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Chimie générale 202-NYA • Cégep et complément québécois à Montréal

Exercices corrigés : hybridation et modèle quantique de la liaison (202-NYA)

Le modèle de Lewis dit COMBIEN de liaisons se forment, la théorie RPEV dit avec quelle GÉOMÉTRIE. Ni l'un ni l'autre ne dit ce qu'est physiquement une liaison. Le modèle quantique de la liaison de valence répond : une liaison est le recouvrement de deux orbitales atomiques, et la paire d'électrons occupe la région commune ainsi formée.

Ce modèle bute immédiatement sur le carbone, qui n'a que deux électrons célibataires et devrait donc former CH2CH_{2}. L'hybridation, introduite par Pauling, résout la difficulté et donne du même coup les angles exacts. L'exercice 5 va plus loin encore : le modèle des orbitales moléculaires explique pourquoi He2He_{2} n'existe pas et pourquoi le dioxygène est attiré par un aimant, deux faits que Lewis ne peut ni prévoir ni même exprimer.

Rappel de cours

  • Liaison de valence : une liaison covalente est le RECOUVREMENT de deux orbitales atomiques de valence contenant chacune un électron célibataire. La région commune est une orbitale moléculaire.
  • Liaison σ\sigma : recouvrement AXIAL, dans l'axe des deux noyaux. Elle autorise la rotation libre. Liaison π\pi : recouvrement LATÉRAL de deux orbitales p parallèles, au-dessus et au-dessous de l'axe. Elle INTERDIT la rotation.
  • Une liaison simple est un σ\sigma ; une double liaison est un σ\sigma plus un π\pi ; une triple liaison est un σ\sigma plus deux π\pi.
  • Hybridation : les orbitales de valence se combinent en orbitales hybrides équivalentes. sp3sp^{3} : 4 hybrides, tétraèdre, 109,5°. sp2sp^{2} : 3 hybrides coplanaires à 120°, plus une p pure perpendiculaire. spsp : 2 hybrides à 180°, plus deux p pures.
  • MÉTHODE RAPIDE : compter le nombre de directions autour de l'atome, c'est-à-dire liaisons σ\sigma plus doublets libres. 4 donne sp3sp^{3}, 3 donne sp2sp^{2}, 2 donne spsp. C'est le même décompte que celui de la théorie RPEV.
  • Orbitales moléculaires : la combinaison de nn orbitales atomiques donne nn orbitales moléculaires, moitié LIANTES, moitié ANTILIANTES (notées avec une étoile).
  • Ordre de liaison =nliantsnantiliants2=\dfrac{n_{liants}-n_{antiliants}}{2}. Un ordre nul signifie que la molécule n'existe pas.
  • Une espèce ayant des électrons célibataires est PARAMAGNÉTIQUE, donc attirée par un champ magnétique ; si tous ses électrons sont appariés, elle est diamagnétique.

Partie A : Recouvrement, hybridation et liaisons sigma et pi (/32)

Exercice 1 : Du recouvrement d'orbitales à la liaison covalente

Le modèle de Lewis représente la liaison par un trait, sans dire ce qu'est ce trait. Le modèle quantique de la liaison de valence lui donne un contenu physique : deux orbitales atomiques se chevauchent, et la paire d'électrons occupe la région commune.

  • a) Énoncez les deux idées du modèle de la liaison de valence, et dites laquelle est héritée de Lewis.
  • b) Décrivez la liaison de H2H_{2} en précisant les orbitales qui se recouvrent.
  • c) Même travail pour HClHCl et pour F2F_{2}, sachant que le chlore a la configuration [Ne]3s23p5\left[Ne\right]3s^{2}3p^{5} et le fluor [He]2s22p5\left[He\right]2s^{2}2p^{5}.
  • d) Le modèle prévoit que le nombre de liaisons égale le nombre d'électrons célibataires. Vérifiez-le sur l'azote, puis montrez qu'il ÉCHOUE sur le carbone.
Voir la correction

a) Idée HÉRITÉE de Lewis : une liaison covalente est la mise en commun de deux électrons de valence. Idée NOUVELLE : ces deux électrons occupent une région de l'espace obtenue par recouvrement, ou chevauchement, de deux orbitales atomiques de valence, région appelée orbitale moléculaire. Seuls les électrons de valence CÉLIBATAIRES, c'est-à-dire non appariés, peuvent participer.

