Chimie générale 202-SF1-RE (ancien 202-NYA) • Cégep à Montréal

Exercices corrigés : hybridation et modèle quantique de la liaison (202-SF1-RE, ancien 202-NYA)

Le modèle de Lewis dit COMBIEN de liaisons se forment, la théorie RPEV dit avec quelle GÉOMÉTRIE. Ni l'un ni l'autre ne dit ce qu'est physiquement une liaison. Le modèle quantique de la liaison de valence répond : une liaison est le recouvrement de deux orbitales atomiques, et la paire d'électrons occupe la région commune ainsi formée.

Ce modèle bute immédiatement sur le carbone, qui n'a que deux électrons célibataires et devrait donc former CH2CH_{2}. L'hybridation, introduite par Pauling, résout la difficulté et donne du même coup les angles exacts. L'exercice 5 va plus loin encore : le modèle des orbitales moléculaires explique pourquoi He2He_{2} n'existe pas et pourquoi le dioxygène est attiré par un aimant, deux faits que Lewis ne peut ni prévoir ni même exprimer.

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Avant de commencer Fiche de révision : les pièges et la méthode de ce chapitre

Avant ce chapitre

Ces notions sont supposées acquises ici. Si le premier exercice résiste, le blocage vient presque toujours de l'une d'elles, pas du chapitre lui-même.

Remonter plus loin : la chaîne complète (3 chapitres) ↓

Le chemin de remédiation, du plus ancien au plus proche. Un élève qui reprend ce chapitre de zéro le reprend dans cet ordre.

  1. 1Les propriétés de la matièreSecondaire 4 ST, Science et technologie
  2. 2Structure atomique et configuration électronique
  3. 3Liaison chimique et géométrie moléculaire

Rappel de cours

  • Liaison de valence : une liaison covalente est le RECOUVREMENT de deux orbitales atomiques de valence contenant chacune un électron célibataire. La région commune est une orbitale moléculaire.
  • Liaison σ\sigma : recouvrement AXIAL, dans l'axe des deux noyaux. Elle autorise la rotation libre. Liaison π\pi : recouvrement LATÉRAL de deux orbitales p parallèles, au-dessus et au-dessous de l'axe. Elle INTERDIT la rotation.
  • Une liaison simple est un σ\sigma ; une double liaison est un σ\sigma plus un π\pi ; une triple liaison est un σ\sigma plus deux π\pi.
  • Hybridation : les orbitales de valence se combinent en orbitales hybrides équivalentes. sp3sp^{3} : 4 hybrides, tétraèdre, 109,5°. sp2sp^{2} : 3 hybrides coplanaires à 120°, plus une p pure perpendiculaire. spsp : 2 hybrides à 180°, plus deux p pures.
  • MÉTHODE RAPIDE : compter le nombre de directions autour de l'atome, c'est-à-dire liaisons σ\sigma plus doublets libres. 4 donne sp3sp^{3}, 3 donne sp2sp^{2}, 2 donne spsp. C'est le même décompte que celui de la théorie RPEV.
  • Orbitales moléculaires : la combinaison de nn orbitales atomiques donne nn orbitales moléculaires, moitié LIANTES, moitié ANTILIANTES (notées avec une étoile).
  • Ordre de liaison =nliantsnantiliants2=\dfrac{n_{liants}-n_{antiliants}}{2}. Un ordre nul signifie que la molécule n'existe pas.
  • Une espèce ayant des électrons célibataires est PARAMAGNÉTIQUE, donc attirée par un champ magnétique ; si tous ses électrons sont appariés, elle est diamagnétique.
  • Au-delà de l'octet : 5 domaines donnent une hybridation sp3dsp^{3}d, 6 domaines une sp3d2sp^{3}d^{2}. Le nombre d'orbitales hybrides égale toujours le nombre d'orbitales atomiques mélangées, et l'hybridation se lit sur les DOMAINES alors que la géométrie se lit sur les seules liaisons.
  • Ordre de liaison : OL=nliantsnantiliants2OL=\dfrac{n_{liants}-n_{antiliants}}{2}. Un ordre élevé donne une liaison courte et forte. Peupler une orbitale antiliante allonge et affaiblit la liaison, d'où la série O2+>O2>O2>O22O_{2}^{+}>O_{2}>O_{2}^{-}>O_{2}^{2-}.
  • Caractère ss d'une hybride : 25 % pour sp3sp^{3}, 33 % pour sp2sp^{2}, 50 % pour spsp. Plus il est élevé, plus la liaison est courte, plus un carbanion est stable (donc le CHC-H acide) et moins un doublet libre est disponible (donc l'atome basique).
  • Délocalisation : trois orbitales pp parallèles ou plus se combinent en orbitales moléculaires étendues. La liaison π\pi se répartit sur toutes les liaisons concernées, ce qui donne des ordres de liaison fractionnaires, des longueurs intermédiaires et une stabilisation supplémentaire.

Partie A : Recouvrement, hybridation, liaisons sigma et pi (/50)

Exercice 1 : Du recouvrement d'orbitales à la liaison covalente

Le modèle de Lewis représente la liaison par un trait, sans dire ce qu'est ce trait. Le modèle quantique de la liaison de valence lui donne un contenu physique : deux orbitales atomiques se chevauchent, et la paire d'électrons occupe la région commune.

  • a) Énoncez les deux idées du modèle de la liaison de valence, et dites laquelle est héritée de Lewis.
  • b) Décrivez la liaison de H2H_{2} en précisant les orbitales qui se recouvrent.
  • c) Même travail pour HClHCl et pour F2F_{2}, sachant que le chlore a la configuration [Ne]3s23p5\left[Ne\right]3s^{2}3p^{5} et le fluor [He]2s22p5\left[He\right]2s^{2}2p^{5}.
  • d) Le modèle prévoit que le nombre de liaisons égale le nombre d'électrons célibataires. Vérifiez-le sur l'azote, puis montrez qu'il ÉCHOUE sur le carbone.

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Réponses

  • a) Lewis donne le doublet mis en commun ; le modèle quantique en fait une région de recouvrement
  • b) Deux orbitales 1s1s se recouvrent axialement : liaison σ1s1s\sigma_{1s-1s}
  • c) HClHCl : σ1s3p\sigma_{1s-3p} ; F2F_{2} : σ2p2p\sigma_{2p-2p}, recouvrement axial dans les deux cas
  • d) L'azote a 3 célibataires et forme NH3NH_{3} ; le carbone n'en a que 2 et devrait donner CH2CH_{2}

a) Idée HÉRITÉE de Lewis : une liaison covalente est la mise en commun de deux électrons de valence. Idée NOUVELLE : ces deux électrons occupent une région de l'espace obtenue par recouvrement, ou chevauchement, de deux orbitales atomiques de valence, région appelée orbitale moléculaire. Seuls les électrons de valence CÉLIBATAIRES, c'est-à-dire non appariés, peuvent participer.

b) L'hydrogène a la configuration 1s11s^{1} : un seul électron, célibataire, dans une orbitale 1s1s sphérique. Les deux atomes approchent leurs orbitales 1s1s jusqu'au recouvrement, et les deux électrons, de spins opposés, occupent la région commune centrée sur l'axe des noyaux. C'est une liaison σ\sigma, notée σ1s1s\sigma_{1s-1s}.

