Chimie des solutions 202-NYB • Complément québécois de Terminale et cégep à Montréal

Exercices corrigés : la thermodynamique chimique (202-NYB)

Voici la série d'exercices corrigés de chimie du cours 202-NYB sur la thermodynamique chimique. La partie A construit l'outillage : calculer une enthalpie de réaction à partir des enthalpies de formation, atteindre par la loi de Hess une enthalpie qu'aucun calorimètre ne peut mesurer directement, prévoir le signe d'une variation d'entropie et la calculer, combiner enthalpie et entropie dans l'énergie libre de Gibbs selon les quatre cas possibles, et lire une température d'inversion sur la droite delta G en fonction de T. La partie B monte au niveau examen : l'entropie de l'univers et son équivalence exacte avec le critère sur delta G, le lien entre delta G degré et la constante d'équilibre, le calcul hors conditions standards, et deux problèmes industriels, le procédé Haber et la réduction de l'hématite par le carbone.

L'exercice 4 en tire l'outil le plus utile du chapitre : ΔG\Delta G^{\circ} est une fonction AFFINE de la température, donc une droite, et la température d'inversion est simplement son abscisse à l'origine. L'exercice 6 confronte enfin cette thermodynamique à la réalité industrielle du procédé Haber, où l'on choisit délibérément une température à laquelle la réaction n'est PLUS spontanée.

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Ce chapitre fait partie de Chimie des solutions, 202-NYB
Avant de commencer Fiche de révision : les pièges et la méthode de ce chapitre

Avant ce chapitre

Ces notions sont supposées acquises ici. Si le premier exercice résiste, le blocage vient presque toujours de l'une d'elles, pas du chapitre lui-même.

Remonter plus loin : la chaîne complète (11 chapitres) ↓

Le chemin de remédiation, du plus ancien au plus proche. Un élève qui reprend ce chapitre de zéro le reprend dans cet ordre.

  1. 1La mole et la quantité de matièreSecondaire 5 SN5
  2. 2L'aspect énergétique des transformationsSecondaire 5 SN5
  3. 3La vitesse de réactionSecondaire 5 SN5
  4. 4L'équilibre chimiqueSecondaire 5 SN5
  5. 5La mesure au laboratoire, chiffres significatifs et incertitudesChimie générale 202-SF1-RE (ancien 202-NYA)
  6. 6Structure atomique et configuration électroniqueChimie générale 202-SF1-RE (ancien 202-NYA)
  7. 7Liaison chimique et géométrie moléculaireChimie générale 202-SF1-RE (ancien 202-NYA)
  8. 8Stœchiométrie, réactif limitant et rendementChimie générale 202-SF1-RE (ancien 202-NYA)
  9. 9Thermochimie et premier principeChimie générale 202-SF1-RE (ancien 202-NYA)
  10. 10La cinétique chimique
  11. 11L'équilibre chimique

Rappel de cours

  • Enthalpie de réaction : ΔHr=ΔHf(produits)ΔHf(reˊactifs)\Delta H^{\circ}_{r}=\sum\Delta H^{\circ}_{f}(\text{produits})-\sum\Delta H^{\circ}_{f}(\text{réactifs}), chaque terme multiplié par son coefficient. ΔHf\Delta H^{\circ}_{f} d'un corps simple dans son état standard vaut 0.
  • Entropie : mesure du désordre. SS^{\circ} est TABULÉE et toujours positive, contrairement à ΔHf\Delta H^{\circ}_{f}. ΔSr=S(produits)S(reˊactifs)\Delta S^{\circ}_{r}=\sum S^{\circ}(\text{produits})-\sum S^{\circ}(\text{réactifs}).
  • Prévoir le signe de ΔS\Delta S : ce qui compte d'abord est la variation du NOMBRE DE MOLES DE GAZ. Plus de gaz à droite : ΔS>0\Delta S>0. Ordre croissant : solide < liquide < gaz.
  • Énergie libre de Gibbs : ΔG=ΔHTΔS\Delta G=\Delta H-T\Delta S. Réaction spontanée si ΔG<0\Delta G<0, à l'équilibre si ΔG=0\Delta G=0, non spontanée si ΔG>0\Delta G>0.
  • PIÈGE D'UNITÉS : ΔH\Delta H est en kJ/mol et ΔS\Delta S en J/(mol·K). Il FAUT convertir avant de soustraire.
  • Les quatre cas : ΔH<0\Delta H<0 et ΔS>0\Delta S>0 spontanée à toute température ; ΔH>0\Delta H>0 et ΔS<0\Delta S<0 jamais spontanée ; ΔH<0\Delta H<0 et ΔS<0\Delta S<0 spontanée à BASSE température ; ΔH>0\Delta H>0 et ΔS>0\Delta S>0 spontanée à HAUTE température.
  • Température d'inversion : celle où ΔG=0\Delta G=0, soit T=ΔHΔST=\dfrac{\Delta H}{\Delta S}. Elle n'existe que dans les deux derniers cas.
  • Lien avec l'équilibre : ΔG=RTlnK\Delta G^{\circ}=-RT\ln K avec R=8,314R=8{,}314 J/(mol·K). Hors des conditions standards, ΔG=ΔG+RTlnQ\Delta G=\Delta G^{\circ}+RT\ln Q.

Partie A : Enthalpie, entropie et énergie libre (/50)

Exercice 1 : L'enthalpie de réaction par les enthalpies de formation

L'enthalpie standard de formation est l'enthalpie de la réaction qui forme une mole du composé à partir des corps simples. Toute enthalpie de réaction s'en déduit, ce qui évite de mesurer chaque réaction séparément : c'est la loi de Hess sous sa forme la plus commode.

Données, ΔHf\Delta H^{\circ}_{f} en kJ/mol : CH4(g)=74,6CH_{4}(g)=-74{,}6 ; CO2(g)=393,5CO_{2}(g)=-393{,}5 ; H2O(l)=285,8H_{2}O(l)=-285{,}8 ; H2O(g)=241,8H_{2}O(g)=-241{,}8 ; O2(g)=0O_{2}(g)=0.

  • a) Pourquoi ΔHf(O2)\Delta H^{\circ}_{f}\left(O_{2}\right) vaut-elle exactement zéro ?
  • b) Calculez ΔHr\Delta H^{\circ}_{r} de la combustion complète du méthane, l'eau étant obtenue à l'état LIQUIDE.
  • c) Recalculez-la avec l'eau à l'état GAZEUX.
  • d) Comparez les deux résultats. Que représente exactement l'écart, et pourquoi la combustion produisant de l'eau liquide libère-t-elle davantage ?

