Mathématiques pour l'informatique 201-N11 • Cégep à Montréal
Fiche de révision : rédiger une preuve mathématique (201-N11)
Cette fiche de révision couvre les techniques de démonstration du cours Mathématiques pour l'informatique 201-N11 : preuve directe, contraposée, raisonnement par l'absurde, récurrence et principe des tiroirs de Dirichlet, les cinq structures que le devis prescrit nommément. Elle ne refait pas le cours, que vous avez dans votre polycopié : elle tient ce qui coûte des points à l'examen, c'est-à-dire le diagnostic, le choix de la structure avant la première ligne, et la rédaction que le correcteur attend ensuite.
Le fil : sur ce chapitre, les copies ne perdent presque jamais de points sur un calcul, elles en perdent sur la structure, et la même faute revient sous cinq formes. Appeler contraposée la réciproque. Croire qu'un exemple démontre un énoncé universel. Annoncer l'absurde et rédiger une contraposée. Croire que la récurrence démontre le cas initial alors qu'elle l'exige. Faire dire aux tiroirs QUEL tiroir est chargé. Chaque piège ci-dessous donne la phrase fausse telle qu'elle s'écrit sur une copie, la phrase juste à recopier, et son coût au barème.
Le fil du chapitre
Une preuve n'est pas une suite de calculs justes : c'est une STRUCTURE choisie avant la première ligne, et c'est la FORME de l'énoncé, jamais son sujet, qui dit laquelle.
Les cinq structures du devis, et ce que chacune suppose
•Preuve directe : on suppose P, on traduit l'hypothèse en écriture manipulable, on arrive à Q. C'est le choix par défaut quand l'hypothèse est RICHE, c'est-à-dire quand elle se traduit tout de suite en une égalité.
•Contraposée : on suppose ¬Q SEULE et on vise exactement ¬P. Elle n'existe que pour une implication, et elle lui est toujours équivalente.
•Absurde : on suppose P ET ¬Q, et on vise n'importe quelle contradiction. Elle s'applique aussi aux énoncés qui ne sont pas des implications.
•Récurrence : initialisation au premier rang, PUIS hérédité du rang n au rang n+1. Réservée aux énoncés INDEXÉS par un entier.
•Tiroirs de Dirichlet : n+1 objets dans n tiroirs donnent un tiroir à deux objets ; m objets dans n tiroirs en donnent un à ⌈m/n⌉ objets.
•Deux outils qui ne sont pas des structures à eux seuls : la disjonction de cas, qui découpe le domaine et dont la liste doit être EXHAUSTIVE, et le contre-exemple, qui réfute un énoncé universel sans jamais rien démontrer.
Nommer la technique rapporte des points à part entière : « démontrons la contraposée », « supposons par l'absurde que », « par le principe des tiroirs ». Une suite de calculs justes sans cette phrase n'est pas une preuve rédigée.
Le carré des quatre implications
•À partir de P⇒Q on forme quatre implications : l'énoncé, la RÉCIPROQUE Q⇒P, la CONTRAPOSÉE ¬Q⇒¬P, et ¬P⇒¬Q, qui est la contraposée de la réciproque.
•Deux colonnes seulement coïncident : l'énoncé et sa contraposée. La réciproque diffère de l'énoncé sur 2 des 4 lignes de la table de vérité, soit une ligne sur deux.
•L'exemple à garder en tête : « n divisible par 6 ⇒n divisible par 3 » est vraie, sa contraposée aussi, et sa réciproque est fausse, n=9 la réfute.
•Les négations à savoir écrire sans réfléchir : ¬(P⇒Q)=P∧¬Q, ¬(A∨B)=¬A∧¬B, ¬(A∧B)=¬A∨¬B.
À gauche, l'énoncé et sa contraposée ont TOUJOURS la même valeur de vérité. À droite, un second couple, indépendant du premier : passer d'une colonne à l'autre, c'est changer de proposition.
Démontrer la contraposée démontre l'énoncé. Démontrer la réciproque ne démontre rien de l'énoncé : c'est une autre proposition, qui a sa propre démonstration.
Le principe des tiroirs, dans ses deux formes
•Forme simple : n+1 objets rangés dans n tiroirs donnent au moins un tiroir à deux objets.
•Forme généralisée : m objets dans n tiroirs donnent au moins un tiroir à ⌈m/n⌉ objets, partie entière SUPÉRIEURE.
