Calcul I MTH1101 • Polytechnique Montréal • Les suites
Les suites : exercices corrigés de MTH1101 (Polytechnique)
Voici dix exercices corrigés sur les suites, précédés d'une liste de calculs, le premier chapitre de MTH1101, le cours de Calcul I de première année à Polytechnique Montréal (section 1.1 de Stewart, « Calcul à plusieurs variables », qui y joint la démonstration par récurrence). Le chapitre reprend le cours de calcul intégral 201-NYB du cégep, mais il prépare autre chose : les séries, les séries entières et les approximations de Taylor qui suivent reposent toutes sur une limite de suite bien PROUVÉE et sur une erreur bien BORNÉE.
L'exercice 0.1 ouvre la série par douze limites de suites à calculer directement, comme dans les listes des manuels : terme dominant, conjugué, quotient de puissances, sandwich, croissances comparées, formes ∞0 et 1∞. Viennent ensuite la règle de L'Hospital appliquée à la fonction associée (exercice 1), le théorème du sandwich avec un rang de précision garanti (exercice 2), l'échelle des croissances comparées (exercice 3), la suite géométrique selon sa raison (exercice 4), la suite récurrente prouvée monotone et bornée avant le point fixe (exercice 5) et la contraction pour une suite qui n'est pas monotone (exercice 6). Les problèmes de la partie B sont la suite logistique d'une population d'insectes et ses trois destins (exercice 7), les doses répétées d'un médicament et leur plateau (exercice 9), et l'algorithme de Héron pour 10 avec une précision garantie (exercice 10).
Le fil de la série tient en une phrase : une limite se prouve avant de se calculer. Tant qu'on n'a pas établi qu'elle existe, par la monotonie et une borne, par un encadrement, par la fonction associée ou par une contraction, l'équation L=f(L) et la règle de L'Hospital ne fournissent qu'un candidat. Et quand une suite sert à approcher un nombre, comme 2 ou 10, la réponse attendue est une valeur ET sa borne d'erreur garantie.
Les pièges que le corrigé désigne : la règle de L'Hospital appliquée à an au lieu de f(x), un point fixe calculé pour une suite qui diverge, une somme dont le nombre de termes grandit traitée terme à terme, la forme ∞0 prise pour 1, une inégalité stricte conservée à la limite, une récurrence sans hérédité ; l'exercice 8 en fait cinq affirmations à corriger. Comme au contrôle périodique 1 de MTH1101, tout se fait sans calculatrice ; seul document permis, votre aide-mémoire d'une feuille recto verso. Les réponses sont exactes, et chaque sous-question se vérifie en ligne.
Série autocorrigéeTape tes réponses et vérifie-les question par question : la page te dit juste ou faux avant d'ouvrir la correction. Avec un compte, chaque bonne réponse du premier coup rapporte des points, et tes réponses justes restent remplies quand tu reviens.
•Si an=f(n) et limx→∞f(x)=L, alors an→L. La règle de L'Hospital s'applique à f, jamais à an ; la réciproque est fausse.
•Sandwich : bn≤an≤cn et bn→L, cn→L entraînent an→L. Si ∣an∣≤cn→0, alors an→0.
•rn→0 si ∣r∣<1, vaut 1 si r=1, tend vers +∞ si r>1, diverge sans limite si r≤−1.
•Croissances comparées, pour p,k>0 et a>1 : (lnn)p≪nk≪an≪n!≪nn.
•Toute suite croissante et majorée (ou décroissante et minorée) converge. Toute suite convergente est bornée ; la réciproque est fausse.
•Suite récurrente an+1=f(an) : PROUVER la convergence d'abord, puis, f continue, L=f(L) ; les bornes établies choisissent parmi les candidats.
•Le passage à la limite conserve les inégalités larges : an>0 donne seulement L≥0.
Calculs : les limites de suites à calculer
Exercice 0.1 : Calculer la limite d'une suite : douze calculs directs
Pour chaque suite, calculez n→∞liman : donnez la valeur, ou dites si la suite tend vers +∞, vers −∞, ou n'a pas de limite.
Une seule méthode pour les douze lignes : nommer la forme indéterminée, puis le terme qui DOMINE. Une fraction se divise par la plus grande puissance du dénominateur, une différence de racines se multiplie par le conjugué, une différence de logarithmes devient un seul logarithme, une puissance à exposant variable s'écrit eexposant×ln(base), et l'échelle lnn≪nk≪an≪n! tranche les mélanges. Sans calculatrice.
a) an=4−2n23n2−5n+1
b) an=2n2+51−n3
c) an=n3+sin(n2)
d) an=(−1)nn+32n+1
e) an=n2+6n−n
f) an=ln(2n+1)−ln(n+4)
g) an=3⋅5n−4n2n+5n+1
h) an=2n2+(lnn)3n2+lnn
i) an=10nn!
j) an=arctann+n3e−n
k) an=n3n2
l) an=(1−3n1)6n
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Réponses
a)Degrés égaux : liman=−23
b)Degré supérieur en haut : an→−∞
c)Sandwich n2≤an≤n4 : liman=0
d)Sous-suites de limites 2 et −2 : pas de limite
e)an=1+6/n+16 : liman=3
f)an=lnn+42n+1 : liman=ln2≈0,693
g)Division par 5n : liman=35
h)Division par n2 : liman=21
i)anan+1=10n+1 : an→+∞
j)liman=2π≈1,571
k)an=enln(3n2) : liman=1
l)liman=e−2≈0,135
Le geste qui décide de tout se fait avant le calcul : nommer la forme et le terme qui DOMINE. Une fraction rationnelle se lit sur ses plus hauts degrés, ∞−∞ appelle le conjugué ou un seul logarithme, ∞0 et 1∞ passent par eln, et l'échelle des croissances comparées tranche les mélanges de logarithmes, de puissances, d'exponentielles et de factorielles.
a)
On divise par n2 : an=n24−23−n5+n21→−23=−23. Piège : le terme dominant du dénominateur est −2n2, pas 4 ; lire 23 oublie son signe.
b)
On divise par n2 : an=2+n25n21−n. Le numérateur tend vers −∞ et le dénominateur vers 2, donc an→−∞. Piège : répondre −21 en comparant les coefficients dominants, ce qui ne vaut que pour des degrés ÉGAUX.
c)
Comme −1≤sin(n2)≤1, on a 2≤3+sin(n2)≤4, donc n2≤an≤n4. Les deux bornes tendent vers 0 : par le théorème du sandwich, an→0. Le sinus n'a pas de limite, mais il est borné, et c'est tout ce qu'on lui demande.