b) L'hydrogène a la configuration 1s11s^{1} : un seul électron, célibataire, dans une orbitale 1s1s sphérique. Les deux atomes approchent leurs orbitales 1s1s jusqu'au recouvrement, et les deux électrons, de spins opposés, occupent la région commune centrée sur l'axe des noyaux. C'est une liaison σ\sigma, notée σ1s1s\sigma_{1s-1s}.

c) Pour HClHCl : le chlore possède un électron célibataire dans une orbitale 3p3p, puisque 3p53p^{5} signifie deux orbitales pleines et une à moitié remplie. Le recouvrement se fait entre l'orbitale 1s1s de l'hydrogène et cette orbitale 3p3p du chlore, dans l'axe du lobe : liaison σ1s3p\sigma_{1s-3p}. Pour F2F_{2} : chaque fluor a un électron célibataire dans une 2p2p, et les deux orbitales 2p2p se recouvrent bout à bout : liaison σ2p2p\sigma_{2p-2p}. Dans les trois cas, le recouvrement est AXIAL, donc la liaison est σ\sigma.

d) L'azote est [He]2s22p3\left[He\right]2s^{2}2p^{3} : les trois électrons 2p2p occupent chacun une orbitale différente d'après la règle de Hund, donc TROIS célibataires. Le modèle prévoit trois liaisons, ce qui correspond exactement à NH3NH_{3} : la prévision est correcte. Le carbone est [He]2s22p2\left[He\right]2s^{2}2p^{2} : l'orbitale 2s2s est pleine et deux orbitales 2p2p contiennent un électron chacune, soit DEUX célibataires seulement. Le modèle prévoit donc deux liaisons, c'est-à-dire CH2CH_{2}, alors que le carbone est universellement TÉTRAVALENT et forme CH4CH_{4}. Le modèle, tel quel, est en contradiction avec la chimie organique tout entière : c'est ce qui impose l'hybridation.

Exercice 2 : L'hybridation sp3 et la tétravalence du carbone

Pauling résout la contradiction en deux temps : on promeut d'abord un électron, ce qui coûte de l'énergie, puis on combine mathématiquement les orbitales de valence en orbitales équivalentes. Le bilan énergétique est largement favorable.

  • a) Écrivez la configuration électronique du carbone à l'état fondamental en cases quantiques, et comptez les électrons célibataires.
  • b) Décrivez la promotion d'un électron et donnez la configuration de l'état excité.
  • c) Expliquez ce qu'est l'hybridation sp3sp^{3} et combien d'orbitales hybrides elle produit.
  • d) La promotion coûte de l'énergie. Pourquoi le bilan est-il malgré tout favorable ?
  • e) Déduisez la géométrie de CH4CH_{4} et l'angle entre deux liaisons. Comparez avec ce que prévoyait la théorie RPEV.
Voir la correction

a) Carbone : 1s22s22p21s^{2}2s^{2}2p^{2}. L'orbitale 2s2s contient une paire, et les deux électrons 2p2p se placent dans deux orbitales pp différentes, à spins parallèles, d'après la règle de Hund. Il reste donc une orbitale 2p2p VIDE. Le décompte donne DEUX électrons célibataires.

b) On fait passer un des deux électrons 2s2s dans l'orbitale 2p2p vacante. L'état excité s'écrit 1s22s12p31s^{2}2s^{1}2p^{3} : les quatre orbitales de valence, une 2s2s et trois 2p2p, contiennent maintenant un électron chacune. On dispose donc de QUATRE électrons célibataires, ce qui rend la tétravalence possible.

c) L'hybridation sp3sp^{3} est la combinaison mathématique de l'orbitale 2s2s et des TROIS orbitales 2p2p. Elle produit QUATRE orbitales hybrides identiques, de même énergie, intermédiaire entre celles de ss et de pp, et orientées vers les quatre sommets d'un tétraèdre. Chacune contient un électron célibataire et peut former une liaison σ\sigma. Le nom sp3sp^{3} indique la recette : une part de ss, trois parts de pp.

d) Parce que la promotion permet de former QUATRE liaisons au lieu de deux. Chaque liaison covalente libère de l'énergie ; deux liaisons supplémentaires libèrent donc bien davantage que ce que la promotion a coûté. Le système paie une avance pour toucher un rendement supérieur. On peut le résumer ainsi : l'énergie de promotion est de l'ordre de quelques centaines de kJ/mol, alors que deux liaisons CHC-H en rapportent près de 830 kJ/mol.

e) Les quatre orbitales hybrides pointent vers les sommets d'un TÉTRAÈDRE régulier, donc CH4CH_{4} est tétraédrique avec des angles de 109,5109{,}5^{\circ}. C'est exactement ce que prévoyait la théorie RPEV en éloignant au maximum quatre doublets liants. Les deux théories donnent donc la même géométrie, mais pour des raisons différentes : RPEV invoque la RÉPULSION entre doublets, l'hybridation décrit la FORME des orbitales qui portent ces doublets. La seconde est plus fondamentale, la première plus rapide à appliquer.

