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Chimie organique • Complément québécois de Terminale et cégep à Montréal

Exercices corrigés : les dérivés halogénés (chimie organique)

Le dérivé halogéné n'a presque aucun usage final : sa valeur est d'être un INTERMÉDIAIRE. L'halogène rend le carbone voisin électrophile et constitue un bon groupe partant, ce qui en fait la porte d'entrée vers les alcools, les éthers, les amines, les nitriles et les alcynes. Toute synthèse un peu longue passe par lui.

L'exercice 4 traite la seule réaction du chapitre qui INVERSE la polarité habituelle : dans un organomagnésien, le carbone lié au métal porte une charge partielle NÉGATIVE. Il devient nucléophile alors qu'il était électrophile, ce qui permet de construire des liaisons carbone-carbone, l'opération la plus précieuse de toute la chimie de synthèse.

L'exercice 6 raconte comment un composé conçu pour être parfaitement inoffensif a failli détruire la couche d'ozone, et pourquoi le traité qui l'a interdit porte le nom de Montréal.

Rappel de cours

  • Classes : le carbone porteur de l'halogène est PRIMAIRE, SECONDAIRE ou TERTIAIRE selon le nombre de carbones qui lui sont liés. Cette classe décide de presque tout dans ce chapitre.
  • La liaison CXC-X est POLARISÉE, l'halogène étant plus électronégatif : le carbone porte δ+\delta^{+} et devient donc ÉLECTROPHILE, attaquable par un nucléophile.
  • Énergies de liaison, en kJ/mol : CFC-F 485 ; CClC-Cl 327 ; CBrC-Br 285 ; CIC-I 213. L'aptitude NUCLÉOFUGE, c'est-à-dire la facilité à partir, suit l'ordre INVERSE : I>Br>ClFI^{-}>Br^{-}>Cl^{-}\gg F^{-}.
  • Un bon groupe partant est une BASE FAIBLE, donc stable une fois parti. FF^{-} est une base trop forte et un très mauvais nucléofuge : les fluoroalcanes sont presque inertes.
  • SN2S_{N}2 : une seule étape, attaque dorsale, INVERSION de configuration, favorisée par un substrat PRIMAIRE, un nucléophile fort et un solvant aprotique polaire.
  • SN1S_{N}1 : deux étapes via un carbocation, RACÉMISATION, favorisée par un substrat TERTIAIRE, un nucléophile faible et un solvant protique polaire.
  • Compétition : une base FORTE et ENCOMBRÉE, ou une température élevée, favorisent l'ÉLIMINATION ; un nucléophile peu basique favorise la SUBSTITUTION.
  • Organomagnésien de Grignard RMgXR-MgX, préparé dans l'éther anhydre : le carbone y est δ\delta^{-}, donc NUCLÉOPHILE. Il est détruit par toute source de proton, eau comprise.

Partie A : Classes, nucléofuge et compétition (/32)

Exercice 1 : Classes, préparation et polarité de la liaison carbone-halogène

Tout le comportement d'un dérivé halogéné se lit sur deux paramètres : la CLASSE du carbone porteur, et la NATURE de l'halogène. Le premier gouverne le mécanisme, le second la vitesse.

Électronégativités : CC 2,55 ; FF 3,98 ; ClCl 3,16 ; BrBr 2,96 ; II 2,66.

  • a) Classez en primaire, secondaire ou tertiaire : le 1-bromobutane, le 2-bromobutane et le 2-bromo-2-méthylpropane.
  • b) Citez trois méthodes de préparation d'un dérivé halogéné, en précisant le réactif de départ.
  • c) Calculez la différence d'électronégativité pour chacune des quatre liaisons CXC-X et concluez sur la polarité.
  • d) L'iodométhane est bien plus réactif que le fluorométhane, alors que la liaison CIC-I est la MOINS polarisée. Expliquez cette apparente contradiction.
  • e) Pourquoi les fluoroalcanes sont-ils employés comme matériaux inertes, par exemple dans le téflon ?
Voir la correction

a) Le 1-bromobutane CH3CH2CH2CH2BrCH_{3}CH_{2}CH_{2}CH_{2}Br : le carbone porteur n'est lié qu'à UN autre carbone, il est PRIMAIRE. Le 2-bromobutane CH3CHBrCH2CH3CH_{3}CHBrCH_{2}CH_{3} : le carbone porteur est lié à DEUX carbones, il est SECONDAIRE. Le 2-bromo-2-méthylpropane (CH3)3CBr\left(CH_{3}\right)_{3}CBr : le carbone porteur est lié à TROIS carbones, il est TERTIAIRE.