d)
n+32n+1→2, donc les termes de rang pair tendent vers 2 et ceux de rang impair vers −2. Deux sous-suites, deux limites différentes : (an) n'a pas de limite. Piège : le facteur (−1)n ne disparaît que s'il multiplie une suite qui tend vers 0.
e)
Forme ∞−∞ : on multiplie et on divise par le conjugué. an=n2+6n+n(n2+6n)−n2=n2+6n+n6n=1+n6+16→26=3. Piège : conclure 0 parce que n2+6n « ressemble à » n.
f)
Forme ∞−∞ : an=lnn+42n+1, et n+42n+1→2. Par continuité du logarithme, an→ln2≈0,693.
g)
On divise par 5n, en écrivant 5n+1=5⋅5n : an=3−(54)n(52)n+5. Les deux raisons sont dans ]−1;1[, donc an→35. Piège : diviser par 5n+1 en haut et par 5n en bas.
h)
Par l'échelle, lnn≪n2 et (lnn)3≪n2 : on divise par n2, an=2+n2(lnn)31+n2lnn→21. Les logarithmes, même au cube, ne pèsent rien devant n2.
i)
anan+1=n!(n+1)!⋅10n+110n=10n+1, qui dépasse 2 dès n≥20 : à partir de ce rang, chaque terme au moins double, donc an→+∞. C'est l'échelon an≪n!. Piège : se fier aux premiers termes, minuscules et décroissants jusqu'à n=9.
j)
arctann→2π, puisque arctanx→2π quand x→+∞, et n3e−n=enn3→0 par l'échelle des croissances. Donc an→2π≈1,571.
k)
Forme ∞0 : an=(3n2)n1=enln3+2lnn. Comme nlnn→0, l'exposant tend vers 0 et an→e0=1. Piège : déclarer « ∞0=1 » sans calcul ; c'est l'exposant, ici nln(3n2), qui décide.
l)
Forme 1∞ : an=[(1−3n1)n]6, et (1+na)n→ea avec a=−31. Donc an→(e−31)6=e−2≈0,135. Par le logarithme : 6nln(1−3n1)≈6n⋅(−3n1)=−2. Piège : répondre 1 parce que la base tend vers 1.
Contrôle : calculer un terme de rang élevé, n=106 par exemple, et comparer à la limite trouvée ; pour d), un rang pair et un rang impair ; pour i), le rapport anan+1 suffit. Une limite finie juste se rapproche à chaque rang, une limite infinie se voit à la croissance des termes.
Coche ici les exercices faits ou à revoir : un compte gratuit, sans mot de passe, retient tes coches et tes réponses justes d'une visite à l'autre, te dit quel chapitre attaquer ensuite et te permet de demander l'exercice qui te manque. Crée ton espace, un courriel suffit.
Partie A : les bases (/50)
Exercice 1 : Passer par la fonction : L'Hospital sur f(x), jamais sur la suite
Une suite n'est définie qu'aux entiers : elle n'a pas de dérivée, et la règle de L'Hospital ne s'applique jamais à an directement. Le pont est un théorème : si an=f(n) pour tout entier n et si limx→∞f(x)=L, alors limn→∞an=L. On calcule donc la limite de la FONCTION f d'une variable réelle, puis on la transporte à la suite.
La figure montre la courbe de f(x)=x(lnx)2 et les termes an=n(lnn)2, posés sur elle, pour 1≤n≤40. Sans calculatrice.
a) Calculez limn→∞n(lnn)2 en passant par f(x)=x(lnx)2, et rédigez le passage de f à la suite.
b) Calculez f′(x). À partir de quel rang la décroissance de (an) est-elle GARANTIE par l'étude de f ? Donnez l'abscisse du maximum de f au centième.
c) Calculez limn→∞n(e2/n−1).
d) Calculez limn→∞(2n)1/lnn. La base tend vers l'infini et l'exposant vers 0 : la limite vaut-elle 1 ?
e) Un étudiant écrit, pour lim3nn2 : « je dérive par rapport à n : (3n)′(n2)′=n3n−12n=3n6→0 ». La réponse 0 est juste, la copie vaut zéro. Relevez les deux fautes et rédigez correctement.
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Réponses
a)limx→∞f(x)=0 (L'Hospital deux fois), donc liman=0
b)f′(x)=x2lnx(2−lnx)<0 pour x>e2≈7,39 : (an) décroît garantie à partir du rang 8
c)limn(e2/n−1)=2
d)lnan=lnnln2+lnn→1, donc an→e, pas 1
e)L'Hospital sur une suite et (3x)′=3xln3 ; juste : f(x)=3xx2, deux fois L'Hospital, limite 0
a)
On pose f(x)=x(lnx)2 sur [1;+∞[ : f(n)=an pour tout entier n≥1. Quand x→∞, numérateur et dénominateur tendent vers +∞ : forme ∞∞, et f est dérivable, donc la règle de L'Hospital s'applique À LA FONCTION : limx→∞x(lnx)2=limx→∞12lnx⋅x1=limx→∞x2lnx, encore ∞∞, et une seconde application donne lim12/x=0. Rédaction attendue : « comme limx→∞f(x)=0 et an=f(n), on a limn→∞an=0 ». Ce théorème ne marche que dans CE sens : la fonction décide pour la suite, jamais l'inverse. La figure le confirme, mais elle montre aussi que les premiers termes MONTENT : regarder a1,…,a7 ne dit rien de la limite, qui est un énoncé sur la queue de la suite.
b)
f′(x)=x22lnx⋅x1⋅x−(lnx)2=x2lnx(2−lnx). Pour x>1, lnx>0, donc f′(x) a le signe de 2−lnx : positif sur ]1;e2[, négatif sur ]e2;+∞[. Le maximum de f est en x=e2≈7,39, où f(e2)=e24. Comme f est décroissante sur [e2;+∞[ et que 8>e2, on a a8>a9>a10>… : la décroissance est GARANTIE à partir du rang 8. Rien n'est garanti entre a7 et a8, car 7 et 8 sont de part et d'autre du sommet : une fonction décroissante donne une suite décroissante, mais le sommet de f ne dit pas lequel des deux entiers voisins porte le plus grand terme. Il faudrait comparer 8(ln7)2 et 7(ln8)2, ce que la question ne demande pas.
c)
Forme ∞⋅0. On pose g(x)=x(e2/x−1)=1/xe2/x−1, forme 00 en +∞. L'Hospital sur g : la dérivée du numérateur est e2/x⋅(−x22), celle du dénominateur −x21, et le quotient vaut 2e2/x→2e0=2. Donc limn(e2/n−1)=2. Le geste préalable est de RÉÉCRIRE le produit en quotient : L'Hospital ne s'applique qu'à 00 ou ∞∞. Vérification de vraisemblance : pour n=100, e0,02≈1+0,02+0,0002, d'où a100≈2,02.