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Réponses

  • a) O2(g)O_{2}(g) est le corps simple de référence : sa réaction de formation ne change rien
  • b) ΔHr=890,5\Delta H^{\circ}_{r}=-890{,}5 kJ/mol avec l'eau liquide
  • c) ΔHr=802,5\Delta H^{\circ}_{r}=-802{,}5 kJ/mol avec l'eau gazeuse
  • d) 88,0 kJ/mol d'écart, soit deux fois la chaleur de vaporisation : PCS contre PCI, et les chaudières à condensation

a) Parce que O2(g)O_{2}(g) EST le corps simple de référence de l'oxygène dans son état standard. La réaction de formation serait O2(g)O2(g)O_{2}(g)\rightarrow O_{2}(g), qui ne change rien : son enthalpie est nulle par définition. Même chose pour N2(g)N_{2}(g), H2(g)H_{2}(g) ou le carbone graphite. Attention : O3(g)O_{3}(g) n'est pas l'état standard de l'oxygène, son ΔHf\Delta H^{\circ}_{f} n'est donc pas nul.

b) L'équation est CH4(g)+2O2(g)CO2(g)+2H2O(l)CH_{4}(g)+2O_{2}(g)\rightarrow CO_{2}(g)+2H_{2}O(l). Alors ΔHr=[ΔHf(CO2)+2ΔHf(H2O(l))][ΔHf(CH4)+2×0]\Delta H^{\circ}_{r}=\left[\Delta H^{\circ}_{f}\left(CO_{2}\right)+2\Delta H^{\circ}_{f}\left(H_{2}O(l)\right)\right]-\left[\Delta H^{\circ}_{f}\left(CH_{4}\right)+2\times 0\right], soit [393,5+2(285,8)][74,6]=965,1+74,6=890,5\left[-393{,}5+2(-285{,}8)\right]-\left[-74{,}6\right]=-965{,}1+74{,}6=-890{,}5 kJ/mol. Le signe négatif confirme une combustion exothermique.

c) Avec 2H2O(g)2H_{2}O(g) : [393,5+2(241,8)][74,6]=877,1+74,6=802,5\left[-393{,}5+2(-241{,}8)\right]-\left[-74{,}6\right]=-877{,}1+74{,}6=-802{,}5 kJ/mol.

d) L'écart vaut 890,5(802,5)=88,0-890{,}5-(-802{,}5)=-88{,}0 kJ/mol, c'est-à-dire que la version « eau liquide » libère 88,0 kJ de PLUS. Cet écart est exactement 2×44,02\times 44{,}0 kJ, soit deux fois l'enthalpie de vaporisation de l'eau, puisque la réaction met en jeu 2 moles d'eau. Interprétation physique : quand la vapeur se condense, elle libère en plus sa chaleur latente. C'est toute la différence entre le pouvoir calorifique SUPÉRIEUR d'un combustible, mesuré avec condensation, et son pouvoir calorifique INFÉRIEUR, mesuré sans. C'est aussi la raison d'être des chaudières à condensation, qui récupèrent précisément ces 88 kJ en refroidissant les fumées sous le point de rosée.

Exercice 2 : L'entropie et son signe prévisible

L'entropie mesure le nombre de façons dont l'énergie et la matière peuvent se répartir. En pratique, pour un examen, une seule question suffit dans neuf cas sur dix : le nombre de moles de GAZ augmente-t-il ?

Données, SS^{\circ} en J/(mol·K) : CaCO3(s)=92,9CaCO_{3}(s)=92{,}9 ; CaO(s)=39,8CaO(s)=39{,}8 ; CO2(g)=213,7CO_{2}(g)=213{,}7.

  • a) Prévoyez, SANS calcul, le signe de ΔSr\Delta S^{\circ}_{r} pour : 2H2(g)+O2(g)2H2O(l)2H_{2}(g)+O_{2}(g)\rightarrow 2H_{2}O(l) ; CaCO3(s)CaO(s)+CO2(g)CaCO_{3}(s)\rightarrow CaO(s)+CO_{2}(g) ; N2(g)+3H2(g)2NH3(g)N_{2}(g)+3H_{2}(g)\rightleftharpoons 2NH_{3}(g).
  • b) Calculez ΔSr\Delta S^{\circ}_{r} de la décomposition du carbonate de calcium. Le résultat confirme-t-il votre prévision ?
  • c) Pourquoi les valeurs de SS^{\circ} sont-elles toutes POSITIVES, alors que les ΔHf\Delta H^{\circ}_{f} sont souvent négatives ?
  • d) La dissolution du nitrate d'ammonium dans l'eau refroidit la solution, elle est donc endothermique, et pourtant elle se produit spontanément. Expliquez.

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Réponses

  • a) Négatif, positif, négatif : il suffit de compter les moles de GAZ
  • b) ΔSr=+160,6\Delta S^{\circ}_{r}=+160{,}6 J/(mol·K), la prévision est confirmée
  • c) L'entropie est absolue, d'origine fixée par le troisième principe ; les enthalpies de formation sont des différences
  • d) ΔG=ΔHTΔS\Delta G=\Delta H-T\Delta S : le gain de désordre l'emporte, d'où les sacs de froid instantané

a) Première réaction : on part de 3 moles de gaz et on arrive à 0 mole de gaz, l'eau étant liquide. Le désordre chute brutalement, donc ΔSr<0\Delta S^{\circ}_{r}<0. Deuxième : on part de 0 mole de gaz et on en produit 1, donc ΔSr>0\Delta S^{\circ}_{r}>0. Troisième : 4 moles de gaz donnent 2 moles de gaz, donc ΔSr<0\Delta S^{\circ}_{r}<0.

b) ΔSr=[S(CaO)+S(CO2)]S(CaCO3)=(39,8+213,7)92,9=253,592,9=+160,6\Delta S^{\circ}_{r}=\left[S^{\circ}(CaO)+S^{\circ}\left(CO_{2}\right)\right]-S^{\circ}\left(CaCO_{3}\right)=(39{,}8+213{,}7)-92{,}9=253{,}5-92{,}9=+160{,}6 J/(mol·K). Le résultat est bien POSITIF, conformément à la prévision. On note que le terme dominant est de loin le SS^{\circ} du gaz, 213,7, plus grand que ceux des deux solides réunis : c'est ce qui justifie la règle du nombre de moles de gaz.

c) Parce que l'entropie est une grandeur ABSOLUE, et non une variation. Le troisième principe de la thermodynamique fixe son origine : l'entropie d'un cristal parfait au zéro absolu vaut zéro. Toute substance à une température non nulle a donc une entropie strictement positive. Les ΔHf\Delta H^{\circ}_{f}, elles, sont des DIFFÉRENCES par rapport aux corps simples, et une différence peut évidemment être négative. C'est pourquoi on écrit ΔSr\Delta S^{\circ}_{r} à partir de SS^{\circ} tabulées, et ΔHr\Delta H^{\circ}_{r} à partir de ΔHf\Delta H^{\circ}_{f} tabulées : les deux tables ne contiennent pas le même type de grandeur.

d) Parce que la spontanéité n'est pas commandée par ΔH\Delta H seul, mais par ΔG=ΔHTΔS\Delta G=\Delta H-T\Delta S. Ici ΔH>0\Delta H>0, ce qui joue contre la dissolution, mais le passage d'un solide cristallin ordonné à des ions dispersés et hydratés dans le liquide augmente FORTEMENT le désordre : ΔS>0\Delta S>0, et à température ambiante le terme TΔS-T\Delta S l'emporte sur ΔH\Delta H, rendant ΔG\Delta G négatif. C'est exactement le principe des sacs de froid instantané utilisés pour les blessures sportives : ils refroidissent parce que la dissolution est endothermique, et ils fonctionnent quand même parce qu'elle est entropiquement favorable.

