Chimie des solutions 202-SN2-RE (ancien 202-NYB) • Complément québécois de Terminale et cégep à Montréal
Exercices corrigés : la solubilité et le produit de solubilité (202-SN2-RE, ancien 202-NYB)
Voici la série d'exercices corrigés de chimie du cours 202-SN2-RE (ancien 202-NYB) sur la solubilité et le produit de solubilité. La partie A construit l'outillage : écrire un Ksp pour n'importe quelle stœchiométrie et passer dans les deux sens entre constante et solubilité molaire, l'effet d'ion commun, le quotient ionique comparé au Ksp pour prévoir une précipitation, et la précipitation sélective de deux sels d'un même ion. La partie B monte au niveau examen : la dissolution par formation d'un ion complexe, où la constante globale est le produit du Ksp et de la constante de formation, les hydroxydes amphotères qui se dissolvent aux deux extrémités de l'échelle de pH et dont on calcule le minimum de solubilité, l'influence du pH sur les hydroxydes, l'adoucissement industriel d'une eau dure et le dosage gravimétrique d'un sulfate.
Le reste du chapitre est une application directe du principe de Le Chatelier à un équilibre hétérogène. L'exercice 3 installe le réflexe du quotient ionique, en n'oubliant pas la dilution du mélange, et l'exercice 4 montre comment un simple écart de Kps permet de séparer deux ions à plus de 99 % : c'est le fondement de l'analyse qualitative et du dosage de Mohr.
Série autocorrigéeTape tes réponses et vérifie-les question par question : la page te dit juste ou faux avant d'ouvrir la correction. Avec un compte, chaque bonne réponse du premier coup rapporte des points, et tes réponses justes restent remplies quand tu reviens.
•Équilibre de dissolution : pour AmBn(s)⇌mAn++nBm−, on a Kps=[An+]m[Bm−]n. Le solide n'apparaît JAMAIS dans l'expression.
•Solubilité molaire s (mol/L) : concentration du sel dissous à saturation. AB : Kps=s2. AB2 ou A2B : Kps=4s3. A3B2 : Kps=108s5.
•Comparer deux Kps n'a de sens que pour des sels de MÊME stœchiométrie. Sinon, il faut calculer les deux solubilités.
•Effet d'ion commun : ajouter un des ions déplace l'équilibre vers le solide et FAIT CHUTER la solubilité. On repart du Kps en fixant la concentration de l'ion commun.
•Quotient ionique Q : même expression que Kps, mais avec les concentrations réelles. Q<Kps : pas de précipité, la solution est insaturée. Q=Kps : saturée. Q>Kps : il précipite jusqu'à revenir à Kps.
•Quand on mélange deux solutions, les concentrations sont DILUÉES par le volume total avant tout calcul de Q.
•Effet du pH : un sel dont l'anion est basique (OH−, F−, CO32−, S2−) est d'autant plus soluble que le milieu est acide, car H+ consomme l'anion et tire l'équilibre vers la droite.
Partie A : Ksp, solubilité et effet d'ion commun (/50)
Exercice 1 : Du produit de solubilité à la solubilité molaire
La relation entre Kps et la solubilité molaire s dépend entièrement du nombre d'ions libérés. Écrire l'équation de dissolution AVANT toute chose est la seule façon de ne pas se tromper.
Données à 25 °C : Kps(AgCl)=1,8×10−10 ; Kps(PbI2)=7,1×10−9 ; Kps(Ca3(PO4)2)=2,0×10−29 ; Kps(Ag2CrO4)=1,1×10−12. Masse molaire de AgCl : 143,3 g/mol.
a) Écrivez l'équation de dissolution et l'expression de Kps pour AgCl, PbI2 et Ca3(PO4)2.
b) Calculez la solubilité molaire de AgCl, puis exprimez-la en grammes par litre.
c) Calculez la solubilité molaire de PbI2 et celle de Ca3(PO4)2.
d) Kps(Ag2CrO4) est environ 160 fois plus PETIT que Kps(AgCl). Lequel des deux sels est le plus soluble ? Calculez, puis expliquez le résultat.