Exercice 3 : sp2, sp, et la distinction entre liaison sigma et liaison pi

Quand le carbone n'utilise pas ses quatre orbitales de valence pour l'hybridation, celles qui restent pures forment un autre type de liaison, par recouvrement latéral.

Énergies de liaison, en kJ/mol : CCC-C 347 ; C=CC=C 614 ; CCC\equiv C 839. Longueurs, en pm : 154 ; 134 ; 120.

  • a) Décrivez l'hybridation sp2sp^{2} et appliquez-la à l'éthylène C2H4C_{2}H_{4} : nombre de liaisons σ\sigma et π\pi, géométrie, angles.
  • b) Même travail pour l'acétylène C2H2C_{2}H_{2} en hybridation spsp.
  • c) Une double liaison est-elle deux fois plus solide qu'une simple ? Et une triple, trois fois ? Calculez et concluez sur la force relative des liaisons σ\sigma et π\pi.
  • d) Expliquez pourquoi la rotation est libre autour d'une liaison simple mais bloquée autour d'une double.
  • e) Quelle conséquence en chimie organique tirez-vous de d ?
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a) L'hybridation sp2sp^{2} combine l'orbitale 2s2s avec DEUX orbitales 2p2p seulement, produisant trois orbitales hybrides coplanaires à 120120^{\circ}, et laissant une orbitale 2p2p PURE perpendiculaire à ce plan. Dans C2H4C_{2}H_{4}, chaque carbone forme trois liaisons σ\sigma avec ses hybrides : deux vers des hydrogènes et une vers l'autre carbone. Les deux orbitales 2p2p pures restantes, parallèles entre elles, se recouvrent LATÉRALEMENT et forment une liaison π\pi. La molécule compte donc cinq σ\sigma et une π\pi, et elle est PLANE, avec des angles de 120120^{\circ}.

b) L'hybridation spsp combine la 2s2s avec UNE seule 2p2p, donnant deux hybrides opposées à 180180^{\circ} et laissant DEUX orbitales 2p2p pures perpendiculaires entre elles. Dans C2H2C_{2}H_{2}, chaque carbone forme deux liaisons σ\sigma, une vers l'hydrogène et une vers l'autre carbone. Les deux paires d'orbitales pp pures forment DEUX liaisons π\pi dans deux plans perpendiculaires. Bilan : trois σ\sigma et deux π\pi, et la molécule est LINÉAIRE.

c) Deux liaisons simples vaudraient 2×347=6942\times 347=694 kJ/mol, alors que la double n'en vaut que 614 : elle est donc MOINS solide que le double. Trois simples vaudraient 3×347=10413\times 347=1041, alors que la triple n'en vaut que 839. En décomposant : le σ\sigma vaut 347, le premier π\pi ajoute 614347=267614-347=267, le second ajoute 839614=225839-614=225. Une liaison π\pi est donc nettement plus FAIBLE qu'une σ\sigma, ce qui se comprend : le recouvrement latéral de deux orbitales p est moins efficace que le recouvrement axial, les lobes se croisant sur les côtés plutôt que bout à bout. C'est aussi pourquoi les π\pi sont les liaisons attaquées en premier dans les réactions d'addition.

d) Une liaison σ\sigma a une symétrie de RÉVOLUTION autour de l'axe des noyaux : faire tourner un groupe autour de cet axe ne change rien au recouvrement, donc rien à l'énergie. La rotation est libre, et ne coûte que quelques kJ/mol de gêne stérique. Une liaison π\pi, elle, exige que les deux orbitales pp restent PARALLÈLES. Tourner de 9090^{\circ} les met perpendiculaires, le recouvrement tombe à zéro et la liaison π\pi est rompue : il faudrait fournir les 267 kJ/mol calculés en c. La rotation est donc bloquée à température ordinaire.

e) L'existence de l'ISOMÉRIE géométrique, dite Z/EZ/E ou cis-trans. Comme les deux carbones d'une double liaison ne peuvent pas pivoter l'un par rapport à l'autre, deux arrangements différents des substituants correspondent à deux composés DISTINCTS, séparables, aux propriétés physiques et biologiques différentes. C'est ce qui distingue un acide gras cis d'un acide gras trans, et c'est le mécanisme de la vision : l'absorption d'un photon fournit justement l'énergie nécessaire pour faire basculer le rétinal de la forme 11-cis à la forme tout-trans.

