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Chimie des solutions 202-NYB • Complément québécois de Terminale et cégep à Montréal

Exercices corrigés : la thermodynamique chimique (202-NYB)

Ce chapitre corrige une idée fausse installée depuis le secondaire : une réaction n'est pas spontanée parce qu'elle est exothermique. La fusion de la glace à 25 °C est endothermique et parfaitement spontanée ; la synthèse de l'ammoniac est exothermique et cesse d'être spontanée au-delà de 190 °C. C'est le couple ΔH\Delta H et ΔS\Delta S, pondéré par la température, qui décide.

L'exercice 4 en tire l'outil le plus utile du chapitre : ΔG\Delta G^{\circ} est une fonction AFFINE de la température, donc une droite, et la température d'inversion est simplement son abscisse à l'origine. L'exercice 6 confronte enfin cette thermodynamique à la réalité industrielle du procédé Haber, où l'on choisit délibérément une température à laquelle la réaction n'est PLUS spontanée.

Rappel de cours

  • Enthalpie de réaction : ΔHr=ΔHf(produits)ΔHf(reˊactifs)\Delta H^{\circ}_{r}=\sum\Delta H^{\circ}_{f}(\text{produits})-\sum\Delta H^{\circ}_{f}(\text{réactifs}), chaque terme multiplié par son coefficient. ΔHf\Delta H^{\circ}_{f} d'un corps simple dans son état standard vaut 0.
  • Entropie : mesure du désordre. SS^{\circ} est TABULÉE et toujours positive, contrairement à ΔHf\Delta H^{\circ}_{f}. ΔSr=S(produits)S(reˊactifs)\Delta S^{\circ}_{r}=\sum S^{\circ}(\text{produits})-\sum S^{\circ}(\text{réactifs}).
  • Prévoir le signe de ΔS\Delta S : ce qui compte d'abord est la variation du NOMBRE DE MOLES DE GAZ. Plus de gaz à droite : ΔS>0\Delta S>0. Ordre croissant : solide < liquide < gaz.
  • Énergie libre de Gibbs : ΔG=ΔHTΔS\Delta G=\Delta H-T\Delta S. Réaction spontanée si ΔG<0\Delta G<0, à l'équilibre si ΔG=0\Delta G=0, non spontanée si ΔG>0\Delta G>0.
  • PIÈGE D'UNITÉS : ΔH\Delta H est en kJ/mol et ΔS\Delta S en J/(mol·K). Il FAUT convertir avant de soustraire.
  • Les quatre cas : ΔH<0\Delta H<0 et ΔS>0\Delta S>0 spontanée à toute température ; ΔH>0\Delta H>0 et ΔS<0\Delta S<0 jamais spontanée ; ΔH<0\Delta H<0 et ΔS<0\Delta S<0 spontanée à BASSE température ; ΔH>0\Delta H>0 et ΔS>0\Delta S>0 spontanée à HAUTE température.
  • Température d'inversion : celle où ΔG=0\Delta G=0, soit T=ΔHΔST=\dfrac{\Delta H}{\Delta S}. Elle n'existe que dans les deux derniers cas.
  • Lien avec l'équilibre : ΔG=RTlnK\Delta G^{\circ}=-RT\ln K avec R=8,314R=8{,}314 J/(mol·K). Hors des conditions standards, ΔG=ΔG+RTlnQ\Delta G=\Delta G^{\circ}+RT\ln Q.

Partie A : Enthalpie, entropie et énergie libre (/32)

Exercice 1 : L'enthalpie de réaction par les enthalpies de formation

L'enthalpie standard de formation est l'enthalpie de la réaction qui forme une mole du composé à partir des corps simples. Toute enthalpie de réaction s'en déduit, ce qui évite de mesurer chaque réaction séparément : c'est la loi de Hess sous sa forme la plus commode.

Données, ΔHf\Delta H^{\circ}_{f} en kJ/mol : CH4(g)=74,6CH_{4}(g)=-74{,}6 ; CO2(g)=393,5CO_{2}(g)=-393{,}5 ; H2O(l)=285,8H_{2}O(l)=-285{,}8 ; H2O(g)=241,8H_{2}O(g)=-241{,}8 ; O2(g)=0O_{2}(g)=0.