•La démonstration des deux est la même, et elle vaut la peine d'être sue : on nie la conclusion, la négation MAJORE chaque tiroir, on somme les n majorations et le total devient trop petit.
•Ce que le principe ne dit PAS : quel tiroir, ni quels objets. C'est une preuve d'existence NON CONSTRUCTIVE, au même titre qu'une disjonction de cas qu'on ne tranche pas.
•La difficulté d'un exercice de tiroirs n'est jamais le calcul : c'est de décider ce qui joue le rôle des tiroirs, c'est-à-dire quelle caractéristique ne prend qu'un petit nombre de valeurs.
Les tiroirs donnent une certitude de PIRE CAS. Le calcul de probabilité, lui, donne une fréquence : à 23 personnes deux anniversaires coïncident avec plus d'une chance sur deux, à 367 c'est forcé. Les deux registres ne se contredisent pas et ne se remplacent pas.
Les pièges qui coûtent des points
Les erreurs ci-dessous sont celles que je corrige le plus souvent en séance. Chacune coûte des points sur une copie, même quand le raisonnement est juste.
1.Commencer à écrire avant d'avoir choisi la structure
toute la question : une page de calculs justes qui ne démontre rien vaut zéro
Ce qu'il ne faut pas écrire
« Démontrons que si n3+5 est impair, alors n est pair. On a n3+5 impair, donc n3 est pair, donc n3=2k, donc n×n×n=2k, donc... »
Ce qu'il faut écrire
« La conclusion « n est pair » se nie en « n impair », qui est riche. Démontrons la contraposée : si n est impair, alors n3+5 est pair. n=2k+1 donne n3 impair, et la somme de deux impairs est paire. »
Pourquoi : L'hypothèse porte sur une expression CONSTRUITE et la conclusion sur l'objet de base : c'est le signal de la contraposée. Partir de l'hypothèse relance indéfiniment le même problème un cran plus loin.
2.Appeler contraposée la réciproque
toute la question, même quand tout le calcul qui suit est juste
Ce qu'il ne faut pas écrire
« On sait que si n est divisible par 6 alors n est divisible par 3. Par contraposée, si n est divisible par 3 alors n est divisible par 6. »
Ce qu'il faut écrire
« Par contraposée : si n n'est pas divisible par 3, alors n n'est pas divisible par 6. La réciproque serait « divisible par 3 donc par 6 », et elle est fausse : n=9 la réfute. »
Pourquoi : La contraposée nie ET échange, la réciproque échange seulement. Sur les 4 lignes de la table de vérité, la réciproque diffère de l'énoncé sur 2 : se tromper de forme, c'est une chance sur deux de raisonner sur une proposition fausse.
3.Croire qu'un exemple, même bien choisi, démontre un énoncé universel
la totalité des points de démonstration, il n'y a pas de demi-preuve
Ce qu'il ne faut pas écrire
« 3+5=8, 7+11=18 et 101+3=104 : la somme de deux entiers impairs est donc paire. »
Ce qu'il faut écrire
« Soient n=2k+1 et m=2j+1 avec k et j entiers. Alors n+m=2(k+j+1), qui est 2 fois un entier, donc pair. » Les trois égalités ne sont qu'une vérification faite avant d'écrire.
Pourquoi : Un énoncé universel porte sur une infinité de cas et aucune liste finie ne l'épuise. Fermat avait vérifié cinq nombres, F0 à F4, tous premiers, et F5=4294967297=641×6700417 est composé.
4.Annoncer l'absurde et rédiger une contraposée
1 à 2 points de rigueur, et la question entière si le correcteur cherche la contradiction annoncée
Ce qu'il ne faut pas écrire
« Démontrons que si 3n+2 est impair alors n est impair. Supposons par l'absurde que n soit pair. Alors 3n+2=2(3k+1) est pair. Contradiction. »
Ce qu'il faut écrire
« Démontrons la CONTRAPOSÉE : si n est pair, alors 3n+2 est pair. n=2k donne 3n+2=2(3k+1), donc 3n+2 n'est pas impair. La contraposée étant équivalente à l'énoncé, l'énoncé est démontré. »
À gauche on ne suppose qu'une chose, ¬Q, et on vise exactement ¬P : tout ce qui est écrit est vrai. À droite on suppose DEUX choses, P et ¬Q, et n'importe quelle contradiction termine la preuve.