b) Première méthode, l'HALOGÉNATION RADICALAIRE d'un alcane par X2X_{2} sous lumière ultraviolette, peu sélective avec le chlore mais très sélective avec le brome. Deuxième, l'ADDITION de HXHX sur un alcène, régiosélective selon Markovnikov. Troisième, la SUBSTITUTION du groupe OHOH d'un alcool, par HXHX concentré ou par des réactifs comme SOCl2SOCl_{2} ou PBr3PBr_{3}, plus propres. Cette dernière est la plus employée au laboratoire car les alcools sont bon marché et disponibles.

c) CFC-F : 3,982,55=1,433{,}98-2{,}55=1{,}43. CClC-Cl : 0,610{,}61. CBrC-Br : 0,410{,}41. CIC-I : 0,110{,}11. Toutes ces liaisons sont polarisées avec le carbone en δ+\delta^{+}, ce qui le rend électrophile, mais la polarité DÉCROÎT fortement du fluor à l'iode. La liaison CIC-I est presque apolaire, l'iode ayant une électronégativité très proche de celle du carbone.

d) Parce que la réactivité de ces composés n'est pas gouvernée par la polarité de la liaison mais par sa FORCE et par l'aptitude nucléofuge de l'halogénure formé. La liaison CIC-I, longue et faible, ne coûte que 213 kJ/mol à rompre, contre 485 pour CFC-F : c'est plus du double. De plus l'ion II^{-}, gros et très polarisable, disperse bien sa charge : c'est une base très faible, donc un excellent groupe partant, alors que FF^{-} est une base relativement forte qui refuse de partir. Les deux facteurs jouent dans le même sens et l'emportent largement sur l'effet de polarité, qui jouerait en sens inverse. RETENIR : c'est la stabilité du groupe PARTANT qui décide, pas la polarité de la liaison.

e) Précisément à cause de la force de la liaison CFC-F, la plus solide de toute la chimie organique, et de la très mauvaise aptitude nucléofuge du fluorure. Aucun nucléophile usuel ne parvient à déplacer un fluor, et aucune base ne provoque d'élimination : le polytétrafluoroéthylène est donc chimiquement inattaquable par les acides, les bases et les solvants. S'y ajoute le fait que les atomes de fluor, petits et très électronégatifs, forment une gaine serrée autour du squelette carboné, qu'ils protègent stériquement, et qu'ils confèrent au matériau des forces intermoléculaires très faibles, d'où le caractère antiadhésif.

Exercice 2 : L'aptitude nucléofuge et la vitesse de réaction

Dans toute substitution comme dans toute élimination, l'halogène doit PARTIR en emportant le doublet. Sa facilité à le faire, appelée aptitude nucléofuge, commande la vitesse quelle que soit le mécanisme.

pKapK_{a} des acides conjugués : HIHI 10-10 ; HBrHBr 9-9 ; HClHCl 7-7 ; HFHF +3,2+3{,}2.

  • a) Classez les quatre halogénures par aptitude nucléofuge décroissante.
  • b) Reliez ce classement à la basicité des ions, en utilisant les pKapK_{a} fournis.
  • c) Reliez-le également aux énergies de liaison de l'exercice 1. Les deux critères sont-ils concordants ?
  • d) L'ion hydroxyde OHOH^{-} est-il un bon groupe partant ? Quelle conséquence pour la réactivité des alcools, et comment y remédie-t-on ?
  • e) On fait réagir le 1-chlorobutane et le 1-iodobutane avec le même nucléophile dans les mêmes conditions. Lequel réagit le plus vite, et de quel ordre de grandeur environ ?
Voir la correction

a) Par aptitude nucléofuge DÉCROISSANTE : I>Br>ClFI^{-}>Br^{-}>Cl^{-}\gg F^{-}. L'iodure part le plus facilement, le fluorure pratiquement jamais.

