Mathématiques pour l'informatique 201-N11 • Cégep à Montréal

Exercices corrigés : dénombrement et probabilités (201-N11)

Voici la série d'exercices corrigés de mathématiques pour l'informatique 201-N11 sur le dénombrement et les probabilités : compter des configurations, choisir la bonne formule de tirage, et raisonner sur des probabilités conditionnelles. C'est le chapitre qui sert dès qu'il faut dimensionner un espace de clés ou analyser un algorithme.

Le fil de la série tient en une phrase : on ne compte jamais en énumérant, on compte en MULTIPLIANT des choix, et une probabilité sur un univers équiprobable n'est qu'un quotient de deux dénombrements. Les erreurs classiques, confondre arrangements et combinaisons ou une conditionnelle avec sa réciproque, sont toutes des fautes de comptage.

La partie A construit les outils, du principe multiplicatif jusqu'au principe des tiroirs. La partie B les applique là où ils décident vraiment de quelque chose : un test de dépistage, un filtre antipourriel, l'analyse en moyenne d'un tri, la force d'un mot de passe et la taille d'une empreinte cryptographique. Tous les corrigés sont sur la page.

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Ce chapitre fait partie de Mathématiques pour l'informatique, 201-N11
Avant de commencer Fiche de révision : les pièges et la méthode de ce chapitre

Avant ce chapitre

Ces notions sont supposées acquises ici. Si le premier exercice résiste, le blocage vient presque toujours de l'une d'elles, pas du chapitre lui-même.

Remonter plus loin : la chaîne complète (2 chapitres) ↓

Le chemin de remédiation, du plus ancien au plus proche. Un élève qui reprend ce chapitre de zéro le reprend dans cet ordre.

  1. 1Logique booléenne et mathématique
  2. 2Théorie des ensembles et relations

Rappel de cours

  • PRINCIPE MULTIPLICATIF : kk étapes offrant n1,,nkn_{1},\dots,n_{k} choix donnent n1××nkn_{1}\times\dots\times n_{k} résultats, à condition que le NOMBRE de choix de chaque étape ne dépende pas des précédents.
  • LES QUATRE TIRAGES de kk objets parmi nn : ordonné sans remise, n!(nk)!\frac{n!}{(n-k)!} ; ordonné avec remise, nkn^{k} ; non ordonné sans remise, (nk)=n!k!(nk)!\binom{n}{k}=\frac{n!}{k!(n-k)!} ; non ordonné avec remise, (n+k1k)\binom{n+k-1}{k}. Test : deux résultats qui ne diffèrent que par l'ordre sont-ils le même résultat ?
  • PASCAL : (nk)=(n1k1)+(n1k)\binom{n}{k}=\binom{n-1}{k-1}+\binom{n-1}{k}, et k=0n(nk)=2n\sum_{k=0}^{n}\binom{n}{k}=2^{n}, qui est le nombre de parties d'un ensemble à nn éléments.
  • PRINCIPE DES TIROIRS : mm objets dans nn tiroirs mettent au moins mn\left\lceil\frac{m}{n}\right\rceil objets dans un même tiroir. C'est un énoncé d'EXISTENCE : il ne dit ni lequel, ni combien de fois.
  • PROBABILITÉ UNIFORME : P(A)=cas favorablescas possiblesP(A)=\frac{\text{cas favorables}}{\text{cas possibles}}, valable seulement si les cas élémentaires sont équiprobables. Pour un événement du type « au moins un », passer par le CONTRAIRE.
  • CONDITIONNELLE ET BAYES : P(AB)=P(AB)P(B)P(A\mid B)=\frac{P(A\cap B)}{P(B)}, probabilités totales P(A)=iP(ABi)P(Bi)P(A)=\sum_{i}P(A\mid B_{i})P(B_{i}). Ne jamais confondre P(AB)P(A\mid B) avec P(BA)P(B\mid A) : sur un dépistage, l'écart va de 99 à 17 pour cent.
  • INDÉPENDANCE : P(AB)=P(A)P(B)P(A\cap B)=P(A)P(B). Deux événements de probabilité non nulle ne peuvent pas être à la fois indépendants et incompatibles.
  • ESPÉRANCE : E(X)=ixipiE(X)=\sum_{i}x_{i}p_{i}. Recherche séquentielle : n+12\frac{n+1}{2} comparaisons en moyenne. Attente d'un succès de probabilité pp : 1p\frac{1}{p} essais.
  • ANNIVERSAIRES : le seuil de 50 pour cent de collision parmi NN valeurs est atteint vers 1,18N1{,}18\sqrt{N} tirages. Conséquence : la résistance aux collisions d'une empreinte de nn bits n'est que de 2n/22^{n/2}.

Partie A : les bases (/50)

Exercice 1 : Le principe multiplicatif : compter sans énumérer

Compter les possibilités d'un système informatique est un calcul quotidien : combien d'adresses, combien de couleurs, combien de mots de passe. Le fil de la série : on ne compte jamais en énumérant, on compte en MULTIPLIANT des choix indépendants.

depart3 entrees2 plats2 desserts3 x 2 x 2 = 12 menus differents
  • a) Énoncez le principe multiplicatif et lisez-le sur l'arbre de la figure.
  • b) Combien de mots de 4 lettres peut-on former avec l'alphabet latin de 26 lettres, répétitions autorisées ?
  • c) Combien d'adresses IPv4 existe-t-il, sachant qu'elles comptent 32 bits ? Et d'adresses IPv6, qui en comptent 128 ?
  • d) Une couleur en vraies couleurs se code sur 24 bits, 8 par composante. Combien de teintes cela fait-il ?
  • e) Un identifiant est formé de 2 lettres majuscules suivies de 4 chiffres. Combien y en a-t-il ? Et si les deux lettres doivent être distinctes ?

