Chimie des solutions 202-NYB • Complément québécois de Terminale et cégep à Montréal

Exercices corrigés : les titrages et les solutions tampons (202-NYB)

Voici la série d'exercices corrigés du cours 202-NYB consacrée aux titrages acido-basiques et aux solutions tampons. La partie A construit la lecture d'une courbe : les quatre informations qu'elle contient, le titrage d'une base faible par un acide fort où l'équivalence tombe en milieu acide, celui d'un diacide avec ses deux sauts inégaux, le pouvoir tampon calculé puis comparé à son maximum théorique, et l'effet d'une dilution qui laisse le pH inchangé tout en divisant la robustesse par dix. La partie B passe aux applications : le choix de l'indicateur coloré avec l'erreur de titrage chiffrée, la méthode de la dérivée première pour repérer l'équivalence, cinq affirmations à corriger, le dosage en retour d'un comprimé antiacide, et le tampon bicarbonate du sang.

Cette série s'adresse aux étudiants de cégep en Sciences de la nature et de la santé, ainsi qu'aux élèves de Terminale spécialité physique-chimie du Lycée Marie de France et du Collège Stanislas, où le titrage suivi par pH-métrie est au programme. Elle suppose acquis l'équilibre acido-basique et la constante KaK_{a}, et elle en tire tout ce qu'un laboratoire en demande.

Le fil à garder tout du long : une courbe de titrage n'est pas une figure décorative, c'est une SOURCE DE DONNÉES, et elle en contient quatre. Le volume équivalent donne la concentration cherchée. Le pH à la demi-équivalence donne directement le pKa, sans aucun calcul. Le pH à l'équivalence dit quel indicateur choisir, et il n'est presque jamais égal à 7. Enfin la hauteur du saut dit si le titrage est exploitable ou non. Devant n'importe quel énoncé, avant tout calcul, repérez ces quatre points. Et retenez le principal piège du chapitre : l'équivalence n'est pas la neutralité. Le pH y vaut 7 seulement quand l'acide ET la base sont forts, il est basique quand on titre un acide faible et acide quand on titre une base faible, tout simplement parce que le produit formé est lui-même un acide ou une base.

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Ce chapitre fait partie de Chimie des solutions, 202-NYB
Avant de commencer Fiche de révision : les pièges et la méthode de ce chapitre

Avant ce chapitre

Ces notions sont supposées acquises ici. Si le premier exercice résiste, le blocage vient presque toujours de l'une d'elles, pas du chapitre lui-même.

Remonter plus loin : la chaîne complète (6 chapitres) ↓

Le chemin de remédiation, du plus ancien au plus proche. Un élève qui reprend ce chapitre de zéro le reprend dans cet ordre.

  1. 1La vitesse de réactionSecondaire 5 SN5
  2. 2L'équilibre chimiqueSecondaire 5 SN5
  3. 3Stœchiométrie, réactif limitant et rendementChimie générale 202-SF1-RE (ancien 202-NYA)
  4. 4La cinétique chimique
  5. 5L'équilibre chimique
  6. 6Les acides et les bases

Rappel de cours

  • Équivalence : le point où les réactifs ont été mélangés dans les proportions stoechiométriques de la réaction de titrage. Pour un monoacide et une monobase, CaVa=CbVb,eˊqC_{a}V_{a}=C_{b}V_{b\text{,éq}}.
  • Le pH à l'équivalence dépend du produit formé. Acide fort par base forte : pH=7,00\mathrm{pH}=7{,}00. Acide faible par base forte : la base conjuguée s'hydrolyse, pH>7\mathrm{pH}>7. Base faible par acide fort : l'acide conjugué s'hydrolyse, pH<7\mathrm{pH}<7.
  • Relation de Henderson-Hasselbalch : pH=pKa+log[base][acide]\mathrm{pH}=\mathrm{p}K_{a}+\log\dfrac{[\text{base}]}{[\text{acide}]}. Elle n'est valable que dans la zone tampon, en gros pour un rapport compris entre 110\dfrac{1}{10} et 1010, soit pKa±1\mathrm{p}K_{a}\pm 1.
  • À la DEMI-ÉQUIVALENCE d'un acide faible, [acide]=[base][\text{acide}]=[\text{base}], donc pH=pKa\mathrm{pH}=\mathrm{p}K_{a}. C'est la mesure de pKa la plus rapide qui existe, et elle ne demande aucune connaissance de la concentration.
  • pH d'un acide faible seul : [H3O+]=KaC[\mathrm{H_{3}O^{+}}]=\sqrt{K_{a}C} tant que l'ionisation reste faible. pH d'une base faible seule : [OH]=KbC[\mathrm{OH^{-}}]=\sqrt{K_{b}C}, avec KaKb=Ke=1,0×1014K_{a}K_{b}=K_{e}=1{,}0\times 10^{-14} à 25 °C.
  • pH d'un amphotère, comme HCO3\mathrm{HCO_{3}^{-}} : pH=pKa1+pKa22\mathrm{pH}=\dfrac{\mathrm{p}K_{a1}+\mathrm{p}K_{a2}}{2}, indépendamment de la concentration. C'est le pH lu à la PREMIÈRE équivalence d'un diacide.
  • Pouvoir tampon : β=dnbaseVd(pH)\beta=\dfrac{dn_{\text{base}}}{V\,d(\mathrm{pH})}, en mol par litre et par unité de pH. Il est MAXIMAL quand pH=pKa\mathrm{pH}=\mathrm{p}K_{a}, et vaut alors βmax=0,576CT\beta_{\max}=0{,}576\,C_{T}, où CTC_{T} est la concentration totale des deux formes.
  • Une dilution ne change PAS le pH d'un tampon, puisque seul le RAPPORT des concentrations intervient dans Henderson. Elle divise en revanche le pouvoir tampon dans la même proportion : le pH tient, la robustesse non.
  • Indicateur coloré : c'est un couple acido-basique dont les deux formes ont des couleurs différentes. Sa zone de virage s'étend approximativement sur pKi±1\mathrm{p}K_{i}\pm 1. Le bon indicateur est celui dont la zone de virage est CONTENUE dans le saut de pH du titrage.
  • Zones de virage usuelles : hélianthine ou méthylorange, 3,13{,}1 à 4,44{,}4 ; rouge de méthyle, 4,44{,}4 à 6,26{,}2 ; bleu de bromothymol, 6,06{,}0 à 7,67{,}6 ; phénolphtaléine, 8,28{,}2 à 10,010{,}0.
  • Méthode de la dérivée : l'équivalence est le point d'INFLEXION de la courbe pH=f(V)\mathrm{pH}=f(V), donc le MAXIMUM de d(pH)dV\dfrac{d(\mathrm{pH})}{dV}. C'est la méthode la plus objective, elle ne demande aucun tracé de tangente à la main.
  • Dosage en RETOUR : on ajoute un excès connu de réactif, on laisse réagir complètement, puis on titre l'excès. La quantité cherchée s'obtient par différence. On y recourt quand la réaction directe est lente, incomplète, ou quand l'échantillon est un solide.
  • pKa utiles à 25 °C : acide acétique 4,744{,}74 ; ion ammonium 9,269{,}26 ; acide carbonique pKa1=6,37\mathrm{p}K_{a1}=6{,}37 et pKa2=10,33\mathrm{p}K_{a2}=10{,}33.

Partie A : courbes de titrage et pouvoir tampon (/50)

Exercice 1 : Lire une courbe de titrage : quatre informations

On titre 25,0025{,}00 mL d'acide acétique 0,1000{,}100 M par de l'hydroxyde de sodium 0,1000{,}100 M. On donne Ka=1,8×105K_{a}=1{,}8\times 10^{-5}. La courbe montre le pH en fonction du volume de base versé.

5101520253035402468101214V de NaOH (mL)pKapH
  • a) Écrivez l'équation de la réaction de titrage et calculez le volume équivalent.
  • b) Calculez le pH initial de la solution.
  • c) Calculez le pH après ajout de 10,0010{,}00 mL puis de 12,5012{,}50 mL de base. Que remarquez-vous sur la seconde valeur, et quel usage pratique en fait-on ?
  • d) Calculez le pH à l'équivalence, en détaillant l'espèce responsable. Pourquoi n'est-il pas égal à 7 ?
  • e) Calculez le pH après ajout de 26,0026{,}00 mL, puis mesurez la hauteur du saut entre 24,0024{,}00 mL et 26,0026{,}00 mL.

