Chimie des solutions 202-SN2-RE (ancien 202-NYB) • Complément québécois de Terminale et cégep à Montréal
Exercices corrigés : solutions et propriétés colligatives (202-SN2-RE, ancien 202-NYB)
Voici dix exercices corrigés sur les solutions et les propriétés colligatives, tels que le cours de chimie des solutions 202-SN2-RE (ancien 202-NYB) les demande. Le premier cours a montré comment exprimer une concentration et comment calculer un abaissement cryoscopique ; celui-ci dispose de l'enthalpie, de l'entropie, de l'énergie libre, des constantes d'équilibre et de Ka, et il s'en sert.
La partie A traite la dissolution comme un ÉQUILIBRE : cycle énergétique, critère de spontanéité, constante de Henry dérivée par van 't Hoff, taux de dissociation d'un acide faible, activité et force ionique. La partie B met les propriétés colligatives au travail : diagramme de phases, déviations à Raoult et azéotropes, cinq affirmations à corriger, lyophilisation et extraction liquide-liquide.
Le fil de la série : dissoudre est un équilibre, pas un fait. Tout ce que le second cours sait faire d'un équilibre, écrire une constante, la dériver par rapport à la température, la corriger par une activité, s'applique donc à la dissolution. Et une propriété colligative n'est pas un résultat en soi, c'est un instrument de mesure : avant d'y croire, on chiffre sa précision.
Série autocorrigéeTape tes réponses et vérifie-les question par question : la page te dit juste ou faux avant d'ouvrir la correction. Avec un compte, chaque bonne réponse du premier coup rapporte des points, et tes réponses justes restent remplies quand tu reviens.
•ΔHsol=ΔHreˊticulaire+ΔHhydratation : une petite différence de deux grands nombres, donc à mesurer plutôt qu'à calculer.
•ΔGsol=ΔHsol−TΔSsol : une dissolution endothermique est spontanée dès que l'entropie compense.
•Henry : [X]=kHPX, avec la pression PARTIELLE. kH est une constante d'équilibre, donc lnK1K2=−RΔH(T21−T11).
•Un gaz a ΔHsol<0 : il devient MOINS soluble à chaud. Un solide a le plus souvent ΔHsol>0 : plus soluble à chaud.
•Électrolyte faible : i=1+α pour un monoacide, et Ka=1−αcα2.
•Force ionique I=21∑cizi2, et Debye-Hückel logγ±=−0,509∣z+z−∣I. Les constantes tabulées portent sur des ACTIVITÉS.
•Colligatif : ΔTf=iKfm et ΔTb=iKbm, avec Kf=1,86 et Kb=0,512 °C·kg/mol pour l'eau.
•Sur le diagramme de phases, seule la courbe LIQUIDE-vapeur descend : le solide qui se forme est du solvant pur.
•Raoult : PA=xAPA∘. Déviation positive quand ΔHmeˊlange>0, négative quand il est négatif ; une déviation forte crée un azéotrope.
•Partage : K=caqcorg, et n extractions du même volume total laissent (1+nVaqKV)−n.
Partie A : la dissolution comme équilibre (/50)
Exercice 1 : L'enthalpie de dissolution : réseau contre hydratation
Dissoudre un sel ionique se décompose en deux étapes imaginaires. On DÉTRUIT d'abord le réseau cristallin, ce qui coûte l'énergie réticulaire, toujours positive ; on HYDRATE ensuite les ions séparés, ce qui libère l'enthalpie d'hydratation, toujours négative.
ΔHsol=ΔHreˊticulaire+ΔHhydratation, application directe de la loi de Hess.
Données, en kJ/mol : nitrate d'ammonium, réticulaire +649 et hydratation −623 ; chlorure de calcium, réticulaire +2258 et hydratation −2340. Le schéma ci-dessous représente le cycle pour le nitrate d'ammonium, sans échelle d'énergie.
a) Calculez l'enthalpie de dissolution du nitrate d'ammonium, en kJ/mol.
b) Calculez celle du chlorure de calcium, en kJ/mol.
c) Un sachet réfrigérant contient 20,0 g de nitrate d'ammonium, de masse molaire 80,04 g/mol, dans 100 g d'eau à 25,0 °C. Calculez la température atteinte, en °C, avec c=4,18 J/(g·K) pour l'ensemble.
d) Les deux termes du cycle valent des centaines, voire des milliers de kilojoules, alors que leur somme vaut quelques dizaines. Quelle conséquence pratique cela a-t-il ?
e) Prévoyez, sans calcul, le signe de ΔHsol pour le chlorure de lithium plutôt que pour le chlorure de potassium. Justifiez par la taille et la charge des ions.
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Réponses
a)ΔHsol=+26 kJ/mol, endothermique
b)ΔHsol=−82 kJ/mol, exothermique
c)12,0 °C environ
d)Une petite erreur sur un terme rend le bilan inutilisable : on mesure ΔHsol, on ne le calcule pas
e)Plus exothermique pour le lithium : petit ion, donc hydratation plus forte
a)
ΔHsol=+649+(−623)=+26 kJ/mol. Le terme réticulaire l'emporte de peu : la dissolution ABSORBE de la chaleur, et la solution refroidit. C'est le principe du sachet réfrigérant de pharmacie.
b)
ΔHsol=+2258+(−2340)=−82 kJ/mol. Cette fois l'hydratation l'emporte, la dissolution LIBÈRE de la chaleur. Les deux termes sont trois à quatre fois plus grands que pour le nitrate d'ammonium, parce que l'ion calcium porte deux charges et qu'il y a deux ions chlorure par formule : l'énergie réticulaire croît avec le produit des charges.