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Réponses
a)Kps=[Ag+][Cl−], [Pb2+][I−]2 et [Ca2+]3[PO43−]2 : le solide n'y figure jamais
b)s=1,34×10−5 mol/L, soit 1,92×10−3 g/L, environ 1,9 mg par litre
c)s(PbI2)=1,21×10−3 mol/L et s(Ca3(PO4)2)=7,14×10−7 mol/L (Kps=108s5)
d)Le chromate, 6,50×10−5 mol/L contre 1,34×10−5 : trois ions par unité, donc Kps=4s3
a)
AgCl(s)⇌Ag++Cl−, donc Kps=[Ag+][Cl−]. PbI2(s)⇌Pb2++2I−, donc Kps=[Pb2+][I−]2. Ca3(PO4)2(s)⇌3Ca2++2PO43−, donc Kps=[Ca2+]3[PO43−]2. Le solide n'entre jamais dans l'expression : son activité vaut 1.
b)
À saturation, [Ag+]=[Cl−]=s, donc Kps=s2 et s=1,8×10−10=1,34×10−5 mol/L. En grammes : 1,34×10−5×143,3=1,92×10−3 g/L, soit environ 1,9 mg par litre. Le chlorure d'argent est bien un sel « insoluble » au sens des tables, mais pas rigoureusement insoluble.
c)
Pour PbI2 : [Pb2+]=s et [I−]=2s, donc Kps=s(2s)2=4s3. Alors s=347,1×10−9=1,21×10−3 mol/L. Pour Ca3(PO4)2 : [Ca2+]=3s et [PO43−]=2s, donc Kps=(3s)3(2s)2=27s3⋅4s2=108s5. Alors s=51082,0×10−29=7,14×10−7 mol/L. Attention au coefficient : oublier le 108 change le résultat d'un ordre de grandeur.
d)
Ag2CrO4(s)⇌2Ag++CrO42−, donc Kps=(2s)2(s)=4s3 et s=341,1×10−12=6,50×10−5 mol/L. Or AgCl n'atteint que 1,34×10−5 mol/L : le chromate d'argent est près de CINQ FOIS PLUS soluble, alors que son Kps est 160 fois plus petit. La raison est la stœchiométrie : Ag2CrO4 libère trois ions par unité dissoute, donc Kps varie comme s3 et non comme s2, ce qui écrase la valeur numérique de la constante. RÈGLE : on ne compare deux Kps directement que si les deux sels ont la même formule générale.
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Exercice 2 : L'effet d'ion commun
Ajouter à la solution un ion déjà présent dans le solide déplace l'équilibre de dissolution vers la gauche. C'est le principe de Le Chatelier appliqué à un équilibre hétérogène, et l'effet est souvent spectaculaire.
Le schéma ci-dessous représente les quatre solutions saturées.
a) Calculez la solubilité de AgCl dans une solution de NaCl à 0,10 mol/L. Comparez à sa solubilité dans l'eau pure.
b) Justifiez, par le principe de Le Chatelier, le sens de la variation observée.
c) Calculez la solubilité de CaF2 dans l'eau pure, puis dans une solution de Ca(NO3)2 à 0,050 mol/L.
d) Dans le calcul de a, on a négligé les ions Cl− provenant de la dissolution du AgCl lui-même. Justifiez que cette approximation est légitime.
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Réponses
a)s=1,8×10−9 mol/L, soit environ 7500 fois moins que dans l'eau pure
b)Le système consomme l'ion ajouté en reformant du solide : déplacement vers la gauche, à Ksp inchangé
c)s=2,14×10−4 mol/L dans l'eau, 1,40×10−5 mol/L avec l'ion commun : 15 fois moins
d)L'apport vaut 1,8×10−6 % du chlorure présent : parfaitement négligeable
a)
L'ion commun est Cl−, imposé à 0,10 mol/L par le NaCl, qui est totalement dissocié. À saturation, [Ag+]=s et [Cl−]≈0,10. Alors Kps=s×0,10, d'où s=0,101,8×10−10=1,8×10−9 mol/L. Dans l'eau pure, s valait 1,34×10−5 mol/L : la solubilité est divisée par environ 7500.
b)
L'équilibre est AgCl(s)⇌Ag++Cl−. En ajoutant Cl−, on augmente la concentration d'un produit ; le système réagit en consommant ce produit, donc en déplaçant l'équilibre vers la GAUCHE, c'est-à-dire vers la formation de solide. Il se dissout donc moins de sel : la solubilité diminue. Noter que Kps, lui, n'a pas changé : seule la répartition entre les deux ions a changé.
c)
Dans l'eau pure : CaF2(s)⇌Ca2++2F−, donc Kps=4s3 et s=343,9×10−11=2,14×10−4 mol/L. Dans Ca(NO3)2 à 0,050 mol/L, l'ion commun est Ca2+ : [Ca2+]≈0,050 et [F−]=2s. Alors Kps=0,050×(2s)2=0,20s2, d'où s=0,203,9×10−11=1,40×10−5 mol/L : environ 15 fois moins.
d)
La dissolution apporte s=1,8×10−9 mol/L de Cl−, à comparer aux 0,10 mol/L déjà présents. L'apport représente 1,8×10−6 % du total : totalement négligeable devant la précision des données. L'approximation « [ion commun]≈ concentration ajoutée » est donc légitime, et elle l'est chaque fois que s est petit devant la concentration imposée. Elle cesserait de l'être si l'ion commun était très dilué, auquel cas il faudrait résoudre l'équation complète.
