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Chimie organique • Complément québécois de Terminale et cégep

Exercices corrigés : mésomérie et mécanismes réactionnels

Voici la seconde série d'exercices corrigés de chimie organique, consacrée à la réactivité : pourquoi les électrons bougent, et où ils vont. La partie A installe la mésomérie : les règles d'écriture des formes limites, l'ion éthanoate et le benzène comme références (avec le calcul de la stabilisation aromatique à partir des enthalpies d'hydrogénation), puis la mésomérie au travail : elle explique le million entre l'acidité du phénol et celle de l'éthanol, et l'échelle de stabilité des carbocations qui gouverne tout le reste. La partie B lit les mécanismes sur leurs diagrammes d'énergie : SN2 et sa bosse unique contre SN1 et son carbocation intermédiaire, l'addition de Markovnikov expliquée par la voie du carbocation le plus stable plutôt que par la comptine, et l'élimination avec la règle de Zaitsev et la grande compétition substitution contre élimination.

Cette série s'adresse aux étudiants de cégep qui suivent le cours de chimie organique comme aux élèves de Terminale du Lycée Marie de France et du Collège Stanislas inscrits au complément québécois. C'est le cœur conceptuel du cours : une poignée de principes (stabilité des intermédiaires, flèches courbes, diagrammes d'énergie) qui remplace des centaines de réactions à mémoriser. Un diagramme bien lu dit qui est l'intermédiaire, qui est l'état de transition et quelle étape commande la vitesse.

Le réflexe à garder tout du long : suivre le carbocation. S'il peut se former facilement (tertiaire, allylique, benzylique), les chemins en deux étapes s'ouvrent : SN1, E1, addition de Markovnikov; s'il est trop instable (primaire, vinylique), la réaction passe en force par la voie concertée ou ne se fait pas. La moitié de la chimie organique de première session tient dans cette seule question : « quel carbocation, et à quel prix ? »

Rappel de cours

  • Formes limites (mésomères) : seuls les électrons π\pi et les doublets libres se déplacent, JAMAIS les atomes; la charge totale se conserve; pas plus de 8 électrons autour de C, N, O. La molécule réelle est l'HYBRIDE, unique, plus stable que chacune des formes (flèche double ↔, à ne pas confondre avec un équilibre).
  • Plus les formes limites sont nombreuses et équivalentes, plus l'hybride est stabilisé. Formes majoritaires : octets complets, charges minimales, charge négative sur l'atome le plus électronégatif.
  • Carbocations : carbone plan, lacune pp vide. Stabilité : benzylique \approx allylique \approx tertiaire > secondaire > primaire > méthyle, et jamais vinylique ou phényle. Causes : effet inductif donneur des alkyles et hyperconjugaison; la mésomérie pour allylique et benzylique. Les carbocations se réarrangent (glissements 1,2 d'hydrure ou de méthyle) vers plus stable.
  • SN2 : concertée, une étape, attaque dorsale, inversion de configuration, v=k[RX][Nu]v=k[RX][Nu]; exige un substrat dégagé (méthyle > primaire > secondaire; jamais tertiaire). SN1 : deux étapes via carbocation, v=k[RX]v=k[RX], racémisation; exige un carbocation stable (tertiaire; jamais primaire).
  • Addition électrophile sur C=CC=C (HX, H2O/H+H_{2}O/H^{+}) : l'électrophile se fixe d'abord, en passant par LE CARBOCATION LE PLUS STABLE : c'est la vraie règle de Markovnikov. Test du dibrome : la décoloration de Br2Br_{2} signe la liaison double.
  • Élimination : E2 (base forte, concertée, H et X anti-périplanaires, ordre 2) et E1 (via carbocation, accompagne SN1). Règle de Zaitsev : l'alcène MAJORITAIRE est le plus substitué (le plus stable), et E de préférence à Z. Base forte encombrée → élimination; bon nucléophile peu basique → substitution; la chaleur favorise l'élimination.