c)
Quantité de matière : n=80,0420,0=0,2499 mol. Chaleur absorbée : Q=26×0,2499=6,50 kJ, soit 6,50×103 J. Cette chaleur est prise à l'ensemble, de masse 100+20=120 g : ΔT=−120×4,186500=−13,0 °C. La température finale vaut donc 25,0−13,0=12,0 °C. Le signe MOINS vient de ce que le système chimique prend la chaleur à la solution ; l'écrire à l'envers donne 38 °C et un sachet chauffant, ce qui aurait dû alerter.
d)
Conséquence : on ne calcule JAMAIS ΔHsol par ce cycle en pratique, on le MESURE au calorimètre. Une incertitude de 1% sur l'énergie réticulaire du chlorure de calcium, soit 23 kJ/mol, dépasse à elle seule le quart du bilan cherché. C'est le cas d'école du piège rencontré partout en laboratoire : une petite différence de deux grandes grandeurs ne se calcule pas, elle se mesure. Le cycle sert à COMPRENDRE le signe, pas à le prédire au kilojoule près.
e)
L'ion lithium est beaucoup plus PETIT que l'ion potassium, 76 pm contre 138 pm, pour la même charge +1. La densité de charge, donc le champ électrique à sa surface, est bien plus grande : il organise davantage de molécules d'eau autour de lui et son enthalpie d'hydratation est beaucoup plus négative. L'énergie réticulaire augmente aussi quand l'ion rétrécit, mais moins vite, si bien que le bilan penche du côté de l'hydratation : ΔHsol vaut −37 kJ/mol pour le chlorure de lithium contre +17 kJ/mol pour le chlorure de potassium. La règle à retenir : PETIT ET CHARGÉ veut dire fortement hydraté.
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Exercice 2 : Entropie et énergie libre : pourquoi un sel qui refroidit se dissout quand même
Une dissolution est spontanée si ΔGsol=ΔHsol−TΔSsol est NÉGATIVE. L'enthalpie ne décide donc rien à elle seule.
Données à 25 °C. Nitrate d'ammonium : ΔHsol=+26 kJ/mol et ΔSsol=+108 J/(mol·K). Dioxygène dissous dans l'eau : ΔHsol=−12,5 kJ/mol et ΔSsol=−95 J/(mol·K).
a) Calculez ΔGsol du nitrate d'ammonium à 25 °C, en kJ/mol. Conclure.
b) Pourquoi l'entropie de dissolution d'un sel est-elle positive, alors que l'eau autour des ions s'ORDONNE ?
c) Calculez ΔGsol du dioxygène à 25 °C, en kJ/mol. Que dit ce signe de la solubilité d'un gaz ?
d) En dessous de quelle température le nitrate d'ammonium cesserait-il de se dissoudre spontanément, en K ?
e) Reliez les signes de ΔHsol à l'effet de la température sur la solubilité, pour un solide et pour un gaz. Quel principe retrouve-t-on ?
b)Le désordre gagné en détruisant le réseau dépasse l'ordre imposé à l'eau
c)ΔGsol=+15,8 kJ/mol : le dioxygène se dissout très peu
d)En dessous de 241 K, soit −32 °C
e)Solide endothermique : plus soluble à chaud. Gaz exothermique : moins soluble à chaud. C'est Le Chatelier
a)
ΔGsol=26000−298×108=26000−32184=−6184 J/mol, soit −6,2 kJ/mol. La dissolution est donc SPONTANÉE bien qu'elle refroidisse la solution : c'est l'entropie qui paie. Attention au piège d'unités, qui coûte un point à chaque examen : l'enthalpie est en kilojoules, l'entropie en joules par kelvin. Sans conversion, on trouve 26−32184=−32158 kJ/mol, une énormité qu'aucun contrôle d'ordre de grandeur ne laisse passer.
b)
Parce que les deux effets ne pèsent pas pareil. Détruire un cristal, où chaque ion occupe une position fixe, pour disperser les ions dans tout le volume du solvant, crée énormément de désordre. L'eau d'hydratation s'organise bel et bien autour de chaque ion, ce qui coûte de l'entropie, mais cela ne concerne qu'une coquille de quelques molécules par ion. Le bilan reste largement positif. Il existe d'ailleurs des contre-exemples : pour un ion très petit et très chargé comme Al3+, l'ordre imposé à l'eau l'emporte et ΔSsol devient NÉGATIVE.
c)
ΔGsol=−12500−298×(−95)=−12500+28310=+15810 J/mol, soit +15,8 kJ/mol. Le signe POSITIF dit que la dissolution du dioxygène est très peu favorable : sa constante d'équilibre est petite, et l'eau en équilibre avec l'air n'en contient que huit ou neuf milligrammes par litre. L'entropie joue ici contre la dissolution, ce qui est normal : un gaz qui passe de l'état dispersé à l'état dissous PERD du désordre.
d)
La dissolution cesse d'être spontanée quand ΔGsol devient positive, donc quand T<ΔSsolΔHsol=10826000=241 K, soit environ −32 °C. Au-dessus, le terme −TΔS l'emporte ; en dessous, il ne suffit plus. Ce calcul est exactement celui de la température d'inversion vue en thermodynamique, appliqué à une dissolution.
e)
Pour un SOLIDE dont la dissolution est endothermique, chauffer apporte ce que la réaction consomme : la solubilité AUGMENTE avec la température, ce que tout le monde constate avec le sucre. Pour un GAZ, dont la dissolution est exothermique, chauffer déplace l'équilibre dans l'autre sens : la solubilité DIMINUE, ce qui fait pétiller une boisson tiède et asphyxie les poissons d'une rivière réchauffée. Dans les deux cas c'est LE PRINCIPE DE LE CHATELIER appliqué à l'équilibre de dissolution, en traitant la chaleur comme un réactif ou un produit. La règle est donc unique, et ce sont les signes de ΔHsol qui diffèrent, pas la loi.