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a)
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Réponses

  • a) Le produit des nombres de choix : 3×2×2=123 \times 2 \times 2 = 12 feuilles
  • b) 264=45697626^{4} = 456\,976
  • c) 232=42949672962^{32} = 4\,294\,967\,296 et 21283,4×10382^{128} \approx 3{,}4 \times 10^{38}
  • d) 224=2563=167772162^{24} = 256^{3} = 16\,777\,216 teintes
  • e) 67600006\,760\,000 sans contrainte, 65000006\,500\,000 avec deux lettres distinctes : 260000260\,000 de moins, soit 3,8%3{,}8\,\%

a) Si une opération se décompose en kk étapes successives offrant respectivement n1,n2,,nkn_{1},n_{2},\dots,n_{k} choix, et si le nombre de choix à chaque étape ne dépend pas des choix précédents, alors le nombre total de résultats est le PRODUIT n1×n2××nkn_{1}\times n_{2}\times\dots\times n_{k}. Sur la figure, trois entrées ouvrent chacune deux plats, et chacun de ces six chemins ouvre deux desserts : on lit 3×2×2=123\times 2\times 2=12 feuilles. L'arbre rend visible la condition d'application, chaque nœud d'un même niveau porte le même nombre de branches.

b) Quatre positions, 26 choix chacune, indépendants : 264=45697626^{4}=456\,976 mots. On écrit le résultat avec ses séparateurs de milliers, parce que l'ordre de grandeur est l'information utile : un demi-million, ce qu'un programme énumère en une fraction de seconde.

c) IPv4 : 232=42949672962^{32}=4\,294\,967\,296, soit environ 4,3 milliards, moins que la population mondiale, ce qui explique l'épuisement du stock. IPv6 : 21283,4×10382^{128}\approx 3{,}4\times 10^{38}, un nombre sans commune mesure, de l'ordre de 102810^{28} adresses par habitant. Quadrupler le nombre de bits ne quadruple pas le nombre d'adresses, il l'élève à la puissance quatre : c'est le point que le principe multiplicatif rend évident.

d) 224=167772162^{24}=16\,777\,216 teintes, environ 16,7 millions. On peut aussi le voir comme 2563256^{3}, chaque composante prenant 256 valeurs : les deux écritures donnent le même nombre, puisque 256=28256=2^{8} et (28)3=224\left(2^{8}\right)^{3}=2^{24}.

e) Sans contrainte : 26×26×104=676×10000=676000026\times 26\times 10^{4}=676\times 10\,000=6\,760\,000 identifiants. Avec deux lettres DISTINCTES, le second choix n'offre plus que 25 possibilités : 26×25×104=650000026\times 25\times 10^{4}=6\,500\,000. La perte est de 260000260\,000 identifiants, soit environ 3,8 pour cent. Notez que le principe multiplicatif s'applique encore, bien que le nombre de choix de la deuxième étape dépende de la première : ce qui compte est que ce NOMBRE soit toujours le même, ici 25, quelle que soit la lettre déjà prise.

Exercice 2 : Les quatre modèles de tirage

Presque tout exercice de dénombrement revient à tirer kk objets parmi nn. Deux questions suffisent à choisir la formule : l'ordre compte-t-il, et peut-on répéter ?

ORDONNENON ORDONNEsans remiseavec remisearrangementsn! / (n-k)!combinaisonsn! / (k!(n-k)!)listesn puissance kavec repetition(n+k-1) parmi ktirer k objets parmi n : quatre cas
  • a) Rappelez les quatre formules du tableau et associez chacune à une question type.
  • b) De combien de façons peut-on classer 5 candidats sans ex aequo ?
  • c) Un mot de passe de 3 caractères est formé de lettres minuscules distinctes. Combien y en a-t-il ? Et si les répétitions sont permises ?
  • d) Combien de grilles de loto distinctes en choisissant 6 numéros parmi 49 ?
  • e) Un menu de compilation accepte 4 options booléennes indépendantes. Combien de configurations ? Et si l'on doit en activer exactement 2 ?

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a)
b)
c)
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Réponses

  • a) Arrangements n!(nk)!\frac{n!}{(n-k)!}, listes nkn^{k}, combinaisons (nk)\binom{n}{k}, et (n+k1k)\binom{n+k-1}{k} pour le non ordonné avec remise
  • b) 5!=1205! = 120
  • c) 26×25×24=1560026 \times 25 \times 24 = 15\,600 sans répétition, 263=1757626^{3} = 17\,576 avec
  • d) (496)=13983816\binom{49}{6} = 13\,983\,816
  • e) 24=162^{4} = 16 configurations, dont (42)=6\binom{4}{2} = 6 avec exactement deux options

a) ORDONNÉ SANS REMISE, les arrangements : n!(nk)!\frac{n!}{(n-k)!}, pour « combien de podiums ». ORDONNÉ AVEC REMISE, les listes : nkn^{k}, pour « combien de mots de passe ». NON ORDONNÉ SANS REMISE, les combinaisons : (nk)=n!k!(nk)!\binom{n}{k}=\frac{n!}{k!\,(n-k)!}, pour « combien de comités ». NON ORDONNÉ AVEC REMISE : (n+k1k)\binom{n+k-1}{k}, pour « combien de façons de répartir des objets identiques ». La quatrième est la seule qu'on n'invente pas de tête, les trois autres se retrouvent par le principe multiplicatif.

b) Un classement complet de 5 candidats est une PERMUTATION : 5!=1205!=120. C'est le cas particulier k=nk=n des arrangements, où 5!0!=5!\frac{5!}{0!}=5! puisque 0!=10!=1 par convention. Cette convention n'est pas arbitraire, elle est ce qui rend la formule des arrangements valable jusqu'au bout.

c) DISTINCTS : c'est un arrangement de 3 lettres parmi 26, soit 26×25×24=1560026\times 25\times 24=15\,600. AVEC RÉPÉTITIONS : c'est une liste, soit 263=1757626^{3}=17\,576. L'écart est faible ici, 11,2 pour cent, mais interdire les répétitions RÉDUIT toujours le nombre de mots de passe : une règle qui interdit deux lettres identiques affaiblit donc le mot de passe au lieu de le renforcer, ce qui est le contraire de l'intuition.

d) L'ordre des numéros ne compte pas et l'on ne peut pas répéter : c'est une combinaison. (496)=49×48×47×46×45×44720=13983816\binom{49}{6}=\frac{49\times 48\times 47\times 46\times 45\times 44}{720}=13\,983\,816, soit près de 14 millions de grilles. La probabilité de gagner avec une grille est donc d'environ 7,15×1087{,}15\times 10^{-8}.

e) Quatre options booléennes indépendantes : chacune vaut vrai ou faux, donc 24=162^{4}=16 configurations. Si l'on doit en activer EXACTEMENT 2, on choisit lesquelles sans se soucier de l'ordre : (42)=6\binom{4}{2}=6. On peut vérifier la cohérence en sommant sur toutes les tailles : (40)+(41)+(42)+(43)+(44)=1+4+6+4+1=16\binom{4}{0}+\binom{4}{1}+\binom{4}{2}+\binom{4}{3}+\binom{4}{4}=1+4+6+4+1=16 ✓, ce qui est exactement la propriété du triangle de Pascal étudiée à l'exercice suivant.

