Exercice 1 : De la configuration électronique à la polarité
On étudie deux molécules du soufre et du xénon, et , dont les formules se ressemblent au point qu'on les croit souvent de même forme. Numéros atomiques : S 16, Xe 54, F 9.
- a) Donnez la configuration électronique du soufre et déduisez-en son nombre d'électrons de valence. Pourquoi le soufre peut-il dépasser l'octet alors que l'oxygène, juste au-dessus dans le tableau, ne le peut pas ?
- b) Dénombrez les électrons de valence de , dessinez sa structure de Lewis, puis donnez sa disposition des domaines, sa géométrie moléculaire et l'hybridation du soufre.
- c) Reprenez la même analyse pour .
- d) Les deux molécules possèdent des doublets libres sur l'atome central. Pourtant l'une est polaire et l'autre non. Expliquez.
- e) Classez , et par température d'ébullition croissante, en justifiant par les forces intermoléculaires.
Voir la correction
a) Soufre : , soit 6 électrons de valence sur la couche . Le soufre peut dépasser l'octet parce que sa couche de valence comporte des orbitales vacantes, énergétiquement accessibles, qui autorisent jusqu'à 12 électrons autour de lui. L'oxygène, lui, est en période 2 : sa couche de valence n'a que les orbitales et , soit quatre cases au maximum, donc huit électrons et pas un de plus. L'octet n'est pas une règle arbitraire, c'est un décompte de cases disponibles.
b) : électrons de valence, soit 17 doublets. Quatre liaisons S-F consomment 4 doublets, chaque fluor en garde 3, soit 12, et il reste 1 doublet LIBRE sur le soufre. Le soufre porte donc 5 domaines : disposition BIPYRAMIDALE TRIGONALE, hybridation . Le doublet libre occupe une position équatoriale, où il est le moins gêné, et la géométrie moléculaire est en BASCULE, souvent décrite comme une balançoire.
c) : électrons, soit 18 doublets. Quatre liaisons, 12 doublets sur les fluors, il reste 2 doublets libres sur le xénon, donc 6 domaines : disposition OCTAÉDRIQUE, hybridation . Les deux doublets libres se placent en positions opposées, à 180° l'un de l'autre, pour minimiser leur répulsion, et les quatre fluors se retrouvent dans un même plan : la géométrie est PLAN CARRÉ.
d) La polarité ne dépend pas de la présence de doublets libres mais de la SYMÉTRIE de l'ensemble. Dans , plan carré, les quatre moments de liaison Xe-F se compensent deux à deux et les deux doublets libres, opposés, s'annulent également : la molécule est APOLAIRE malgré quatre liaisons très polaires. Dans , en bascule, la disposition est asymétrique : ni les liaisons ni le doublet libre ne trouvent de partenaire opposé, les moments s'additionnent partiellement et la molécule est POLAIRE. Deux molécules à doublets libres, deux réponses contraires : seule la géométrie tranche.
e) est tétraédrique donc apolaire, est apolaire aussi, est polaire. Entre les deux apolaires, seules les forces de dispersion agissent, et elles croissent avec la masse molaire et le nombre d'électrons : (207 g/mol) l'emporte largement sur (88 g/mol). (108 g/mol) ajoute des interactions dipôle-dipôle à sa dispersion. L'ordre croissant est donc , puis , puis , et l'on observe effectivement °C, °C et °C. Remarquez que la molécule la plus lourde bat la molécule polaire : la dispersion, souvent présentée comme la force la plus faible, devient dominante dès que le nuage électronique est gros.