Exercice 3 : La loi de Henry comme constante d'équilibre, et van 't Hoff sur la solubilité d'un gaz
Dissoudre un gaz est un équilibre : O2(g)⇌O2(aq), de constante K=PO2[O2]. Cette constante N'EST RIEN D'AUTRE que la constante de Henry, et elle obéit donc à l'équation de van 't Hoff, lnK1K2=−RΔH(T21−T11).
Données : kH=1,3×10−3 mol/(L·atm) à 25 °C, ΔHsol=−12,5 kJ/mol, R=8,314 J/(mol·K). L'air contient 21% de dioxygène, de masse molaire 32,0 g/mol. Le schéma ci-dessous représente l'équilibre dans un flacon fermé.
a) Calculez la constante de Henry à 35 °C, en mol/(L·atm).
b) Calculez la concentration de dioxygène dissous à 25 °C puis à 35 °C, en mg/L.
c) Calculez la baisse relative entre ces deux températures, en %.
d) Une centrale réchauffe une rivière de 18 °C à 28 °C. Calculez les deux concentrations, en mg/L. Les truites exigent 6,0 mg/L : le seuil est-il franchi ?
e) Le signe de ΔHsol suffisait à prévoir le sens de la variation. Montrez-le, puis dites pourquoi le réchauffement d'une rivière est plus grave que ce chiffre ne le laisse croire.
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Réponses
a)kH(35∘C)=1,10×10−3 mol/(L·atm)
b)8,74 mg/L à 25 °C et 7,42 mg/L à 35 °C
c)Baisse de 15,1%
d)9,86 puis 8,31 mg/L : le seuil n'est pas franchi, mais la marge fond
e)ΔH<0, donc chauffer déplace l'équilibre vers le gaz ; et le métabolisme des poissons, lui, augmente
a)
On applique van 't Hoff entre T1=298,15 K et T2=308,15 K : lnK1K2=−8,314−12500(308,151−298,151)=1503,5×(−1,089×10−4)=−0,1637. Donc K2=1,3×10−3×e−0,1637=1,10×10−3 mol/(L·atm). Les températures sont en KELVINS, et le double signe moins est le passage où l'on se trompe : avec ΔH négatif, le facteur −RΔH est POSITIF.
b)
À 25 °C : [O2]=kHPO2=1,3×10−3×0,21=2,73×10−4 mol/L, soit 2,73×10−4×32,0×1000=8,74 mg/L. À 35 °C : 1,10×10−3×0,21=2,32×10−4 mol/L, soit 7,42 mg/L. On utilise la pression PARTIELLE du dioxygène, pas la pression atmosphérique totale : c'est l'erreur la plus fréquente sur Henry, et elle multiplie le résultat par cinq.
c)
8,747,42−8,74=−0,151, soit une baisse de 15,1% pour dix degrés. C'est considérable pour une variation de température aussi modeste.
d)
À 18 °C, soit 291,15 K : lnK25K=1503,5×8,07×10−5=0,1213, donc K=1,47×10−3 et [O2]=9,86 mg/L. À 28 °C, soit 301,15 K : lnK25K=−0,0502, donc K=1,24×10−3 et [O2]=8,31 mg/L. La baisse vaut 1,55 mg/L, soit 15,8%, et le seuil de 6,0 mg/L n'est pas franchi.
e)
Le sens se lit directement : l'équation de dissolution s'écrit O2(g)⇌O2(aq)+chaleur puisque ΔHsol<0. Chauffer, c'est ajouter un produit, donc déplacer l'équilibre vers la GAUCHE : le gaz sort. Le calcul de van 't Hoff ne fait que chiffrer ce que Le Chatelier annonce. Quant à la gravité réelle : le chiffre de 8,31 mg/L n'est qu'une moitié du problème, parce que le métabolisme d'un poisson, comme toute réaction biochimique, s'ACCÉLÈRE avec la température, à peu près d'un facteur deux pour dix degrés selon Arrhenius. L'eau chaude offre donc moins d'oxygène à des animaux qui en demandent davantage, et les deux effets se multiplient au lieu de s'ajouter. À quoi s'ajoute que l'été, la rivière est déjà chaude et basse : c'est la superposition qui tue, pas les dix degrés pris isolément.
Exercice 4 : Remonter à Ka par la cryoscopie, et voir pourquoi la méthode est mauvaise
Un électrolyte FAIBLE ne se dissocie que partiellement : pour HA⇌H++A− avec un taux de dissociation α, une mole de départ donne 1+α moles de particules, donc i=1+α.
On mesure sur l'acide acétique à 0,100 mol/kg un abaissement cryoscopique ΔTf=0,1885 °C, avec Kf=1,86 °C·kg/mol pour l'eau.
C'est par cette méthode, en 1887, qu'Arrhenius a imposé l'idée de dissociation électrolytique. Le schéma ci-dessous représente la mesure.
a) Calculez le facteur de van 't Hoff expérimental.
b) Déduisez-en le taux de dissociation, en %.
c) Calculez Ka par Ka=1−αcα2, et comparez à la valeur tabulée 1,8×10−5.
d) Le thermomètre donne ΔTf à ±0,002 °C. Calculez l'incertitude relative sur α, en %. Commentez.
e) Quelle mesure donne Ka bien mieux ? Calculez le pH attendu de cette solution et dites quelle précision il faudrait sur cette lecture.