Exercice 3 : L'énergie libre de Gibbs et les quatre cas

ΔG=ΔHTΔS\Delta G=\Delta H-T\Delta S combine les deux moteurs d'une transformation : l'énergie libérée et le désordre produit. Leur importance relative dépend de la température, ce qui donne quatre comportements possibles.

Pour CaCO3(s)CaO(s)+CO2(g)CaCO_{3}(s)\rightarrow CaO(s)+CO_{2}(g) : ΔHr=+179,2\Delta H^{\circ}_{r}=+179{,}2 kJ/mol et ΔSr=+160,6\Delta S^{\circ}_{r}=+160{,}6 J/(mol·K).

  • a) Dressez le tableau des quatre cas selon les signes de ΔH\Delta H et ΔS\Delta S, en précisant pour chacun le domaine de température où la réaction est spontanée.
  • b) Calculez ΔG\Delta G^{\circ} de la décomposition du calcaire à 25 °C. La réaction est-elle spontanée ?
  • c) Dans quel cas du tableau se range-t-elle ?
  • d) Un élève écrit ΔG=179,2298×160,6=47679\Delta G=179{,}2-298\times 160{,}6=-47\,679 kJ/mol et conclut que la réaction est très spontanée. Où est l'erreur, et quel ordre de grandeur aurait dû l'alerter ?

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Réponses

  • a) Toujours, jamais, à basse température, à haute température, selon les quatre combinaisons de signes
  • b) ΔG=179,2298×0,1606=+131,3\Delta G^{\circ}=179{,}2-298\times 0{,}1606=+131{,}3 kJ/mol : non spontanée à 25 °C
  • c) Cas 4 : spontanée à haute température seulement
  • d) Il soustrait des joules à des kilojoules ; 48 MJ/mol dépasse toute énergie chimique concevable

a) Cas 1, ΔH<0\Delta H<0 et ΔS>0\Delta S>0 : les deux termes favorisent, ΔG<0\Delta G<0 à TOUTE température, la réaction est toujours spontanée. Cas 2, ΔH>0\Delta H>0 et ΔS<0\Delta S<0 : les deux s'opposent, ΔG>0\Delta G>0 toujours, JAMAIS spontanée. Cas 3, ΔH<0\Delta H<0 et ΔS<0\Delta S<0 : l'enthalpie favorise, l'entropie s'oppose ; comme le terme entropique est multiplié par TT, il l'emporte quand TT grandit : spontanée à BASSE température. Cas 4, ΔH>0\Delta H>0 et ΔS>0\Delta S>0 : situation inverse, spontanée à HAUTE température.

b) Il faut d'abord convertir : ΔSr=160,6\Delta S^{\circ}_{r}=160{,}6 J/(mol·K) =0,1606=0{,}1606 kJ/(mol·K). Alors ΔG=179,2298×0,1606=179,247,9=+131,3\Delta G^{\circ}=179{,}2-298\times 0{,}1606=179{,}2-47{,}9=+131{,}3 kJ/mol. La valeur est POSITIVE : à 25 °C, la décomposition du calcaire n'est PAS spontanée. Heureusement, sans quoi les falaises de calcaire et les coquillages se décomposeraient spontanément à l'air libre.

c) ΔH>0\Delta H>0 et ΔS>0\Delta S>0 : c'est le cas 4, spontanée à HAUTE température seulement. On s'attend donc à ce qu'il existe une température au-delà de laquelle le calcaire se décompose, ce qui est le sujet de l'exercice suivant, et ce qui correspond à un procédé industriel bien réel, la fabrication de la chaux.

d) L'erreur est l'oubli de la CONVERSION D'UNITÉS : il a soustrait des joules à des kilojoules. En traitant 160,6 J/(mol·K) comme s'il s'agissait de kJ, il gonfle le terme entropique d'un facteur 1000. L'ordre de grandeur aurait dû l'alerter immédiatement : 47679-47\,679 kJ/mol, soit près de 48 mégajoules par mole, dépasse de plusieurs ordres de grandeur toute énergie chimique concevable, une liaison covalente valant typiquement quelques centaines de kJ/mol. RÉFLEXE : dans ΔHTΔS\Delta H-T\Delta S, écrire les unités à côté de chaque terme AVANT de taper le calcul.

ΔH > 0, ΔS > 0spontane a HAUTE TΔH < 0, ΔS > 0spontane a TOUTE TΔH < 0, ΔS < 0spontane a BASSE TΔH > 0, ΔS < 0JAMAIS spontaneΔHΔSΔG = ΔH − TΔS : le seul terme que la temperaturepeut retourner est celui qui porte ΔS

Exercice 4 : La température d'inversion, lue sur une droite

En traitant ΔH\Delta H et ΔS\Delta S comme indépendants de la température, ce qui est une bonne approximation sur quelques centaines de degrés, ΔG\Delta G devient une fonction AFFINE de TT. Toute la discussion de spontanéité se lit alors sur une droite.

On garde ΔHr=+179,2\Delta H^{\circ}_{r}=+179{,}2 kJ/mol et ΔSr=+0,1606\Delta S^{\circ}_{r}=+0{,}1606 kJ/(mol·K) pour la décomposition du calcaire.

400600800100012001400-100-5050100150200T (K)ΔG° (kJ/mol)
  • a) Écrivez ΔG(T)\Delta G^{\circ}(T) et identifiez l'ordonnée à l'origine et la pente de la droite tracée ci-dessus.
  • b) Calculez la température d'inversion, en kelvins puis en degrés Celsius.
  • c) Vérifiez le signe de ΔG\Delta G^{\circ} à 1200 K et concluez.
  • d) Les fours à chaux industriels fonctionnent entre 900 et 1000 °C. Votre résultat est-il cohérent ? Que se passerait-il à 800 °C ?
  • e) Pour quel type de réaction cette droite n'a-t-elle AUCUNE intersection avec l'axe des abscisses dans le domaine physique ?

