Chimie des solutions 202-SN2-RE (ancien 202-NYB) • Complément québécois de Terminale et cégep à Montréal
Fiche de révision : la thermodynamique chimique (202-SN2-RE, ancien 202-NYB)
La thermodynamique dit ce qui est POSSIBLE, jamais ce qui est rapide. Deux grandeurs suffisent, l'enthalpie et l'entropie, et leur combinaison ΔG=ΔH−TΔS tranche la question de la spontanéité. La température y joue un rôle d'arbitre, ce qui explique qu'une même réaction puisse être impossible à froid et facile à chaud.
Cette fiche donne le tableau des quatre cas, la façon de prévoir le signe de ΔS sans calcul, la relation entre l'énergie libre et la constante d'équilibre, et la liste des erreurs d'unité qui coûtent le plus cher.
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Le fil du chapitre
ΔH est en kilojoules par mole et ΔS en joules par mole et par kelvin. Soustraire les deux sans convertir donne un ΔG mille fois trop grand, et c'est de très loin l'erreur la plus fréquente du chapitre.
•ΔHr∘=∑nΔHf∘(produits)−∑nΔHf∘(reˊactifs), en kJ/mol. Nulle pour un corps simple dans son état standard.
•ΔSr∘=∑nS∘(produits)−∑nS∘(reˊactifs), en J/(mol·K). S∘ est TABULÉE et toujours POSITIVE, même pour un corps simple.
•ΔG=ΔH−TΔS, avec T en KELVINS et les deux termes dans la MÊME unité.
•Spontanée si ΔG<0; à l'équilibre si ΔG=0; non spontanée si ΔG>0.
•Lien avec l'équilibre : ΔG∘=−RTlnK, et hors des conditions standards ΔG=ΔG∘+RTlnQ.
Deux différences de nature entre les deux tables : l'enthalpie de FORMATION est nulle pour un corps simple et peut être négative; l'entropie ABSOLUE ne l'est jamais, en vertu du troisième principe.
Prévoir le signe de ΔS sans calcul
•Ce qui décide en premier est la variation du NOMBRE DE MOLES DE GAZ. Plus de gaz à droite : ΔS>0.
•Ordre croissant de désordre : solide < liquide < gaz. Un changement d'état vers la droite de cette liste augmente l'entropie.
•Dissoudre un solide ionique augmente en général l'entropie; dissoudre un gaz la DIMINUE, puisqu'on emprisonne des molécules libres.
•À nombre de moles gazeuses égal, on compare la complexité des molécules : plus une molécule a d'atomes, plus son entropie est élevée.
•Chauffer augmente toujours l'entropie d'une substance, sans changer le signe de ΔS de la réaction.
Solide, liquide, gaz : le désordre, donc l'entropie, croît dans cet ordre, et le passage au gaz est de loin le plus grand saut.
Une réaction qui consomme des gaz pour donner un solide a nécessairement ΔS<0 : c'est le cas du chlorure d'ammonium solide formé à partir de NH3 et de HCl gazeux. Le procédé Haber, lui, produit un gaz : son ΔS est négatif parce que quatre moles de gaz en donnent deux.
Les quatre cas, et la température d'inversion
•ΔH<0 et ΔS>0 : spontanée à TOUTE température. Le cas le plus favorable.
•ΔH>0 et ΔS<0 : JAMAIS spontanée, à aucune température.
•ΔH<0 et ΔS<0 : spontanée à BASSE température, le terme −TΔS finissant par l'emporter en chauffant.
•ΔH>0 et ΔS>0 : spontanée à HAUTE température, ce qui est le cas de la plupart des décompositions.
•Température d'inversion : T=ΔSΔH, celle où ΔG=0. Elle n'existe QUE dans les deux derniers cas, ceux où les deux signes sont identiques.
Seules les deux cases de la DIAGONALE, où les deux signes coïncident, possèdent une température d'inversion. Les deux autres sont tranchées d'avance, quelle que soit la température.
