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Chimie générale 202-NYA • Cégep et complément québécois à Montréal

Exercices corrigés : la thermochimie et le premier principe (202-NYA)

Au secondaire, la thermochimie se résume à q=mcΔTq=mc\Delta T et à la loi de Hess. Le cégep ajoute la question que cela laissait de côté : la chaleur mesurée dépend-elle de la façon dont on mesure ? La réponse est oui, et c'est toute la distinction entre l'énergie interne ΔU\Delta U, mesurée à volume constant dans une bombe, et l'enthalpie ΔH\Delta H, mesurée à pression constante dans un gobelet.

L'exercice 4 introduit un outil que les tables d'enthalpies de formation ne remplacent pas : les énergies de liaison permettent d'ESTIMER l'enthalpie d'une réaction dont aucun composé n'est tabulé, ce qui est le cas courant en chimie organique. On verra sur un exemple qu'elles tombent à 1 % du résultat exact, et pourquoi elles ne peuvent jamais faire mieux.

Rappel de cours

  • Conventions de signe : q>0q>0 si le système REÇOIT de la chaleur, w>0w>0 si le système REÇOIT du travail. Réaction exothermique : q<0q<0.
  • Premier principe : ΔU=q+w\Delta U=q+w. Travail de pression contre une pression extérieure constante : w=PΔVw=-P\Delta V. Unité pratique : 1 kPa·L = 1 J.
  • À VOLUME constant, ΔV=0\Delta V=0 donc w=0w=0 et qV=ΔUq_{V}=\Delta U. À PRESSION constante, qP=ΔHq_{P}=\Delta H. Lien : ΔH=ΔU+ΔngazRT\Delta H=\Delta U+\Delta n_{gaz}RT, où Δngaz\Delta n_{gaz} ne compte QUE les gaz.
  • Calorimétrie : q=mcΔTq=mc\Delta T pour le contenu, auquel s'ajoute CcalΔTC_{cal}\Delta T pour le calorimètre lui-même quand sa capacité thermique est donnée. Pour l'eau, c = 4,18 J/(g·°C).
  • La chaleur mesurée est celle reçue par le CALORIMÈTRE ; celle de la réaction est son opposée.
  • Loi de Hess : l'enthalpie est une fonction d'état, donc ΔH\Delta H ne dépend que des états initial et final. On peut additionner, inverser (changer le signe) et multiplier (multiplier ΔH\Delta H) les équations.
  • Énergies de liaison : ΔHE(liaisons rompues)E(liaisons formeˊes)\Delta H\approx\sum E(\text{liaisons rompues})-\sum E(\text{liaisons formées}). Rompre coûte, former rapporte. Ne vaut que pour des espèces GAZEUSES, et ne donne qu'une estimation.

Partie A : Premier principe, calorimétrie et liaisons (/32)

Exercice 1 : Le premier principe et le travail de pression

Un système échange de l'énergie avec son milieu de deux façons seulement : par la chaleur et par le travail. Le premier principe affirme que la somme des deux est une grandeur d'état, l'énergie interne.

Rappel d'unités : 1 kPa·L = 1 J.

  • a) Énoncez les conventions de signe pour qq et pour ww, et écrivez le premier principe.
  • b) Un gaz se détend de 2,00 L à 5,00 L contre une pression extérieure constante de 101,3 kPa, en absorbant 500 J de chaleur. Calculez le travail, puis la variation d'énergie interne.
  • c) Le système a-t-il gagné ou perdu de l'énergie ? Où est passée la différence ?
  • d) Que vaut le travail si la même détente se produit dans le VIDE ? Commentez.
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a) On adopte le point de vue du SYSTÈME : q>0q>0 si le système reçoit de la chaleur, q<0q<0 s'il en cède ; w>0w>0 si le milieu fournit du travail au système, c'est-à-dire si on le comprime, et w<0w<0 si le système fournit du travail, c'est-à-dire s'il se détend. Le premier principe s'écrit alors ΔU=q+w\Delta U=q+w, et il affirme que ΔU\Delta U ne dépend que des états initial et final, alors que qq et ww dépendent séparément du chemin suivi.