Pourquoi : La copie fausse n'a jamais supposé P : sans « 3n+2 est impair » dans les hypothèses, « 3n+2 est pair » n'est pas une contradiction, c'est seulement ¬P. C'était une contraposée correcte, mal étiquetée.
5.Nier un OU comme si c'était un OU
toute la question, et l'étudiant conclut en plus que l'énoncé est faux
Ce qu'il ne faut pas écrire
« La conclusion est « x>31 ou y>31 ». Sa négation est « x≤31 ou y≤31 ». »
Ce qu'il faut écrire
« La négation de « A ou B » est « ¬A ET ¬B » : ici « x≤31 et y≤31 », d'où xy≤31×31=961≤1000. »
Pourquoi : Avec le mauvais « ou », le couple (10;200) vérifie l'hypothèse et donne xy=2000 : la preuve s'effondre sur un contre-exemple qui n'en est pas un. La négation s'écrit en première ligne du brouillon, avant tout calcul.
6.Oublier de poser la fraction irréductible avant d'élever au carré
3 points sur 5 : la preuve est entièrement écrite et ne prouve rien
Ce qu'il ne faut pas écrire
« Supposons 2=ba. Alors a2=2b2, donc a est pair, a=2c, puis b2=2c2, donc b est pair. Contradiction. »
Ce qu'il faut écrire
« Supposons 2=ba avec la fraction IRRÉDUCTIBLE, ce qui est toujours possible en simplifiant. [...] a et b sont tous deux pairs, donc divisibles par 2, ce qui contredit l'irréductibilité posée au départ. »
Pourquoi : Sans l'irréductibilité, « a et b pairs » n'est pas une contradiction mais une banalité : 24 et 48 sont deux écritures parfaitement licites du même nombre. La contradiction doit heurter une hypothèse POSÉE.
7.Croire que la récurrence démontre le cas initial
la moitié du barème, l'initialisation valant typiquement 1 point sur 4
Ce qu'il ne faut pas écrire
« L'hérédité est établie : si la propriété est vraie au rang n, elle l'est au rang n+1. La propriété est donc vraie pour tout n. »
Ce qu'il faut écrire
« Initialisation : au rang 1, 1=21×2, la propriété est vraie. Hérédité : [...] Conclusion : par récurrence, la propriété est vraie pour tout n≥1. »
En haut, un seul rang vérifié à la main et la chaîne propage le vrai jusqu'au bout. En bas, la même chaîne, intacte, ne propage RIEN : elle ne transmet que ce qu'on lui donne, et on ne lui a rien donné.
Pourquoi : La récurrence n'établit pas le premier rang, elle l'EXIGE. La propriété « n=n+1 » est héréditaire, puisque n=n+1 entraîne n+1=n+2, et elle est fausse à tous les rangs : l'hérédité seule ne démontre rien.
8.Ne pas dire où l'hypothèse de récurrence est utilisée
1 à 2 points : c'est la ligne que le correcteur cherche en premier dans l'hérédité
Ce qu'il ne faut pas écrire
« Au rang n+1 : 1+2+⋯+(n+1)=2(n+1)(n+2), ce qui est bien la propriété au rang n+1. »
Ce qu'il faut écrire
« 1+2+⋯+n+(n+1)=2n(n+1)+(n+1) PAR HYPOTHÈSE DE RÉCURRENCE, puis =2(n+1)(n+2) après mise au même dénominateur. »
Pourquoi : Une hérédité qui n'utilise pas l'hypothèse de récurrence démontre le rang n+1 directement, auquel cas la récurrence était inutile, ou bien, beaucoup plus souvent, elle est fausse et l'étudiant a écrit la conclusion à la place du raisonnement.
9.Faire dire aux tiroirs QUEL tiroir contient deux objets
1 point, et toute la question suivante si le raisonnement s'appuie dessus
Ce qu'il ne faut pas écrire
« Par le principe des tiroirs, le premier dossier contient au moins 67 fichiers. »
Ce qu'il faut écrire
« Par le principe des tiroirs, il EXISTE un dossier qui contient au moins ⌈2000/30⌉=67 fichiers. Le principe ne dit pas lequel, et il ne permet pas de le trouver. »
Les deux rangements ont 5 objets pour 4 tiroirs, et tous deux ont un tiroir à deux objets. Ce n'est pas le même tiroir : le principe garantit qu'il en existe un, il ne le désigne jamais.
