Chimie organique • Complément québécois de Terminale et cégep à Montréal
Exercices corrigés : mésomérie et mécanismes réactionnels
Voici la seconde série d'exercices corrigés de chimie organique, consacrée à la réactivité : pourquoi les électrons bougent, et où ils vont. La partie A installe la mésomérie : les règles d'écriture des formes limites, l'ion éthanoate et le benzène comme références (avec le calcul de la stabilisation aromatique à partir des enthalpies d'hydrogénation), puis la mésomérie au travail : elle explique le million entre l'acidité du phénol et celle de l'éthanol, et l'échelle de stabilité des carbocations qui gouverne tout le reste. La partie B lit les mécanismes sur leurs diagrammes d'énergie : SN2 et sa bosse unique contre SN1 et son carbocation intermédiaire, l'addition de Markovnikov expliquée par la voie du carbocation le plus stable plutôt que par la comptine, et l'élimination avec la règle de Zaitsev et la grande compétition substitution contre élimination.
Cette série s'adresse aux étudiants de cégep qui suivent le cours de chimie organique comme aux élèves de Terminale du Lycée Marie de France et du Collège Stanislas inscrits au complément québécois. C'est le cœur conceptuel du cours : une poignée de principes (stabilité des intermédiaires, flèches courbes, diagrammes d'énergie) qui remplace des centaines de réactions à mémoriser. Un diagramme bien lu dit qui est l'intermédiaire, qui est l'état de transition et quelle étape commande la vitesse.
Le réflexe à garder tout du long : suivre le carbocation. S'il peut se former facilement (tertiaire, allylique, benzylique), les chemins en deux étapes s'ouvrent : SN1, E1, addition de Markovnikov; s'il est trop instable (primaire, vinylique), la réaction passe en force par la voie concertée ou ne se fait pas. La moitié de la chimie organique de première session tient dans cette seule question : « quel carbocation, et à quel prix ? »
Série autocorrigéeTape tes réponses sous chaque question : la page te dit juste ou faux avant d'ouvrir la correction. Avec un compte, chaque bonne réponse du premier coup rapporte des points.
•Formes limites (mésomères) : seuls les électrons π et les doublets libres se déplacent, JAMAIS les atomes; la charge totale se conserve; pas plus de 8 électrons autour de C, N, O. La molécule réelle est l'HYBRIDE, unique, plus stable que chacune des formes (flèche double ↔, à ne pas confondre avec un équilibre).
•Plus les formes limites sont nombreuses et équivalentes, plus l'hybride est stabilisé. Formes majoritaires : octets complets, charges minimales, charge négative sur l'atome le plus électronégatif.
•Carbocations : carbone plan, lacune p vide. Stabilité : benzylique ≈ allylique ≈ tertiaire > secondaire > primaire > méthyle, et jamais vinylique ou phényle. Causes : effet inductif donneur des alkyles et hyperconjugaison; la mésomérie pour allylique et benzylique. Les carbocations se réarrangent (glissements 1,2 d'hydrure ou de méthyle) vers plus stable.
•SN2 : concertée, une étape, attaque dorsale, inversion de configuration, v=k[RX][Nu]; exige un substrat dégagé (méthyle > primaire > secondaire; jamais tertiaire). SN1 : deux étapes via carbocation, v=k[RX], racémisation; exige un carbocation stable (tertiaire; jamais primaire).
•Addition électrophile sur C=C (HX, H2O/H+) : l'électrophile se fixe d'abord, en passant par LE CARBOCATION LE PLUS STABLE : c'est la vraie règle de Markovnikov. Test du dibrome : la décoloration de Br2 signe la liaison double.
•Élimination : E2 (base forte, concertée, H et X anti-périplanaires, ordre 2) et E1 (via carbocation, accompagne SN1). Règle de Zaitsev : l'alcène MAJORITAIRE est le plus substitué (le plus stable), et E de préférence à Z. Base forte encombrée → élimination; bon nucléophile peu basique → substitution; la chaleur favorise l'élimination.
Partie A : La mésomérie et les effets électroniques (/50)
Exercice 1 : Les formes limites : règles du jeu et références
Données : enthalpies d'hydrogénation (valeurs absolues) : cyclohexène 120 kJ/mol, benzène réel 208 kJ/mol. Longueurs de liaison : C−O simple d'un alcool 143 pm, C=O d'une cétone 121 pm; dans l'acide éthanoïque, 136 pm (C−OH) et 121 pm (C=O).
a) Énoncez les règles d'écriture des formes limites : ce qui a le droit de bouger, ce qui est interdit, et ce que représente réellement la flèche double ↔ par opposition à un équilibre chimique.
b) Écrivez les deux formes limites de l'ion éthanoate CH3COO−. L'expérience mesure DEUX liaisons carbone-oxygène identiques de 127 pm : montrez que c'est l'hybride, et non l'une ou l'autre forme, qui colle aux données.
c) Le benzène a deux formes limites équivalentes (les structures de Kekulé). Si le benzène était un « cyclohexa-1,3,5-triène » à trois doubles liaisons indépendantes, quelle enthalpie d'hydrogénation attendrait-on ? Déduisez-en l'énergie de stabilisation aromatique.
d) Un étudiant propose deux « formes limites » du propène : l'une obtenue en déplaçant un atome H d'un carbone à l'autre, l'autre en donnant cinq liaisons à un carbone. Rejetez chacune en citant la règle violée, et donnez le nom du phénomène décrit par la première.
Voir la correction
Réponses
a)Seuls les électrons mobiles bougent ; ↔ désigne l'hybride unique
b)Deux liaisons de 127 pm : l'hybride
c)360 kJ/mol attendus ; stabilisation 152 kJ/mol
d)Déplacer un H : tautomérie ; cinq liaisons : octet violé
a) Dans une forme limite, SEULS les électrons se déplacent, et seulement les mobiles : électrons π et doublets libres; les noyaux restent cloués, la charge totale se conserve, et aucun atome de la deuxième période ne dépasse l'octet. La flèche ↔ ne décrit PAS deux espèces qui s'échangent : il n'existe qu'UNE molécule, l'hybride, moyenne pondérée des formes limites, plus stable que chacune d'elles. Les formes limites sont des dessins partiels d'une réalité qui ne sait pas se dessiner d'un seul coup de crayon.
b) Les deux formes s'échangent le rôle des oxygènes : CH3−C(=O)−O− ↔ CH3−C(−O−)=O. Si l'une des formes était la vraie molécule, on mesurerait une liaison courte (121 pm) et une longue (136 pm), comme dans l'acide neutre. Or les deux liaisons font 127 pm, à mi-chemin : chaque liaison est à moitié double, chaque oxygène porte une demi-charge. Les formes étant ÉQUIVALENTES, l'hybride est parfaitement symétrique, et cette délocalisation est précisément ce qui stabilise l'ion.
c) Trois doubles liaisons indépendantes libéreraient 3×120=360 kJ/mol. Le benzène réel n'en libère que 208 : il manque 360−208=152 kJ/mol : le benzène part de PLUS BAS que le triène hypothétique. Ces 152 kJ/mol sont l'énergie de stabilisation aromatique, la signature expérimentale de la délocalisation des six électrons π sur tout le cycle, cohérente avec les six liaisons toutes égales à 140 pm, intermédiaires entre simple (154) et double (134).
d) Déplacer un H, c'est déplacer un ATOME : ce n'est plus une forme limite mais une autre molécule reliée par une vraie réaction; le phénomène qui échange ainsi un H et une double liaison s'appelle la TAUTOMÉRIE (un équilibre, flèches ⇌, pas ↔). Donner cinq liaisons à un carbone viole l'octet : dix électrons autour de C, interdit sans discussion. Deux erreurs archétypales : la mésomérie ne déplace ni les atomes, ni la limite des huit électrons.