Exercice 4 : L'hybridation de l'oxygène et de l'azote

L'hybridation ne concerne pas que le carbone. Pour tout atome, la méthode est la même et tient en une phrase : compter les directions, c'est-à-dire les liaisons σ\sigma plus les doublets libres.

  • a) Énoncez la méthode rapide de détermination de l'hybridation.
  • b) Déterminez l'hybridation de l'oxygène dans H2OH_{2}O, et expliquez pourquoi l'angle mesuré vaut 104,5104{,}5^{\circ} et non 109,5109{,}5^{\circ}.
  • c) Déterminez l'hybridation de chaque atome lourd dans le méthanal H2COH_{2}CO, et comptez les liaisons σ\sigma et π\pi.
  • d) Même travail pour H2C=NHH_{2}C=NH et pour HCNHCN.
  • e) Dans HCNHCN, combien de doublets libres porte l'azote, et dans quelle orbitale se trouvent-ils ?
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a) On compte le nombre de DIRECTIONS autour de l'atome : chaque liaison σ\sigma compte pour une direction, chaque doublet libre également, et une liaison multiple ne compte que pour UNE direction, puisque ses π\pi sont dans les orbitales p pures restantes. Quatre directions donnent sp3sp^{3}, trois donnent sp2sp^{2}, deux donnent spsp. C'est exactement le même décompte que le nombre de doublets de la théorie RPEV, ce qui n'a rien d'un hasard : les deux modèles décrivent la même réalité.

b) L'oxygène de H2OH_{2}O forme deux liaisons σ\sigma et porte deux doublets libres, soit QUATRE directions : il est sp3sp^{3}. La géométrie de base est donc tétraédrique, ce qui prédirait 109,5109{,}5^{\circ}. L'angle mesuré est plus petit, 104,5104{,}5^{\circ}, parce qu'un doublet LIBRE, n'étant retenu par aucun second noyau, occupe plus de place qu'un doublet liant et repousse plus fortement. Les deux doublets libres compriment donc l'angle entre les deux liaisons. Le même effet donne 107107^{\circ} dans NH3NH_{3}, qui n'a qu'un seul doublet libre : la compression y est deux fois moindre.

c) Dans H2C=OH_{2}C=O, le carbone forme trois liaisons σ\sigma, deux vers les hydrogènes et une vers l'oxygène, et aucun doublet libre : trois directions, donc sp2sp^{2}. L'oxygène forme une liaison σ\sigma et porte deux doublets libres : trois directions également, donc sp2sp^{2} lui aussi. Les orbitales pp pures restantes, une sur chaque atome, forment la liaison π\pi de la double liaison. Bilan : trois σ\sigma et une π\pi, molécule PLANE avec des angles voisins de 120120^{\circ}.

d) Dans H2C=NHH_{2}C=NH, le carbone a trois directions donc sp2sp^{2} ; l'azote a deux liaisons σ\sigma, vers le carbone et vers l'hydrogène, plus un doublet libre, soit trois directions, donc sp2sp^{2} aussi. Dans HCNHCN, le carbone a deux directions, une σ\sigma vers HH et une vers NN : il est spsp. L'azote a une liaison σ\sigma et un doublet libre, soit deux directions : il est spsp également. La molécule est linéaire, avec trois σ\sigma... plus précisément deux σ\sigma et deux π\pi pour la triple liaison.

e) L'azote de HCNHCN porte UN seul doublet libre. Étant spsp, il dispose de deux orbitales hybrides : l'une sert à la liaison σ\sigma avec le carbone, l'autre loge précisément ce doublet libre, pointant à l'opposé, dans l'axe de la molécule. Ses deux orbitales pp pures sont entièrement mobilisées par les deux liaisons π\pi. C'est ce doublet, disponible et bien exposé dans l'axe, qui fait de l'ion cyanure un excellent nucléophile et un poison redoutable, puisqu'il se fixe sur le fer de la cytochrome oxydase.