Partie A : La mésomérie (/24)

Exercice 1 : Les formes limites : règles du jeu et références

Données : enthalpies d'hydrogénation (valeurs absolues) : cyclohexène 120 kJ/mol, benzène réel 208 kJ/mol. Longueurs de liaison : COC-O simple d'un alcool 143 pm, C=OC=O d'une cétone 121 pm; dans l'acide éthanoïque, 136 pm (COHC-OH) et 121 pm (C=OC=O).

  • a) Énoncez les règles d'écriture des formes limites : ce qui a le droit de bouger, ce qui est interdit, et ce que représente réellement la flèche double ↔ par opposition à un équilibre chimique.
  • b) Écrivez les deux formes limites de l'ion éthanoate CH3COOCH_{3}COO^{-}. L'expérience mesure DEUX liaisons carbone-oxygène identiques de 127 pm : montrez que c'est l'hybride, et non l'une ou l'autre forme, qui colle aux données.
  • c) Le benzène a deux formes limites équivalentes (les structures de Kekulé). Si le benzène était un « cyclohexa-1,3,5-triène » à trois doubles liaisons indépendantes, quelle enthalpie d'hydrogénation attendrait-on ? Déduisez-en l'énergie de stabilisation aromatique.
  • d) Un étudiant propose deux « formes limites » du propène : l'une obtenue en déplaçant un atome H d'un carbone à l'autre, l'autre en donnant cinq liaisons à un carbone. Rejetez chacune en citant la règle violée, et donnez le nom du phénomène décrit par la première.
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a) Dans une forme limite, SEULS les électrons se déplacent, et seulement les mobiles : électrons π\pi et doublets libres; les noyaux restent cloués, la charge totale se conserve, et aucun atome de la deuxième période ne dépasse l'octet. La flèche ↔ ne décrit PAS deux espèces qui s'échangent : il n'existe qu'UNE molécule, l'hybride, moyenne pondérée des formes limites, plus stable que chacune d'elles. Les formes limites sont des dessins partiels d'une réalité qui ne sait pas se dessiner d'un seul coup de crayon.

b) Les deux formes s'échangent le rôle des oxygènes : CH3C(=O)OCH_{3}-C(=O)-O^{-}CH3C(O)=OCH_{3}-C(-O^{-})=O. Si l'une des formes était la vraie molécule, on mesurerait une liaison courte (121 pm) et une longue (136 pm), comme dans l'acide neutre. Or les deux liaisons font 127 pm, à mi-chemin : chaque liaison est à moitié double, chaque oxygène porte une demi-charge. Les formes étant ÉQUIVALENTES, l'hybride est parfaitement symétrique, et cette délocalisation est précisément ce qui stabilise l'ion.

c) Trois doubles liaisons indépendantes libéreraient 3×120=3603\times 120=360 kJ/mol. Le benzène réel n'en libère que 208 : il manque 360208=152360-208=152 kJ/mol : le benzène part de PLUS BAS que le triène hypothétique. Ces 152 kJ/mol sont l'énergie de stabilisation aromatique, la signature expérimentale de la délocalisation des six électrons π\pi sur tout le cycle, cohérente avec les six liaisons toutes égales à 140 pm, intermédiaires entre simple (154) et double (134).

d) Déplacer un H, c'est déplacer un ATOME : ce n'est plus une forme limite mais une autre molécule reliée par une vraie réaction; le phénomène qui échange ainsi un H et une double liaison s'appelle la TAUTOMÉRIE (un équilibre, flèches ⇌, pas ↔). Donner cinq liaisons à un carbone viole l'octet : dix électrons autour de C, interdit sans discussion. Deux erreurs archétypales : la mésomérie ne déplace ni les atomes, ni la limite des huit électrons.

