Me contacter

Chimie des solutions 202-NYB • Complément québécois de Terminale et cégep à Montréal

Exercices corrigés : la solubilité et le produit de solubilité (202-NYB)

La solubilité est le chapitre de 202-NYB où l'on paie le plus cher une comparaison faite trop vite. Deux sels aux KpsK_{ps} voisins peuvent avoir des solubilités très différentes, et l'exercice 1 montre un cas où le sel de PLUS petit KpsK_{ps} est près de cinq fois plus soluble : la stœchiométrie de dissolution décide, pas la valeur brute de la constante.

Le reste du chapitre est une application directe du principe de Le Chatelier à un équilibre hétérogène. L'exercice 3 installe le réflexe du quotient ionique, en n'oubliant pas la dilution du mélange, et l'exercice 4 montre comment un simple écart de KpsK_{ps} permet de séparer deux ions à plus de 99 % : c'est le fondement de l'analyse qualitative et du dosage de Mohr.

Rappel de cours

  • Équilibre de dissolution : pour AmBn(s)mAn++nBmA_{m}B_{n}(s)\rightleftharpoons mA^{n+}+nB^{m-}, on a Kps=[An+]m[Bm]nK_{ps}=\left[A^{n+}\right]^{m}\left[B^{m-}\right]^{n}. Le solide n'apparaît JAMAIS dans l'expression.
  • Solubilité molaire ss (mol/L) : concentration du sel dissous à saturation. ABAB : Kps=s2K_{ps}=s^{2}. AB2AB_{2} ou A2BA_{2}B : Kps=4s3K_{ps}=4s^{3}. A3B2A_{3}B_{2} : Kps=108s5K_{ps}=108s^{5}.
  • Comparer deux KpsK_{ps} n'a de sens que pour des sels de MÊME stœchiométrie. Sinon, il faut calculer les deux solubilités.
  • Effet d'ion commun : ajouter un des ions déplace l'équilibre vers le solide et FAIT CHUTER la solubilité. On repart du KpsK_{ps} en fixant la concentration de l'ion commun.
  • Quotient ionique QQ : même expression que KpsK_{ps}, mais avec les concentrations réelles. Q<KpsQ<K_{ps} : pas de précipité, la solution est insaturée. Q=KpsQ=K_{ps} : saturée. Q>KpsQ>K_{ps} : il précipite jusqu'à revenir à KpsK_{ps}.
  • Quand on mélange deux solutions, les concentrations sont DILUÉES par le volume total avant tout calcul de QQ.
  • Effet du pH : un sel dont l'anion est basique (OHOH^{-}, FF^{-}, CO32CO_{3}^{2-}, S2S^{2-}) est d'autant plus soluble que le milieu est acide, car H+H^{+} consomme l'anion et tire l'équilibre vers la droite.

Partie A : Ksp, solubilité et effet d'ion commun (/32)

Exercice 1 : Du produit de solubilité à la solubilité molaire

La relation entre KpsK_{ps} et la solubilité molaire ss dépend entièrement du nombre d'ions libérés. Écrire l'équation de dissolution AVANT toute chose est la seule façon de ne pas se tromper.

Données à 25 °C : Kps(AgCl)=1,8×1010K_{ps}(AgCl)=1{,}8\times 10^{-10} ; Kps(PbI2)=7,1×109K_{ps}(PbI_{2})=7{,}1\times 10^{-9} ; Kps(Ca3(PO4)2)=2,0×1029K_{ps}\left(Ca_{3}(PO_{4})_{2}\right)=2{,}0\times 10^{-29} ; Kps(Ag2CrO4)=1,1×1012K_{ps}\left(Ag_{2}CrO_{4}\right)=1{,}1\times 10^{-12}. Masse molaire de AgClAgCl : 143,3 g/mol.