Dans les deux premiers cas, le calcul ΔSΔH donne un nombre négatif, donc une température absolue impossible : c'est la façon dont l'arithmétique signale qu'il n'y a pas d'inversion.
Les pièges qui coûtent des points
Les erreurs ci-dessous sont celles que je corrige le plus souvent en séance. Chacune coûte des points sur une copie, même quand le raisonnement est juste.
1.Soustraire des joules à des kilojoules dans ΔG=ΔH−TΔS
toute la question, 6 points, et une conclusion inversée
Ce qu'il ne faut pas écrire
« ΔG=179,2−298×160,6=−47680 kJ/mol. »
Ce qu'il faut écrire
« ΔS est en J/(mol·K) : il faut la convertir en kJ. ΔG=179,2−298,15×0,1606=+131,3 kJ/mol, et la réaction n'est PAS spontanée. »
Pourquoi : Le facteur mille change non seulement la valeur mais le SIGNE de ΔG, donc la conclusion sur la spontanéité. C'est l'erreur qui coûte le plus cher du chapitre.
2.Poser à zéro l'entropie standard d'un corps simple
toute la question, 5 points
Ce qu'il ne faut pas écrire
« S∘(O2)=0, comme son enthalpie de formation. »
Ce qu'il faut écrire
« S∘(O2)=205,0 J/(mol·K). L'entropie standard est ABSOLUE et toujours positive : seule ΔHf∘ est nulle pour un corps simple. »
L'enthalpie de formation de O2 est nulle, son entropie standard vaut 205,0 J/(mol·K) : dans la table des S∘, aucune barre n'est à zéro.
Pourquoi : Les deux tables ne mesurent pas la même chose : l'une est une différence par rapport aux éléments, l'autre une valeur absolue rapportée au zéro absolu, où toute entropie s'annule.
3.Laisser la température en degrés Celsius
3 points, et un ΔG trop grand de 44 kJ/mol ici
Ce qu'il ne faut pas écrire
« À 25 °C : ΔG=179,2−25×0,1606=175,2 kJ/mol. »
Ce qu'il faut écrire
« T en KELVINS : ΔG=179,2−298,15×0,1606=131,3 kJ/mol. »
Sur la même droite, T=25 lit le point rouge, presque à ΔH ; la vraie température, 298,15 K, donne le point vert, 44 kJ/mol plus bas.
Pourquoi : L'entropie est définie sur une échelle absolue. Utiliser des degrés Celsius donnerait un ΔG égal à ΔH à 0 °C, ce qui n'a aucun sens physique.
4.Confondre spontané et rapide
4 points sur la question de raisonnement
Ce qu'il ne faut pas écrire
« ΔG∘ est très négatif, donc la réaction est rapide. »
Ce qu'il faut écrire
« ΔG∘<0 dit seulement que la réaction est POSSIBLE. La vitesse dépend de l'énergie d'activation, qui n'apparaît nulle part en thermodynamique. »
Les produits sont bien plus bas, ΔG∘ très négatif, mais la barrière est haute : la thermodynamique dit où irait la réaction, la cinétique dit si elle y va.
Pourquoi : La combustion du diamant a un ΔG∘ très négatif à température ambiante et ne se produit pourtant jamais spontanément : sa barrière cinétique est infranchissable sans chauffage.
5.Chercher une température d'inversion là où il n'y en a pas
3 points, et le sens de la conclusion inversé
Ce qu'il ne faut pas écrire
« ΔH=−92 kJ/mol et ΔS=−198 J/(mol·K) : la température d'inversion vaut −198−92000=465 K, et au-delà la réaction devient spontanée. »
Ce qu'il faut écrire
« Les deux signes sont identiques, donc l'inversion existe, mais dans l'AUTRE sens : la réaction est spontanée EN DESSOUS de 465 K et cesse de l'être au-dessus. »
Même formule T=ΔSΔH, sens opposés : la droite de Haber MONTE et n'est négative que sous 465 K ; celle du calcaire descend et ne l'est qu'au-dessus de 1116 K.