Exercice 2 : Effet inductif et effet mésomère : classer et prédire
Deux effets électroniques déplacent les électrons dans une molécule. L'effet INDUCTIF se transmet par les liaisons σ et s'atténue très vite avec la distance ; l'effet MÉSOMÈRE se transmet par les liaisons π et les doublets libres, et se transmet au contraire sans perte tant que la conjugaison est continue.
Constantes d'acidité, en pKa : acide éthanoïque 4,76 ; acide fluoroéthanoïque 2,59 ; acide chloroéthanoïque 2,86 ; acide bromoéthanoïque 2,90 ; acide iodoéthanoïque 3,18 ; acide dichloroéthanoïque 1,29 ; acide trichloroéthanoïque 0,65. Et pour la chaîne à quatre carbones : acide butanoïque 4,82 ; acide 2-chlorobutanoïque 2,86 ; acide 3-chlorobutanoïque 4,05 ; acide 4-chlorobutanoïque 4,52.
a) Rappelez ce qui distingue les deux effets, puis classez les substituants −CH3, −Cl, −NO2, −OH, −NH2 selon qu'ils sont donneurs ou attracteurs, en précisant chaque fois par quel effet ils agissent. Signalez ceux dont les deux effets s'opposent.
b) Comparez les quatre acides halogénoéthanoïques entre eux et à l'acide éthanoïque. Chiffrez le facteur d'acidité entre l'acide éthanoïque et l'acide chloroéthanoïque, puis expliquez le classement obtenu.
c) Chiffrez le facteur entre l'acide éthanoïque et l'acide trichloroéthanoïque, puis commentez l'additivité de l'effet. Que devient l'acide trichloroéthanoïque, comparé aux acides minéraux ?
d) Analysez la série des acides chlorobutanoïques : que révèle-t-elle sur la portée de l'effet inductif ? Chiffrez le rapport entre l'isomère 2 et l'isomère 4, et concluez en une phrase utilisable comme règle.
d)Facteur 46 : l'effet inductif s'éteint après trois liaisons
a) L'effet inductif naît de la différence d'électronégativité entre deux atomes liés : il polarise la liaison σ et se propage de proche en proche, mais en s'affaiblissant d'environ deux tiers à chaque liaison franchie. L'effet mésomère naît de la délocalisation d'un doublet, libre ou π : il exige une conjugaison, mais il se transmet alors sur toute l'étendue du système sans s'atténuer. Classement : −CH3 est donneur par effet inductif seul ; −NO2 est attracteur par les deux effets, ce qui en fait le plus puissant des attracteurs usuels ; −Cl est attracteur par effet inductif, mais DONNEUR par effet mésomère puisqu'il possède des doublets libres délocalisables, et les deux s'opposent, l'inductif l'emportant sur l'acidité et le mésomère sur l'orientation ; −OH et −NH2 sont dans le même cas, attracteurs inductifs et donneurs mésomères, mais chez eux le mésomère l'emporte nettement, l'azote étant moins électronégatif que l'oxygène, ce qui fait de −NH2 un donneur encore plus fort que −OH.
b) Plus l'acide est fort, plus son pKa est petit. Les quatre acides halogénés sont tous plus acides que l'acide éthanoïque, et dans l'ordre F>Cl>Br>I : pKa de 2,59 ; 2,86 ; 2,90 ; 3,18. Le facteur d'acidité entre l'acide éthanoïque et l'acide chloroéthanoïque vaut 104,76−2,86=101,90=79 : un seul chlore rend l'acide 79 fois plus fort. L'explication est l'effet inductif attracteur de l'halogène, qui attire les électrons le long de la chaîne et stabilise la charge négative de la base conjuguée, le carboxylate. Un anion stabilisé signifie un acide fort. L'ordre suit exactement l'électronégativité décroissante des halogènes, ce qui confirme qu'on est bien en présence d'un effet inductif pur : ici l'effet mésomère donneur du chlore ne peut pas s'exprimer, faute de conjugaison avec le groupe carboxyle.
c) 104,76−0,65=104,11=1,3×104 : trois chlores rendent l'acide treize mille fois plus fort. L'effet est donc pratiquement additif sur l'échelle des pKa, chaque chlore retirant de l'ordre de 1,3 à 1,9 unité : 4,76→2,86→1,29→0,65. Cette additivité est la signature d'effets inductifs indépendants qui se cumulent. Avec un pKa de 0,65, l'acide trichloroéthanoïque est plus fort que l'acide phosphorique et se rapproche des acides minéraux forts : trois atomes de chlore suffisent à transformer le vinaigre en un acide de laboratoire. C'est la démonstration la plus frappante qu'un substituant sans lien direct avec le site acide peut en gouverner entièrement le comportement.
d) La série est éloquente : 2,86 pour le chlore en position 2, 4,05 en position 3, 4,52 en position 4, contre 4,82 pour l'acide butanoïque non substitué. L'effet s'effondre à mesure que le chlore s'éloigne du groupe carboxyle, et il a pratiquement disparu en position 4. Le rapport d'acidité entre l'isomère 2 et l'isomère 4 vaut 104,52−2,86=101,66=46 : à deux liaisons de distance près, l'acidité est divisée par 46. La règle à retenir tient en une phrase : l'effet inductif est puissant mais myope, il perd environ un facteur 7 par liaison franchie et devient négligeable au-delà de trois liaisons, là où l'effet mésomère, lui, porte aussi loin que la conjugaison le permet.
Exercice 3 : La mésomérie explique l'acidité
Données de pKa : éthanol 16, phénol 10, acide éthanoïque 4,8. Basicité (par le pKa de l'acide conjugué BH+) : cyclohexylamine 10,7, aniline 4,6.
a) Le phénol est un million de fois plus acide que l'éthanol. Vérifiez ce facteur à partir des pKa, puis expliquez-le : qu'arrive-t-il à la charge négative du phénolate que l'éthanolate ne sait pas faire ?
b) Dénombrez les formes limites de l'ion phénolate et précisez sur quels atomes du cycle la charge se répartit.
c) L'acide éthanoïque est encore plus acide que le phénol. Comparez la QUALITÉ de la délocalisation dans l'éthanoate et dans le phénolate, et calculez le facteur d'acidité entre acide éthanoïque et éthanol.
d) L'aniline (amine aromatique) est environ un million de fois moins basique que la cyclohexylamine. Expliquez avec la mésomérie, en précisant pourquoi l'argument porte cette fois sur la BASE elle-même et non sur sa forme déprotonée.
Voir la correction
Réponses
a)106 : charge délocalisée dans le phénolate
b)4 formes : O, ortho, ortho, para
c)Éthanoate mieux stabilisé ; facteur 1,6×1011
d)Doublet de l'aniline délocalisé : facteur 106
a) ΔpKa=16−10=6, et l'échelle est logarithmique : Ka(eˊthanol)Ka(pheˊnol)=106, un million exactement comme annoncé. La raison est dans les bases conjuguées : l'éthanolate CH3CH2O− concentre toute sa charge sur son unique oxygène; le phénolate, lui, DÉLOCALISE la charge dans le cycle par mésomérie. Une charge étalée est une charge stabilisée : la base conjuguée étant plus stable, l'acide se déprotone plus volontiers.
b) Quatre formes limites : la charge sur l'oxygène (la forme majoritaire, charge sur l'atome le plus électronégatif), puis trois formes où elle entre dans le cycle, sur les deux carbones ORTHO et sur le carbone PARA. Jamais en méta : la conjugaison n'y donne pas accès. Ce trio ortho-ortho-para est une signature qui resservira dans toute la chimie aromatique.
c) L'éthanoate n'a que DEUX formes limites contre quatre, mais elles sont ÉQUIVALENTES et placent chacune la charge sur un OXYGÈNE : deux positions idéales se partageant la charge moitié-moitié. Le phénolate a plus de formes, mais trois d'entre elles logent la charge sur des CARBONES, peu électronégatifs : des formes mineures. Qualité bat quantité : l'éthanoate est mieux stabilisé, l'acide éthanoïque plus acide. Facteur contre l'éthanol : 1016−4,8=1011,2≈1,6×1011, cent milliards.
d) Cette fois la mésomérie agit AVANT la réaction : dans l'aniline, le doublet libre de l'azote est déjà délocalisé dans le cycle (formes limites plaçant une charge négative en ortho et para, l'azote devenant positif). Ce doublet, occupé à faire de la résonance, est moins DISPONIBLE pour capter un proton : la base est affaiblie d'un facteur 1010,7−4,6≈106. Et protoner l'azote DÉTRUIRAIT cette délocalisation, un coût que la cyclohexylamine, saturée, n'a jamais à payer. La mésomérie stabilise qui elle veut : la base conjuguée chez le phénol, la base de départ chez l'aniline, et l'acidité bascule en conséquence.