  • a) Écrivez l'équation de dissolution et l'expression de KpsK_{ps} pour AgClAgCl, PbI2PbI_{2} et Ca3(PO4)2Ca_{3}(PO_{4})_{2}.
  • b) Calculez la solubilité molaire de AgClAgCl, puis exprimez-la en grammes par litre.
  • c) Calculez la solubilité molaire de PbI2PbI_{2} et celle de Ca3(PO4)2Ca_{3}(PO_{4})_{2}.
  • d) Kps(Ag2CrO4)K_{ps}\left(Ag_{2}CrO_{4}\right) est environ 160 fois plus PETIT que Kps(AgCl)K_{ps}(AgCl). Lequel des deux sels est le plus soluble ? Calculez, puis expliquez le résultat.
Voir la correction

a) AgCl(s)Ag++ClAgCl(s)\rightleftharpoons Ag^{+}+Cl^{-}, donc Kps=[Ag+][Cl]K_{ps}=\left[Ag^{+}\right]\left[Cl^{-}\right]. PbI2(s)Pb2++2IPbI_{2}(s)\rightleftharpoons Pb^{2+}+2I^{-}, donc Kps=[Pb2+][I]2K_{ps}=\left[Pb^{2+}\right]\left[I^{-}\right]^{2}. Ca3(PO4)2(s)3Ca2++2PO43Ca_{3}(PO_{4})_{2}(s)\rightleftharpoons 3Ca^{2+}+2PO_{4}^{3-}, donc Kps=[Ca2+]3[PO43]2K_{ps}=\left[Ca^{2+}\right]^{3}\left[PO_{4}^{3-}\right]^{2}. Le solide n'entre jamais dans l'expression : son activité vaut 1.

b) À saturation, [Ag+]=[Cl]=s\left[Ag^{+}\right]=\left[Cl^{-}\right]=s, donc Kps=s2K_{ps}=s^{2} et s=1,8×1010=1,34×105s=\sqrt{1{,}8\times 10^{-10}}=1{,}34\times 10^{-5} mol/L. En grammes : 1,34×105×143,3=1,92×1031{,}34\times 10^{-5}\times 143{,}3=1{,}92\times 10^{-3} g/L, soit environ 1,9 mg par litre. Le chlorure d'argent est bien un sel « insoluble » au sens des tables, mais pas rigoureusement insoluble.

c) Pour PbI2PbI_{2} : [Pb2+]=s\left[Pb^{2+}\right]=s et [I]=2s\left[I^{-}\right]=2s, donc Kps=s(2s)2=4s3K_{ps}=s(2s)^{2}=4s^{3}. Alors s=7,1×10943=1,21×103s=\sqrt[3]{\dfrac{7{,}1\times 10^{-9}}{4}}=1{,}21\times 10^{-3} mol/L. Pour Ca3(PO4)2Ca_{3}(PO_{4})_{2} : [Ca2+]=3s\left[Ca^{2+}\right]=3s et [PO43]=2s\left[PO_{4}^{3-}\right]=2s, donc Kps=(3s)3(2s)2=27s34s2=108s5K_{ps}=(3s)^{3}(2s)^{2}=27s^{3}\cdot 4s^{2}=108s^{5}. Alors s=2,0×10291085=7,14×107s=\sqrt[5]{\dfrac{2{,}0\times 10^{-29}}{108}}=7{,}14\times 10^{-7} mol/L. Attention au coefficient : oublier le 108 change le résultat d'un ordre de grandeur.

d) Ag2CrO4(s)2Ag++CrO42Ag_{2}CrO_{4}(s)\rightleftharpoons 2Ag^{+}+CrO_{4}^{2-}, donc Kps=(2s)2(s)=4s3K_{ps}=(2s)^{2}(s)=4s^{3} et s=1,1×101243=6,50×105s=\sqrt[3]{\dfrac{1{,}1\times 10^{-12}}{4}}=6{,}50\times 10^{-5} mol/L. Or AgClAgCl n'atteint que 1,34×1051{,}34\times 10^{-5} mol/L : le chromate d'argent est près de CINQ FOIS PLUS soluble, alors que son KpsK_{ps} est 160 fois plus petit. La raison est la stœchiométrie : Ag2CrO4Ag_{2}CrO_{4} libère trois ions par unité dissoute, donc KpsK_{ps} varie comme s3s^{3} et non comme s2s^{2}, ce qui écrase la valeur numérique de la constante. RÈGLE : on ne compare deux KpsK_{ps} directement que si les deux sels ont la même formule générale.

