Exercice 1 : La règle de Hückel et les quatre conditions
L'aromaticité n'est pas une affaire d'odeur ni de présence d'un cycle : c'est un critère précis à quatre conditions, dont la dernière est numérique.
- a) Énoncez les quatre conditions de l'aromaticité selon Hückel.
- b) Vérifiez-les pour le benzène et déterminez la valeur de .
- c) Le cyclobutadiène possède 4 électrons et le cyclooctatétraène 8. Que conclure pour chacun ?
- d) L'anion cyclopentadiényle possède 6 électrons sur un cycle à cinq carbones. Est-il aromatique ? Quelle conséquence pour l'acidité du cyclopentadiène ?
- e) Le cyclooctatétraène adopte en réalité une forme de baignoire, non plane. Cela change-t-il votre conclusion ?
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a) Le composé doit être CYCLIQUE ; il doit être PLAN, faute de quoi les orbitales ne peuvent pas se recouvrir latéralement de façon continue ; il doit être entièrement CONJUGUÉ, c'est-à-dire que chaque atome du cycle doit porter une orbitale disponible ; et il doit posséder électrons délocalisés, avec entier positif ou nul.
b) Le benzène est cyclique, plan, et chacun de ses six carbones est donc porteur d'une orbitale pure perpendiculaire au plan : la conjugaison est complète sur tout le cycle. Il compte 6 électrons , provenant des trois doubles liaisons. On résout , d'où : la condition est satisfaite. Le benzène est AROMATIQUE.
c) Le cyclobutadiène a 4 électrons . Or donnerait , qui n'est pas entier : la règle n'est pas satisfaite. Comme , il compte électrons et se trouve donc dans le cas ANTIAROMATIQUE : il est moins stable que le butadiène ouvert correspondant, et de fait il n'existe qu'à très basse température. Le cyclooctatétraène a 8 électrons , soit avec : le même raisonnement le rendrait antiaromatique s'il était plan.
d) Oui. Le cycle à cinq carbones porte quatre carbones issus des deux doubles liaisons, et le cinquième, après perte d'un proton, porte un doublet dans une orbitale qui s'intègre à la conjugaison. On compte donc électrons , soit : l'anion est AROMATIQUE. La conséquence est spectaculaire sur l'acidité : le cyclopentadiène a un voisin de 16, comparable à celui de l'eau, alors qu'un alcane ordinaire dépasse 50. Sa base conjuguée est stabilisée par l'aromaticité, ce qui rend l'arrachement du proton bien plus facile. C'est l'illustration la plus nette de ce que l'aromaticité vaut en énergie.
e) Non, elle la renforce, mais en changeant la catégorie. En se pliant en baignoire, le cyclooctatétraène BRISE la planéité : ses orbitales ne se recouvrent plus de façon continue, la conjugaison cyclique est rompue, et il n'est donc ni aromatique NI antiaromatique, mais simplement NON aromatique. Il se comporte alors comme un polyène ordinaire, avec des liaisons simples et doubles alternées bien distinctes, et il fait les additions que le benzène refuse. C'est un bel exemple de molécule qui se déforme pour ÉCHAPPER à l'antiaromaticité, laquelle est énergétiquement défavorable.