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Réponses
a)i=1,0134
b)α=1,34%
c)Ka=1,8×10−5, exactement la valeur tabulée
d)±80% sur α : la méthode ne vaut rien pour un acide faible
e)La mesure du pH ; pH=2,87, et le centième d'unité de pH suffit
a)
i=KfmΔTf=1,86×0,1000,1885=0,1860,1885=1,0134. La valeur est tout juste supérieure à 1 : l'acide acétique se comporte presque comme un non-électrolyte, ce qui est précisément la définition d'un acide FAIBLE. Un étudiant qui annoncerait i=2 parce que la formule libère un H+ se tromperait d'un facteur d'environ soixante-quinze sur α.
b)
i=1+α, donc α=i−1=0,0134, soit 1,34%. Autrement dit, sur mille molécules d'acide acétique, treize seulement ont cédé leur proton.
c)
Ka=1−0,01340,100×(0,0134)2=0,98660,100×1,806×10−4=1,83×10−5. L'accord avec la valeur tabulée, 1,8×10−5, est excellent. Le dénominateur 1−α ne change presque rien ici, 1,3%, mais il faut l'écrire : c'est lui qui distingue la formule exacte de l'approximation, et il devient déterminant dès que α dépasse 5%.
d)
L'incertitude se propage d'abord sur i : Δi=0,1860,002=0,0108. Or α=i−1 est une DIFFÉRENCE, et l'incertitude absolue y survit intacte : α=0,0134±0,0108, soit une incertitude relative de 0,01340,0108=80%. Le taux de dissociation est donc connu entre 0,3 et 2,4%, et Ka, qui dépend de α2, entre 1×10−6 et 6×10−5 : presque deux ordres de grandeur. C'est le piège classique de la petite différence de deux grandeurs voisines, ici i et 1. La méthode est rigoureuse et elle a fait l'histoire, mais elle est métrologiquement désastreuse pour un acide faible.
e)
La mesure du pH. Le taux de dissociation vrai donne [H+]=cα=0,100×0,0134=1,34×10−3 mol/L, donc pH=−log(1,34×10−3)=2,87. L'avantage décisif est que le pH mesure [H+] DIRECTEMENT, sans passer par une différence : un pH-mètre courant lit au centième d'unité, ce qui donne [H+] à 2% près et Ka à 5% près, soit seize fois mieux que la cryoscopie. Règle générale, la même qu'au laboratoire de physique : quand une grandeur cherchée est une petite différence, on change de méthode pour une qui la mesure directement, plutôt que d'améliorer le thermomètre.
Exercice 5 : Force ionique et activité : pourquoi les constantes tabulées ne sont pas des concentrations
Dans une solution d'électrolyte, chaque ion est entouré d'une atmosphère d'ions de charge opposée qui l'écrante. Il se comporte donc comme s'il était MOINS concentré qu'il ne l'est : on remplace la concentration par l'ACTIVITÉ, a=γc, où γ est le coefficient d'activité.
La FORCE IONIQUE mesure l'encombrement électrique du milieu : I=21∑cizi2.
Loi limite de Debye-Hückel, valable jusque vers I=0,01 mol/L : logγ±=−0,509∣z+z−∣I. Le schéma ci-dessous représente cette atmosphère autour d'un cation.
a) Calculez la force ionique d'une solution de chlorure de sodium à 0,010 mol/L, en mol/L.
b) Calculez celle d'une solution de sulfate de magnésium à 0,010 mol/L, en mol/L.
c) Calculez le coefficient d'activité moyen dans chacun des deux cas.
d) Le facteur de van 't Hoff mesuré vaut 1,9 pour le chlorure de sodium et 1,3 pour le sulfate de magnésium, au lieu de 2 dans les deux cas. Ces écarts sont-ils cohérents avec c) ?
e) Un étudiant calcule la solubilité d'un sel peu soluble à partir de son Kps tabulé, puis ajoute 0,10 mol/L de nitrate de potassium, un sel sans ion commun. Que va-t-il observer, et pourquoi ?
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Réponses
a)I=0,010 mol/L
b)I=0,040 mol/L
c)γ±=0,889 et γ±=0,392
d)Oui : le sulfate de magnésium s'écarte quatre fois plus, comme son γ
e)Le sel devient PLUS soluble : la force ionique abaisse les activités
a)
Le chlorure de sodium donne 0,010 mol/L de Na+ de charge +1 et 0,010 mol/L de Cl− de charge −1 : I=21(0,010×12+0,010×12)=0,010 mol/L. Pour un électrolyte 1:1, la force ionique est ÉGALE à la concentration : c'est le seul cas où l'on peut les confondre.
b)
Le sulfate de magnésium donne 0,010 mol/L de Mg2+ et 0,010 mol/L de SO42−, tous deux de charge ±2 : I=21(0,010×4+0,010×4)=0,040 mol/L, soit QUATRE FOIS plus pour la même concentration. La charge intervient au CARRÉ : c'est elle qui commande, pas le nombre d'ions.
c)
Chlorure de sodium : logγ±=−0,509×1×0,010=−0,0509, donc γ±=10−0,0509=0,889. Sulfate de magnésium : logγ±=−0,509×4×0,040=−0,407, donc γ±=0,392. Le second ion cumule les deux pénalités, un produit de charges quatre fois plus grand ET une force ionique quatre fois plus grande : son activité tombe à moins de 40% de sa concentration.
