}54 \times 10^{9}}{9{,}4 \times 10^{7}} \approx 48 : l'âge de Joly est environ 48 fois trop petit. Son calcul ne mesure pas l'âge des océans mais le TEMPS DE RÉSIDENCE du sodium, c'est-à-dire la durée moyenne qu'un atome de sodium passe dans l'océan entre son arrivée et sa sortie, puisque les entrées et les sorties se compensent aujourd'hui. Le calcul était juste, l'hypothèse d'accumulation était fausse : c'est la même leçon que pour Kelvin.

Exercice 14 : Problème : les phases de Vénus, l'argument de Galilée

En 1610, Galilée pointe sa lunette vers Vénus et observe qu'elle présente des phases, comme la Lune, et que sa taille apparente change beaucoup : grande quand elle est en croissant fin, petite quand elle est presque pleine.

On prend des orbites circulaires, de rayon 1 UA pour la Terre et 0,7230{,}723 UA pour Vénus, et un diamètre de Vénus de 12 104 km ; 1 UA vaut 1,496×1081{,}496 \times 10^{8} km.

  • a) L'élongation est l'angle entre les directions de Vénus et du Soleil vues depuis la Terre. Justifiez que l'élongation maximale est atteinte quand la ligne de visée est tangente à l'orbite de Vénus, puis calculez-la. Pourquoi ne voit-on jamais Vénus en pleine nuit ?
  • b) Calculez la distance Terre-Vénus quand Vénus est entre la Terre et le Soleil, puis quand elle est de l'autre côté du Soleil. Quel est le rapport de ses tailles apparentes dans les deux cas ?
  • c) Dans quelle position Vénus présente-t-elle sa face éclairée entière à la Terre ? Et un croissant ? Reliez ces positions aux tailles apparentes de la question b.
  • d) Dans le modèle de Ptolémée, Vénus tourne autour de la Terre en restant toujours entre la Terre et le Soleil. Quelles phases pourrait-on alors observer ? Que prouve l'observation d'une Vénus presque pleine ?
  • e) Le modèle de Tycho Brahe, où les planètes tournent autour du Soleil qui tourne lui-même autour de la Terre, prévoit exactement les mêmes phases que celui de Copernic. Que faut-il en conclure sur la portée de l'observation de Galilée ?

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  • a) sinε=0,723\sin \varepsilon = 0{,}723 : 46,3°46{,}3°
  • b) 0,2770{,}277 et 1,7231{,}723 UA : rapport 6,26{,}2
  • c) Pleine et petite, croissant et grande
  • d) Ptolémée : que des croissants
  • e) Ptolémée réfuté, Tycho non

a) Vue de la Terre, la direction de Vénus s'écarte le plus de celle du Soleil quand la ligne de visée frôle l'orbite de Vénus : au-delà, elle ne la rencontrerait plus. En ce point, le rayon Soleil-Vénus est perpendiculaire à la ligne de visée, et le triangle Soleil, Vénus, Terre est rectangle en Vénus. Donc sinεmax=0,7231\sin \varepsilon_{\max} = \frac{0{,}723}{1} et εmax46,3°\varepsilon_{\max} \approx 46{,}3°. Vénus ne s'écarte jamais de plus de 46 degrés du Soleil : elle est visible le soir peu après le coucher du Soleil ou le matin peu avant son lever, jamais à minuit, où il faudrait une élongation de 180 degrés.

b) Entre la Terre et le Soleil : 10,723=0,2771 - 0{,}723 = 0{,}277 UA. De l'autre côté du Soleil : 1+0,723=1,7231 + 0{,}723 = 1{,}723 UA. La taille apparente est inversement proportionnelle à la distance, donc le rapport vaut 1,7230,2776,2\frac{1{,}723}{0{,}277} \approx 6{,}2 : Vénus paraît six fois plus grande au plus près qu'au plus loin, environ une minute d'arc contre dix secondes d'arc.

c) Vénus montre sa face éclairée entière quand elle est DERRIÈRE le Soleil, à 1,7231{,}723 UA : elle est alors pleine mais petite. Elle montre un fin croissant quand elle est presque entre la Terre et le Soleil, à peine plus loin que 0,2770{,}277 UA : elle tourne alors vers nous sa face nocturne, et paraît grande. C'est exactement l'association observée par Galilée : croissant et grand diamètre, disque plein et petit diamètre.

d) Si Vénus restait toujours entre la Terre et le Soleil, elle nous présenterait toujours principalement sa face nocturne : on ne verrait que des croissants, plus ou moins fins, et jamais une Vénus pleine ni même à moitié éclairée au-delà du quartier. L'observation d'une Vénus presque pleine prouve que Vénus passe DERRIÈRE le Soleil, donc qu'elle tourne autour du Soleil et non autour de la Terre : le modèle de Ptolémée est réfuté.

e) L'observation réfute le modèle de Ptolémée, mais ne départage pas Copernic et Tycho Brahe, puisque les deux font tourner Vénus autour du Soleil. Une observation peut éliminer un modèle sans en prouver un autre. Il faudra d'autres arguments, la simplicité puis les lois de Kepler et la gravitation de Newton, et bien plus tard la mesure de la parallaxe des étoiles en 1838, pour établir que c'est la Terre qui tourne autour du Soleil.