Exercice 2 : La mésomérie explique l'acidité

Données de pKapK_{a} : éthanol 16, phénol 10, acide éthanoïque 4,8. Basicité (par le pKapK_{a} de l'acide conjugué BH+BH^{+}) : cyclohexylamine 10,7, aniline 4,6.

  • a) Le phénol est un million de fois plus acide que l'éthanol. Vérifiez ce facteur à partir des pKapK_{a}, puis expliquez-le : qu'arrive-t-il à la charge négative du phénolate que l'éthanolate ne sait pas faire ?
  • b) Dénombrez les formes limites de l'ion phénolate et précisez sur quels atomes du cycle la charge se répartit.
  • c) L'acide éthanoïque est encore plus acide que le phénol. Comparez la QUALITÉ de la délocalisation dans l'éthanoate et dans le phénolate, et calculez le facteur d'acidité entre acide éthanoïque et éthanol.
  • d) L'aniline (amine aromatique) est environ un million de fois moins basique que la cyclohexylamine. Expliquez avec la mésomérie, en précisant pourquoi l'argument porte cette fois sur la BASE elle-même et non sur sa forme déprotonée.
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a) ΔpKa=1610=6\Delta pK_{a}=16-10=6, et l'échelle est logarithmique : Ka(pheˊnol)Ka(eˊthanol)=106\frac{K_{a}(ph\acute{e}nol)}{K_{a}(\acute{e}thanol)}=10^{6}, un million exactement comme annoncé. La raison est dans les bases conjuguées : l'éthanolate CH3CH2OCH_{3}CH_{2}O^{-} concentre toute sa charge sur son unique oxygène; le phénolate, lui, DÉLOCALISE la charge dans le cycle par mésomérie. Une charge étalée est une charge stabilisée : la base conjuguée étant plus stable, l'acide se déprotone plus volontiers.

b) Quatre formes limites : la charge sur l'oxygène (la forme majoritaire, charge sur l'atome le plus électronégatif), puis trois formes où elle entre dans le cycle, sur les deux carbones ORTHO et sur le carbone PARA. Jamais en méta : la conjugaison n'y donne pas accès. Ce trio ortho-ortho-para est une signature qui resservira dans toute la chimie aromatique.

c) L'éthanoate n'a que DEUX formes limites contre quatre, mais elles sont ÉQUIVALENTES et placent chacune la charge sur un OXYGÈNE : deux positions idéales se partageant la charge moitié-moitié. Le phénolate a plus de formes, mais trois d'entre elles logent la charge sur des CARBONES, peu électronégatifs : des formes mineures. Qualité bat quantité : l'éthanoate est mieux stabilisé, l'acide éthanoïque plus acide. Facteur contre l'éthanol : 10164,8=1011,21,6×101110^{16-4{,}8}=10^{11{,}2}\approx 1{,}6\times 10^{11}, cent milliards.

d) Cette fois la mésomérie agit AVANT la réaction : dans l'aniline, le doublet libre de l'azote est déjà délocalisé dans le cycle (formes limites plaçant une charge négative en ortho et para, l'azote devenant positif). Ce doublet, occupé à faire de la résonance, est moins DISPONIBLE pour capter un proton : la base est affaiblie d'un facteur 1010,74,610610^{10{,}7-4{,}6}\approx 10^{6}. Et protoner l'azote DÉTRUIRAIT cette délocalisation, un coût que la cyclohexylamine, saturée, n'a jamais à payer. La mésomérie stabilise qui elle veut : la base conjuguée chez le phénol, la base de départ chez l'aniline, et l'acidité bascule en conséquence.

Exercice 3 : Les carbocations : l'échelle qui gouverne tout

Un carbocation est un carbone à six électrons : plan, hybridé sp2sp^{2}, avec une orbitale pp vide. Sa stabilité décide de presque toute la suite du cours.