Exercice 3 : Le quotient ionique : y aura-t-il un précipité ?
Pour savoir si un mélange précipite, on compare le quotient ionique Q au Kps. Le piège n'est presque jamais dans la comparaison : il est dans la DILUTION que provoque le mélange, oubliée une fois sur deux.
Donnée : Kps(PbCl2)=1,7×10−5.
Le schéma ci-dessous représente le mélange du a).
a) On mélange 100 mL de Pb(NO3)2 à 0,010 mol/L et 100 mL de NaCl à 0,010 mol/L. Calculez les concentrations APRÈS mélange.
b) Calculez Q et concluez : y a-t-il précipitation ?
c) Reprenez les deux questions avec des solutions à 0,20 mol/L chacune.
d) Un élève qui oublie la dilution utilise directement 0,010 mol/L dans le cas a. Quel Q trouve-t-il, et sa conclusion change-t-elle ? Que retenir ?
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Réponses
a)Chaque solution est diluée par 2 : [Pb2+]=[Cl−]=5,0×10−3 mol/L
b)Q=1,25×10−7<Kps : solution insaturée, pas de précipité
c)[Pb2+]=[Cl−]=0,10 mol/L et Q=1,0×10−3>Kps : il précipite
d)Il trouve 1,0×10−6, huit fois trop ; la conclusion tient ici, et c'est ce qui rend l'erreur dangereuse
a)
Le volume total est 100+100=200 mL, donc chaque solution est diluée d'un facteur 2. [Pb2+]=0,2000,010×0,100=5,0×10−3 mol/L, et de même [Cl−]=5,0×10−3 mol/L. Les ions spectateurs NO3− et Na+ n'interviennent pas.
b)
Q=[Pb2+][Cl−]2=5,0×10−3×(5,0×10−3)2=1,25×10−7. Comme Q=1,25×10−7<Kps=1,7×10−5, la solution est INSATURÉE : il n'y a pas de précipité, tout reste dissous.
c)
Avec 0,20 mol/L, après dilution par 2 : [Pb2+]=[Cl−]=0,10 mol/L. Alors Q=0,10×(0,10)2=1,0×10−3. Cette fois Q>Kps : il y a PRÉCIPITATION de PbCl2, et elle se poursuit jusqu'à ce que le produit des concentrations redescende à 1,7×10−5.
d)
Sans tenir compte de la dilution, il calcule Q=0,010×(0,010)2=1,0×10−6, soit huit fois la vraie valeur. Ici la conclusion ne change PAS, car 1,0×10−6 reste inférieur à Kps : l'erreur passe inaperçue. C'est précisément ce qui la rend dangereuse. Avec un exposant 2 sur [Cl−], oublier une dilution par 2 fausse Q d'un facteur 23=8, et il suffit que le vrai Q soit un peu en dessous du Kps pour que la conclusion s'inverse. RÈGLE : recalculer toutes les concentrations sur le volume TOTAL avant d'écrire Q.
Exercice 4 : La précipitation sélective
Deux anions en solution, un seul réactif ajouté goutte à goutte : celui qui exige la plus faible concentration de réactif précipite en premier. Si l'écart est assez grand, on peut séparer les deux ions presque complètement.
Une solution contient Cl− à 0,010 mol/L ET CrO42− à 0,010 mol/L. On y ajoute lentement du nitrate d'argent. Données : Kps(AgCl)=1,8×10−10 ; Kps(Ag2CrO4)=1,1×10−12.
Le schéma ci-dessous représente l'expérience.
a) Calculez la concentration minimale de Ag+ nécessaire pour commencer à précipiter AgCl.
b) Faites le même calcul pour Ag2CrO4. Attention à l'exposant.
c) Lequel des deux sels précipite en premier ?
d) Au moment précis où le second sel commence à précipiter, quelle fraction du premier anion reste-t-il en solution ? La séparation est-elle efficace ?
