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Chimie organique • Complément québécois de Terminale et cégep à Montréal

Exercices corrigés : les composés aromatiques (chimie organique)

Le benzène est écrit avec trois doubles liaisons et devrait donc décolorer l'eau de brome comme n'importe quel alcène. Il n'en fait rien. Ce refus est l'observation fondatrice du chapitre : additionner détruirait le système conjugué cyclique, et le gain énergétique de l'addition ne compense pas la perte de l'AROMATICITÉ.

L'exercice 2 mesure cette stabilité au lieu de l'invoquer : en comparant les chaleurs d'hydrogénation du cyclohexène et du benzène, on obtient un écart de 152 kJ/mol, qui est l'énergie de résonance. L'exercice 5 en tire les conséquences pratiques, avec les effets directeurs qui gouvernent toute la synthèse aromatique industrielle.

Rappel de cours

  • Règle de HÜCKEL : un composé est aromatique s'il est CYCLIQUE, PLAN, entièrement CONJUGUÉ, et s'il possède 4n+24n+2 électrons π\pi délocalisés, avec nn entier positif ou nul. Les valeurs permises sont donc 2, 6, 10, 14.
  • 4n4n électrons π\pi dans les mêmes conditions donnent au contraire un composé ANTIAROMATIQUE, moins stable que son analogue non cyclique. Si la planéité n'est pas respectée, le composé est simplement NON aromatique.
  • Le benzène est un hexagone plan régulier : les six liaisons CCC-C sont IDENTIQUES, de longueur 139 pm, intermédiaire entre la simple 154 et la double 134. Chaque carbone est sp2sp^{2} et son orbitale pp pure participe au nuage π\pi délocalisé.
  • Énergie de résonance : différence entre l'énergie du composé réel et celle du modèle hypothétique à doubles liaisons localisées. Pour le benzène, environ 150 kJ/mol.
  • Réaction caractéristique : la SUBSTITUTION électrophile aromatique, notée SEArS_{E}Ar, et non l'addition. Elle se fait en deux temps : attaque de l'électrophile formant un carbocation intermédiaire non aromatique, puis perte d'un H+H^{+} qui RESTAURE l'aromaticité.
  • Réactions usuelles : nitration par HNO3HNO_{3} et H2SO4H_{2}SO_{4}, halogénation par Cl2Cl_{2} et FeCl3FeCl_{3}, alkylation et acylation de Friedel-Crafts par AlCl3AlCl_{3}.
  • EFFETS DIRECTEURS. Groupes donneurs (OH-OH, NH2-NH_{2}, OR-OR, alkyles) : ACTIVANTS et orienteurs ORTHO-PARA. Groupes attracteurs (NO2-NO_{2}, CN-CN, COOH-COOH, CHO-CHO) : DÉSACTIVANTS et orienteurs MÉTA.
  • EXCEPTION à connaître : les HALOGÈNES sont DÉSACTIVANTS mais orienteurs ORTHO-PARA, parce qu'ils attirent par effet inductif tout en donnant par effet mésomère.

Partie A : Aromaticité, énergie de résonance et substitution (/32)

Exercice 1 : La règle de Hückel et les quatre conditions

L'aromaticité n'est pas une affaire d'odeur ni de présence d'un cycle : c'est un critère précis à quatre conditions, dont la dernière est numérique.

  • a) Énoncez les quatre conditions de l'aromaticité selon Hückel.
  • b) Vérifiez-les pour le benzène et déterminez la valeur de nn.
  • c) Le cyclobutadiène possède 4 électrons π\pi et le cyclooctatétraène 8. Que conclure pour chacun ?
  • d) L'anion cyclopentadiényle possède 6 électrons π\pi sur un cycle à cinq carbones. Est-il aromatique ? Quelle conséquence pour l'acidité du cyclopentadiène ?
  • e) Le cyclooctatétraène adopte en réalité une forme de baignoire, non plane. Cela change-t-il votre conclusion ?
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a) Le composé doit être CYCLIQUE ; il doit être PLAN, faute de quoi les orbitales pp ne peuvent pas se recouvrir latéralement de façon continue ; il doit être entièrement CONJUGUÉ, c'est-à-dire que chaque atome du cycle doit porter une orbitale pp disponible ; et il doit posséder 4n+24n+2 électrons π\pi délocalisés, avec nn entier positif ou nul.