Exercice 4 : Cations, radicaux et carbanions : trois échelles, deux sens
Un carbone peut être déficitaire en électrons (carbocation), en porter un seul non apparié (radical) ou en porter un doublet excédentaire (carbanion). Ces trois intermédiaires sont gouvernés par les mêmes effets électroniques, mais ils n'y répondent pas dans le même sens.
Acidité des alcanes, en pKa : méthane 48 ; éthane 50 ; propane, sur le carbone central, 51 ; 2-méthylpropane, sur le carbone tertiaire, 53. Pour comparaison : éthylène 44 ; acétylène 25 ; toluène, sur le carbone benzylique, 43 ; propène, sur le carbone allylique, 43.
a) Rappelez les deux effets qui stabilisent un carbocation et classez méthyle, primaire, secondaire et tertiaire. Prévoyez ensuite le classement des radicaux correspondants et dites s'il est identique.
b) À partir des pKa des quatre alcanes, établissez le classement de stabilité des carbanions méthyle, primaire, secondaire et tertiaire. Que constatez-vous par rapport à a) ? Expliquez.
c) Le toluène et le propène ont des pKa voisins de 43, contre 50 pour l'éthane. Expliquez ce gain de sept unités et dites quel intermédiaire est en cause. En quoi ce mécanisme de stabilisation diffère-t-il de celui de a) ?
d) L'acétylène a un pKa de 25, soit vingt-cinq unités de moins que l'éthane, sans qu'aucune délocalisation ne soit en jeu. Expliquez, puis énoncez une règle générale reliant le SIGNE de la charge portée par l'intermédiaire à l'effet qu'un groupe donneur exerce sur lui.
Voir la correction
Réponses
a)Tertiaire > secondaire > primaire > méthyle ; radicaux dans le même ordre
b)Carbanions : ordre inverse
c)7 unités : carbanion benzylique ou allylique délocalisé
d)Carbone sp, 50 % de caractère s ; donneur : stabilise un cation, déstabilise un anion
a) Un carbocation est stabilisé par l'effet inductif donneur des groupes alkyle voisins, qui compensent partiellement le déficit électronique, et par l'hyperconjugaison, c'est-à-dire le recouvrement d'une liaison C−H voisine avec l'orbitale vacante. Les deux effets augmentent avec le nombre de groupes alkyle : tertiaire plus stable que secondaire, plus stable que primaire, plus stable que méthyle. Les radicaux suivent EXACTEMENT le même ordre, tertiaire au-dessus, pour les mêmes raisons : un radical est lui aussi déficitaire, avec un seul électron là où il en faudrait deux, et il profite donc autant du don d'électrons. Les écarts sont simplement plus faibles, un radical étant moins avide qu'un cation.
b) Plus un alcane est acide, plus le carbanion qu'il libère est stable. Or les pKa croissent : méthane 48, éthane 50, propane 51, 2-méthylpropane 53. Le classement de stabilité des carbanions est donc méthyle plus stable que primaire, plus stable que secondaire, plus stable que tertiaire : c'est l'ordre exactement INVERSE de celui des cations et des radicaux. L'explication est immédiate une fois la question posée correctement. Un groupe alkyle est donneur d'électrons ; donner des électrons à un centre qui en manque le soulage, mais donner des électrons à un centre qui en a déjà trop l'aggrave. Le même substituant stabilise le cation et déstabilise l'anion, sans changer de nature : c'est la charge du centre qui change de signe, pas le substituant.
c) Les carbanions benzylique et allylique ne sont pas localisés : leur doublet se délocalise, sur le cycle aromatique dans un cas, sur la double liaison dans l'autre. Une charge répartie sur plusieurs atomes est bien plus stable qu'une charge concentrée, d'où un gain d'environ sept unités de pKa, soit un facteur 107 sur la constante d'acidité. La différence avec le mécanisme de a) est de nature : l'hyperconjugaison et l'effet inductif ne font que DÉPLACER légèrement de la densité électronique le long de liaisons qui restent en place, alors que la mésomérie RÉPARTIT réellement la charge sur plusieurs atomes, ce que confirment les mesures de longueurs de liaison. C'est pour cela que la stabilisation par délocalisation est toujours d'un ordre de grandeur supérieur à la stabilisation inductive, et c'est elle qui décide dès qu'elle est possible.
d) L'acétylène porte son hydrogène sur un carbone sp, dont l'orbitale hybride contient 50 % de caractère s contre 25 % pour un carbone sp3. Or une orbitale s est sphérique et bien plus proche du noyau : un doublet qui l'occupe est fortement retenu, donc stabilisé, sans qu'aucune délocalisation n'intervienne. L'acétylure est ainsi stabilisé de vingt-cinq unités de pKa par rapport à un carbanion sp3, ce qui en fait de loin le plus stable des carbanions simples. La règle générale que tout cela suggère est la suivante : un groupe DONNEUR d'électrons stabilise un centre pauvre en électrons, carbocation ou radical, et déstabilise un centre riche, carbanion ; un groupe ATTRACTEUR fait exactement l'inverse. Il suffit donc de savoir quel est le signe de la charge de l'intermédiaire pour retourner d'un coup toute une échelle de stabilité, sans rien apprendre de nouveau. C'est le même raisonnement qui explique qu'un groupe nitro renforce l'acidité d'un acide et affaiblisse la basicité d'une amine.
Exercice 5 : Les carbocations : l'échelle qui gouverne tout
Un carbocation est un carbone à six électrons : plan, hybridé sp2, avec une orbitale p vide. Sa stabilité décide de presque toute la suite du cours.
a) Classez méthyle, primaire, secondaire et tertiaire par stabilité croissante, et expliquez avec les deux effets en jeu. Comptez, pour l'éthylium CH3CH2+, l'isopropylium (CH3)2CH+ et le tert-butylium (CH3)3C+, le nombre de liaisons C−H voisines disponibles pour l'hyperconjugaison.
b) Écrivez les deux formes limites du cation allyle CH2=CH−CH2+ et précisez la répartition réelle de la charge. Combien de formes limites stabilisent le cation benzyle C6H5CH2+ ?
c) Classez par stabilité décroissante : cation benzyle, tert-butylium, isopropylium, éthylium, cation phényle C6H5+. Où est le piège entre phényle et benzyle ?
d) La protonation du 3-méthylbut-1-ène par HBr crée d'abord un carbocation secondaire. Montrez qu'un glissement 1,2 d'hydrure le transforme en tertiaire, et donnez le produit bromé MAJORITAIRE réellement observé. Quelle grande leçon les réarrangements donnent-ils ?
