Exercice 1 : Les forces intermoléculaires décident de l'état
Les températures de changement d'état ne se retiennent pas par coeur : elles se DÉDUISENT de la nature et de l'intensité des forces entre molécules. Trois comparaisons suffisent à installer le raisonnement.
Températures d'ébullition, en °C : 100 ; ; ; ; ; 184.
- a) Classez les trois types de forces intermoléculaires par intensité croissante, et dites laquelle est toujours présente.
- b) est PLUS lourd que et devrait donc bouillir plus haut. Expliquez l'inversion observée.
- c) est plus lourd que et bout effectivement plus haut. Pourquoi n'y a-t-il pas d'inversion ici ?
- d) Expliquez l'écart considérable entre et , tous deux non polaires.
- e) Deux isomères de formule , le pentane linéaire et le néopentane très ramifié, bouillent à 36 °C et 10 °C. Attribuez et justifiez.
Voir la correction
a) Par intensité croissante : forces de LONDON, puis interactions DIPÔLE-DIPÔLE, puis LIAISON HYDROGÈNE. Les forces de London, dues aux dipôles instantanés du nuage électronique, sont TOUJOURS présentes, y compris entre molécules non polaires : ce sont les seules forces qui existent dans un gaz rare ou dans un alcane.
b) Parce que l'eau forme des LIAISONS HYDROGÈNE, et pas le sulfure d'hydrogène. La liaison hydrogène exige que l'hydrogène soit lié à , ou , atomes petits et très électronégatifs. Le soufre est nettement moins électronégatif et bien plus gros, si bien que ne dispose que d'interactions dipôle-dipôle ordinaires. L'écart de 160 °C mesure donc directement le coût énergétique du réseau de liaisons hydrogène de l'eau, et c'est ce qui rend l'eau liquide dans les conditions terrestres, condition de toute la biologie.
c) Parce que ni ni ne forment de liaison hydrogène : le carbone et le silicium ne sont pas assez électronégatifs. Les deux molécules sont pratiquement non polaires et ne disposent que de forces de London. Or celles-ci croissent avec le nombre d'électrons et la POLARISABILITÉ du nuage : , plus gros, en a davantage, donc il bout plus haut. Ici la masse et la polarisabilité varient dans le même sens, il n'y a aucune raison d'inversion.
d) Les deux sont apolaires et n'ont donc que des forces de London, mais l'iode possède beaucoup plus d'électrons que le fluor, dans des couches bien plus éloignées du noyau donc plus faciles à déformer. Son nuage est nettement plus POLARISABLE, les dipôles instantanés y sont plus intenses, et les forces de London s'en trouvent multipliées. C'est pourquoi le difluor est un gaz à température ambiante alors que le diiode est un SOLIDE : la même force, à des intensités très différentes, produit trois états différents.
e) Le pentane linéaire bout à 36 °C, le néopentane à 10 °C. Les deux ont exactement la même formule, donc le même nombre d'électrons et la même polarisabilité globale. Ce qui les distingue est la SURFACE DE CONTACT : une molécule allongée peut s'accoler à sa voisine sur toute sa longueur, multipliant les points d'interaction, alors qu'une molécule sphérique compacte ne se touche que sur une petite calotte. Plus une molécule est RAMIFIÉE, plus elle est compacte, plus sa surface de contact est faible et plus son point d'ébullition est bas. Ce raisonnement de forme, indépendant de la masse, est régulièrement demandé en examen.