c) Pour HClHCl : le chlore possède un électron célibataire dans une orbitale 3p3p, puisque 3p53p^{5} signifie deux orbitales pleines et une à moitié remplie. Le recouvrement se fait entre l'orbitale 1s1s de l'hydrogène et cette orbitale 3p3p du chlore, dans l'axe du lobe : liaison σ1s3p\sigma_{1s-3p}. Pour F2F_{2} : chaque fluor a un électron célibataire dans une 2p2p, et les deux orbitales 2p2p se recouvrent bout à bout : liaison σ2p2p\sigma_{2p-2p}. Dans les trois cas, le recouvrement est AXIAL, donc la liaison est σ\sigma.

d) L'azote est [He]2s22p3\left[He\right]2s^{2}2p^{3} : les trois électrons 2p2p occupent chacun une orbitale différente d'après la règle de Hund, donc TROIS célibataires. Le modèle prévoit trois liaisons, ce qui correspond exactement à NH3NH_{3} : la prévision est correcte. Le carbone est [He]2s22p2\left[He\right]2s^{2}2p^{2} : l'orbitale 2s2s est pleine et deux orbitales 2p2p contiennent un électron chacune, soit DEUX célibataires seulement. Le modèle prévoit donc deux liaisons, c'est-à-dire CH2CH_{2}, alors que le carbone est universellement TÉTRAVALENT et forme CH4CH_{4}. Le modèle, tel quel, est en contradiction avec la chimie organique tout entière : c'est ce qui impose l'hybridation.

0.511.522.53-8-6-4-2246energie potentielledistance entre noyauxlongueur de liaisonenergie de liaisonles noyaux se repoussentle creux est le compromis : assez pres pour que lesorbitales se recouvrent, assez loin pour la repulsion

Exercice 2 : L'hybridation sp3 et la tétravalence du carbone

Pauling résout la contradiction en deux temps : on promeut d'abord un électron, ce qui coûte de l'énergie, puis on combine mathématiquement les orbitales de valence en orbitales équivalentes. Le bilan énergétique est largement favorable.

  • a) Écrivez la configuration électronique du carbone à l'état fondamental en cases quantiques, et comptez les électrons célibataires.
  • b) Décrivez la promotion d'un électron et donnez la configuration de l'état excité.
  • c) Expliquez ce qu'est l'hybridation sp3sp^{3} et combien d'orbitales hybrides elle produit.
  • d) La promotion coûte de l'énergie. Pourquoi le bilan est-il malgré tout favorable ?
  • e) Déduisez la géométrie de CH4CH_{4} et l'angle entre deux liaisons. Comparez avec ce que prévoyait la théorie RPEV.

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Réponses

  • a) 1s22s22p21s^{2}2s^{2}2p^{2}, une 2p2p vide, DEUX célibataires
  • b) 1s22s12p31s^{2}2s^{1}2p^{3} : quatre orbitales de valence, quatre célibataires
  • c) Une 2s2s et trois 2p2p donnent QUATRE hybrides identiques, orientées en tétraèdre
  • d) La promotion coûte quelques centaines de kJ/mol, deux liaisons CHC-H en rapportent 828
  • e) Tétraédrique, 109,5109{,}5^{\circ} : même résultat que RPEV, par la forme des orbitales

a) Carbone : 1s22s22p21s^{2}2s^{2}2p^{2}. L'orbitale 2s2s contient une paire, et les deux électrons 2p2p se placent dans deux orbitales pp différentes, à spins parallèles, d'après la règle de Hund. Il reste donc une orbitale 2p2p VIDE. Le décompte donne DEUX électrons célibataires.

b) On fait passer un des deux électrons 2s2s dans l'orbitale 2p2p vacante. L'état excité s'écrit 1s22s12p31s^{2}2s^{1}2p^{3} : les quatre orbitales de valence, une 2s2s et trois 2p2p, contiennent maintenant un électron chacune. On dispose donc de QUATRE électrons célibataires, ce qui rend la tétravalence possible.

c) L'hybridation sp3sp^{3} est la combinaison mathématique de l'orbitale 2s2s et des TROIS orbitales 2p2p. Elle produit QUATRE orbitales hybrides identiques, de même énergie, intermédiaire entre celles de ss et de pp, et orientées vers les quatre sommets d'un tétraèdre. Chacune contient un électron célibataire et peut former une liaison σ\sigma. Le nom sp3sp^{3} indique la recette : une part de ss, trois parts de pp.

d) Parce que la promotion permet de former QUATRE liaisons au lieu de deux. Chaque liaison covalente libère de l'énergie ; deux liaisons supplémentaires libèrent donc bien davantage que ce que la promotion a coûté. Le système paie une avance pour toucher un rendement supérieur. On peut le résumer ainsi : l'énergie de promotion est de l'ordre de quelques centaines de kJ/mol, alors que deux liaisons CHC-H en rapportent près de 830 kJ/mol.

e) Les quatre orbitales hybrides pointent vers les sommets d'un TÉTRAÈDRE régulier, donc CH4CH_{4} est tétraédrique avec des angles de 109,5109{,}5^{\circ}. C'est exactement ce que prévoyait la théorie RPEV en éloignant au maximum quatre doublets liants. Les deux théories donnent donc la même géométrie, mais pour des raisons différentes : RPEV invoque la RÉPULSION entre doublets, l'hybridation décrit la FORME des orbitales qui portent ces doublets. La seconde est plus fondamentale, la première plus rapide à appliquer.

Exercice 3 : sp2, sp, et la distinction entre liaison sigma et liaison pi

Quand le carbone n'utilise pas ses quatre orbitales de valence pour l'hybridation, celles qui restent pures forment un autre type de liaison, par recouvrement latéral.

Énergies de liaison, en kJ/mol : CCC-C 347 ; C=CC=C 614 ; CCC\equiv C 839. Longueurs, en pm : 154 ; 134 ; 120.

  • a) Décrivez l'hybridation sp2sp^{2} et appliquez-la à l'éthylène C2H4C_{2}H_{4} : nombre de liaisons σ\sigma et π\pi, géométrie, angles.
  • b) Même travail pour l'acétylène C2H2C_{2}H_{2} en hybridation spsp.
  • c) Une double liaison est-elle deux fois plus solide qu'une simple ? Et une triple, trois fois ? Calculez et concluez sur la force relative des liaisons σ\sigma et π\pi.
  • d) Expliquez pourquoi la rotation est libre autour d'une liaison simple mais bloquée autour d'une double.
  • e) Quelle conséquence en chimie organique tirez-vous de d ?