  • a) Pourquoi ΔHf(O2)\Delta H^{\circ}_{f}\left(O_{2}\right) vaut-elle exactement zéro ?
  • b) Calculez ΔHr\Delta H^{\circ}_{r} de la combustion complète du méthane, l'eau étant obtenue à l'état LIQUIDE.
  • c) Recalculez-la avec l'eau à l'état GAZEUX.
  • d) Comparez les deux résultats. Que représente exactement l'écart, et pourquoi la combustion produisant de l'eau liquide libère-t-elle davantage ?
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a) Parce que O2(g)O_{2}(g) EST le corps simple de référence de l'oxygène dans son état standard. La réaction de formation serait O2(g)O2(g)O_{2}(g)\rightarrow O_{2}(g), qui ne change rien : son enthalpie est nulle par définition. Même chose pour N2(g)N_{2}(g), H2(g)H_{2}(g) ou le carbone graphite. Attention : O3(g)O_{3}(g) n'est pas l'état standard de l'oxygène, son ΔHf\Delta H^{\circ}_{f} n'est donc pas nul.

b) L'équation est CH4(g)+2O2(g)CO2(g)+2H2O(l)CH_{4}(g)+2O_{2}(g)\rightarrow CO_{2}(g)+2H_{2}O(l). Alors ΔHr=[ΔHf(CO2)+2ΔHf(H2O(l))][ΔHf(CH4)+2×0]\Delta H^{\circ}_{r}=\left[\Delta H^{\circ}_{f}\left(CO_{2}\right)+2\Delta H^{\circ}_{f}\left(H_{2}O(l)\right)\right]-\left[\Delta H^{\circ}_{f}\left(CH_{4}\right)+2\times 0\right], soit [393,5+2(285,8)][74,6]=965,1+74,6=890,5\left[-393{,}5+2(-285{,}8)\right]-\left[-74{,}6\right]=-965{,}1+74{,}6=-890{,}5 kJ/mol. Le signe négatif confirme une combustion exothermique.

c) Avec 2H2O(g)2H_{2}O(g) : [393,5+2(241,8)][74,6]=877,1+74,6=802,5\left[-393{,}5+2(-241{,}8)\right]-\left[-74{,}6\right]=-877{,}1+74{,}6=-802{,}5 kJ/mol.

d) L'écart vaut 890,5(802,5)=88,0-890{,}5-(-802{,}5)=-88{,}0 kJ/mol, c'est-à-dire que la version « eau liquide » libère 88,0 kJ de PLUS. Cet écart est exactement 2×44,02\times 44{,}0 kJ, soit deux fois l'enthalpie de vaporisation de l'eau, puisque la réaction met en jeu 2 moles d'eau. Interprétation physique : quand la vapeur se condense, elle libère en plus sa chaleur latente. C'est toute la différence entre le pouvoir calorifique SUPÉRIEUR d'un combustible, mesuré avec condensation, et son pouvoir calorifique INFÉRIEUR, mesuré sans. C'est aussi la raison d'être des chaudières à condensation, qui récupèrent précisément ces 88 kJ en refroidissant les fumées sous le point de rosée.

Exercice 2 : L'entropie et son signe prévisible

L'entropie mesure le nombre de façons dont l'énergie et la matière peuvent se répartir. En pratique, pour un examen, une seule question suffit dans neuf cas sur dix : le nombre de moles de GAZ augmente-t-il ?

Données, SS^{\circ} en J/(mol·K) : CaCO3(s)=92,9CaCO_{3}(s)=92{,}9 ; CaO(s)=39,8CaO(s)=39{,}8 ; CO2(g)=213,7CO_{2}(g)=213{,}7.