Pourquoi : Les tiroirs démontrent une existence sans construire l'objet : la conclusion est « il existe », jamais « c'est celui-là ». C'est exactement pour cette raison qu'une collision de code de contrôle est certaine sans être calculable.
10.Prendre la partie entière inférieure dans la forme généralisée
1 point à chaque fois, et c'est la faute la plus mécanique du chapitre
Ce qu'il ne faut pas écrire
« 2000 fichiers dans 30 dossiers : un dossier contient au moins 2000/30≈66,67 fichiers, donc 66. »
Ce qu'il faut écrire
« Un dossier au moins contient ⌈2000/30⌉=67 fichiers : partie entière SUPÉRIEURE, car aucun dossier ne contient 66,67 fichier. »
Pourquoi : Si les 30 dossiers contenaient tous au plus 66 fichiers, le total serait au plus 30×66=1980<2000 : c'est précisément l'argument qui démontre la forme généralisée, et il se refait de tête pour contrôler l'arrondi.
11.Rendre une preuve circulaire, qui se lit pourtant très bien
toute la question, et c'est la faute la plus difficile à voir en se relisant
Ce qu'il ne faut pas écrire
« Comme deux sessions ont le même identifiant, il y a plus de sessions que d'identifiants, donc deux sessions ont le même identifiant. »
Ce qu'il faut écrire
« Les identifiants possibles sont au nombre de 163=4096 ; les sessions sont 5000, donc plus nombreuses ; par le principe des tiroirs, deux sessions au moins portent le même identifiant. »
Pourquoi : Chaque phrase découle bien de la précédente, et la première est ce qu'il fallait démontrer. Le test de relecture est mécanique : la conclusion apparaît-elle quelque part AVANT sa justification ?
12.Oublier de conclure, ou conclure sur autre chose que l'énoncé
1 point de conclusion, retiré systématiquement, sur chaque question de démonstration
Ce qu'il ne faut pas écrire
« ... donc a et b sont tous deux pairs. » Et la copie s'arrête là.
Ce qu'il faut écrire
« ... donc a et b sont tous deux pairs, ce qui contredit l'irréductibilité de ba. L'hypothèse de départ est donc impossible : 2 est irrationnel. »
Pourquoi : Une preuve se termine par l'énoncé de départ, pas par la dernière ligne du calcul. Trouver la contradiction et s'arrêter là, c'est rendre une question inachevée ; conclure « donc collision » sans revenir aux sessions de l'énoncé aussi.
Quelle méthode choisir
Quelle structure, d'après la FORME de l'énoncé
Avant la première ligne, deux questions : que suppose-t-on, que cherche-t-on ? Les branches se reconnaissent sans avoir compris le contenu mathématique, uniquement sur la forme de la phrase.
Si l'hypothèse se traduit tout de suite en une égalité (n=2k, b=ak) → preuve directe : on part de P et on calcule jusqu'à la DÉFINITION de Q
Exemple : si a∣b et a∣c, alors a∣(bu+cv), car bu+cv=a(ku+lv)
une lettre FRAÎCHE par objet dont on ne sait rien : b=ak et c=al, jamais deux fois k
Si la conclusion est une négation, un OU, ou porte sur n alors que l'hypothèse porte sur 3n+2 → contraposée : on suppose ¬Q et on vise ¬P
Exemple : si 3n+2 est impair alors n est impair : on part de n=2k
le critère est la RICHESSE : on démontre en partant de la plus riche des deux, l'hypothèse ou la négation de la conclusion
Si l'énoncé contient il n'existe pas, aucun, au plus un, est unique, est irrationnel, est impossible → absurde : on suppose P ET ¬Q, et on cherche n'importe quelle contradiction
Exemple : 2 est irrationnel ; log23 est irrationnel ; il existe une infinité de nombres premiers
ces mots désignent une proposition dont la NÉGATION est une existence, donc une hypothèse riche : on peut nommer l'objet et calculer avec lui
Si l'énoncé est indexé par un entier n, et le rang n+1 se déduit du rang n par un petit calcul → récurrence : initialisation, hérédité, conclusion
Exemple : pour tout n≥0, 7n−1 est divisible par 6, car 7n+1−1=7(7n−1)+6
la récurrence n'est pas obligatoire dès qu'un énoncé porte sur tous les entiers : 1+3+⋯+(2n−1)=n2 se démontre en une ligne par regroupement