b) Le benzène est cyclique, plan, et chacun de ses six carbones est sp2sp^{2} donc porteur d'une orbitale pp pure perpendiculaire au plan : la conjugaison est complète sur tout le cycle. Il compte 6 électrons π\pi, provenant des trois doubles liaisons. On résout 4n+2=64n+2=6, d'où n=1n=1 : la condition est satisfaite. Le benzène est AROMATIQUE.

c) Le cyclobutadiène a 4 électrons π\pi. Or 4n+2=44n+2=4 donnerait n=0,5n=0{,}5, qui n'est pas entier : la règle n'est pas satisfaite. Comme 4=4×14=4\times 1, il compte 4n4n électrons et se trouve donc dans le cas ANTIAROMATIQUE : il est moins stable que le butadiène ouvert correspondant, et de fait il n'existe qu'à très basse température. Le cyclooctatétraène a 8 électrons π\pi, soit 4n4n avec n=2n=2 : le même raisonnement le rendrait antiaromatique s'il était plan.

d) Oui. Le cycle à cinq carbones porte quatre carbones sp2sp^{2} issus des deux doubles liaisons, et le cinquième, après perte d'un proton, porte un doublet dans une orbitale pp qui s'intègre à la conjugaison. On compte donc 4+2=64+2=6 électrons π\pi, soit n=1n=1 : l'anion est AROMATIQUE. La conséquence est spectaculaire sur l'acidité : le cyclopentadiène a un pKapK_{a} voisin de 16, comparable à celui de l'eau, alors qu'un alcane ordinaire dépasse 50. Sa base conjuguée est stabilisée par l'aromaticité, ce qui rend l'arrachement du proton bien plus facile. C'est l'illustration la plus nette de ce que l'aromaticité vaut en énergie.

e) Non, elle la renforce, mais en changeant la catégorie. En se pliant en baignoire, le cyclooctatétraène BRISE la planéité : ses orbitales pp ne se recouvrent plus de façon continue, la conjugaison cyclique est rompue, et il n'est donc ni aromatique NI antiaromatique, mais simplement NON aromatique. Il se comporte alors comme un polyène ordinaire, avec des liaisons simples et doubles alternées bien distinctes, et il fait les additions que le benzène refuse. C'est un bel exemple de molécule qui se déforme pour ÉCHAPPER à l'antiaromaticité, laquelle est énergétiquement défavorable.

Exercice 2 : Mesurer l'aromaticité : l'énergie de résonance

La stabilité du benzène ne se postule pas, elle se MESURE. La méthode consiste à comparer la chaleur dégagée lors de l'hydrogénation du benzène à celle qu'on attendrait de trois doubles liaisons indépendantes.

Chaleurs d'hydrogénation, en kJ/mol : cyclohexène 120-120 ; 1,3-cyclohexadiène 232-232 ; benzène 208-208.

  • a) Quelle chaleur d'hydrogénation attendrait-on pour le benzène si ses trois doubles liaisons étaient indépendantes ?
  • b) Comparez à la valeur mesurée et calculez l'énergie de résonance.
  • c) Faites le même calcul pour le 1,3-cyclohexadiène. Que révèle l'écart obtenu ?
  • d) Pourquoi une chaleur d'hydrogénation MOINS négative traduit-elle une plus grande stabilité du composé de départ ?
  • e) Le benzène décolore-t-il l'eau de brome comme le fait le cyclohexène ? Justifiez énergétiquement.
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a) Si les trois doubles liaisons étaient indépendantes, chacune libérerait la même énergie qu'une double liaison isolée, soit celle du cyclohexène : 3×(120)=3603\times\left(-120\right)=-360 kJ/mol.

b) La valeur mesurée n'est que 208-208 kJ/mol. Le benzène libère donc 360208=152360-208=152 kJ/mol de MOINS que prévu. Cet écart est l'ÉNERGIE DE RÉSONANCE : c'est l'énergie dont le benzène réel est déjà plus bas que le modèle hypothétique à liaisons localisées. Autrement dit, il partait de plus bas, il lui reste donc moins à libérer.