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Réponses

  • a) Trois hybrides à 120120^{\circ} et une 2p2p pure : cinq σ\sigma, une π\pi, molécule plane
  • b) Deux hybrides à 180180^{\circ} et deux 2p2p pures : trois σ\sigma, deux π\pi, molécule linéaire
  • c) 694>614694>614 et 1041>8391041>839 ; les π\pi valent 267 et 225, moins que la σ\sigma à 347
  • d) La σ\sigma a une symétrie de révolution ; tourner de 9090^{\circ} rompt le π\pi, soit 267 kJ/mol
  • e) L'isomérie géométrique Z/EZ/E, des acides gras trans jusqu'à la vision

a) L'hybridation sp2sp^{2} combine l'orbitale 2s2s avec DEUX orbitales 2p2p seulement, produisant trois orbitales hybrides coplanaires à 120120^{\circ}, et laissant une orbitale 2p2p PURE perpendiculaire à ce plan. Dans C2H4C_{2}H_{4}, chaque carbone forme trois liaisons σ\sigma avec ses hybrides : deux vers des hydrogènes et une vers l'autre carbone. Les deux orbitales 2p2p pures restantes, parallèles entre elles, se recouvrent LATÉRALEMENT et forment une liaison π\pi. La molécule compte donc cinq σ\sigma et une π\pi, et elle est PLANE, avec des angles de 120120^{\circ}.

b) L'hybridation spsp combine la 2s2s avec UNE seule 2p2p, donnant deux hybrides opposées à 180180^{\circ} et laissant DEUX orbitales 2p2p pures perpendiculaires entre elles. Dans C2H2C_{2}H_{2}, chaque carbone forme deux liaisons σ\sigma, une vers l'hydrogène et une vers l'autre carbone. Les deux paires d'orbitales pp pures forment DEUX liaisons π\pi dans deux plans perpendiculaires. Bilan : trois σ\sigma et deux π\pi, et la molécule est LINÉAIRE.

c) Deux liaisons simples vaudraient 2×347=6942\times 347=694 kJ/mol, alors que la double n'en vaut que 614 : elle est donc MOINS solide que le double. Trois simples vaudraient 3×347=10413\times 347=1041, alors que la triple n'en vaut que 839. En décomposant : le σ\sigma vaut 347, le premier π\pi ajoute 614347=267614-347=267, le second ajoute 839614=225839-614=225. Une liaison π\pi est donc nettement plus FAIBLE qu'une σ\sigma, ce qui se comprend : le recouvrement latéral de deux orbitales p est moins efficace que le recouvrement axial, les lobes se croisant sur les côtés plutôt que bout à bout. C'est aussi pourquoi les π\pi sont les liaisons attaquées en premier dans les réactions d'addition.

d) Une liaison σ\sigma a une symétrie de RÉVOLUTION autour de l'axe des noyaux : faire tourner un groupe autour de cet axe ne change rien au recouvrement, donc rien à l'énergie. La rotation est libre, et ne coûte que quelques kJ/mol de gêne stérique. Une liaison π\pi, elle, exige que les deux orbitales pp restent PARALLÈLES. Tourner de 9090^{\circ} les met perpendiculaires, le recouvrement tombe à zéro et la liaison π\pi est rompue : il faudrait fournir les 267 kJ/mol calculés en c. La rotation est donc bloquée à température ordinaire.

e) L'existence de l'ISOMÉRIE géométrique, dite Z/EZ/E ou cis-trans. Comme les deux carbones d'une double liaison ne peuvent pas pivoter l'un par rapport à l'autre, deux arrangements différents des substituants correspondent à deux composés DISTINCTS, séparables, aux propriétés physiques et biologiques différentes. C'est ce qui distingue un acide gras cis d'un acide gras trans, et c'est le mécanisme de la vision : l'absorption d'un photon fournit justement l'énergie nécessaire pour faire basculer le rétinal de la forme 11-cis à la forme tout-trans.

HHHHCCσπ : recouvrement LATÉRAL, au-dessus et au-dessousune double liaison = 1 σ + 1 π, jamais 2 σc'est le π qui interdit la rotation

Exercice 4 : L'hybridation de l'oxygène et de l'azote

L'hybridation ne concerne pas que le carbone. Pour tout atome, la méthode est la même et tient en une phrase : compter les directions, c'est-à-dire les liaisons σ\sigma plus les doublets libres.

  • a) Énoncez la méthode rapide de détermination de l'hybridation.
  • b) Déterminez l'hybridation de l'oxygène dans H2OH_{2}O, et expliquez pourquoi l'angle mesuré vaut 104,5104{,}5^{\circ} et non 109,5109{,}5^{\circ}.
  • c) Déterminez l'hybridation de chaque atome lourd dans le méthanal H2COH_{2}CO, et comptez les liaisons σ\sigma et π\pi.
  • d) Même travail pour H2C=NHH_{2}C=NH et pour HCNHCN.
  • e) Dans HCNHCN, combien de doublets libres porte l'azote, et dans quelle orbitale se trouvent-ils ?

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  • a) On compte les directions : σ\sigma plus doublets libres, une multiple valant une direction
  • b) Oxygène sp3sp^{3} ; 104,5104{,}5^{\circ} car les deux doublets libres compriment l'angle
  • c) Carbone et oxygène sp2sp^{2} : trois σ\sigma, une π\pi, molécule plane
  • d) H2C=NHH_{2}C=NH : carbone et azote sp2sp^{2} ; HCNHCN : carbone et azote spsp, deux π\pi
  • e) UN doublet libre, dans la seconde hybride spsp, pointant dans l'axe de la molécule

a) On compte le nombre de DIRECTIONS autour de l'atome : chaque liaison σ\sigma compte pour une direction, chaque doublet libre également, et une liaison multiple ne compte que pour UNE direction, puisque ses π\pi sont dans les orbitales p pures restantes. Quatre directions donnent sp3sp^{3}, trois donnent sp2sp^{2}, deux donnent spsp. C'est exactement le même décompte que le nombre de doublets de la théorie RPEV, ce qui n'a rien d'un hasard : les deux modèles décrivent la même réalité.

b) L'oxygène de H2OH_{2}O forme deux liaisons σ\sigma et porte deux doublets libres, soit QUATRE directions : il est sp3sp^{3}. La géométrie de base est donc tétraédrique, ce qui prédirait 109,5109{,}5^{\circ}. L'angle mesuré est plus petit, 104,5104{,}5^{\circ}, parce qu'un doublet LIBRE, n'étant retenu par aucun second noyau, occupe plus de place qu'un doublet liant et repousse plus fortement. Les deux doublets libres compriment donc l'angle entre les deux liaisons. Le même effet donne 107107^{\circ} dans NH3NH_{3}, qui n'a qu'un seul doublet libre : la compression y est deux fois moindre.

c) Dans H2C=OH_{2}C=O, le carbone forme trois liaisons σ\sigma, deux vers les hydrogènes et une vers l'oxygène, et aucun doublet libre : trois directions, donc sp2sp^{2}. L'oxygène forme une liaison σ\sigma et porte deux doublets libres : trois directions également, donc sp2sp^{2} lui aussi. Les orbitales pp pures restantes, une sur chaque atome, forment la liaison π\pi de la double liaison. Bilan : trois σ\sigma et une π\pi, molécule PLANE avec des angles voisins de 120120^{\circ}.

d) Dans H2C=NHH_{2}C=NH, le carbone a trois directions donc sp2sp^{2} ; l'azote a deux liaisons σ\sigma, vers le carbone et vers l'hydrogène, plus un doublet libre, soit trois directions, donc sp2sp^{2} aussi. Dans HCNHCN, le carbone a deux directions, une σ\sigma vers HH et une vers NN : il est spsp. L'azote a une liaison σ\sigma et un doublet libre, soit deux directions : il est spsp également. La molécule est linéaire, avec trois σ\sigma... plus précisément deux σ\sigma et deux π\pi pour la triple liaison.

e) L'azote de HCNHCN porte UN seul doublet libre. Étant spsp, il dispose de deux orbitales hybrides : l'une sert à la liaison σ\sigma avec le carbone, l'autre loge précisément ce doublet libre, pointant à l'opposé, dans l'axe de la molécule. Ses deux orbitales pp pures sont entièrement mobilisées par les deux liaisons π\pi. C'est ce doublet, disponible et bien exposé dans l'axe, qui fait de l'ion cyanure un excellent nucléophile et un poison redoutable, puisqu'il se fixe sur le fer de la cytochrome oxydase.