d)
Oui, parfaitement. L'écart à l'idéalité se mesure par 2−i : il vaut 0,1 pour le chlorure de sodium et 0,7 pour le sulfate de magnésium, soit SEPT fois plus, du même ordre que le rapport des écarts de γ à 1, 0,111 contre 0,608, soit cinq fois. Physiquement c'est la même cause : les ions doublement chargés s'attirent assez pour voyager par PAIRES une partie du temps, Mg2+SO42− comptant alors pour UNE particule au lieu de deux. Les propriétés colligatives comptent des particules ; elles voient donc directement cet appariement.
e)
Il observera que le sel devient PLUS SOLUBLE, alors qu'aucun ion commun n'a été ajouté et que la température n'a pas bougé. C'est l'effet de sel, et il découle de tout ce qui précède : le Kps tabulé est une constante d'ACTIVITÉS, Kps=γ+[M+]γ−[X−]. Ajouter du nitrate de potassium fait monter la force ionique à 0,10 mol/L, donc baisser les γ ; pour que le produit reste constant, les CONCENTRATIONS doivent monter. L'augmentation atteint couramment 20 à 30% pour un sel 1:1, davantage pour un sel 2:2. La morale du chapitre : une constante tabulée est thermodynamique, donc écrite en activités ; l'assimiler à des concentrations n'est légitime qu'en solution très diluée.
Partie B : les propriétés colligatives au travail (/50)
Exercice 6 : Le diagramme de phases d'une solution : une seule courbe bouge
Un soluté non volatil abaisse la pression de vapeur du LIQUIDE, et de lui seul. La courbe liquide-vapeur descend donc, tandis que la courbe solide-vapeur ne bouge pas, puisque le solide qui se forme est de l'eau PURE.
Tout le chapitre des propriétés colligatives tient dans cette seule phrase, lue sur le diagramme : le point de congélation recule vers la gauche, le point d'ébullition avance vers la droite.
Données : Kf=1,86 et Kb=0,512 °C·kg/mol pour l'eau.
a) Sur le diagramme, quelle courbe descend et laquelle ne bouge pas ? Pourquoi ?
b) Calculez les températures de congélation et d'ébullition d'une solution de glucose à 1,00 mol/kg, en °C.
c) Refaites b) pour une solution de chlorure de sodium à 1,00 mol/kg, en supposant la dissociation totale.
d) Le point triple de l'eau pure est à 0,0098 °C et 611 Pa. Dans quel sens se déplace-t-il pour la solution, en température et en pression ?
e) On congèle lentement une solution sucrée, puis on retire le glaçon formé. Est-il sucré ? Quel procédé industriel exploite ce fait ?
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Réponses
a)La courbe liquide-vapeur descend ; la courbe solide-vapeur ne bouge pas
b)−1,86 °C et 100,512 °C
c)−3,72 °C et 101,02 °C
d)Vers la GAUCHE et vers le BAS
e)Non, il est fait d'eau pure ; c'est la cryoconcentration
a)
La courbe LIQUIDE-VAPEUR descend, parce que le soluté occupe une partie de la surface et dilue les molécules d'eau : moins d'entre elles s'échappent, donc la pression de vapeur du liquide baisse, exactement ce que dit la loi de Raoult. La courbe SOLIDE-VAPEUR ne bouge pas, parce que le solide qui cristallise est de la glace PURE : le soluté reste dans le liquide et n'a aucun effet sur la sublimation. La courbe solide-liquide, qui part de l'intersection des deux premières, se décale donc vers la gauche en conséquence. Tout le reste, abaissement cryoscopique et élévation ébullioscopique, se lit sur la figure.
b)
Le glucose est un non-électrolyte, donc i=1. Congélation : ΔTf=Kfm=1,86×1,00=1,86 °C, et la température s'ABAISSE : −1,86 °C. Ébullition : ΔTb=Kbm=0,512×1,00=0,512 °C, et la température S'ÉLÈVE : 100,512 °C. Les deux constantes ne sont pas du même ordre : l'effet sur la congélation est près de QUATRE FOIS plus grand, ce qui explique qu'on sale les routes et qu'on ne fasse pas bouillir l'eau plus vite en salant la casserole.
c)
Le chlorure de sodium libère deux ions, donc i=2 : ΔTf=2×1,86=3,72 °C et ΔTb=2×0,512=1,02 °C. La solution gèle à −3,72 °C et bout à 101,02 °C. Ce qui compte pour une propriété colligative est le nombre de PARTICULES, pas leur nature : une mole de sel vaut deux moles de sucre.
d)
Le point triple est l'INTERSECTION des trois courbes. Comme la courbe liquide-vapeur descend et que la courbe solide-vapeur ne bouge pas, leur intersection glisse le long de la courbe de sublimation, vers la GAUCHE et vers le BAS : température plus basse, pression plus basse. C'est cohérent avec b) : le point triple est très proche du point de congélation.
e)
Non, le glaçon N'EST PAS sucré : il est fait d'eau pure, et tout le sucre est resté dans le liquide, qui s'est donc concentré. Le procédé s'appelle la CRYOCONCENTRATION, et il sert à concentrer des jus de fruits, du vinaigre de cidre ou de la bière sans les chauffer, donc sans détruire les arômes volatils ni les vitamines. La même physique donne le vin de glace, la purification des métaux par fusion de zone, et la glace de mer, qui est presque douce alors que l'eau dont elle vient est salée. En pratique, un peu de liquide concentré reste toujours emprisonné entre les cristaux, si bien qu'une congélation rapide purifie moins bien qu'une congélation lente : c'est pourquoi le procédé industriel prend son temps.