Voir la correction
Réponses
a)3, 6 et 9 liaisons C-H
b)+21 sur chaque carbone terminal ; 4 formes pour le benzyle
a) Stabilité croissante : méthyle < primaire < secondaire < tertiaire. Deux effets s'additionnent : l'effet INDUCTIF donneur des groupes alkyles, qui poussent de la densité électronique vers le carbone appauvri, et l'HYPERCONJUGAISON : chaque liaison C−H voisine recouvre partiellement l'orbitale p vide et y délocalise un peu ses électrons. Compte des C−H voisins : éthylium 3, isopropylium 6, tert-butylium 9 : la hiérarchie est littéralement arithmétique.
b) CH2=CH−CH2+ ↔ +CH2−CH=CH2 : deux formes ÉQUIVALENTES, donc une charge réelle de +21 sur chaque carbone terminal et une liaison π étalée sur les trois carbones. Le cation benzyle fait mieux encore : quatre formes limites (charge sur le CH2, puis en ortho, ortho et para du cycle), le trio aromatique déjà rencontré avec le phénolate.
c) Benzyle ≈ tert-butylium > isopropylium > éthylium >> phényle. Le piège : phényle et benzyle se ressemblent par le nom, mais le cation BENZYLE porte sa lacune sur un carbone sp3 devenu sp2, conjugué au cycle : stabilisé par mésomérie; le cation PHÉNYLE porte sa lacune sur un carbone DU cycle, dans une orbitale sp2 qui pointe vers l'extérieur, PERPENDICULAIRE au système π : aucune résonance possible, c'est l'un des pires carbocations de la chimie. Un cycle aromatique voisin aide; être soi-même le trou dans le cycle, non.
d) La protonation Markovnikov du 3-méthylbut-1-ène CH2=CH−CH(CH3)2 donne le cation secondaire CH3−C+H−CH(CH3)2. Le H du carbone voisin (qui porte les deux méthyles) glisse avec son doublet sur le centre positif : glissement 1,2 d'hydrure, et la charge atterrit sur LE carbone des deux méthyles : CH3−CH2−C+(CH3)2, un TERTIAIRE. Br− s'y fixe : le produit majoritaire est le 2-bromo-2-méthylbutane, et non le 2-bromo-3-méthylbutane « attendu ». Leçon : un mécanisme passant par un carbocation n'est jamais figé : l'intermédiaire prend TOUJOURS le réarrangement qui le stabilise, et le produit final trahit le carbocation le plus stable, pas le premier formé.
Partie B : Les mécanismes réactionnels (/50)
Exercice 6 : SN2 contre SN1 : lire les diagrammes d'énergie
La figure superpose les diagrammes d'énergie de deux substitutions nucléophiles : une courbe à une seule bosse et une courbe à deux bosses séparées par un creux.
a) Décrivez le mécanisme SN2 : nombre d'étapes, géométrie de l'attaque, conséquence stéréochimique, loi de vitesse. Pourquoi exige-t-il un substrat dégagé (méthyle, primaire) et refuse-t-il les tertiaires ?
b) Décrivez le mécanisme SN1 : étapes, intermédiaire, loi de vitesse, conséquence stéréochimique. Pourquoi exige-t-il au contraire un substrat tertiaire ?
c) Sur la figure : attribuez chaque courbe, expliquez la différence entre un état de transition (sommet) et un intermédiaire (creux), et dites quelle étape de la courbe à deux bosses commande la vitesse.
d) Prédisez le mécanisme et le produit pour : 1-bromobutane + HO−; 2-bromo-2-méthylpropane + H2O. Pour chacun, que devient la vitesse si l'on double la concentration du nucléophile ? Et si l'on double celle du substrat ?
d)SN2, vitesse ×2 dans les deux cas ; SN1, eau sans effet, substrat ×2
a) SN2 : UNE étape, concertée : le nucléophile attaque le carbone PAR L'ARRIÈRE, à l'opposé du groupe partant, en passant par un état de transition unique où la liaison se fait pendant que l'autre se défait. Conséquence : l'INVERSION de configuration (le parapluie se retourne, inversion de Walden) : un substrat (R) donne un produit (S). Vitesse : v=k[RX][Nu], ordre 2, les deux partenaires sont dans l'étape unique. L'attaque dorsale exige un carbone accessible : méthyle et primaire vont vite, secondaire se traîne, tertiaire jamais : trois groupes alkyles bloquent physiquement l'arrière.
b) SN1 : DEUX étapes. D'abord l'ionisation, lente : le groupe partant s'en va seul et laisse un CARBOCATION; puis le nucléophile capture ce cation, vite. Vitesse : v=k[RX], ordre 1 : le nucléophile n'apparaît pas, il arrive après l'étape lente. Le carbocation étant PLAN, le nucléophile attaque les deux faces : un substrat optiquement pur donne un mélange racémisé. Tout repose sur la formation du cation : tertiaire (ou allylique, benzylique) obligatoire; un primaire ne s'ionise jamais.
c) La courbe à une bosse est la SN2 : un acte élémentaire, un seul état de transition. La courbe à deux bosses est la SN1 : le CREUX entre les bosses est le carbocation, un intermédiaire : une espèce RÉELLE, à durée de vie courte mais existante (parfois observable). Les SOMMETS sont des états de transition : des cols énergétiques, pas des espèces, inobservables par principe. La première bosse de la SN1 est la plus haute : l'ionisation est l'étape cinétiquement déterminante, tout ce qui stabilise le carbocation accélère la réaction entière.
d) 1-bromobutane : primaire, avec HO− bon nucléophile : SN2, produit butan-1-ol (avec inversion, invisible ici faute de stéréocentre); doubler [HO−] DOUBLE la vitesse, doubler [RX] aussi (v=k[RX][Nu]). 2-bromo-2-méthylpropane : tertiaire, avec l'eau, nucléophile faible : SN1, produit 2-méthylpropan-2-ol; doubler la concentration d'eau ne change RIEN à la vitesse (l'eau attend le carbocation), doubler [RX] la double. Cette insensibilité au nucléophile est d'ailleurs le test expérimental classique pour identifier une SN1.
Exercice 7 : Le pont bromonium et la stéréochimie de l'addition
L'addition du dibrome sur un alcène ne passe pas par un carbocation ordinaire. Le premier atome de brome se lie aux DEUX carbones à la fois et forme un cycle à trois centres, l'ion bromonium ponté, qui masque entièrement l'une des deux faces de la double liaison. Tout le résultat stéréochimique en découle.
On rappelle qu'un composé possédant deux carbones asymétriques et un plan de symétrie interne est achiral : c'est un composé méso, optiquement inactif.
a) Écrivez le mécanisme en deux étapes de l'addition du dibrome sur un alcène et expliquez pourquoi l'ion bromure ne peut attaquer que du côté opposé au pont. Comment nomme-t-on la stéréochimie qui en résulte ?
b) On additionne le dibrome sur le (E)-but-2-ène puis sur le (Z)-but-2-ène. Montrez que l'un donne le 2,3-dibromobutane méso, optiquement inactif, et l'autre un mélange racémique de deux énantiomères. Attribuez chaque résultat à l'alcène correspondant.
c) Que prouve ce résultat sur le mécanisme ? Précisez ce qu'on aurait observé, dans les deux cas, si l'addition passait par un carbocation ouvert et libre de tourner.
d) On additionne maintenant le dibrome sur le 2-méthylpropène EN PRÉSENCE D'EAU. On obtient très majoritairement le 1-bromo-2-méthylpropan-2-ol, et non le dérivé dibromé. Expliquez la régiosélectivité observée et dites en quoi elle constitue un second argument en faveur du pont bromonium.