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Réponses

  • a) CH3COOH+OHCH3COO+H2OCH_{3}COOH+OH^{-}\rightarrow CH_{3}COO^{-}+H_{2}O, Veq=25,00V_{eq}=25{,}00 mL
  • b) pH=2,87pH=2{,}87, taux d'ionisation de 1,3 %
  • c) pH=4,57pH=4{,}57 à 10,00 mL et pH=pKa=4,74pH=pK_{a}=4{,}74 à 12,50 mL : le pKa se lit sans calcul
  • d) [CH3COO]=0,0500[CH_{3}COO^{-}]=0{,}0500 M et pH=8,72pH=8{,}72 : le produit est une base faible, pas un sel inerte
  • e) pH=11,29pH=11{,}29 à 26,00 mL contre 6,12 à 24,00 mL : un saut de 5,17 unités

a) CH3COOH+OHCH3COO+H2O\mathrm{CH_{3}COOH}+\mathrm{OH^{-}}\rightarrow\mathrm{CH_{3}COO^{-}}+\mathrm{H_{2}O}. La réaction est quantitative, sa constante valant KaKe=1,8×109\dfrac{K_{a}}{K_{e}}=1{,}8\times 10^{9}. Équivalence : CaVa=CbVbC_{a}V_{a}=C_{b}V_{b}, donc Veˊq=0,100×25,000,100=25,00V_{\text{éq}}=\dfrac{0{,}100\times 25{,}00}{0{,}100}=25{,}00 mL. L'égalité des concentrations rend le volume équivalent égal au volume initial, ce qui est commode mais ne doit pas devenir un réflexe.

b) L'acide acétique est faible, il ne s'ionise que partiellement : [H3O+]=KaC=1,8×105×0,100=1,8×106=1,34×103[\mathrm{H_{3}O^{+}}]=\sqrt{K_{a}C}=\sqrt{1{,}8\times 10^{-5}\times 0{,}100}=\sqrt{1{,}8\times 10^{-6}}=1{,}34\times 10^{-3} M, d'où pH=2,87\mathrm{pH}=2{,}87. Vérification de l'approximation : le taux d'ionisation vaut 1,34×1030,100=1,3\dfrac{1{,}34\times 10^{-3}}{0{,}100}=1{,}3 %, largement sous les 5 % habituellement tolérés. Un acide FORT de même concentration donnerait pH=1,00\mathrm{pH}=1{,}00 : presque deux unités d'écart, soit un facteur soixante-quinze sur la concentration en ions hydronium.

c) À 10,0010{,}00 mL, on a formé 1,001{,}00 mmol d'acétate et il reste 1,501{,}50 mmol d'acide : c'est un tampon, et Henderson s'applique. pH=4,74+log1,001,50=4,740,18=4,57\mathrm{pH}=4{,}74+\log\dfrac{1{,}00}{1{,}50}=4{,}74-0{,}18=4{,}57. À 12,5012{,}50 mL, exactement la moitié du volume équivalent, on a formé 1,251{,}25 mmol d'acétate et il reste 1,251{,}25 mmol d'acide : le rapport vaut 1, son logarithme est nul, et pH=pKa=4,74\mathrm{pH}=\mathrm{p}K_{a}=4{,}74. C'est la deuxième information de la courbe, et c'est la plus rentable : le pKa se LIT directement sur l'axe des ordonnées à la demi-équivalence, sans aucun calcul, sans connaître la concentration, et même sans que l'acide soit identifié. C'est ainsi qu'on identifie un acide inconnu en laboratoire.

d) À l'équivalence, tout l'acide est devenu de l'acétate, à la concentration C=0,100×25,0050,00=0,0500C=\dfrac{0{,}100\times 25{,}00}{50{,}00}=0{,}0500 M, la dilution par le volume total étant obligatoire. L'acétate est une BASE faible qui s'hydrolyse : Kb=KeKa=1,0×10141,8×105=5,56×1010K_{b}=\dfrac{K_{e}}{K_{a}}=\dfrac{1{,}0\times 10^{-14}}{1{,}8\times 10^{-5}}=5{,}56\times 10^{-10}. Alors [OH]=5,56×1010×0,0500=5,27×106[\mathrm{OH^{-}}]=\sqrt{5{,}56\times 10^{-10}\times 0{,}0500}=5{,}27\times 10^{-6} M, pOH=5,28\mathrm{pOH}=5{,}28 et pH=8,72\mathrm{pH}=8{,}72. Le pH n'est pas 7 parce que le produit du titrage n'est pas neutre : c'est une base. Écrire « à l'équivalence pH égale 7 » est l'erreur la plus lourdement sanctionnée du chapitre, et elle a une conséquence pratique immédiate, elle conduit à choisir le mauvais indicateur.

e) À 26,0026{,}00 mL, il y a un excès de 1,001{,}00 mL de base forte : [OH]=0,100×1,0051,00=1,96×103[\mathrm{OH^{-}}]=\dfrac{0{,}100\times 1{,}00}{51{,}00}=1{,}96\times 10^{-3} M, pOH=2,71\mathrm{pOH}=2{,}71 et pH=11,29\mathrm{pH}=11{,}29. La base forte en excès écrase complètement l'hydrolyse de l'acétate, qu'on néglige donc. À 24,0024{,}00 mL, on est encore dans la zone tampon : pH=4,74+log24,001,00=6,12\mathrm{pH}=4{,}74+\log\dfrac{24{,}00}{1{,}00}=6{,}12. Le saut entre 24,0024{,}00 et 26,0026{,}00 mL vaut donc 11,296,12=5,1711{,}29-6{,}12=5{,}17 unités de pH pour deux millilitres, et il est presque entièrement concentré sur les deux dernières gouttes. C'est la quatrième information de la courbe : un saut de plus de deux unités rend le titrage exploitable, un saut inférieur à une unité le rend inutilisable, ce qui arrive avec les acides très faibles ou très dilués.

Exercice 2 : Le titrage d'une base faible par un acide fort

On titre 20,0020{,}00 mL d'une solution d'ammoniac 0,1500{,}150 M par de l'acide chlorhydrique 0,1000{,}100 M. On donne Kb(NH3)=1,8×105K_{b}(\mathrm{NH_{3}})=1{,}8\times 10^{-5}.

  • a) Écrivez l'équation de titrage et calculez le volume équivalent.
  • b) Calculez le pH initial.
  • c) Calculez le pH à la demi-équivalence et dites ce qu'on y lit.
  • d) Calculez le pH à l'équivalence, et expliquez pourquoi il est ACIDE alors qu'on titre une base.
  • e) Calculez le pH après ajout de 35,0035{,}00 mL, puis dites quel indicateur choisir parmi ceux du rappel, en justifiant l'exclusion de la phénolphtaléine.

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Réponses

  • a) NH3+H3O+NH4++H2ONH_{3}+H_{3}O^{+}\rightarrow NH_{4}^{+}+H_{2}O, Veq=30,00V_{eq}=30{,}00 mL
  • b) pOH=2,78pOH=2{,}78, donc pH=11,22pH=11{,}22
  • c) pH=pKa(NH4+)=9,26pH=pK_{a}(NH_{4}^{+})=9{,}26 à 15,00 mL : on y lit le pKa de l'ACIDE conjugué
  • d) [NH4+]=0,0600[NH_{4}^{+}]=0{,}0600 M et pH=5,24pH=5{,}24 : l'espèce présente est un acide faible
  • e) pH=2,04pH=2{,}04 à 35,00 mL ; rouge de méthyle, jamais la phénolphtaléine qui virerait trop tôt

a) NH3+H3O+NH4++H2O\mathrm{NH_{3}}+\mathrm{H_{3}O^{+}}\rightarrow\mathrm{NH_{4}^{+}}+\mathrm{H_{2}O}. Équivalence : n(NH3)=n(HCl)n(\mathrm{NH_{3}})=n(\mathrm{HCl}), soit 0,150×20,00=0,100×Veˊq0{,}150\times 20{,}00=0{,}100\times V_{\text{éq}}, donc Veˊq=30,00V_{\text{éq}}=30{,}00 mL. Attention, les concentrations sont ici DIFFÉRENTES, et le volume équivalent n'a plus aucune raison d'égaler le volume initial : c'est une source d'erreur classique chez qui a mémorisé l'exercice précédent au lieu de la méthode.

b) L'ammoniac est une base faible : [OH]=KbC=1,8×105×0,150=2,70×106=1,64×103[\mathrm{OH^{-}}]=\sqrt{K_{b}C}=\sqrt{1{,}8\times 10^{-5}\times 0{,}150}=\sqrt{2{,}70\times 10^{-6}}=1{,}64\times 10^{-3} M. D'où pOH=2,78\mathrm{pOH}=2{,}78 et pH=11,22\mathrm{pH}=11{,}22. Une base forte de même concentration donnerait pH=13,18\mathrm{pH}=13{,}18 : deux unités de plus.

c) À 15,0015{,}00 mL, la moitié de l'ammoniac a été transformée en ion ammonium : [NH3]=[NH4+][\mathrm{NH_{3}}]=[\mathrm{NH_{4}^{+}}], et pH=pKa(NH4+)\mathrm{pH}=\mathrm{p}K_{a}(\mathrm{NH_{4}^{+}}). Ce pKa vaut 14pKb=144,74=9,2614-\mathrm{p}K_{b}=14-4{,}74=9{,}26, donc pH=9,26\mathrm{pH}=9{,}26. On y lit donc le pKa de l'ACIDE CONJUGUÉ, et il faut prendre garde à ne pas y lire le pKb : le pH-mètre ne mesure jamais que des pKa, et la conversion par pKa+pKb=14\mathrm{p}K_{a}+\mathrm{p}K_{b}=14 est à faire ensuite.