Exercice 7 : Raoult, déviations et azéotropes : quand la loi idéale cesse de servir
La loi de Raoult, PA=xAPA∘, suppose qu'une molécule A est entourée indifféremment de A ou de B. Elle n'est donc exacte que si les interactions A−B valent exactement la moyenne des interactions A−A et B−B.
Quand A−B est plus FAIBLE que cette moyenne, les molécules s'échappent plus facilement que prévu : la pression mesurée dépasse la pression idéale, c'est une déviation POSITIVE. Quand A−B est plus FORTE, la déviation est NÉGATIVE.
Données à 25 °C : P∘ de l'éthanol 59 mmHg, P∘ de l'eau 23,8 mmHg. Le schéma ci-dessous représente la mesure de b).
a) Calculez la pression de vapeur idéale d'un mélange à xeˊthanol=0,90, en mmHg.
b) On mesure 60 mmHg. Calculez l'écart relatif à la valeur idéale, en %, et nommez le type de déviation.
c) Quel est le signe de l'enthalpie de mélange dans ce cas ? Justifiez par les forces intermoléculaires.
d) Le mélange éthanol-eau bout à 78,2 °C pour 95,6% d'éthanol en masse, alors que l'éthanol pur bout à 78,4 °C et l'eau à 100 °C. Comment appelle-t-on ce point, et que devient la distillation ?
e) Le mélange acétone-chloroforme montre au contraire une déviation négative marquée. Expliquez-la, et dites ce qu'elle produit à la distillation.
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Réponses
a)Pid=55,5 mmHg
b)+8,1%, déviation POSITIVE
c)ΔHmeˊlange>0 : mélanger est endothermique
d)Un azéotrope à minimum ; la distillation plafonne à 95,6%
e)Une liaison hydrogène entre les deux ; azéotrope à MAXIMUM
a)
P=xeˊthPeˊth∘+xeauPeau∘=0,90×59+0,10×23,8=53,1+2,38=55,5 mmHg. Les deux liquides étant VOLATILS, les deux termes comptent : la loi de Raoult sous la forme P=xsolvantP∘ ne vaut que pour un soluté non volatil, et l'appliquer ici perdrait 2,4 mmHg.
b)
55,560−55,5=0,081, soit +8,1%. La pression mesurée DÉPASSE la pression idéale : c'est une déviation POSITIVE.
c)
ΔHmeˊlange>0, le mélange est endothermique, et les deux faits vont toujours ensemble. L'eau pure est un réseau dense de liaisons hydrogène, où chaque molécule en établit près de quatre ; l'éthanol, dont le groupe hydroxyle est unique et encombré par une chaîne hydrophobe, ne peut en offrir qu'une. Mélanger revient donc à casser un réseau très cohésif pour le remplacer par des liaisons moins nombreuses : cela coûte de l'énergie, et les molécules, moins retenues, s'échappent davantage. Déviation positive, mélange endothermique et pression accrue sont trois lectures du même fait.
d)
Ce point s'appelle un AZÉOTROPE, et il est ici à MINIMUM de température d'ébullition, puisque 78,2 °C est inférieur aux deux températures des corps purs. À cette composition, la vapeur a exactement la MÊME composition que le liquide : la distillation n'enrichit plus rien et le mélange bout comme un corps pur. C'est pourquoi l'alcool de distillation plafonne à 95,6%, quel que soit le nombre de plateaux de la colonne. Pour aller au-delà, on ne distille plus : on passe sur un tamis moléculaire, qui retient l'eau par sa taille, ou l'on ajoute un tiers corps entraîneur. La leçon générale : une déviation positive assez forte crée toujours un azéotrope à minimum.
e)
L'acétone porte un oxygène de carbonyle riche en électrons, et le chloroforme un hydrogène rendu acide par les trois chlores : ensemble ils forment une LIAISON HYDROGÈNE que ni l'un ni l'autre ne pouvait former seul. Les molécules se retiennent donc mieux dans le mélange que dans les corps purs : la pression de vapeur tombe sous la valeur idéale, la déviation est NÉGATIVE, et le mélange s'échauffe, ΔHmeˊlange<0. À la distillation cela donne un azéotrope à MAXIMUM de température, 64,5 °C pour environ 20% d'acétone, qui bout PLUS HAUT que ses deux constituants. Conséquence pratique inverse du cas précédent : ce n'est plus le distillat qui bute sur l'azéotrope, c'est le RÉSIDU de la colonne qui s'y accumule.
Exercice 8 : Cinq affirmations à corriger
Chacune des cinq phrases suivantes a été entendue en séance. Dites ce qu'elle a de faux, puis écrivez la version correcte. Nommer la loi violée fait la moitié des points.
a) « Une dissolution endothermique ne peut pas être spontanée, puisqu'elle absorbe de la chaleur. »
b) « Le facteur de van 't Hoff de l'acide acétique vaut 2, puisqu'il libère un H+. »
c) « Les gaz, comme les solides, se dissolvent mieux à chaud. »
d) « Dans un mélange idéal de deux liquides volatils, la vapeur a la même composition que le liquide. »
e) « Le Kps ne dépend que de la température, donc ajouter du nitrate de potassium, qui n'a aucun ion commun, ne change rien à la solubilité. »
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Réponses
a)Faux : c'est ΔG qui décide, et l'entropie peut payer
b)Faux : i=1+α≈1,01, l'acide acétique est FAIBLE
c)Faux : leur dissolution est exothermique, donc chauffer les chasse
d)Faux : la vapeur est enrichie en constituant le plus VOLATIL
e)Faux : Kps porte sur des ACTIVITÉS, que la force ionique abaisse
a)
FAUX. Le critère de spontanéité est ΔG=ΔH−TΔS, pas ΔH seule. Pour le nitrate d'ammonium, ΔHsol=+26 kJ/mol mais ΔSsol=+108 J/(mol·K), si bien que ΔGsol=−6,2 kJ/mol à 25 °C : la dissolution est spontanée ET refroidit la solution. Version correcte : « une dissolution endothermique est spontanée dès que le gain d'entropie compense, ce qui est le cas de la plupart des sels au-dessus d'une certaine température ».