b) ΔV=5,002,00=+3,00\Delta V=5{,}00-2{,}00=+3{,}00 L. Le travail vaut w=PΔV=101,3×3,00=304w=-P\Delta V=-101{,}3\times 3{,}00=-304 kPa·L, soit 304-304 J. Le signe est négatif parce que le gaz POUSSE l'atmosphère : il fournit du travail. Alors ΔU=q+w=500+(304)=+196\Delta U=q+w=500+(-304)=+196 J.

c) Le système a GAGNÉ 196 J d'énergie interne. Il a reçu 500 J sous forme de chaleur, mais il en a immédiatement restitué 304 J au milieu sous forme de travail mécanique, en repoussant l'atmosphère. Seul le solde reste stocké dans le système, sous forme d'agitation moléculaire, ce qui se traduit par une élévation de température. C'est exactement le principe d'un moteur : convertir de la chaleur reçue en travail fourni.

d) Dans le vide, la pression extérieure est nulle, donc w=PextΔV=0w=-P_{ext}\Delta V=0 quelle que soit la variation de volume : le gaz ne pousse contre RIEN, il ne fournit aucun travail. On aurait alors ΔU=q=500\Delta U=q=500 J. Cette détente, dite de Joule-Gay-Lussac, montre que le travail n'est pas une propriété du système seul : il dépend de ce contre quoi le système travaille. Deux détentes menant au même état final peuvent ainsi échanger des travaux totalement différents, ce qui illustre que ww n'est PAS une fonction d'état, contrairement à ΔU\Delta U.

Exercice 2 : Le calorimètre à pression constante

Un simple gobelet isolant, ouvert sur l'atmosphère, travaille à pression constante : la chaleur qu'il mesure est donc directement l'enthalpie de réaction. Encore faut-il décider si l'on tient compte du calorimètre lui-même.

On mélange 50,0 mL de HClHCl à 1,00 mol/L et 50,0 mL de NaOHNaOH à 1,00 mol/L, tous deux à 21,0 °C. La température finale est 27,8 °C. On prend la masse volumique du mélange égale à 1,00 g/mL et c = 4,18 J/(g·°C).

  • a) Écrivez l'équation de neutralisation et calculez la quantité de matière d'eau formée.
  • b) Calculez la chaleur reçue par le mélange, en négligeant le calorimètre.
  • c) Déduisez-en l'enthalpie molaire de neutralisation. Comparez à la valeur admise de 57,3-57{,}3 kJ/mol.
  • d) On donne maintenant une capacité thermique du calorimètre de 15,0 J/°C. Recalculez et dites dans quel sens l'omission faussait le résultat.
  • e) Pourquoi la neutralisation d'un acide FORT par une base FORTE donne-t-elle toujours à peu près la même valeur, quels que soient l'acide et la base ?
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a) HCl+NaOHNaCl+H2OHCl+NaOH\rightarrow NaCl+H_{2}O, ou en écriture ionique nette H++OHH2OH^{+}+OH^{-}\rightarrow H_{2}O. Chaque solution apporte n=0,0500×1,00=0,0500n=0{,}0500\times 1{,}00=0{,}0500 mol : les réactifs sont en proportions exactes et il se forme 0,0500 mol d'eau.

b) La masse totale du mélange est 50,0+50,0=100,050{,}0+50{,}0=100{,}0 mL, soit 100,0 g. L'élévation est ΔT=27,821,0=6,8\Delta T=27{,}8-21{,}0=6{,}8 °C. Alors qmeˊlange=mcΔT=100,0×4,18×6,8=2,84×103q_{mélange}=mc\Delta T=100{,}0\times 4{,}18\times 6{,}8=2{,}84\times 10^{3} J. Le mélange s'échauffe, donc la réaction a CÉDÉ cette chaleur.

c) La réaction cède 2842 J pour 0,0500 mol, donc ΔH=28420,0500=5,68×104\Delta H=-\dfrac{2842}{0{,}0500}=-5{,}68\times 10^{4} J/mol, soit 56,8-56{,}8 kJ/mol. L'écart avec la valeur admise de 57,3-57{,}3 kJ/mol est de 0,9 % : excellent pour un montage aussi rudimentaire.