d) À l'équivalence, tout l'ammoniac est devenu de l'ion ammonium, à la concentration C=0,150×20,0050,00=0,0600C=\dfrac{0{,}150\times 20{,}00}{50{,}00}=0{,}0600 M. L'ion ammonium est un ACIDE faible, de constante Ka=KeKb=5,56×1010K_{a}=\dfrac{K_{e}}{K_{b}}=5{,}56\times 10^{-10} : [H3O+]=5,56×1010×0,0600=5,77×106[\mathrm{H_{3}O^{+}}]=\sqrt{5{,}56\times 10^{-10}\times 0{,}0600}=5{,}77\times 10^{-6} M, soit pH=5,24\mathrm{pH}=5{,}24. Le pH est acide parce que l'espèce PRÉSENTE à l'équivalence est un acide, et non parce que l'acide fort serait en excès, ce qu'il n'est pas. C'est la symétrie exacte de l'exercice précédent : titrer un acide faible finit en milieu basique, titrer une base faible finit en milieu acide. Le titrant a disparu, seul compte le produit.

e) À 35,0035{,}00 mL, il y a 5,005{,}00 mL d'acide fort en excès : [H3O+]=0,100×5,0055,00=9,09×103[\mathrm{H_{3}O^{+}}]=\dfrac{0{,}100\times 5{,}00}{55{,}00}=9{,}09\times 10^{-3} M, soit pH=2,04\mathrm{pH}=2{,}04. Le saut se produit donc autour de pH=5,24\mathrm{pH}=5{,}24, en descendant. Il faut un indicateur dont la zone de virage encadre cette valeur : le ROUGE DE MÉTHYLE, qui vire entre 4,44{,}4 et 6,26{,}2, est le choix évident. La phénolphtaléine est à exclure absolument : elle vire entre 8,28{,}2 et 10,010{,}0, c'est-à-dire bien AVANT l'équivalence, alors qu'il reste encore beaucoup d'ammoniac à titrer. On arrêterait le titrage trop tôt et l'on sous-estimerait gravement la concentration. Le bleu de bromothymol, qui vire de 6,06{,}0 à 7,67{,}6, serait également trop haut, quoique moins gravement.

Exercice 3 : Le titrage d'un diacide : deux sauts

On titre 25,0025{,}00 mL d'une solution de carbonate de sodium 0,1000{,}100 M par de l'acide chlorhydrique 0,1000{,}100 M. Pour l'acide carbonique, Ka1=4,3×107K_{a1}=4{,}3\times 10^{-7} et Ka2=4,7×1011K_{a2}=4{,}7\times 10^{-11}. La figure donne l'allure de la courbe par ses points remarquables.

1020304050602468101214Ve1 = 25,0 mLVe2 = 50,0 mLV de HCl (mL)pH
  • a) Écrivez les deux réactions successives et calculez les deux volumes équivalents.
  • b) Calculez le pH à la première équivalence, et justifiez pourquoi il ne dépend pas de la concentration.
  • c) Calculez le pH aux deux demi-équivalences, à 12,5012{,}50 mL et à 37,5037{,}50 mL. Que lit-on à chacune ?
  • d) Calculez le pH à la seconde équivalence.
  • e) Proposez un indicateur pour chaque équivalence, et expliquez pourquoi la première est bien plus difficile à repérer que la seconde.

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a)
b)
c)
d)
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Réponses

  • a) Veq1=25,00V_{eq1}=25{,}00 mL et Veq2=50,00V_{eq2}=50{,}00 mL, exactement le double
  • b) pH=pKa1+pKa22=8,35pH=\frac{pK_{a1}+pK_{a2}}{2}=8{,}35, indépendant de la concentration (espèce amphotère)
  • c) pH=pKa2=10,33pH=pK_{a2}=10{,}33 à 12,50 mL et pH=pKa1=6,37pH=pK_{a1}=6{,}37 à 37,50 mL
  • d) [H2CO3]=0,0333[H_{2}CO_{3}]=0{,}0333 M et pH=3,92pH=3{,}92
  • e) Phénolphtaléine puis méthylorange ; la première équivalence est floue, les deux pKa ne diffèrent que de 3,96

a) Première réaction : CO32+H3O+HCO3+H2O\mathrm{CO_{3}^{2-}}+\mathrm{H_{3}O^{+}}\rightarrow\mathrm{HCO_{3}^{-}}+\mathrm{H_{2}O}, la base la plus forte réagissant la première. Seconde : HCO3+H3O+H2CO3+H2O\mathrm{HCO_{3}^{-}}+\mathrm{H_{3}O^{+}}\rightarrow\mathrm{H_{2}CO_{3}}+\mathrm{H_{2}O}. Chaque étape consomme une mole de protons par mole de carbonate initial : n=0,100×25,00=2,50n=0{,}100\times 25{,}00=2{,}50 mmol, donc Veˊq1=2,500,100=25,00V_{\text{éq}1}=\dfrac{2{,}50}{0{,}100}=25{,}00 mL et Veˊq2=50,00V_{\text{éq}2}=50{,}00 mL, soit exactement le double. L'égalité des deux intervalles est la signature d'un diacide, et c'est ce qui permet de distinguer sur une courbe un diacide d'un mélange de deux acides différents, où les intervalles n'ont aucune raison d'être égaux.

b) À la première équivalence, l'espèce majoritaire est l'ion hydrogénocarbonate, qui est AMPHOTÈRE : il peut céder un proton, avec Ka2K_{a2}, comme en capter un, avec Ka1K_{a1}. Le traitement de ces deux équilibres simultanés donne pH=pKa1+pKa22=6,37+10,332=8,35\mathrm{pH}=\dfrac{\mathrm{p}K_{a1}+\mathrm{p}K_{a2}}{2}=\dfrac{6{,}37+10{,}33}{2}=8{,}35. La concentration n'intervient PAS, et c'est mathématiquement remarquable : dans la démonstration, elle se simplifie entre la réaction acide et la réaction basique, qui la font intervenir de la même façon. Conséquence pratique appréciable, une dilution accidentelle de l'échantillon ne déplace pas ce point.

c) À 12,5012{,}50 mL, moitié du premier saut, on a [CO32]=[HCO3][\mathrm{CO_{3}^{2-}}]=[\mathrm{HCO_{3}^{-}}] : ce couple est celui de Ka2K_{a2}, donc pH=pKa2=10,33\mathrm{pH}=\mathrm{p}K_{a2}=10{,}33. À 37,5037{,}50 mL, milieu de l'intervalle entre les deux équivalences, on a [HCO3]=[H2CO3][\mathrm{HCO_{3}^{-}}]=[\mathrm{H_{2}CO_{3}}] : ce couple est celui de Ka1K_{a1}, donc pH=pKa1=6,37\mathrm{pH}=\mathrm{p}K_{a1}=6{,}37. Une seule courbe de titrage donne donc les DEUX constantes d'acidité, chacune en un point qu'il suffit de lire. C'est la méthode standard de détermination des pKa d'un polyacide, et elle explique pourquoi ces deux plateaux sont les régions les plus plates de toute la courbe : ce sont deux zones tampons.

d) À la seconde équivalence, tout est sous forme d'acide carbonique, à la concentration C=2,5075,00=0,0333C=\dfrac{2{,}50}{75{,}00}=0{,}0333 M, en tenant compte de la dilution par les 50,0050{,}00 mL ajoutés. C'est un acide faible seul : [H3O+]=Ka1C=4,3×107×0,0333=1,20×104[\mathrm{H_{3}O^{+}}]=\sqrt{K_{a1}C}=\sqrt{4{,}3\times 10^{-7}\times 0{,}0333}=1{,}20\times 10^{-4} M, soit pH=3,92\mathrm{pH}=3{,}92. On n'utilise que Ka1K_{a1}, la seconde ionisation étant quatre ordres de grandeur plus faible et donc négligeable.

e) Première équivalence, pH=8,35\mathrm{pH}=8{,}35 : la PHÉNOLPHTALÉINE, qui vire entre 8,28{,}2 et 10,010{,}0, convient à peu près. Seconde équivalence, pH=3,92\mathrm{pH}=3{,}92 : le MÉTHYLORANGE, qui vire entre 3,13{,}1 et 4,44{,}4, est le choix classique. La première est bien plus difficile à repérer, et pour une raison quantitative visible sur la figure : le saut y est petit, une fraction d'unité de pH, parce que les deux constantes voisines, pKa1=6,37\mathrm{p}K_{a1}=6{,}37 et pKa2=10,33\mathrm{p}K_{a2}=10{,}33, ne diffèrent que de quatre unités. Un saut net exige un écart d'au moins quatre à cinq unités entre deux pKa successifs, et l'on est ici à la limite. Le second saut, lui, se produit contre une espèce neutre et est bien plus franc. En pratique on préfère souvent doser le carbonate en une seule fois jusqu'au méthylorange, en chauffant pour chasser le dioxyde de carbone dissous, ce qui rend le second saut encore plus net.