  • a) Prévoyez, SANS calcul, le signe de ΔSr\Delta S^{\circ}_{r} pour : 2H2(g)+O2(g)2H2O(l)2H_{2}(g)+O_{2}(g)\rightarrow 2H_{2}O(l) ; CaCO3(s)CaO(s)+CO2(g)CaCO_{3}(s)\rightarrow CaO(s)+CO_{2}(g) ; N2(g)+3H2(g)2NH3(g)N_{2}(g)+3H_{2}(g)\rightleftharpoons 2NH_{3}(g).
  • b) Calculez ΔSr\Delta S^{\circ}_{r} de la décomposition du carbonate de calcium. Le résultat confirme-t-il votre prévision ?
  • c) Pourquoi les valeurs de SS^{\circ} sont-elles toutes POSITIVES, alors que les ΔHf\Delta H^{\circ}_{f} sont souvent négatives ?
  • d) La dissolution du nitrate d'ammonium dans l'eau refroidit la solution, elle est donc endothermique, et pourtant elle se produit spontanément. Expliquez.
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a) Première réaction : on part de 3 moles de gaz et on arrive à 0 mole de gaz, l'eau étant liquide. Le désordre chute brutalement, donc ΔSr<0\Delta S^{\circ}_{r}<0. Deuxième : on part de 0 mole de gaz et on en produit 1, donc ΔSr>0\Delta S^{\circ}_{r}>0. Troisième : 4 moles de gaz donnent 2 moles de gaz, donc ΔSr<0\Delta S^{\circ}_{r}<0.

b) ΔSr=[S(CaO)+S(CO2)]S(CaCO3)=(39,8+213,7)92,9=253,592,9=+160,6\Delta S^{\circ}_{r}=\left[S^{\circ}(CaO)+S^{\circ}\left(CO_{2}\right)\right]-S^{\circ}\left(CaCO_{3}\right)=(39{,}8+213{,}7)-92{,}9=253{,}5-92{,}9=+160{,}6 J/(mol·K). Le résultat est bien POSITIF, conformément à la prévision. On note que le terme dominant est de loin le SS^{\circ} du gaz, 213,7, plus grand que ceux des deux solides réunis : c'est ce qui justifie la règle du nombre de moles de gaz.

c) Parce que l'entropie est une grandeur ABSOLUE, et non une variation. Le troisième principe de la thermodynamique fixe son origine : l'entropie d'un cristal parfait au zéro absolu vaut zéro. Toute substance à une température non nulle a donc une entropie strictement positive. Les ΔHf\Delta H^{\circ}_{f}, elles, sont des DIFFÉRENCES par rapport aux corps simples, et une différence peut évidemment être négative. C'est pourquoi on écrit ΔSr\Delta S^{\circ}_{r} à partir de SS^{\circ} tabulées, et ΔHr\Delta H^{\circ}_{r} à partir de ΔHf\Delta H^{\circ}_{f} tabulées : les deux tables ne contiennent pas le même type de grandeur.

d) Parce que la spontanéité n'est pas commandée par ΔH\Delta H seul, mais par ΔG=ΔHTΔS\Delta G=\Delta H-T\Delta S. Ici ΔH>0\Delta H>0, ce qui joue contre la dissolution, mais le passage d'un solide cristallin ordonné à des ions dispersés et hydratés dans le liquide augmente FORTEMENT le désordre : ΔS>0\Delta S>0, et à température ambiante le terme TΔS-T\Delta S l'emporte sur ΔH\Delta H, rendant ΔG\Delta G négatif. C'est exactement le principe des sacs de froid instantané utilisés pour les blessures sportives : ils refroidissent parce que la dissolution est endothermique, et ils fonctionnent quand même parce qu'elle est entropiquement favorable.

Exercice 3 : L'énergie libre de Gibbs et les quatre cas

ΔG=ΔHTΔS\Delta G=\Delta H-T\Delta S combine les deux moteurs d'une transformation : l'énergie libérée et le désordre produit. Leur importance relative dépend de la température, ce qui donne quatre comportements possibles.

Pour CaCO3(s)CaO(s)+CO2(g)CaCO_{3}(s)\rightarrow CaO(s)+CO_{2}(g) : ΔHr=+179,2\Delta H^{\circ}_{r}=+179{,}2 kJ/mol et ΔSr=+160,6\Delta S^{\circ}_{r}=+160{,}6 J/(mol·K).