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Réponses
a)[Ag+]=1,8×10−8 mol/L
b)[Ag+]=1,1×10−10=1,05×10−5 mol/L
c)AgCl précipite en premier, il exige près de 600 fois moins d'argent
d)[Cl−]=1,72×10−5 mol/L, soit 0,17 % : plus de 99,8 % du chlorure a précipité
a)
La précipitation commence quand Q atteint Kps. Pour AgCl : [Ag+][Cl−]=Kps, donc [Ag+]=0,0101,8×10−10=1,8×10−8 mol/L.
b)
Pour Ag2CrO4 : [Ag+]2[CrO42−]=Kps, donc [Ag+]2=0,0101,1×10−12=1,1×10−10 et [Ag+]=1,1×10−10=1,05×10−5 mol/L. L'exposant 2 est la seule difficulté : c'est lui qu'on oublie, et il change le résultat de plusieurs ordres de grandeur.
c)
AgCl exige 1,8×10−8 mol/L, Ag2CrO4 exige 1,05×10−5 mol/L, soit près de 600 fois plus. C'est donc AgCl, le chlorure d'argent, qui précipite EN PREMIER, bien qu'il ait le plus grand Kps des deux : encore une fois, la stœchiométrie décide.
d)
Le second sel commence à précipiter quand [Ag+]=1,05×10−5 mol/L. À cet instant, le chlorure restant vérifie encore l'équilibre du AgCl : [Cl−]=[Ag+]Kps=1,05×10−51,8×10−10=1,72×10−5 mol/L. Rapporté aux 0,010 mol/L de départ, il reste 0,17 % du chlorure, donc plus de 99,8 % a été précipité avant que le chromate ne commence. La séparation est excellente. C'est le principe du dosage de Mohr : le chromate sert d'indicateur, et l'apparition du précipité rouge de Ag2CrO4 signale que tout le chlorure est consommé.
Exercice 5 : Le chemin inverse : de la solubilité mesurée au Ksp
Au laboratoire, on mesure qu'un litre d'eau saturée dissout 2,40×10−3 g de sulfate de baryum BaSO4 (M=233,40 g/mol) et 2,16×10−2 g de chromate d'argent Ag2CrO4 (M=331,74 g/mol).
Le schéma ci-dessous représente les deux solutions saturées.
a) Calculez le Kps du BaSO4.
b) Calculez le Kps du Ag2CrO4. Attention à la stœchiométrie.
c) En chauffant, la solution saturée de BaSO4 en dissout davantage. Quel est le signe de l'enthalpie de dissolution, et qu'advient-il de la valeur du Kps ?
d) On ajoute une deuxième cuillère de BaSO4 solide dans la solution saturée. Qu'arrive-t-il à la concentration des ions ? Reliez votre réponse à l'expression du Kps.
e) Le BaSO4 est avalé par les patients comme produit de contraste en radiologie, alors que l'ion Ba2+ est un poison. Calculez la concentration d'ion baryum libre dans le tube digestif et expliquez le principe de sécurité.
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Réponses
a)s=1,028×10−5 mol/L et Kps=1,06×10−10
b)s=6,51×10−5 mol/L et Kps=4s3=1,10×10−12
c)Dissolution endothermique, ΔH>0, et Kps AUGMENTE avec la température
d)Rien ne change : l'activité d'un solide pur vaut 1, le solide en excès n'est qu'un réservoir
e)1,03×10−5 mol/L, soit 1,4 mg/L : la concentration est plafonnée par le Kps
a)
s=233,402,40×10−3=1,028×10−5 mol/L. La dissolution BaSO4(s)⇌Ba2++SO42− donne un ion de chaque par unité dissoute, donc Kps=s2=(1,028×10−5)2=1,06×10−10.
b)
s=331,742,16×10−2=6,51×10−5 mol/L. Ici Ag2CrO4(s)⇌2Ag++CrO42− : chaque unité dissoute libère DEUX ions argent, donc [Ag+]=2s et [CrO42−]=s. Kps=(2s)2(s)=4s3=4(6,51×10−5)3=1,10×10−12. Oublier le coefficient 2 (dans la concentration ET dans l'exposant) est l'erreur la plus fréquente du chapitre : elle fausse ici le résultat d'un facteur 4.
c)
Si chauffer dissout davantage, c'est que l'équilibre de dissolution se déplace vers la droite quand on apporte de la chaleur : d'après Le Chatelier, la dissolution consomme de la chaleur, elle est donc ENDOTHERMIQUE, ΔHdiss>0. Et puisque la composition à l'équilibre change réellement, c'est la CONSTANTE elle-même qui a changé : Kps augmente avec la température. C'est la seule perturbation qui modifie un Kps; toutes les autres (ion commun, pH, complexant) déplacent l'équilibre sans toucher à la constante.
d)
Rien ne change : les concentrations ioniques restent celles de la saturation. L'expression Kps=[Ba2+][SO42−] ne contient aucun terme pour le solide, car l'activité d'un solide pur vaut 1 quelle que soit la quantité présente. Le solide en excès n'est qu'un réservoir : il garantit la saturation, il ne la renforce pas. Une cuillère ou un kilogramme donnent la même solution.
e)
La concentration d'ion baryum libre est celle de la saturation : 1,03×10−5 mol/L, soit environ 1,4 mg/L, une quantité infime, et surtout PLAFONNÉE par le Kps quelle que soit la masse ingérée. Le patient avale des centaines de grammes de solide, mais l'équilibre interdit à plus de quelques milligrammes par litre de passer en solution : le poison reste enfermé dans un solide que le corps ne dissout pas. Le principe de sécurité tient entièrement à la petitesse du Kps, et c'est pourquoi la confusion en pharmacie entre sulfate et CARBONATE de baryum, bien plus soluble et soluble en milieu acide de surcroît, a déjà tué.