Exercice 4 : Le pouvoir tampon, chiffré

On dispose de 100,0100{,}0 mL d'un tampon acétate de concentration totale CT=0,100C_{T}=0{,}100 M, préparé en quantités égales des deux formes, donc à pH=pKa=4,74\mathrm{pH}=\mathrm{p}K_{a}=4{,}74. La courbe donne le pouvoir tampon β\beta en fonction du pH pour ce même CTC_{T}.

23456780.010.020.030.040.050.060.07pHpKabeta (mol/L/pH)
  • a) Calculez le nombre de moles de chaque forme présentes dans les 100,0100{,}0 mL.
  • b) On ajoute 1,001{,}00 mmol de NaOH solide, sans variation de volume. Calculez le nouveau pH et la variation subie.
  • c) Calculez le pH qu'aurait produit le même ajout dans 100,0100{,}0 mL d'eau pure, initialement à pH=7,00\mathrm{pH}=7{,}00. Comparez.
  • d) Déduisez de b) le pouvoir tampon expérimental β\beta, et comparez-le au maximum théorique 0,576CT0{,}576\,C_{T}.
  • e) On prépare maintenant un tampon de même CTC_{T} mais dans le rapport 10:110:1, donc à pH=5,74\mathrm{pH}=5{,}74. Montrez qu'il ne peut même pas absorber 1,001{,}00 mmol de base, puis calculez le pH obtenu après 0,5000{,}500 mmol et le pouvoir tampon correspondant.

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Réponses

  • a) 5,00 mmol d'acide acétique et 5,00 mmol d'acétate
  • b) pH=4,92pH=4{,}92, soit ΔpH=+0,18\Delta pH=+0{,}18
  • c) pH=12,00pH=12{,}00 dans l'eau, soit +5,00+5{,}00 unités contre +0,18+0{,}18
  • d) β=5,68×102\beta=5{,}68\times 10^{-2} contre un maximum de 5,76×1025{,}76\times 10^{-2} : accord à 1,4 %
  • e) 0,909 mmol d'acide seulement, donc rupture ; après 0,500 mmol, pH=6,11pH=6{,}11 et β=1,35×102\beta=1{,}35\times 10^{-2}

a) nT=0,100×0,1000=1,00×102n_{T}=0{,}100\times 0{,}1000=1{,}00\times 10^{-2} mol, réparti en parts égales : 5,005{,}00 mmol d'acide acétique et 5,005{,}00 mmol d'ion acétate. C'est bien un tampon équimolaire, donc à pH=pKa\mathrm{pH}=\mathrm{p}K_{a}.

b) La base forte attaque l'acide faible du tampon, quantitativement : CH3COOH+OHCH3COO+H2O\mathrm{CH_{3}COOH}+\mathrm{OH^{-}}\rightarrow\mathrm{CH_{3}COO^{-}}+\mathrm{H_{2}O}. L'acide passe de 5,005{,}00 à 4,004{,}00 mmol et l'acétate de 5,005{,}00 à 6,006{,}00 mmol. Henderson : pH=4,74+log6,004,00=4,74+0,18=4,92\mathrm{pH}=4{,}74+\log\dfrac{6{,}00}{4{,}00}=4{,}74+0{,}18=4{,}92. La variation vaut ΔpH=+0,18\Delta\mathrm{pH}=+0{,}18, à peine perceptible. Notez la structure du calcul : on fait d'abord la stoechiométrie en MOLES, jusqu'au bout, et on n'applique Henderson qu'ensuite. Mélanger les deux étapes est la source d'erreur principale.

c) Dans l'eau pure, la soude est seule et entièrement dissociée : [OH]=1,00×1030,1000=1,00×102[\mathrm{OH^{-}}]=\dfrac{1{,}00\times 10^{-3}}{0{,}1000}=1{,}00\times 10^{-2} M, donc pOH=2,00\mathrm{pOH}=2{,}00 et pH=12,00\mathrm{pH}=12{,}00. La variation vaut +5,00+5{,}00 unités contre +0,18+0{,}18 dans le tampon, soit un facteur vingt-huit sur la variation de pH et un facteur de plus de dix mille sur la concentration en ions hydroxyde finale. C'est la démonstration chiffrée de ce qu'est un tampon, et c'est cette comparaison, plutôt que la définition, qu'il faut savoir produire en examen.

d) β=ΔnbaseVΔpH=1,00×1030,1000×0,176=5,68×102\beta=\dfrac{\Delta n_{\text{base}}}{V\,\Delta\mathrm{pH}}=\dfrac{1{,}00\times 10^{-3}}{0{,}1000\times 0{,}176}=5{,}68\times 10^{-2} mol/(L·pH). Le maximum théorique vaut 0,576×0,100=5,76×1020{,}576\times 0{,}100=5{,}76\times 10^{-2} : l'accord est à 1,41{,}4 % près. Le léger écart vient de ce que β\beta est une DÉRIVÉE, définie pour un ajout infinitésimal, alors qu'on a mesuré une variation finie sur laquelle β\beta a déjà commencé à diminuer. Le sommet de la courbe est bien en pH=pKa\mathrm{pH}=\mathrm{p}K_{a}, ce qui est la raison de choisir un tampon dont le pKa est aussi proche que possible du pH visé.

e) Dans le rapport 10:110:1, les 10,010{,}0 mmol totales se répartissent en 9,099{,}09 mmol d'acétate et 0,9090{,}909 mmol d'acide acétique. Ajouter 1,001{,}00 mmol de base exigerait de consommer 1,001{,}00 mmol d'acide, alors qu'il n'y en a que 0,9090{,}909 : la réserve est ÉPUISÉE avant la fin, le tampon est rompu, et l'excès de base se retrouve libre en solution, ce qui fait bondir le pH au-delà de 11. Avec 0,5000{,}500 mmol seulement : l'acide tombe à 0,4090{,}409 mmol et l'acétate monte à 9,599{,}59 mmol, d'où pH=4,74+log9,590,409=4,74+1,37=6,11\mathrm{pH}=4{,}74+\log\dfrac{9{,}59}{0{,}409}=4{,}74+1{,}37=6{,}11. La variation vaut 6,115,74=0,376{,}11-5{,}74=0{,}37 unité pour la MOITIÉ de la base, soit β=5,00×1040,1000×0,37=1,35×102\beta=\dfrac{5{,}00\times 10^{-4}}{0{,}1000\times 0{,}37}=1{,}35\times 10^{-2}, quatre fois moins qu'au sommet. La leçon est double : un tampon éloigné d'une unité de son pKa a déjà perdu les trois quarts de son efficacité, et surtout sa CAPACITÉ, c'est-à-dire la quantité de base qu'il peut encaisser avant rupture, est limitée par celle de ses deux formes prise séparément. Un tampon très déséquilibré résiste bien dans un sens et pas du tout dans l'autre.

Exercice 5 : La dilution d'un tampon : le pH tient, la robustesse non

On part du même tampon acétate équimolaire, CT=0,100C_{T}=0{,}100 M, pH=4,74\mathrm{pH}=4{,}74. On en prélève 100,0100{,}0 mL, et l'on prépare par ailleurs 100,0100{,}0 mL du même tampon dilué dix fois, donc à CT=0,0100C_{T}=0{,}0100 M.

  • a) Calculez le pH du tampon dilué, et justifiez le résultat à partir de la relation de Henderson.
  • b) On ajoute 0,1000{,}100 mmol de NaOH à chacun des deux échantillons. Calculez les deux nouveaux pH et les deux variations.
  • c) Comparez les deux pouvoirs tampons et vérifiez le rapport attendu.
  • d) Le tampon dilué garde le même pH mais résiste dix fois moins. Formulez en une phrase la distinction entre le pH d'un tampon et sa capacité, et dites laquelle des deux dépend de la concentration.
  • e) On dilue maintenant un million de fois, jusqu'à CT=1,00×107C_{T}=1{,}00\times 10^{-7} M. Le pH vaut-il encore 4,744{,}74 ? Justifiez sans calcul détaillé.

