Chimie organique • Complément québécois de Terminale et cégep à Montréal

Fiche de révision : les dérivés halogénés

Les dérivés halogénés sont le carrefour de la chimie organique : presque toutes les fonctions s'y préparent, et presque toutes les erreurs y reviennent au même point, la confusion entre ce qui rend un atome attirant et ce qui le rend facile à faire partir.

Cette fiche laisse le cours dans le polycopié et rassemble ce qui décide en examen : l'ordre des nucléofuges, les substrats inertes, le choix du solvant, et les conditions strictes d'un organomagnésien.

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Le fil du chapitre

La classe du carbone porteur de l'halogène décide de presque tout, et le reste se lit sur l'aptitude du groupe partant, qui suit l'ordre INVERSE de la force de la liaison.

Ce chapitre fait partie de Chimie organique 202-SNU-RE
Pour s'entraîner Les exercices corrigés de ce chapitre, 15 exercices

Avant ce chapitre

Cette fiche suppose ces notions acquises. Si une méthode ci-dessous reste opaque, c'est presque toujours l'une d'elles qui manque, pas la fiche.

Remonter plus loin : la chaîne complète (5 chapitres) ↓

Le chemin de remédiation, du plus ancien au plus proche. Un élève qui reprend ce chapitre de zéro le reprend dans cet ordre.

  1. 1 Liaison chimique et géométrie moléculaire Chimie générale 202-SN1-RE (ancien 202-NYA)
  2. 2 Hybridation et modèle quantique de la liaison Chimie générale 202-SN1-RE (ancien 202-NYA)
  3. 3 Nomenclature et isomérie
  4. 4 Mésomérie et mécanismes
  5. 5 Les hydrocarbures

L'essentiel

Classe, polarité et nucléofuge

  • • Le carbone porteur de l'halogène est PRIMAIRE, SECONDAIRE ou TERTIAIRE selon le nombre de carbones qui lui sont liés : cette classe décide de presque tout.
  • • La liaison C−XC-X est polarisée : le carbone porte δ+\delta^{+} et devient ÉLECTROPHILE, donc attaquable par un nucléophile.
  • • Énergies de liaison, en kJ/mol : C−FC-F 485485, C−ClC-Cl 327327, C−BrC-Br 285285, C−IC-I 213213.
  • • L'aptitude nucléofuge suit l'ordre INVERSE : I−>Br−>Cl−≫F−I^{-}>Br^{-}>Cl^{-}\gg F^{-}.
C-F485C-Cl327C-Br285C-I2130100200300400500énergie de liaison, en kJ/molplus la liaison est faible, meilleur est le nucléofuge
Les quatre énergies de liaison : la plus forte, celle du fluor, correspond au plus mauvais groupe partant, et la plus faible, celle de l'iode, au meilleur.

Un bon groupe partant est une BASE FAIBLE, donc stable une fois partie. F−F^{-} est une base bien trop forte : les fluoroalcanes sont presque inertes, malgré la liaison la plus polarisée de la série.

Les quatre mécanismes en concurrence

  • • SN2S_{N}2 : une étape, attaque dorsale, INVERSION de configuration. Favorisée par un substrat primaire, un nucléophile fort et un solvant aprotique polaire.
  • • SN1S_{N}1 : deux étapes via un carbocation, RACÉMISATION. Favorisée par un substrat tertiaire, un nucléophile faible et un solvant protique polaire.
  • • E2E2 et E1E1 accompagnent respectivement la SN2S_{N}2 et la SN1S_{N}1 : ce sont toujours des réactions concurrentes, jamais exclusives.
  • • Une base FORTE et ENCOMBRÉE, ou une température élevée, font pencher vers l'élimination ; un nucléophile peu basique fait pencher vers la substitution.
énergiedéroulementSN2 : une étape,un seul état de transitionénergiedéroulementC⁺SN1 : deux étapes,le creux est le carbocation
La SN2S_{N}2 franchit un seul sommet ; la SN1S_{N}1 en franchit deux, et le creux qui les sépare est le carbocation, plan, attaqué sur ses deux faces.