d)
Une puissance dont la base et l'exposant bougent se traite par le logarithme. lnan=lnnln(2n)=lnnln2+lnn=1+lnnln2→1. La fonction exponentielle est continue, donc an=elnan→e1=e. La forme ∞0 est indéterminée : « l'exposant tend vers 0 donc tout tend vers 1 » est faux, parce que la base grandit pendant que l'exposant rapetisse, et c'est la course entre les deux qui décide. Ici aucune règle de L'Hospital n'est même nécessaire, la simplification du logarithme suffit. Le résultat est lent à se voir : pour n=1012, lnan≈1,025 seulement.
e)
Première faute : la règle de L'Hospital est appliquée à la SUITE, qui n'a pas de dérivée ; « dériver par rapport à n » n'a pas de sens pour une variable entière. Seconde faute : la dérivée de 3x n'est pas x3x−1, qui est la règle des puissances xk appliquée à une exponentielle ; c'est (3x)′=3xln3. Copie juste : on pose f(x)=3xx2, forme ∞∞ ; L'Hospital donne 3xln32x, encore ∞∞, puis 3x(ln3)22→0. Donc limx→∞f(x)=0 et, comme an=f(n), lim3nn2=0. Un correcteur de MTH1101 note le raisonnement : une bonne valeur tirée de deux fautes qui se compensent ne rapporte rien.
Exercice 2 : Le théorème du sandwich : choisir l'encadrement, puis chiffrer la précision
Théorème du sandwich : si bn≤an≤cn à partir d'un certain rang, et si (bn) et (cn) tendent vers la MÊME limite L, alors an→L. Corollaire utile : si ∣an∣≤cn et cn→0, alors an→0. Tout le travail consiste à trouver deux bornes qui ont la même limite ; et l'encadrement donne en prime une précision GARANTIE à chaque rang.
La figure montre les termes an=n+12n+3cos(n2) pour 1≤n≤30, entre les courbes y=x+12x−3 et y=x+12x+3.
a) Montrez que an=n+12n+3cos(n2) converge et donnez sa limite.
b) À partir de quel rang votre encadrement GARANTIT-il ∣an−2∣≤10−2 ?
c) Soit bn=∑k=1nn2+kn, somme FINIE de n termes. Un étudiant écrit : « chaque terme tend vers 0, donc bn→0 ». Corrigez et calculez limbn.
d) Soit cn=(−1)nn3+4n2. Un étudiant écrit : « (−1)n n'a pas de limite, donc (cn) diverge ». Corrigez et calculez limcn.
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Réponses
a)n+12n−3≤an≤n+12n+3, les deux bornes tendent vers 2, donc an→2
b)∣an−2∣≤n+15≤10−2 dès que n≥499
c)n2+nn2≤bn≤n2+1n2, donc bn→1
d)∣cn∣≤n1→0, donc cn→0
a)
Pour tout n, −1≤cos(n2)≤1, donc 2n−3≤2n+3cos(n2)≤2n+3, et en divisant par n+1>0 (le sens des inégalités est conservé) : n+12n−3≤an≤n+12n+3. Les deux bornes sont des quotients de polynômes de même degré, et leur limite est le rapport des coefficients dominants : 12=2 pour l'une comme pour l'autre. Le théorème du sandwich s'applique : an→2. Remarquez qu'on n'a JAMAIS cherché la limite de cos(n2), qui n'existe pas : le sandwich contourne le terme qui oscille au lieu de le calculer. La figure le montre : les points sautent d'une courbe à l'autre sans régularité, et le couloir se resserre autour de 2.
b)
an−2=n+12n+3cos(n2)−2(n+1)=n+13cos(n2)−2. Or −5≤3cos(n2)−2≤1, donc ∣an−2∣≤n+15. Cette borne est inférieure ou égale à 10−2 dès que n+1≥500, soit n≥499. C'est un rang GARANTI : à partir de n=499, AUCUN terme ne peut s'écarter de 2 de plus d'un centième, quoi que fasse le cosinus. Il se peut que la précision soit atteinte plus tôt pour certains n, quand cos(n2) est proche de 32, mais on ne peut pas le PROUVER sans calculer chaque terme. L'ingénieur a besoin du rang garanti, pas d'un rang chanceux : c'est l'esprit de toute la partie « approximation » de MTH1101.
c)
L'argument de l'étudiant est faux parce que le NOMBRE de termes augmente avec n : n termes proches de n1 font une somme proche de 1, pas de 0. On ne passe à la limite terme à terme que dans une somme d'un nombre FIXE de termes. Encadrement : pour 1≤k≤n, n2+1≤n2+k≤n2+n, donc n2+nn≤n2+kn≤n2+1n. On somme ces n inégalités : n2+nn2≤bn≤n2+1n2. Les deux bornes tendent vers 1 (rapport des coefficients dominants), donc bn→1. Ce bn est une suite ordinaire, une somme finie à chaque rang ; ce n'est pas une série, dont on parlera au chapitre suivant.
d)
Une suite qui contient un facteur sans limite peut très bien converger : (−1)n est BORNÉ, et c'est ce qui compte. ∣cn∣=n3+4n2≤n3n2=n1, car on augmente une fraction positive en diminuant son dénominateur. Comme n1→0, le corollaire du sandwich (−n1≤cn≤n1) donne cn→0. La règle juste : borné fois une suite qui tend vers 0 tend vers 0. Le raisonnement de l'étudiant conclurait aussi que n(−1)n diverge, ce que personne ne croit. Le geste de la partie : la valeur absolue d'abord, puis une majoration grossière mais qui tend vers 0.
Exercice 3 : Croissances comparées : ln n, puissances, exponentielles, n! et n puissance n
L'échelle des croissances, pour k>0, p>0 et a>1 : (lnn)p≪nk≪an≪n!≪nn, où un≪vn signifie vnun→0. On admet aussi (1+n1)n→e et l'encadrement 2<e<3.