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Réponses

  • a) pH=4,74pH=4{,}74 inchangé : Henderson ne voit que le rapport des deux formes
  • b) pH=4,76pH=4{,}76 (Δ=0,017\Delta=0{,}017) et pH=4,92pH=4{,}92 (Δ=0,18\Delta=0{,}18) : dix fois plus de dérive
  • c) β=5,76×102\beta=5{,}76\times 10^{-2} contre 5,68×1035{,}68\times 10^{-3}, rapport 10,1
  • d) Le pH tient au RAPPORT des deux formes, la capacité à leur QUANTITÉ : seule la seconde suit la dilution
  • e) Non : à 10710^{-7} M l'autoprotolyse de l'eau domine et le pH remonte vers 7,00

a) Le pH reste 4,744{,}74. La relation de Henderson, pH=pKa+log[base][acide]\mathrm{pH}=\mathrm{p}K_{a}+\log\dfrac{[\text{base}]}{[\text{acide}]}, ne fait intervenir que le RAPPORT des deux concentrations. Or une dilution divise les deux par le même facteur, donc laisse le rapport strictement inchangé, et le logarithme vaut toujours zéro. C'est un résultat qui déroute parce qu'il contredit l'intuition acquise sur les acides forts, dont le pH monte d'une unité à chaque dilution par dix. Un tampon, lui, est insensible à la dilution, et c'est justement une de ses qualités : une pipette mal rincée ne fausse pas la mesure.

b) Échantillon concentré, 5,005{,}00 mmol de chaque forme. Après ajout : 5,105{,}10 mmol d'acétate et 4,904{,}90 mmol d'acide, d'où pH=4,74+log5,104,90=4,74+0,0174=4,76\mathrm{pH}=4{,}74+\log\dfrac{5{,}10}{4{,}90}=4{,}74+0{,}0174=4{,}76, soit ΔpH=0,017\Delta\mathrm{pH}=0{,}017. Échantillon dilué, 0,5000{,}500 mmol de chaque forme. Après ajout : 0,6000{,}600 mmol d'acétate et 0,4000{,}400 mmol d'acide, d'où pH=4,74+log0,6000,400=4,74+0,176=4,92\mathrm{pH}=4{,}74+\log\dfrac{0{,}600}{0{,}400}=4{,}74+0{,}176=4{,}92, soit ΔpH=0,18\Delta\mathrm{pH}=0{,}18. Le même ajout produit dix fois plus de dérive dans le tampon dilué.

c) βconcentreˊ=1,00×1040,1000×0,0174=5,76×102\beta_{\text{concentré}}=\dfrac{1{,}00\times 10^{-4}}{0{,}1000\times 0{,}0174}=5{,}76\times 10^{-2} et βdilueˊ=1,00×1040,1000×0,176=5,68×103\beta_{\text{dilué}}=\dfrac{1{,}00\times 10^{-4}}{0{,}1000\times 0{,}176}=5{,}68\times 10^{-3}. Le rapport vaut 10,110{,}1, conforme à la prévision βmax=0,576CT\beta_{\max}=0{,}576\,C_{T}, qui est proportionnelle à la concentration totale. Le pouvoir tampon suit donc exactement la dilution, alors que le pH n'y est pas sensible du tout.

d) Le pH d'un tampon est fixé par le RAPPORT des deux formes, sa capacité est fixée par leur QUANTITÉ : diluer change la seconde sans toucher à la première. C'est la phrase à retenir, et elle a une conséquence pratique de laboratoire : on choisit le couple d'après le pH visé, en cherchant un pKa proche, et on choisit la concentration d'après la quantité d'acide ou de base que le tampon devra encaisser. Les deux décisions sont indépendantes.

e) Non, et le raisonnement est le même que pour un acide fort très dilué. À 1,00×1071{,}00\times 10^{-7} M, les concentrations des deux formes du tampon sont du même ordre que celles produites par l'AUTOPROTOLYSE de l'eau, qui fournit à elle seule 10710^{-7} M d'ions hydronium et hydroxyde. L'hypothèse implicite de Henderson, selon laquelle les quantités d'acide et de base introduites restent grandes devant ce que l'eau produit, s'effondre. Il faudrait alors écrire le bilan complet avec la conservation de la matière, la neutralité électrique et le produit ionique de l'eau. Le résultat, physiquement évident, est que le pH remonte vers 7,007{,}00 : de l'eau presque pure est de l'eau, et l'on ne fabrique pas un tampon avec rien. La règle pratique est que Henderson exige des concentrations d'au moins 10310^{-3} M pour rester fiable.

Partie B : indicateurs, méthodes et applications (/50)

Exercice 6 : L'indicateur coloré et l'erreur de titrage, chiffrée

On compare deux titrages, tous deux menés sur 25,0025{,}00 mL d'acide 0,1000{,}100 M par NaOH 0,1000{,}100 M, donc de même volume équivalent 25,0025{,}00 mL. Le premier porte sur HCl, acide fort, et le second sur l'acide acétique, pKa=4,74\mathrm{p}K_{a}=4{,}74. On rappelle les zones de virage : méthylorange 3,13{,}1 à 4,44{,}4 ; phénolphtaléine 8,28{,}2 à 10,010{,}0.

  • a) Donnez le pH à l'équivalence de chacun des deux titrages, et dites pour chacun quels indicateurs conviennent.
  • b) Titrage de HCl avec la phénolphtaléine : le virage se produit vers pH=8,2\mathrm{pH}=8{,}2. Calculez le volume d'excès de base correspondant, puis l'erreur relative commise sur la concentration.
  • c) Titrage de l'acide acétique avec le MÉTHYLORANGE, qui vire vers pH=4,4\mathrm{pH}=4{,}4. Calculez la fraction d'acide réellement titrée à ce pH, le volume lu, et l'erreur relative.
  • d) Titrage de l'acide acétique avec la phénolphtaléine, qui vire vers pH=8,2\mathrm{pH}=8{,}2. Calculez le volume lu et l'erreur.
  • e) Concluez en une règle opératoire, et expliquez pourquoi un titrage suivi au pH-mètre s'affranchit du problème.

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Réponses

  • a) pHeq=7,00pH_{eq}=7{,}00 pour HCl (les deux indicateurs conviennent) et 8,72 pour l'acide acétique (phénolphtaléine seule)
  • b) 7,9×1047{,}9\times 10^{-4} mL d'excès, erreur de 0,0032 % : moins d'un centième de goutte
  • c) 31,1 % de l'acide titré, volume lu 7,78 mL, erreur de -68,9 % : catastrophe indétectable
  • d) 24,991 mL, erreur de -0,035 % : deux mille fois mieux, et sous la précision de la burette
  • e) La zone de virage doit être dans le saut, donc calculer le pH d'équivalence AVANT ; le pH-mètre cherche l'inflexion

a) HCl par NaOH : le produit est NaCl, sel d'acide fort et de base forte, qui ne s'hydrolyse pas, donc pHeˊq=7,00\mathrm{pH}_{\text{éq}}=7{,}00. Le saut y est énorme, de l'ordre de six unités entre 24,924{,}9 et 25,125{,}1 mL, et il englobe les deux zones de virage : les DEUX indicateurs conviennent, ce qui est la raison pour laquelle les titrages fort-fort sont si commodes. Acide acétique par NaOH : pHeˊq=8,72\mathrm{pH}_{\text{éq}}=8{,}72, calculé à l'exercice 1. Seule la phénolphtaléine convient, sa zone 8,28{,}2 à 10,010{,}0 contenant cette valeur ; le méthylorange, qui vire quatre unités plus bas, est disqualifié.

b) Après l'équivalence, le pH est fixé par l'excès de base forte. pH=8,2\mathrm{pH}=8{,}2 donne pOH=5,8\mathrm{pOH}=5{,}8, soit [OH]=1,58×106[\mathrm{OH^{-}}]=1{,}58\times 10^{-6} M. Cet excès occupe environ 5050 mL, donc nexceˋs=1,58×106×0,0500=7,9×108n_{\text{excès}}=1{,}58\times 10^{-6}\times 0{,}0500=7{,}9\times 10^{-8} mol, ce qui correspond à V=7,9×1080,100=7,9×107V=\dfrac{7{,}9\times 10^{-8}}{0{,}100}=7{,}9\times 10^{-7} L, soit 7,9×1047{,}9\times 10^{-4} mL. L'erreur relative vaut 7,9×10425,00=3,2×105\dfrac{7{,}9\times 10^{-4}}{25{,}00}=3{,}2\times 10^{-5}, c'est-à-dire 0,00320{,}0032 %. Autrement dit moins d'un centième de goutte : totalement indétectable, et négligeable devant l'incertitude de lecture de la burette, qui est de l'ordre de 0,050{,}05 mL soit 0,20{,}2 %.

c) À pH=4,4\mathrm{pH}=4{,}4, on est encore en pleine zone tampon, donc Henderson s'applique : 4,4=4,74+logx1x4{,}4=4{,}74+\log\dfrac{x}{1-x}, où xx est la fraction d'acide déjà transformée en acétate. D'où logx1x=0,34\log\dfrac{x}{1-x}=-0{,}34, soit x1x=0,457\dfrac{x}{1-x}=0{,}457 et x=0,311x=0{,}311. Volume lu : 0,311×25,00=7,780{,}311\times 25{,}00=7{,}78 mL. Erreur relative : 7,7825,0025,00=68,9\dfrac{7{,}78-25{,}00}{25{,}00}=-68{,}9 %. La catastrophe est totale : on conclurait que la solution est trois fois moins concentrée qu'elle ne l'est. Et le pire est que rien dans l'expérience ne signale l'anomalie, le virage se produisant franchement, avec un changement de couleur net.