d) Le calorimètre s'échauffe lui aussi, et cette chaleur vient également de la réaction : qtotal=(mc+Ccal)ΔT=(100,0×4,18+15,0)×6,8=433×6,8=2944q_{total}=\left(mc+C_{cal}\right)\Delta T=\left(100{,}0\times 4{,}18+15{,}0\right)\times 6{,}8=433\times 6{,}8=2944 J. Alors ΔH=29440,0500=58,9\Delta H=-\dfrac{2944}{0{,}0500}=-58{,}9 kJ/mol. En négligeant le calorimètre, on SOUS-ESTIMAIT donc la chaleur dégagée : une partie de l'énergie servait à chauffer le gobelet et le thermomètre sans être comptée. L'omission conduit toujours à une valeur trop faible en valeur absolue.

e) Parce que la réaction réellement en jeu est TOUJOURS la même. Un acide fort est totalement dissocié, une base forte aussi : avant réaction, la solution contient des ions H+H^{+}, ClCl^{-}, Na+Na^{+} et OHOH^{-} séparés. Les ions Na+Na^{+} et ClCl^{-} sont de simples SPECTATEURS, ils se retrouvent inchangés à la fin. Le seul changement chimique est H++OHH2OH^{+}+OH^{-}\rightarrow H_{2}O, d'où une enthalpie voisine de 57-57 kJ/mol quel que soit le couple choisi. La valeur ne s'écarterait de façon notable que pour un acide ou une base FAIBLE, car il faudrait alors payer en plus l'énergie de dissociation.

Exercice 3 : La bombe calorimétrique : ΔU contre ΔH

Une bombe calorimétrique est un récipient RIGIDE : le volume ne change pas, donc aucun travail de pression n'est échangé. Ce qu'elle mesure n'est donc pas l'enthalpie mais l'énergie interne, et il faut savoir passer de l'une à l'autre.

On brûle 1,00 g de glucose C6H12O6C_{6}H_{12}O_{6} (M = 180,16 g/mol) dans une bombe de capacité thermique 9,50 kJ/°C. La température s'élève de 1,65 °C. On prend R=8,314R=8{,}314 J/(mol·K) et T = 298 K.

  • a) Pourquoi une bombe calorimétrique mesure-t-elle ΔU\Delta U et non ΔH\Delta H ?
  • b) Calculez la chaleur dégagée, puis ΔU\Delta U de combustion par mole de glucose.
  • c) L'équation est C6H12O6(s)+6O2(g)6CO2(g)+6H2O(l)C_{6}H_{12}O_{6}(s)+6O_{2}(g)\rightarrow 6CO_{2}(g)+6H_{2}O(l). Calculez ΔH\Delta H et commentez.
  • d) Refaites le raisonnement pour la combustion du méthane, CH4(g)+2O2(g)CO2(g)+2H2O(l)CH_{4}(g)+2O_{2}(g)\rightarrow CO_{2}(g)+2H_{2}O(l). De combien ΔH\Delta H et ΔU\Delta U diffèrent-ils ?
  • e) Pour quel type de réaction la distinction est-elle sans importance en pratique ?
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a) Parce que le volume est CONSTANT : ΔV=0\Delta V=0, donc w=PΔV=0w=-P\Delta V=0. Le premier principe se réduit alors à ΔU=qV\Delta U=q_{V} : toute la chaleur échangée mesure directement la variation d'énergie interne. Dans un calorimètre ouvert, au contraire, le système peut se dilater et fournir du travail à l'atmosphère, et la chaleur mesurée vaut qP=ΔHq_{P}=\Delta H.

b) q=CcalΔT=9,50×1,65=15,68q=C_{cal}\Delta T=9{,}50\times 1{,}65=15{,}68 kJ dégagés par 1,00 g. La quantité de matière brûlée est n=1,00180,16=5,55×103n=\dfrac{1{,}00}{180{,}16}=5{,}55\times 10^{-3} mol. Par mole : 15,685,55×103=2824\dfrac{15{,}68}{5{,}55\times 10^{-3}}=2824 kJ, donc ΔU=2824\Delta U=-2824 kJ/mol.