Pourquoi : La formule donne la température de basculement, pas le sens du basculement. Celui-ci se lit sur les signes : ΔH<0 signifie que la réaction est favorisée à froid.
6.Employer ΔG∘ hors des conditions standards
toute la question, 5 points
Ce qu'il ne faut pas écrire
« ΔG∘=+131 kJ/mol à 25 °C, donc la décomposition ne peut se produire à aucune pression. »
Ce qu'il faut écrire
« ΔG=ΔG∘+RTlnQ : en balayant le dioxyde de carbone, on abaisse Q, donc ΔG, et la décomposition devient possible plus tôt. »
La même réaction, la même enthalpie et la même entropie : seule la pression du gaz produit change, et la température nécessaire chute de plus de deux cents degrés.
Pourquoi : Le petit cercle signifie « toutes les espèces à 1 mol/L ou 1 bar ». Dès qu'une pression partielle s'écarte de cette valeur, il faut ajouter le terme en lnQ, et l'effet industriel est considérable.
7.Compter les moles totales pour prévoir le signe de ΔS
2 points, mais la question du signe tombe systématiquement
Ce qu'il ne faut pas écrire
« CaCO3(s)→CaO(s)+CO2(g) : une mole devient deux, donc ΔS augmente un peu. »
Ce qu'il faut écrire
« Ce qui compte est le nombre de moles de GAZ : on passe de ZÉRO à UNE. C'est un saut considérable, et ΔS=+160,6 J/(mol·K). »
Deux solides comptent pour presque rien : c'est l'apparition du gaz, de zéro à une mole, qui fait bondir l'entropie.
Pourquoi : L'entropie d'un gaz est environ deux fois celle du solide correspondant. Deux solides comptent pour presque rien dans le bilan; c'est l'apparition d'un gaz qui l'emporte.
8.Croire qu'une entropie de système négative interdit la réaction
4 points sur la question de raisonnement
Ce qu'il ne faut pas écrire
« ΔSsysteˋme<0, donc la réaction viole le second principe et est impossible. »
Ce qu'il faut écrire
« C'est l'entropie de l'UNIVERS qui doit croître : ΔSunivers=ΔSsysteˋme+T−ΔH. Une réaction exothermique augmente l'entropie du milieu extérieur, ce qui peut compenser. »
Synthèse de l'ammoniac à 298 K : le système perd 198 J/K, mais la chaleur cédée en fait gagner 309 au milieu, et l'entropie de l'univers augmente.
Pourquoi : Le critère ΔG<0 n'est rien d'autre que ΔSunivers>0 multiplié par −T. C'est pourquoi une réaction ordonnante, comme la formation d'un cristal, reste possible si elle libère assez de chaleur.
9.Confondre une réaction spontanée et une réaction totale
3 points
Ce qu'il ne faut pas écrire
« ΔG∘<0, donc la réaction est totale et il ne reste plus de réactif. »
Ce qu'il faut écrire
« ΔG∘<0 signifie seulement K>1. Un ΔG∘ de −2 kJ/mol donne K=2,2, donc un équilibre où il reste beaucoup de réactifs. »
Pourquoi : Le lien est logarithmique : il faut environ −6 kJ/mol pour un K de 10, et −34 kJ/mol pour un K de 106. Une réaction faiblement spontanée n'est pas une réaction complète.
10.Oublier de multiplier par les coefficients dans un bilan d'entropie
3 points
Ce qu'il ne faut pas écrire
« ΔS∘=S∘(NH3)−S∘(N2)−S∘(H2) pour N2+3H2→2NH3. »
Ce qu'il faut écrire
« Chaque terme porte son coefficient : ΔS∘=2S∘(NH3)−S∘(N2)−3S∘(H2). »
Pourquoi : Les grandeurs tabulées sont molaires : elles se rapportent à une mole de l'espèce. Le bilan de réaction en consomme ou en produit plusieurs, donc chaque terme est pondéré.