b) Un bon groupe partant est une espèce STABLE une fois libérée, donc une BASE FAIBLE. Or la force d'une base se lit sur le pKapK_{a} de son acide conjugué : plus ce pKapK_{a} est bas, plus l'acide est fort et plus sa base conjuguée est faible. Avec pKa(HI)=10pK_{a}\left(HI\right)=-10, l'ion II^{-} est la base la plus faible des quatre, donc le meilleur nucléofuge. À l'opposé, HFHF a un pKapK_{a} de +3,2+3{,}2, c'est un acide faible, donc FF^{-} est une base relativement forte et un très mauvais groupe partant. Le classement des pKapK_{a} reproduit exactement celui de la question a.

c) Oui, parfaitement concordants. La liaison CIC-I est la plus faible, 213 kJ/mol, donc la plus facile à rompre ; la liaison CFC-F est la plus forte, 485 kJ/mol, donc la plus difficile. L'ordre des énergies de liaison est l'INVERSE exact de l'ordre d'aptitude nucléofuge. Les deux critères, force de liaison et basicité, disent la même chose parce qu'ils dépendent tous deux de la taille de l'halogène : un gros atome forme un recouvrement médiocre avec le carbone, d'où une liaison faible, et disperse bien sa charge une fois anionique, d'où une faible basicité.

d) NON, OHOH^{-} est un TRÈS MAUVAIS groupe partant : son acide conjugué est l'eau, de pKapK_{a} 15,7, ce qui en fait une base forte. Conséquence : un alcool ne subit pas de substitution nucléophile directe, et traiter un alcool par un ion iodure ne donne rien. On y remédie en PROTONANT d'abord l'alcool en milieu acide : le groupe partant devient alors H2OH_{2}O, molécule neutre et base très faible, de pKapK_{a} conjugué 1,7-1{,}7, qui part sans difficulté. C'est la raison pour laquelle toutes les substitutions sur alcool exigent un milieu acide. L'alternative moderne consiste à transformer le OHOH en tosylate ou en dérivé halogéné par SOCl2SOCl_{2}.

e) Le 1-IODOBUTANE réagit nettement plus vite, l'iodure étant le meilleur des deux nucléofuges. L'écart typique observé pour une SN2S_{N}2 dans les mêmes conditions est d'un facteur d'environ 30 à 100 entre l'iodure et le chlorure, soit un à deux ordres de grandeur. L'écart avec le fluorure serait bien plus grand encore, de plusieurs milliers, ce qui rend le fluoroalcane inutilisable comme substrat de substitution. C'est pourquoi, lorsqu'on conçoit une synthèse et que le choix est libre, on prend l'iodure ou le bromure, plus chers mais bien plus réactifs, plutôt que le chlorure.

Exercice 3 : La compétition entre substitution et élimination

Un même dérivé halogéné traité par un même réactif peut donner un produit de substitution ou un produit d'élimination, selon quatre paramètres. Savoir les peser est la compétence centrale du chapitre.

Les mécanismes eux-mêmes, SN1S_{N}1, SN2S_{N}2, E1E1 et E2E2, sont détaillés dans la série sur la mésomérie et les mécanismes ; on se concentre ici sur la PRÉVISION.

  • a) Dressez le tableau des quatre paramètres qui arbitrent la compétition, en indiquant le sens de chaque effet.
  • b) Prédisez le produit majoritaire : 1-bromobutane traité par NaCNNaCN dans le diméthylsulfoxyde.
  • c) Prédisez celui du 2-bromo-2-méthylpropane traité par l'éthanol chaud.
  • d) Prédisez celui du 2-bromobutane traité par le tert-butylate de potassium, base forte et très encombrée.
  • e) Pourquoi un substrat tertiaire ne fait-il jamais de SN2S_{N}2, et un substrat primaire jamais de SN1S_{N}1 ?
Voir la correction