Exercice 5 : Au-delà de l'octet : les hybridations sp3d et sp3d2

Le nombre d'orbitales hybrides est toujours égal au nombre de domaines électroniques autour de l'atome central : 2 donnent spsp, 3 donnent sp2sp^{2}, 4 donnent sp3sp^{3}. Quand l'atome central dépasse l'octet, il faut davantage d'orbitales, et le modèle fait appel aux orbitales dd : 5 domaines donnent sp3dsp^{3}d, 6 domaines donnent sp3d2sp^{3}d^{2}.

Électrons de valence : PP 5, SS 6, ClCl 7, BrBr 7, FF 7, XeXe 8.

  • a) Déterminez le nombre de domaines, l'hybridation et la géométrie de PCl5PCl_{5} et de SF6SF_{6}. Vérifiez à chaque fois que le nombre d'orbitales hybrides égale le nombre d'orbitales atomiques mélangées.
  • b) Faites de même pour SF4SF_{4}, ClF3ClF_{3} et XeF2XeF_{2}. Que remarquez-vous sur leur hybridation, alors que leurs géométries sont toutes différentes ?
  • c) Dans SF4SF_{4}, indiquez combien des orbitales hybrides servent à former des liaisons σ\sigma et combien logent un doublet libre, et précisez laquelle. Faites le même décompte pour XeF4XeF_{4}.
  • d) Pourquoi l'azote ne forme-t-il jamais NF5NF_{5}, alors que le phosphore forme PF5PF_{5} ? Les calculs modernes montrent par ailleurs que la participation réelle des orbitales dd est très faible. Cela condamne-t-il le modèle ? Justifiez.

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  • a) PCl5PCl_{5} : 5 domaines, sp3dsp^{3}d, bipyramide ; SF6SF_{6} : 6 domaines, sp3d2sp^{3}d^{2}, octaèdre
  • b) Les trois ont 5 domaines, donc sp3dsp^{3}d ; seules les géométries diffèrent
  • c) SF4SF_{4} : 4 hybrides liantes, 1 doublet équatorial ; XeF4XeF_{4} : 4 liantes, 2 doublets à 180180^{\circ}
  • d) Pas d'orbitale 2d2d pour l'azote ; le modèle reste une règle de comptage valide

a) PCl5PCl_{5} : le phosphore porte cinq liaisons et aucun doublet libre, soit 5 domaines, donc une hybridation sp3dsp^{3}d et une géométrie de bipyramide à base triangulaire. Le mélange met en jeu une orbitale 3s3s, trois orbitales 3p3p et une orbitale 3d3d, soit cinq orbitales atomiques qui donnent bien cinq orbitales hybrides : le nombre d'orbitales se conserve toujours dans une hybridation. SF6SF_{6} : six liaisons, aucun doublet libre, 6 domaines, hybridation sp3d2sp^{3}d^{2} et géométrie octaédrique ; une 3s3s, trois 3p3p et deux 3d3d donnent six hybrides.

b) SF4SF_{4} possède 4 liaisons et 1 doublet libre, ClF3ClF_{3} en a 3 et 2, XeF2XeF_{2} en a 2 et 3 : dans les trois cas, le total fait 5 domaines, donc l'hybridation est sp3dsp^{3}d pour les trois. Leurs géométries diffèrent pourtant complètement, en bascule, en T et linéaire, parce que la géométrie ne décrit que la position des ATOMES alors que l'hybridation décrit la disposition de TOUS les domaines, doublets libres compris. C'est la distinction à ne jamais perdre de vue : l'hybridation se lit sur le nombre de domaines, la géométrie sur le nombre de liaisons.

c) Dans SF4SF_{4}, les cinq orbitales sp3dsp^{3}d se répartissent en quatre qui forment les liaisons σ\sigma avec les fluors et une qui loge le doublet libre. Cette dernière est l'une des trois orbitales équatoriales, car c'est là que le doublet subit le moins de répulsions à 90°. Dans XeF4XeF_{4}, les six orbitales sp3d2sp^{3}d^{2} se répartissent en quatre liaisons σ\sigma et deux doublets libres, ces derniers occupant deux positions opposées de l'octaèdre, donc à 180° l'une de l'autre.

d) L'azote appartient à la deuxième période : sa couche de valence n=2n=2 ne comporte que les sous-couches 2s2s et 2p2p, il n'existe aucune orbitale 2d2d, et l'hybridation ne peut donc pas dépasser sp3sp^{3}, soit quatre domaines. Le phosphore, en troisième période, dispose des orbitales 3d3d et n'a pas cette limite ; sa taille plus grande permet en outre de loger cinq atomes autour de lui. Quant à la critique moderne, elle est fondée : les orbitales 3d3d du soufre ou du phosphore sont bien trop hautes en énergie pour se mélanger efficacement aux 3s3s et 3p3p, et la description correcte fait appel à des liaisons à trois centres et quatre électrons, largement ioniques. Cela ne condamne pas pour autant le modèle, à condition de savoir ce qu'on lui demande. L'hybridation sp3dsp^{3}d n'est pas une description de la réalité électronique, c'est une règle de comptage qui associe correctement un nombre de domaines à une géométrie, et sur ce terrain elle ne se trompe jamais. C'est exactement le statut du modèle RPEV, qui prédit très bien les formes sans être une théorie quantique. Un modèle se juge à son domaine de validité, pas à sa fidélité littérale.

Partie B : Niveau examen (/50)

Exercice 6 : Les orbitales moléculaires et l'ordre de liaison

Le modèle de la liaison de valence garde les électrons localisés entre deux atomes. Le modèle des orbitales moléculaires les délocalise sur toute la molécule, et il prédit deux faits que Lewis ne peut ni obtenir ni même formuler.

Rappel : la combinaison de deux orbitales atomiques donne une orbitale LIANTE, d'énergie plus basse, et une orbitale ANTILIANTE, d'énergie plus haute, notée avec une étoile.

  • a) Donnez la définition de l'ordre de liaison et son interprétation.
  • b) Construisez le diagramme de H2H_{2} et calculez son ordre de liaison.
  • c) Faites de même pour He2He_{2}, puis pour l'ion H2+H_{2}^{+}. Que concluez-vous sur l'existence de ces espèces ?
  • d) Pour O2O_{2}, le remplissage donne 8 électrons dans des orbitales liantes et 4 dans des antiliantes, les deux derniers étant CÉLIBATAIRES dans deux orbitales π\pi^{*} de même énergie. Calculez l'ordre de liaison et déduisez-en une propriété magnétique.
  • e) La structure de Lewis du dioxygène, O=OO=O, montre tous les électrons appariés. Confrontez à l'expérience et concluez sur les deux modèles.