11.Se tromper de signe dans la relation entre ΔG∘ et K
3 points, et une conclusion inversée
Ce qu'il ne faut pas écrire
« ΔG∘=RTlnK, donc un ΔG∘ négatif donne un K inférieur à 1. »
Ce qu'il faut écrire
« ΔG∘=−RTlnK : un ΔG∘ NÉGATIF donne un K SUPÉRIEUR à 1, ce qui est cohérent avec une réaction favorisée. »
Avec le signe moins, un ΔG∘ négatif donne lnK>0, donc K>1 : la droite verte. La droite rouge associerait une réaction favorisée à K<1.
Pourquoi : Le signe moins est ce qui rend les deux critères concordants : spontané signifie à la fois ΔG∘<0 et K>1. Sans lui, les deux se contrediraient systématiquement.
Quelle méthode choisir
La réaction est-elle spontanée
Les signes de ΔH et de ΔS, avant tout calcul
Chaque cas est une droite d'ordonnée à l'origine ΔH et de pente −ΔS : seules les deux qui changent de signe ont une température d'inversion.
Si ΔH<0 et ΔS>0 → spontanée à TOUTE température, aucun calcul nécessaire
Exemple : combustion d'un hydrocarbure produisant plus de gaz
Si ΔH>0 et ΔS<0 → JAMAIS spontanée, quelle que soit la température
Exemple : la formation de l'ozone à partir du dioxygène
Si ΔH<0 et ΔS<0 → spontanée EN DESSOUS de T=ΔSΔH
Exemple : le procédé Haber, favorisé à froid mais trop lent
Si ΔH>0 et ΔS>0 → spontanée AU-DESSUS de T=ΔSΔH
Exemple : la décomposition du calcaire, au-dessus de 843 °C
Si les conditions ne sont PAS standards → ΔG=ΔG∘+RTlnQ, ce qui peut changer la conclusion
balayer un produit gazeux abaisse Q et rend la réaction possible bien plus tôt
Le tableau des quatre cas se retient par sa diagonale : là où les deux signes coïncident, la température arbitre; là où ils s'opposent, la réponse est la même à toute température.
Quelle grandeur calculer selon la question
Ce que l'énoncé demande
Si « la réaction est-elle spontanée à telle température » → ΔG=ΔH−TΔS, après conversion des unités
Exemple : +131,3 kJ/mol à 298 K : non spontanée
Si « à partir de quelle température » → T=ΔSΔH, en unités cohérentes, puis interpréter le sens par les signes
Exemple : 160,6179200=1116 K
Si « quelle est la constante d'équilibre » → K=e−ΔG∘/RT, avec ΔG∘ EN JOULES
Exemple : ΔG∘=+131 kJ/mol donne K≈10−23
Si l'énoncé donne des pressions ou des concentrations non unitaires → ΔG=ΔG∘+RTlnQ
Exemple : balayer le gaz produit abaisse la température nécessaire de deux cents degrés
Si l'énoncé donne plusieurs équations → loi de Hess sur ΔH, sur ΔS et sur ΔG : les trois sont des fonctions d'état
inverser change le signe, multiplier multiplie, additionner additionne
Les trois grandeurs se combinent par la loi de Hess exactement de la même façon. C'est ce qui permet de rendre spontanée une réaction impossible en la COUPLANT à une autre, très favorable, dans un procédé industriel.
La rédaction attendue
Le correcteur coche des étapes. Les voici dans l'ordre, avec la phrase de conclusion qu'il attend mot pour mot.
Calculer la spontanéité et la température d'inversion
Quand l'utiliser : L'énoncé donne une équation, une table d'enthalpies de formation et d'entropies standard, et demande si la réaction est spontanée.
1Calculer ΔHr∘ en kJ/mol, produits moins réactifs, chaque terme multiplié par son coefficient.