a) SUBSTRAT : primaire favorise SN2S_{N}2 et E2E2 ; tertiaire favorise SN1S_{N}1 et E1E1, ainsi que E2E2 avec une base forte ; secondaire est le cas ambigu où tout est possible. RÉACTIF : un bon nucléophile peu basique, comme CNCN^{-}, II^{-} ou RSRS^{-}, favorise la SUBSTITUTION ; une base forte, surtout si elle est ENCOMBRÉE, favorise l'ÉLIMINATION. SOLVANT : aprotique polaire, comme le diméthylsulfoxyde ou l'acétone, favorise les mécanismes d'ordre 2 en libérant le nucléophile ; protique polaire, comme l'eau ou un alcool, favorise les mécanismes d'ordre 1 en solvatant le carbocation. TEMPÉRATURE : élevée, elle favorise toujours l'ÉLIMINATION, car celle-ci augmente le nombre de molécules et donc l'entropie, ce que le terme TΔS-T\Delta S récompense.

b) Substrat PRIMAIRE, nucléophile FORT et peu basique, solvant APROTIQUE polaire : les quatre paramètres convergent vers une SN2S_{N}2. Le produit majoritaire est le pentanenitrile CH3CH2CH2CH2CNCH_{3}CH_{2}CH_{2}CH_{2}CN. Réaction propre et de bon rendement, très utilisée car elle allonge la chaîne d'un carbone.

c) Substrat TERTIAIRE, réactif à la fois faiblement nucléophile et faiblement basique, solvant PROTIQUE, température élevée. L'éthanol joue ici le double rôle de solvant et de nucléophile, situation dite de SOLVOLYSE. Le mécanisme est d'ordre 1, via le carbocation tertiaire, et l'on obtient un mélange du produit de SN1S_{N}1, l'éther (CH3)3COCH2CH3\left(CH_{3}\right)_{3}C-OCH_{2}CH_{3}, et du produit de E1E1, le 2-méthylpropène. La chaleur favorisant l'élimination, l'alcène est en général majoritaire.

d) Substrat secondaire et base FORTE ET ENCOMBRÉE : c'est la signature de l'E2E2. L'encombrement du tert-butylate l'empêche d'atteindre le carbone électrophile, mais nullement d'arracher un hydrogène périphérique. Le produit est donc un alcène. Fait notable, une base encombrée arrache de préférence l'hydrogène le plus ACCESSIBLE, celui du méthyle terminal, ce qui donne l'alcène le MOINS substitué, le but-1-ène : c'est le produit de Hofmann, contrairement à la règle de Zaitsev qui prévaut avec une base petite comme l'éthanolate.

e) Un substrat TERTIAIRE ne fait pas de SN2S_{N}2 pour une raison STÉRIQUE : le mécanisme exige une attaque dorsale, exactement à l'opposé du groupe partant, or les trois groupes alkyles bloquent complètement cet accès. L'état de transition, qui compte cinq groupes autour du carbone, serait beaucoup trop encombré. Un substrat PRIMAIRE ne fait pas de SN1S_{N}1 pour une raison ÉLECTRONIQUE : ce mécanisme exige la formation préalable d'un carbocation, or le carbocation primaire est bien trop instable pour se former, n'ayant qu'un seul groupe alkyle pour le stabiliser. Chaque classe est donc exclue d'un mécanisme, mais pour des motifs de nature entièrement différente, et c'est le carbone SECONDAIRE, exclu d'aucun, qui rend les prédictions délicates.

Exercice 4 : Les organomagnésiens et l'inversion de polarité

En insérant un métal entre le carbone et l'halogène, on RENVERSE la polarité : le carbone, jusque-là δ+\delta^{+} et électrophile, devient δ\delta^{-} et nucléophile. C'est ce qui permet de créer des liaisons carbone-carbone, l'opération la plus précieuse de la synthèse.

Électronégativités : CC 2,55 ; MgMg 1,31.