Exercice 3 : Coefficients binomiaux et triangle de Pascal

Le coefficient binomial compte les sous-ensembles, et sa relation de récurrence est la même que celle d'un algorithme récursif. C'est aussi l'occasion de retrouver la programmation dynamique du chapitre précédent.

1somme 111somme 2121somme 41331somme 814641somme 1615101051somme 321615201561somme 643 + 3 = 6
  • a) Démontrez la relation de Pascal (nk)=(n1k1)+(n1k)\binom{n}{k}=\binom{n-1}{k-1}+\binom{n-1}{k} par un argument de dénombrement, sans calcul.
  • b) Vérifiez cette relation sur la figure pour (42)\binom{4}{2}.
  • c) Démontrez que la somme d'une ligne du triangle vaut 2n2^{n}, par un argument de dénombrement puis par la formule du binôme.
  • d) Calculez (103)\binom{10}{3} de deux façons.
  • e) Un programme calcule (nk)\binom{n}{k} par la relation de Pascal, récursivement. Quel problème rencontre-t-il, et quel est le remède ?

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Réponses

  • a) Les parties se répartissent selon qu'elles contiennent xx ou non : (n1k1)+(n1k)\binom{n-1}{k-1} + \binom{n-1}{k}
  • b) (42)=6=3+3=(31)+(32)\binom{4}{2} = 6 = 3 + 3 = \binom{3}{1} + \binom{3}{2}
  • c) k(nk)=2n\sum_{k}\binom{n}{k} = 2^{n}, par classement des parties selon leur taille ou par le binôme avec a=b=1a=b=1
  • d) (103)=120=36+84\binom{10}{3} = 120 = 36 + 84
  • e) Les appels se recouvrent massivement : mémoïsation, ou construction itérative en O(nk)O(nk)

a) On compte les parties à kk éléments d'un ensemble de nn éléments, en isolant un élément particulier xx. Ces parties se répartissent en deux catégories sans recouvrement. Celles qui CONTIENNENT xx : il reste à choisir k1k-1 éléments parmi les n1n-1 autres, soit (n1k1)\binom{n-1}{k-1}. Celles qui ne le contiennent PAS : il faut choisir les kk éléments parmi les n1n-1 autres, soit (n1k)\binom{n-1}{k}. Toute partie relève d'exactement un des deux cas, d'où l'égalité. Aucun calcul, seulement un partage en deux.

b) Sur la figure, (42)=6\binom{4}{2}=6 est bien la somme des deux nombres qui le surplombent à la ligne précédente, (31)=3\binom{3}{1}=3 et (32)=3\binom{3}{2}=3, ce que marquent les deux traits. C'est la règle de construction du triangle : chaque nombre est la somme des deux du dessus, les bords valant 1 parce qu'il n'y a qu'une partie vide et qu'une partie pleine.

c) DÉNOMBREMENT : la somme k=0n(nk)\sum_{k=0}^{n}\binom{n}{k} compte toutes les parties de l'ensemble, classées par taille ; or on peut aussi compter une partie en décidant pour CHAQUE élément s'il y appartient ou non, ce qui donne 2n2^{n} par le principe multiplicatif. Les deux comptages portent sur le même ensemble, donc ils sont égaux. BINÔME : la formule (a+b)n=k=0n(nk)akbnk(a+b)^{n}=\sum_{k=0}^{n}\binom{n}{k}a^{k}b^{n-k}, appliquée avec a=b=1a=b=1, donne directement 2n=k=0n(nk)2^{n}=\sum_{k=0}^{n}\binom{n}{k}. La figure affiche ces sommes ligne par ligne : 1, 2, 4, 8, 16, 32, 64.

d) PAR LA FORMULE : (103)=10×9×83×2×1=7206=120\binom{10}{3}=\frac{10\times 9\times 8}{3\times 2\times 1}=\frac{720}{6}=120. PAR PASCAL : (103)=(92)+(93)=36+84=120\binom{10}{3}=\binom{9}{2}+\binom{9}{3}=36+84=120 ✓. La première méthode est celle à employer à la main, en simplifiant AVANT de multiplier ; la seconde sert quand on construit une table complète.

e) Il rencontre exactement le problème de Fibonacci naïf : les appels se RECOUVRENT massivement, car (n1k1)\binom{n-1}{k-1} et (n1k)\binom{n-1}{k} redescendent vers les mêmes sous-problèmes. Le nombre d'appels devient de l'ordre de (nk)\binom{n}{k} lui-même, donc astronomique. Le remède est le même : la MÉMOÏSATION, ou la construction itérative du triangle ligne par ligne, qui coûte O(nk)O(nk) opérations. C'est l'exemple canonique de programmation dynamique, et il n'est pas anodin que la relation combinatoire et la relation algorithmique soient la même égalité.

Exercice 4 : Le principe des tiroirs

Un énoncé qui paraît trop simple pour servir à quoi que ce soit : si l'on range n+1n+1 objets dans nn tiroirs, un tiroir en contient au moins deux. Il démontre pourtant des résultats qu'aucun calcul n'atteint.

  • a) Énoncez le principe des tiroirs, puis sa version quantitative pour mm objets dans nn tiroirs.
  • b) Montrez que dans un groupe de 13 personnes, deux au moins sont nées le même mois.
  • c) Une table de hachage possède 100 cases et reçoit 1000 clés. Que peut-on affirmer sur la case la plus chargée ?
  • d) Démontrez qu'aucune fonction de hachage envoyant des fichiers quelconques sur 256 bits ne peut être injective.
  • e) Montrez que parmi 6 personnes, il y en a toujours 3 qui se connaissent mutuellement ou 3 qui sont mutuellement inconnues.