Partie B : Niveau examen (/50)
Exercice 6 : Solubilité, pH et hydroxydes
Quand l'anion du sel est une base, le pH devient un levier sur la solubilité. C'est vrai des hydroxydes de façon évidente, et des sels d'acides faibles de façon moins évidente mais tout aussi utile.
Le schéma ci-dessous représente les deux suspensions du a) et du b).
a) Calculez la solubilité de Mg(OH)2 dans l'eau pure, puis le pH de la solution saturée.
b) Calculez sa solubilité dans une solution tampon à pH 9,00. Comparez.
c) Expliquez qualitativement, à l'aide des deux équilibres en jeu, pourquoi CaF2 est plus soluble en milieu acide qu'en milieu neutre.
d) AgCl est-il, lui aussi, plus soluble en milieu acide ? Justifiez.
e) Le lait de magnésie est une suspension de Mg(OH)2 utilisée comme antiacide. Expliquez, avec ce chapitre, pourquoi il agit dans l'estomac tout en restant peu soluble dans le flacon.
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Réponses
a)s=1,12×10−4 mol/L, pOH=3,65, donc pH=10,35
b)s=5,6×10−2 mol/L à pH 9,00, soit environ 500 fois plus
c)L'acide consomme F− pour former HF peu dissocié : la dissolution est tirée vers la droite
d)Non : Cl− est la base conjuguée d'un acide fort, aucun second équilibre ne l'enlève
e)Peu soluble à pH neutre dans le flacon, il se dissout dans l'estomac à mesure que l'acide consomme les OH⁻
a)
Mg(OH)2(s)⇌Mg2++2OH−, donc Kps=s(2s)2=4s3 et s=345,6×10−12=1,12×10−4 mol/L. Alors [OH−]=2s=2,24×10−4 mol/L, d'où pOH=−log(2,24×10−4)=3,65 et pH=14−3,65=10,35. Une suspension saturée est donc nettement basique.
b)
À pH 9,00, le tampon impose pOH=5,00, donc [OH−]=1,0×10−5 mol/L, valeur FIXÉE indépendamment de la dissolution. Alors s=[Mg2+]=[OH−]2Kps=(1,0×10−5)25,6×10−12=5,6×10−2 mol/L. La solubilité est multipliée par 500 environ. Abaisser le pH de 10,35 à 9,00 suffit donc à faire passer le magnésium de traces à une concentration appréciable. Sur un graphe de logs en fonction du pH, la droite a une pente de −2 : l'exposant 2 porté par [OH−] amplifie tout, et une seule unité de pH divise la solubilité par 100.
c)
Deux équilibres sont couplés : CaF2(s)⇌Ca2++2F− et F−+H+⇌HF. En milieu acide, H+ consomme les ions F− pour former HF, qui est un acide FAIBLE donc peu dissocié. La disparition de F− déplace le premier équilibre vers la droite, et il se dissout davantage de CaF2. C'est encore Le Chatelier, appliqué cette fois en retirant un produit.
d)
Non. L'anion est Cl−, base conjuguée de HCl qui est un acide FORT : Cl− n'a donc aucune tendance à capter H+, et aucun second équilibre ne vient retirer des ions chlorure. La solubilité de AgCl est pratiquement insensible au pH. RÈGLE : l'effet du pH n'existe que si l'anion du sel est une base appréciable, c'est-à-dire s'il est la base conjuguée d'un acide faible.
e)
Dans le flacon, l'eau est presque neutre et Mg(OH)2 y est très peu soluble : le produit reste une suspension blanche stable, sans goût métallique marqué et sans risque de surdose. Dans l'estomac, le pH descend vers 1 à 2 : les ions H+ neutralisent les OH− selon H++OH−→H2O, ce qui retire un produit de l'équilibre de dissolution et fait dissoudre le solide au fur et à mesure. Le solide agit donc comme une RÉSERVE qui ne se libère qu'en présence d'acide, et qui s'arrête d'elle-même quand l'acide est neutralisé. C'est exactement le comportement recherché pour un antiacide : autorégulé par le pH.