  • a) Dressez le tableau des quatre cas selon les signes de ΔH\Delta H et ΔS\Delta S, en précisant pour chacun le domaine de température où la réaction est spontanée.
  • b) Calculez ΔG\Delta G^{\circ} de la décomposition du calcaire à 25 °C. La réaction est-elle spontanée ?
  • c) Dans quel cas du tableau se range-t-elle ?
  • d) Un élève écrit ΔG=179,2298×160,6=47679\Delta G=179{,}2-298\times 160{,}6=-47\,679 kJ/mol et conclut que la réaction est très spontanée. Où est l'erreur, et quel ordre de grandeur aurait dû l'alerter ?
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a) Cas 1, ΔH<0\Delta H<0 et ΔS>0\Delta S>0 : les deux termes favorisent, ΔG<0\Delta G<0 à TOUTE température, la réaction est toujours spontanée. Cas 2, ΔH>0\Delta H>0 et ΔS<0\Delta S<0 : les deux s'opposent, ΔG>0\Delta G>0 toujours, JAMAIS spontanée. Cas 3, ΔH<0\Delta H<0 et ΔS<0\Delta S<0 : l'enthalpie favorise, l'entropie s'oppose ; comme le terme entropique est multiplié par TT, il l'emporte quand TT grandit : spontanée à BASSE température. Cas 4, ΔH>0\Delta H>0 et ΔS>0\Delta S>0 : situation inverse, spontanée à HAUTE température.

b) Il faut d'abord convertir : ΔSr=160,6\Delta S^{\circ}_{r}=160{,}6 J/(mol·K) =0,1606=0{,}1606 kJ/(mol·K). Alors ΔG=179,2298×0,1606=179,247,9=+131,3\Delta G^{\circ}=179{,}2-298\times 0{,}1606=179{,}2-47{,}9=+131{,}3 kJ/mol. La valeur est POSITIVE : à 25 °C, la décomposition du calcaire n'est PAS spontanée. Heureusement, sans quoi les falaises de calcaire et les coquillages se décomposeraient spontanément à l'air libre.

c) ΔH>0\Delta H>0 et ΔS>0\Delta S>0 : c'est le cas 4, spontanée à HAUTE température seulement. On s'attend donc à ce qu'il existe une température au-delà de laquelle le calcaire se décompose, ce qui est le sujet de l'exercice suivant, et ce qui correspond à un procédé industriel bien réel, la fabrication de la chaux.

d) L'erreur est l'oubli de la CONVERSION D'UNITÉS : il a soustrait des joules à des kilojoules. En traitant 160,6 J/(mol·K) comme s'il s'agissait de kJ, il gonfle le terme entropique d'un facteur 1000. L'ordre de grandeur aurait dû l'alerter immédiatement : 47679-47\,679 kJ/mol, soit près de 48 mégajoules par mole, dépasse de plusieurs ordres de grandeur toute énergie chimique concevable, une liaison covalente valant typiquement quelques centaines de kJ/mol. RÉFLEXE : dans ΔHTΔS\Delta H-T\Delta S, écrire les unités à côté de chaque terme AVANT de taper le calcul.

Exercice 4 : La température d'inversion, lue sur une droite

En traitant ΔH\Delta H et ΔS\Delta S comme indépendants de la température, ce qui est une bonne approximation sur quelques centaines de degrés, ΔG\Delta G devient une fonction AFFINE de TT. Toute la discussion de spontanéité se lit alors sur une droite.

On garde ΔHr=+179,2\Delta H^{\circ}_{r}=+179{,}2 kJ/mol et ΔSr=+0,1606\Delta S^{\circ}_{r}=+0{,}1606 kJ/(mol·K) pour la décomposition du calcaire.