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Réponses

  • a) n+1n+1 objets dans nn tiroirs forcent un doublon ; avec mm objets, un tiroir en contient au moins m/n\lceil m/n \rceil
  • b) 13 personnes pour 12 mois : deux au moins partagent un mois
  • c) Au moins 1000/100=10\lceil 1000/100 \rceil = 10 clés dans une case, garantie de pire cas
  • d) Une infinité de fichiers pour 22562^{256} empreintes : les collisions existent forcément, la sécurité tient à la difficulté d'en exhiber une
  • e) 5/2=3\lceil 5/2 \rceil = 3 relations d'un même type, puis deux cas : c'est le premier théorème de Ramsey

a) VERSION SIMPLE : si l'on range n+1n+1 objets ou plus dans nn tiroirs, au moins un tiroir contient au moins deux objets. VERSION QUANTITATIVE : en rangeant mm objets dans nn tiroirs, au moins un tiroir contient au moins mn\left\lceil\frac{m}{n}\right\rceil objets. La démonstration est par l'absurde : si chaque tiroir en contenait strictement moins, le total serait strictement inférieur à mm, contradiction.

b) Les tiroirs sont les 12 mois, les objets sont les 13 personnes. Comme 13>1213>12, un mois au moins contient deux personnes ✓. Remarquez ce que l'énoncé ne dit PAS : il ne dit pas lequel, ni combien de paires. C'est un énoncé d'existence pur, du même genre que ceux du chapitre des théorèmes des valeurs moyennes.

c) 1000100=10\left\lceil\frac{1000}{100}\right\rceil=10 : au moins une case contient au moins 10 clés. C'est une garantie de PIRE CAS, indépendante de la fonction de hachage employée, si bonne soit-elle. Elle explique pourquoi une table de hachage doit prévoir une gestion des collisions, listes chaînées ou sondage, et pourquoi son coût d'accès n'est constant qu'en moyenne, jamais dans le pire cas.

d) Une fonction de hachage sur 256 bits a exactement 22562^{256} valeurs possibles, un nombre fini. L'ensemble des fichiers, lui, est infini : on peut fabriquer des fichiers aussi longs qu'on veut. On range donc une infinité d'objets dans un nombre fini de tiroirs, et le principe garantit non seulement qu'une collision existe, mais qu'une infinité de fichiers partagent le même condensat. La sécurité d'une fonction de hachage ne repose donc PAS sur l'absence de collisions, qui est impossible, mais sur la difficulté d'en EXHIBER une.

e) Prenons une personne AA. Elle a 5 relations, chacune de deux types, connue ou inconnue : par les tiroirs, l'un des deux types apparaît au moins 52=3\left\lceil\frac{5}{2}\right\rceil=3 fois. Supposons que AA connaisse trois personnes BB, CC et DD. Si deux d'entre elles se connaissent, disons BB et CC, alors AA, BB et CC se connaissent tous les trois ✓. Sinon, BB, CC et DD sont mutuellement inconnues ✓. Le cas où AA ignore trois personnes se traite symétriquement. C'est le premier théorème de la théorie de Ramsey, et il tient entièrement dans deux applications du principe des tiroirs.

Exercice 5 : Probabilité sur un univers fini équiprobable

Dès que tous les cas sont également probables, une probabilité n'est rien d'autre qu'un quotient de deux dénombrements. Tout le travail est donc dans le comptage, pas dans la probabilité.

  • a) Donnez la formule de la probabilité d'un événement dans un univers fini équiprobable, et dites à quelle condition elle s'applique.
  • b) On tire 5 cartes dans un jeu de 52. Quelle est la probabilité d'obtenir exactement 2 as ?
  • c) Un générateur produit un octet au hasard. Quelle est la probabilité qu'il contienne exactement trois bits à 1 ?
  • d) Quelle est la probabilité qu'un mot de passe de 8 caractères tirés au hasard parmi 62 alphanumériques ne contienne AUCUN chiffre ?
  • e) Pourquoi passe-t-on souvent par l'événement CONTRAIRE ? Illustrez avec « au moins un chiffre ».

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Réponses

  • a) P(A)=cas favorablescas possiblesP(A) = \dfrac{\text{cas favorables}}{\text{cas possibles}}, à condition que les cas ÉLÉMENTAIRES soient équiprobables
  • b) (42)(483)(525)=10377625989600,0399\dfrac{\binom{4}{2}\binom{48}{3}}{\binom{52}{5}} = \dfrac{103\,776}{2\,598\,960} \approx 0{,}0399
  • c) (83)256=56256=0,21875\dfrac{\binom{8}{3}}{256} = \dfrac{56}{256} = 0{,}21875
  • d) (5262)80,2448\left(\dfrac{52}{62}\right)^{8} \approx 0{,}2448
  • e) P(au moins un)=1P(aucun)=0,7552P(\text{au moins un}) = 1 - P(\text{aucun}) = 0{,}7552

a) P(A)=nombre de cas favorablesnombre de cas possiblesP(A)=\frac{\text{nombre de cas favorables}}{\text{nombre de cas possibles}}. La condition est que tous les cas élémentaires soient ÉQUIPROBABLES, ce qui n'est pas automatique et doit se justifier : un tirage au hasard, un dé équilibré, un générateur uniforme. Sur un univers non uniforme, la formule est fausse, et l'erreur classique consiste à l'appliquer à des événements composés plutôt qu'à des cas élémentaires.

b) L'univers est l'ensemble des mains de 5 cartes, soit (525)=2598960\binom{52}{5}=2\,598\,960 mains équiprobables. Les mains favorables se construisent en deux étapes indépendantes : choisir 2 as parmi 4, soit (42)=6\binom{4}{2}=6, et choisir les 3 autres cartes parmi les 48 non-as, soit (483)=17296\binom{48}{3}=17\,296. Total : 6×17296=1037766\times 17\,296=103\,776. Probabilité : 10377625989600,0399\frac{103\,776}{2\,598\,960}\approx 0{,}0399, soit environ 4 pour cent.