Exercice 7 : Problème : adoucir une eau dure
Une eau dure contient des ions Ca2+ qui forment des dépôts dans les bouilloires et les chauffe-eau. Un procédé d'adoucissement consiste à ajouter du carbonate de sodium, qui précipite le calcium sous forme de calcaire.
Une eau contient [Ca2+]=2,0×10−3 mol/L. Donnée : Kps(CaCO3)=4,5×10−9.
Le schéma ci-dessous représente le traitement.
a) Écrivez l'équation de précipitation et l'expression du Kps.
b) Quelle concentration de CO32− faut-il atteindre pour que la précipitation COMMENCE ?
c) La norme vise à ramener le calcium à 5,0×10−5 mol/L. Quelle concentration de carbonate faut-il maintenir à l'équilibre ?
d) Quel pourcentage du calcium initial a-t-on éliminé ?
Voir la correction
Réponses
a)CaCO3(s)⇌Ca2++CO32−, Kps=[Ca2+][CO32−]
b)[CO32−]=2,25×10−6 mol/L
c)[CO32−]=9,0×10−5 mol/L, soit 40 fois plus que pour amorcer
d)97,5 % éliminé, jamais 100 % : le produit des concentrations reste égal au Ksp
a)
Ca2++CO32−→CaCO3(s), l'équilibre de dissolution s'écrivant CaCO3(s)⇌Ca2++CO32− avec Kps=[Ca2+][CO32−].
b)
La précipitation commence quand Q atteint Kps : [CO32−]=[Ca2+]Kps=2,0×10−34,5×10−9=2,25×10−6 mol/L. Une quantité minuscule suffit à amorcer le dépôt, ce qui explique qu'un calcaire se forme spontanément dans les eaux naturelles chargées en carbonate.
c)
À l'équilibre final, le produit doit toujours valoir Kps, mais avec le calcium abaissé : [CO32−]=5,0×10−54,5×10−9=9,0×10−5 mol/L. Il faut donc environ 40 fois plus de carbonate que pour simplement amorcer la précipitation : le dernier calcium est toujours le plus coûteux à retirer, et c'est une propriété générale des équilibres de solubilité.
d)
Le calcium éliminé vaut 2,0×10−3−5,0×10−5=1,95×10−3 mol/L, soit 2,0×10−31,95×10−3=97,5 % de la quantité initiale. Le procédé est donc très efficace, mais il ne peut jamais atteindre 100 % : tant qu'il reste du solide en contact avec l'eau, le produit des concentrations reste égal au Kps, et une trace de calcium subsiste nécessairement en solution.
Exercice 8 : Dissoudre l'indissoluble : les ions complexes
Le chlorure d'argent (Kps=1,8×10−10) est réputé insoluble, et pourtant il se dissout dans l'ammoniaque. L'ion Ag+ y forme le complexe Ag(NH3)2+, de constante de formation Kf=1,7×107.
Le schéma ci-dessous compare le solide dans l'eau et dans l'ammoniaque.
a) Écrivez les deux équilibres en jeu, puis leur somme. Que vaut la constante de la réaction globale ?
b) Calculez cette constante globale K.
c) Calculez la solubilité de AgCl dans une solution d'ammoniaque à 1,00 mol/L.
d) Par quel facteur l'ammoniaque a-t-elle multiplié la solubilité du AgCl ?
e) L'iodure d'argent (Kps=8,5×10−17) ne se dissout PAS dans l'ammoniaque. Vérifiez-le par le calcul, et expliquez pourquoi le fixateur photographique employait le thiosulfate plutôt que l'ammoniaque.
Voir la correction
Réponses
a)AgCl(s)+2NH3⇌Ag(NH3)2++Cl−, de constante K=KpsKf
b)K=3,06×10−3, dix-sept millions de fois le Kps seul
d)Environ 3,7×103 : près de quatre mille fois plus soluble
e)K=1,45×10−9 et s=3,8×10−5 mol/L : le thiosulfate, lui, forme un complexe bien plus stable
a)
Dissolution : AgCl(s)⇌Ag++Cl− (Kps). Complexation : Ag++2NH3⇌Ag(NH3)2+ (Kf). Somme : AgCl(s)+2NH3⇌Ag(NH3)2++Cl−. Additionner deux réactions multiplie leurs constantes, donc K=KpsKf.
b)
K=(1,8×10−10)(1,7×107)=3,06×10−3. Une constante encore petite, mais dix-sept millions de fois plus grande que le Kps seul : c'est tout le mécanisme du procédé. Le complexe agit comme une pompe qui vide la solution de ses ions Ag+ libres, et l'équilibre de dissolution, sans cesse tiré vers la droite, ne cesse de fournir.