La figure montre les douze premiers termes de an=nn2nn! (en bleu) et de bn=nn3nn! (en orange). Les deux formules ne diffèrent que par la base de l'exponentielle.
a) Sans calcul, donnez la limite de n(lnn)4, de n20n! et de n!8n, en nommant chaque fois l'échelon utilisé.
b) Calculez limn!−n3n!+5n et lim2nn−7n3nn+n!.
c) Calculez anan+1 et sa limite, puis concluez sur (an). Faites de même pour (bn). Où passe la frontière entre les deux comportements ?
d) Le rapport unun+1 de un=n2, de vn=n1 et de wn=1+n1 tend vers 1. Quelles sont les limites de ces trois suites, et que conclure d'un rapport qui tend vers 1 ?
c)anan+1=(1+1/n)n2→e2<1, donc an→0 ; bnbn+1→e3>1, donc bn→+∞ ; frontière en base e
d)un→+∞, vn→0, wn→1 : un rapport qui tend vers 1 ne permet de rien conclure
a)
n(lnn)4→0 : une puissance du logarithme est écrasée par toute puissance positive de n, même n1/2 (échelon (lnn)p≪nk). Ce n'est pas visible tôt : pour n=e10, le quotient vaut e5104, plus de 60. n20n!→+∞ : la factorielle domine toute puissance fixe (échelon nk≪n!, en passant par n20≪2n≪n!). n!8n→0 : la factorielle domine toute exponentielle, quelle que soit la base (échelon an≪n!). La justification de cet échelon : à partir de n=16, chaque nouveau facteur multiplie le quotient par n+18≤21, donc le quotient est écrasé par une suite géométrique de raison 21.
b)
On divise par le terme DOMINANT, celui du plus haut échelon. Pour la première, c'est n! : n!−n3n!+5n=1−n!n31+n!5n→1−01+0=1, car 5n≪n! et n3≪n!. Pour la seconde, c'est nn : 2nn−7n3nn+n!=2−(n7)n3+nnn!→23, car n!≪nn et (n7)n→0 (pour n≥14, 0<(n7)n≤(21)n). L'erreur fréquente est de diviser par 7n dans la seconde, parce que l'exponentielle « a l'air » la plus forte : nn a une base qui grandit, il domine tout.
c)
anan+1=(n+1)n+12n+1(n+1)!⋅2nn!nn=(n+1)n+12(n+1)nn=2(n+1n)n=(1+n1)n2→e2. Comme e>2, cette limite ℓ=e2≈0,736 est <1. On choisit q avec ℓ<q<1 : à partir d'un rang N, anan+1≤q, donc 0<an≤aNqn−N, et qn−N→0 : le sandwich donne an→0. Pour bn, le même calcul donne (1+n1)n3→e3>1, car e<3 ; à partir d'un rang, le rapport dépasse un q>1, et bn≥bNqn−N→+∞. La frontière est la base e : n! se comporte comme (en)n à un facteur près, donc nncnn! ressemble à (ec)n. La figure montre bien deux suites jumelles au départ (a1=a2=2) qui partent à l'opposé.
d)
un=n2→+∞ avec unun+1=(1+n1)2→1 ; vn=n1→0 avec vnvn+1=n+1n→1 ; wn=1+n1→1 avec wnwn+1=n2+2n+1n2+2n→1. Trois comportements différents pour le même rapport limite : un rapport qui tend vers 1 ne décide RIEN. Le raisonnement de c) exige une limite strictement inférieure ou strictement supérieure à 1, parce qu'il compare la suite à une géométrique de raison q=1. Ce cas muet reviendra au chapitre des séries.
Exercice 4 : La suite géométrique r puissance n : décider selon r, sans calculatrice
Le comportement de rn ne dépend que de la position de r : rn→0 si ∣r∣<1, rn=1 si r=1, rn→+∞ si r>1, et (rn) diverge sans limite si r≤−1. Tout le travail est de PLACER r, ce qui demande parfois d'encadrer une constante connue.
a) Décidez du comportement de (3e)n, (3π)n, (−23)n et (−32)n.
b) Pour quelles valeurs du réel x la suite (2x−1)n converge-t-elle ? Donnez l'ensemble, puis la limite quand x=3.
c) Calculez limn→∞4n+1+7⋅3n5⋅22n−3n+2.
d) On approche 0 par (−21)n. Quel est le plus petit n qui GARANTIT (−21)n<10−6 ? Ce terme est-il au-dessus ou au-dessous de sa limite ?
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Réponses
a)3e<1 : tend vers 0 ; 3π>1 : tend vers +∞ ; 23<1 : tend vers 0 ; 32>1, r<−1 : diverge sans limite
b)−1<2x−1≤1, soit x∈]−1;3] ; limite 1 pour x=3, 0 ailleurs
c)45
d)n=20, car 219<106<220 ; n=20 est pair, le terme 2201 est au-dessus de 0
a)
e<3, donc 0<3e<1 et (3e)n→0. π>3, donc 3π>1 et (3π)n→+∞, même si la raison ne dépasse 1 que de 0,05 environ : la croissance est lente, mais sans fin. 23<1 car 3<4, donc (−23)n→0 et la suite tend vers 0 en alternant de signe. Enfin 32>1 car 4>3 : r=−32<−1, la suite alterne de signe avec une valeur absolue qui grandit sans borne. Elle n'a aucune limite, ni finie ni infinie : ses termes pairs tendent vers +∞, ses termes impairs vers −∞. Écrire « tend vers ∞ » est faux ; écrire « diverge » ne suffit pas, il faut dire comment.
b)
On applique le résultat avec r=2x−1 : la suite converge si et seulement si −1<2x−1≤1, c'est-à-dire −2<x−1≤2, soit −1<x≤3. L'ensemble est ]−1;3], avec un crochet FERMÉ en 3 et OUVERT en −1 : les deux bornes ne se traitent pas de la même façon. Pour x=3, r=1 et la suite est constante égale à 1 ; pour x=−1, r=−1 et (−1)n oscille. Sur ]−1;3[, la limite est 0. Ce découpage d'un ensemble de valeurs de x en tranches, bornes examinées une par une, est exactement le geste qui servira pour les séries entières.
c)
Le piège est d'écriture : 22n=4n, et 4n+1=4⋅4n, 3n+2=9⋅3n. Le terme dominant est 4n, on divise tout par lui : 4⋅4n+7⋅3n5⋅4n−9⋅3n=4+7(43)n5−9(43)n→45, car (43)n→0. Celui qui ne voit pas 22n=4n croit que 3n domine en haut et obtient une limite négative absurde. Vérification : pour n=10, (43)10≈0,056 et le quotient vaut déjà environ 1,02, en route vers 1,25 par en dessous.
d)
(−21)n=2n1<10−6 équivaut à 2n>106. Sans calculatrice : 210=1024, donc 220=10242=1048576>106, et 219=524288<106. Le plus petit rang est n=20, et comme 2n1 décroît, la précision reste garantie pour tout n≥20. Le signe de (−21)n est celui de (−1)n : pour n=20, pair, le terme est POSITIF, donc au-dessus de sa limite 0 ; le suivant est au-dessous. Une suite qui alterne autour de sa limite encadre celle-ci entre deux termes consécutifs, et c'est souvent la meilleure borne d'erreur qu'on puisse donner.