Voir la correction
Réponses
a)Pont bromonium, attaque par l'arrière : addition anti
b)(E) → méso ; (Z) → racémique
c)Pas de rotation : le pont est prouvé
d)1-bromo-2-méthylpropan-2-ol : OH sur le carbone tertiaire
a) Première étape : la double liaison, riche en électrons, attaque une molécule de dibrome et la polarise ; un atome de brome se fixe en se liant simultanément aux deux carbones, formant un cycle à trois atomes chargé positivement, l'ion bromonium, tandis que l'autre atome part en ion bromure. Seconde étape : l'ion bromure attaque l'un des deux carbones du pont. Il ne peut le faire que par l'arrière, du côté opposé au pont, exactement comme dans une substitution nucléophile d'ordre 2, parce que le brome ponté occupe entièrement une face de l'ancienne double liaison et bloque toute approche de ce côté. Les deux atomes de brome se retrouvent donc de part et d'autre du plan : c'est une addition ANTI, ou anti-périplanaire, et elle est stéréospécifique.
b) Partons du (E)-but-2-ène, dont les deux méthyles sont de part et d'autre de la double liaison. L'attaque anti place les deux bromes de part et d'autre également ; en écrivant la projection de Newman ou la représentation de Cram, on obtient un composé dont les deux carbones asymétriques sont de configurations opposées, 2R,3S. Cette molécule possède un plan de symétrie interne qui échange les deux moitiés : elle est achirale, c'est le 2,3-dibromobutane MÉSO, optiquement inactif malgré ses deux carbones asymétriques. Le (Z)-but-2-ène, dont les deux méthyles sont du même côté, conduit par la même attaque anti aux couples 2R,3R et 2S,3S, formés en quantités rigoureusement égales puisque l'ion bromure attaque indifféremment l'un ou l'autre carbone du pont : c'est un mélange RACÉMIQUE, lui aussi optiquement inactif, mais pour une raison entièrement différente, la compensation entre deux énantiomères et non une symétrie interne.
c) Ce résultat prouve que les deux carbones ne peuvent pas tourner librement l'un par rapport à l'autre entre les deux étapes : l'information géométrique portée par la double liaison de départ, E ou Z, se retrouve intégralement dans le produit. C'est la définition même d'une réaction stéréospécifique, et seul un intermédiaire ponté, rigide, peut l'expliquer. Si l'addition passait par un carbocation ouvert, la liaison carbone-carbone deviendrait simple et libre de tourner, les deux conformations s'équilibreraient avant l'attaque du bromure, et les deux alcènes donneraient tous deux le MÊME mélange de méso et de racémique. Or on n'observe rien de tel : chaque alcène donne un produit unique et différent. L'expérience réfute donc le carbocation ouvert et impose le pont.
d) En présence d'eau, celle-ci est présente en très large excès et devient le nucléophile qui ouvre le pont, à la place de l'ion bromure : on obtient une bromhydrine. La régiosélectivité est le point remarquable. L'eau se fixe sur le carbone le PLUS substitué, alors qu'un nucléophile attaquant un substrat ordinaire choisit toujours le carbone le moins encombré. C'est que le pont bromonium n'est pas symétrique : le carbone le plus substitué supporte mieux une charge positive partielle, donc sa liaison au brome est plus longue et plus faible, et il porte davantage de caractère de carbocation. Le nucléophile y est attiré malgré l'encombrement. Le produit est donc le 1-bromo-2-méthylpropan-2-ol, avec le groupe hydroxyle sur le carbone tertiaire et le brome sur le carbone primaire, ce qui est conforme à une orientation de type Markovnikov. Cette régiosélectivité inattendue, qui contredit l'encombrement, est un second argument fort en faveur du pont : un carbocation libre l'expliquerait aussi, mais lui ne rendrait pas compte de la stéréochimie de b). Seul le pont dissymétrique explique les deux observations à la fois.
Exercice 8 : Mesurer un mécanisme : loi de vitesse et pouvoir rotatoire
On étudie l'hydrolyse de deux bromoalcanes en milieu basique, notés A et B, par mesure de la vitesse initiale à 25 °C. Les concentrations sont en mol/L et les vitesses en mol/(L·s).
Substrat A : essai 1, [A]=0,10 et [HO−]=0,10, v=1,0×10−4 ; essai 2, [A]=0,20 et [HO−]=0,10, v=2,0×10−4 ; essai 3, [A]=0,10 et [HO−]=0,20, v=1,0×10−4.
Substrat B : essai 1, [B]=0,10 et [HO−]=0,10, v=4,0×10−5 ; essai 2, [B]=0,20 et [HO−]=0,10, v=8,0×10−5 ; essai 3, [B]=0,10 et [HO−]=0,20, v=8,0×10−5.
a) Déterminez l'ordre partiel par rapport à chaque réactif pour A et pour B, écrivez les deux lois de vitesse et calculez les deux constantes de vitesse avec leurs unités.
b) Déduisez-en le mécanisme de chaque hydrolyse, puis la classe probable de chaque substrat. Expliquez pourquoi l'ordre nul par rapport à l'ion hydroxyde, pour A, ne signifie pas que celui-ci ne participe pas à la réaction.
c) Le substrat A est optiquement pur au départ. Le produit obtenu présente un pouvoir rotatoire spécifique de −6,0∘, alors que l'énantiomère de configuration inversée, pur, vaut −13,5∘. Calculez la pureté optique du produit, puis les pourcentages des deux énantiomères formés.
d) Interprétez ce résultat : pourquoi n'observe-t-on ni une racémisation totale ni une inversion totale ? Quelle image du mécanisme faut-il corriger, et que prévoyez-vous si l'on remplace le solvant par un solvant plus ionisant ?
d)Paire d'ions intime ; solvant ionisant : plus de racémisation
a) Substrat A. En doublant [A] à hydroxyde constant, la vitesse double : l'ordre par rapport à A est 1. En doublant [HO−] à [A] constant, la vitesse ne change pas : l'ordre par rapport à l'hydroxyde est 0. La loi s'écrit v=k[A], avec k=0,101,0×10−4=1,0×10−3s−1, une constante d'ordre 1 dont l'unité est bien l'inverse d'un temps. Substrat B. Doubler [B] double la vitesse, doubler [HO−] la double aussi : les deux ordres partiels valent 1, l'ordre global vaut 2. La loi s'écrit v=k[B][HO−], avec k=0,10×0,104,0×10−5=4,0×10−3L⋅mol−1⋅s−1. Les unités sont ici la vérification la plus rapide qu'on n'a pas confondu les deux ordres.
b) Le substrat A suit une substitution nucléophile d'ordre 1 : l'étape lente est l'ionisation, qui ne fait intervenir que le substrat, et le nucléophile n'apparaît que dans l'étape rapide qui suit. Un tel comportement suppose un carbocation stable, donc un substrat tertiaire, ou éventuellement secondaire stabilisé par délocalisation. Le substrat B suit une substitution d'ordre 2 : l'étape lente est bimoléculaire, l'attaque et le départ se faisant simultanément, ce qui suppose un carbone peu encombré, donc un substrat primaire. L'ordre nul par rapport à l'hydroxyde ne signifie évidemment pas qu'il ne participe pas : sans lui, il n'y aurait aucun produit. Il signifie que sa concentration n'influence pas la VITESSE, parce qu'il intervient après l'étape cinétiquement déterminante. Une loi de vitesse ne renseigne que sur ce qui se passe jusqu'à l'état de transition le plus haut, et c'est précisément ce qui en fait un outil de diagnostic mécanistique : elle ignore tout ce qui vient ensuite.
c) La pureté optique, ou excès énantiomérique, est le rapport du pouvoir rotatoire mesuré à celui de l'énantiomère pur : 13,56,0×100=44,4%. Cet excès de 44,4 % en faveur de l'énantiomère inversé se répartit ainsi : si l'on note x le pourcentage de produit inversé et y celui de produit de configuration retenue, alors x+y=100 et x−y=44,4. On résout : x=2100+44,4=72,2% et y=2100−44,4=27,8%. Le mélange contient donc 72,2 % de produit inversé et 27,8 % de produit retenu, ce qui revient à dire qu'il est constitué de 55,6 % de racémique et de 44,4 % de produit purement inversé.
d) Une substitution d'ordre 1 pure devrait donner exactement 50 % de chaque énantiomère, puisque le carbocation est plan et peut être attaqué indifféremment de ses deux faces. On en est loin : l'inversion l'emporte nettement. L'image à corriger est celle d'un carbocation totalement libre et symétrique. En réalité, le groupe partant ne s'éloigne pas instantanément : il reste un moment au voisinage du carbone, sous forme de paire d'ions intime, et il masque partiellement la face qu'il vient de quitter. Le nucléophile est donc statistiquement favorisé du côté opposé, d'où un excès d'inversion. Ce n'est pas une inversion totale non plus, parce qu'une fraction des paires d'ions se sépare complètement avant l'attaque et donne bien un mélange racémique. Le pourcentage d'inversion mesure ainsi la durée de vie du carbocation : plus il est stable et mieux il est solvaté, plus il vit longtemps, plus la paire d'ions se dissocie, et plus on tend vers la racémisation complète. Dans un solvant plus ionisant, comme l'eau à la place d'un mélange éthanol-eau, on doit donc s'attendre à une racémisation plus poussée, avec un excès énantiomérique nettement plus faible que 44 %.
