Exercice 1 : Du concept à l'indicateur : opérationnaliser
Aucune enquête ne mesure directement la pauvreté, l'intégration ou l'anxiété. Ce que l'on mesure, c'est toujours un INDICATEUR : une trace observable dont on accepte de dire qu'elle représente le concept. Opérationnaliser, c'est descendre du concept aux indicateurs en assumant chaque marche.
Un organisme de Montréal veut suivre la pauvreté dans un quartier. Le schéma ci-dessous montre la descente retenue.
- a) Expliquez la différence entre un CONCEPT, une DIMENSION et un INDICATEUR, en vous servant du schéma.
- b) L'organisme hésite entre deux indicateurs du revenu : le revenu total du ménage, ou le revenu après impôt divisé par la racine carrée du nombre de personnes du ménage. Un ménage de quatre personnes déclare 68 000 dollars après impôt. Calculez le second indicateur et dites ce qu'il corrige.
- c) Le seuil retenu est de 26 500 dollars par unité de consommation. Le ménage de quatre personnes est-il sous le seuil ? Et un ménage d'une personne à 25 000 dollars ?
- d) Un élu affirme que le nombre de personnes pauvres du quartier « dépend surtout de la définition qu'on en donne ». A-t-il tort ?
- e) Donnez un indicateur possible du concept « intégration scolaire », puis nommez une chose que cet indicateur laisse échapper.
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Réponses
- a) Concept, idée générale sans chiffre ; dimensions, ses faces distinctes ; indicateurs, les seules mesures collectées
- b) , donc dollars par unité de consommation ; la division corrige les économies d'échelle
- c) Le ménage de quatre est AU-DESSUS () ; celui d'une personne est SOUS ()
- d) Il a raison, et c'est une raison de publier la définition : seule la comparaison à définition constante reste solide
- e) Par exemple la part d'élèves ayant au moins un ami en classe ; elle rate l'élève qui participe sans se sentir accepté
a) Le CONCEPT est l'idée générale, ici la pauvreté : il n'a aucune existence chiffrée, on ne peut ni l'observer ni le compter. Les DIMENSIONS sont les faces distinctes du concept, ici le revenu, les conditions de vie et l'exclusion : elles découpent le concept en parties dont chacune se laisse approcher séparément. Les INDICATEURS sont les mesures effectivement collectées, ici le revenu après impôt par unité de consommation, la part du revenu consacrée au logement, l'insécurité alimentaire déclarée. Seul le dernier étage produit des nombres. Toute la chaîne se lit vers le bas quand on construit l'instrument, et vers le haut quand on interprète les résultats : c'est en remontant que l'on triche, en attribuant au concept ce que seul l'indicateur a montré.
b) L'unité de consommation vaut , donc l'indicateur vaut dollars par unité de consommation. Ce que la division corrige, ce sont les ÉCONOMIES D'ÉCHELLE du ménage : deux personnes qui vivent ensemble n'ont pas besoin de deux loyers ni de deux réfrigérateurs. Diviser par 4, le nombre de personnes, supposerait qu'il n'existe aucune économie d'échelle ; ne pas diviser du tout supposerait qu'elles sont totales. La racine carrée est un compromis, et c'est exactement celui que retient Statistique Canada dans sa mesure du panier de consommation. Il faut voir que le choix de l'exposant n'est pas un détail technique : il déplace des milliers de ménages de part et d'autre du seuil.
c) Le ménage de quatre personnes est à 34 000 dollars par unité de consommation, donc AU-DESSUS du seuil de 26 500. Le ménage d'une personne a pour unité de consommation , donc son indicateur vaut 25 000 dollars : il est SOUS le seuil, alors que son revenu brut est près de trois fois plus petit que celui de l'autre ménage. C'est précisément l'effet recherché : comparer des ménages de tailles différentes exige de ramener le revenu à une échelle commune, sinon toute famille nombreuse paraîtrait riche.
d) Il n'a pas tort, et c'est une raison de publier la définition, pas de renoncer à mesurer. Le nombre de personnes sous le seuil dépend du choix du seuil, de l'exposant de l'unité de consommation et du fait de raisonner avant ou après impôt : trois décisions, trois nombres différents pour la même réalité. Ce qui reste solide, en revanche, c'est la COMPARAISON à définition constante, dans le temps ou entre quartiers. Un organisme sérieux fixe donc sa définition, la publie, et ne la change plus : c'est cette stabilité, et non une prétendue neutralité, qui rend la mesure utile.
e) Indicateur possible : la proportion d'élèves qui déclarent avoir au moins un ami dans leur classe, ou le taux de participation aux activités parascolaires. Ce que l'indicateur laisse échapper : un élève peut participer à tout sans se sentir accepté, et un élève solitaire par choix n'est pas mal intégré. Aucun indicateur ne couvre son concept en entier ; le travail consiste à en choisir plusieurs, dont les angles morts ne se recouvrent pas, et à dire lesquels on a retenus.