Si l'énoncé affirme que deux objets coïncident, ou qu'une valeur se répète, sans demander lesquels → principe des tiroirs : on nomme les objets, on nomme les tiroirs, on compte les deux
Exemple : parmi 13 entiers, deux ont le même reste modulo 12
forme simple si l'on veut deux objets, forme généralisée avec ⌈m/n⌉ si l'on veut davantage
Si l'énoncé est universel et vous le soupçonnez FAUX → contre-exemple : une seule valeur, vérifiée sur l'hypothèse ET sur la conclusion
Exemple : F5=4294967297=641×6700417 réfute « tout nombre de Fermat est premier »
c'est le seul cas où une valeur numérique constitue à elle seule une démonstration complète
Si le domaine se découpe naturellement : pair ou impair, restes modulo n, signe → disjonction de cas, posée À L'INTÉRIEUR d'une des structures précédentes
Exemple : n2≡0 ou 1(mod4), donc aucun 4k+3 n'est un carré parfait
la liste doit être EXHAUSTIVE ; elle n'a pas besoin d'être disjointe, un chevauchement ne coûte rien
Aucune branche ne tranche ? Écrivez la négation de la conclusion et comparez sa richesse à celle de l'hypothèse : c'est le seul critère qui départage la preuve directe et la contraposée. Et si la contraposée suffit, préférez-la à l'absurde : elle est plus courte et rien de faux n'y est supposé.
Quelle négation écrire, en première ligne du brouillon
La contraposée et l'absurde commencent tous deux par nier. Se tromper de négation ruine la preuve sans qu'un seul calcul soit faux, donc la négation s'écrit à part, avant de raisonner.
Si la conclusion est « A ou B » → nier en « ¬A ET ¬B »
Exemple : la négation de « x>31 ou y>31 » est « x≤31 et y≤31 »
Si la conclusion est « A et B » → nier en « ¬A OU ¬B »
Exemple : la négation de « n pair et n>4 » est « n impair ou n≤4 »
Si la conclusion est une implication « si A alors B » → nier en « A ET ¬B », qui n'est plus une implication
Exemple : ¬(P⇒Q)=P∧¬Q, et jamais P⇒¬Q
une copie qui écrit « supposons par l'absurde que P entraîne non Q » a déjà perdu la question
Si la conclusion est « pour tout x, P(x) » → nier en « il existe x tel que ¬P(x) » : c'est exactement un contre-exemple
Exemple : nier « tout Fk est premier » donne « un Fk est composé », et F5 l'est
Si la conclusion est « il existe x tel que P(x) » → nier en « pour tout x, ¬P(x) », ce qui donne une MAJORATION uniforme
Exemple : nier « un tiroir contient 2 objets » donne « chaque tiroir en contient au plus 1 », d'où un total ≤n
La dernière ligne est le squelette de la démonstration du principe des tiroirs lui-même : on nie, la négation majore chaque tiroir, on somme les majorations, et le total devient trop petit. Savoir nier, c'est déjà savoir la moitié des preuves du chapitre.
La rédaction attendue
Le correcteur coche des étapes. Les voici dans l'ordre, avec la phrase de conclusion qu'il attend mot pour mot.
Une preuve par contraposée
Quand l'utiliser : La conclusion est une négation ou un OU, ou elle porte directement sur l'objet de base alors que l'hypothèse porte sur une expression construite à partir de lui.
1Annoncer la structure : « Démontrons la contraposée. »
2Écrire la contraposée EN ENTIER avant de la démontrer, négations comprises : « si n est pair, alors 3n+2 est pair ».
3Traduire l'hypothèse ¬Q en écriture manipulable, avec une lettre fraîche : « n est pair, donc il existe un entier k tel que n=2k ».
4Calculer jusqu'à faire apparaître la DÉFINITION de ¬P : « 3n+2=6k+2=2(3k+1), et 3k+1 est un entier ».
5Conclure en deux temps : d'abord la contraposée, ensuite l'énoncé de départ.
Phrase de conclusion
« Donc 3n+2 est pair, ce qui établit la contraposée. La contraposée étant équivalente à l'énoncé, si 3n+2 est impair alors n est impair. »
Le piège : Sauter la deuxième étape. Une copie qui démontre la contraposée sans l'avoir écrite laisse le correcteur deviner sur quelle proposition elle travaille, et il ne devine pas.
Barème : Typiquement 1 point pour l'annonce et l'écriture de la contraposée, 2 points pour le calcul, 1 point pour la double conclusion.