b)
FAUX. Le nombre de particules réellement présentes ne se lit pas sur la formule, il se MESURE. L'acide acétique n'est dissocié qu'à 1,34% à 0,100 mol/kg, donc i=1+α=1,013, presque 1. Seuls les électrolytes FORTS approchent leur i théorique, et encore par excès d'optimisme, l'appariement ionique les en éloignant. Version correcte : « i=1+α pour un monoacide faible, et α se tire de Ka ou d'une mesure ».
c)
FAUX, et c'est l'inverse. La dissolution d'un gaz est EXOTHERMIQUE, ΔHsol≈−12,5 kJ/mol pour le dioxygène, parce qu'il n'y a pas de réseau à détruire, seulement une solvatation à gagner. Chauffer, c'est donc ajouter un produit à l'équilibre de dissolution : le gaz s'échappe. Une boisson tiède pétille moins, et une rivière réchauffée de dix degrés perd 16% de son oxygène dissous. Version correcte : « la solubilité d'un gaz DIMINUE quand la température monte, par Le Chatelier ».
d)
FAUX. C'est justement ce qui rend la distillation possible. Dans un mélange idéal, chaque constituant fournit une pression partielle xiPi∘, donc sa fraction dans la VAPEUR vaut yi=PtotalxiPi∘ : le constituant dont P∘ est le plus grand est surreprésenté. Un mélange équimolaire d'éthanol et d'eau à 25 °C donne une vapeur à 71% d'éthanol. Version correcte : « la vapeur est toujours enrichie en constituant le plus volatil, SAUF au point azéotropique, où les deux compositions coïncident ».
e)
FAUX. Le Kps tabulé est une constante d'ACTIVITÉS, Kps=γ+[M+]γ−[X−]. Ajouter un sel inerte fait monter la force ionique, donc baisse les coefficients d'activité ; pour que le produit reste constant, les concentrations doivent MONTER. Le sel devient plus soluble, couramment de 20 à 30% : c'est l'effet de sel, à ne pas confondre avec l'effet d'ion commun, qui va dans l'autre sens. Version correcte : « le Kps ne dépend que de la température, mais il porte sur des activités ; à force ionique croissante, la solubilité en concentration augmente ».
Exercice 9 : Problème : la lyophilisation, du diagramme de phases au bilan énergétique
Lyophiliser, c'est retirer l'eau d'un produit SANS jamais passer par l'état liquide : on congèle, puis on sublime la glace sous vide. Le café instantané, les vaccins et les rations de randonnée sortent de là.
Données pour l'eau : point triple à 0,0098 °C et 611 Pa ; enthalpie de fusion 334 kJ/kg ; enthalpie de sublimation 2835 kJ/kg ; enthalpie de vaporisation à 100 °C, 2260 kJ/kg. Eutectique eau-chlorure de sodium : −21,1 °C. Le schéma ci-dessous représente le lyophilisateur.
a) Pourquoi faut-il congeler sous la température EUTECTIQUE, et non simplement sous 0 °C ?
b) Quelle pression maximale l'enceinte doit-elle atteindre ? Exprimez-la aussi en mmHg, sachant que 1 atm vaut 101325 Pa et 760 mmHg.
c) Calculez l'énergie à fournir pour sublimer 1,00 kg de glace, en kJ, puis la puissance moyenne si l'opération dure 20 h, en W.
d) Comparez le coût énergétique total, congélation comprise, à celui d'un séchage par évaporation à 100 °C. Donnez le surcoût, en %.
e) Pourquoi accepte-t-on ce surcoût ? Citez deux effets que la voie liquide provoquerait.
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Réponses
a)Tant qu'il reste du liquide, il se concentre ; il ne disparaît qu'à l'eutectique
b)611 Pa, soit 4,58 mmHg
c)2835 kJ, soit une puissance moyenne de 39,4 W
d)3169 kJ contre 2260 kJ, soit +40%
e)La concentration des solutés et la dénaturation, plus l'effondrement de la structure
a)
Parce qu'une solution ne gèle PAS d'un coup. À −5 °C, une partie de l'eau a cristallisé en glace pure et le reste forme un liquide devenu plus concentré, donc dont le point de congélation a encore baissé : c'est l'abaissement cryoscopique qui se mord la queue. Ce liquide résiduel ne disparaît qu'à la température EUTECTIQUE, −21,1 °C pour un système eau-chlorure de sodium, où tout solidifie enfin. Or c'est précisément ce liquide concentré qui abîmerait le produit et qui, sous vide, se mettrait à bouillir en projetant l'échantillon. On congèle donc franchement en dessous, typiquement à −40 °C.
b)
Il faut rester SOUS le point triple, sans quoi la glace fondrait au lieu de sublimer : la pression doit donc être inférieure à 611 Pa. En millimètres de mercure, 611×101325760=4,58 mmHg. On travaille en pratique bien plus bas, vers 10 à 50 Pa, pour que la sublimation soit assez rapide.