c) Pour le 1,3-cyclohexadiène, deux doubles liaisons indépendantes donneraient 2×(120)=2402\times\left(-120\right)=-240 kJ/mol, alors que la mesure donne 232-232 : l'écart n'est que de 8 kJ/mol. Cette petite stabilisation est celle de la CONJUGAISON simple entre deux doubles liaisons voisines, qui existe dans tout diène conjugué. La comparaison est éclairante : 8 kJ/mol pour une conjugaison ouverte contre 152 pour le benzène. L'aromaticité n'est donc pas une conjugaison un peu meilleure, c'est un phénomène d'une tout autre ampleur, environ vingt fois plus stabilisant.

d) Parce que la chaleur d'hydrogénation mesure la DESCENTE énergétique entre le composé de départ et le produit. Or tous ces composés donnent le MÊME produit, le cyclohexane, donc le même point d'arrivée. Si la descente est plus courte, c'est nécessairement que le point de départ était plus BAS, donc plus stable. C'est toute l'astuce de la méthode : en fixant l'état final, on transforme une comparaison de chaleurs de réaction en une comparaison de stabilités des réactifs.

e) NON. Le cyclohexène décolore instantanément l'eau de brome par addition sur sa double liaison ; le benzène ne réagit pas dans ces conditions. La raison est énergétique : additionner Br2Br_{2} sur le benzène romprait le système conjugué cyclique et détruirait donc les 152 kJ/mol d'énergie de résonance. Le gain apporté par la formation de deux liaisons CBrC-Br ne suffit pas à compenser cette perte, et la réaction n'est pas favorable. C'est précisément pour cette raison que le benzène fait des SUBSTITUTIONS, qui restaurent l'aromaticité à la fin, plutôt que des additions, qui la détruiraient définitivement. Ce test à l'eau de brome est d'ailleurs une façon simple de distinguer un aromatique d'un alcène au laboratoire.

Exercice 3 : La substitution électrophile aromatique

Le benzène ne subit pas d'addition mais une SUBSTITUTION, en deux étapes. Le mécanisme explique à lui seul pourquoi c'est le seul chemin possible.

On considère la nitration du benzène par un mélange d'acide nitrique et d'acide sulfurique concentrés.

  • a) Écrivez les deux étapes du mécanisme général d'une SEArS_{E}Ar et nommez l'intermédiaire.
  • b) Expliquez pourquoi la seconde étape est une perte de proton et non l'addition d'un nucléophile.
  • c) Quel est le rôle de l'acide sulfurique dans la nitration ? Écrivez la formation de l'électrophile.
  • d) Citez les trois autres substitutions électrophiles usuelles avec leur catalyseur.
  • e) Dans le profil énergétique, laquelle des deux étapes est cinétiquement déterminante ? Justifiez.
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a) Première étape : l'électrophile E+E^{+} est attaqué par le nuage π\pi du cycle, ce qui forme un CARBOCATION cyclique appelé ion arénium, ou complexe sigma. Ce cation n'est plus aromatique, car le carbone attaqué est devenu sp3sp^{3} et rompt la conjugaison, mais il est stabilisé par mésomérie sur trois positions. Seconde étape : une base, souvent l'ion HSO4HSO_{4}^{-}, arrache le proton porté par ce carbone sp3sp^{3}, qui redevient sp2sp^{2} et RESTAURE l'aromaticité.

b) Parce qu'ajouter un nucléophile sur le carbocation donnerait un produit d'ADDITION, dans lequel deux carbones seraient sp3sp^{3} et l'aromaticité définitivement perdue. Perdre un proton, au contraire, ne coûte presque rien et récupère les 152 kJ/mol d'énergie de résonance. Le système choisit donc systématiquement cette voie. C'est la totalité de l'explication du comportement des aromatiques, et elle tient dans cette comparaison énergétique.

c) L'acide sulfurique, plus fort, protone l'acide nitrique, qui perd ensuite une molécule d'eau pour engendrer l'ion NITRONIUM NO2+NO_{2}^{+}, véritable électrophile de la réaction : HNO3+H2SO4NO2++HSO4+H2OHNO_{3}+H_{2}SO_{4}\rightarrow NO_{2}^{+}+HSO_{4}^{-}+H_{2}O. Sans lui, l'acide nitrique seul est un électrophile trop faible pour attaquer un cycle aussi peu réactif.