Exercice 2 : L'effet d'ion commun

Ajouter à la solution un ion déjà présent dans le solide déplace l'équilibre de dissolution vers la gauche. C'est le principe de Le Chatelier appliqué à un équilibre hétérogène, et l'effet est souvent spectaculaire.

Données : Kps(AgCl)=1,8×1010K_{ps}(AgCl)=1{,}8\times 10^{-10} ; Kps(CaF2)=3,9×1011K_{ps}\left(CaF_{2}\right)=3{,}9\times 10^{-11}.

  • a) Calculez la solubilité de AgClAgCl dans une solution de NaClNaCl à 0,10 mol/L. Comparez à sa solubilité dans l'eau pure.
  • b) Justifiez, par le principe de Le Chatelier, le sens de la variation observée.
  • c) Calculez la solubilité de CaF2CaF_{2} dans l'eau pure, puis dans une solution de Ca(NO3)2Ca(NO_{3})_{2} à 0,050 mol/L.
  • d) Dans le calcul de a, on a négligé les ions ClCl^{-} provenant de la dissolution du AgClAgCl lui-même. Justifiez que cette approximation est légitime.
Voir la correction

a) L'ion commun est ClCl^{-}, imposé à 0,10 mol/L par le NaClNaCl, qui est totalement dissocié. À saturation, [Ag+]=s\left[Ag^{+}\right]=s et [Cl]0,10\left[Cl^{-}\right]\approx 0{,}10. Alors Kps=s×0,10K_{ps}=s\times 0{,}10, d'où s=1,8×10100,10=1,8×109s=\dfrac{1{,}8\times 10^{-10}}{0{,}10}=1{,}8\times 10^{-9} mol/L. Dans l'eau pure, ss valait 1,34×1051{,}34\times 10^{-5} mol/L : la solubilité est divisée par environ 7500.

b) L'équilibre est AgCl(s)Ag++ClAgCl(s)\rightleftharpoons Ag^{+}+Cl^{-}. En ajoutant ClCl^{-}, on augmente la concentration d'un produit ; le système réagit en consommant ce produit, donc en déplaçant l'équilibre vers la GAUCHE, c'est-à-dire vers la formation de solide. Il se dissout donc moins de sel : la solubilité diminue. Noter que KpsK_{ps}, lui, n'a pas changé — seule la répartition entre les deux ions a changé.

c) Dans l'eau pure : CaF2(s)Ca2++2FCaF_{2}(s)\rightleftharpoons Ca^{2+}+2F^{-}, donc Kps=4s3K_{ps}=4s^{3} et s=3,9×101143=2,14×104s=\sqrt[3]{\dfrac{3{,}9\times 10^{-11}}{4}}=2{,}14\times 10^{-4} mol/L. Dans Ca(NO3)2Ca(NO_{3})_{2} à 0,050 mol/L, l'ion commun est Ca2+Ca^{2+} : [Ca2+]0,050\left[Ca^{2+}\right]\approx 0{,}050 et [F]=2s\left[F^{-}\right]=2s. Alors Kps=0,050×(2s)2=0,20s2K_{ps}=0{,}050\times(2s)^{2}=0{,}20s^{2}, d'où s=3,9×10110,20=1,40×105s=\sqrt{\dfrac{3{,}9\times 10^{-11}}{0{,}20}}=1{,}40\times 10^{-5} mol/L : environ 15 fois moins.

d) La dissolution apporte s=1,8×109s=1{,}8\times 10^{-9} mol/L de ClCl^{-}, à comparer aux 0,10 mol/L déjà présents. L'apport représente 1,8×1061{,}8\times 10^{-6} % du total : totalement négligeable devant la précision des données. L'approximation « [ion commun]\left[\text{ion commun}\right]\approx concentration ajoutée » est donc légitime, et elle l'est chaque fois que ss est petit devant la concentration imposée. Elle cesserait de l'être si l'ion commun était très dilué, auquel cas il faudrait résoudre l'équation complète.