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Réponses

  • a) ΔG(T)=179,20,1606T\Delta G^{\circ}(T)=179{,}2-0{,}1606\,T : ordonnée 179,2179{,}2 kJ/mol, pente 0,1606-0{,}1606
  • b) T=1116T=1116 K, soit 843 °C
  • c) ΔG(1200)=13,5\Delta G^{\circ}(1200)=-13{,}5 kJ/mol : spontanée
  • d) Cohérent : les fours travaillent à 1173-1273 K ; à 800 °C, ΔG=+6,9\Delta G^{\circ}=+6{,}9 kJ/mol, le four serait inefficace
  • e) Quand ΔH\Delta H et ΔS\Delta S sont de signes opposés : T=ΔH/ΔST=\Delta H/\Delta S sort négative, donc sans sens physique

a) ΔG(T)=ΔHTΔS=179,20,1606T\Delta G^{\circ}(T)=\Delta H^{\circ}-T\Delta S^{\circ}=179{,}2-0{,}1606\,T, avec TT en kelvins et ΔG\Delta G^{\circ} en kJ/mol. L'ordonnée à l'origine est ΔH=179,2\Delta H^{\circ}=179{,}2 kJ/mol, atteinte pour T=0T=0, et la PENTE est ΔS=0,1606-\Delta S^{\circ}=-0{,}1606 kJ/(mol·K). La droite descend donc, ce qui est le comportement de toute réaction à ΔS>0\Delta S>0 : plus il fait chaud, plus le désordre est récompensé.

b) La température d'inversion annule ΔG\Delta G^{\circ} : T=ΔHΔS=179,20,1606=1116T=\dfrac{\Delta H^{\circ}}{\Delta S^{\circ}}=\dfrac{179{,}2}{0{,}1606}=1116 K. En degrés Celsius, 1116273=8431116-273=843 °C. C'est le point marqué sur la figure, à l'intersection de la droite et de l'axe horizontal.

c) ΔG(1200)=179,20,1606×1200=179,2192,7=13,5\Delta G^{\circ}(1200)=179{,}2-0{,}1606\times 1200=179{,}2-192{,}7=-13{,}5 kJ/mol. La valeur est négative : à 1200 K, soit 927 °C, la décomposition est SPONTANÉE. La lecture graphique le confirme, la droite passant sous l'axe au-delà de 1116 K.

d) Oui, parfaitement cohérent. Les fours opèrent entre 900 et 1000 °C, c'est-à-dire entre 1173 et 1273 K, donc nettement AU-DESSUS de la température d'inversion de 843 °C : la réaction y est spontanée et le calcaire se transforme en chaux vive. À 800 °C, soit 1073 K, on aurait ΔG=179,20,1606×1073=+6,9\Delta G^{\circ}=179{,}2-0{,}1606\times 1073=+6{,}9 kJ/mol, une valeur encore positive : la décomposition ne serait pas spontanée, le four serait inefficace. La marge industrielle au-dessus des 843 °C théoriques s'explique aussi par la cinétique et par le besoin d'évacuer le CO2CO_{2} produit.

e) Quand ΔH\Delta H et ΔS\Delta S sont de SIGNES OPPOSÉS de la bonne façon, c'est-à-dire dans les cas 1 et 2 du tableau. Si ΔH<0\Delta H<0 et ΔS>0\Delta S>0, la droite part d'une ordonnée à l'origine négative et descend encore : elle reste sous l'axe pour tout T>0T>0. Si ΔH>0\Delta H>0 et ΔS<0\Delta S<0, elle part d'une ordonnée positive et MONTE : elle reste au-dessus. Dans les deux cas, la formule T=ΔHΔST=\frac{\Delta H}{\Delta S} donne bien un nombre, mais il est NÉGATIF, donc dépourvu de sens physique. C'est le contrôle à faire avant d'annoncer une température d'inversion : si elle sort négative, c'est que la réaction n'en a pas.

Exercice 5 : La loi de Hess : additionner des chemins

On veut connaître l'enthalpie de formation du monoxyde de carbone, C(s)+12O2(g)CO(g)C(s)+\frac{1}{2}O_{2}(g)\rightarrow CO(g), qui ne peut PAS être mesurée directement. On dispose de deux combustions, elles parfaitement mesurables : (1) C(s)+O2(g)CO2(g)C(s)+O_{2}(g)\rightarrow CO_{2}(g), ΔH=393,5\Delta H^{\circ}=-393{,}5 kJ/mol; (2) CO(g)+12O2(g)CO2(g)CO(g)+\frac{1}{2}O_{2}(g)\rightarrow CO_{2}(g), ΔH=283,0\Delta H^{\circ}=-283{,}0 kJ/mol.

  • a) Pourquoi l'enthalpie de formation du COCO est-elle impossible à mesurer directement dans un calorimètre ?
  • b) Combinez les deux réactions pour obtenir la réaction cherchée, en précisant l'opération faite sur chacune.
  • c) Calculez ΔHf(CO)\Delta H^{\circ}_{f}(CO).
  • d) Sur quelle propriété de l'enthalpie la loi de Hess repose-t-elle ? Que se passerait-il si l'enthalpie n'était pas une fonction d'état ?
  • e) Déduisez l'énergie libérée par la combustion incomplète d'une mole de carbone en COCO plutôt qu'en CO2CO_{2}, et calculez le pourcentage d'énergie perdu. Reliez ce chiffre au danger d'un appareil de chauffage mal réglé.

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Réponses

  • a) On ne sait pas arrêter la combustion au monoxyde : le produit est toujours un mélange inconnu
  • b) On garde (1) et on INVERSE (2), dont l'enthalpie change de signe
  • c) ΔHf(CO)=393,5+283,0=110,5\Delta H^{\circ}_{f}(CO)=-393{,}5+283{,}0=-110{,}5 kJ/mol
  • d) L'enthalpie est une fonction d'état ; sinon on bouclerait en produisant de l'énergie à partir de rien
  • e) 283,0 kJ perdus par mole, soit 71,9 % ; le vrai danger est un gaz inodore qui prend la place de l'oxygène

a) Parce qu'on ne sait pas arrêter la combustion du carbone au stade du monoxyde : dès qu'il y a assez de dioxygène, une partie du COCO continue de brûler en CO2CO_{2}, et si l'on met trop peu de dioxygène il reste du carbone imbrûlé. Le produit obtenu est toujours un mélange de composition inconnue, donc la chaleur mesurée ne correspond à aucune équation précise. C'est exactement la situation que la loi de Hess est faite pour résoudre.

b) On garde la réaction (1) telle quelle et on INVERSE la réaction (2), ce qui change le signe de son enthalpie : CO2(g)CO(g)+12O2(g)CO_{2}(g)\rightarrow CO(g)+\frac{1}{2}O_{2}(g), ΔH=+283,0\Delta H^{\circ}=+283{,}0 kJ/mol. En additionnant, le CO2CO_{2} se simplifie des deux côtés, et il reste 12O2\frac{1}{2}O_{2} à gauche : C(s)+12O2(g)CO(g)C(s)+\frac{1}{2}O_{2}(g)\rightarrow CO(g).

c) ΔHf(CO)=(393,5)+(+283,0)=110,5\Delta H^{\circ}_{f}(CO)=(-393{,}5)+(+283{,}0)=-110{,}5 kJ/mol.