d) L'HALOGÉNATION, par Cl2Cl_{2} ou Br2Br_{2} avec un acide de Lewis comme FeCl3FeCl_{3} ou FeBr3FeBr_{3}, qui polarise la molécule d'halogène. L'ALKYLATION de Friedel-Crafts, par un halogénoalcane avec AlCl3AlCl_{3}, qui engendre un carbocation. L'ACYLATION de Friedel-Crafts, par un chlorure d'acyle avec AlCl3AlCl_{3}, qui engendre un ion acylium. Dans les trois cas, le catalyseur sert à créer ou à renforcer un électrophile suffisamment fort.

e) La PREMIÈRE étape est déterminante. C'est elle qui détruit l'aromaticité pour former le carbocation, ce qui exige de franchir une barrière élevée ; son énergie d'activation est de loin la plus grande des deux. La seconde, la perte du proton, est au contraire très rapide et fortement exothermique puisqu'elle restaure l'aromaticité. Cette dissymétrie a une conséquence pratique majeure : la vitesse de la réaction, comme l'orientation du produit, sont entièrement gouvernées par la stabilité du carbocation intermédiaire. C'est pourquoi il suffit de dessiner ce carbocation pour prédire les effets directeurs, sujet de l'exercice 5.

Exercice 4 : Les effets directeurs : activants, désactivants et l'exception

Quand le cycle porte déjà un substituant, celui-ci commande à la fois la VITESSE de la seconde substitution et sa POSITION. Les deux effets se déduisent du même raisonnement sur le carbocation intermédiaire.

  • a) Classez en activants ou désactivants : CH3-CH_{3}, OH-OH, NO2-NO_{2}, NH2-NH_{2}, COOH-COOH, Cl-Cl.
  • b) Donnez l'orientation, ortho-para ou méta, pour chacun de ces groupes.
  • c) Expliquez, à l'aide du carbocation intermédiaire, pourquoi un groupe DONNEUR oriente en ortho et para.
  • d) Le chlore est désactivant mais orienteur ortho-para. Expliquez cette apparente contradiction.
  • e) On veut préparer le 1,3-dinitrobenzène et le 4-nitrotoluène. Dans quel ORDRE faut-il effectuer les réactions dans chaque cas ?
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a) ACTIVANTS : CH3-CH_{3}, faiblement, par effet inductif donneur ; OH-OH et NH2-NH_{2}, fortement, par effet mésomère donneur du doublet libre. DÉSACTIVANTS : NO2-NO_{2} et COOH-COOH, fortement, par effet attracteur ; Cl-Cl, modérément.

b) Orienteurs ORTHO-PARA : CH3-CH_{3}, OH-OH, NH2-NH_{2} et Cl-Cl. Orienteurs MÉTA : NO2-NO_{2} et COOH-COOH. La règle générale associe activant et ortho-para d'une part, désactivant et méta d'autre part ; les halogènes sont la seule famille à y échapper.

c) Un groupe donneur enrichit le cycle en électrons, ce qui stabilise le carbocation intermédiaire chargé positivement. Mais cette stabilisation n'est possible que si la charge positive peut se retrouver SUR le carbone qui porte le groupe donneur. Or, en dessinant les formes limites de l'ion arénium, la charge se répartit sur les positions ortho et para par rapport au point d'attaque. Attaquer en ortho ou en para place donc la charge, dans l'une des formes limites, précisément sur le carbone substitué, où le donneur peut la neutraliser : cette forme supplémentaire abaisse fortement l'énergie. Une attaque en méta ne le permet pas. Le chemin ortho-para est donc plus rapide.