c) Un octet a 28=2562^{8}=256 valeurs équiprobables. Celles qui contiennent exactement trois bits à 1 correspondent au choix des trois positions parmi huit : (83)=56\binom{8}{3}=56. Probabilité : 56256=0,21875\frac{56}{256}=0{,}21875, soit environ 22 pour cent. C'est le maximum atteint pour 3 ou 4 bits à 1, ce qui traduit le fait qu'un octet aléatoire a rarement très peu ou très beaucoup de bits allumés.

d) Les 62 caractères se répartissent en 52 lettres et 10 chiffres. Aucun chiffre signifie que les 8 positions sont prises parmi les 52 lettres : 52852^{8} cas favorables sur 62862^{8} possibles. Probabilité : (5262)8=0,838780,2448\left(\frac{52}{62}\right)^{8}=0{,}8387^{8}\approx 0{,}2448, soit environ 24 pour cent. Près d'un mot de passe aléatoire sur quatre ne contient aucun chiffre, ce qui explique pourquoi les politiques de sécurité l'imposent explicitement.

e) Parce que compter « au moins un » demande de distinguer les cas à un, deux, trois chiffres et ainsi de suite, alors que le contraire, « aucun », se compte d'un coup. La règle est P(au moins un)=1P(aucun)P(\text{au moins un})=1-P(\text{aucun}). Ici : 10,2448=0,75521-0{,}2448=0{,}7552, soit environ 76 pour cent. Le réflexe vaut pour tous les énoncés commençant par « au moins », et il sera décisif au problème des anniversaires de l'exercice 10.

Partie B : problèmes et raisonnement (/50)

Exercice 6 : Probabilité conditionnelle, indépendance et formule de Bayes

Un test positif ne signifie pas que l'on est malade, et un courriel contenant le mot gratuit n'est pas forcément un pourriel. La formule de Bayes dit exactement de combien il faut corriger son intuition.

0,010,99maladesain0,990,010,050,95positif : 0,0099negatifpositif : 0,0495negatifun positif sur six seulement est malade
  • a) Donnez la définition de P(AB)P(A\mid B) et la formule des probabilités totales.
  • b) Une maladie touche 1 pour cent de la population. Un test détecte 99 pour cent des malades et se trompe sur 5 pour cent des personnes saines. Calculez la probabilité qu'une personne testée positive soit réellement malade.
  • c) Commentez l'écart entre ce résultat et l'intuition courante. D'où vient-il ?
  • d) Un filtre antipourriel sait que 60 pour cent des courriels sont des pourriels, que le mot gratuit apparaît dans 30 pour cent des pourriels et dans 2 pour cent des courriels légitimes. Calculez la probabilité qu'un courriel contenant ce mot soit un pourriel.
  • e) Deux événements de probabilité non nulle peuvent-ils être à la fois indépendants et incompatibles ? Justifiez.

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Réponses

  • a) P(AB)=P(AB)P(B)P(A\mid B) = \dfrac{P(A \cap B)}{P(B)}, et P(A)=iP(ABi)P(Bi)P(A) = \sum_{i} P(A\mid B_{i})P(B_{i})
  • b) P(T)=0,0594P(T) = 0{,}0594 et P(MT)=0,00990,0594=1616,7%P(M\mid T) = \dfrac{0{,}0099}{0{,}0594} = \dfrac{1}{6} \approx 16{,}7\,\%
  • c) Sur 10 000 personnes : 99 vrais positifs contre 495 faux positifs. C'est la rareté de la maladie qui décide
  • d) P(G)=0,188P(G) = 0{,}188 et P(SG)95,7%P(S\mid G) \approx 95{,}7\,\% : c'est la probabilité A PRIORI qui change tout
  • e) NON : incompatibles donne P(AB)=0P(A\cap B)=0, indépendants donne P(A)P(B)>0P(A)P(B)>0

a) P(AB)=P(AB)P(B)P(A\mid B)=\frac{P(A\cap B)}{P(B)} pour P(B)0P(B)\neq 0 : c'est la probabilité de AA une fois que l'on SAIT que BB est réalisé, autrement dit on remplace l'univers par BB. PROBABILITÉS TOTALES : si B1,,BnB_{1},\dots,B_{n} forment une partition de l'univers, alors P(A)=iP(ABi)P(Bi)P(A)=\sum_{i}P(A\mid B_{i})P(B_{i}). C'est la formule qui permet de descendre l'arbre pondéré de la figure en multipliant le long des branches, puis en additionnant les feuilles favorables.

b) Notons MM malade et TT test positif. P(M)=0,01P(M)=0{,}01, P(TM)=0,99P(T\mid M)=0{,}99, P(TM)=0,05P(T\mid\overline{M})=0{,}05. Probabilités totales : P(T)=0,01×0,99+0,99×0,05=0,0099+0,0495=0,0594P(T)=0{,}01\times 0{,}99+0{,}99\times 0{,}05=0{,}0099+0{,}0495=0{,}0594. Bayes : P(MT)=0,00990,0594=160,1667P(M\mid T)=\frac{0{,}0099}{0{,}0594}=\frac{1}{6}\approx 0{,}1667. Seulement UNE personne positive sur six est réellement malade.

c) L'intuition répond spontanément « environ 99 pour cent », en confondant P(TM)P(T\mid M) avec P(MT)P(M\mid T). L'écart vient de la RARETÉ de la maladie : sur 10 000 personnes, 100 sont malades et 99 seront détectées, mais 9900 sont saines et 495 d'entre elles seront positives à tort. Les faux positifs sont cinq fois plus nombreux que les vrais, non parce que le test est mauvais, mais parce qu'il s'applique à une population immense de gens sains. C'est la raison pour laquelle on ne dépiste pas systématiquement les maladies rares.

d) Notons SS pourriel et GG le mot présent. P(G)=0,6×0,3+0,4×0,02=0,18+0,008=0,188P(G)=0{,}6\times 0{,}3+0{,}4\times 0{,}02=0{,}18+0{,}008=0{,}188. Bayes : P(SG)=0,180,1880,9574P(S\mid G)=\frac{0{,}18}{0{,}188}\approx 0{,}9574, soit environ 96 pour cent. Le résultat est cette fois très proche de la certitude, et le contraste avec la question b mérite d'être noté : la même formule donne 17 pour cent ici et 96 pour cent là. Ce qui change n'est pas la qualité de l'indice, c'est la probabilité A PRIORI, 1 pour cent contre 60 pour cent.

e) NON, c'est impossible. Incompatibles signifie AB=A\cap B=\varnothing, donc P(AB)=0P(A\cap B)=0. Indépendants signifie P(AB)=P(A)P(B)P(A\cap B)=P(A)P(B), qui est strictement positif puisque les deux probabilités le sont. Les deux conditions se contredisent. Intuitivement : si AA et BB ne peuvent pas se produire ensemble, alors savoir que AA est réalisé apprend quelque chose de très fort sur BB, à savoir qu'il ne l'est pas. Incompatible est donc le contraire d'indépendant, pas un synonyme, et cette confusion est l'une des plus coûteuses du chapitre.