Une preuve par l'absurde
Quand l'utiliser : L'énoncé contient il n'existe pas, aucun, au plus un, est unique, est irrationnel, est impossible ; ou la contraposée a échoué faute d'hypothèse à exploiter.
1Annoncer : « Supposons par l'absurde que... », et écrire la négation COMPLÈTE. Pour une implication, c'est P ET ¬Q : on garde l'hypothèse de l'énoncé, on ne la jette pas.
2Poser les objets avec toutes leurs précautions d'écriture : fraction IRRÉDUCTIBLE, entiers strictement positifs, liste supposée COMPLÈTE. C'est là que se trouvera la contradiction.
3Raisonner normalement, sans jamais utiliser ce qu'on veut démontrer, et en justifiant chaque existence par un théorème nommé.
4Exhiber la contradiction et la NOMMER : « a et b sont tous deux pairs, ce qui contredit l'irréductibilité posée au départ ».
5Conclure sur l'énoncé de départ, pas sur la contradiction.
Phrase de conclusion
« L'hypothèse de départ est donc impossible : 2 est irrationnel. »
Le piège : Trouver la contradiction et s'arrêter là. Le correcteur attend la phrase qui revient à l'énoncé ; sans elle, la question n'est pas finie.
Barème : 1 point pour la négation correcte, 1 point pour les précautions d'écriture, 2 points pour la contradiction exhibée et nommée, 1 point pour la conclusion.
Une preuve par le principe des tiroirs
Quand l'utiliser : L'énoncé affirme que deux objets coïncident, ou qu'une valeur se répète, sans demander lesquels.
1Nommer les OBJETS et les TIROIRS en toutes lettres : « les objets sont les 5000 sessions, les tiroirs sont les identifiants possibles ».
2Compter les deux, calcul visible : « un identifiant est écrit sur 3 chiffres hexadécimaux, donc il y en a 163=4096 ».
3Comparer et citer la forme employée : « 5000>4096, donc par le principe des tiroirs... », ou la forme généralisée avec ⌈m/n⌉.
4Conclure en revenant aux objets de l'énoncé, et seulement sur ce que le principe donne.
Phrase de conclusion
« Deux sessions au moins ont donc reçu le même identifiant. Le principe ne dit pas lesquelles. »
Le piège : Nommer le tiroir chargé, ou écrire la moyenne 5000/4096≈1,22 au lieu de ⌈1,22⌉=2.
Barème : 1 point pour objets et tiroirs nommés, 1 point pour le comptage, 1 point pour la technique citée, 1 point pour la conclusion.
Vérifier avant de rendre
Cinq minutes de vérification récupèrent plus de points qu'un exercice de plus commencé à la hâte.
Le test de la réciproque
Relisez votre phrase de conclusion et comparez-la mot pour mot à l'énoncé. Si les deux morceaux ont changé de place sans avoir été niés, vous avez démontré la réciproque, donc autre chose.
Énoncé « divisible par 6 donc par 3 », conclusion écrite « donc divisible par 6 » : les places ont bougé, la preuve porte sur une proposition que n=9 réfute.
La contradiction est-elle nommée ?
Dans une preuve par l'absurde, cherchez la phrase qui contient le mot contredit et vérifiez qu'elle désigne une hypothèse POSÉE au début. S'il n'y en a pas, il n'y a pas de preuve.
« a et b sont pairs » n'est une contradiction que si le mot irréductible figure cinq lignes plus haut. Sinon c'est une banalité, 48 en est une.
L'hypothèse de récurrence sert-elle quelque part ?
Dans l'hérédité, surlignez l'endroit exact où vous remplacez l'expression du rang n par sa valeur supposée. S'il n'y en a pas, ou bien la récurrence était inutile, ou bien l'hérédité est fausse.
Dans 1+2+⋯+n+(n+1)=2n(n+1)+(n+1), l'égalité soulignée EST l'hypothèse de récurrence : c'est la ligne que le correcteur cherche.
Le comptage des tiroirs, à refaire de tête
Multipliez le nombre de tiroirs par la charge annoncée diminuée de 1 : le résultat doit être STRICTEMENT inférieur au nombre d'objets. C'est la démonstration du principe, en une multiplication.
30×66=1980<2000 : la charge 67 est bonne. 30×67=2010>2000 : annoncer 68 serait faux.