c) On compte UNIQUEMENT les gaz : à gauche 6 moles de O2O_{2}, à droite 6 moles de CO2CO_{2}, l'eau étant liquide et le glucose solide. Donc Δngaz=66=0\Delta n_{gaz}=6-6=0, et ΔH=ΔU+ΔngazRT=ΔU=2824\Delta H=\Delta U+\Delta n_{gaz}RT=\Delta U=-2824 kJ/mol. Les deux grandeurs coïncident exactement. C'est un heureux hasard de stœchiométrie, et c'est pourquoi la valeur nutritionnelle du glucose, environ 15,7 kJ par gramme, se lit directement sur une mesure en bombe.

d) Ici Δngaz=1(1+2)=2\Delta n_{gaz}=1-\left(1+2\right)=-2, car CH4CH_{4} et O2O_{2} sont gazeux à gauche, seul CO2CO_{2} l'est à droite. Alors ΔHΔU=ΔngazRT=(2)×8,314×103×298=4,96\Delta H-\Delta U=\Delta n_{gaz}RT=(-2)\times 8{,}314\times 10^{-3}\times 298=-4{,}96 kJ/mol. L'enthalpie est donc plus négative que l'énergie interne de près de 5 kJ/mol : en brûlant du méthane à pression constante, le système se CONTRACTE, l'atmosphère fournit du travail au système, et il faut évacuer d'autant plus de chaleur.

e) Quand Δngaz=0\Delta n_{gaz}=0, comme en c, mais aussi et surtout pour toutes les réactions se déroulant entièrement en phase CONDENSÉE, solides et liquides seulement : les variations de volume y sont alors des milliers de fois plus faibles, et le terme ΔngazRT\Delta n_{gaz}RT est nul par construction. En pratique, la correction n'atteint quelques kJ/mol que lorsque des gaz apparaissent ou disparaissent, ce qui reste petit devant des enthalpies de combustion de plusieurs milliers de kJ/mol : moins de 0,2 % ici.

Exercice 4 : Les énergies de liaison : estimer sans table d'enthalpies

Rompre une liaison coûte de l'énergie, en former une en rapporte. En comptant les liaisons rompues et formées, on estime l'enthalpie d'une réaction sans connaître aucune enthalpie de formation.

Énergies moyennes de liaison, en kJ/mol : CHC-H 414 ; ClClCl-Cl 243 ; CClC-Cl 339 ; HClH-Cl 431 ; HHH-H 436. Donnée de contrôle : ΔHf(HCl,g)=92,3\Delta H^{\circ}_{f}(HCl,g)=-92{,}3 kJ/mol.

  • a) Écrivez la relation entre ΔH\Delta H et les énergies de liaison, et justifiez le sens des deux signes.
  • b) Estimez ΔH\Delta H de la réaction CH4+Cl2CH3Cl+HClCH_{4}+Cl_{2}\rightarrow CH_{3}Cl+HCl.
  • c) Estimez ΔH\Delta H de H2+Cl22HClH_{2}+Cl_{2}\rightarrow 2HCl, puis comparez à la valeur exacte obtenue par les enthalpies de formation.
  • d) Pourquoi cette méthode ne donne-t-elle jamais qu'une ESTIMATION ? Citez deux limites.
  • e) Dans quelle situation concrète est-elle pourtant préférable aux enthalpies de formation ?
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a) ΔHE(rompues)E(formeˊes)\Delta H\approx\sum E(\text{rompues})-\sum E(\text{formées}). Rompre une liaison exige toujours de fournir de l'énergie, ce qui contribue POSITIVEMENT à ΔH\Delta H ; former une liaison en libère, ce qui contribue NÉGATIVEMENT. Une réaction est donc exothermique lorsque les liaisons formées sont globalement plus solides que celles qui ont été rompues.