c)
E=mΔHsub=1,00×2835=2835 kJ. Sur 20 h, soit 20×3600=72000 s : P=720002,835×106=39,4 W. C'est à peine la puissance d'une ampoule : la lyophilisation n'est pas coûteuse en PUISSANCE, elle est coûteuse en TEMPS, et c'est le vide à maintenir pendant vingt heures qui pèse sur la facture.
d)
Lyophiliser demande d'abord de congeler, donc de retirer 334 kJ, puis de sublimer, donc d'apporter 2835 kJ : au total 334+2835=3169 kJ d'énergie à déplacer. Sécher par évaporation à 100 °C ne coûte que 2260 kJ. Le surcoût vaut 22603169−2260=0,40, soit +40%, sans compter l'énergie du groupe froid et de la pompe à vide, qui multiplie facilement la facture réelle par trois.
e)
Parce que la voie liquide détruirait le produit, de deux façons au moins. D'abord la CONCENTRATION : en s'évaporant, l'eau laisse derrière elle des sels et des sucres de plus en plus concentrés, dont la force ionique dénature les protéines, exactement ce que l'exercice 5 décrit. Ensuite la CHALEUR : à 100 °C, un vaccin, une enzyme ou un arôme volatil ne survivent pas. À quoi s'ajoute un troisième effet, mécanique : la tension superficielle du liquide qui recule effondre les pores du produit, qui devient dur et ne se réhydrate plus. En sublimant, la glace laisse à sa place un vide de même forme : le produit garde sa structure poreuse, et un grain de café lyophilisé se redissout en quelques secondes. On paie 40% d'énergie pour ne jamais rencontrer de phase liquide.
Exercice 10 : Problème : l'extraction liquide-liquide, ou pourquoi on fractionne le solvant
Un soluté agité entre deux solvants non miscibles se répartit selon un COEFFICIENT DE PARTAGE, K=caqueusecorganique, qui est encore une constante d'équilibre.
Une solution aqueuse de 100 mL contient 1,00 g d'un produit dont K=8,0 entre l'éther et l'eau. On dispose en tout de 100 mL d'éther.
La fraction qui RESTE dans l'eau après une extraction avec un volume Vo d'éther vaut f=Vaq+KVoVaq. Le schéma ci-dessous représente l'extraction unique de a).
a) On extrait une seule fois avec les 100 mL. Calculez la masse restant dans l'eau, en g, puis le rendement, en %.
b) On extrait deux fois avec 50 mL. Reprenez le calcul.
c) On extrait quatre fois avec 25 mL. Reprenez le calcul.
d) Écrivez la formule générale pour n extractions de volume nV, puis calculez la limite quand n tend vers l'infini.
e) Le produit est une amine. Comment ferait-on pour la faire passer, à volonté, dans l'eau puis dans l'éther ? Citez aussi un moyen d'augmenter K sans toucher au pH.
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Réponses
a)0,111 g restent, rendement 88,9%
b)0,040 g restent, rendement 96,0%
c)0,0123 g restent, rendement 98,8%
d)f=1+nVaqKV1n→e−KV/Vaq=3,4×10−4
e)En jouant sur le pH : protonée elle reste dans l'eau, neutre elle passe dans l'éther. Saler l'eau augmente K
a)
f=100+8,0×100100=900100=0,111. Il reste donc 0,111 g dans l'eau, et l'on a extrait 0,889 g, soit un rendement de 88,9%. Notez que le coefficient K=8 ne signifie PAS qu'on extrait 8/9 par chance : c'est exactement ce que dit le calcul, parce que les deux volumes sont égaux.
b)
Chaque extraction laisse f1=100+8,0×50100=500100=0,200. Les deux étant indépendantes, les fractions se MULTIPLIENT : f=0,2002=0,0400. Il reste 0,040 g, et le rendement atteint 96,0%. Le même éther, découpé en deux, fait passer la perte de 11,1 à 4,0%.
c)
f1=100+8,0×25100=300100=0,3333, donc f=0,33334=0,01235. Il reste 0,0123 g et le rendement monte à 98,8%. La perte a encore été divisée par plus de trois, toujours avec les mêmes 100 mL.
d)
En général, f=Vaq+nKVVaqn=1+nVaqKV1n. En posant u=VaqKV=8,0, cela s'écrit (1+nu)−n, dont la limite quand n→∞ est e−u=e−8=3,4×10−4 : il ne resterait que 0,34 mg, soit un rendement de 99,97%. On reconnaît la limite qui définit le nombre e. En pratique on s'arrête vers trois ou quatre extractions : le gain devient marginal alors que chaque manipulation coûte du temps et fait perdre du produit dans la verrerie.
e)
Une amine est une BASE. En milieu acide, elle capte un proton et devient un cation RNH3+, espèce chargée donc très hydrophile : son coefficient de partage s'effondre et elle reste dans l'eau. En milieu basique, elle redevient neutre et repart dans l'éther. On la fait donc voyager à volonté en ajustant le pH, et c'est le principe même de l'extraction acide-base qui sépare une amine d'un acide carboxylique et d'un composé neutre dans un même mélange. Pour augmenter K sans toucher au pH, on SALE la phase aqueuse, en y dissolvant du chlorure de sodium jusqu'à saturation : les ions accaparent les molécules d'eau, qui deviennent moins disponibles pour solvater le produit organique, et celui-ci est chassé vers l'éther. C'est le relargage, encore un effet de force ionique, et c'est le geste le plus rentable de tout le laboratoire d'organique.
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