d) Parce que le chlore exerce DEUX effets de sens opposés. Par effet INDUCTIF, il est très électronégatif et attire les électrons du cycle, ce qui l'appauvrit et RALENTIT toute substitution : d'où son caractère désactivant. Par effet MÉSOMÈRE, il possède des doublets libres qu'il peut donner au système π\pi, ce qui stabilise le carbocation lorsque la charge se trouve sur le carbone porteur, donc pour les attaques ortho et para. L'effet inductif l'emporte sur la VITESSE globale, l'effet mésomère décide de l'ORIENTATION. Les deux questions étant indépendantes, il n'y a aucune contradiction : la première porte sur la hauteur de la barrière, la seconde sur laquelle des trois barrières est la plus basse.

e) Pour le 1,3-DINITROBENZÈNE, les deux groupes sont en méta. Il faut nitrer d'abord, puis nitrer à nouveau : le premier NO2-NO_{2}, orienteur méta, envoie le second en position 3. L'ordre est imposé et il n'y a pas d'alternative. Pour le 4-NITROTOLUÈNE, le méthyle et le nitro sont en para. Il faut ALKYLER D'ABORD, pour installer le méthyle, puis nitrer : le méthyle, orienteur ortho-para, envoie le nitro en position 4. L'ordre inverse échouerait doublement, car le nitro enverrait le méthyle en méta, et surtout parce que l'alkylation de Friedel-Crafts ne fonctionne pas sur un cycle fortement désactivé. La leçon générale est que l'ordre des étapes n'est jamais indifférent en synthèse aromatique.

Partie B : Niveau examen (/18)

Exercice 5 : Prévoir un produit et construire une synthèse

L'examen combine toujours les deux compétences : prédire le produit majoritaire d'une réaction donnée, et concevoir l'ordre des étapes pour atteindre une cible imposée.

  • a) On nitre le phénol C6H5OHC_{6}H_{5}OH. Prédisez les produits majoritaires et comparez la vitesse à celle du benzène.
  • b) On nitre le nitrobenzène. Prédisez le produit et comparez de nouveau la vitesse.
  • c) Proposez une synthèse de l'acide 3-nitrobenzoïque à partir du toluène, en justifiant l'ordre.
  • d) Proposez une synthèse de l'acide 4-nitrobenzoïque à partir du même toluène.
  • e) Comparez vos deux réponses et énoncez la règle générale qu'elles illustrent.
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a) Le groupe OH-OH est fortement ACTIVANT et orienteur ORTHO-PARA. Les produits majoritaires sont donc le 2-nitrophénol et le 4-nitrophénol, ce dernier étant en général prépondérant car moins gêné stériquement. La réaction est BEAUCOUP plus rapide que sur le benzène, à tel point qu'elle se fait avec de l'acide nitrique dilué et sans acide sulfurique, alors que le benzène exige un mélange sulfonitrique concentré et chauffé.

b) Le groupe NO2-NO_{2} est fortement DÉSACTIVANT et orienteur MÉTA. Le produit majoritaire est le 1,3-dinitrobenzène. La réaction est BEAUCOUP plus lente que sur le benzène et exige des conditions plus dures, acide fumant et chauffage prolongé. C'est d'ailleurs ce qui rend la mononitration du benzène facile à contrôler : dès qu'un premier nitro est installé, il protège le cycle contre une seconde attaque.

c) Cible : un COOH-COOH et un NO2-NO_{2} en position méta l'un de l'autre. Il faut donc que le groupe présent au moment de la nitration soit un orienteur MÉTA. On OXYDE D'ABORD le méthyle en acide carboxylique, par exemple au permanganate de potassium à chaud, puis on NITRE. Le COOH-COOH, orienteur méta, envoie alors le nitro en position 3, et l'on obtient l'acide 3-nitrobenzoïque.

d) Cible : les deux groupes en position para. Il faut cette fois que le groupe présent au moment de la nitration soit orienteur ORTHO-PARA. On NITRE D'ABORD le toluène : le méthyle, orienteur ortho-para, conduit majoritairement au 4-nitrotoluène, que l'on sépare de son isomère ortho. On OXYDE ENSUITE le méthyle en acide carboxylique, l'oxydation ne modifiant pas la position des substituants. On obtient l'acide 4-nitrobenzoïque.

e) Les deux synthèses partent du MÊME réactif et utilisent les MÊMES deux réactions, dans l'ordre inverse, pour donner deux isomères différents. La règle générale est donc que, en série aromatique, c'est le groupe DÉJÀ PRÉSENT qui commande la position du suivant : on choisit l'ordre des étapes en fonction de l'orientation voulue, et non de la commodité. Pratiquement, on raisonne à REBOURS depuis la cible en se demandant, pour chaque substituant, lequel a dû être installé en dernier et quel orienteur devait alors être présent.