c)
Posons s=[Ag(NH3)2+]=[Cl−], avec [NH3]=1,00−2s. Alors K=(1,00−2s)2s2=3,06×10−3. Le membre de gauche est un carré parfait : en prenant la racine, 1,00−2ss=3,06×10−3=0,0553, d'où s=0,0553−0,1106s et s=1,11060,0553=0,0498 mol/L.
d)
Dans l'eau pure, s0=Kps=1,8×10−10=1,34×10−5 mol/L. Le facteur vaut 1,34×10−50,0498≈3,7×103 : près de quatre mille fois plus soluble.
e)
Pour AgI : K=(8,5×10−17)(1,7×107)=1,45×10−9, donc 1,00−2ss=1,45×10−9=3,80×10−5 et s≈3,8×10−5 mol/L : mille trois cents fois moins que le AgCl, autant dire rien à l'oeil nu. Le Kps de l'iodure est si petit que même une constante de formation de dix millions ne suffit pas à le compenser. En photographie, il fallait dissoudre les halogénures d'argent NON exposés, dont le bromure et l'iodure : le thiosulfate a été retenu parce que son complexe Ag(S2O3)23− a une constante de formation encore bien supérieure, assez grande cette fois pour l'emporter sur des Kps minuscules.
Exercice 9 : Les hydroxydes amphotères : un minimum de solubilité
L'hydroxyde d'aluminium se dissout à la fois en milieu acide et en milieu très basique. On donne Kps(Al(OH)3)=1,3×10−33 pour Al(OH)3(s)⇌Al3++3OH−, et K=40 pour Al(OH)3(s)+OH−⇌Al(OH)4−.
Le schéma ci-dessous représente les deux suspensions du b) et du c).
a) Écrivez la réaction de dissolution en milieu acide et expliquez pourquoi un acide dissout un hydroxyde peu soluble.
b) Calculez [Al3+] dans une solution tamponnée à pH 4,00.
c) Calculez [Al(OH)4−] dans une solution tamponnée à pH 12,00.
d) La solubilité totale est la somme des deux formes. Déterminez le pH où elle est MINIMALE, et la valeur de ce minimum.
e) Le traitement des eaux utilise l'alun, qui précipite Al(OH)3 pour entraîner les particules en suspension. Pourquoi l'usine doit-elle contrôler le pH de très près, et que se passerait-il à pH 4 ou à pH 12 ?
Voir la correction
Réponses
a)Al(OH)3(s)+3H3O+→Al3++6H2O : l'acide retire les OH−, la solution n'est plus saturée
b)[Al3+]=1,3×10−3 mol/L à pH 4,00
c)[Al(OH)4−]=K[OH−]=0,40 mol/L à pH 12,00
d)Minimum en pH=5,50, et non là où les deux termes s'égalisent : la solubilité y vaut 1,7×10−7 mol/L
e)Sans flocon solide, pas de clarification : la fenêtre utile est pH 6 à 7, d'où la correction permanente
a)
Al(OH)3(s)+3H3O+→Al3++6H2O. L'acide ne s'attaque pas au solide directement : il consomme les ions OH− présents en solution. Leur disparition fait chuter le produit [Al3+][OH−]3 sous la valeur du Kps, la solution n'est plus saturée, et le solide se dissout pour rétablir l'équilibre. Tout hydroxyde peu soluble est ainsi dissous par un acide : c'est Le Chatelier appliqué à l'ion commun retiré.
b)
À pH 4,00, [OH−]=10−410−14=1,0×10−10 mol/L. Donc [Al3+]=[OH−]3Kps=1,0×10−301,3×10−33=1,3×10−3 mol/L : l'aluminium est massivement en solution.
c)
À pH 12,00, [OH−]=1,0×10−2 mol/L. Le second équilibre donne directement [Al(OH)4−]=K[OH−]=(40)(1,0×10−2)=0,40 mol/L : l'aluminium est de nouveau massivement en solution, mais sous forme d'ANION aluminate cette fois.
d)
Les deux formes varient en sens opposés : [Al3+]=[OH−]3Kps décroît quand [OH−] augmente, tandis que [Al(OH)4−]=K[OH−] croît. Au minimum, la dérivée de la somme s=[OH−]3Kps+K[OH−] par rapport à [OH−] s'annule : −[OH−]43Kps+K=0, soit [OH−]4=K3Kps=403(1,3×10−33)=9,75×10−35, d'où [OH−]=3,14×10−9 mol/L, pOH =8,50 et pH =5,50. Piège : ce n'est PAS le point où les deux termes s'égalisent (pH 5,38), car le premier varie trois fois plus vite que le second. Au minimum, [OH−]3Kps=3K[OH−], et la solubilité vaut 34K[OH−]=34(40)(3,14×10−9)=1,68×10−7 mol/L. Entre pH 4 et pH 5,5, la solubilité chute donc d'un facteur près de huit mille : la fenêtre est étroite.