Exercice 3 : Le quotient ionique : y aura-t-il un précipité ?

Pour savoir si un mélange précipite, on compare le quotient ionique QQ au KpsK_{ps}. Le piège n'est presque jamais dans la comparaison : il est dans la DILUTION que provoque le mélange, oubliée une fois sur deux.

Donnée : Kps(PbCl2)=1,7×105K_{ps}\left(PbCl_{2}\right)=1{,}7\times 10^{-5}.

  • a) On mélange 100 mL de Pb(NO3)2Pb(NO_{3})_{2} à 0,010 mol/L et 100 mL de NaClNaCl à 0,010 mol/L. Calculez les concentrations APRÈS mélange.
  • b) Calculez QQ et concluez : y a-t-il précipitation ?
  • c) Reprenez les deux questions avec des solutions à 0,20 mol/L chacune.
  • d) Un élève qui oublie la dilution utilise directement 0,010 mol/L dans le cas a. Quel QQ trouve-t-il, et sa conclusion change-t-elle ? Que retenir ?
Voir la correction

a) Le volume total est 100+100=200100+100=200 mL, donc chaque solution est diluée d'un facteur 2. [Pb2+]=0,010×0,1000,200=5,0×103\left[Pb^{2+}\right]=\dfrac{0{,}010\times 0{,}100}{0{,}200}=5{,}0\times 10^{-3} mol/L, et de même [Cl]=5,0×103\left[Cl^{-}\right]=5{,}0\times 10^{-3} mol/L. Les ions spectateurs NO3NO_{3}^{-} et Na+Na^{+} n'interviennent pas.

b) Q=[Pb2+][Cl]2=5,0×103×(5,0×103)2=1,25×107Q=\left[Pb^{2+}\right]\left[Cl^{-}\right]^{2}=5{,}0\times 10^{-3}\times\left(5{,}0\times 10^{-3}\right)^{2}=1{,}25\times 10^{-7}. Comme Q=1,25×107<Kps=1,7×105Q=1{,}25\times 10^{-7}<K_{ps}=1{,}7\times 10^{-5}, la solution est INSATURÉE : il n'y a pas de précipité, tout reste dissous.

c) Avec 0,20 mol/L, après dilution par 2 : [Pb2+]=[Cl]=0,10\left[Pb^{2+}\right]=\left[Cl^{-}\right]=0{,}10 mol/L. Alors Q=0,10×(0,10)2=1,0×103Q=0{,}10\times(0{,}10)^{2}=1{,}0\times 10^{-3}. Cette fois Q>KpsQ>K_{ps} : il y a PRÉCIPITATION de PbCl2PbCl_{2}, et elle se poursuit jusqu'à ce que le produit des concentrations redescende à 1,7×1051{,}7\times 10^{-5}.

d) Sans tenir compte de la dilution, il calcule Q=0,010×(0,010)2=1,0×106Q=0{,}010\times(0{,}010)^{2}=1{,}0\times 10^{-6}, soit huit fois la vraie valeur. Ici la conclusion ne change PAS, car 1,0×1061{,}0\times 10^{-6} reste inférieur à KpsK_{ps} : l'erreur passe inaperçue. C'est précisément ce qui la rend dangereuse. Avec un exposant 2 sur [Cl]\left[Cl^{-}\right], oublier une dilution par 2 fausse QQ d'un facteur 23=82^{3}=8, et il suffit que le vrai QQ soit un peu en dessous du KpsK_{ps} pour que la conclusion s'inverse. RÈGLE : recalculer toutes les concentrations sur le volume TOTAL avant d'écrire QQ.

Exercice 4 : La précipitation sélective

Deux anions en solution, un seul réactif ajouté goutte à goutte : celui qui exige la plus faible concentration de réactif précipite en premier. Si l'écart est assez grand, on peut séparer les deux ions presque complètement.