Partie B : Niveau examen (/18)

Exercice 5 : Les orbitales moléculaires et l'ordre de liaison

Le modèle de la liaison de valence garde les électrons localisés entre deux atomes. Le modèle des orbitales moléculaires les délocalise sur toute la molécule, et il prédit deux faits que Lewis ne peut ni obtenir ni même formuler.

Rappel : la combinaison de deux orbitales atomiques donne une orbitale LIANTE, d'énergie plus basse, et une orbitale ANTILIANTE, d'énergie plus haute, notée avec une étoile.

  • a) Donnez la définition de l'ordre de liaison et son interprétation.
  • b) Construisez le diagramme de H2H_{2} et calculez son ordre de liaison.
  • c) Faites de même pour He2He_{2}, puis pour l'ion H2+H_{2}^{+}. Que concluez-vous sur l'existence de ces espèces ?
  • d) Pour O2O_{2}, le remplissage donne 8 électrons dans des orbitales liantes et 4 dans des antiliantes, les deux derniers étant CÉLIBATAIRES dans deux orbitales π\pi^{*} de même énergie. Calculez l'ordre de liaison et déduisez-en une propriété magnétique.
  • e) La structure de Lewis du dioxygène, O=OO=O, montre tous les électrons appariés. Confrontez à l'expérience et concluez sur les deux modèles.
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a) L'ordre de liaison vaut nliantsnantiliants2\dfrac{n_{liants}-n_{antiliants}}{2}, où l'on compte les ÉLECTRONS occupant les orbitales liantes et antiliantes. On divise par deux parce qu'il faut une paire pour faire une liaison. Un ordre de 1, 2 ou 3 correspond à une liaison simple, double ou triple ; un ordre fractionnaire est possible et signale une liaison intermédiaire ; un ordre NUL signifie qu'il n'y a pas de liaison, donc que la molécule n'existe pas.

b) Chaque hydrogène apporte son unique électron 1s1s. Les deux orbitales 1s1s se combinent en une σ1s\sigma_{1s} liante et une σ1s\sigma^{*}_{1s} antiliante. Les deux électrons se placent dans la liante, de plus basse énergie. Ordre =202=1=\dfrac{2-0}{2}=1 : liaison simple, molécule stable, ce que confirme l'expérience.

c) Pour He2He_{2}, chaque hélium apporte DEUX électrons : deux vont dans la liante, mais les deux suivants sont obligés d'occuper l'antiliante. Ordre =222=0=\dfrac{2-2}{2}=0 : aucune liaison, la molécule N'EXISTE PAS, ce qui explique que l'hélium soit un gaz monoatomique. Pour H2+H_{2}^{+}, il ne reste qu'un seul électron, dans la liante : ordre =102=0,5=\dfrac{1-0}{2}=0{,}5. Cette espèce EXISTE, elle est observée en phase gazeuse, mais avec une liaison deux fois plus faible que celle de H2H_{2} et une distance internucléaire plus grande. Le modèle prédit donc correctement une demi-liaison, notion que Lewis ne peut pas représenter avec des traits.

d) Ordre =842=2=\dfrac{8-4}{2}=2 : liaison double, en accord avec la longueur et l'énergie mesurées. Mais le diagramme place les deux derniers électrons SÉPARÉMENT dans les deux orbitales π\pi^{*} dégénérées, à spins parallèles, par application de la règle de Hund. Le dioxygène possède donc DEUX ÉLECTRONS CÉLIBATAIRES : c'est une espèce PARAMAGNÉTIQUE, attirée par un champ magnétique.

e) L'expérience tranche sans ambiguïté : de l'oxygène liquide versé entre les pôles d'un électroaimant y reste suspendu, ce qui est la démonstration classique du paramagnétisme. Or la structure de Lewis O=OO=O montre huit électrons tous appariés et prédit donc une espèce diamagnétique : elle est en CONTRADICTION avec l'expérience. Conclusion sur les deux modèles : Lewis et la liaison de valence restent excellents pour prévoir rapidement une géométrie et compter des liaisons, et c'est pourquoi on les enseigne d'abord ; mais seul le modèle des orbitales moléculaires rend compte du magnétisme, des ordres fractionnaires et des spectres électroniques. Aucun des deux n'est faux, ils n'ont simplement pas le même domaine de validité, et le second est le plus fondamental.

Exercice 6 : Problème : reconnaître l'hybridation dans une molécule organique

En chimie organique, l'hybridation de chaque carbone se lit directement sur la formule développée, et elle commande à la fois la géométrie locale et la réactivité. C'est l'usage quotidien de tout ce chapitre.