Le solvant n'est pas un détail d'énoncé : un solvant protique solvate le nucléophile et le rend paresseux, ce qui favorise précisément le mécanisme qui n'en a pas besoin, la SN1S_{N}1.

Les substrats qui ne réagissent pas

  • • Un halogénure d'ARYLE ou de VINYLE ne subit ni SN1S_{N}1 ni SN2S_{N}2 dans les conditions usuelles.
  • • La liaison C−XC-X y est plus courte et partiellement double, par conjugaison du doublet de l'halogène avec le système π\pi.
  • • Le carbone y est sp2sp^{2} : l'attaque dorsale est impossible, et le carbocation correspondant serait beaucoup trop instable.
Clchlorobenzèneinerteliaison presque doubleCl1-chloropropaneréagitcarbone tétraédrique
À gauche, l'halogène est porté par un carbone du cycle aromatique et ne partira pas ; à droite, le carbone est tétraédrique et la substitution se fait normalement.

C'est la première chose à vérifier devant un énoncé : si le carbone porteur est engagé dans une liaison double ou dans un cycle aromatique, aucune substitution classique n'aura lieu.

Les organomagnésiens

  • • Préparation : R−XR-X et magnésium dans l'éther ANHYDRE, ce qui donne R−MgXR-MgX.
  • • Le carbone lié au magnésium porte δ−\delta^{-} : il devient NUCLÉOPHILE, c'est-à-dire l'inverse exact de ce qu'il était.
  • • Le magnésien est détruit par toute source de proton : eau, alcool, acide, amine, et même un −OH-OH porté par la molécule cible.
  • • Il additionne les composés carbonylés et ouvre les époxydes, en ALLONGEANT la chaîne carbonée.
CH₃−Brδ+δ−carboneélectrophileMgéther anhydreCH₃−MgBrδ−δ+carbonenucléophile
Le même carbone, avant et après : lié au brome il est électrophile, lié au magnésium il est nucléophile, et c'est tout l'intérêt du réactif.

Le compte des carbones est le contrôle du chapitre : un magnésien apporte exactement les carbones de son groupe RR, ni plus ni moins.

Les pièges qui coûtent des points

Les erreurs ci-dessous sont celles que je corrige le plus souvent en séance. Chacune coûte des points sur une copie, même quand le raisonnement est juste.

1. Croire que la liaison la plus polarisée réagit le mieux

2 points, et un classement de réactivité entièrement inversé

Ce qu'il ne faut pas écrire

« Le fluor est le plus électronégatif, donc C−FC-F est la liaison la plus réactive. »

Ce qu'il faut écrire

« C−FC-F est aussi la plus FORTE, 485485 kJ/mol, et F−F^{-} est une base forte : c'est le plus mauvais groupe partant de la série. »

Pourquoi : Deux critères s'opposent : la polarisation attire le nucléophile, la force de la liaison l'empêche de partir. C'est le second qui l'emporte, et de loin.

2. Faire une substitution sur un halogénure d'aryle

2 points, et une synthèse impossible proposée

Ce qu'il ne faut pas écrire

« Le chlorobenzène plus la soude donne le phénol par SN2S_{N}2. »

Ce qu'il faut écrire

« Le carbone est sp2sp^{2} et la liaison C−ClC-Cl est partiellement double : aucune substitution classique n'a lieu, il faut des conditions extrêmes. »

Pourquoi : L'attaque dorsale exige un carbone tétraédrique accessible, et le carbocation aryle serait beaucoup trop instable. Les deux voies sont fermées en même temps.

3. Confondre nucléophilie et basicité

1,5 point, et le mauvais produit majoritaire annoncé

Ce qu'il ne faut pas écrire

« I−I^{-} est un très bon nucléophile, donc c'est une base forte. »

Ce qu'il faut écrire

« I−I^{-} est un excellent nucléophile ET une base très faible : les deux échelles sont distinctes, et c'est pour cela qu'il favorise la substitution plutôt que l'élimination. »

Pourquoi : La basicité mesure l'affinité pour un proton, la nucléophilie l'affinité pour un carbone. Un gros ion polarisable est un bon nucléophile sans être une base forte.