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a)
b)
c)
d)
e)
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Réponses

  • a) OL=nliantsnantiliants2OL=\dfrac{n_{liants}-n_{antiliants}}{2} ; un ordre nul signifie pas de molécule
  • b) Deux électrons dans la liante : OL=1OL=1
  • c) He2He_{2} : OL=0OL=0, inexistante ; H2+H_{2}^{+} : OL=0,5OL=0{,}5, une demi-liaison réelle
  • d) OL=2OL=2 et DEUX électrons célibataires : le dioxygène est paramagnétique
  • e) Lewis prédit un diamagnétique, l'aimant dit le contraire : deux domaines de validité

a) L'ordre de liaison vaut nliantsnantiliants2\dfrac{n_{liants}-n_{antiliants}}{2}, où l'on compte les ÉLECTRONS occupant les orbitales liantes et antiliantes. On divise par deux parce qu'il faut une paire pour faire une liaison. Un ordre de 1, 2 ou 3 correspond à une liaison simple, double ou triple ; un ordre fractionnaire est possible et signale une liaison intermédiaire ; un ordre NUL signifie qu'il n'y a pas de liaison, donc que la molécule n'existe pas.

b) Chaque hydrogène apporte son unique électron 1s1s. Les deux orbitales 1s1s se combinent en une σ1s\sigma_{1s} liante et une σ1s\sigma^{*}_{1s} antiliante. Les deux électrons se placent dans la liante, de plus basse énergie. Ordre =202=1=\dfrac{2-0}{2}=1 : liaison simple, molécule stable, ce que confirme l'expérience.

c) Pour He2He_{2}, chaque hélium apporte DEUX électrons : deux vont dans la liante, mais les deux suivants sont obligés d'occuper l'antiliante. Ordre =222=0=\dfrac{2-2}{2}=0 : aucune liaison, la molécule N'EXISTE PAS, ce qui explique que l'hélium soit un gaz monoatomique. Pour H2+H_{2}^{+}, il ne reste qu'un seul électron, dans la liante : ordre =102=0,5=\dfrac{1-0}{2}=0{,}5. Cette espèce EXISTE, elle est observée en phase gazeuse, mais avec une liaison deux fois plus faible que celle de H2H_{2} et une distance internucléaire plus grande. Le modèle prédit donc correctement une demi-liaison, notion que Lewis ne peut pas représenter avec des traits.

d) Ordre =842=2=\dfrac{8-4}{2}=2 : liaison double, en accord avec la longueur et l'énergie mesurées. Mais le diagramme place les deux derniers électrons SÉPARÉMENT dans les deux orbitales π\pi^{*} dégénérées, à spins parallèles, par application de la règle de Hund. Le dioxygène possède donc DEUX ÉLECTRONS CÉLIBATAIRES : c'est une espèce PARAMAGNÉTIQUE, attirée par un champ magnétique.

e) L'expérience tranche sans ambiguïté : de l'oxygène liquide versé entre les pôles d'un électroaimant y reste suspendu, ce qui est la démonstration classique du paramagnétisme. Or la structure de Lewis O=OO=O montre huit électrons tous appariés et prédit donc une espèce diamagnétique : elle est en CONTRADICTION avec l'expérience. Conclusion sur les deux modèles : Lewis et la liaison de valence restent excellents pour prévoir rapidement une géométrie et compter des liaisons, et c'est pourquoi on les enseigne d'abord ; mais seul le modèle des orbitales moléculaires rend compte du magnétisme, des ordres fractionnaires et des spectres électroniques. Aucun des deux n'est faux, ils n'ont simplement pas le même domaine de validité, et le second est le plus fondamental.

atome Aatome Bσ* (antiliante)σ (liante)ordre de liaison = (liants - antiliants) / 2ici (2 - 0) / 2 = 1 : la molécule existeénergie

Exercice 7 : Les orbitales moléculaires des diatomiques de la période 2

L'ordre de liaison se calcule par OL=nliantsnantiliants2OL=\dfrac{n_{liants}-n_{antiliants}}{2}, en ne comptant que les électrons de valence. Il n'a rien d'une abstraction : il commande à la fois la longueur de la liaison et l'énergie qu'il faut fournir pour la rompre.

Longueurs de liaison (pm) et énergies de dissociation (kJ/mol) : N2N_{2} 110 et 945 ; O2O_{2} 121 et 498 ; F2F_{2} 142 et 159. Pour la série de l'oxygène : O2+O_{2}^{+} 112 pm, O2O_{2} 121 pm, O2O_{2}^{-} 128 pm, O22O_{2}^{2-} 149 pm.

  • a) Le diazote compte 10 électrons de valence répartis en 8 liants et 2 antiliants, le dioxygène 12 en 8 liants et 4 antiliants, le difluor 14 en 8 liants et 6 antiliants. Calculez les trois ordres de liaison et confrontez-les aux longueurs et aux énergies données.
  • b) Indiquez, pour chacune des trois molécules, si elle est paramagnétique ou diamagnétique, et dites laquelle des deux théories, Lewis ou orbitales moléculaires, permet de le prévoir.
  • c) On arrache un électron au dioxygène pour former O2+O_{2}^{+}, puis on lui en ajoute un, puis deux, pour former O2O_{2}^{-} et O22O_{2}^{2-}. Chaque électron ajouté entre dans une orbitale antiliante π\pi^{*}. Calculez les quatre ordres de liaison et vérifiez la cohérence avec les longueurs mesurées.
  • d) Le diagramme du diazote et celui du dioxygène n'ont pas le même ordre de niveaux : pour N2N_{2} l'orbitale σ2p\sigma_{2p} est au-dessus des π2p\pi_{2p}, alors que pour O2O_{2} elle est en dessous. Expliquez brièvement l'origine de cette inversion, puis dites quelle observation expérimentale sur le dibore B2B_{2} permet de trancher.

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  • a) OL=3OL=3, 22 et 11 ; longueurs 110, 121, 142 pm et énergies 945, 498, 159 kJ/mol
  • b) N2N_{2} et F2F_{2} diamagnétiques, O2O_{2} paramagnétique : seules les OM le prévoient
  • c) 2,52{,}5 ; 22 ; 1,51{,}5 ; 11, et les longueurs croissent dans le même ordre
  • d) Mélange 2s2s-2p2p à gauche de la période ; le paramagnétisme de B2B_{2} tranche

a) N2N_{2} : OL=822=3OL=\dfrac{8-2}{2}=3. O2O_{2} : OL=842=2OL=\dfrac{8-4}{2}=2. F2F_{2} : OL=862=1OL=\dfrac{8-6}{2}=1. La corrélation est parfaite et va dans les deux sens attendus : quand l'ordre de liaison décroît de 3 à 1, la longueur augmente de 110 à 142 pm et l'énergie de dissociation s'effondre de 945 à 159 kJ/mol. Le rapport est spectaculaire : la triple liaison du diazote est six fois plus solide que la simple liaison du difluor, ce qui explique à la fois l'inertie chimique du diazote atmosphérique, le coût énergétique du procédé Haber, et à l'inverse la réactivité extrême du difluor.