2Calculer ΔSr∘ en J/(mol·K), de la même façon, en n'oubliant pas que les corps simples y ont une entropie NON nulle.
3CONVERTIR ΔS en kJ/(mol·K) en la divisant par mille, sur une ligne visible, puis écrire ΔG=ΔH−TΔS avec T en kelvins.
4Conclure sur la spontanéité à la température demandée, et vérifier la cohérence avec les signes du tableau des quatre cas.
5Si les deux signes coïncident, calculer T=ΔSΔH et préciser si la spontanéité s'obtient au-dessus ou en dessous.
Phrase de conclusion
« Avec ΔH∘=+179,2 kJ/mol et ΔS∘=+160,6 J/(mol·K), on obtient ΔG∘=179,2−298,15×0,1606=+131,3 kJ/mol : la réaction n'est pas spontanée à 25 °C, mais elle le devient au-dessus de T=160,6179200=1116 K. »
Le piège : Oublier la conversion de ΔS. Écrire explicitement la division par mille sur sa propre ligne est le seul moyen fiable de ne pas la sauter sous la pression de l'examen.
Barème : Typiquement 2 points pour ΔH, 2 pour ΔS, 1 pour la conversion, 2 pour ΔG et la conclusion, 2 pour la température d'inversion et son sens.
Traiter des conditions non standards
Quand l'utiliser : L'énoncé impose une pression partielle ou une concentration différente de la valeur standard, ou demande l'effet d'un balayage de gaz.
1Calculer d'abord ΔG∘ dans les conditions standards, comme d'habitude.
2Écrire Q comme pour un équilibre, en n'y faisant figurer que les gaz et les espèces dissoutes.
3Appliquer ΔG=ΔG∘+RTlnQ, avec R en J/(mol·K) et ΔG∘ converti en joules.
4Si l'on cherche la température qui rend la réaction possible, poser ΔG=0 et résoudre en T, en gardant le terme en lnQ.
5Commenter l'écart avec la température standard : c'est en général le vrai objet de la question.
Phrase de conclusion
« En maintenant la pression de dioxyde de carbone à 0,010 bar, la condition ΔG=0 s'écrit 179200=T(160,6−8,314ln0,010), d'où T=901 K, soit 628 °C au lieu de 843 °C. »
Le piège : Mélanger ΔG∘ en kilojoules et RTlnQ en joules. Tout le calcul doit se faire dans une seule unité, et le plus sûr est de tout passer en joules avant d'additionner.
Vérifier avant de rendre
Cinq minutes de vérification récupèrent plus de points qu'un exercice de plus commencé à la hâte.
Les unités homogènes avant la soustraction
Repasser sur la ligne de ΔG et vérifier que ΔH et TΔS sont dans la même unité. Un écart de trois ordres de grandeur entre les deux termes signale l'oubli.
Un ΔG=−47680 kJ/mol : ΔS est restée en joules.
La cohérence avec le tableau des quatre cas
Comparer le signe de ΔG obtenu à ce que prédisent les signes de ΔH et ΔS. Une contradiction signale une erreur d'unité ou de température.
Un ΔG<0 à froid pour une réaction endothermique et ordonnante : impossible.
Le signe de la température d'inversion
Une température absolue est toujours positive. Un résultat négatif dit simplement qu'il n'y a pas d'inversion, ce qu'il faut écrire plutôt que de corriger.
Un T=−570 K : les deux signes s'opposent, la réponse est la même à toute température.
L'ordre de grandeur de la constante d'équilibre
Un ΔG∘ de ±6 kJ/mol correspond à un facteur 10 sur K. Un ΔG∘ de 131 kJ/mol doit donner un K de l'ordre de 10−23.
Un K=0,5 pour un ΔG∘ de +130 kJ/mol : le signe de la relation a été inversé.
Les coefficients présents dans les deux bilans
Vérifier que chaque terme d'entropie ET d'enthalpie porte bien le coefficient de son espèce dans l'équation équilibrée.