  • a) Écrivez la préparation d'un organomagnésien et justifiez, par les électronégativités, le sens de la polarisation de la liaison CMgC-Mg.
  • b) Pourquoi la réaction doit-elle être conduite dans l'éther strictement ANHYDRE ?
  • c) Donnez le produit de la réaction d'un organomagnésien avec le méthanal, avec un aldéhyde quelconque, puis avec une cétone.
  • d) Quel produit obtient-on par action sur le dioxyde de carbone, suivie d'une hydrolyse acide ?
  • e) Proposez une synthèse du 2-méthylbutan-2-ol à partir de la butanone et d'un organomagnésien approprié.
Voir la correction

a) On fait réagir le dérivé halogéné avec du magnésium métallique en copeaux, dans l'éther anhydre : RX+MgRMgXR-X+Mg\rightarrow R-MgX. Le magnésium s'insère dans la liaison. Comme EN(C)=2,55EN(C)=2{,}55 et EN(Mg)=1,31EN(Mg)=1{,}31, la différence vaut 1,241{,}24 EN FAVEUR du carbone : c'est donc le CARBONE qui porte la charge partielle négative et le magnésium la positive. La polarité est exactement inverse de celle de la liaison CXC-X de départ, où le carbone était δ+\delta^{+}. Le carbone se comporte alors comme un carbanion, donc comme un nucléophile et une base très forte.

b) Parce que l'organomagnésien, équivalent d'un carbanion, est une BASE extrêmement forte : son acide conjugué est l'alcane correspondant, de pKapK_{a} voisin de 50. Il arrache donc instantanément un proton à toute espèce même faiblement acide, et l'eau, de pKapK_{a} 15,7, en fait largement partie. La moindre trace d'humidité le détruit en le transformant en alcane, réaction totale et irréversible. Il faut donc de la verrerie séchée, un solvant distillé sur sodium et une atmosphère inerte. La même sensibilité vaut pour les alcools, les acides et même les amines.

c) Dans tous les cas, le carbone nucléophile attaque le carbone du groupe carbonyle, et une hydrolyse acide finale fournit un ALCOOL. Avec le MÉTHANAL HCHOHCHO, qui ne porte aucun groupe alkyle, on obtient un alcool PRIMAIRE. Avec un ALDÉHYDE RCHORCHO, un alcool SECONDAIRE. Avec une CÉTONE R2COR_{2}CO, un alcool TERTIAIRE. La règle se retient d'un coup d'oeil : la classe de l'alcool obtenu égale le nombre de groupes alkyles présents au départ sur le carbonyle, plus celui apporté par le magnésien.

d) Le carbone nucléophile attaque le carbone du CO2CO_{2}, lui-même fortement électrophile puisque entouré de deux oxygènes. On obtient un carboxylate, que l'hydrolyse acide transforme en ACIDE CARBOXYLIQUE RCOOHR-COOH. C'est une méthode de choix pour allonger une chaîne d'exactement un carbone tout en installant une fonction acide, et elle se pratique simplement en versant le magnésien sur de la neige carbonique.

e) Le 2-méthylbutan-2-ol est (CH3)(C2H5)C(OH)CH3\left(CH_{3}\right)\left(C_{2}H_{5}\right)C(OH)CH_{3} : un alcool TERTIAIRE dont le carbone porteur du OHOH est lié à un méthyle, un éthyle et un autre méthyle. Il faut donc partir d'une CÉTONE et d'un magnésien apportant le groupe manquant. La butanone CH3COCH2CH3CH_{3}-CO-CH_{2}CH_{3} apporte déjà un méthyle et un éthyle ; il suffit d'ajouter un méthyle. On fait donc réagir la butanone avec le BROMURE DE MÉTHYLMAGNÉSIUM CH3MgBrCH_{3}MgBr dans l'éther anhydre, puis l'on hydrolyse en milieu acide. Le produit est bien le 2-méthylbutan-2-ol. Remarque de méthode : pour ce genre de question, on identifie le carbone portant le OHOH, on coupe mentalement l'une de ses trois liaisons alkyles, et l'on attribue ce fragment au magnésien, le reste devenant le composé carbonylé.

Partie B : Niveau examen (/18)

Exercice 5 : Prévoir un produit et construire une synthèse

L'examen combine toujours prévision et conception. On raisonne à rebours depuis la cible, en se demandant quelle liaison a été formée en dernier.