d) Sur le fait que l'enthalpie est une FONCTION D'ÉTAT : sa variation ne dépend que de l'état initial et de l'état final, jamais du chemin suivi. Aller du carbone au monoxyde directement, ou en passant par le dioxyde puis en revenant, coûte exactement la même chose. Si l'enthalpie n'était pas une fonction d'état, on pourrait choisir un chemin aller moins coûteux que le chemin retour et boucler indéfiniment en produisant de l'énergie à partir de rien : une machine à mouvement perpétuel. La loi de Hess n'est donc pas une astuce de calcul, c'est le premier principe qui s'exprime.

e) Brûler une mole de carbone en CO2CO_{2} libère 393,5 kJ; l'arrêter au COCO n'en libère que 110,5. La perte est de 393,5110,5=283,0393{,}5-110{,}5=283{,}0 kJ par mole, soit 283,0393,5=71,9\frac{283{,}0}{393{,}5}=71{,}9 % de l'énergie disponible. Un appareil mal réglé gaspille donc près des trois quarts de son combustible, mais le vrai danger n'est pas là : cette énergie non libérée reste stockée dans un gaz INODORE et INCOLORE qui se fixe sur l'hémoglobine environ 200 fois mieux que le dioxygène. Le monoxyde tue précisément parce qu'il est un combustible qui n'a pas fini de brûler, et rien dans l'air ne signale sa présence.

Partie B : Niveau examen (/50)

Exercice 6 : De ΔG° à la constante d'équilibre

La thermodynamique et le chapitre de l'équilibre décrivent le même phénomène. La relation ΔG=RTlnK\Delta G^{\circ}=-RT\ln K est le pont entre les deux : elle transforme une énergie en une position d'équilibre.

On garde la décomposition du calcaire, ΔH=+179,2\Delta H^{\circ}=+179{,}2 kJ/mol et ΔS=+0,1606\Delta S^{\circ}=+0{,}1606 kJ/(mol·K), avec R=8,314R=8{,}314 J/(mol·K).

  • a) Calculez KK à 298 K. Commentez l'ordre de grandeur.
  • b) Calculez KK à 1200 K.
  • c) Que devient KK exactement à la température d'inversion ? Démontrez-le.
  • d) Écrivez l'expression de KK pour cette réaction. Quelle grandeur mesurable donne-t-elle directement ?
  • e) Distinguez ΔG\Delta G^{\circ} et ΔG\Delta G. Laquelle des deux s'annule à l'équilibre, et que vaut alors l'autre ?

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Réponses

  • a) lnK=53,0\ln K=-53{,}0, soit K=9,5×1024K=9{,}5\times 10^{-24} : aucune décomposition mesurable à 25 °C
  • b) K=3,9K=3{,}9 à 1200 K : vingt-trois ordres de grandeur gagnés
  • c) K=1K=1 : à TinvT_{inv}, ΔG=0\Delta G^{\circ}=0 donc lnK=0\ln K=0
  • d) K=PCO2K=P_{CO_{2}} : la constante se lit au manomètre, c'est la pression de décomposition
  • e) ΔG\Delta G s'annule à l'équilibre, jamais ΔG\Delta G^{\circ}, qui vaut alors RTlnK-RT\ln K

a) ΔG(298)=+131,3\Delta G^{\circ}(298)=+131{,}3 kJ/mol, calculé à l'exercice 3. De ΔG=RTlnK\Delta G^{\circ}=-RT\ln K on tire lnK=ΔGRT=1313008,314×298=53,0\ln K=-\dfrac{\Delta G^{\circ}}{RT}=-\dfrac{131\,300}{8{,}314\times 298}=-53{,}0, donc logK=23,0\log K=-23{,}0 et K=9,5×1024K=9{,}5\times 10^{-24}. Une constante aussi minuscule signifie que la réaction est totalement déplacée vers le calcaire : à température ambiante, il ne se décompose pas de façon mesurable, ce qui rejoint la conclusion qualitative de l'exercice 3.

b) ΔG(1200)=13,5\Delta G^{\circ}(1200)=-13{,}5 kJ/mol. Alors lnK=135208,314×1200=+1,36\ln K=-\dfrac{-13\,520}{8{,}314\times 1200}=+1{,}36, donc K=3,9K=3{,}9. On est passé de 102310^{-23} à environ 4, soit vingt-trois ordres de grandeur, pour une variation de température d'un facteur 4 seulement. C'est l'illustration la plus frappante de la sensibilité exponentielle de KK à la température, via le facteur eΔG/RTe^{-\Delta G^{\circ}/RT}.

c) À la température d'inversion, ΔG=0\Delta G^{\circ}=0 par définition. Donc RTlnK=0-RT\ln K=0, et comme RR et TT sont non nuls, lnK=0\ln K=0, c'est-à-dire K=1K=1. La température d'inversion est donc exactement celle où la constante d'équilibre vaut 1 : réactifs et produits sont, au sens de la constante, à parité.

d) Les solides CaCO3CaCO_{3} et CaOCaO ont une activité égale à 1 et n'apparaissent pas. Il reste K=PCO2K=P_{CO_{2}}, la pression partielle du dioxyde de carbone, exprimée par rapport à la pression standard. La constante d'équilibre de cette réaction se lit donc DIRECTEMENT sur un manomètre : c'est la pression de CO2CO_{2} au-dessus du calcaire chauffé en vase clos, appelée pression de décomposition. À 1200 K elle vaut environ 3,9 fois la pression standard, soit près de 4 bars.

e) ΔG\Delta G^{\circ} est une CONSTANTE pour une réaction et une température données : c'est la variation d'enthalpie libre quand la réaction se fait entièrement dans les conditions standards. ΔG\Delta G, lui, dépend de la composition instantanée du mélange, selon ΔG=ΔG+RTlnQ\Delta G=\Delta G^{\circ}+RT\ln Q. À l'équilibre, c'est ΔG\Delta G qui s'annule, jamais ΔG\Delta G^{\circ} : en posant ΔG=0\Delta G=0 on obtient ΔG=RTlnQeˊq=RTlnK\Delta G^{\circ}=-RT\ln Q_{\text{éq}}=-RT\ln K, ce qui redémontre la relation de départ. Confondre les deux est l'erreur conceptuelle la plus fréquente du chapitre : une réaction dont ΔG\Delta G^{\circ} est positif peut parfaitement avancer un peu, jusqu'à ce que QQ atteigne KK.

-60-40-20204060-24-20-16-12-8-44812ln KΔG° (kJ/mol)K = 1K ≫ 1K ≪ 1ΔG° = −RT ln K6 kJ/mol multiplient K par dix

Exercice 7 : Problème : le procédé Haber et le compromis industriel

La synthèse de l'ammoniac, N2(g)+3H2(g)2NH3(g)N_{2}(g)+3H_{2}(g)\rightleftharpoons 2NH_{3}(g), nourrit aujourd'hui près de la moitié de l'humanité par les engrais qu'elle permet. Elle est pourtant conduite dans des conditions que la thermodynamique seule déconseille.