e)
Parce que la floculation ne marche que si l'aluminium est SOLIDE : c'est le flocon d'Al(OH)3 qui piège les particules et sédimente. À pH 4 l'aluminium reste dissous en Al3+, à pH 12 il repasse en solution sous forme d'aluminate : dans les deux cas il n'y a pas de flocon, la clarification échoue, et l'usine relargue en prime de l'aluminium soluble dans l'eau distribuée. Le procédé n'a de fenêtre utile qu'autour de pH 6 à 7, d'où la correction de pH permanente en tête de filière. La même chimie explique qu'on ne cuise pas un plat très acide ni très alcalin dans une casserole d'aluminium nu.
Exercice 10 : Problème : doser un sulfate par gravimétrie
Pour doser le sulfate d'un échantillon de 1,000 g, on le dissout et on y ajoute un excès de BaCl2. Le précipité de BaSO4, filtré, lavé et séché, pèse 0,5820 g. On donne M(BaSO4)=233,40 g/mol, M(SO42−)=96,07 g/mol, M(Na2SO4)=142,05 g/mol et Kps(BaSO4)=1,1×10−10.
Le schéma ci-dessous représente les deux étapes du dosage.
a) Écrivez l'équation de précipitation et expliquez pourquoi on ajoute le BaCl2 en EXCÈS.
b) Calculez la masse de sulfate dans l'échantillon, puis son pourcentage massique.
c) En supposant que tout le sulfate provienne de Na2SO4, calculez la pureté de l'échantillon.
d) On a lavé le précipité avec 200 mL d'eau distillée. Estimez la masse de BaSO4 perdue et l'erreur relative qui en résulte.
e) Un technicien propose de laver avec 200 mL de BaCl2 à 0,010 mol/L. Calculez la perte dans ce cas. Quel inconvénient cette méthode introduit-elle malgré tout ?
Voir la correction
Réponses
a)Ba2++SO42−→BaSO4(s) ; l'excès rend la précipitation quantitative par ion commun
b)n=2,494×10−3 mol, soit 0,2396 g de sulfate et 23,96 % en masse
c)35,42 % de sulfate de sodium
d)4,90×10−4 g perdus, soit 0,084 % : sous le seuil de 0,1 %
e)La perte tombe à 5,1×10−7 g, mille fois moins, mais le sel non volatil sèche avec le précipité
a)
Ba2+(aq)+SO42−(aq)→BaSO4(s). L'excès de réactif précipitant sert à déplacer l'équilibre aussi loin que possible vers le solide : par effet d'ion commun, le Ba2+ résiduel écrase la concentration de sulfate encore en solution. Une analyse gravimétrique n'est fiable que si la précipitation est QUANTITATIVE, c'est-à-dire complète à mieux que 0,1 %, ce qu'aucune réaction ne fait spontanément avec des quantités stœchiométriques.
b)
n(BaSO4)=233,400,5820=2,494×10−3 mol. Chaque mole de précipité correspond à une mole de sulfate, donc n(SO42−)=2,494×10−3 mol, soit m=(2,494×10−3)(96,07)=0,2396 g. Pourcentage massique : 1,0000,2396=23,96 %.
c)
m(Na2SO4)=(2,494×10−3)(142,05)=0,3542 g, soit une pureté de 35,42 %.
d)
L'eau de lavage se sature : s=Kps=1,1×10−10=1,05×10−5 mol/L. Dans 200 mL, la perte est n=(1,05×10−5)(0,200)=2,10×10−6 mol, soit m=4,90×10−4 g. Erreur relative : 0,58204,90×10−4=0,084 %, en dessous du seuil de 0,1 % : acceptable, mais pas négligeable si l'on multipliait les lavages.
e)
Avec [Ba2+]=0,010 mol/L imposé, l'effet d'ion commun donne s=[Ba2+]Kps=0,0101,1×10−10=1,1×10−8 mol/L : la perte tombe à 2,2×10−9 mol, soit 5,1×10−7 g, mille fois moins. L'inconvénient est qu'on lave désormais le précipité avec un sel non volatil : le BaCl2 resté dans les pores sèche AVEC le précipité et s'ajoute à sa masse, ce qui surestime le résultat, précisément dans le sens inverse de l'erreur qu'on voulait corriger et d'une ampleur bien supérieure. En pratique on lave donc à l'eau, ou avec un électrolyte volatil qui part au séchage.
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