Exercice 5 : Suite récurrente : monotone et bornée AVANT le point fixe
On étudie an+1=f(an) avec f(x)=5x2+6. La méthode tient en deux temps, dans cet ordre : PROUVER que la suite converge (le plus souvent : monotone et bornée, par récurrence), PUIS passer à la limite dans la relation. Comme f est continue, une limite L vérifie L=f(L) ; cette équation ne donne que des CANDIDATS.
La figure trace la courbe de f, la droite y=x et l'escalier des termes pour deux valeurs de départ, a0=1 (en orange) et a0=3,3 (en vert).
a) Avec a0=1, calculez a1 et a2 sous forme exacte.
b) Avec a0=1, rédigez une démonstration par récurrence, avec initialisation, hérédité et conclusion, de la propriété P(n) : « 1≤an<2 ». Montrez ensuite que (an) est croissante, concluez sur la convergence, puis donnez la limite en écartant le mauvais candidat.
c) Avec a0=4, un étudiant résout L=5L2+6, trouve 2 ou 3 et conclut que la suite converge vers 3. Que se passe-t-il vraiment ?
d) Pour quelles valeurs de a0≥0 la suite converge-t-elle ? Quelle est sa limite pour a0=2,5 ?
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Réponses
a)a1=57=1,4 et a2=125199=1,592
b)Récurrence : P(0) vraie, P(n)⇒P(n+1) car f([1;2[)⊂[1;2[ ; an+1−an=5(an−2)(an−3)>0 : croissante, majorée, donc convergente ; L∈{2;3} et L≤2, donc L=2
c)an≥4 et croissante ; une limite serait ≥4, impossible : an→+∞
d)Convergence si et seulement si a0∈[0;3] ; limite 2 pour a0=2,5 (et 3 seulement si a0=3)
a)
a1=51+6=57=1,4 et a2=52549+6=12549+150=125199=1,592. Les termes montent, lentement : sur la figure, l'escalier orange grimpe vers l'intersection de la courbe et de la droite au point d'abscisse 2.
b)
Deux faits sur f font tout le travail. D'abord, f est croissante sur [0;+∞[ et f(1)=57, f(2)=2, donc 1≤x<2 entraîne 1≤57≤f(x)<2. Ensuite, f(x)−x=5x2−5x+6=5(x−2)(x−3), positif pour x<2. Démonstration par récurrence de P(n) : « 1≤an<2 ». INITIALISATION : a0=1, et 1≤1<2, donc P(0) est vraie. HÉRÉDITÉ : soit n≥0 tel que P(n) soit vraie, c'est-à-dire 1≤an<2 ; comme f est croissante, f(1)≤f(an)<f(2), soit 57≤an+1<2, et a fortiori 1≤an+1<2 : P(n+1) est vraie. CONCLUSION : P(0) est vraie et P(n) entraîne P(n+1), donc 1≤an<2 pour tout n≥0. L'hérédité est l'étape qui coûte des points quand elle manque : écrire « et ainsi de suite » après deux termes ne prouve rien. Ensuite, an+1−an=5(an−2)(an−3)>0 (deux facteurs négatifs) : la suite est croissante. Croissante et majorée par 2, elle CONVERGE (théorème de la suite monotone bornée) vers un L≤2. Seulement maintenant on passe à la limite : f est continue, L=f(L), donc L2−5L+6=0, L=2 ou L=3. Le candidat 3 est écarté parce que L≤2 : L=2.
c)
Avec a0=4 : si an≥4, alors an+1=f(an)≥f(4)=522≥4, donc an≥4 pour tout n ; et an+1−an=5(an−2)(an−3)>0 : la suite est croissante. Si elle convergeait, sa limite vérifierait L=f(L), donc L=2 ou L=3, et aussi L≥a0=4, car une suite croissante reste sous sa limite : contradiction. Donc (an) diverge, et comme elle est croissante et non majorée, an→+∞. L'étudiant a sauté le premier temps : il a résolu l'équation d'une limite qui n'existe pas. C'est le piège central du chapitre, et l'escalier vert de la figure le montre : parti juste au-dessus de 3, il s'en ÉLOIGNE.
d)
On sépare selon la position de a0 par rapport aux points fixes 2 et 3. Si 0≤a0<2 : f envoie [0;2[ dans [56;2[, la suite est croissante (même calcul qu'en b), majorée par 2, et converge vers 2. Si a0=2 ou a0=3 : suite constante. Si 2<a0<3 : f envoie ]2;3[ dans ]2;3[ (f croissante, f(2)=2, f(3)=3) et an+1−an<0 (un facteur positif, un négatif) : décroissante, minorée par 2, elle converge vers un L∈[2;3[, donc L=2. Si a0>3 : même raisonnement qu'en c), an→+∞. La suite converge donc si et seulement si a0∈[0;3], vers 2 sauf pour a0=3. Pour a0=2,5 : limite 2, et a1=56,25+6=2,45 confirme la descente.
Partie B : problèmes et raisonnement (/50)
Exercice 6 : Une suite qui n'est pas monotone : prouver la convergence par une contraction
On étudie a0=0 et an+1=2+an1. La figure montre les termes a0 à a8.
Le théorème de la suite monotone bornée est l'outil le plus courant pour prouver qu'une limite existe, mais il n'est pas le seul. Quand la suite n'est pas monotone, on peut montrer que la distance au candidat L est divisée au moins par un nombre fixe à chaque étape : la convergence ET une borne d'erreur garantie sortent du même calcul. Sans calculatrice.
a) Calculez a1, a2, a3 et a4 sous forme de fractions.
b) La suite est-elle monotone ? Que peut-on dire du théorème de la suite monotone bornée ?
c) Montrez que 0≤an≤21 pour tout n. En SUPPOSANT que la suite converge, trouvez le seul candidat L possible, au millième.
d) Montrez que ∣an+1−L∣≤41∣an−L∣, puis que ∣an−L∣≤2⋅4n1. Concluez sur la convergence.
e) Quel rang GARANTIT ∣an−L∣<10−6 ? Déduisez de a5 une fraction qui approche 2, avec sa borne d'erreur garantie.