400600800100012001400-100-5050100150200T (K)ΔG° (kJ/mol)
  • a) Écrivez ΔG(T)\Delta G^{\circ}(T) et identifiez l'ordonnée à l'origine et la pente de la droite tracée ci-dessus.
  • b) Calculez la température d'inversion, en kelvins puis en degrés Celsius.
  • c) Vérifiez le signe de ΔG\Delta G^{\circ} à 1200 K et concluez.
  • d) Les fours à chaux industriels fonctionnent entre 900 et 1000 °C. Votre résultat est-il cohérent ? Que se passerait-il à 800 °C ?
  • e) Pour quel type de réaction cette droite n'a-t-elle AUCUNE intersection avec l'axe des abscisses dans le domaine physique ?
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a) ΔG(T)=ΔHTΔS=179,20,1606T\Delta G^{\circ}(T)=\Delta H^{\circ}-T\Delta S^{\circ}=179{,}2-0{,}1606\,T, avec TT en kelvins et ΔG\Delta G^{\circ} en kJ/mol. L'ordonnée à l'origine est ΔH=179,2\Delta H^{\circ}=179{,}2 kJ/mol, atteinte pour T=0T=0, et la PENTE est ΔS=0,1606-\Delta S^{\circ}=-0{,}1606 kJ/(mol·K). La droite descend donc, ce qui est le comportement de toute réaction à ΔS>0\Delta S>0 : plus il fait chaud, plus le désordre est récompensé.

b) La température d'inversion annule ΔG\Delta G^{\circ} : T=ΔHΔS=179,20,1606=1116T=\dfrac{\Delta H^{\circ}}{\Delta S^{\circ}}=\dfrac{179{,}2}{0{,}1606}=1116 K. En degrés Celsius, 1116273=8431116-273=843 °C. C'est le point marqué sur la figure, à l'intersection de la droite et de l'axe horizontal.

c) ΔG(1200)=179,20,1606×1200=179,2192,7=13,5\Delta G^{\circ}(1200)=179{,}2-0{,}1606\times 1200=179{,}2-192{,}7=-13{,}5 kJ/mol. La valeur est négative : à 1200 K, soit 927 °C, la décomposition est SPONTANÉE. La lecture graphique le confirme, la droite passant sous l'axe au-delà de 1116 K.

d) Oui, parfaitement cohérent. Les fours opèrent entre 900 et 1000 °C, c'est-à-dire entre 1173 et 1273 K, donc nettement AU-DESSUS de la température d'inversion de 843 °C : la réaction y est spontanée et le calcaire se transforme en chaux vive. À 800 °C, soit 1073 K, on aurait ΔG=179,20,1606×1073=+6,9\Delta G^{\circ}=179{,}2-0{,}1606\times 1073=+6{,}9 kJ/mol, une valeur encore positive : la décomposition ne serait pas spontanée, le four serait inefficace. La marge industrielle au-dessus des 843 °C théoriques s'explique aussi par la cinétique et par le besoin d'évacuer le CO2CO_{2} produit.

e) Quand ΔH\Delta H et ΔS\Delta S sont de SIGNES OPPOSÉS de la bonne façon, c'est-à-dire dans les cas 1 et 2 du tableau. Si ΔH<0\Delta H<0 et ΔS>0\Delta S>0, la droite part d'une ordonnée à l'origine négative et descend encore : elle reste sous l'axe pour tout T>0T>0. Si ΔH>0\Delta H>0 et ΔS<0\Delta S<0, elle part d'une ordonnée positive et MONTE : elle reste au-dessus. Dans les deux cas, la formule T=ΔHΔST=\frac{\Delta H}{\Delta S} donne bien un nombre, mais il est NÉGATIF, donc dépourvu de sens physique. C'est le contrôle à faire avant d'annoncer une température d'inversion : si elle sort négative, c'est que la réaction n'en a pas.

Partie B : Niveau examen (/18)

Exercice 5 : De ΔG° à la constante d'équilibre

La thermodynamique et le chapitre de l'équilibre décrivent le même phénomène. La relation ΔG=RTlnK\Delta G^{\circ}=-RT\ln K est le pont entre les deux : elle transforme une énergie en une position d'équilibre.

On garde la décomposition du calcaire, ΔH=+179,2\Delta H^{\circ}=+179{,}2 kJ/mol et ΔS=+0,1606\Delta S^{\circ}=+0{,}1606 kJ/(mol·K), avec R=8,314R=8{,}314 J/(mol·K).