  • a) Classez méthyle, primaire, secondaire et tertiaire par stabilité croissante, et expliquez avec les deux effets en jeu. Comptez, pour l'éthylium CH3CH2+CH_{3}CH_{2}^{+}, l'isopropylium (CH3)2CH+(CH_{3})_{2}CH^{+} et le tert-butylium (CH3)3C+(CH_{3})_{3}C^{+}, le nombre de liaisons CHC-H voisines disponibles pour l'hyperconjugaison.
  • b) Écrivez les deux formes limites du cation allyle CH2=CHCH2+CH_{2}=CH-CH_{2}^{+} et précisez la répartition réelle de la charge. Combien de formes limites stabilisent le cation benzyle C6H5CH2+C_{6}H_{5}CH_{2}^{+} ?
  • c) Classez par stabilité décroissante : cation benzyle, tert-butylium, isopropylium, éthylium, cation phényle C6H5+C_{6}H_{5}^{+}. Où est le piège entre phényle et benzyle ?
  • d) La protonation du 3-méthylbut-1-ène par HBr crée d'abord un carbocation secondaire. Montrez qu'un glissement 1,2 d'hydrure le transforme en tertiaire, et donnez le produit bromé MAJORITAIRE réellement observé. Quelle grande leçon les réarrangements donnent-ils ?
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a) Stabilité croissante : méthyle < primaire < secondaire < tertiaire. Deux effets s'additionnent : l'effet INDUCTIF donneur des groupes alkyles, qui poussent de la densité électronique vers le carbone appauvri, et l'HYPERCONJUGAISON : chaque liaison CHC-H voisine recouvre partiellement l'orbitale pp vide et y délocalise un peu ses électrons. Compte des CHC-H voisins : éthylium 3, isopropylium 6, tert-butylium 9 : la hiérarchie est littéralement arithmétique.

b) CH2=CHCH2+CH_{2}=CH-CH_{2}^{+}+CH2CH=CH2^{+}CH_{2}-CH=CH_{2} : deux formes ÉQUIVALENTES, donc une charge réelle de +12+\frac{1}{2} sur chaque carbone terminal et une liaison π\pi étalée sur les trois carbones. Le cation benzyle fait mieux encore : quatre formes limites (charge sur le CH2CH_{2}, puis en ortho, ortho et para du cycle), le trio aromatique déjà rencontré avec le phénolate.

c) Benzyle \approx tert-butylium > isopropylium > éthylium >> phényle. Le piège : phényle et benzyle se ressemblent par le nom, mais le cation BENZYLE porte sa lacune sur un carbone sp3sp^{3} devenu sp2sp^{2}, conjugué au cycle : stabilisé par mésomérie; le cation PHÉNYLE porte sa lacune sur un carbone DU cycle, dans une orbitale sp2sp^{2} qui pointe vers l'extérieur, PERPENDICULAIRE au système π\pi : aucune résonance possible, c'est l'un des pires carbocations de la chimie. Un cycle aromatique voisin aide; être soi-même le trou dans le cycle, non.

d) La protonation Markovnikov du 3-méthylbut-1-ène CH2=CHCH(CH3)2CH_{2}=CH-CH(CH_{3})_{2} donne le cation secondaire CH3C+HCH(CH3)2CH_{3}-\overset{+}{C}H-CH(CH_{3})_{2}. Le H du carbone voisin (qui porte les deux méthyles) glisse avec son doublet sur le centre positif : glissement 1,2 d'hydrure, et la charge atterrit sur LE carbone des deux méthyles : CH3CH2C+(CH3)2CH_{3}-CH_{2}-\overset{+}{C}(CH_{3})_{2}, un TERTIAIRE. BrBr^{-} s'y fixe : le produit majoritaire est le 2-bromo-2-méthylbutane, et non le 2-bromo-3-méthylbutane « attendu ». Leçon : un mécanisme passant par un carbocation n'est jamais figé : l'intermédiaire prend TOUJOURS le réarrangement qui le stabilise, et le produit final trahit le carbocation le plus stable, pas le premier formé.