Exercice 15 : Problème : mesurer la Terre depuis une montagne

Vers l'an 1020, le savant al-Biruni invente une méthode pour mesurer le rayon de la Terre sans parcourir de longue distance. Du sommet d'une montagne de hauteur hh au-dessus d'une plaine, il vise l'horizon et mesure l'angle d'abaissement α\alpha de cette direction sous l'horizontale. Le rayon de visée vers l'horizon est tangent à la surface de la Terre.

On note RR le rayon terrestre et OO le centre de la Terre.

  • a) Faites un schéma avec le centre OO, le sommet SS et le point d'horizon HH. Justifiez que le triangle OHSOHS est rectangle en HH, que l'angle HOS^\widehat{HOS} vaut α\alpha, et que cosα=RR+h\cos \alpha = \frac{R}{R + h}.
  • b) Montrez que R=hcosα1cosαR = \frac{h \cos \alpha}{1 - \cos \alpha}. Pour h=480h = 480 m et α=0,70°\alpha = 0{,}70°, calculez RR en kilomètres.
  • c) L'angle réellement mesuré vaut 0,69°0{,}69° au lieu de 0,70°0{,}70°. Recalculez RR et l'écart relatif. Que dire de cette méthode ?
  • d) Avec R=6 371R = 6\ 371 km, calculez la distance de l'horizon SHSH pour un observateur à 480 m d'altitude. Faites de même depuis le sommet d'une tour de 324 m et depuis un avion à 10 km d'altitude.
  • e) La réfraction atmosphérique courbe légèrement les rayons lumineux vers le sol, ce qui permet de voir un peu au-delà de l'horizon géométrique et diminue l'angle α\alpha mesuré. Le rayon calculé est-il alors trop grand ou trop petit ?

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  • a) Rectangle en H : cosα=R/(R+h)\cos\alpha = R / (R + h)
  • b) R6 430R \approx 6\ 430 km
  • c) 0,69°0{,}69° : 6 6206\ 620 km, 2,92{,}9 %
  • d) 78,278{,}2 ; 64,364{,}3 ; 357 km
  • e) Réfraction : rayon trop grand

a) Le rayon OHOH est perpendiculaire à la tangente SHSH au point de contact : le triangle OHSOHS est rectangle en HH. L'horizontale en SS est perpendiculaire à OSOS, et la visée SHSH est perpendiculaire à OHOH : l'angle entre l'horizontale et la visée est donc égal à l'angle entre OSOS et OHOH, soit HOS^=α\widehat{HOS} = \alpha, deux angles à côtés perpendiculaires. Dans le triangle rectangle, cosα=OHOS=RR+h\cos \alpha = \frac{OH}{OS} = \frac{R}{R + h}.

b) cosα×(R+h)=R\cos \alpha \times (R + h) = R, donc RRcosα=hcosαR - R\cos\alpha = h \cos\alpha et R=hcosα1cosαR = \frac{h \cos \alpha}{1 - \cos \alpha}. Avec α=0,70°\alpha = 0{,}70°, cosα0,9999254\cos\alpha \approx 0{,}9999254 et 1cosα7,463×1051 - \cos\alpha \approx 7{,}463 \times 10^{-5}. Donc R480×0,99992547,463×1056,43×106R \approx \frac{480 \times 0{,}9999254}{7{,}463 \times 10^{-5}} \approx 6{,}43 \times 10^{6} m, soit environ 6 430 km, à 1 pour cent de la valeur moderne. Il faut garder au moins sept chiffres sur le cosinus : avec cosα\cos\alpha arrondi à 0,99990{,}9999, on trouverait 4 8004\ 800 km.

c) Avec α=0,69°\alpha = 0{,}69° : R6,62×106R \approx 6{,}62 \times 10^{6} m, soit environ 6 620 km. L'écart relatif vaut 6 6206 4306 4302,9\frac{6\ 620 - 6\ 430}{6\ 430} \approx 2{,}9 pour cent pour une erreur d'un centième de degré, soit 36 secondes d'arc. Comme 1cosα1 - \cos\alpha varie à peu près comme α2\alpha^{2}, une erreur relative d'environ 1,41{,}4 pour cent sur l'angle en donne une double sur le rayon. La méthode est ingénieuse mais très sensible : elle exige des mesures d'angle d'une finesse extrême.

d) SH=(R+h)2R2=2Rh+h22RhSH = \sqrt{(R + h)^{2} - R^{2}} = \sqrt{2Rh + h^{2}} \approx \sqrt{2Rh}, car hh est très petit devant RR. À 480 m : 2×6 371×0,48078,2\sqrt{2 \times 6\ 371 \times 0{,}480} \approx 78{,}2 km. Depuis une tour de 324 m : 2×6 371×0,32464,3\sqrt{2 \times 6\ 371 \times 0{,}324} \approx 64{,}3 km. Depuis un avion à 10 km : (6 381)2(6 371)2357\sqrt{(6\ 381)^{2} - (6\ 371)^{2}} \approx 357 km. Le piège est de mélanger les unités : RR et hh doivent être tous deux en kilomètres, ou tous deux en mètres.

e) Si la réfraction diminue α\alpha, alors 1cosα1 - \cos\alpha diminue et R=hcosα1cosαR = \frac{h\cos\alpha}{1 - \cos\alpha} AUGMENTE : le rayon calculé est trop grand. C'est ce qu'on observe à la question c, où un angle plus petit donne un rayon plus grand. Une mesure ne vaut que si l'on sait dans quel sens ses erreurs systématiques la déplacent.

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