Exercice 9 : L'addition électrophile : Markovnikov sans la comptine
La figure montre les deux chemins possibles de l'addition de HBr sur le propène : la voie passant par le carbocation secondaire et celle passant par le primaire.
a) Écrivez le mécanisme en deux étapes de l'addition de HBr sur le propène, en précisant ce que décrivent les flèches courbes à chaque étape.
b) Deux carbocations sont possibles selon le carbone qui reçoit le proton. Identifiez-les, dites lequel se forme, et déduisez le produit majoritaire. Formulez alors la règle de Markovnikov dans sa version moderne, celle qui explique au lieu de réciter.
c) L'hydratation acide du 2-méthylbut-2-ène donne presque exclusivement un seul alcool. Lequel, et pourquoi ?
d) Le test du dibrome : on agite 5,0 g de pent-1-ène avec de l'eau de brome. Qu'observe-t-on, quelle masse de Br2 (M = 160 g/mol) la décoloration peut-elle consommer, et pourquoi un alcane laisse-t-il l'eau de brome intacte ?
Voir la correction
Réponses
a)Protonation lente puis capture par Br−
b)Cation secondaire : 2-bromopropane
c)2-méthylbutan-2-ol
d)Décoloration ; 0,071 mol, 11,4 g de Br2
a) Étape 1 (lente) : la liaison π, riche en électrons, attaque le H de HBr : la flèche part du MILIEU de la double liaison vers H, pendant qu'une seconde flèche fait glisser le doublet de la liaison H-Br sur le brome. Bilan : un carbocation et un ion Br−. Étape 2 (rapide) : une flèche part d'un doublet libre de Br− vers le carbone positif. Les flèches courbes suivent TOUJOURS les électrons, jamais les atomes : c'est la grammaire de tout le cours.
b) Si H se fixe sur le carbone terminal CH2, la charge tombe sur le carbone central : cation ISOPROPYLE, secondaire. Si H se fixe au centre, la charge tombe au bout : cation propyle, PRIMAIRE. Le secondaire, stabilisé par six liaisons C−H en hyperconjugaison, se forme presque exclusivement (courbe basse de la figure : barrière plus faible ET intermédiaire plus stable). Br− le capture : produit majoritaire, le 2-bromopropane. Règle de Markovnikov moderne : l'addition passe par LE CARBOCATION LE PLUS STABLE. La comptine « H va au carbone le plus hydrogéné » n'est que la conséquence, et elle trahit dès que la stabilité en décide autrement (réarrangements, groupes conjugués).
c) La protonation du 2-méthylbut-2-ène CH3−C(CH3)=CH−CH3 peut créer un cation TERTIAIRE (charge sur le carbone aux deux méthyles, H reçu par le CH) ou secondaire : le tertiaire l'emporte sans débat. L'eau attaque, une déprotonation conclut : 2-méthylbutan-2-ol, l'alcool tertiaire. Toute hydratation acide obéit à Markovnikov : l'OH finit sur le carbone LE PLUS SUBSTITUÉ.
d) L'eau de brome, orangée, se DÉCOLORE instantanément : le dibrome s'additionne sur la double liaison (une molécule de Br2 par liaison π), donnant le 1,2-dibromopentane incolore. Quantitativement : n=705,0=0,071 mol de pent-1-ène (M=70 g/mol), qui consomment 0,071×160=11,4 g de Br2. Un alcane n'a ni liaison π ni site riche en électrons à offrir : sans lumière UV, aucune réaction, la couleur reste : c'est LE test de la minute pour départager alcane et alcène.
Exercice 10 : L'élimination : Zaitsev et la grande compétition
La figure donne les enthalpies d'hydrogénation des trois butènes (tous convergent vers le butane) : plus la valeur est basse, plus l'alcène part de bas, donc plus il est stable.
a) Décrivez les mécanismes E2 et E1 : étapes, exigence géométrique de la E2, lois de vitesse, et avec quelles substitutions chacun entre en compétition.
b) Le 2-bromobutane traité par l'éthanolate de sodium donne trois alcènes. Lesquels, et lequel domine ? Énoncez la règle de Zaitsev et justifiez-la avec la figure.
c) La figure classe aussi (E) et (Z) : expliquez physiquement l'écart de 4 kJ/mol, puis calculez le rapport (E)/(Z) qu'imposerait l'équilibre thermodynamique à 25 °C. L'écart 127 contre 116 illustre quant à lui l'effet de la substitution : reliez-le à l'hyperconjugaison.
d) Pour chaque scénario, prédisez le mécanisme dominant : substrat tertiaire + base forte concentrée; tertiaire + eau tiède; primaire + CH3S− (bon nucléophile, base faible); primaire + tert-butanolate (base forte très encombrée). Résumez la logique en une phrase.
b)But-1-ène, (Z) et (E)-but-2-ène ; (E) majoritaire
c)(E)/(Z) ≈ 5, soit 83 % de (E)
d)E2 ; SN1 et un peu de E1 ; SN2 ; E2
a) E2 : concertée, ordre 2 (v=k[RX][base]) : la base arrache un H sur le carbone VOISIN pendant que le groupe partant s'en va et que la double liaison se forme; exigence géométrique stricte : H et groupe partant ANTI-PÉRIPLANAIRES (à 180°, pour que les orbitales s'alignent en π). Elle rivalise avec la SN2 : même substrat, même cinétique, la base choisit entre attaquer le carbone (SN2) ou le H (E2). E1 : ionisation d'abord, le même carbocation que la SN1, puis perte d'un H+; ordre 1; elle accompagne inévitablement la SN1 sur les tertiaires, les deux produits coexistent.
b) Arracher un H du carbone 1 donne le but-1-ène; du carbone 3, le but-2-ène, en versions (Z) et (E). Règle de Zaitsev : l'alcène MAJORITAIRE est le plus SUBSTITUÉ : ici le but-2-ène domine, et surtout sa forme (E). La figure explique la règle au lieu de l'imposer : le but-2-ène (116-120) est plus bas en énergie que le but-1-ène (127), et l'état de transition E2, où la double liaison est déjà à moitié formée, hérite de cet avantage : le chemin vers l'alcène stable a la barrière la plus basse.
c) Dans le (Z), les deux méthyles du même côté se gênent stériquement : 4 kJ/mol de tension que le (E), méthyles opposés, ne paie pas. À l'équilibre : [Z][E]=e4000/(8,314)(298)≈5 : cinq contre un, 83 % de (E). L'écart 127 contre 116 vient de la SUBSTITUTION : chaque groupe alkyle posé sur la double liaison la stabilise par hyperconjugaison (liaisons C−H voisines qui se délocalisent dans le système π) : disubstitué bat monosubstitué, exactement l'argument des carbocations recyclé pour les alcènes.
d) Tertiaire + base forte concentrée : E2 (la SN2 est bloquée par l'encombrement, la base forte n'attend pas le carbocation). Tertiaire + eau tiède : SN1 majoritaire avec un peu de E1, via le carbocation. Primaire + CH3S− : SN2 franche (excellent nucléophile, base médiocre, arrière dégagé). Primaire + tert-butanolate : E2 : trop encombrée pour attaquer le carbone, la base se rabat sur les H. La logique en une phrase : le substrat décide si un carbocation est possible (1 ou 2 étapes), puis le réactif choisit sa cible : le CARBONE s'il est bon nucléophile, un HYDROGÈNE s'il est bonne base ou trop gros pour approcher.