Partie B : Les mécanismes réactionnels (/26)

Exercice 4 : SN2 contre SN1 : lire les diagrammes d'énergie

La figure superpose les diagrammes d'énergie de deux substitutions nucléophiles : une courbe à une seule bosse et une courbe à deux bosses séparées par un creux.

SN1SN2intermédiaireréactifsproduitscoordonnée de réactionénergie potentielle
  • a) Décrivez le mécanisme SN2 : nombre d'étapes, géométrie de l'attaque, conséquence stéréochimique, loi de vitesse. Pourquoi exige-t-il un substrat dégagé (méthyle, primaire) et refuse-t-il les tertiaires ?
  • b) Décrivez le mécanisme SN1 : étapes, intermédiaire, loi de vitesse, conséquence stéréochimique. Pourquoi exige-t-il au contraire un substrat tertiaire ?
  • c) Sur la figure : attribuez chaque courbe, expliquez la différence entre un état de transition (sommet) et un intermédiaire (creux), et dites quelle étape de la courbe à deux bosses commande la vitesse.
  • d) Prédisez le mécanisme et le produit pour : 1-bromobutane + HOHO^{-}; 2-bromo-2-méthylpropane + H2OH_{2}O. Pour chacun, que devient la vitesse si l'on double la concentration du nucléophile ? Et si l'on double celle du substrat ?
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a) SN2 : UNE étape, concertée : le nucléophile attaque le carbone PAR L'ARRIÈRE, à l'opposé du groupe partant, en passant par un état de transition unique où la liaison se fait pendant que l'autre se défait. Conséquence : l'INVERSION de configuration (le parapluie se retourne, inversion de Walden) : un substrat (R) donne un produit (S). Vitesse : v=k[RX][Nu]v=k[RX][Nu], ordre 2, les deux partenaires sont dans l'étape unique. L'attaque dorsale exige un carbone accessible : méthyle et primaire vont vite, secondaire se traîne, tertiaire jamais : trois groupes alkyles bloquent physiquement l'arrière.

b) SN1 : DEUX étapes. D'abord l'ionisation, lente : le groupe partant s'en va seul et laisse un CARBOCATION; puis le nucléophile capture ce cation, vite. Vitesse : v=k[RX]v=k[RX], ordre 1 : le nucléophile n'apparaît pas, il arrive après l'étape lente. Le carbocation étant PLAN, le nucléophile attaque les deux faces : un substrat optiquement pur donne un mélange racémisé. Tout repose sur la formation du cation : tertiaire (ou allylique, benzylique) obligatoire; un primaire ne s'ionise jamais.

c) La courbe à une bosse est la SN2 : un acte élémentaire, un seul état de transition. La courbe à deux bosses est la SN1 : le CREUX entre les bosses est le carbocation, un intermédiaire : une espèce RÉELLE, à durée de vie courte mais existante (parfois observable). Les SOMMETS sont des états de transition : des cols énergétiques, pas des espèces, inobservables par principe. La première bosse de la SN1 est la plus haute : l'ionisation est l'étape cinétiquement déterminante, tout ce qui stabilise le carbocation accélère la réaction entière.

d) 1-bromobutane : primaire, avec HOHO^{-} bon nucléophile : SN2, produit butan-1-ol (avec inversion, invisible ici faute de stéréocentre); doubler [HO][HO^{-}] DOUBLE la vitesse, doubler [RX][RX] aussi (v=k[RX][Nu]v=k[RX][Nu]). 2-bromo-2-méthylpropane : tertiaire, avec l'eau, nucléophile faible : SN1, produit 2-méthylpropan-2-ol; doubler la concentration d'eau ne change RIEN à la vitesse (l'eau attend le carbocation), doubler [RX][RX] la double. Cette insensibilité au nucléophile est d'ailleurs le test expérimental classique pour identifier une SN1.

