Exercice 1 : Les formes limites : règles du jeu et références
Données : enthalpies d'hydrogénation (valeurs absolues) : cyclohexène 120 kJ/mol, benzène réel 208 kJ/mol. Longueurs de liaison : simple d'un alcool 143 pm, d'une cétone 121 pm; dans l'acide éthanoïque, 136 pm () et 121 pm ().
- a) Énoncez les règles d'écriture des formes limites : ce qui a le droit de bouger, ce qui est interdit, et ce que représente réellement la flèche double ↔ par opposition à un équilibre chimique.
- b) Écrivez les deux formes limites de l'ion éthanoate . L'expérience mesure DEUX liaisons carbone-oxygène identiques de 127 pm : montrez que c'est l'hybride, et non l'une ou l'autre forme, qui colle aux données.
- c) Le benzène a deux formes limites équivalentes (les structures de Kekulé). Si le benzène était un « cyclohexa-1,3,5-triène » à trois doubles liaisons indépendantes, quelle enthalpie d'hydrogénation attendrait-on ? Déduisez-en l'énergie de stabilisation aromatique.
- d) Un étudiant propose deux « formes limites » du propène : l'une obtenue en déplaçant un atome H d'un carbone à l'autre, l'autre en donnant cinq liaisons à un carbone. Rejetez chacune en citant la règle violée, et donnez le nom du phénomène décrit par la première.
Voir la correction
a) Dans une forme limite, SEULS les électrons se déplacent, et seulement les mobiles : électrons et doublets libres; les noyaux restent cloués, la charge totale se conserve, et aucun atome de la deuxième période ne dépasse l'octet. La flèche ↔ ne décrit PAS deux espèces qui s'échangent : il n'existe qu'UNE molécule, l'hybride, moyenne pondérée des formes limites, plus stable que chacune d'elles. Les formes limites sont des dessins partiels d'une réalité qui ne sait pas se dessiner d'un seul coup de crayon.
b) Les deux formes s'échangent le rôle des oxygènes : ↔ . Si l'une des formes était la vraie molécule, on mesurerait une liaison courte (121 pm) et une longue (136 pm), comme dans l'acide neutre. Or les deux liaisons font 127 pm, à mi-chemin : chaque liaison est à moitié double, chaque oxygène porte une demi-charge. Les formes étant ÉQUIVALENTES, l'hybride est parfaitement symétrique, et cette délocalisation est précisément ce qui stabilise l'ion.
c) Trois doubles liaisons indépendantes libéreraient kJ/mol. Le benzène réel n'en libère que 208 : il manque kJ/mol : le benzène part de PLUS BAS que le triène hypothétique. Ces 152 kJ/mol sont l'énergie de stabilisation aromatique, la signature expérimentale de la délocalisation des six électrons sur tout le cycle, cohérente avec les six liaisons toutes égales à 140 pm, intermédiaires entre simple (154) et double (134).
d) Déplacer un H, c'est déplacer un ATOME : ce n'est plus une forme limite mais une autre molécule reliée par une vraie réaction; le phénomène qui échange ainsi un H et une double liaison s'appelle la TAUTOMÉRIE (un équilibre, flèches ⇌, pas ↔). Donner cinq liaisons à un carbone viole l'octet : dix électrons autour de C, interdit sans discussion. Deux erreurs archétypales : la mésomérie ne déplace ni les atomes, ni la limite des huit électrons.