Un contre-exemple se vérifie deux fois
Sur la valeur proposée, vérifiez séparément que l'HYPOTHÈSE est satisfaite et que la CONCLUSION est violée. Un contre-exemple qui rate l'hypothèse ne réfute rien du tout.
x=2 réfute « si x≥0 alors x est un carré parfait » : 2≥0 est vrai, et 12=1 puis 22=4 encadrent strictement 2.
L'exercice type décortiqué
Aucun compresseur sans perte ne raccourcit tous les fichiers
Un compresseur sans perte transforme une suite de bits en une autre suite de bits, de telle sorte que la décompression retrouve EXACTEMENT la suite de départ. Une entreprise annonce un format qui raccourcit d'au moins un bit n'importe quel fichier. Démontrez que ce programme ne peut pas exister.
On raisonne sur les fichiers de 10 bits, ce qui suffit : si l'annonce est fausse à cette taille, elle est fausse.
À gauche ce qui entre, à droite ce qui doit sortir, et entre les deux une application que « sans perte » oblige à être injective. Il y a une place de moins à droite qu'à gauche.
Étape 1
Les objets sont les suites de 10 bits. Chaque bit prend deux valeurs et les choix sont indépendants, donc il y en a 210=1024.
Pourquoi
Le comptage vient AVANT la structure de preuve : sans les deux nombres, aucune technique ne peut démarrer. C'est la seule ligne de dénombrement de tout le problème.
Étape 2
Les tiroirs sont les suites strictement plus courtes, TOUTES longueurs confondues : 20+21+⋯+29=210−1=1023, par la somme d'une suite géométrique de raison 2.
Pourquoi
L'annonce promet au moins un bit de moins, pas exactement un : les longueurs 0 à 8 comptent autant que la longueur 9. Ne garder que les suites de 9 bits donnerait 512 et laisserait la moitié du problème non traitée.
Étape 3
« Sans perte » signifie que deux fichiers DIFFÉRENTS ne peuvent pas donner la même version compressée : sinon le décompresseur, devant cette version, ne saurait pas lequel rendre. L'application est donc INJECTIVE.
Pourquoi
C'est l'étape que tout le monde saute, parce que le mot injective n'est pas dans l'énoncé : il faut le produire en lisant. Sans lui, les deux comptages ne servent à rien.
Étape 4
« Supposons par l'absurde que ce compresseur existe. »
Pourquoi
L'énoncé est une NON-EXISTENCE, mot qui appelle l'absurde d'après l'arbre. Et la négation d'une non-existence est une existence, donc une hypothèse riche : on peut nommer l'objet et calculer avec lui.
Étape 5
Il envoie chacune des 1024 suites de 10 bits sur l'une des 1023 suites plus courtes. On range 1024 objets dans 1023 tiroirs : par le principe des tiroirs, deux suites distinctes reçoivent la même version compressée.
Pourquoi
La contradiction est PRODUITE par une seconde structure, les tiroirs, emboîtée dans la première. C'est le schéma standard des preuves d'impossibilité en informatique : on suppose l'objet, on compte ce qu'il devrait distinguer, il manque une place.
Étape 6
Cela contredit l'injectivité établie à l'étape 3.
Pourquoi
La contradiction se nomme et doit désigner une propriété écrite plus haut. Le mot « contradiction » employé seul ne vaut aucun point, parce qu'il n'indique pas ce qui est contredit.
Étape 7
Vérification : 1024−1023=1, une seule place manque et cela suffit. Sur 5 bits, 25=32 suites pour 25−1=31 plus courtes : l'écart vaut encore 1.
Pourquoi
L'identité 20+⋯+2n−1=2n−1 se retrouve de tête et l'écart vaut toujours 1, quelle que soit la taille : une erreur d'un facteur 2 dans le comptage se verrait immédiatement.
Conclusion rédigée
« Le compresseur annoncé n'existe pas : aucun programme sans perte ne peut raccourcir tous les fichiers. La preuve est un raisonnement par l'absurde dont la contradiction est produite par le principe des tiroirs, appliqué à un dénombrement. »
L'erreur classique sur cet exercice : Compter 512 tiroirs, c'est-à-dire les seules suites de 9 bits. L'inégalité 1024>512 tient encore et la preuve a l'air de marcher, mais elle n'a traité que les fichiers raccourcis d'exactement un bit, alors que l'annonce en promet au moins un.
À savoir par cœur
•Contraposée de P⇒Q : ¬Q⇒¬P, TOUJOURS équivalente. Réciproque : Q⇒P, aucun lien de vérité.