Un bilan d'entropie sans le facteur 3 devant l'hydrogène du procédé Haber.
L'exercice type décortiqué
Le four à chaux, et pourquoi il fonctionne bien avant la température prévue
La décomposition du calcaire s'écrit CaCO3(s)→CaO(s)+CO2(g).
Calculer ΔH∘, ΔS∘ et ΔG∘ à 25 °C, puis la température d'inversion. Déterminer ensuite la constante d'équilibre à 25 °C, et enfin la température nécessaire si l'on balaie le four de façon à maintenir la pression de dioxyde de carbone à 0,010 bar.
Données en kJ/mol pour ΔHf∘ : CaCO3=−1207,6, CaO=−634,9, CO2=−393,5. En J/(mol·K) pour S∘ : CaCO3=92,9, CaO=39,8, CO2=213,7. R=8,314 J/(mol·K).
Le four est balayé par un courant d'air : le dioxyde de carbone est emporté au fur et à mesure et sa pression reste à 0,010 bar.
Le résultat est POSITIF : la décomposition absorbe de la chaleur, ce qui est cohérent avec le fait qu'un four à chaux doit être chauffé en permanence.
Étape 2
ΔS∘=(39,8+213,7)−92,9=+160,6 J/(mol·K).
Pourquoi
L'entropie du calcaire n'est pas nulle bien qu'il apparaisse seul à gauche : c'est une entropie ABSOLUE, pas une entropie de formation. Le gain vient de l'apparition d'un gaz.
La division par mille est écrite sur la ligne même : c'est le seul geste qui empêche l'erreur la plus coûteuse du chapitre, celle qui change le signe de la conclusion.
Étape 4
ΔG∘>0 : à 25 °C, la décomposition n'est PAS spontanée. Les signes ΔH>0 et ΔS>0 annoncent une réaction favorisée à HAUTE température.
Pourquoi
Le tableau des quatre cas donne la réponse avant même le calcul : la seule question restante est de savoir à partir de quelle température, ce qui est l'objet de l'étape suivante.
Étape 5
Température d'inversion : T=ΔS∘ΔH∘=160,6179200=1116 K, soit 843 °C.
Pourquoi
Les deux grandeurs sont ramenées en joules pour que le rapport donne des kelvins. Le sens du basculement, lui, se lit sur les signes : au-DESSUS de cette température, la réaction part.
Étape 6
Constante à 25 °C : lnK=−RTΔG∘=−8,314×298,15131300=−53,0, donc K≈1,0×10−23.
Pourquoi
Cette valeur signifie qu'à température ambiante la pression d'équilibre du dioxyde de carbone est de l'ordre de 10−23 bar : autant dire que rien ne se décompose.
Étape 7
Avec balayage : ΔG=ΔG∘+RTlnQ avec Q=PCO2=0,010. La condition ΔG=0 donne 179200=T(160,6−8,314ln0,010)=T(160,6+38,3)=198,9T.
Pourquoi
Le logarithme d'un nombre inférieur à un est négatif, donc le terme −RlnQ s'AJOUTE à l'entropie : tout se passe comme si la réaction gagnait 38 unités d'entropie effective.
Étape 8
T=198,9179200=901 K, soit 628 °C, contre 843 °C en conditions standards.
Pourquoi
Deux cent quatorze degrés d'économie pour une seule modification du procédé : c'est exactement la raison pour laquelle les fours industriels sont ventilés en continu.
Étape 9
Vérification : à 1116 K et en conditions standards, ΔG∘=179,2−1116×0,1606=0,0 kJ/mol, donc K=1 et la pression d'équilibre du gaz vaut bien 1 bar.
Pourquoi
Ce contrôle relie les trois résultats : la température d'inversion est exactement celle où la constante vaut un, ce qui valide en même temps le calcul de ΔG∘ et celui de T.