  • a) Le 2-bromopropane est traité par l'éthanolate de sodium dans l'éthanol à chaud. Prédisez le produit majoritaire et nommez le mécanisme.
  • b) Le même substrat est traité par l'iodure de sodium dans l'acétone. Prédisez le produit et expliquez pourquoi cette réaction est utilisée pour tester les substrats de SN2S_{N}2.
  • c) Proposez une synthèse du butan-1-ol à partir du 1-bromopropane.
  • d) Proposez une synthèse de l'acide butanoïque à partir du même 1-bromopropane.
  • e) Comparez vos réponses en c et d, et énoncez la règle générale qu'elles illustrent.
Voir la correction

a) L'éthanolate est une base FORTE mais peu encombrée, le substrat est SECONDAIRE, et la température est élevée : ces trois éléments convergent vers une ÉLIMINATION de type E2E2. Le produit majoritaire est le PROPÈNE. Le substrat n'ayant qu'un seul alcène possible, la question de Zaitsev ne se pose pas ici. Une part minoritaire de substitution, donnant l'éther isopropyléthylique, accompagne le produit principal.

b) L'iodure est un EXCELLENT nucléophile mais une base très faible, et l'acétone est un solvant aprotique polaire : la substitution SN2S_{N}2 l'emporte nettement. Le produit est le 2-iodopropane. Cette réaction sert de TEST parce que les iodures de sodium et de potassium sont solubles dans l'acétone, alors que les bromures et chlorures de sodium formés n'y sont PAS : l'apparition d'un précipité blanc signale donc visuellement qu'une SN2S_{N}2 a eu lieu. La vitesse d'apparition du précipité classe le substrat : immédiate pour un primaire, lente pour un secondaire, nulle pour un tertiaire.

c) Le butan-1-ol compte QUATRE carbones alors que le 1-bromopropane n'en a que trois : il faut donc allonger la chaîne d'un carbone tout en installant un OHOH primaire. Étape 1, préparation du magnésien : CH3CH2CH2Br+MgCH_{3}CH_{2}CH_{2}Br+Mg dans l'éther anhydre donne CH3CH2CH2MgBrCH_{3}CH_{2}CH_{2}MgBr. Étape 2, addition sur le MÉTHANAL HCHOHCHO, qui apporte le carbone supplémentaire. Étape 3, hydrolyse acide. On obtient le butan-1-ol, alcool primaire. Le choix du méthanal est imposé : c'est le seul composé carbonylé qui donne un alcool primaire.

d) L'acide butanoïque compte lui aussi quatre carbones, dont un porte la fonction acide. Étapes 1 et 2 identiques : magnésien, puis carbonatation sur CO2CO_{2}, par exemple sur de la neige carbonique. Étape 3, hydrolyse acide. On obtient CH3CH2CH2COOHCH_{3}CH_{2}CH_{2}COOH, l'acide butanoïque. Variante possible sans magnésien : substitution par NaCNNaCN, qui donne le butanenitrile, suivie d'une hydrolyse acide du nitrile en acide, ce qui allonge également d'un carbone.

e) Les deux synthèses partagent EXACTEMENT les deux premières opérations, la formation du magnésien, et ne diffèrent que par l'ÉLECTROPHILE sur lequel on le fait réagir : le méthanal dans un cas, le dioxyde de carbone dans l'autre. La règle générale est qu'un organomagnésien est un réactif UNIVERSEL de rallongement de chaîne, dont le produit final est entièrement déterminé par le partenaire électrophile choisi. En synthèse, on décide donc d'abord quelle liaison carbone-carbone créer, puis on choisit l'électrophile qui apporte la fonction voulue : méthanal pour un alcool primaire, aldéhyde pour un secondaire, cétone pour un tertiaire, CO2CO_{2} pour un acide.

Exercice 6 : Problème : les CFC, l'ozone et le Protocole de Montréal

Les chlorofluorocarbures ont été conçus dans les années 1930 comme des composés idéaux : ininflammables, non toxiques, chimiquement inertes. Ce sont ces trois qualités, et particulièrement la dernière, qui ont causé le problème.

Le CFC-12 a pour formule CCl2F2CCl_{2}F_{2}. Énergies de liaison : CClC-Cl 327 kJ/mol ; CFC-F 485 kJ/mol.