•¬(P⇒Q)=P∧¬Q. ¬(A∨B)=¬A∧¬B. ¬(A∧B)=¬A∨¬B.
•Absurde : on suppose P ET ¬Q, n'importe quelle contradiction suffit. Contraposée : on suppose ¬Q SEULE et on vise ¬P.
•Un contre-exemple RÉFUTE un énoncé universel. Aucun nombre d'exemples ne le DÉMONTRE.
•Récurrence : initialisation ET hérédité. L'hérédité seule ne démontre rien, « n=n+1 » est héréditaire et fausse partout.
•Tiroirs : n+1 objets dans n tiroirs donnent un tiroir à 2 objets ; m objets dans n tiroirs en donnent un à ⌈m/n⌉ objets, partie entière SUPÉRIEURE.
•Les tiroirs donnent une EXISTENCE : jamais le tiroir, jamais les objets.
•Une disjonction de cas doit être EXHAUSTIVE, et n'a pas besoin d'être disjointe. Modulo n, il y a exactement n cas.
•Terminaison d'un algorithme : un variant ENTIER, positif, strictement décroissant. Un variant rationnel ne prouve rien, 2n1 décroît sans jamais s'arrêter.
Questions fréquentes
Quelle est la différence entre la contraposée et la réciproque ?
La contraposée nie les deux membres ET les échange : de si P alors Q, on passe à si non Q alors non P. Elle a toujours la même valeur de vérité que l'énoncé, donc la démontrer démontre l'énoncé. La réciproque échange seulement, si Q alors P. C'est une autre proposition, qui peut être fausse quand l'énoncé est vrai, et qui demande sa propre démonstration.
Comment savoir quelle technique de démonstration choisir ?
On lit la forme de l'énoncé, jamais son sujet. Hypothèse qui se traduit tout de suite en égalité : preuve directe. Conclusion qui se nie plus facilement que l'hypothèse ne s'exploite : contraposée. Non-existence, unicité ou irrationalité : absurde. Énoncé indexé par un entier : récurrence. Existence qu'on ne peut pas construire : principe des tiroirs.
Quand raisonner par l'absurde plutôt que par contraposée ?
Par contraposée dès que l'énoncé est une implication et que la négation de la conclusion se manipule facilement : la preuve est plus courte et rien de faux n'y est supposé. Par l'absurde quand l'énoncé n'est pas une implication, ou qu'il contient les mots il n'existe pas, aucun, au plus un, est unique, est irrationnel, est impossible.
Est-ce qu'un exemple suffit à démontrer un énoncé mathématique ?
Non, sauf pour un énoncé d'existence, où exhiber un objet est une preuve complète. Un énoncé universel porte sur une infinité de cas et aucune liste finie ne l'épuise. Fermat avait vérifié cinq nombres, tous premiers, avant qu'Euler ne montre que le sixième est composé. En revanche, un seul contre-exemple suffit pour réfuter un énoncé universel.
Que dit exactement le principe des tiroirs de Dirichlet ?
Si on range plus d'objets que de tiroirs, un tiroir au moins contient deux objets. Avec m objets dans n tiroirs, un tiroir au moins en contient m sur n, arrondi à l'entier supérieur. Le principe affirme seulement qu'un tel tiroir existe : il ne dit ni lequel, ni quels objets s'y trouvent. C'est une preuve d'existence non constructive.
Pourquoi faut-il vérifier le cas initial dans une récurrence ?
Parce que la récurrence ne le démontre pas, elle l'exige. L'hérédité dit seulement que la propriété se transmet d'un rang au suivant ; sans un rang de départ vérifié à la main, elle ne transmet rien. La propriété n égale n plus 1 est héréditaire, puisqu'elle se transmet, et elle est fausse à tous les rangs : c'est l'exemple qui règle la question.
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Exercices corrigés : Techniques de démonstration
Une méthode se prouve sur une copie, pas sur une fiche. La série du même chapitre reprend chacun de ces pièges dans un exercice, avec le corrigé rédigé étape par étape.
Vous suivez le cours 201-N11 en informatique au cégep ?
Contactez-moi pour une première séance. Bachelier en informatique de McGill et maître en informatique appliquée de Concordia, je fais travailler la rédaction d'une preuve comme elle sera notée : on choisit la structure avant d'écrire la première ligne, et on la nomme.