  • a) Calculez KK à 298 K. Commentez l'ordre de grandeur.
  • b) Calculez KK à 1200 K.
  • c) Que devient KK exactement à la température d'inversion ? Démontrez-le.
  • d) Écrivez l'expression de KK pour cette réaction. Quelle grandeur mesurable donne-t-elle directement ?
  • e) Distinguez ΔG\Delta G^{\circ} et ΔG\Delta G. Laquelle des deux s'annule à l'équilibre, et que vaut alors l'autre ?
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a) ΔG(298)=+131,3\Delta G^{\circ}(298)=+131{,}3 kJ/mol, calculé à l'exercice 3. De ΔG=RTlnK\Delta G^{\circ}=-RT\ln K on tire lnK=ΔGRT=1313008,314×298=53,0\ln K=-\dfrac{\Delta G^{\circ}}{RT}=-\dfrac{131\,300}{8{,}314\times 298}=-53{,}0, donc logK=23,0\log K=-23{,}0 et K=9,5×1024K=9{,}5\times 10^{-24}. Une constante aussi minuscule signifie que la réaction est totalement déplacée vers le calcaire : à température ambiante, il ne se décompose pas de façon mesurable, ce qui rejoint la conclusion qualitative de l'exercice 3.

b) ΔG(1200)=13,5\Delta G^{\circ}(1200)=-13{,}5 kJ/mol. Alors lnK=135208,314×1200=+1,36\ln K=-\dfrac{-13\,520}{8{,}314\times 1200}=+1{,}36, donc K=3,9K=3{,}9. On est passé de 102310^{-23} à environ 4, soit vingt-trois ordres de grandeur, pour une variation de température d'un facteur 4 seulement. C'est l'illustration la plus frappante de la sensibilité exponentielle de KK à la température, via le facteur eΔG/RTe^{-\Delta G^{\circ}/RT}.

c) À la température d'inversion, ΔG=0\Delta G^{\circ}=0 par définition. Donc RTlnK=0-RT\ln K=0, et comme RR et TT sont non nuls, lnK=0\ln K=0, c'est-à-dire K=1K=1. La température d'inversion est donc exactement celle où la constante d'équilibre vaut 1 : réactifs et produits sont, au sens de la constante, à parité.

d) Les solides CaCO3CaCO_{3} et CaOCaO ont une activité égale à 1 et n'apparaissent pas. Il reste K=PCO2K=P_{CO_{2}}, la pression partielle du dioxyde de carbone, exprimée par rapport à la pression standard. La constante d'équilibre de cette réaction se lit donc DIRECTEMENT sur un manomètre : c'est la pression de CO2CO_{2} au-dessus du calcaire chauffé en vase clos, appelée pression de décomposition. À 1200 K elle vaut environ 3,9 fois la pression standard, soit près de 4 bars.

e) ΔG\Delta G^{\circ} est une CONSTANTE pour une réaction et une température données : c'est la variation d'enthalpie libre quand la réaction se fait entièrement dans les conditions standards. ΔG\Delta G, lui, dépend de la composition instantanée du mélange, selon ΔG=ΔG+RTlnQ\Delta G=\Delta G^{\circ}+RT\ln Q. À l'équilibre, c'est ΔG\Delta G qui s'annule, jamais ΔG\Delta G^{\circ} : en posant ΔG=0\Delta G=0 on obtient ΔG=RTlnQeˊq=RTlnK\Delta G^{\circ}=-RT\ln Q_{\text{éq}}=-RT\ln K, ce qui redémontre la relation de départ. Confondre les deux est l'erreur conceptuelle la plus fréquente du chapitre : une réaction dont ΔG\Delta G^{\circ} est positif peut parfaitement avancer un peu, jusqu'à ce que QQ atteigne KK.

Exercice 6 : Problème : le procédé Haber et le compromis industriel

La synthèse de l'ammoniac, N2(g)+3H2(g)2NH3(g)N_{2}(g)+3H_{2}(g)\rightleftharpoons 2NH_{3}(g), nourrit aujourd'hui près de la moitié de l'humanité par les engrais qu'elle permet. Elle est pourtant conduite dans des conditions que la thermodynamique seule déconseille.

Données : ΔHf(NH3(g))=45,9\Delta H^{\circ}_{f}\left(NH_{3}(g)\right)=-45{,}9 kJ/mol ; SS^{\circ} en J/(mol·K) : N2=191,6N_{2}=191{,}6, H2=130,7H_{2}=130{,}7, NH3=192,8NH_{3}=192{,}8.