b) N2N_{2} : tous les électrons sont appariés, la molécule est diamagnétique. O2O_{2} : les deux derniers électrons occupent séparément les deux orbitales π\pi^{*} dégénérées, avec des spins parallèles conformément à la règle de Hund, donc le dioxygène est PARAMAGNÉTIQUE. F2F_{2} : les deux π\pi^{*} sont complètes, la molécule est diamagnétique. Seule la théorie des orbitales moléculaires prévoit le paramagnétisme du dioxygène ; la structure de Lewis O=OO=O montre tous les électrons appariés et prédit donc, à tort, un composé diamagnétique. C'est l'échec le plus célèbre du modèle de Lewis, et il se constate à l'oeil nu : l'oxygène liquide reste accroché entre les pôles d'un aimant.

c) O2+O_{2}^{+} compte 11 électrons de valence, soit 8 liants et 3 antiliants : OL=832=2,5OL=\dfrac{8-3}{2}=2{,}5. O2O_{2} : OL=2OL=2. O2O_{2}^{-}, 13 électrons : OL=852=1,5OL=\dfrac{8-5}{2}=1{,}5. O22O_{2}^{2-}, 14 électrons : OL=862=1OL=\dfrac{8-6}{2}=1. Les longueurs suivent exactement l'ordre inverse, 112 < 121 < 128 < 149 pm : chaque électron ajouté peuple une orbitale antiliante, affaiblit et allonge la liaison. Le raisonnement est contre-intuitif pour qui pense en termes de Lewis, où ajouter un électron ne « casse » rien ; il devient évident dès qu'on distingue orbitales liantes et antiliantes. L'ion O22O_{2}^{2-}, le peroxyde, a bien une simple liaison, ce qui est cohérent avec la fragilité du peroxyde d'hydrogène.

d) L'inversion vient du mélange entre l'orbitale 2s2s et l'orbitale 2pz2p_{z} du même atome, qui n'est efficace que si leurs énergies sont proches. À gauche de la période, du bore à l'azote, l'écart 2s2s-2p2p est faible, le mélange est fort et il repousse la σ2p\sigma_{2p} vers le haut, au-dessus des π2p\pi_{2p}. En allant vers l'oxygène et le fluor, la charge nucléaire croissante abaisse fortement la 2s2s, l'écart se creuse, le mélange devient négligeable et l'ordre normal est rétabli. L'observation qui tranche est le magnétisme du dibore : B2B_{2} possède 6 électrons de valence, dont les deux derniers. Si la σ2p\sigma_{2p} était la plus basse, ils s'y apparieraient et la molécule serait diamagnétique ; si ce sont les deux π2p\pi_{2p} dégénérées qui sont les plus basses, la règle de Hund les y place séparément et la molécule est paramagnétique. Or B2B_{2} est expérimentalement paramagnétique : c'est bien l'ordre inversé qui s'applique à gauche de la période. Une seule mesure de susceptibilité magnétique départage ainsi deux diagrammes.

σ2sσ*2sσ2pπ2pπ*2pσ*2p2s2pDEUX electrons celibatairesordre de liaison = (8 − 4)/2 = 2, et O₂ est PARAMAGNETIQUE :Lewis ne pouvait pas le prevoir

Exercice 8 : Le caractère s des orbitales hybrides

Une orbitale hybride n'est pas seulement une direction dans l'espace : elle a une composition. Une hybride sp3sp^{3} est faite d'une orbitale ss et de trois pp, donc elle contient 25 % de caractère ss ; une sp2sp^{2} en contient 33 % et une spsp 50 %. Or une orbitale ss est sphérique et bien plus proche du noyau qu'une orbitale pp : plus une hybride contient de ss, plus les électrons qu'elle porte sont retenus près du noyau.

Longueurs de liaison CHC-H (pm) : éthane 109 ; éthylène 108 ; acétylène 106. Constantes d'acidité, exprimées en pKapK_{a} : éthane 50 ; éthylène 44 ; acétylène 25 ; ammoniac 38 ; eau 16. pKapK_{a} des acides conjugués : méthylamine 10,6 ; pyridine 5,2 ; acétonitrile environ 10-10.

  • a) Vérifiez les trois pourcentages de caractère ss annoncés, puis expliquez pourquoi la longueur de la liaison CHC-H diminue quand on passe de l'éthane à l'acétylène.
  • b) L'acétylène est un acide dix milliards de milliards de fois plus fort que l'éthane. Expliquez cet écart à partir de la stabilité de la base conjuguée, et dites dans quelle orbitale se trouve le doublet du carbanion dans chaque cas.
  • c) On veut préparer un ion acétylure en arrachant le proton de l'acétylène. La soude (pKapK_{a} de l'eau 16) convient-elle ? L'amidure de sodium (pKapK_{a} de l'ammoniac 38) convient-il ? Justifiez chaque réponse par comparaison des pKapK_{a}.
  • d) La méthylamine, la pyridine et l'acétonitrile portent tous un doublet libre sur l'azote, hybridé respectivement sp3sp^{3}, sp2sp^{2} et spsp. Prévoyez l'ordre de basicité et confrontez aux pKapK_{a} donnés. Concluez sur ce que le caractère ss permet de prédire d'un seul coup.

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  • a) 25 %, 33 % et 50 % ; plus de ss, hybride plus contractée, liaison plus courte
  • b) Le doublet reste dans l'hybride : spsp à 50 % de ss stabilise le mieux, d'où 102510^{25}
  • c) La soude non (16<2516<25), l'amidure oui (38>2538>25), avec 13 ordres de grandeur d'avance
  • d) Méthylamine > pyridine > acétonitrile : plus de ss, doublet moins disponible

a) Une hybride sp3sp^{3} mélange 1 orbitale ss et 3 orbitales pp, soit 4 orbitales en tout : la part de ss est 14=25%\dfrac{1}{4}=25\,\%. Une sp2sp^{2} mélange 1 ss et 2 pp : 13=33%\dfrac{1}{3}=33\,\%. Une spsp mélange 1 ss et 1 pp : 12=50%\dfrac{1}{2}=50\,\%. Comme l'orbitale ss est en moyenne plus proche du noyau que l'orbitale pp, une hybride riche en ss est plus courte et plus contractée. Le recouvrement avec l'orbitale 1s1s de l'hydrogène se fait donc à plus faible distance, et la liaison CHC-H se raccourcit régulièrement : 109 pm sur un carbone sp3sp^{3}, 108 pm sur un sp2sp^{2}, 106 pm sur un spsp. La même contraction rend ces liaisons un peu plus solides.

b) Un acide est d'autant plus fort que sa base conjuguée est stable. Arracher le proton d'un CHC-H laisse un carbanion dont le doublet occupe l'orbitale hybride qui portait la liaison : une sp3sp^{3} dans le cas de l'éthane, une sp2sp^{2} pour l'éthylène, une spsp pour l'acétylène. Plus cette orbitale contient de caractère ss, plus le doublet est retenu près du noyau, donc plus la charge négative est stabilisée. L'acétylure, avec ses 50 % de caractère ss, est de très loin le plus stable des trois, ce qui se traduit par un écart de 25 unités de pKapK_{a} avec l'éthane, soit un facteur 102510^{25} sur la constante d'acidité. Il faut mesurer ce que cela signifie : un simple changement d'hybridation, sans modifier un seul atome ni introduire le moindre groupe attracteur, déplace l'acidité de vingt-cinq ordres de grandeur.