Conclusion rédigée
« La décomposition du calcaire absorbe 179,2 kJ/mol et gagne 160,6 J/(mol·K) d'entropie : elle n'est pas spontanée à 25 °C, où ΔG∘ vaut +131,3 kJ/mol et K environ 10−23, mais elle le devient au-dessus de 843 °C. En balayant le four pour maintenir le dioxyde de carbone à 0,010 bar, cette température tombe à 628 °C. »
L'erreur classique sur cet exercice : Écrire ΔG∘=179,2−298,15×160,6 et trouver un nombre très négatif, donc conclure que le calcaire se décompose spontanément à température ambiante. Le monde serait alors dépourvu de falaises calcaires, ce qui suffit à rejeter le résultat.
À savoir par cœur
•ΔH en kJ/mol, ΔS en J/(mol·K) : CONVERTIR avant de soustraire.
•ΔG=ΔH−TΔS, avec T en KELVINS. Spontanée si ΔG<0.
•S∘ est absolue et toujours POSITIVE, même pour un corps simple; seule ΔHf∘ y est nulle.
•Le signe de ΔS se lit d'abord sur la variation du nombre de moles de GAZ.
•Quatre cas : les deux signes opposés donnent une réponse valable à toute température; les deux signes identiques donnent une température d'inversion T=ΔSΔH.
•ΔG∘=−RTlnK : le signe MOINS rend ΔG∘<0 équivalent à K>1.
•Hors des conditions standards : ΔG=ΔG∘+RTlnQ.
•Spontané ne veut pas dire rapide, ni total.
Questions fréquentes
Pourquoi faut-il convertir l'entropie avant de calculer l'énergie libre ?
Parce que les enthalpies sont tabulées en kilojoules par mole et les entropies en joules par mole et par kelvin. Soustraire directement revient à mélanger deux unités qui diffèrent d'un facteur mille, ce qui change non seulement la valeur mais le signe du résultat, donc la conclusion sur la spontanéité.
L'entropie standard d'un corps simple est-elle nulle ?
Non, jamais. C'est l'enthalpie de formation d'un corps simple qui vaut zéro, par convention. L'entropie standard, elle, est une valeur absolue mesurée à partir du zéro absolu, où toute entropie s'annule. Le dioxygène gazeux a par exemple une entropie standard supérieure à deux cents joules par mole et par kelvin.
Comment prévoir le signe de la variation d'entropie sans calcul ?
On regarde d'abord la variation du nombre de moles de gaz. S'il y a plus de gaz du côté des produits, l'entropie augmente. Les solides et les liquides pèsent beaucoup moins dans le bilan. À nombre de gaz égal, on compare la complexité des molécules : plus une molécule compte d'atomes, plus son entropie est grande.
Une réaction spontanée est-elle rapide ?
Pas du tout. La thermodynamique dit seulement qu'une réaction est possible, jamais à quelle vitesse elle se produit. La combustion du diamant est très favorable à température ambiante et ne se produit pourtant jamais spontanément, faute d'énergie suffisante pour franchir la barrière d'activation. La vitesse relève de la cinétique.
Quand une température d'inversion existe-t-elle ?
Uniquement quand l'enthalpie et l'entropie de réaction ont le même signe. Si l'enthalpie est négative et l'entropie positive, la réaction est spontanée à toute température; dans le cas inverse, elle ne l'est jamais. Le calcul du rapport donne alors un nombre négatif, ce qui est la façon dont l'arithmétique signale l'absence d'inversion.
Pourquoi un four à chaux fonctionne-t-il en dessous de la température calculée ?
Parce que la température calculée suppose une pression de dioxyde de carbone d'un bar, ce qui correspond aux conditions standards. En ventilant le four, on évacue le gaz au fur et à mesure, donc on abaisse le quotient réactionnel et l'énergie libre avec lui. La décomposition devient possible plus de deux cents degrés plus tôt.
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Exercices corrigés : Thermodynamique chimique
Une méthode se prouve sur une copie, pas sur une fiche. La série du même chapitre reprend chacun de ces pièges dans un exercice, avec le corrigé rédigé étape par étape.
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