b) Il ne faut compter que les liaisons qui CHANGENT. Rompues : une liaison CHC-H du méthane et la liaison ClClCl-Cl, soit 414+243=657414+243=657 kJ/mol. Formées : une liaison CClC-Cl et une liaison HClH-Cl, soit 339+431=770339+431=770 kJ/mol. Alors ΔH657770=113\Delta H\approx 657-770=-113 kJ/mol. Les trois autres liaisons CHC-H du méthane sont intactes de part et d'autre : les faire figurer des deux côtés ne changerait rien, mais les compter d'un seul côté serait une faute.

c) Rompues : HHH-H et ClClCl-Cl, soit 436+243=679436+243=679 kJ/mol. Formées : deux liaisons HClH-Cl, soit 2×431=8622\times 431=862 kJ/mol. D'où ΔH679862=183\Delta H\approx 679-862=-183 kJ/mol. Par les enthalpies de formation, ΔHr=2×(92,3)00=184,6\Delta H^{\circ}_{r}=2\times(-92{,}3)-0-0=-184{,}6 kJ/mol. L'écart est de 1,6 kJ/mol, soit moins de 1 % : l'estimation est ici excellente.

d) Première limite : les énergies tabulées sont des MOYENNES sur de nombreuses molécules. La liaison CHC-H ne vaut pas exactement la même chose dans le méthane, dans l'éthanol ou dans le benzène, alors qu'on lui attribue une valeur unique de 414 kJ/mol. Seconde limite : la méthode ne vaut que pour des espèces GAZEUSES. Dès qu'un réactif ou un produit est liquide ou solide, il faudrait ajouter les enthalpies de changement d'état, que le décompte de liaisons ignore. C'est pourquoi le résultat de b, où toutes les espèces sont gazeuses, est fiable, et pourquoi la même méthode serait mauvaise sur une combustion produisant de l'eau liquide.

e) Quand les composés en jeu ne figurent dans AUCUNE table d'enthalpies de formation, ce qui est la situation ordinaire en chimie organique : il existe des dizaines de millions de composés organiques et des tables pour quelques milliers seulement. Un chimiste qui veut savoir si une réaction envisagée sera exothermique compte alors ses liaisons, obtient un ordre de grandeur en quelques minutes, et décide s'il vaut la peine de faire l'expérience. C'est un outil de DÉCISION, pas de mesure.

Partie B : Niveau examen (/18)

Exercice 5 : La loi de Hess à plusieurs équations

L'enthalpie étant une fonction d'état, on peut atteindre un état final par n'importe quel chemin : additionner, inverser et multiplier des équations connues permet d'obtenir l'enthalpie d'une réaction qu'on ne sait pas mesurer directement.

Données à 25 °C, en kJ/mol : (1) C(s)+O2(g)CO2(g)C(s)+O_{2}(g)\rightarrow CO_{2}(g), ΔH=393,5\Delta H=-393{,}5 ; (2) CO(g)+12O2(g)CO2(g)CO(g)+\frac{1}{2}O_{2}(g)\rightarrow CO_{2}(g), ΔH=283,0\Delta H=-283{,}0 ; (3) C2H2(g)+52O2(g)2CO2(g)+H2O(l)C_{2}H_{2}(g)+\frac{5}{2}O_{2}(g)\rightarrow 2CO_{2}(g)+H_{2}O(l), ΔH=1299,6\Delta H=-1299{,}6 ; (4) H2(g)+12O2(g)H2O(l)H_{2}(g)+\frac{1}{2}O_{2}(g)\rightarrow H_{2}O(l), ΔH=285,8\Delta H=-285{,}8.