c) La règle est qu'une base ne déprotone efficacement un acide que si le pKapK_{a} de son acide conjugué est SUPÉRIEUR à celui de l'acide à déprotoner. La soude a pour acide conjugué l'eau, de pKapK_{a} 16, très inférieur aux 25 de l'acétylène : l'équilibre est déplacé du mauvais côté d'environ neuf ordres de grandeur, et la soude ne convient pas. L'amidure de sodium a pour acide conjugué l'ammoniac, de pKapK_{a} 38, bien supérieur à 25 : la réaction est déplacée vers l'acétylure d'environ treize ordres de grandeur, elle est donc quantitative. C'est pour cette raison que les acétylures se préparent à l'amidure de sodium dans l'ammoniac liquide, et jamais en solution aqueuse.

d) Le raisonnement est le même qu'en b), mais retourné. Un doublet fortement retenu par le noyau est stable, donc peu disponible pour capter un proton : la basicité DIMINUE quand le caractère ss augmente. On prévoit donc méthylamine (sp3sp^{3}, 25 % de ss) plus basique que pyridine (sp2sp^{2}, 33 %), elle-même plus basique qu'acétonitrile (spsp, 50 %). Les pKapK_{a} des acides conjugués confirment : 10,6 puis 5,2 puis environ 10-10, soit une chute de plus de vingt unités. Ce que le caractère ss permet de prédire d'un seul coup est donc remarquable : la longueur d'une liaison, sa force, l'acidité d'un CHC-H, la basicité d'un doublet et même l'électronégativité apparente du carbone, plus élevée pour un carbone spsp que pour un sp3sp^{3}. Un seul paramètre, la proportion d'orbitale ss dans l'hybride, gouverne toute cette série de propriétés apparemment sans rapport.

20253035404550556080100120140160180200angle entre liaisons (°)caractere s (%)sp³sp²spl'orbitale s est spherique : plus elle pese,plus les liaisons s'ecartent

Exercice 9 : La délocalisation : quand une liaison n'appartient plus à deux atomes

Une liaison π\pi n'est pas obligée de rester entre deux atomes. Dès que trois orbitales pp ou plus sont parallèles et voisines, elles se combinent en orbitales moléculaires qui s'étendent sur l'ensemble du squelette : les électrons π\pi sont délocalisés, et la molécule est plus stable que ne le prédirait n'importe quelle structure de Lewis.

Longueurs de liaison de référence (pm) : OOO-O simple 148, O=OO=O double 121 ; NON-O simple 136, N=ON=O double 115 ; CCC-C simple 154, C=CC=C double 134. Valeurs mesurées : ozone 128 pm pour les deux liaisons ; ion nitrate 124 pm pour les trois ; butadiène 147 pm pour la liaison centrale.

  • a) L'ozone O3O_{3} est coudé, et son oxygène central est hybridé sp2sp^{2}. Décrivez le système π\pi : combien d'orbitales pp se combinent, combien d'électrons π\pi contiennent-elles, et sur combien de liaisons se répartissent-elles ? Déduisez-en l'ordre de chaque liaison OOO-O et confrontez à la longueur mesurée.
  • b) Faites le même travail pour l'ion nitrate NO3NO_{3}^{-}, plan et d'azote sp2sp^{2}. Comparez l'ordre de liaison trouvé à celui de l'ozone et justifiez que les trois liaisons soient rigoureusement identiques.
  • c) Dans le butadiène CH2=CHCH=CH2CH_{2}=CH-CH=CH_{2}, les quatre carbones sont sp2sp^{2} et coplanaires. Expliquez pourquoi la liaison centrale mesure 147 pm et non 154 pm, et quelle conséquence cela entraîne sur la rotation autour de cette liaison.
  • d) Quel avantage la délocalisation apporte-t-elle à une molécule, et pourquoi le modèle de Lewis ne peut-il pas la représenter avec une seule structure ? Terminez en expliquant, à partir de l'écart entre orbitales, pourquoi les molécules à longue chaîne conjuguée comme le bêta-carotène sont colorées alors que l'éthylène ne l'est pas.

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  • a) Trois orbitales pp, quatre électrons π\pi, ordre 1,51{,}5 par liaison, mesuré à 128 pm
  • b) Quatre orbitales pp, six électrons π\pi, ordre 1,331{,}33, les trois liaisons à 124 pm
  • c) Caractère π\pi partiel : 147 pm au lieu de 154, et rotation freinée d'une vingtaine de kJ/mol
  • d) La délocalisation stabilise ; l'écart entre orbitales se resserre, d'où la couleur du bêta-carotène

a) L'oxygène central étant sp2sp^{2}, il lui reste une orbitale pp non hybridée, perpendiculaire au plan de la molécule ; chacun des deux oxygènes terminaux en possède une également. Trois orbitales pp parallèles se combinent donc en trois orbitales moléculaires π\pi : une liante, une non liante et une antiliante. Le décompte des électrons donne quatre électrons π\pi, qui remplissent la liante et la non liante. Seule la liante contribue à la liaison, et elle s'étend sur les deux liaisons OOO-O : cela revient à une demi-liaison π\pi pour chacune. En ajoutant le squelette σ\sigma, chaque liaison OOO-O a donc un ordre de 1+0,5=1,51+0{,}5=1{,}5. La longueur mesurée, 128 pm, tombe bien entre la simple, 148 pm, et la double, 121 pm, ce qui confirme le caractère intermédiaire. Elle penche toutefois nettement du côté de la double : la longueur n'est pas une fonction linéaire de l'ordre de liaison, et il ne faut pas attendre d'un ordre 1,5 qu'il donne exactement la moyenne des deux longueurs.

b) L'azote sp2sp^{2} conserve une orbitale pp, et chacun des trois oxygènes aussi : quatre orbitales pp parallèles se combinent en quatre orbitales moléculaires. Les six électrons π\pi de l'ion en remplissent les deux plus basses, dont une seule est réellement liante et s'étend sur les trois liaisons NON-O. Cela donne un tiers de liaison π\pi par liaison, soit un ordre de 1+13=1,331+\dfrac{1}{3}=1{,}33, inférieur aux 1,5 de l'ozone puisque la même liaison π\pi y est répartie sur trois liaisons au lieu de deux. Les trois liaisons sont rigoureusement identiques parce qu'il n'existe aucune orbitale moléculaire qui privilégierait l'une d'elles : les trois oxygènes sont équivalents par symétrie, et la description délocalisée le traduit directement, là où le modèle de Lewis est obligé d'en dessiner trois versions et de les déclarer équivalentes après coup. La longueur unique mesurée, 124 pm, entre 136 et 115, tranche la question expérimentalement.