Données : ΔHf(NH3(g))=45,9\Delta H^{\circ}_{f}\left(NH_{3}(g)\right)=-45{,}9 kJ/mol ; SS^{\circ} en J/(mol·K) : N2=191,6N_{2}=191{,}6, H2=130,7H_{2}=130{,}7, NH3=192,8NH_{3}=192{,}8.

  • a) Calculez ΔHr\Delta H^{\circ}_{r} et ΔSr\Delta S^{\circ}_{r} de la synthèse.
  • b) Calculez ΔG\Delta G^{\circ} à 298 K et concluez sur la spontanéité.
  • c) Calculez la température d'inversion. Que se passe-t-il au-delà ?
  • d) Le procédé industriel fonctionne pourtant vers 450 °C. Calculez ΔG\Delta G^{\circ} et KK à cette température, puis expliquez ce choix apparemment absurde.
  • e) Quelle autre variable les industriels ajustent-ils pour compenser, et pourquoi est-elle efficace ici ?

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Réponses

  • a) ΔHr=91,8\Delta H^{\circ}_{r}=-91{,}8 kJ/mol et ΔSr=198,1\Delta S^{\circ}_{r}=-198{,}1 J/(mol·K)
  • b) ΔG(298)=32,8\Delta G^{\circ}(298)=-32{,}8 kJ/mol : spontanée à froid, cas 3
  • c) T=463T=463 K, soit 190 °C ; au-delà, l'ammoniac tend à se décomposer
  • d) ΔG=+51,4\Delta G^{\circ}=+51{,}4 kJ/mol et K=1,9×104K=1{,}9\times 10^{-4} : on paie du rendement pour de la vitesse
  • e) La pression, 150 à 300 bars, efficace parce que Δngaz=2\Delta n_{gaz}=-2 ; plus un catalyseur au fer

a) ΔHr=2ΔHf(NH3)[0+3×0]=2(45,9)=91,8\Delta H^{\circ}_{r}=2\Delta H^{\circ}_{f}\left(NH_{3}\right)-\left[0+3\times 0\right]=2(-45{,}9)=-91{,}8 kJ/mol : la synthèse est EXOTHERMIQUE. ΔSr=2(192,8)[191,6+3(130,7)]=385,6583,7=198,1\Delta S^{\circ}_{r}=2(192{,}8)-\left[191{,}6+3(130{,}7)\right]=385{,}6-583{,}7=-198{,}1 J/(mol·K) : négatif, comme prévu puisqu'on passe de 4 moles de gaz à 2.

b) ΔG(298)=91,8298×(0,1981)=91,8+59,0=32,8\Delta G^{\circ}(298)=-91{,}8-298\times(-0{,}1981)=-91{,}8+59{,}0=-32{,}8 kJ/mol. La valeur est négative : à température ambiante, la synthèse EST spontanée thermodynamiquement. C'est le cas 3 du tableau, ΔH<0\Delta H<0 et ΔS<0\Delta S<0, donc spontanée à basse température.

c) T=ΔHΔS=91,80,1981=463T=\dfrac{\Delta H^{\circ}}{\Delta S^{\circ}}=\dfrac{-91{,}8}{-0{,}1981}=463 K, soit 190 °C. Au-DELÀ de cette température, ΔG\Delta G^{\circ} devient positif et la synthèse cesse d'être spontanée : l'ammoniac tend au contraire à se décomposer.

d) À 450 °C, soit 723 K : ΔG=91,8+723×0,1981=91,8+143,2=+51,4\Delta G^{\circ}=-91{,}8+723\times 0{,}1981=-91{,}8+143{,}2=+51{,}4 kJ/mol, nettement positif. La constante vaut lnK=514008,314×723=8,56\ln K=-\dfrac{51\,400}{8{,}314\times 723}=-8{,}56, donc K=1,9×104K=1{,}9\times 10^{-4} : le rendement à l'équilibre est très faible. Le choix s'explique par la CINÉTIQUE, que la thermodynamique ignore complètement. À 25 °C, la triple liaison NNN\equiv N est si solide que l'énergie d'activation est énorme et la vitesse effectivement nulle : la réaction est spontanée mais infiniment lente, donc industriellement inexistante. Chauffer à 450 °C sacrifie du rendement pour gagner de la vitesse. C'est le compromis central du génie chimique : une réaction thermodynamiquement favorable mais cinétiquement bloquée ne vaut rien.

e) Ils ajustent la PRESSION, portée à 150 à 300 bars. La réaction convertit 4 moles de gaz en 2 : d'après le principe de Le Chatelier, une augmentation de pression déplace l'équilibre vers le côté qui occupe le moins de volume, donc vers l'ammoniac. C'est précisément parce que Δngaz=2\Delta n_{\text{gaz}}=-2 est non nul que le levier de la pression fonctionne ; sur une réaction où le nombre de moles de gaz est conservé, il n'aurait aucun effet. Un catalyseur au fer est ajouté en complément : il augmente la vitesse sans déplacer l'équilibre, ce qui permet de ne pas monter la température plus haut. Rendement, vitesse et coût sont ainsi équilibrés.

Exercice 8 : L'entropie de l'univers : le critère derrière le critère

L'eau gèle spontanément à 10-10 °C mais pas à +10+10 °C, alors que le passage liquide vers solide ORDONNE les molécules dans les deux cas. On donne, pour la fusion de la glace, ΔHfus=+6,01\Delta H_{fus}=+6{,}01 kJ/mol et ΔSfus=+22,0\Delta S_{fus}=+22{,}0 J/(mol·K).

  • a) Donnez ΔH\Delta H et ΔS\Delta S du système pour la SOLIDIFICATION d'une mole d'eau. Le signe de ΔSsys\Delta S_{sys} semble-t-il compatible avec une transformation spontanée ?
  • b) Le deuxième principe porte sur l'univers entier. Exprimez ΔSext\Delta S_{ext} en fonction de ΔHsys\Delta H_{sys} et de TT, puis calculez ΔSuniv\Delta S_{univ} à 10-10 °C.
  • c) Refaites le calcul à +10+10 °C, puis à 0 °C. Interprétez les trois résultats.
  • d) Calculez ΔG\Delta G de la solidification à 10-10 °C et vérifiez la relation ΔG=TΔSuniv\Delta G=-T\Delta S_{univ}.
  • e) Concluez : pourquoi le critère ΔG<0\Delta G<0 est-il strictement équivalent au deuxième principe, et pourquoi le préfère-t-on en pratique ?