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Réponses
a)a1=21, a2=52, a3=125, a4=2912
b)Non, elle alterne autour de sa limite : le théorème de la suite monotone ne s'applique pas
c)L=2+L1, L2+2L−1=0, L=2−1≈0,414 (l'autre racine est négative)
d)∣an+1−L∣=(2+an)(2+L)∣an−L∣≤4∣an−L∣, et ∣a0−L∣=L<21 ; sandwich : an→2−1
e)n=10 (49<500000<410) ; 1+a5=7099 approche 2 à moins de 20481
a)
a1=2+01=21, a2=2+211=52, a3=2+521=125, a4=2+1251=2912. Une régularité apparaît : si an=qp, alors an+1=2q+pq. Le terme suivant est donc a5=7029, puis 16970. En décimales : 0, 0,5, 0,4, 0,4167, 0,4138, 0,4143.
b)
Non : a1>a2<a3>a4<a5, la suite monte et descend en alternance, comme le montre la figure. Elle n'est ni croissante ni décroissante, pas même à partir d'un certain rang. Le théorème de la suite monotone bornée ne s'applique donc PAS, et l'on ne peut pas encore écrire L=2+L1 : ce serait supposer ce qu'il faut prouver. Une suite non monotone peut converger, et c'est le cas ici ; il faut seulement un autre outil pour le prouver.
c)
Récurrence : a0=0∈[0;21] ; si 0≤an≤21, alors 2≤2+an≤25, donc 52≤an+1≤21, et a fortiori 0≤an+1≤21. Si la suite converge vers L, la fonction x↦2+x1 étant continue en L≥0, L=2+L1, soit L2+2L−1=0, de racines −1±2. La racine −1−2 est négative, impossible puisque L≥0 : le seul candidat est L=2−1≈0,414. Ce n'est encore qu'un CANDIDAT.
d)
an+1−L=2+an1−2+L1=(2+an)(2+L)L−an. Or 2+an≥2 et 2+L>2, donc le dénominateur dépasse 4 et ∣an+1−L∣≤41∣an−L∣. En itérant, ∣an−L∣≤4n1∣a0−L∣=4nL, et L=2−1<21 car 2<1,5. Donc 0≤∣an−L∣≤2⋅4n1, et comme 2⋅4n1→0, le sandwich donne an→L. La convergence est PROUVÉE, et la limite est bien 2−1. Remarquez l'ordre : on a utilisé la valeur du candidat pour mesurer la distance, mais c'est l'inégalité, pas l'équation L=f(L), qui prouve l'existence.
e)
2⋅4n1<10−6 équivaut à 4n>500000. Sans calculatrice : 49=218=262144 et 410=220=1048576. Le rang garanti est n=10. Avec n=5 : ∣a5−(2−1)∣≤2⋅451=20481, donc 2≈1+a5=1+7029=7099 à moins de 20481 près. La borne est prudente : l'écart réel est d'environ 7×10−5, parce que le facteur réel de contraction est proche de (2+L)21≈0,17, plus petit que 41. Une borne garantie se paie d'un peu de pessimisme, et c'est le prix de la certitude.
Exercice 7 : La suite logistique discrète : trois taux, trois destins
Une population d'insectes, exprimée en fraction de la capacité du milieu, évolue d'une saison à la suivante selon xn+1=rxn(1−xn), avec 0<x0<1 et un taux r>0. On note h(x)=rx(1−x).
La figure montre les termes pour r=2 avec x0=0,9 (en bleu), et pour r=4 avec x0=sin27π (en orange).
a) Pour r=2 et x0=0,1, calculez x1 et x2.
b) Pour r=2, montrez que si 0<xn<21, alors xn<xn+1<21. Concluez pour x0=0,1, et donnez la limite en écartant le mauvais candidat.
c) Pour r=2 et x0=0,9, calculez x1. La suite est-elle monotone ? Converge-t-elle ?
d) Pour r=21, montrez que xn≤2nx0. Que devient la population ?
e) Pour r=4 et x0=sin27π, montrez que xn=sin272nπ et que x3=x0. La suite est bornée et l'équation L=h(L) a des solutions : converge-t-elle ?
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Réponses
a)x1=0,18 et x2=0,2952
b)h(x)−x=x(1−2x)>0 et h(x)≤21 : croissante, majorée par 21 ; L∈{0;21} et L≥x0>0, donc L=21
c)x1=0,18 : la suite descend puis monte, croissante à partir du rang 1, elle converge vers 21
d)xn+1=21xn(1−xn)≤21xn, donc 0<xn≤2nx0→0 : extinction
e)4sin2θcos2θ=sin22θ ; x3=sin278π=sin27π=x0 : cycle de période 3, la suite diverge
a)
x1=2×0,1×0,9=0,18 et x2=2×0,18×0,82=0,2952. La population croît, mais le facteur 1−xn freine cette croissance à mesure que le milieu se remplit.
b)
Soit 0<x<21. D'une part h(x)−x=2x−2x2−x=x(1−2x)>0, donc h(x)>x. D'autre part 21−h(x)=21−2x+2x2=2(1−2x)2>0, donc h(x)<21. Par récurrence, à partir de 0<x0=0,1<21, on a 0<xn<21 et xn<xn+1 pour tout n : la suite est croissante et majorée par 21, donc elle CONVERGE vers un L∈[x0;21]. Puis, h étant continue, L=2L(1−L), soit L(1−2L)=0 : L=0 ou L=21. Le candidat 0 est écarté car la suite croissante reste au-dessus de x0=0,1 : L=21. La population se stabilise à la moitié de la capacité.
c)
x1=2×0,9×0,1=0,18, la même valeur qu'en a) : h(x)=h(1−x), la parabole est symétrique par rapport à 21. La suite chute de 0,9 à 0,18 puis remonte : elle n'est pas monotone, mais elle l'est À PARTIR DU RANG 1, car à partir de x1=0,18∈]0;21[ le raisonnement de b) s'applique tel quel. Une limite ne dépend que de la queue de la suite : oublier les premiers termes ne change rien, et la suite converge vers 21. La courbe bleue de la figure le montre.
d)
Pour r=21 : xn+1=21xn(1−xn). Par récurrence, 0<xn<1, donc 0<1−xn<1 et 0<xn+1≤21xn. En itérant, 0<xn≤2nx0, et comme 2nx0→0, le sandwich donne xn→0 : la population s'éteint, au moins aussi vite qu'une suite géométrique de raison 21. Ici aucun point fixe n'a été calculé : l'encadrement donne la limite directement, avec une borne explicite à chaque saison.
e)
Si xn=sin2θ, alors xn+1=4sin2θ(1−sin2θ)=4sin2θcos2θ=(2sinθcosθ)2=sin22θ : chaque étape double l'angle, d'où xn=sin272nπ par récurrence. Alors x3=sin278π=sin2(π+7π)=sin27π=x0, et la suite répète x0, x1, x2 sans fin. Ces trois valeurs sont distinctes (sin2 est strictement croissante sur [0;2π] et sin274π=sin273π), donc la suite DIVERGE. Elle est pourtant bornée, et L=4L(1−L) a deux solutions, 0 et 43 : ni l'une ni l'autre n'est une limite. Borné ne suffit pas, il faut aussi monotone ; et un point fixe qui existe n'est pas une limite qui existe.