Exercice 6 : Problème : les hydrocarbures aromatiques polycycliques

Au-delà du benzène, les cycles aromatiques peuvent être soudés. Ces composés, présents dans le goudron, la fumée et les aliments grillés, sont d'importants polluants dont la toxicité s'explique par ce chapitre.

Le naphtalène C10H8C_{10}H_{8} compte 10 électrons π\pi ; l'anthracène C14H10C_{14}H_{10} en compte 14.

  • a) Vérifiez que ces deux composés satisfont la règle de Hückel.
  • b) Calculez le degré d'insaturation du naphtalène et vérifiez sa cohérence avec deux cycles aromatiques accolés.
  • c) L'énergie de résonance du naphtalène vaut 255 kJ/mol. Comparez au double de celle du benzène et interprétez.
  • d) Ces composés sont classés cancérogènes. Expliquez, à partir de leur structure plane, le mécanisme d'interaction avec l'ADN.
  • e) Pourquoi en trouve-t-on dans les grillades et la fumée, et quel geste simple en réduit la formation ?
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a) Pour le naphtalène, 4n+2=104n+2=10 donne n=2n=2 : la condition est satisfaite. Pour l'anthracène, 4n+2=144n+2=14 donne n=3n=3 : elle l'est aussi. Les deux composés sont par ailleurs cycliques, plans et entièrement conjugués, tous leurs carbones étant sp2sp^{2}. Ils sont donc AROMATIQUES.

b) Le degré d'insaturation vaut 2×10+282=2282=7\dfrac{2\times 10+2-8}{2}=\dfrac{22-8}{2}=7. Ce nombre se décompose : deux cycles, plus cinq doubles liaisons, ce qui correspond bien à la formule développée du naphtalène, où l'on dessine deux hexagones accolés portant cinq doubles liaisons au total et non six, les deux cycles partageant une liaison.

c) Le double de l'énergie de résonance du benzène vaudrait 2×152=3042\times 152=304 kJ/mol, alors que le naphtalène n'atteint que 255. La stabilisation par cycle est donc MOINDRE : environ 128 kJ/mol par cycle au lieu de 152. Interprétation : les deux carbones de la jonction sont partagés, si bien que la délocalisation n'est pas aussi efficace que dans deux benzènes indépendants. Conséquence pratique, le naphtalène est plus RÉACTIF que le benzène : on peut l'hydrogéner ou le substituer plus facilement, car le sacrifice d'aromaticité y est moins coûteux.

d) Ces molécules sont PLANES, rigides et hydrophobes, avec un nuage π\pi étendu sur les deux faces. Ces caractéristiques leur permettent de s'INTERCALER entre deux paires de bases successives de la double hélice d'ADN, qui sont elles-mêmes des cycles aromatiques plans empilés à 340 pm les uns des autres. L'intercalation déforme localement l'hélice et perturbe la réplication. S'y ajoute, pour les plus gros d'entre eux comme le benzo[a]pyrène, une activation métabolique par le foie en époxydes très électrophiles qui se lient de façon covalente aux bases, provoquant des mutations. La planéité, propriété directement issue de l'aromaticité, est donc la cause structurale de la toxicité.

e) Parce qu'ils se forment par PYROLYSE : lorsque des matières organiques brûlent de façon incomplète, à haute température et en défaut d'oxygène, les fragments carbonés se recombinent en cycles aromatiques, forme la plus stable du carbone dans ces conditions. C'est le cas de la graisse qui tombe sur les braises et remonte avec la fumée, du tabac qui se consume, et de tout aliment carbonisé. Le geste simple : éviter le contact direct de l'aliment avec la flamme et les parties noircies, en éloignant la grille des braises, en limitant l'égouttement des graisses, et en retirant les zones carbonisées avant consommation. Cuire à plus basse température, ou précuire, réduit fortement la formation de ces composés.

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