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  • a) ΔHsys=6,01\Delta H_{sys}=-6{,}01 kJ/mol et ΔSsys=22,0\Delta S_{sys}=-22{,}0 J/(mol·K) : un système peut s'ordonner
  • b) ΔSext=+22,85\Delta S_{ext}=+22{,}85 et ΔSuniv=+0,85\Delta S_{univ}=+0{,}85 J/(mol·K) : spontanée à 10-10 °C
  • c) 0,76-0{,}76 J/(mol·K) à +10+10 °C et zéro à 0 °C : on retrouve le point de fusion
  • d) ΔG=224\Delta G=-224 J/mol, égal à TΔSuniv-T\Delta S_{univ}
  • e) ΔG<0\Delta G<0 équivaut à ΔSuniv>0\Delta S_{univ}>0 ; on préfère ΔG\Delta G car il ne parle que du système

a) La solidification est l'inverse de la fusion : ΔHsys=6,01\Delta H_{sys}=-6{,}01 kJ/mol et ΔSsys=22,0\Delta S_{sys}=-22{,}0 J/(mol·K). Le système perd de l'entropie, ce qui semble interdit par le deuxième principe si l'on oublie que celui-ci ne parle PAS du système seul. Un système peut parfaitement s'ordonner, à condition de désordonner davantage ce qui l'entoure.

b) La chaleur cédée par le système est reçue par le milieu extérieur, à la température TT : ΔSext=ΔHsysT\Delta S_{ext}=\frac{-\Delta H_{sys}}{T}. À 10-10 °C, soit 263 K : ΔSext=+6010263=+22,85\Delta S_{ext}=\frac{+6010}{263}=+22{,}85 J/(mol·K). Donc ΔSuniv=22,0+22,85=+0,85\Delta S_{univ}=-22{,}0+22{,}85=+0{,}85 J/(mol·K) >0>0 : la solidification est spontanée, conformément à l'expérience.

c) À +10+10 °C (283 K) : ΔSext=6010283=+21,24\Delta S_{ext}=\frac{6010}{283}=+21{,}24, donc ΔSuniv=22,0+21,24=0,76\Delta S_{univ}=-22{,}0+21{,}24=-0{,}76 J/(mol·K) <0<0 : la solidification est impossible, c'est la fusion qui est spontanée. À 0 °C (273 K) : ΔSext=6010273=+22,0\Delta S_{ext}=\frac{6010}{273}=+22{,}0, donc ΔSuniv=0\Delta S_{univ}=0 : ni l'un ni l'autre, les deux phases coexistent en ÉQUILIBRE. On retrouve exactement le point de fusion, non pas comme une donnée tabulée mais comme la température où les deux termes se compensent.

d) ΔG=ΔHTΔS=6010(263)(22,0)=6010+5786=224\Delta G=\Delta H-T\Delta S=-6010-(263)(-22{,}0)=-6010+5786=-224 J/mol, négatif, donc spontané. Et TΔSuniv=(263)(0,85)=224-T\Delta S_{univ}=-(263)(0{,}85)=-224 J/mol : les deux calculs donnent le même nombre, comme le veut l'identité ΔG=TΔSuniv\Delta G=-T\Delta S_{univ}, qui s'obtient en multipliant ΔSuniv=ΔSsysΔHsysT\Delta S_{univ}=\Delta S_{sys}-\frac{\Delta H_{sys}}{T} par T-T.

e) Parce que ΔG\Delta G n'est rien d'autre que TΔSuniv-T\Delta S_{univ} déguisé : dire ΔG<0\Delta G<0 revient EXACTEMENT à dire ΔSuniv>0\Delta S_{univ}>0, puisque TT est toujours positive et ne change donc pas le sens de l'inégalité. L'énergie libre n'ajoute aucune physique au deuxième principe, elle le réécrit. Son avantage est purement pratique et considérable : ΔG\Delta G ne fait intervenir que des grandeurs du SYSTÈME, mesurables et tabulées, alors que ΔSuniv\Delta S_{univ} obligerait à décrire le milieu extérieur, c'est-à-dire le reste du monde. On a troqué une comptabilité universelle contre une comptabilité locale, sans rien perdre.

systeme-2,0milieu+3,2reaction exothermiqueΔS(univers) = +1,2systeme+2,4milieu-1,8reaction endothermiqueΔS(univers) = +0,6l'entropie du systeme peut DIMINUER sans rien interdire :c'est la somme des deux qui doit croitre

Exercice 9 : Hors des conditions standards : pourquoi le four à chaux fonctionne trop tôt

Pour CaCO3(s)CaO(s)+CO2(g)CaCO_{3}(s)\rightleftharpoons CaO(s)+CO_{2}(g), on retient ΔH=+179,2\Delta H^{\circ}=+179{,}2 kJ/mol et ΔS=+160,6\Delta S^{\circ}=+160{,}6 J/(mol·K), supposées constantes. La constante d'équilibre se réduit ici à K=PCO2K=P_{CO_{2}} (en atm). On donne R=8,314R=8{,}314 J/(mol·K).

  • a) Calculez ΔG\Delta G^{\circ} et KK à 1000 K. La décomposition est-elle spontanée dans les conditions standards ?
  • b) Écrivez la relation qui donne ΔG\Delta G hors des conditions standards, et expliquez ce que représente QQ ici.
  • c) Dans un four balayé par un courant d'air, la pression partielle de CO2CO_{2} est maintenue à 0,010 atm. Calculez ΔG\Delta G à 1000 K et concluez.
  • d) Calculez la température d'inversion, et expliquez le paradoxe apparent entre votre réponse en c) et cette température.
  • e) Quelle règle générale en tirez-vous pour une réaction dont un produit est gazeux, et quel dispositif industriel exploite systématiquement ce principe ?

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  • a) ΔG=+18,6\Delta G^{\circ}=+18{,}6 kJ/mol et K=0,107K=0{,}107 atm : non spontanée sous 1 atm de CO2CO_{2}
  • b) ΔG=ΔG+RTlnQ\Delta G=\Delta G^{\circ}+RT\ln Q, avec Q=PCO2Q=P_{CO_{2}}
  • c) ΔG=19,7\Delta G=-19{,}7 kJ/mol : spontanée tant que le balayage maintient la pression basse
  • d) Tinv=1116T_{inv}=1116 K, mais elle ne vaut que pour 1 atm de CO2CO_{2}, ce qui n'est pas la situation du four
  • e) Retirer un produit gazeux tire ΔG vers le bas : on achète la spontanéité en vidant le réacteur

a) ΔG=179200(1000)(160,6)=179200160600=+18600\Delta G^{\circ}=179\,200-(1000)(160{,}6)=179\,200-160\,600=+18\,600 J/mol, positif : dans les conditions standards, c'est-à-dire sous 1 atm de CO2CO_{2}, la décomposition n'est PAS spontanée à 1000 K. La constante vaut K=eΔG/RT=e18600/((8,314)(1000))=e2,237=0,107K=e^{-\Delta G^{\circ}/RT}=e^{-18\,600/((8{,}314)(1000))}=e^{-2{,}237}=0{,}107 atm : à l'équilibre, le calcaire n'impose qu'un dixième d'atmosphère de CO2CO_{2}.

b) ΔG=ΔG+RTlnQ\Delta G=\Delta G^{\circ}+RT\ln Q. Le ΔG\Delta G^{\circ} décrit la réaction menée sous 1 atm de chaque gaz; le terme RTlnQRT\ln Q corrige pour les conditions réelles. Ici solides et CaOCaO n'apparaissent pas et Q=PCO2Q=P_{CO_{2}} : le quotient se réduit à la pression de dioxyde de carbone effectivement présente au-dessus du solide.