c) Chacun des quatre carbones sp2sp^{2} porte une orbitale pp perpendiculaire au plan. Si les deux doubles liaisons étaient indépendantes, ces orbitales se combineraient deux par deux et la liaison centrale serait une simple liaison CCC-C ordinaire, de 154 pm. En réalité, les quatre orbitales pp étant parallèles et voisines, elles se combinent toutes ensemble, et l'orbitale π\pi la plus basse s'étend sur les quatre carbones, y compris sur la liaison centrale. Celle-ci acquiert donc un caractère π\pi partiel, se raccourcit à 147 pm, et surtout la rotation autour d'elle n'est plus totalement libre : elle exige de rompre ce recouvrement partiel, ce qui crée une barrière de rotation d'une vingtaine de kilojoules par mole. C'est ce qui explique que le butadiène existe sous deux conformations privilégiées, et c'est le même effet qui rigidifie la liaison CNC-N d'un amide et rend possible la structure des protéines.

d) La délocalisation abaisse l'énergie de la molécule : en s'étendant sur davantage d'atomes, un électron est moins confiné, et un électron moins confiné est plus stable. C'est cette énergie de résonance qui rend le benzène si peu réactif et qui stabilise l'ion nitrate ou l'ion carboxylate. Le modèle de Lewis ne peut pas la représenter parce qu'il postule que chaque doublet appartient à deux atomes précis : il est structurellement incapable de décrire un électron réparti sur trois atomes ou plus, et il compense en dessinant plusieurs structures qu'il faut ensuite déclarer moyennées. Quant à la couleur, elle tient à l'écart d'énergie entre la plus haute orbitale occupée et la plus basse vacante. Plus la chaîne conjuguée s'allonge, plus le nombre d'orbitales π\pi augmente et plus elles se resserrent en énergie, donc plus cet écart diminue. Pour l'éthylène, avec ses deux seuls carbones, l'écart est grand et l'absorption tombe dans l'ultraviolet lointain : la molécule est incolore. Pour le bêta-carotène, dont onze doubles liaisons sont conjuguées, l'écart est devenu assez petit pour que l'absorption tombe dans le bleu du visible ; la molécule laisse passer le reste et nous apparaît orange. La couleur de la carotte est une conséquence directe de la délocalisation.

Exercice 10 : Problème : reconnaître l'hybridation dans une molécule organique

En chimie organique, l'hybridation de chaque carbone se lit directement sur la formule développée, et elle commande à la fois la géométrie locale et la réactivité. C'est l'usage quotidien de tout ce chapitre.

On considère l'acide acrylique CH2=CHCOOHCH_{2}=CH-COOH, précurseur des plastiques acryliques.

  • a) Déterminez l'hybridation de chacun des trois carbones et de chacun des deux oxygènes.
  • b) Comptez le nombre total de liaisons σ\sigma et de liaisons π\pi dans la molécule.
  • c) Quels atomes sont coplanaires ? Justifiez.
  • d) Cette molécule présente-t-elle une isomérie Z/EZ/E ? Justifiez à partir des substituants.
  • e) La polymérisation de l'acide acrylique consiste à ouvrir la double liaison C=CC=C pour enchaîner les motifs. Expliquez, avec ce chapitre, pourquoi c'est la liaison π\pi et non la σ\sigma qui est attaquée, et ce que devient l'hybridation des deux carbones concernés.

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Réponses

  • a) Les trois carbones et l'oxygène du carbonyle sont sp2sp^{2}, l'oxygène du OHOH est sp3sp^{3}
  • b) Huit σ\sigma et deux π\pi, soit dix liaisons
  • c) Tous les atomes sauf l'hydrogène du OHOH
  • d) Non : C1C_{1} porte deux hydrogènes identiques
  • e) La π\pi est la plus faible et la plus exposée ; les deux carbones passent de sp2sp^{2} à sp3sp^{3}

a) Numérotons C1H2=C2HC3OOHC_{1}H_{2}=C_{2}H-C_{3}OOH. Le carbone C1C_{1} forme deux σ\sigma vers ses hydrogènes et une σ\sigma vers C2C_{2}, soit trois directions : sp2sp^{2}. Le carbone C2C_{2} forme une σ\sigma vers HH, une vers C1C_{1} et une vers C3C_{3} : trois directions, sp2sp^{2}. Le carbone C3C_{3}, celui du groupe carboxyle, forme une σ\sigma vers C2C_{2}, une vers l'oxygène double et une vers l'oxygène de OHOH : trois directions, sp2sp^{2}. L'oxygène de la double liaison a une σ\sigma et deux doublets libres, soit trois directions : sp2sp^{2}. L'oxygène du OHOH a deux σ\sigma, vers C3C_{3} et vers HH, plus deux doublets libres, soit quatre directions : sp3sp^{3}.

b) Liaisons σ\sigma : deux C1HC_{1}-H, une C1C2C_{1}-C_{2}, une C2HC_{2}-H, une C2C3C_{2}-C_{3}, une C3=OC_{3}=O compte pour une σ\sigma, une C3OC_{3}-O, et une OHO-H, soit HUIT liaisons σ\sigma. Liaisons π\pi : une pour la double liaison C=CC=C et une pour la double liaison C=OC=O, soit DEUX liaisons π\pi. Vérification par le décompte des traits : la formule développée montre huit liaisons dont deux doubles, ce qui donne bien 88 σ\sigma et 22 π\pi.

c) Tous les atomes SAUF l'hydrogène du groupe OHOH sont coplanaires. En effet, les quatre atomes lourds C1C_{1}, C2C_{2}, C3C_{3} et les deux oxygènes sont tous sp2sp^{2}, donc chacun impose un environnement plan à 120120^{\circ}, et la conjugaison entre les deux doubles liaisons force ces plans à coïncider. L'hydrogène porté par l'oxygène sp3sp^{3} échappe seul à cette contrainte, cet oxygène ayant une géométrie tétraédrique.

d) Non. L'isomérie Z/EZ/E exige que CHACUN des deux carbones de la double liaison porte deux substituants DIFFÉRENTS. Ici, le carbone C1C_{1} porte deux atomes d'hydrogène, donc identiques : échanger les deux ne produit aucun composé nouveau. Il n'existe donc qu'une seule forme de l'acide acrylique. En revanche l'acide crotonique, CH3CH=CHCOOHCH_{3}-CH=CH-COOH, en présente deux, puisque ses deux carbones portent chacun des substituants distincts.

e) Parce que la liaison π\pi est la plus FAIBLE des deux, environ 267 kJ/mol contre 347 pour la σ\sigma, et parce que ses électrons sont les plus exposés : ils occupent des lobes situés au-dessus et au-dessous du plan moléculaire, où un réactif peut les atteindre sans avoir à s'insérer entre les noyaux. Une addition rompt donc le π\pi et conserve le σ\sigma, ce qui préserve le squelette carboné tout en libérant deux valences. Après polymérisation, chacun des deux carbones a formé une liaison σ\sigma supplémentaire vers un motif voisin : il possède désormais quatre directions au lieu de trois, et son hybridation est passée de sp2sp^{2} à sp3sp^{3}. La chaîne obtenue est donc localement tétraédrique et souple, alors que le monomère était plan et rigide, ce qui explique le changement complet de propriétés physiques entre le monomère liquide et le polymère solide.

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