Exercice 5 : L'addition électrophile : Markovnikov sans la comptine

La figure montre les deux chemins possibles de l'addition de HBr sur le propène : la voie passant par le carbocation secondaire et celle passant par le primaire.

voie carbocation primairevoie carbocation secondairepropène + HBrcoordonnée de réactionénergie potentielle
  • a) Écrivez le mécanisme en deux étapes de l'addition de HBr sur le propène, en précisant ce que décrivent les flèches courbes à chaque étape.
  • b) Deux carbocations sont possibles selon le carbone qui reçoit le proton. Identifiez-les, dites lequel se forme, et déduisez le produit majoritaire. Formulez alors la règle de Markovnikov dans sa version moderne, celle qui explique au lieu de réciter.
  • c) L'hydratation acide du 2-méthylbut-2-ène donne presque exclusivement un seul alcool. Lequel, et pourquoi ?
  • d) Le test du dibrome : on agite 5,0 g de pent-1-ène avec de l'eau de brome. Qu'observe-t-on, quelle masse de Br2Br_{2} (M = 160 g/mol) la décoloration peut-elle consommer, et pourquoi un alcane laisse-t-il l'eau de brome intacte ?
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a) Étape 1 (lente) : la liaison π\pi, riche en électrons, attaque le H de HBr : la flèche part du MILIEU de la double liaison vers H, pendant qu'une seconde flèche fait glisser le doublet de la liaison H-Br sur le brome. Bilan : un carbocation et un ion BrBr^{-}. Étape 2 (rapide) : une flèche part d'un doublet libre de BrBr^{-} vers le carbone positif. Les flèches courbes suivent TOUJOURS les électrons, jamais les atomes : c'est la grammaire de tout le cours.

b) Si H se fixe sur le carbone terminal CH2CH_{2}, la charge tombe sur le carbone central : cation ISOPROPYLE, secondaire. Si H se fixe au centre, la charge tombe au bout : cation propyle, PRIMAIRE. Le secondaire, stabilisé par six liaisons CHC-H en hyperconjugaison, se forme presque exclusivement (courbe basse de la figure : barrière plus faible ET intermédiaire plus stable). BrBr^{-} le capture : produit majoritaire, le 2-bromopropane. Règle de Markovnikov moderne : l'addition passe par LE CARBOCATION LE PLUS STABLE. La comptine « H va au carbone le plus hydrogéné » n'est que la conséquence, et elle trahit dès que la stabilité en décide autrement (réarrangements, groupes conjugués).

c) La protonation du 2-méthylbut-2-ène CH3C(CH3)=CHCH3CH_{3}-C(CH_{3})=CH-CH_{3} peut créer un cation TERTIAIRE (charge sur le carbone aux deux méthyles, H reçu par le CH) ou secondaire : le tertiaire l'emporte sans débat. L'eau attaque, une déprotonation conclut : 2-méthylbutan-2-ol, l'alcool tertiaire. Toute hydratation acide obéit à Markovnikov : l'OH finit sur le carbone LE PLUS SUBSTITUÉ.

d) L'eau de brome, orangée, se DÉCOLORE instantanément : le dibrome s'additionne sur la double liaison (une molécule de Br2Br_{2} par liaison π\pi), donnant le 1,2-dibromopentane incolore. Quantitativement : n=5,070=0,071n=\frac{5{,}0}{70}=0{,}071 mol de pent-1-ène (M=70M=70 g/mol), qui consomment 0,071×160=11,40{,}071\times 160=11{,}4 g de Br2Br_{2}. Un alcane n'a ni liaison π\pi ni site riche en électrons à offrir : sans lumière UV, aucune réaction, la couleur reste : c'est LE test de la minute pour départager alcane et alcène.