Exercice 7 : Espérance et analyse en moyenne d'un algorithme

Le pire cas d'un algorithme est parfois si rare qu'il ne dit rien de son comportement réel. L'espérance donne l'autre mesure, celle qu'observe un utilisateur, et elle se calcule avec les outils de ce chapitre.

  • a) Donnez la définition de l'espérance d'une variable aléatoire discrète et son interprétation.
  • b) On cherche séquentiellement un élément présent dans un tableau de nn cases, à une position uniforme. Calculez l'espérance du nombre de comparaisons.
  • c) Application pour n=1000n=1000. Comparez au pire cas.
  • d) On lance une pièce équilibrée jusqu'à obtenir face. Calculez l'espérance du nombre de lancers.
  • e) Le tri rapide fait en moyenne environ 2nlnn2n\ln n comparaisons et n22\frac{n^{2}}{2} dans le pire cas. Pour un million d'éléments, calculez les deux et dites pourquoi on l'utilise quand même.

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Réponses

  • a) E(X)=ixipiE(X) = \sum_{i} x_{i}p_{i}, la moyenne pondérée, valable sur un grand nombre d'essais
  • b) E=1nn(n+1)2=n+12E = \dfrac{1}{n}\cdot\dfrac{n(n+1)}{2} = \dfrac{n+1}{2}
  • c) 500,5500{,}5 contre 1000 : un rapport de 2 seulement, la recherche reste linéaire
  • d) E=2E = 2, que confirme E=1+12EE = 1 + \frac{1}{2}E
  • e) Environ 28 millions en moyenne contre 500 milliards au pire, un facteur 18 000 : le pivot aléatoire rend le pire cas improbable

a) Si XX prend les valeurs x1,,xmx_{1},\dots,x_{m} avec les probabilités p1,,pmp_{1},\dots,p_{m}, alors E(X)=ixipiE(X)=\sum_{i}x_{i}p_{i}. C'est la moyenne PONDÉRÉE des valeurs, et son interprétation est celle de la loi des grands nombres : en répétant l'expérience un grand nombre de fois, la moyenne des résultats observés se rapproche de E(X)E(X). Une espérance n'est donc pas une prédiction pour un essai, c'est une prédiction pour un grand nombre d'essais.

b) L'élément est en position kk avec la probabilité 1n\frac{1}{n}, et la recherche coûte alors kk comparaisons. Donc E=k=1nk×1n=1n×n(n+1)2=n+12E=\sum_{k=1}^{n}k\times\frac{1}{n}=\frac{1}{n}\times\frac{n(n+1)}{2}=\frac{n+1}{2}. On retrouve la somme des premiers entiers démontrée par récurrence au chapitre précédent : les deux chapitres se rejoignent ici.

c) E=10012=500,5E=\frac{1001}{2}=500{,}5 comparaisons en moyenne, contre 1000 dans le PIRE CAS, celui où l'élément est en dernière position. Le rapport n'est que de 2 : l'analyse en moyenne ne change pas l'ordre de grandeur, la recherche séquentielle reste linéaire. C'est justement ce qui la distingue du tri rapide de la question e, où l'écart est d'un facteur des milliers.

d) Notons XX le nombre de lancers. On a P(X=k)=(12)kP(X=k)=\left(\frac{1}{2}\right)^{k}, puisqu'il faut k1k-1 piles suivis d'une face. Donc E=k1k(12)k=2E=\sum_{k\geq 1}k\left(\frac{1}{2}\right)^{k}=2. Une manière plus rapide de l'obtenir : le premier lancer coûte 1 ; avec la probabilité 12\frac{1}{2} c'est fini, sinon on recommence à zéro. D'où E=1+12EE=1+\frac{1}{2}E, soit E=2E=2. Ce raisonnement par conditionnement sur le premier pas est celui qu'on emploie pour analyser les algorithmes aléatoires.

e) EN MOYENNE : 2×106×ln(106)=2×106×13,81552,76×1072\times 10^{6}\times\ln\left(10^{6}\right)=2\times 10^{6}\times 13{,}8155\approx 2{,}76\times 10^{7} comparaisons, environ 28 millions. PIRE CAS : (106)22=5×1011\frac{\left(10^{6}\right)^{2}}{2}=5\times 10^{11}, soit 500 milliards, dix-huit mille fois plus. On l'utilise quand même pour deux raisons. D'abord parce que le pire cas correspond à un tableau déjà trié avec un choix de pivot naïf, situation qu'un pivot ALÉATOIRE rend d'une improbabilité extrême. Ensuite parce que sa constante cachée est petite et qu'il travaille sur place, ce qui le rend en pratique plus rapide que le tri fusion, pourtant meilleur dans le pire cas. Choisir un algorithme demande donc de regarder les DEUX mesures et de savoir laquelle décrit l'usage réel.

Exercice 8 : Cinq affirmations à corriger

Chacune des cinq affirmations suivantes est FAUSSE. Dites pourquoi et donnez l'énoncé correct.