Une solution contient ClCl^{-} à 0,010 mol/L ET CrO42CrO_{4}^{2-} à 0,010 mol/L. On y ajoute lentement du nitrate d'argent. Données : Kps(AgCl)=1,8×1010K_{ps}(AgCl)=1{,}8\times 10^{-10} ; Kps(Ag2CrO4)=1,1×1012K_{ps}\left(Ag_{2}CrO_{4}\right)=1{,}1\times 10^{-12}.

  • a) Calculez la concentration minimale de Ag+Ag^{+} nécessaire pour commencer à précipiter AgClAgCl.
  • b) Faites le même calcul pour Ag2CrO4Ag_{2}CrO_{4}. Attention à l'exposant.
  • c) Lequel des deux sels précipite en premier ?
  • d) Au moment précis où le second sel commence à précipiter, quelle fraction du premier anion reste-t-il en solution ? La séparation est-elle efficace ?
Voir la correction

a) La précipitation commence quand QQ atteint KpsK_{ps}. Pour AgClAgCl : [Ag+][Cl]=Kps\left[Ag^{+}\right]\left[Cl^{-}\right]=K_{ps}, donc [Ag+]=1,8×10100,010=1,8×108\left[Ag^{+}\right]=\dfrac{1{,}8\times 10^{-10}}{0{,}010}=1{,}8\times 10^{-8} mol/L.

b) Pour Ag2CrO4Ag_{2}CrO_{4} : [Ag+]2[CrO42]=Kps\left[Ag^{+}\right]^{2}\left[CrO_{4}^{2-}\right]=K_{ps}, donc [Ag+]2=1,1×10120,010=1,1×1010\left[Ag^{+}\right]^{2}=\dfrac{1{,}1\times 10^{-12}}{0{,}010}=1{,}1\times 10^{-10} et [Ag+]=1,1×1010=1,05×105\left[Ag^{+}\right]=\sqrt{1{,}1\times 10^{-10}}=1{,}05\times 10^{-5} mol/L. L'exposant 2 est la seule difficulté : c'est lui qu'on oublie, et il change le résultat de plusieurs ordres de grandeur.

c) AgClAgCl exige 1,8×1081{,}8\times 10^{-8} mol/L, Ag2CrO4Ag_{2}CrO_{4} exige 1,05×1051{,}05\times 10^{-5} mol/L, soit près de 600 fois plus. C'est donc AgClAgCl, le chlorure d'argent, qui précipite EN PREMIER, bien qu'il ait le plus grand KpsK_{ps} des deux : encore une fois, la stœchiométrie décide.

d) Le second sel commence à précipiter quand [Ag+]=1,05×105\left[Ag^{+}\right]=1{,}05\times 10^{-5} mol/L. À cet instant, le chlorure restant vérifie encore l'équilibre du AgClAgCl : [Cl]=Kps[Ag+]=1,8×10101,05×105=1,72×105\left[Cl^{-}\right]=\dfrac{K_{ps}}{\left[Ag^{+}\right]}=\dfrac{1{,}8\times 10^{-10}}{1{,}05\times 10^{-5}}=1{,}72\times 10^{-5} mol/L. Rapporté aux 0,010 mol/L de départ, il reste 0,170{,}17 % du chlorure, donc plus de 99,8 % a été précipité avant que le chromate ne commence. La séparation est excellente. C'est le principe du dosage de Mohr : le chromate sert d'indicateur, et l'apparition du précipité rouge de Ag2CrO4Ag_{2}CrO_{4} signale que tout le chlorure est consommé.

Partie B : Niveau examen (/18)

Exercice 5 : Solubilité, pH et hydroxydes

Quand l'anion du sel est une base, le pH devient un levier sur la solubilité. C'est vrai des hydroxydes de façon évidente, et des sels d'acides faibles de façon moins évidente mais tout aussi utile.