Exercice 8 : Cinq affirmations à corriger
Chacune des cinq affirmations ci-dessous est FAUSSE. Pour chacune, donnez un contre-exemple explicite, faites le calcul demandé, puis écrivez l'énoncé juste.
Toutes viennent d'une même confusion : prendre ce que font les premiers termes, ou ce que fait une partie de la suite, pour ce que fait sa queue.
a) « Si an>0 pour tout n et an→L, alors L>0. » Donnez la limite de an=2n1.
b) « Si bnan→1, alors an−bn→0. » Avec an=(n+1)2 et bn=n2, calculez limbnan et lim(an−bn).
c) « Une suite non bornée tend vers +∞ ou vers −∞. » Avec an=n(1+(−1)n), calculez a10 et a11.
d) « Si (a2n) et (a2n+1) convergent, alors (an) converge. » Avec an=(−1)n+n1, donnez la limite de (a2n+1).
e) « Une suite convergente est monotone à partir d'un certain rang. » Avec an=n(−1)n, calculez a4−a3 et donnez le signe de a3−a2.
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Réponses
a)2n1>0 et sa limite est 0 ; juste : L≥0
b)bnan→1 mais an−bn=2n+1→+∞ ; juste : bnan→1 ne dit rien de la différence
c)a10=20, a11=0 : non bornée, sans limite ; juste : non bornée implique divergente
d)a2n→1, a2n+1→−1 : (an) diverge ; juste : il faut la MÊME limite
e)a4−a3=127>0 et a3−a2=−65<0 : jamais monotone, et pourtant an→0
a)
an=2n1 est strictement positive pour tout n et tend vers 0, qui n'est pas strictement positif. Le passage à la limite CONSERVE les inégalités larges, pas les inégalités strictes : de an>0 on ne tire que L≥0. Énoncé juste : « si an≥0 (ou an>0) pour tout n et an→L, alors L≥0 ». Le même phénomène sert à l'exercice 6 : de an≤21 on tire L≤21, jamais L<21. Sur une copie, écrire L>0 fait perdre le point de rigueur, et peut faire écarter à tort un candidat L=0 qui était le bon.
b)
bnan=n2(n+1)2=(1+n1)2→1, mais an−bn=n2+2n+1−n2=2n+1→+∞. Deux suites qui tendent vers l'infini peuvent avoir un rapport qui tend vers 1 et un écart qui explose : le rapport mesure l'écart RELATIF, n22n+1→0, pas l'écart absolu. Énoncé juste : si bnan→1 et que (bn) est BORNÉE, alors an−bn=bn(bnan−1)→0. C'est la distinction entre erreur relative et erreur absolue, que la partie « approximation » du cours exploite sans cesse.
c)
a10=10×2=20 et a11=11×0=0. Les termes de rang pair, a2k=4k, dépassent toute borne : la suite n'est pas bornée. Mais les termes de rang impair valent tous 0, donc la suite ne tend pas vers +∞ (pour tendre vers +∞, il faut que TOUS les termes, à partir d'un rang, dépassent n'importe quelle valeur), ni vers −∞. Énoncé juste : « une suite non bornée diverge », car toute suite convergente est bornée. Mais diverger n'est pas tendre vers l'infini.
d)
a2n=1+2n1→1 et a2n+1=−1+2n+11→−1. Les deux sous-suites convergent, mais vers des limites DIFFÉRENTES, donc (an) diverge : si elle convergeait vers L, toutes ses sous-suites tendraient vers L. Énoncé juste : « si (a2n) et (a2n+1) convergent vers la MÊME limite L, alors an→L ». L'argument s'utilise aussi dans l'autre sens, et c'est le plus fréquent à l'examen : deux sous-suites de limites différentes PROUVENT la divergence.
e)
a2=21, a3=−31, a4=41. Donc a3−a2=−31−21=−65<0 et a4−a3=41+31=127>0 : la suite descend puis monte, et ce motif se répète à chaque rang, puisque an change de signe à chaque pas. Elle n'est monotone à partir d'AUCUN rang, et pourtant ∣an∣=n1→0 donne an→0. Énoncé juste : « une suite monotone et bornée converge », la réciproque étant fausse. La monotonie est un outil pour PROUVER une convergence, pas une conséquence de la convergence.
Exercice 9 : Doses répétées d'un médicament : le plateau, la dose de charge, le schéma
Un patient prend 200 mg d'un médicament toutes les 8 heures. La demi-vie du médicament dans l'organisme est de 8 heures : d'une prise à la suivante, la moitié de la quantité présente est éliminée. On note qn la quantité, en mg, présente JUSTE APRÈS la n-ième prise, avec q1=200 ; on a donc qn+1=2qn+200.
La fenêtre thérapeutique de ce médicament est fixée, pour l'exercice, à [150;450] mg : en dessous il n'agit plus, au-dessus il devient toxique. Sans calculatrice. La figure ci-dessous représente la situation.
a) Calculez q2, q3 et q4.
b) Montrez par récurrence que 0<qn<400 et que (qn) est croissante. Concluez, puis calculez la limite, appelée plateau.
c) Montrez que qn=400(1−2n1). Combien de prises faut-il pour atteindre au moins 99 % du plateau ?
d) Quelle première dose, suivie de 200 mg toutes les 8 heures, place le patient sur le plateau dès la première prise ? Au plateau, quelle est la quantité juste avant une prise ?
e) Un second schéma donne la même dose quotidienne, 400 mg toutes les 16 heures. Calculez son plateau (juste après une prise) et la quantité juste avant une prise au plateau. Quel schéma reste dans la fenêtre thérapeutique ?
d)Dose de charge 400 mg ; au plateau, 200 mg juste avant chaque prise
e)Plateau 31600≈533,3 mg, creux 3400≈133,3 mg : seul le schéma de 200 mg toutes les 8 h reste dans [150;450]
a)
q2=2200+200=300, q3=150+200=350, q4=175+200=375 mg. Chaque prise ajoute 200 mg, mais l'élimination retire la moitié de ce qui est présent, donc d'autant plus que la quantité est grande : les gains rétrécissent, 100, 50, 25 mg.