  • 1) « Interdire les caractères répétés rend un mot de passe plus difficile à casser. »
  • 2) « Le test est fiable à 99 pour cent, donc un patient positif a 99 pour cent de chances d'être malade. »
  • 3) « Deux événements incompatibles sont indépendants, puisqu'ils n'ont rien à voir. »
  • 4) « Une bonne fonction de hachage ne produit jamais de collision. »
  • 5) « Pour compter des mains de cartes, on utilise les arrangements, puisque l'ordre des cartes distribuées compte. »

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  • 1) FAUX : on passe de 1757617\,576 à 1560015\,600, soit 11 % de moins. Toute contrainte réduit l'espace de recherche
  • 2) FAUX : l'affirmation confond P(TM)P(T\mid M) et P(MT)P(M\mid T). Bayes donne 16\frac{1}{6}, soit 17 %
  • 3) FAUX : les deux notions se contredisent. Incompatible parle des ensembles, indépendant parle de l'information
  • 4) FAUX : le principe des tiroirs l'interdit. On demande la difficulté d'EXHIBER une collision
  • 5) FAUX : une main est un ENSEMBLE, donc (525)=2598960\binom{52}{5} = 2\,598\,960, soit 5!=1205! = 120 fois moins que les arrangements

1) FAUX, c'est exactement l'inverse. Interdire les répétitions RÉDUIT l'ensemble des mots de passe possibles : sur 3 caractères parmi 26, on passe de 263=1757626^{3}=17\,576 à 26×25×24=1560026\times 25\times 24=15\,600, soit 11 pour cent de moins. Toute règle qui interdit quelque chose réduit l'espace de recherche et facilite donc l'attaque par force brute. Ce qui renforce un mot de passe est d'AUGMENTER sa longueur et la taille de son alphabet, jamais d'ajouter des contraintes.

2) FAUX, et l'affirmation confond P(TM)P(T\mid M) avec P(MT)P(M\mid T). Avec une prévalence de 1 pour cent et 5 pour cent de faux positifs, la formule de Bayes donne P(MT)=1617P(M\mid T)=\frac{1}{6}\approx 17 pour cent. La raison est que les personnes saines sont 99 fois plus nombreuses, si bien que leurs 5 pour cent de faux positifs écrasent en nombre les vrais positifs. Une probabilité conditionnelle et sa réciproque n'ont aucune raison d'être proches.

3) FAUX, et les deux notions sont même contradictoires pour des événements de probabilité non nulle. Incompatibles donne P(AB)=0P(A\cap B)=0 ; indépendants donne P(AB)=P(A)P(B)>0P(A\cap B)=P(A)P(B)>0. Savoir que AA s'est produit apprend au contraire que BB ne s'est pas produit, ce qui est le comble de la dépendance. Retenez la formulation : incompatible parle des ENSEMBLES, indépendant parle de l'INFORMATION.

4) FAUX, et c'est impossible par le principe des tiroirs. Une fonction de hachage sur 256 bits ne dispose que de 22562^{256} valeurs alors que les fichiers possibles sont en nombre infini : une infinité de fichiers partagent donc chaque condensat. Ce qu'on demande à une bonne fonction de hachage n'est pas l'absence de collisions mais la difficulté d'en EXHIBER une, ce qui est une propriété calculatoire et non ensembliste.

5) FAUX. Une main de cartes est un ENSEMBLE : recevoir l'as puis le roi ou le roi puis l'as donne la même main. On utilise donc les COMBINAISONS, (525)=2598960\binom{52}{5}=2\,598\,960. L'utilisation des arrangements donnerait 52×51×50×49×48=31187520052\times 51\times 50\times 49\times 48=311\,875\,200, soit 120 fois trop, exactement le facteur 5!5! qui compte les ordres d'une même main. Le test à faire systématiquement : deux résultats qui diffèrent seulement par l'ordre sont-ils le même résultat ?

Exercice 9 : Problème : la force d'un mot de passe

Combien de temps faut-il pour casser un mot de passe par force brute ? Le calcul tient en trois lignes, et son résultat contredit à peu près toutes les recommandations que l'on entend.

  • a) Un mot de passe compte 8 caractères pris parmi les 95 caractères imprimables du clavier. Combien de mots de passe possibles ?
  • b) Un attaquant teste 10 milliards de combinaisons par seconde. Combien de temps lui faut-il au pire ?
  • c) Refaites le calcul pour 12 caractères. Exprimez le résultat en années.
  • d) Refaites-le pour 8 lettres minuscules seulement. Conclusion ?
  • e) On mesure la force en BITS D'ENTROPIE, c'est-à-dire log2\log_{2} du nombre de possibilités. Calculez-la dans les trois cas et dites ce qui, de la longueur ou de la taille de l'alphabet, pèse le plus.

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Réponses

  • a) 958=663420431289062595^{8} = 6\,634\,204\,312\,890\,625, environ 6,63×10156{,}63 \times 10^{15}
  • b) Environ 663420663\,420 secondes, soit 7,687{,}68 jours
  • c) 95125,40×102395^{12} \approx 5{,}40 \times 10^{23}, soit environ 1,711{,}71 million d'années
  • d) 2682,09×101126^{8} \approx 2{,}09 \times 10^{11}, soit environ 21 secondes
  • e) 52,652{,}6, 78,878{,}8 et 37,637{,}6 bits : l'entropie est proportionnelle à la longueur, logarithmique en l'alphabet

a) Huit positions, 95 choix chacune : 958=663420431289062595^{8}=6\,634\,204\,312\,890\,625, soit environ 6,63×10156{,}63\times 10^{15}, un peu plus de six millions de milliards.

b) 6,63×10151010663420\frac{6{,}63\times 10^{15}}{10^{10}}\approx 663\,420 secondes, soit environ 7,687{,}68 jours. Un mot de passe de huit caractères, même avec tous les symboles du clavier, tombe donc en une semaine face à du matériel dédié. Notez que ce chiffre est un PIRE cas, la moyenne étant deux fois plus courte, autour de quatre jours.

c) 95125,40×102395^{12}\approx 5{,}40\times 10^{23}, donc 5,40×10231010=5,40×1013\frac{5{,}40\times 10^{23}}{10^{10}}=5{,}40\times 10^{13} secondes, c'est-à-dire environ 1,71×1061{,}71\times 10^{6} années, soit près de 1,7 million d'années. Quatre caractères de plus font passer d'une semaine à un million d'années : le facteur est 95481,595^{4}\approx 81{,}5 millions.

