Exercice 1 : Un substrat, quatre réactifs, quatre issues
On soumet le --bromobutane, séparément, à quatre traitements.
Traitement : azoture de sodium dans le diméthylsulfoxyde. Traitement : mélange eau-éthanol tiède, sans autre réactif. Traitement : -méthylpropan--olate de potassium dans le -méthylpropan--ol. Traitement : éthanolate de sodium dans l'éthanol.
Résultats bruts : le traitement donne pour cent de but--ène, le traitement en donne pour cent.
- a) Traitement : donnez le produit avec sa configuration, et justifiez à la fois le mécanisme et le rôle du solvant.
- b) Traitement : donnez le produit et ce que mesurerait un polarimètre. Justifiez.
- c) Traitements et : donnez le produit majoritaire de chacun et expliquez l'écart entre et pour cent.
- d) Un cinquième traitement, par dans le méthanol au lieu du diméthylsulfoxyde, serait beaucoup plus lent. Expliquez.
Voir la correction
a) Le produit est le --azidobutane. L'ion azoture est un excellent nucléophile mais une base faible, le substrat est secondaire, et le solvant est POLAIRE APROTIQUE : toutes les conditions d'une sont réunies. L'attaque se fait par l'arrière, d'où l'INVERSION DE WALDEN au carbone asymétrique. Le rôle du diméthylsulfoxyde est décisif : il solvate très bien le cation sodium par son oxygène chargé négativement, mais n'ayant aucun hydrogène acide il ne peut pas former de liaison hydrogène avec l'ANION. L'azoture reste donc nu, non enveloppé, et sa nucléophilie est maximale. On notera que le descripteur passe de à , mais qu'il faut vérifier ce changement de lettre indépendamment de l'inversion spatiale, les priorités de Cahn-Ingold-Prelog étant recalculées sur les nouveaux substituants.
b) Le produit est le butan--ol, et le polarimètre indiquerait un pouvoir rotatoire pratiquement NUL. Il n'y a ici aucun nucléophile fort ni aucune base : l'eau et l'éthanol sont des nucléophiles faibles et le milieu est protique et tiède, ce qui favorise l'ionisation. C'est donc une SOLVOLYSE par mécanisme . Le carbocation secondaire formé est PLAN, donc attaquable des deux faces avec la même probabilité, et l'on obtient les deux énantiomères en quantités égales : un mélange racémique, optiquement inactif. En pratique on observe un léger excès du produit d'inversion, le bromure qui vient de partir masquant encore un peu la face qu'il occupait, mais l'ordre de grandeur reste la racémisation. On obtiendrait accessoirement un peu d'alcène par concurrente.
c) Les deux traitements donnent une élimination , puisque les deux réactifs sont des bases fortes. Le traitement , avec l'éthanolate, petit et peu encombré, suit la règle de ZAITSEV : le produit majoritaire est le but--ène, plus substitué donc plus stable, et principalement sa forme ; le but--ène n'est qu'à pour cent. Le traitement , avec le -méthylpropan--olate, très encombré par ses trois méthyles, donne au contraire pour cent de BUT--ÈNE, l'alcène le moins substitué. L'explication est stérique et porte sur la BASE et non sur le substrat : une base volumineuse ne parvient plus à atteindre l'hydrogène du carbone , qui est un entouré, alors qu'elle atteint sans peine les hydrogènes du méthyle terminal, plus exposés et trois fois plus nombreux. On retrouve exactement l'arbitrage de l'élimination de Hofmann, à ceci près que l'encombrement est apporté cette fois par la base et non par le groupe partant : dans les deux cas, dès que l'accès à l'hydrogène devient le facteur limitant, la stabilité du produit cesse de décider.
d) Le méthanol est un solvant polaire PROTIQUE. Ses hydrogènes hydroxyle forment des liaisons hydrogène avec l'anion azoture et l'entourent d'une coquille de solvatation qu'il faut arracher, au moins partiellement, avant que le nucléophile puisse attaquer. Cette désolvatation coûte de l'énergie et s'ajoute à la barrière d'activation, si bien que la nucléophilie effective de l'azoture s'effondre, typiquement d'un facteur mille à dix mille par rapport au diméthylsulfoxyde. Le méthanol favoriserait de surcroît l'ionisation du substrat, donc la voie concurrente, ce qui dégraderait aussi la stéréochimie. La règle générale à retenir est que pour une avec un nucléophile anionique, on choisit toujours un solvant polaire APROTIQUE.