b)
Récurrence : q1=200∈]0;400[ ; si 0<qn<400, alors 200<2qn+200<400, donc 0<qn+1<400. Ensuite qn+1−qn=200−2qn=2400−qn>0 : la suite est croissante. Croissante et majorée par 400, elle CONVERGE. Seulement alors, en passant à la limite dans la relation, L=2L+200, d'où L=400 mg. Le plateau est atteint quand la quantité éliminée en 8 heures, 2L, égale la dose apportée, 200 mg : c'est l'équilibre apport-élimination, et l'équation du point fixe n'est rien d'autre que ce bilan.
c)
Posons vn=qn−400. Alors vn+1=2qn+200−400=2qn−400=2vn : (vn) est géométrique de raison 21, avec v1=−200. Donc vn=−200(21)n−1=−2n400 et qn=400(1−2n1) ; vérification : q1=400×21=200. Atteindre 99 % du plateau, c'est 1−2n1≥0,99, soit 2n≥100. Comme 26=64 et 27=128, il faut n=7 prises, soit 48 heures après la première. La règle des pharmacologues « le plateau est atteint après cinq à sept demi-vies » n'est que cette inégalité.
d)
Pour être sur le plateau dès la première prise, il faut q1=400 : la première dose, dite DOSE DE CHARGE, vaut 400 mg, le double de la dose d'entretien. Alors q2=2400+200=400, et la suite est constante : on démarre au point fixe, et on y reste. Au plateau, la quantité juste avant une prise est ce qui reste de 400 mg après 8 heures, soit 200 mg. Le patient oscille donc entre 200 et 400 mg, dans la fenêtre [150;450].
e)
En 16 heures, deux demi-vies s'écoulent : il reste le quart. La relation devient pn+1=4pn+400. Cette suite est croissante et majorée par 31600 (même preuve qu'en b), donc elle converge, et la limite vérifie P=4P+400, soit P=31600≈533,3 mg. Juste avant une prise, au plateau, il reste 4P=3400≈133,3 mg. Ce schéma dépasse le seuil toxique de 450 mg après chaque prise et tombe sous le seuil d'efficacité de 150 mg avant la suivante : à dose quotidienne égale, espacer les prises élargit l'oscillation. Seul le premier schéma reste dans la fenêtre.
Exercice 10 : Question d'examen : l'algorithme de Héron pour racine de 10, avec une précision garantie
L'algorithme de Héron calcule 10 avec la récurrence xn+1=21(xn+xn10), à partir de x1=3. L'idée : si xn est une approximation de 10 par excès, xn10 en est une par défaut, et leur moyenne fait mieux que chacune.
Format d'une question longue d'examen final : premiers termes, minoration, monotonie, limite, puis précision garantie. Chaque étape est justifiée, sans calculatrice.
a) Calculez x2 et x3 sous forme de fractions irréductibles.
b) Montrez que xn>0 pour tout n, puis que xn+1≥10 pour tout n≥1, en comparant une moyenne arithmétique et une moyenne géométrique. À partir de quel rang a-t-on xn≥10 ?
c) Montrez que (xn) est décroissante à partir du rang 2. Concluez sur la convergence, puis déterminez la limite en écartant le mauvais candidat ; donnez-la au millième.
d) Un étudiant propose plus simple : yn+1=yn10, y1=3, « qui a le même point fixe 10 ». Calculez y100 et concluez.
e) Justifiez que xn10≤10≤xn pour n≥2. Calculez x3−x310 sous la forme N1 : quelle précision cette seule fraction garantit-elle sur 10 ?
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Réponses
a)x2=619, x3=228721
b)xn+1=2xn+xn10≥xn⋅xn10=10 ; x1=3<10, donc à partir du rang 2
d)(yn)=3,310,3,310,… : y100=310, la suite diverge malgré le même point fixe
e)xn≥10⇒xn10≤10 ; x3−x310=1643881 : 10 connu à moins de 10−5
a)
x2=21(3+310)=21⋅319=619. Puis x3=21(619+1960)=21⋅114361+360=228721, fraction irréductible car 721=7×103 et 228=22×3×19. En décimales, x2≈3,1667 et x3≈3,162281, contre 10≈3,162278 : le nombre de décimales justes double à peu près à chaque étape.
b)
x1=3>0, et si xn>0 alors xn+1 est la moyenne de deux nombres positifs, donc xn+1>0. Pour deux réels u,v>0, 2u+v−uv=2(u−v)2≥0 : la moyenne arithmétique dépasse la moyenne géométrique. Avec u=xn et v=xn10, dont le produit vaut 10 : xn+1≥10 pour tout n≥1. Donc xn≥10 pour tout n≥2, mais pas pour n=1 : x1=3<10, puisque 9<10. Le premier pas « saute » au-dessus de 10, et la suite ne redescend plus jamais en dessous.
c)
xn+1−xn=21(xn10−xn)=2xn10−xn2. Pour n≥2, xn≥10 donne xn2≥10, et xn>0 : la différence est négative ou nulle, la suite est décroissante à partir du rang 2. Décroissante et minorée par 10, elle CONVERGE vers un L≥10. Maintenant seulement, x↦21(x+x10) étant continue en L>0 : L=21(L+L10), soit L2=10, L=±10. Le candidat −10 est écarté car L≥10>0 : L=10≈3,162. Notez que la suite entière n'est pas monotone (x1<x2) : c'est sa queue qui l'est, et la limite ne regarde que la queue.
d)
y1=3, y2=310, y3=10/310=3, et ainsi de suite : la suite vaut 3 aux rangs impairs et 310 aux rangs pairs, donc y100=310. Elle DIVERGE, puisque ses deux sous-suites ont des limites différentes, alors que l'équation L=L10 donne bien L=10. C'est le piège du chapitre dans sa forme la plus nette : un point fixe n'est pas une limite. Les deux valeurs 3 et 310 encadrent 10 sans jamais s'en approcher ; Héron prend leur MOYENNE, et c'est ce seul geste qui fait converger.
e)
Pour n≥2, xn≥10>0, donc xn10≤1010=10 : xn10≤10≤xn. La racine est COINCÉE entre deux nombres qu'on sait calculer, et l'erreur de xn est au plus la largeur de l'encadrement. Pour n=3 : x3−x310=228721−7212280=228×7217212−2280×228=164388519841−519840=1643881. Donc 0≤x3−10≤1643881<10−5 : la fraction 228721 donne 10 à moins de 10−5 près, par excès, et c'est GARANTI, sans connaître 10. C'est exactement ce qu'on attend d'un algorithme d'ingénieur : un résultat et sa borne d'erreur, calculés ensemble.
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