Partie C : les classiques (/50)
Exercice 11 : La forme limite majoritaire : charges formelles et électronégativité
La charge formelle d'un atome vaut : électrons de valence, moins les électrons de ses doublets libres, moins le nombre de liaisons qu'il forme. Entre plusieurs formes limites, la plus représentative respecte l'octet sur C, N et O, porte le moins de charges, et place une charge négative sur l'atome le plus électronégatif.
a) Dans la structure de Lewis du nitrométhane CH3−NO2, l'azote est lié au carbone, doublement lié à un oxygène et simplement lié à l'autre, qui porte trois doublets libres. Calculez la charge formelle de l'azote et celle de l'oxygène simplement lié.
b) Le nitrométhane possède deux formes limites équivalentes. Quel est l'ordre moyen de chaque liaison azote-oxygène, et quelle charge porte en moyenne chaque oxygène ?
c) L'ion énolate s'écrit CH2=CH−O−↔−CH2−CH=O. Quelle forme est majoritaire ?
d) Pour le méthanal, on propose H2C=O, H2C+−O− et H2C−−O+. Classez-les, et dites ce que la deuxième apprend sur la réactivité.
e) L'ion cyanate OCN− a trois formes limites : O=C=N−, +O≡C−N2− et −O−C≡N. Calculez les charges formelles de O et N dans la deuxième, puis désignez la forme majoritaire.
a) Azote : 5 électrons de valence, aucun doublet libre, 4 liaisons (une avec C, deux avec l'oxygène doublement lié, une avec l'autre) : 5−0−4=+1. Oxygène simplement lié : 6−6−1=−1. La molécule est neutre, mais elle porte deux charges formelles opposées : c'est un zwitterion permanent, d'où son moment dipolaire élevé.
b) Les deux formes échangent le rôle des deux oxygènes : chaque liaison N-O est simple dans une forme et double dans l'autre, soit un ordre moyen de 21+2=1,5. La charge −1 se partage entre les deux oxygènes : −21 sur chacun. L'azote garde sa charge +1 dans les deux formes.
c) Les deux formes respectent l'octet et portent une seule charge, mais la première place la charge négative sur l'oxygène, plus électronégatif que le carbone : c'est la forme majoritaire. La seconde reste utile : elle explique que l'énolate puisse réagir par son CARBONE, en particulier sur les électrophiles carbonés.
d) H2C=O est majoritaire : octet partout, aucune charge. H2C+−O− est minoritaire : le carbone n'a plus que six électrons, mais la charge négative est sur l'oxygène. H2C−−O+ est à rejeter : l'oxygène n'a plus que six électrons ET la charge négative est sur l'atome le moins électronégatif. La forme minoritaire H2C+−O− montre que le carbone du carbonyle est électrophile : c'est là qu'attaquent les nucléophiles.
e) Dans +O≡C−N2− : l'oxygène a un doublet libre et trois liaisons, 6−2−3=+1 ; l'azote a trois doublets libres et une liaison, 5−6−1=−2. Trois charges, une charge −2 sur un seul atome et une charge positive sur l'atome le plus électronégatif : forme négligeable. Les deux autres ne portent qu'une charge −1 ; la plus représentative est −O−C≡N, où la charge est sur l'oxygène, suivie de près par O=C=N−.
Le fil : on calcule les charges formelles, on élimine les formes qui violent l'octet, puis on préfère le moins de charges et la charge négative sur l'atome le plus électronégatif.
Exercice 12 : Les acides benzoïques substitués : la position décide
Un substituant sur le cycle de l'acide benzoïque modifie la stabilité de l'ion benzoate, donc l'acidité. En position para, il agit par effet inductif ET par effet mésomère ; en position méta, la conjugaison ne relie pas le substituant au carboxyle et seul l'effet inductif compte.
c)Para : don mésomère ; méta : attraction inductive
d)En méta, inductif seul et plus proche
e)pKa≈2,70
a) Du plus fort au plus faible : 4-nitro (3,44), 3-nitro (3,45), 3-chloro (3,83), 4-chloro (3,98), 3-méthoxy (4,09), benzoïque (4,20), 4-méthoxy (4,47). Un seul acide est plus faible que l'acide benzoïque : l'acide 4-méthoxybenzoïque.
b) 104,20−3,44=100,76≈5,8 : le groupe nitro en para rend l'acide près de six fois plus fort.
c) L'oxygène du méthoxy est électronégatif : par effet inductif, il est attracteur. Mais il porte des doublets libres qui se délocalisent dans le cycle : par effet mésomère, il est donneur, et cet effet atteint les positions ortho et para. En para, le don mésomère domine : il enrichit le carbone qui porte le carboxylate et déstabilise la charge négative, l'acide est affaibli (4,47). En méta, le don mésomère n'atteint pas ce carbone et il ne reste que l'attraction inductive : l'acide est renforcé (4,09). Même substituant, deux signes opposés.
d) Le chlore est attracteur inductif et faiblement donneur mésomère. En méta, il est plus proche du carboxyle, et son effet inductif s'exerce seul. En para, il est plus loin, et son petit don mésomère compense une partie de l'effet inductif : l'isomère 4 est moins acide (3,98 contre 3,83).
e) Un nitro en méta abaisse le pKa de 4,20−3,45=0,75. Deux nitros en méta : 4,20−2×0,75=2,70. La valeur mesurée, 2,82, est proche : l'additivité est une bonne approximation, c'est l'idée de l'équation de Hammett.
Le fil : en para, on additionne effet inductif et effet mésomère ; en méta, on ne garde que l'inductif ; et un même groupe peut changer de camp selon sa position.
Exercice 13 : Lire un profil énergétique à trois étapes
L'hydratation du 2-méthylpropène en milieu acide se fait en trois étapes : protonation de la double liaison par H3O+, attaque de l'eau sur le carbocation, puis déprotonation de l'ion oxonium formé.
Profil de l'énoncé, en kJ/mol, par rapport aux réactifs : état de transition 1 à +80 ; carbocation à +45 ; état de transition 2 à +52 ; ion oxonium à −20 ; état de transition 3 à −5 ; produits à −50.
La figure trace ce profil à l'échelle ; les états de transition y sont notés ET1, ET2 et ET3.
a) Nommez le produit. Combien le profil compte-t-il d'intermédiaires et d'états de transition ?
b) Calculez l'énergie d'activation de chaque étape et désignez l'étape cinétiquement déterminante.
c) Que vaut l'énergie de réaction ? Quelle barrière la réaction inverse, la déshydratation, doit-elle franchir depuis l'alcool ?
d) Selon le postulat de Hammond, à quelle espèce l'état de transition 1 ressemble-t-il le plus ? Et l'état de transition 2 ?
e) Pour le propène, le carbocation formé serait secondaire et l'état de transition 1 serait plus haut de 25 kJ/mol. Estimez le rapport des vitesses à 25 °C, à facteur préexponentiel égal. Pourquoi H3O+ est-il un catalyseur ?
Voir la correction
Réponses
a)2-méthylpropan-2-ol ; 2 intermédiaires, 3 états de transition
b)80, 7 et 15 kJ/mol ; étape 1 déterminante
c)−50 kJ/mol ; 130 kJ/mol
d)Les deux ressemblent au carbocation
e)2,4×104 ; H3O+ régénéré
a) Le carbocation tertiaire capte l'eau, et la déprotonation donne le 2-méthylpropan-2-ol. Deux intermédiaires, le carbocation et l'ion oxonium, qui sont des creux ; trois états de transition, qui sont des sommets.
b) Ea1=80−0=80 kJ/mol ; Ea2=52−45=7 kJ/mol ; Ea3=−5−(−20)=15 kJ/mol. L'étape déterminante est la protonation : c'est elle qui mène au point le plus haut du profil. Tout ce qui stabilise le carbocation abaisse ce sommet.
c) ΔrH=−50 kJ/mol : la réaction est exothermique. Depuis l'alcool, il faut remonter jusqu'au point le plus haut : 80−(−50)=130 kJ/mol. La déshydratation, réaction inverse, est donc beaucoup plus lente dans les mêmes conditions et exige de chauffer.
d) L'étape 1 est endothermique, +45 kJ/mol : son état de transition est tardif et ressemble au carbocation. L'étape 2 est très exothermique, de +45 à −20 : son état de transition, précoce, ressemble lui aussi au carbocation, son réactif. Le carbocation est donc le bon modèle des deux sommets qui l'encadrent.
e) vsecvtert=e25000/(8,314×298)=e10,1≈2,4×104 : l'hydratation du 2-méthylpropène est environ vingt-quatre mille fois plus rapide. H3O+ est consommé à l'étape 1 et régénéré à l'étape 3 : il n'apparaît pas dans le bilan, il abaisse seulement la barrière.