d) 8,2=4,74+logV25,00V8{,}2=4{,}74+\log\dfrac{V}{25{,}00-V} donne V25,00V=103,455=2851\dfrac{V}{25{,}00-V}=10^{3{,}455}=2851, d'où V=25,00×28512852=24,991V=\dfrac{25{,}00\times 2851}{2852}=24{,}991 mL. Erreur relative : 24,99125,0025,00=3,5×104\dfrac{24{,}991-25{,}00}{25{,}00}=-3{,}5\times 10^{-4}, soit 0,035-0{,}035 %. C'est deux mille fois mieux que le méthylorange et, là encore, très en dessous de la précision de la burette. Le bon indicateur ramène donc l'erreur systématique bien en dessous de l'erreur de lecture, ce qui est exactement le critère de choix.

e) Règle opératoire : la zone de virage de l'indicateur doit être contenue dans le SAUT de pH du titrage, et le mieux est qu'elle encadre le pH à l'équivalence. Comme ce pH n'est presque jamais 7, il faut le calculer AVANT de choisir l'indicateur, et non l'inverse. Un titrage suivi au pH-mètre s'affranchit complètement du problème parce qu'il ne repose sur aucun seuil arbitraire : on trace la courbe entière et l'on cherche le point d'inflexion, c'est-à-dire le maximum de la dérivée, qui est l'équivalence par définition mathématique. L'indicateur n'est plus alors qu'un confort visuel. C'est aussi pourquoi le pH-mètre est indispensable dès que le saut est faible, avec les acides très faibles ou très dilués, où aucun indicateur ne virerait franchement.

Exercice 7 : La méthode de la dérivée première

On titre 20,0020{,}00 mL d'une solution d'un monoacide de concentration inconnue par NaOH 0,10000{,}1000 M, en suivant le pH au pH-mètre. Au voisinage de l'équivalence, on relève : V=24,80V=24{,}80 mL, pH=7,46\mathrm{pH}=7{,}46 ; V=24,90V=24{,}90 mL, pH=7,76\mathrm{pH}=7{,}76 ; V=25,00V=25{,}00 mL, pH=8,72\mathrm{pH}=8{,}72 ; V=25,10V=25{,}10 mL, pH=9,68\mathrm{pH}=9{,}68 ; V=25,20V=25{,}20 mL, pH=9,98\mathrm{pH}=9{,}98. La figure porte la dérivée calculée sur chaque intervalle, au milieu de celui-ci.

24.624.724.824.92525.125.225.325.424681012V (mL)dpH/dV
  • a) Calculez la dérivée ΔpHΔV\dfrac{\Delta\mathrm{pH}}{\Delta V} sur chacun des quatre intervalles, et vérifiez les quatre points de la figure.
  • b) Déduisez-en le volume équivalent, en justifiant par un argument de symétrie.
  • c) Calculez la concentration de l'acide.
  • d) Le pH à l'équivalence vaut 8,728{,}72. L'acide est-il fort ou faible ? Estimez son pKa, sachant qu'à 12,5012{,}50 mL le pH-mètre indiquait 4,744{,}74.
  • e) Un étudiant préfère repérer l'équivalence à l'oeil, au point où la courbe lui semble la plus raide. Donnez deux avantages objectifs de la méthode de la dérivée, et une limite.

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Réponses

  • a) 3,0 en 24,85 ; 9,6 en 24,95 ; 9,6 en 25,05 ; 3,0 en 25,15, chacune au MILIEU de son intervalle
  • b) Veq=25,00V_{eq}=25{,}00 mL, par symétrie des deux dérivées centrales égales
  • c) Ca=0,1250C_{a}=0{,}1250 M
  • d) Faible (pHeq=8,72pH_{eq}=8{,}72), pKa=4,74pK_{a}=4{,}74 lu à la demi-équivalence, soit Ka=1,8×105K_{a}=1{,}8\times 10^{-5}
  • e) Objectivité et résolution ; limite : le bruit, que la dérivation amplifie

a) Intervalle [24,80 ; 24,90][24{,}80\ ;\ 24{,}90] : 7,767,460,10=3,0\dfrac{7{,}76-7{,}46}{0{,}10}=3{,}0, à porter en V=24,85V=24{,}85. Intervalle [24,90 ; 25,00][24{,}90\ ;\ 25{,}00] : 8,727,760,10=9,6\dfrac{8{,}72-7{,}76}{0{,}10}=9{,}6, en V=24,95V=24{,}95. Intervalle [25,00 ; 25,10][25{,}00\ ;\ 25{,}10] : 9,688,720,10=9,6\dfrac{9{,}68-8{,}72}{0{,}10}=9{,}6, en V=25,05V=25{,}05. Intervalle [25,10 ; 25,20][25{,}10\ ;\ 25{,}20] : 9,989,680,10=3,0\dfrac{9{,}98-9{,}68}{0{,}10}=3{,}0, en V=25,15V=25{,}15. Le point de méthode qui coûte des points en examen est le placement en ABSCISSE : une dérivée calculée entre deux volumes se porte au MILIEU de l'intervalle, jamais à l'une de ses bornes.

b) L'équivalence est le point d'inflexion de pH=f(V)\mathrm{pH}=f(V), donc le maximum de la dérivée. Ici les deux valeurs centrales sont exactement égales, 9,69{,}6 en 24,9524{,}95 et 9,69{,}6 en 25,0525{,}05 : la dérivée est symétrique par rapport au milieu de ces deux abscisses, et son maximum se situe donc en Veˊq=24,95+25,052=25,00V_{\text{éq}}=\dfrac{24{,}95+25{,}05}{2}=25{,}00 mL. L'argument de symétrie est ce qui permet de dépasser la résolution des mesures : on n'a jamais mesuré le pH exactement à l'équivalence, et on la localise pourtant au centième de millilitre.

c) Ca=CbVeˊqVa=0,1000×25,0020,00=0,1250C_{a}=\dfrac{C_{b}V_{\text{éq}}}{V_{a}}=\dfrac{0{,}1000\times 25{,}00}{20{,}00}=0{,}1250 M. Le contrôle d'ordre de grandeur est immédiat : il a fallu plus de base que d'acide en volume alors que la base est moins concentrée, donc l'acide doit être plus concentré que 0,10000{,}1000 M, et c'est bien le cas.

d) L'acide est FAIBLE : un acide fort titré par une base forte donnerait pHeˊq=7,00\mathrm{pH}_{\text{éq}}=7{,}00, et l'on observe 8,728{,}72, nettement basique, ce qui signale l'hydrolyse de la base conjuguée formée. Le pKa se lit à la demi-équivalence, c'est-à-dire à 25,002=12,50\dfrac{25{,}00}{2}=12{,}50 mL, où le pH-mètre indiquait 4,744{,}74 : donc pKa=4,74\mathrm{p}K_{a}=4{,}74, soit Ka=1,8×105K_{a}=1{,}8\times 10^{-5}. C'est la valeur de l'acide acétique, ce qui suggère fortement l'identification. Deux lectures sur une seule courbe donnent ainsi la concentration ET l'identité de l'acide.

e) Deux avantages objectifs. D'abord l'OBJECTIVITÉ : deux expérimentateurs qui tracent une tangente à main levée n'obtiennent pas le même point, alors que la dérivée est un calcul reproductible qui ne dépend d'aucun jugement visuel. Ensuite la RÉSOLUTION : comme en b), la symétrie des points encadrants permet d'interpoler entre deux mesures et de localiser l'équivalence plus finement que le pas de la burette. On peut d'ailleurs pousser plus loin avec la dérivée SECONDE, qui s'annule exactement à l'équivalence et fournit une interpolation linéaire encore plus commode. La limite tient au BRUIT : dériver amplifie les fluctuations de mesure, puisqu'on divise de petits écarts par de petits intervalles. Un pH-mètre instable ou des ajouts trop fins produisent une dérivée en dents de scie où le maximum devient impossible à situer, et il faut alors soit lisser les données, soit augmenter le pas de mesure. Le pas de 0,100{,}10 mL utilisé ici est un bon compromis pour un saut de cette ampleur.

Exercice 8 : Cinq affirmations à corriger

Chacune des cinq affirmations suivantes est fausse, ou fausse par un détail décisif. Dites ce qui cloche et donnez l'énoncé correct. Deux points chacune.