Exercice 6 : L'élimination : Zaitsev et la grande compétition

La figure donne les enthalpies d'hydrogénation des trois butènes (tous convergent vers le butane) : plus la valeur est basse, plus l'alcène part de bas, donc plus il est stable.

but-1-ène127(Z)-but-2-ène120(E)-but-2-ène116E relative (kJ/mol au-dessus du butane)
  • a) Décrivez les mécanismes E2 et E1 : étapes, exigence géométrique de la E2, lois de vitesse, et avec quelles substitutions chacun entre en compétition.
  • b) Le 2-bromobutane traité par l'éthanolate de sodium donne trois alcènes. Lesquels, et lequel domine ? Énoncez la règle de Zaitsev et justifiez-la avec la figure.
  • c) La figure classe aussi (E) et (Z) : expliquez physiquement l'écart de 4 kJ/mol, puis calculez le rapport (E)/(Z) qu'imposerait l'équilibre thermodynamique à 25 °C. L'écart 127 contre 116 illustre quant à lui l'effet de la substitution : reliez-le à l'hyperconjugaison.
  • d) Pour chaque scénario, prédisez le mécanisme dominant : substrat tertiaire + base forte concentrée; tertiaire + eau tiède; primaire + CH3SCH_{3}S^{-} (bon nucléophile, base faible); primaire + tert-butanolate (base forte très encombrée). Résumez la logique en une phrase.
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a) E2 : concertée, ordre 2 (v=k[RX][base]v=k[RX][base]) : la base arrache un H sur le carbone VOISIN pendant que le groupe partant s'en va et que la double liaison se forme; exigence géométrique stricte : H et groupe partant ANTI-PÉRIPLANAIRES (à 180°, pour que les orbitales s'alignent en π\pi). Elle rivalise avec la SN2 : même substrat, même cinétique, la base choisit entre attaquer le carbone (SN2) ou le H (E2). E1 : ionisation d'abord, le même carbocation que la SN1, puis perte d'un H+H^{+}; ordre 1; elle accompagne inévitablement la SN1 sur les tertiaires, les deux produits coexistent.

b) Arracher un H du carbone 1 donne le but-1-ène; du carbone 3, le but-2-ène, en versions (Z) et (E). Règle de Zaitsev : l'alcène MAJORITAIRE est le plus SUBSTITUÉ : ici le but-2-ène domine, et surtout sa forme (E). La figure explique la règle au lieu de l'imposer : le but-2-ène (116-120) est plus bas en énergie que le but-1-ène (127), et l'état de transition E2, où la double liaison est déjà à moitié formée, hérite de cet avantage : le chemin vers l'alcène stable a la barrière la plus basse.

c) Dans le (Z), les deux méthyles du même côté se gênent stériquement : 4 kJ/mol de tension que le (E), méthyles opposés, ne paie pas. À l'équilibre : [E][Z]=e4000/(8,314)(298)5\frac{[E]}{[Z]}=e^{4000/(8{,}314)(298)}\approx 5 : cinq contre un, 83 % de (E). L'écart 127 contre 116 vient de la SUBSTITUTION : chaque groupe alkyle posé sur la double liaison la stabilise par hyperconjugaison (liaisons CHC-H voisines qui se délocalisent dans le système π\pi) : disubstitué bat monosubstitué, exactement l'argument des carbocations recyclé pour les alcènes.

d) Tertiaire + base forte concentrée : E2 (la SN2 est bloquée par l'encombrement, la base forte n'attend pas le carbocation). Tertiaire + eau tiède : SN1 majoritaire avec un peu de E1, via le carbocation. Primaire + CH3SCH_{3}S^{-} : SN2 franche (excellent nucléophile, base médiocre, arrière dégagé). Primaire + tert-butanolate : E2 : trop encombrée pour attaquer le carbone, la base se rabat sur les H. La logique en une phrase : le substrat décide si un carbocation est possible (1 ou 2 étapes), puis le réactif choisit sa cible : le CARBONE s'il est bon nucléophile, un HYDROGÈNE s'il est bonne base ou trop gros pour approcher.

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