  • a) Pourquoi les CFC sont-ils chimiquement inertes dans la basse atmosphère ? Reliez à l'exercice 1.
  • b) Cette inertie, présentée comme un avantage, s'est révélée être le problème. Expliquez.
  • c) Dans la stratosphère, le rayonnement ultraviolet rompt une liaison. Laquelle, et pourquoi celle-là ?
  • d) Écrivez le cycle catalytique par lequel un radical chlore détruit l'ozone, et expliquez pourquoi un seul atome peut en détruire des dizaines de milliers.
  • e) Le Protocole de Montréal, signé en 1987, a interdit ces composés. Par quoi les a-t-on remplacés, et quel principe de chimie a guidé le choix ?
Voir la correction

a) Parce qu'ils ne présentent aucun site réactif accessible aux réactifs de la troposphère. Comme vu à l'exercice 1, les liaisons CFC-F sont les plus fortes de la chimie organique et le fluorure est un nucléofuge exécrable ; les liaisons CClC-Cl sont solides également ; il n'y a ni liaison π\pi à additionner, ni hydrogène à arracher, ni site basique. Les CFC ne réagissent donc ni avec l'oxygène, ni avec l'eau, ni avec les oxydants atmosphériques, et ne sont pas non plus lessivés par la pluie puisqu'ils sont peu solubles.

b) Parce qu'un composé qui ne réagit avec rien ne se DÉTRUIT pas : il s'accumule. Les molécules libérées par les aérosols et les réfrigérateurs ont donc une durée de vie atmosphérique de plusieurs décennies, largement suffisante pour que le brassage atmosphérique les fasse monter jusqu'à la STRATOSPHÈRE, à plus de 20 km d'altitude. Là, les conditions ne sont plus les mêmes : le rayonnement ultraviolet de courte longueur d'onde, filtré plus bas par l'ozone lui-même, y est intense. L'inertie a donc seulement permis au composé d'atteindre le seul endroit où il pouvait réagir.

c) La liaison CClC-Cl, la plus FAIBLE des deux avec 327 kJ/mol contre 485 pour CFC-F. Un photon ultraviolet suffisamment énergétique la rompt de façon HOMOLYTIQUE et libère un radical chlore ClCl\cdot, tandis que les liaisons CFC-F résistent. C'est donc le chlore, et non le fluor, qui est responsable de la destruction de l'ozone, observation cruciale pour la suite.

d) Le cycle comporte deux étapes qui se répètent. Première : Cl+O3ClO+O2Cl\cdot+O_{3}\rightarrow ClO\cdot+O_{2}, le radical chlore arrache un atome d'oxygène à l'ozone. Seconde : ClO+OCl+O2ClO\cdot+O\rightarrow Cl\cdot+O_{2}, le monoxyde de chlore réagit avec un atome d'oxygène libre, abondant à cette altitude, et RÉGÉNÈRE le radical chlore. Le bilan net est O3+O2O2O_{3}+O\rightarrow 2O_{2}, et le chlore n'y figure pas : c'est un CATALYSEUR. Comme il est régénéré à chaque tour, un seul atome peut recommencer indéfiniment, et l'on estime qu'il détruit de l'ordre de cent mille molécules d'ozone avant d'être finalement piégé sous une forme stable comme HClHCl. C'est exactement la structure d'une réaction en chaîne, comme à l'exercice 2 sur l'halogénation, avec la même conséquence : un effet démesuré par rapport à la quantité d'amorceur.

e) On les a d'abord remplacés par les HYDROCHLOROFLUOROCARBURES, ou HCFC, puis par les HYDROFLUOROCARBURES, ou HFC, dépourvus de chlore. Le principe directeur est double. D'une part, SUPPRIMER le chlore élimine le porteur de chaîne : un composé qui ne contient que du fluor ne peut pas libérer de ClCl\cdot, et la liaison CFC-F résiste de toute façon au rayonnement. D'autre part, INTRODUIRE des atomes d'hydrogène crée délibérément un point faible : le radical hydroxyle OHOH\cdot, présent dans la troposphère, peut arracher cet hydrogène et amorcer la dégradation du composé AVANT qu'il n'atteigne la stratosphère. On a donc renoncé volontairement à l'inertie parfaite, en concevant une molécule assez stable pour son usage mais assez fragile pour disparaître. Le Protocole de Montréal est considéré comme le traité environnemental le plus efficace jamais signé, et le trou de la couche d'ozone se referme depuis. Les HFC posent en revanche un autre problème, celui de leur fort pouvoir de réchauffement, ce qu'a corrigé l'amendement de Kigali.

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