  • a) « À l'équivalence d'un titrage acido-basique, la solution est neutre, donc le pH vaut 7. »
  • b) « Diluer un tampon deux fois divise son pH par deux. »
  • c) « Un tampon maintient le pH constant quelle que soit la quantité d'acide ou de base ajoutée. »
  • d) « À la demi-équivalence, le pH vaut la moitié du pH à l'équivalence. »
  • e) « Le choix de l'indicateur coloré n'a pas d'importance : le virage se produit toujours à l'équivalence, puisque c'est là que le pH change brutalement. »

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a)
b)
c)
d)
e)
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Réponses

  • a) L'équivalence est une condition de stoechiométrie, pas de neutralité : le pH dépend du produit formé
  • b) Un pH ne se divise pas, et diluer un tampon ne change pas son pH, seulement son pouvoir tampon
  • c) La capacité est finie : le tampon amortit dans la plage pKa±1pK_{a}\pm 1, il ne verrouille rien
  • d) Le « demi » porte sur le VOLUME : à la demi-équivalence, pH=pKa=4,74pH=pK_{a}=4{,}74, et non 8,72/28{,}72/2
  • e) Un indicateur vire à SON pH de transition ; sa zone doit être contenue dans le saut du titrage

a) Faux, et c'est l'erreur la plus coûteuse du chapitre. À l'équivalence, les réactifs ont été mélangés en proportions stoechiométriques, ce qui ne dit rien du pH : tout dépend du PRODUIT formé. Titrage fort-fort, le sel est inerte, pH=7,00\mathrm{pH}=7{,}00. Titrage d'un acide faible, on forme sa base conjuguée qui s'hydrolyse, pH>7\mathrm{pH}>7, ici 8,728{,}72. Titrage d'une base faible, on forme son acide conjugué, pH<7\mathrm{pH}<7, ici 5,245{,}24. Énoncé correct : l'équivalence est une condition de STOECHIOMÉTRIE, pas de neutralité, et il faut calculer le pH du produit pour la connaître. C'est de cette erreur que découle le mauvais choix d'indicateur de l'exercice 6, avec ses 6969 % d'écart.

b) Faux deux fois. D'abord un pH ne se divise pas, c'est un logarithme : diviser une concentration par deux abaisse le pH de log2=0,30\log 2=0{,}30 unité, pas de moitié. Ensuite et surtout, une dilution ne change PAS le pH d'un tampon, puisque Henderson ne fait intervenir que le rapport des deux formes, que la dilution laisse intact. Énoncé correct : diluer un tampon laisse son pH pratiquement inchangé et divise son pouvoir tampon dans la même proportion que la dilution. La démonstration chiffrée est celle de l'exercice 5, où le pH reste à 4,744{,}74 tandis que β\beta passe de 5,76×1025{,}76\times 10^{-2} à 5,68×1035{,}68\times 10^{-3}.

c) Faux par excès. Un tampon a une CAPACITÉ finie, fixée par la quantité de ses deux formes : quand l'une d'elles est épuisée, il est rompu et le pH bascule brutalement. L'exercice 4 en donne l'exemple, un tampon de rapport 10:110:1 contenant 0,9090{,}909 mmol d'acide ne peut pas absorber 1,001{,}00 mmol de base. Énoncé correct : un tampon LIMITE la variation de pH tant qu'on reste dans sa capacité, à peu près pKa±1\mathrm{p}K_{a}\pm 1, et il cesse complètement de fonctionner au-delà. Il amortit, il ne verrouille pas.

d) Faux, et la confusion vient d'une analogie de vocabulaire, le mot « demi » portant sur le VOLUME et non sur le pH. À la demi-équivalence, on a versé la moitié du volume équivalent, donc transformé la moitié de l'acide, donc [acide]=[base][\text{acide}]=[\text{base}] et le logarithme de Henderson s'annule. Énoncé correct : à la demi-équivalence, pH=pKa\mathrm{pH}=\mathrm{p}K_{a}. Le contre-exemple numérique est immédiat, l'acide acétique donne 4,744{,}74 à la demi-équivalence et 8,728{,}72 à l'équivalence, et 4,744{,}74 n'est pas la moitié de 8,728{,}72.

e) Faux. Un indicateur vire à SON propre pH de transition, qui dépend uniquement de son pKi, et absolument pas de l'endroit où se trouve l'équivalence du titrage en cours : les deux n'ont aucune raison de coïncider. Le calcul de l'exercice 6 le chiffre : titrer l'acide acétique au méthylorange fait virer la couleur à 7,787{,}78 mL au lieu de 25,0025{,}00 mL, soit une erreur de 69-69 %, et le virage est parfaitement net, ce qui rend l'erreur invisible. Énoncé correct : l'indicateur doit être choisi de façon que sa zone de virage soit contenue dans le saut du titrage, ce qui suppose d'avoir calculé le pH à l'équivalence AVANT de le choisir. Ce n'est que dans le cas fort-fort, où le saut couvre six unités, que le choix devient indifférent.

Exercice 9 : Problème : le dosage en retour d'un comprimé antiacide

Un comprimé antiacide de masse 1,2501{,}250 g contient du carbonate de calcium comme principe actif. On le broie et on le fait réagir avec 50,0050{,}00 mL d'acide chlorhydrique 0,5000{,}500 M, en excès. Après réaction complète et dégazage, on titre l'acide restant par de l'hydroxyde de sodium 0,2500{,}250 M : il en faut 22,4022{,}40 mL. On donne M(CaCO3)=100,09M(\mathrm{CaCO_{3}})=100{,}09 g/mol.

  • a) Écrivez les deux réactions mises en jeu, et expliquez pourquoi on procède par dosage en RETOUR plutôt que par titrage direct du comprimé.
  • b) Calculez la quantité d'acide chlorhydrique introduite, puis la quantité restante après réaction.
  • c) Calculez la quantité de carbonate de calcium du comprimé, puis sa masse et son pourcentage massique.
  • d) Le dégazage est indiqué dans le protocole. Que se passerait-il si on l'omettait, et dans quel sens l'erreur jouerait-elle ?
  • e) L'incertitude sur le volume de soude est de ±0,05\pm 0{,}05 mL. Estimez l'incertitude relative qui en résulte sur la masse de carbonate, et comparez-la à celle qu'aurait un titrage direct.

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a)
b)
c)
d)
e)
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Réponses

  • a) CaCO3+2H3O+Ca2++CO2+3H2OCaCO_{3}+2H_{3}O^{+}\rightarrow Ca^{2+}+CO_{2}+3H_{2}O puis H3O++OH2H2OH_{3}O^{+}+OH^{-}\rightarrow 2H_{2}O : le solide est lent, trouble et dégaze
  • b) 25,00 mmol introduites, 5,600 mmol restantes, donc 19,40 mmol consommées
  • c) 9,700 mmol de carbonate, soit 0,9709 g et 77,7 % en masse
  • d) Le volume équivalent serait trop grand, donc la teneur en carbonate sous-estimée
  • e) 0,22 % sur la soude, mais 0,064 % seulement sur le carbonate : l'erreur se dilue dans la soustraction

a) Attaque du comprimé : CaCO3+2H3O+Ca2++CO2+3H2O\mathrm{CaCO_{3}}+2\,\mathrm{H_{3}O^{+}}\rightarrow\mathrm{Ca^{2+}}+\mathrm{CO_{2}}+3\,\mathrm{H_{2}O}, avec dégagement de dioxyde de carbone. Titrage de l'excès : H3O++OH2H2O\mathrm{H_{3}O^{+}}+\mathrm{OH^{-}}\rightarrow 2\,\mathrm{H_{2}O}. On procède en retour pour trois raisons cumulées. Le carbonate de calcium est un SOLIDE peu soluble, dont la dissolution directe dans une burette serait beaucoup trop lente pour un titrage, la fin de réaction n'étant jamais franche. Le comprimé contient en outre des excipients, amidon, cellulose, arômes, qui troublent la solution et rendent tout virage coloré illisible. Enfin le dégagement gazeux agite le milieu et empêche toute lecture stable. En noyant le solide dans un excès d'acide, on lui laisse tout le temps de réagir complètement, puis on titre un liquide limpide et homogène.

b) Acide introduit : n=0,05000×0,500=2,500×102n=0{,}05000\times 0{,}500=2{,}500\times 10^{-2} mol, soit 25,0025{,}00 mmol. Acide restant, égal à la quantité de soude versée : n=0,02240×0,250=5,600×103n=0{,}02240\times 0{,}250=5{,}600\times 10^{-3} mol, soit 5,6005{,}600 mmol. Acide consommé par le carbonate : 25,005,600=19,4025{,}00-5{,}600=19{,}40 mmol. C'est la structure entière du dosage en retour, une simple soustraction, et elle exige que le premier volume soit lui aussi mesuré avec soin : une pipette jaugée, jamais une éprouvette.