  • a) Énoncez les trois manipulations autorisées sur une équation thermochimique, avec leur effet sur ΔH\Delta H.
  • b) Déterminez ΔH\Delta H de C(s)+12O2(g)CO(g)C(s)+\frac{1}{2}O_{2}(g)\rightarrow CO(g). Pourquoi cette réaction est-elle impossible à mesurer directement ?
  • c) Déterminez ΔH\Delta H de 2C(s)+H2(g)C2H2(g)2C(s)+H_{2}(g)\rightarrow C_{2}H_{2}(g), en indiquant la combinaison utilisée.
  • d) Que représente cette dernière valeur, et son signe est-il surprenant ?
  • e) Un élève additionne (1) et (2) sans inverser la seconde et trouve 676,5-676{,}5 kJ/mol. À quelle réaction ce nombre correspond-il réellement ?
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a) On peut INVERSER une équation, ce qui change le signe de ΔH\Delta H ; on peut la MULTIPLIER par un coefficient, ce qui multiplie ΔH\Delta H par ce même coefficient ; et on peut ADDITIONNER deux équations, ce qui additionne leurs ΔH\Delta H. Ces trois opérations sont légitimes parce que l'enthalpie est une fonction d'état : sa variation ne dépend que des états de départ et d'arrivée, jamais du chemin.

b) On veut C(s)+12O2COC(s)+\frac{1}{2}O_{2}\rightarrow CO. Il suffit de prendre (1) et de lui SOUSTRAIRE (2), c'est-à-dire d'ajouter (2) inversée : C+O2CO2C+O_{2}\rightarrow CO_{2} puis CO2CO+12O2CO_{2}\rightarrow CO+\frac{1}{2}O_{2}. En additionnant, CO2CO_{2} se simplifie et il reste bien C+12O2COC+\frac{1}{2}O_{2}\rightarrow CO. Donc ΔH=393,5(283,0)=110,5\Delta H=-393{,}5-(-283{,}0)=-110{,}5 kJ/mol. La mesure directe est impossible parce qu'on ne sait pas arrêter la combustion du carbone au monoxyde : il se forme toujours un mélange de COCO et de CO2CO_{2}, en proportions non contrôlées. C'est précisément le genre de situation pour lequel la loi de Hess a été conçue.

c) On veut 2C(s)+H2(g)C2H2(g)2C(s)+H_{2}(g)\rightarrow C_{2}H_{2}(g). La combinaison est 2×(1)+(4)(3)2\times(1)+(4)-(3) : on forme deux CO2CO_{2} à partir du carbone, une H2OH_{2}O à partir du dihydrogène, puis on remonte la combustion de l'acétylène en l'inversant. Alors ΔH=2(393,5)+(285,8)(1299,6)=787,0285,8+1299,6=+226,8\Delta H=2(-393{,}5)+(-285{,}8)-(-1299{,}6)=-787{,}0-285{,}8+1299{,}6=+226{,}8 kJ/mol. Contrôle : les O2O_{2} se compensent, 2+1252=02+\frac{1}{2}-\frac{5}{2}=0, et CO2CO_{2} comme H2OH_{2}O disparaissent.

d) Cette valeur est, par définition même, l'enthalpie standard de FORMATION de l'acétylène, puisque la réaction part des corps simples dans leur état standard. Son signe positif signifie que l'acétylène est moins stable que les éléments dont il est issu : c'est un composé ENDOTHERMIQUE, dont la formation exige de l'énergie. Ce n'est pas surprenant si l'on songe qu'il faut un four à arc électrique pour le produire, et cela explique aussi son caractère énergétique à la combustion, qui en fait le gaz du chalumeau oxyacétylénique, ainsi que son instabilité à la compression.

e) En additionnant (1) et (2) telles quelles, il obtient C+O2+CO+12O22CO2C+O_{2}+CO+\frac{1}{2}O_{2}\rightarrow 2CO_{2}, soit après simplification C(s)+CO(g)+32O2(g)2CO2(g)C(s)+CO(g)+\frac{3}{2}O_{2}(g)\rightarrow 2CO_{2}(g), dont l'enthalpie vaut effectivement 676,5-676{,}5 kJ/mol. Le nombre n'est donc pas faux : il décrit simplement une AUTRE réaction que celle demandée. C'est le piège caractéristique de la loi de Hess, où un calcul arithmétiquement correct répond à côté. Le contrôle indispensable est de réécrire l'équation-somme et de vérifier qu'elle coïncide exactement avec la cible.