On considère l'acide acrylique CH2=CHCOOHCH_{2}=CH-COOH, précurseur des plastiques acryliques.

  • a) Déterminez l'hybridation de chacun des trois carbones et de chacun des deux oxygènes.
  • b) Comptez le nombre total de liaisons σ\sigma et de liaisons π\pi dans la molécule.
  • c) Quels atomes sont coplanaires ? Justifiez.
  • d) Cette molécule présente-t-elle une isomérie Z/EZ/E ? Justifiez à partir des substituants.
  • e) La polymérisation de l'acide acrylique consiste à ouvrir la double liaison C=CC=C pour enchaîner les motifs. Expliquez, avec ce chapitre, pourquoi c'est la liaison π\pi et non la σ\sigma qui est attaquée, et ce que devient l'hybridation des deux carbones concernés.
Voir la correction

a) Numérotons C1H2=C2HC3OOHC_{1}H_{2}=C_{2}H-C_{3}OOH. Le carbone C1C_{1} forme deux σ\sigma vers ses hydrogènes et une σ\sigma vers C2C_{2}, soit trois directions : sp2sp^{2}. Le carbone C2C_{2} forme une σ\sigma vers HH, une vers C1C_{1} et une vers C3C_{3} : trois directions, sp2sp^{2}. Le carbone C3C_{3}, celui du groupe carboxyle, forme une σ\sigma vers C2C_{2}, une vers l'oxygène double et une vers l'oxygène de OHOH : trois directions, sp2sp^{2}. L'oxygène de la double liaison a une σ\sigma et deux doublets libres, soit trois directions : sp2sp^{2}. L'oxygène du OHOH a deux σ\sigma, vers C3C_{3} et vers HH, plus deux doublets libres, soit quatre directions : sp3sp^{3}.

b) Liaisons σ\sigma : deux C1HC_{1}-H, une C1C2C_{1}-C_{2}, une C2HC_{2}-H, une C2C3C_{2}-C_{3}, une C3=OC_{3}=O compte pour une σ\sigma, une C3OC_{3}-O, et une OHO-H, soit HUIT liaisons σ\sigma. Liaisons π\pi : une pour la double liaison C=CC=C et une pour la double liaison C=OC=O, soit DEUX liaisons π\pi. Vérification par le décompte des traits : la formule développée montre huit liaisons dont deux doubles, ce qui donne bien 88 σ\sigma et 22 π\pi.

c) Tous les atomes SAUF l'hydrogène du groupe OHOH sont coplanaires. En effet, les quatre atomes lourds C1C_{1}, C2C_{2}, C3C_{3} et les deux oxygènes sont tous sp2sp^{2}, donc chacun impose un environnement plan à 120120^{\circ}, et la conjugaison entre les deux doubles liaisons force ces plans à coïncider. L'hydrogène porté par l'oxygène sp3sp^{3} échappe seul à cette contrainte, cet oxygène ayant une géométrie tétraédrique.

d) Non. L'isomérie Z/EZ/E exige que CHACUN des deux carbones de la double liaison porte deux substituants DIFFÉRENTS. Ici, le carbone C1C_{1} porte deux atomes d'hydrogène, donc identiques : échanger les deux ne produit aucun composé nouveau. Il n'existe donc qu'une seule forme de l'acide acrylique. En revanche l'acide crotonique, CH3CH=CHCOOHCH_{3}-CH=CH-COOH, en présente deux, puisque ses deux carbones portent chacun des substituants distincts.

e) Parce que la liaison π\pi est la plus FAIBLE des deux, environ 267 kJ/mol contre 347 pour la σ\sigma, et parce que ses électrons sont les plus exposés : ils occupent des lobes situés au-dessus et au-dessous du plan moléculaire, où un réactif peut les atteindre sans avoir à s'insérer entre les noyaux. Une addition rompt donc le π\pi et conserve le σ\sigma, ce qui préserve le squelette carboné tout en libérant deux valences. Après polymérisation, chacun des deux carbones a formé une liaison σ\sigma supplémentaire vers un motif voisin : il possède désormais quatre directions au lieu de trois, et son hybridation est passée de sp2sp^{2} à sp3sp^{3}. La chaîne obtenue est donc localement tétraédrique et souple, alors que le monomère était plan et rigide, ce qui explique le changement complet de propriétés physiques entre le monomère liquide et le polymère solide.

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