Données : Kps(Mg(OH)2)=5,6×1012K_{ps}\left(Mg(OH)_{2}\right)=5{,}6\times 10^{-12} ; Kps(CaF2)=3,9×1011K_{ps}\left(CaF_{2}\right)=3{,}9\times 10^{-11} ; Ka(HF)=6,8×104K_{a}(HF)=6{,}8\times 10^{-4}.

  • a) Calculez la solubilité de Mg(OH)2Mg(OH)_{2} dans l'eau pure, puis le pH de la solution saturée.
  • b) Calculez sa solubilité dans une solution tampon à pH 9,00. Comparez.
  • c) Expliquez qualitativement, à l'aide des deux équilibres en jeu, pourquoi CaF2CaF_{2} est plus soluble en milieu acide qu'en milieu neutre.
  • d) AgClAgCl est-il, lui aussi, plus soluble en milieu acide ? Justifiez.
  • e) Le lait de magnésie est une suspension de Mg(OH)2Mg(OH)_{2} utilisée comme antiacide. Expliquez, avec ce chapitre, pourquoi il agit dans l'estomac tout en restant peu soluble dans le flacon.
Voir la correction

a) Mg(OH)2(s)Mg2++2OHMg(OH)_{2}(s)\rightleftharpoons Mg^{2+}+2OH^{-}, donc Kps=s(2s)2=4s3K_{ps}=s(2s)^{2}=4s^{3} et s=5,6×101243=1,12×104s=\sqrt[3]{\dfrac{5{,}6\times 10^{-12}}{4}}=1{,}12\times 10^{-4} mol/L. Alors [OH]=2s=2,24×104\left[OH^{-}\right]=2s=2{,}24\times 10^{-4} mol/L, d'où pOH=log(2,24×104)=3,65pOH=-\log\left(2{,}24\times 10^{-4}\right)=3{,}65 et pH=143,65=10,35pH=14-3{,}65=10{,}35. Une suspension saturée est donc nettement basique.

b) À pH 9,00, le tampon impose pOH=5,00pOH=5{,}00, donc [OH]=1,0×105\left[OH^{-}\right]=1{,}0\times 10^{-5} mol/L, valeur FIXÉE indépendamment de la dissolution. Alors s=[Mg2+]=Kps[OH]2=5,6×1012(1,0×105)2=5,6×102s=\left[Mg^{2+}\right]=\dfrac{K_{ps}}{\left[OH^{-}\right]^{2}}=\dfrac{5{,}6\times 10^{-12}}{\left(1{,}0\times 10^{-5}\right)^{2}}=5{,}6\times 10^{-2} mol/L. La solubilité est multipliée par 500 environ. Abaisser le pH de 10,35 à 9,00 suffit donc à faire passer le magnésium de traces à une concentration appréciable.

c) Deux équilibres sont couplés : CaF2(s)Ca2++2FCaF_{2}(s)\rightleftharpoons Ca^{2+}+2F^{-} et F+H+HFF^{-}+H^{+}\rightleftharpoons HF. En milieu acide, H+H^{+} consomme les ions FF^{-} pour former HFHF, qui est un acide FAIBLE donc peu dissocié. La disparition de FF^{-} déplace le premier équilibre vers la droite, et il se dissout davantage de CaF2CaF_{2}. C'est encore Le Chatelier, appliqué cette fois en retirant un produit.

d) Non. L'anion est ClCl^{-}, base conjuguée de HClHCl qui est un acide FORT : ClCl^{-} n'a donc aucune tendance à capter H+H^{+}, et aucun second équilibre ne vient retirer des ions chlorure. La solubilité de AgClAgCl est pratiquement insensible au pH. RÈGLE : l'effet du pH n'existe que si l'anion du sel est une base appréciable, c'est-à-dire s'il est la base conjuguée d'un acide faible.

e) Dans le flacon, l'eau est presque neutre et Mg(OH)2Mg(OH)_{2} y est très peu soluble : le produit reste une suspension blanche stable, sans goût métallique marqué et sans risque de surdose. Dans l'estomac, le pH descend vers 1 à 2 : les ions H+H^{+} neutralisent les OHOH^{-} selon H++OHH2OH^{+}+OH^{-}\rightarrow H_{2}O, ce qui retire un produit de l'équilibre de dissolution et fait dissoudre le solide au fur et à mesure. Le solide agit donc comme une RÉSERVE qui ne se libère qu'en présence d'acide, et qui s'arrête d'elle-même quand l'acide est neutralisé. C'est exactement le comportement recherché pour un antiacide : autorégulé par le pH.