Exercice 6 : Problème : comparer trois carburants

Choisir un carburant ne consiste pas à retenir celui qui libère le plus d'énergie par mole : ce qui compte est l'énergie par kilogramme pour un avion, et l'énergie par litre pour une automobile. Les deux classements ne coïncident pas.

Enthalpies de combustion, en kJ/mol : dihydrogène 285,8-285{,}8 (eau liquide) ; octane C8H18C_{8}H_{18} 5470-5470 ; éthanol C2H5OHC_{2}H_{5}OH 1367-1367. Masses molaires : 2,016 ; 114,23 ; 46,07 g/mol. Masses volumiques des liquides : octane 0,703 g/mL ; éthanol 0,789 g/mL. Le dihydrogène comprimé à 700 bars a une masse volumique de 0,040 g/mL.

  • a) Calculez l'énergie libérée par gramme pour chacun des trois carburants.
  • b) Établissez le classement par énergie MASSIQUE et commentez le cas du dihydrogène.
  • c) Calculez maintenant l'énergie par litre pour les trois, et établissez le nouveau classement.
  • d) Expliquez le renversement observé. Quelle conséquence pratique pour l'automobile ?
  • e) Vos résultats montrent que l'éthanol libère environ 30 % d'énergie de moins par litre que l'octane. Pourquoi l'ajoute-t-on malgré tout à l'essence ?
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a) On divise l'enthalpie molaire par la masse molaire. Dihydrogène : 285,82,016=141,8\dfrac{285{,}8}{2{,}016}=141{,}8 kJ/g. Octane : 5470114,23=47,9\dfrac{5470}{114{,}23}=47{,}9 kJ/g. Éthanol : 136746,07=29,7\dfrac{1367}{46{,}07}=29{,}7 kJ/g.

b) Classement massique : dihydrogène 141,8 puis octane 47,9 puis éthanol 29,7 kJ/g. Le dihydrogène écrase la concurrence, avec près de TROIS fois l'énergie massique de l'essence. La raison est sa masse molaire minuscule : il n'y a aucun atome lourd à transporter, seulement l'hydrogène qui porte l'énergie. C'est pourquoi il est le carburant des lanceurs spatiaux, où chaque kilogramme embarqué coûte très cher.

c) On multiplie l'énergie massique par la masse volumique, en remarquant que kJ/g multiplié par g/mL donne des kJ/mL, c'est-à-dire des MJ/L. Octane : 47,9×0,703=33,747{,}9\times 0{,}703=33{,}7 MJ/L. Éthanol : 29,7×0,789=23,429{,}7\times 0{,}789=23{,}4 MJ/L. Dihydrogène à 700 bars : 141,8×0,040=5,7141{,}8\times 0{,}040=5{,}7 MJ/L. Nouveau classement : octane, puis éthanol, puis dihydrogène BON DERNIER.

d) Le renversement vient entièrement de la masse volumique. Le dihydrogène, même comprimé à 700 bars, reste dix-sept fois moins dense que l'essence : son avantage massique de 3 est plus que compensé par un désavantage volumique de 17, d'où un rapport final d'environ 6 en faveur de l'essence. Conséquence pratique pour l'automobile, où le volume disponible est contraint : un réservoir d'hydrogène doit être environ six fois plus volumineux, en plus d'être un réservoir à 700 bars, donc épais, lourd et coûteux. C'est le verrou technique principal de la voiture à hydrogène, et il est de nature thermochimique autant que mécanique.

e) Pour des raisons qui ne relèvent pas du contenu énergétique. L'éthanol est produit à partir de biomasse, donc partiellement renouvelable, et son bilan carbone est meilleur puisque le carbone rejeté a été prélevé dans l'atmosphère l'année précédente. Il possède de plus un indice d'octane élevé, ce qui permet d'augmenter le taux de compression du moteur et de récupérer une partie du rendement perdu. Enfin sa molécule contient déjà un atome d'oxygène, ce qui améliore la combustion et réduit les émissions de monoxyde de carbone et d'imbrûlés. Le prix à payer est une consommation en litres plus élevée, exactement dans le rapport calculé en c.

Voir aussi

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