c) ΔG=18600+(8,314)(1000)ln(0,010)=18600+(8314)(4,605)=1860038290=19690\Delta G=18\,600+(8{,}314)(1000)\ln(0{,}010)=18\,600+(8314)(-4{,}605)=18\,600-38\,290=-19\,690 J/mol, franchement négatif : la décomposition est spontanée, et elle le reste tant que le balayage maintient la pression de CO2CO_{2} sous la valeur d'équilibre de 0,107 atm.

d) Tinv=ΔHΔS=179200160,6=1116T_{inv}=\frac{\Delta H^{\circ}}{\Delta S^{\circ}}=\frac{179\,200}{160{,}6}=1116 K, soit 843 °C. Le paradoxe n'est qu'apparent : la température d'inversion est celle où ΔG\Delta G^{\circ} change de signe, donc elle ne concerne QUE les conditions standards, sous 1 atm de CO2CO_{2}. Elle répond à la question « à partir de quand le calcaire se décompose-t-il sous une atmosphère de son propre gaz ». Ce n'est pas la question que pose un four ouvert, où le CO2CO_{2} est évacué en continu : là, 1000 K suffisent largement, et même moins.

e) Règle : tout produit gazeux retiré du milieu fait chuter QQ, donc RTlnQRT\ln Q devient très négatif et tire ΔG\Delta G vers le bas. Une réaction thermodynamiquement défavorable dans les conditions standards peut ainsi devenir spontanée, sans chauffer davantage, uniquement parce qu'on l'empêche d'atteindre son équilibre. C'est Le Chatelier lu en langage énergétique. Industriellement, c'est le principe du four à chaux à courant d'air et, plus généralement, de tout réacteur à soutirage continu du produit : distillation réactive, évaporation d'un condensat, balayage sous gaz inerte. On n'achète pas de la spontanéité avec de la chaleur, on l'achète en vidant le réacteur.

Exercice 10 : Problème : réduire un oxyde, ou l'art de coupler deux réactions

On veut extraire le fer de l'hématite. La décomposition directe Fe2O3(s)2Fe(s)+32O2(g)Fe_{2}O_{3}(s)\rightarrow 2Fe(s)+\frac{3}{2}O_{2}(g) a ΔG=+742,2\Delta G^{\circ}=+742{,}2 kJ/mol à 298 K. Le haut fourneau emploie plutôt le carbone : Fe2O3(s)+3C(s)2Fe(s)+3CO(g)Fe_{2}O_{3}(s)+3C(s)\rightarrow 2Fe(s)+3CO(g), pour laquelle ΔH=+492,7\Delta H^{\circ}=+492{,}7 kJ/mol et ΔS=+543,2\Delta S^{\circ}=+543{,}2 J/(mol·K).

  • a) Commentez la valeur de ΔG\Delta G^{\circ} de la décomposition directe. Une élévation de température pourrait-elle la rendre spontanée ?
  • b) Calculez ΔG\Delta G^{\circ} de la réduction par le carbone à 298 K. Conclusion ?
  • c) Calculez la température d'inversion de la réduction par le carbone.
  • d) Vérifiez par le calcul que la réaction est spontanée à 1500 K, température courante dans un haut fourneau.
  • e) Expliquez pourquoi le carbone est un réducteur dont le pouvoir AUGMENTE avec la température, contrairement à la plupart des réducteurs. Quelle caractéristique de la réaction CCOC\rightarrow CO en est responsable ?

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  • a) +742,2+742{,}2 kJ/mol : chauffer aiderait, mais il faudrait plusieurs milliers de kelvins
  • b) ΔG=+331\Delta G^{\circ}=+331 kJ/mol : pas de réduction à froid, heureusement
  • c) Tinv=907T_{inv}=907 K, soit 634 °C, accessible à un four à charbon
  • d) ΔG(1500)=322\Delta G^{\circ}(1500)=-322 kJ/mol : largement spontanée
  • e) Son oxydation crée trois moles de gaz à partir d'un solide : la seule droite d'Ellingham qui descende

a) +742,2+742{,}2 kJ/mol est une valeur énorme : l'hématite est extraordinairement stable, ce qui explique qu'elle constitue un minerai et non un métal natif. Chauffer aiderait, car la décomposition produit du gaz et a donc un ΔS\Delta S^{\circ} positif, mais l'ordre de grandeur rend l'opération illusoire : il faudrait dépasser plusieurs milliers de kelvins, bien au-delà de ce qu'un four peut tenir et de la température où le fer lui-même bout. La voie directe est donc condamnée, non par principe mais par la démesure de la température requise.

b) ΔG=492700(298)(543,2)=492700161874=+330800\Delta G^{\circ}=492\,700-(298)(543{,}2)=492\,700-161\,874=+330\,800 J/mol, soit +331+331 kJ/mol. À température ambiante, le carbone ne réduit donc pas l'hématite : c'est heureux, sans quoi le minerai ne coexisterait pas avec le charbon dans le sol. Mais la valeur est déjà deux fois plus faible que celle de la voie directe, et surtout le ΔS\Delta S^{\circ} est très fortement positif.

c) Tinv=ΔHΔS=492700543,2=907T_{inv}=\frac{\Delta H^{\circ}}{\Delta S^{\circ}}=\frac{492\,700}{543{,}2}=907 K, soit 634 °C : une température parfaitement accessible à un four à charbon, et connue empiriquement bien avant d'être expliquée.

d) ΔG=492700(1500)(543,2)=492700814800=322100\Delta G^{\circ}=492\,700-(1500)(543{,}2)=492\,700-814\,800=-322\,100 J/mol, soit 322-322 kJ/mol : largement spontanée. Entre 298 K et 1500 K, ΔG\Delta G^{\circ} est passé de +331+331 à 322-322 kJ/mol, un basculement complet obtenu uniquement par le terme TΔS-T\Delta S^{\circ}.

e) Parce que le carbone est le seul réducteur courant dont l'oxydation AUGMENTE le nombre de moles de gaz : un solide, CC, devient un gaz, COCO, et de surcroît trois moles de gaz apparaissent là où il n'y en avait aucune. Le ΔS\Delta S^{\circ} de la réaction globale est donc très positif, et le terme TΔS-T\Delta S^{\circ} rend ΔG\Delta G^{\circ} de plus en plus négatif à mesure qu'on chauffe. La plupart des autres réducteurs transforment un métal solide en oxyde solide, sans variation notable du nombre de moles gazeuses, et leur pouvoir réducteur ne s'améliore pratiquement pas avec la température. C'est cette singularité qui a fait du charbon le réducteur universel de la métallurgie : au-delà d'environ 900 K, il finit par l'emporter sur presque tous les oxydes, et c'est exactement ce que résume le diagramme d'Ellingham, où la droite du couple C/COC/CO est la seule à DESCENDRE quand toutes les autres montent.

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