  • a) Calculez ΔHr\Delta H^{\circ}_{r} et ΔSr\Delta S^{\circ}_{r} de la synthèse.
  • b) Calculez ΔG\Delta G^{\circ} à 298 K et concluez sur la spontanéité.
  • c) Calculez la température d'inversion. Que se passe-t-il au-delà ?
  • d) Le procédé industriel fonctionne pourtant vers 450 °C. Calculez ΔG\Delta G^{\circ} et KK à cette température, puis expliquez ce choix apparemment absurde.
  • e) Quelle autre variable les industriels ajustent-ils pour compenser, et pourquoi est-elle efficace ici ?
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a) ΔHr=2ΔHf(NH3)[0+3×0]=2(45,9)=91,8\Delta H^{\circ}_{r}=2\Delta H^{\circ}_{f}\left(NH_{3}\right)-\left[0+3\times 0\right]=2(-45{,}9)=-91{,}8 kJ/mol : la synthèse est EXOTHERMIQUE. ΔSr=2(192,8)[191,6+3(130,7)]=385,6583,7=198,1\Delta S^{\circ}_{r}=2(192{,}8)-\left[191{,}6+3(130{,}7)\right]=385{,}6-583{,}7=-198{,}1 J/(mol·K) : négatif, comme prévu puisqu'on passe de 4 moles de gaz à 2.

b) ΔG(298)=91,8298×(0,1981)=91,8+59,0=32,8\Delta G^{\circ}(298)=-91{,}8-298\times(-0{,}1981)=-91{,}8+59{,}0=-32{,}8 kJ/mol. La valeur est négative : à température ambiante, la synthèse EST spontanée thermodynamiquement. C'est le cas 3 du tableau, ΔH<0\Delta H<0 et ΔS<0\Delta S<0, donc spontanée à basse température.

c) T=ΔHΔS=91,80,1981=463T=\dfrac{\Delta H^{\circ}}{\Delta S^{\circ}}=\dfrac{-91{,}8}{-0{,}1981}=463 K, soit 190 °C. Au-DELÀ de cette température, ΔG\Delta G^{\circ} devient positif et la synthèse cesse d'être spontanée : l'ammoniac tend au contraire à se décomposer.

d) À 450 °C, soit 723 K : ΔG=91,8+723×0,1981=91,8+143,2=+51,4\Delta G^{\circ}=-91{,}8+723\times 0{,}1981=-91{,}8+143{,}2=+51{,}4 kJ/mol, nettement positif. La constante vaut lnK=514008,314×723=8,56\ln K=-\dfrac{51\,400}{8{,}314\times 723}=-8{,}56, donc K=1,9×104K=1{,}9\times 10^{-4} : le rendement à l'équilibre est très faible. Le choix s'explique par la CINÉTIQUE, que la thermodynamique ignore complètement. À 25 °C, la triple liaison NNN\equiv N est si solide que l'énergie d'activation est énorme et la vitesse effectivement nulle : la réaction est spontanée mais infiniment lente, donc industriellement inexistante. Chauffer à 450 °C sacrifie du rendement pour gagner de la vitesse. C'est le compromis central du génie chimique : une réaction thermodynamiquement favorable mais cinétiquement bloquée ne vaut rien.

e) Ils ajustent la PRESSION, portée à 150 à 300 bars. La réaction convertit 4 moles de gaz en 2 : d'après le principe de Le Chatelier, une augmentation de pression déplace l'équilibre vers le côté qui occupe le moins de volume, donc vers l'ammoniac. C'est précisément parce que Δngaz=2\Delta n_{\text{gaz}}=-2 est non nul que le levier de la pression fonctionne ; sur une réaction où le nombre de moles de gaz est conservé, il n'aurait aucun effet. Un catalyseur au fer est ajouté en complément : il augmente la vitesse sans déplacer l'équilibre, ce qui permet de ne pas monter la température plus haut. Rendement, vitesse et coût sont ainsi équilibrés.

Voir aussi

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