c) La stoechiométrie est de DEUX protons par carbonate : n(CaCO3)=19,402=9,700n(\mathrm{CaCO_{3}})=\dfrac{19{,}40}{2}=9{,}700 mmol. Oublier ce facteur 2 est l'erreur la plus fréquente de l'exercice, et elle double le résultat sans que rien d'autre ne cloche. Masse : m=9,700×103×100,09=0,9709m=9{,}700\times 10^{-3}\times 100{,}09=0{,}9709 g. Pourcentage massique : 0,97091,250=0,7767\dfrac{0{,}9709}{1{,}250}=0{,}7767, soit 77,777{,}7 %. Un comprimé à près de quatre-vingts pour cent de principe actif est plausible, le reste étant les excipients et le liant.

d) Le dioxyde de carbone formé se dissout partiellement et forme de l'acide carbonique, qui est un acide FAIBLE mais bien réel. Sans dégazage, la soude en titrerait une partie en plus de l'acide chlorhydrique restant, et le volume équivalent serait donc trop GRAND. On surestimerait alors l'acide restant, donc on sous-estimerait l'acide consommé, donc on sous-estimerait la teneur en carbonate. L'erreur joue systématiquement dans le sens d'une teneur trop faible, et c'est pourquoi le protocole impose de chauffer doucement ou d'agiter longuement avant de titrer.

e) Une incertitude de ±0,05\pm 0{,}05 mL sur 22,4022{,}40 mL représente 0,220{,}22 % sur le volume de soude, donc sur les 5,6005{,}600 mmol restantes, soit ±0,0125\pm 0{,}0125 mmol. Mais cette incertitude porte sur une quantité qu'on SOUSTRAIT de 25,0025{,}00 mmol : rapportée aux 19,4019{,}40 mmol consommées, elle ne pèse plus que 0,012519,40=0,064\dfrac{0{,}0125}{19{,}40}=0{,}064 %. Le dosage en retour est donc ici particulièrement favorable, parce que l'excès titré est petit devant la quantité cherchée : l'erreur se dilue dans la soustraction. La situation s'inverserait si l'excès était très grand, disons si l'on titrait 22,022{,}0 mmol restantes pour 3,03{,}0 mmol consommées, auquel cas la même incertitude absolue pèserait 0,40{,}4 % sur le résultat. La règle pratique est donc de choisir un excès modeste, typiquement vingt à trente pour cent au-delà du nécessaire, et surtout pas dix fois trop.

Exercice 10 : Problème : le tampon bicarbonate du sang

Le sang est tamponné par le couple dioxyde de carbone dissous et ion hydrogénocarbonate, dont le pKa apparent à 37 °C vaut 6,106{,}10. Chez un sujet sain, [HCO3]=24,0[\mathrm{HCO_{3}^{-}}]=24{,}0 mmol/L et le pH vaut 7,407{,}40. Le dioxyde de carbone dissous est relié à sa pression partielle par [CO2]=0,0301×pCO2[\mathrm{CO_{2}}]=0{,}0301\times p_{\mathrm{CO_{2}}}, avec la concentration en mmol/L et la pression en mmHg.

  • a) Calculez le rapport des deux formes chez le sujet sain, puis la concentration de dioxyde de carbone dissous et la pression partielle correspondante.
  • b) Un patient en acidose métabolique voit son hydrogénocarbonate tomber à 15,015{,}0 mmol/L, sa ventilation restant d'abord inchangée. Calculez son pH.
  • c) Il compense en hyperventilant, ce qui abaisse sa pression partielle de dioxyde de carbone à 30,030{,}0 mmHg. Calculez le nouveau pH et dites si la compensation est complète.
  • d) Le rapport calculé en a) est très éloigné de 1, alors que le pouvoir tampon est maximal quand ce rapport vaut 1. Ce tampon devrait donc être médiocre. Expliquez pourquoi il est en réalité remarquablement efficace.
  • e) Le pH sanguin doit rester entre 7,357{,}35 et 7,457{,}45. Calculez la variation relative de concentration en ions hydronium que représente cet intervalle, et commentez la précision exigée de la régulation.

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b)
c)
d)
e)
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Réponses

  • a) Rapport 20,0 pour 1, soit 1,20 mmol/L de CO₂ dissous et 39,9 mmHg
  • b) pH=7,20pH=7{,}20 : acidose franche
  • c) [CO2]=0,903[CO_{2}]=0{,}903 mmol/L et pH=7,32pH=7{,}32 : compensation partielle, jamais complète
  • d) Le système est OUVERT : le poumon évacue le CO₂ et le rein ajuste l'hydrogénocarbonate
  • e) 4,47×1084{,}47\times 10^{-8} contre 3,55×1083{,}55\times 10^{-8} M, soit environ 23 % d'écart pour 0,10 unité de pH

a) Henderson-Hasselbalch : 7,40=6,10+log[HCO3][CO2]7{,}40=6{,}10+\log\dfrac{[\mathrm{HCO_{3}^{-}}]}{[\mathrm{CO_{2}}]}, donc log=1,30\log=1{,}30 et le rapport vaut 101,30=20,010^{1{,}30}=20{,}0. C'est le fameux rapport vingt pour un de la physiologie. Concentration de dioxyde de carbone dissous : 24,020,0=1,20\dfrac{24{,}0}{20{,}0}=1{,}20 mmol/L. Pression partielle : pCO2=1,200,0301=39,9p_{\mathrm{CO_{2}}}=\dfrac{1{,}20}{0{,}0301}=39{,}9 mmHg, ce qui est exactement la valeur physiologique de référence, 4040 mmHg. Le modèle reproduit donc les trois constantes du bilan sanguin à partir de deux d'entre elles.

b) La pression partielle étant inchangée, [CO2][\mathrm{CO_{2}}] reste à 1,201{,}20 mmol/L. pH=6,10+log15,01,20=6,10+log12,5=6,10+1,10=7,20\mathrm{pH}=6{,}10+\log\dfrac{15{,}0}{1{,}20}=6{,}10+\log 12{,}5=6{,}10+1{,}10=7{,}20. Une acidose franche : le pH est descendu de 0,200{,}20 unité, ce qui est cliniquement grave, la limite de survie se situant vers 6,86{,}8.

c) Hyperventiler chasse le dioxyde de carbone : [CO2]=0,0301×30,0=0,903[\mathrm{CO_{2}}]=0{,}0301\times 30{,}0=0{,}903 mmol/L. pH=6,10+log15,00,903=6,10+1,22=7,32\mathrm{pH}=6{,}10+\log\dfrac{15{,}0}{0{,}903}=6{,}10+1{,}22=7{,}32. La compensation est PARTIELLE : le pH est remonté de 7,207{,}20 à 7,327{,}32, sans atteindre les 7,407{,}40 normaux. C'est la règle générale des compensations physiologiques, elles ramènent le pH vers la normale sans jamais le normaliser complètement, et c'est d'ailleurs ce qui permet au clinicien de reconnaître le trouble primaire : un pH encore anormal accompagné d'un hydrogénocarbonate bas et d'une pression partielle basse signe une acidose métabolique compensée, et non une alcalose respiratoire.

d) Parce que le système est OUVERT. Le raisonnement sur βmax\beta_{\max} vaut pour un tampon en flacon fermé, où les deux formes sont en quantité fixée et où toute consommation de l'une épuise la réserve. Ici, le dioxyde de carbone est en échange permanent avec l'air alvéolaire : le poumon peut l'éliminer plus ou moins vite, et le rein peut ajuster l'hydrogénocarbonate sur quelques heures. Les DEUX membres du rapport sont donc régulés indépendamment et en continu, ce qu'aucun tampon fermé ne sait faire. Un apport d'acide consomme de l'hydrogénocarbonate en produisant du dioxyde de carbone, que la ventilation évacue aussitôt : le produit de la réaction disparaît du système, ce qui déplace l'équilibre à fond et empêche la saturation. C'est cette évacuation qui donne au système sa capacité effective, bien supérieure à ce que le calcul du pouvoir tampon en milieu clos prédirait.

e) pH=7,35\mathrm{pH}=7{,}35 donne [H3O+]=107,35=4,47×108[\mathrm{H_{3}O^{+}}]=10^{-7{,}35}=4{,}47\times 10^{-8} M, et pH=7,45\mathrm{pH}=7{,}45 donne 3,55×1083{,}55\times 10^{-8} M. L'écart relatif vaut 4,473,554,0=23\dfrac{4{,}47-3{,}55}{4{,}0}=23 % environ autour de la valeur centrale 3,98×1083{,}98\times 10^{-8} M. Autrement dit, l'organisme doit maintenir sa concentration en ions hydronium dans une fenêtre de plus ou moins onze pour cent, à quarante nanomoles par litre, en permanence, alors qu'il produit chaque jour l'équivalent de plusieurs dizaines de moles d'acide sous forme de dioxyde de carbone métabolique. Le contraste entre la production et la tolérance est ce qui rend la régulation acido-basique aussi remarquable, et il illustre au passage pourquoi l'échelle logarithmique du pH est trompeuse en physiologie : un écart de 0,100{,}10 unité, qui paraît minuscule, représente en réalité un quart de la concentration.

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