Exercice 6 : Problème : adoucir une eau dure

Une eau dure contient des ions Ca2+Ca^{2+} qui forment des dépôts dans les bouilloires et les chauffe-eau. Un procédé d'adoucissement consiste à ajouter du carbonate de sodium, qui précipite le calcium sous forme de calcaire.

Une eau contient [Ca2+]=2,0×103\left[Ca^{2+}\right]=2{,}0\times 10^{-3} mol/L. Donnée : Kps(CaCO3)=4,5×109K_{ps}\left(CaCO_{3}\right)=4{,}5\times 10^{-9}.

  • a) Écrivez l'équation de précipitation et l'expression du KpsK_{ps}.
  • b) Quelle concentration de CO32CO_{3}^{2-} faut-il atteindre pour que la précipitation COMMENCE ?
  • c) La norme vise à ramener le calcium à 5,0×1055{,}0\times 10^{-5} mol/L. Quelle concentration de carbonate faut-il maintenir à l'équilibre ?
  • d) Quel pourcentage du calcium initial a-t-on éliminé ?
Voir la correction

a) Ca2++CO32CaCO3(s)Ca^{2+}+CO_{3}^{2-}\rightarrow CaCO_{3}(s), l'équilibre de dissolution s'écrivant CaCO3(s)Ca2++CO32CaCO_{3}(s)\rightleftharpoons Ca^{2+}+CO_{3}^{2-} avec Kps=[Ca2+][CO32]K_{ps}=\left[Ca^{2+}\right]\left[CO_{3}^{2-}\right].

b) La précipitation commence quand QQ atteint KpsK_{ps} : [CO32]=Kps[Ca2+]=4,5×1092,0×103=2,25×106\left[CO_{3}^{2-}\right]=\dfrac{K_{ps}}{\left[Ca^{2+}\right]}=\dfrac{4{,}5\times 10^{-9}}{2{,}0\times 10^{-3}}=2{,}25\times 10^{-6} mol/L. Une quantité minuscule suffit à amorcer le dépôt, ce qui explique qu'un calcaire se forme spontanément dans les eaux naturelles chargées en carbonate.

c) À l'équilibre final, le produit doit toujours valoir KpsK_{ps}, mais avec le calcium abaissé : [CO32]=4,5×1095,0×105=9,0×105\left[CO_{3}^{2-}\right]=\dfrac{4{,}5\times 10^{-9}}{5{,}0\times 10^{-5}}=9{,}0\times 10^{-5} mol/L. Il faut donc environ 40 fois plus de carbonate que pour simplement amorcer la précipitation : le dernier calcium est toujours le plus coûteux à retirer, et c'est une propriété générale des équilibres de solubilité.

d) Le calcium éliminé vaut 2,0×1035,0×105=1,95×1032{,}0\times 10^{-3}-5{,}0\times 10^{-5}=1{,}95\times 10^{-3} mol/L, soit 1,95×1032,0×103=97,5\dfrac{1{,}95\times 10^{-3}}{2{,}0\times 10^{-3}}=97{,}5 % de la quantité initiale. Le procédé est donc très efficace, mais il ne peut jamais atteindre 100 % : tant qu'il reste du solide en contact avec l'eau, le produit des concentrations reste égal au KpsK_{ps}, et une trace de calcium subsiste nécessairement en solution.

Voir aussi

Vous cherchez un tuteur en chimie 202-NYB à Montréal ?

Contactez-moi pour une première séance. La solubilité est le chapitre où les erreurs viennent presque toujours de la stœchiométrie de dissolution, pas du calcul : c'est exactement ce qu'on travaille ici.

Site par Studio Squalli