d) 268=2088270645762,09×101126^{8}=208\,827\,064\,576\approx 2{,}09\times 10^{11}, donc 2,09×1011101021\frac{2{,}09\times 10^{11}}{10^{10}}\approx 21 secondes. Conclusion : un mot de passe de huit lettres minuscules ne résiste pas une demi-minute. Le passage de 26 à 95 caractères multiplie la durée par 31 000, ce qui est considérable, mais reste dérisoire à côté de l'effet de la longueur.

e) 8log295=8×6,570=52,68\log_{2}95=8\times 6{,}570=52{,}6 bits ; 12log295=78,812\log_{2}95=78{,}8 bits ; 8log226=8×4,700=37,68\log_{2}26=8\times 4{,}700=37{,}6 bits. L'entropie est PROPORTIONNELLE à la longueur et seulement LOGARITHMIQUE en la taille de l'alphabet : ajouter 4 caractères vaut 4×6,57=26,34\times 6{,}57=26{,}3 bits, alors que passer de 26 à 95 caractères sur 8 positions n'en vaut que 15. La longueur pèse donc bien davantage, et c'est pourquoi les recommandations récentes préconisent des PHRASES de passe longues plutôt que des suites courtes de symboles exotiques, plus difficiles à retenir pour un gain moindre.

Exercice 10 : Problème : anniversaires et collisions de hachage

Il suffit de 23 personnes pour qu'il y ait une chance sur deux que deux d'entre elles soient nées le même jour. Le même calcul dit combien de clés une table de hachage supporte avant sa première collision, et il gouverne la taille des empreintes cryptographiques.

510152025303540455055600.10.20.30.40.50.60.70.80.91n = 23 : la barre des 50 pour centprobabilite d'au moins une coincidencen
  • a) Calculez la probabilité que, dans un groupe de nn personnes, toutes les dates de naissance soient DISTINCTES. On ignore les années bissextiles.
  • b) Déduisez-en la probabilité d'au moins une coïncidence et calculez-la pour n=23n=23, puis n=50n=50.
  • c) Pourquoi le résultat surprend-il autant ? Quelle question la plupart des gens se posent-ils à la place ?
  • d) Une fonction de hachage produit 32 bits. En admettant que le seuil de 50 pour cent est atteint pour environ 1,18N1{,}18\sqrt{N} clés, combien de clés faut-il pour avoir une chance sur deux de collision ?
  • e) Refaites le calcul pour 64 puis 128 bits. Que conclut-on sur la taille minimale d'une empreinte cryptographique ?

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Réponses

  • a) k=0n1365k365\prod_{k=0}^{n-1}\dfrac{365-k}{365}
  • b) 0,50730{,}5073 pour n=23n=23 et 0,97040{,}9704 pour n=50n=50
  • c) Parce qu'on compare nn à 365, alors que ce sont les (232)=253\binom{23}{2} = 253 PAIRES qui comptent. « Quelqu'un partage MON anniversaire » ne vaut que 5,9%5{,}9\,\%
  • d) Environ 1,18×216773001{,}18 \times 2^{16} \approx 77\,300 clés
  • e) Environ 5,07×1095{,}07 \times 10^{9} pour 64 bits et 2,18×10192{,}18 \times 10^{19} pour 128 : la sécurité effective vaut la MOITIÉ de la taille

a) La première personne peut être née n'importe quel jour, la deuxième doit éviter 1 jour, la troisième 2, et ainsi de suite. Par le principe multiplicatif : P(toutes distinctes)=365365×364365××365n+1365=k=0n1365k365P(\text{toutes distinctes})=\frac{365}{365}\times\frac{364}{365}\times\dots\times\frac{365-n+1}{365}=\prod_{k=0}^{n-1}\frac{365-k}{365}. C'est exactement le calcul de l'événement CONTRAIRE recommandé à l'exercice 5, et il est ici indispensable : dénombrer directement les coïncidences demanderait de distinguer les cas à deux, trois, quatre personnes concernées.

b) P(au moins une)=1k=0n1365k365P(\text{au moins une})=1-\prod_{k=0}^{n-1}\frac{365-k}{365}. Pour n=23n=23 : environ 0,50730{,}5073, soit un peu plus d'une chance sur deux. Pour n=50n=50 : environ 0,97040{,}9704, soit 97 pour cent. La figure montre la montée très rapide de cette courbe, presque verticale entre 15 et 35 personnes.

c) Il surprend parce que l'on compare spontanément nn à 365 et qu'on trouve 23 dérisoire. Mais le nombre de PAIRES de personnes, lui, vaut (232)=253\binom{23}{2}=253, un nombre du même ordre que 365 : ce sont les paires qui comptent, pas les personnes, et elles croissent comme le CARRÉ de l'effectif. La question que l'on se pose à la place est « quelle est la probabilité que quelqu'un partage MON anniversaire », dont la réponse est bien plus petite, 1(364365)220,05861-\left(\frac{364}{365}\right)^{22}\approx 0{,}0586, soit 6 pour cent. Les deux questions diffèrent, et c'est le passage de l'une à l'autre qui produit l'effet de surprise.

d) N=232=4294967296N=2^{32}=4\,294\,967\,296, donc N=216=65536\sqrt{N}=2^{16}=65\,536 et le seuil vaut environ 1,18×65536773001{,}18\times 65\,536\approx 77\,300 clés. Autrement dit, une empreinte de 32 bits entre en collision avec une chance sur deux dès 77 000 éléments, un chiffre atteint par n'importe quelle base de données. C'est très loin des 4,3 milliards de valeurs disponibles, et c'est la principale raison pour laquelle 32 bits ne suffisent jamais.

e) Pour 64 bits : 264=232\sqrt{2^{64}}=2^{32}, donc environ 1,18×4,29×1095,06×1091{,}18\times 4{,}29\times 10^{9}\approx 5{,}06\times 10^{9} clés, cinq milliards, ce qui reste atteignable. Pour 128 bits : 2128=264\sqrt{2^{128}}=2^{64}, donc environ 2,17×10192{,}17\times 10^{19} clés, hors d'atteinte. CONCLUSION : la sécurité effective d'une empreinte est la MOITIÉ de sa taille en bits, car l'attaque par collision coûte 2n/22^{n/2} et non 2n2^{n}. Une empreinte de 128 bits n'offre donc que 64 bits de résistance aux collisions, ce qui explique que les standards actuels imposent 256 bits pour viser 128 bits de sécurité.

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