Le fil : les creux sont des intermédiaires, les sommets des états de transition ; l'étape déterminante mène au plus haut sommet, et le postulat de Hammond relie ce sommet à l'intermédiaire voisin.
Exercice 14 : Problème : la guanidine, une base renforcée par la résonance
La guanidine HN=C(NH2)2 est l'une des bases neutres les plus fortes de la chimie organique. On la trouve dans la chaîne latérale de l'arginine, un acide aminé des protéines.
Données, en pKa de l'acide conjugué : méthylamine 10,6 ; guanidine 13,6 ; urée (H2N)2C=O 0,1 ; chaîne latérale de l'arginine 12,5.
La figure met côte à côte la guanidine et l'urée, qui ne diffèrent que par l'atome doublement lié au carbone central.
a) Écrivez les formes limites de l'ion guanidinium C(NH2)3+. Combien sont équivalentes ? Quelle charge moyenne porte chaque azote, et quel est l'ordre moyen d'une liaison C-N ?
b) La guanidine se protone sur l'azote doublement lié, pas sur un NH2. Pourquoi ?
c) Calculez le facteur de basicité entre la guanidine et la méthylamine.
d) L'urée, qui ressemble à la guanidine, est une base extrêmement faible. Pourquoi, et sur quel atome se protone-t-elle ?
e) Au pH sanguin de 7,4, calculez le rapport entre forme protonée et forme neutre de la chaîne latérale de l'arginine. Sous quelle forme se trouve-t-elle ?
Voir la correction
Réponses
a)3 formes équivalentes ; +31 par azote ; ordre 34
b)Seule cette protonation donne l'ion symétrique
c)1 000 fois plus basique
d)Doublets délocalisés vers C=O ; protonation sur O
e)1,26×105 : protonée
a) Le carbone central est lié à trois NH2 ; la charge positive peut être portée par chacun des trois azotes, le carbone faisant une double liaison avec lui : trois formes limites, toutes équivalentes. La charge +1 se partage : +31 en moyenne par azote. Chaque liaison C-N est double dans une forme sur trois : ordre moyen 32+1+1=34≈1,33. L'ion est plan et parfaitement symétrique.
b) Protoner l'azote doublement lié donne l'ion guanidinium symétrique, stabilisé par trois formes limites équivalentes. Protoner un NH2 donnerait un ion −NH3+ dont la charge reste localisée, sans résonance. On protone toujours là où l'acide conjugué est le mieux stabilisé.
c) 1013,6−10,6=103=1000 : la guanidine est mille fois plus basique qu'une amine ordinaire. L'écart vient de l'acide conjugué : le méthylammonium garde sa charge sur un seul azote, le guanidinium l'étale sur trois.
d) Dans l'urée, les doublets des azotes sont délocalisés vers l'oxygène du carbonyle : ils sont peu disponibles, et l'azote n'est pas basique. La protonation se fait sur l'OXYGÈNE, et l'ion formé est stabilisé par les deux azotes. Mais la molécule neutre était déjà stabilisée par cette résonance, que la protonation ne gagne pas : la basicité reste très faible, 13,5 unités de pKa sous la guanidine.
e) [B][BH+]=1012,5−7,4=105,1≈1,26×105 : cent vingt-six mille formes protonées pour une forme neutre. La chaîne latérale de l'arginine est donc chargée positivement dans tout l'organisme, ce qui lui permet de former des ponts salins avec les groupes carboxylate des protéines et avec les phosphates de l'ADN.
Le fil : une base est forte quand son acide conjugué est bien stabilisé ; trois formes limites équivalentes étalent la charge et gagnent trois unités de pKa sur une amine.
Exercice 15 : Problème : la vitamine C, un acide sans groupe carboxyle
L'acide ascorbique, ou vitamine C, est un cycle lactone à cinq atomes. Son carbone 1 est le carbonyle de la lactone ; les carbones 2 et 3 sont reliés par une double liaison et portent chacun un groupe OH ; le carbone 4, dans le cycle, porte la chaîne latérale −CH(OH)−CH2OH.
Données, en pKa : acide ascorbique, première acidité 4,2 et seconde 11,6 ; phénol 10,0 ; acide éthanoïque 4,8 ; éthanol 16.
La figure donne la formule de l'acide ascorbique ; les carbones du cycle y portent leur numéro.
a) La molécule n'a aucun groupe −COOH et pourtant son pKa est voisin de celui de l'acide éthanoïque. Quel hydrogène est acide ?
b) Écrivez les formes limites de l'ion ascorbate. Combien placent la charge sur un oxygène ? Pourquoi parle-t-on d'un « carboxylate vinylogue » ?
c) Calculez le facteur d'acidité entre l'acide ascorbique et le phénol.
d) Quel pourcentage de la vitamine C est sous forme d'ion ascorbate dans le sang, à pH 7,4 ? Et dans l'estomac, à pH 1,5 ?
e) Pourquoi le OH du carbone 2 n'est-il pas acide au même degré, et pourquoi la seconde acidité est-elle beaucoup plus faible ?
Voir la correction
Réponses
a)Le OH du carbone 3
b)3 formes, 2 avec la charge sur O : carboxylate vinylogue
c)6,3×105
d)99,9 % dans le sang ; 0,20 % dans l'estomac
e)Charge du C2 sans accès au carbonyle ; second proton pris à un anion
a) C'est l'hydrogène du OH porté par le carbone 3. Ce groupe est un énol, mais un énol particulier : sa double liaison C2=C3 est conjuguée au carbonyle C1=O. Un énol isolé a un pKa voisin de 10 ; c'est la conjugaison au carbonyle qui gagne six unités.
b) Forme 1 : la charge sur l'oxygène du C3. Forme 2 : O=C3 se forme et la charge passe sur le C2. Forme 3 : C2=C1 se forme et la charge arrive sur l'oxygène du carbonyle. Trois formes, dont 2 placent la charge sur un oxygène. C'est le même partage entre deux oxygènes que dans un carboxylate, mais à travers une double liaison C=C intercalée : on dit « vinylogue ».
c) 1010,0−4,2=105,8≈6,3×105 : environ six cent mille fois plus acide que le phénol, dont la charge se répartit surtout sur des carbones.
d) Sang : [AH][A−]=107,4−4,2=103,2≈1585, soit 15861585≈99,9 % d'ascorbate. Estomac : [AH][A−]=101,5−4,2=10−2,7≈0,0020, soit 0,20 % seulement : la vitamine C y est presque entièrement sous forme acide.
e) L'anion porté par l'oxygène du C2 ne peut délocaliser sa charge que vers le C3, jamais jusqu'à l'oxygène du carbonyle : pas de forme limite équivalente à celle d'un carboxylate, donc une acidité ordinaire d'énol. La seconde acidité est plus faible encore : il faut arracher un proton à un ion déjà négatif, ce qui coûte de l'énergie électrostatique, et la charge ne peut plus rejoindre le carbonyle déjà occupé par la première.
Le fil : une acidité se lit sur la base conjuguée ; si la charge rejoint un carbonyle à travers une double liaison, l'énol se comporte comme un acide carboxylique.
Vous cherchez un tuteur en chimie organique à Montréal ?
Contactez-moi pour une première séance. On travaille la chimie organique du cégep et du complément québécois au niveau réel des évaluations, des formes mésomères jusqu'aux mécanismes SN1, SN2 et E2.