4. Préparer un magnésien en présence d'eau

2 points, et la manipulation décrite ne donne rien

Ce qu'il ne faut pas écrire

« On prépare le magnésien dans l'éther, puis on ajoute la solution aqueuse du substrat. »

Ce qu'il faut écrire

« Toute trace d'eau détruit le magnésien : le milieu doit rester ANHYDRE jusqu'à l'hydrolyse finale, qui est une étape séparée. »

MgBrCH₃CH₂MgBrH₂OCH₃−CH₃éthane : perduMgBrCH₃CH₂MgBr1) propanone,éther anhydre2) H₃O⁺HO2-méthylbutan-2-ol
Le même magnésien : sur l'eau il redonne l'alcane et tout est perdu ; en milieu anhydre il attaque le carbonyle, et l'eau ne vient qu'à la fin.

Pourquoi : Le carbone du magnésien est une base très forte : il arrache un proton à l'eau et redonne l'alcane de départ. C'est la réaction parasite qui ruine le plus de synthèses.

5. Faire réagir un magnésien sur une molécule qui porte un OH

2 points sur la question de synthèse multi-étapes

Ce qu'il ne faut pas écrire

« Le magnésien attaque la cétone de la molécule, qui porte aussi un alcool. »

Ce qu'il faut écrire

« Le magnésien réagit d'abord avec l'hydrogène acide du −OH-OH : il faut protéger cette fonction, ou changer de réactif. »

Pourquoi : La réaction acide-base est beaucoup plus rapide que l'addition. Tout hydrogène porté par OO ou NN consomme un équivalent de magnésien avant que la moindre addition n'ait lieu.

6. Utiliser un solvant protique pour une SN2

1,5 point, et une cinétique effondrée en pratique

Ce qu'il ne faut pas écrire

« On fait la SN2S_{N}2 dans l'éthanol, c'est un solvant polaire. »

Ce qu'il faut écrire

« Un solvant PROTIQUE entoure le nucléophile de liaisons hydrogène et le rend paresseux : la SN2S_{N}2 demande un solvant polaire APROTIQUE, comme l'acétone ou le DMSO. »

Nu⁻H−OEtH−OEtEtO−HH−OEtéthanol (protique) :cage de liaisons HNu⁻DMSODMSODMSODMSODMSO (aprotique) :anion nu, réactif
Dans l'éthanol, le nucléophile est pris dans une cage de liaisons hydrogène ; dans le DMSO, il reste nu et attaque bien plus vite.

Pourquoi : Solvater fortement un anion, c'est le stabiliser, donc le rendre moins réactif. Le même solvant favorise en revanche la SN1S_{N}1, dont l'étape lente ne fait pas intervenir le nucléophile.

7. Oublier l'encombrement en position bêta

1,5 point sur une question de comparaison de vitesses

Ce qu'il ne faut pas écrire

« Le carbone porteur est primaire, donc la SN2S_{N}2 sera rapide. »

Ce qu'il faut écrire

« Un néopentyle est primaire mais porte un carbone quaternaire juste à côté : l'accès dorsal est bouché et la SN2S_{N}2 est cent mille fois plus lente. »

Brbromoéthanevitesse 1Brbromure de néopentylevitesse 1 × 10⁻⁵primaires tous les deux : c'est le carbone VOISIN qui bouche l'accès
Deux bromures primaires, cent mille fois d'écart : les trois méthyles du carbone voisin bouchent le chemin de l'attaque dorsale.

Pourquoi : L'encombrement qui gêne est celui du CHEMIN d'approche, pas seulement celui du carbone attaqué. Le voisin immédiat compte presque autant.

8. Annoncer un seul produit dans une compétition

1 point, et la nuance vaut souvent un demi-point par question

Ce qu'il ne faut pas écrire

« La base forte donne l'alcène, donc il n'y a pas de produit de substitution. »

Ce qu'il faut écrire

« Substitution et élimination sont toujours SIMULTANÉES : on parle de produit majoritaire, jamais de produit unique. »

Pourquoi : Les deux réactions partent du même substrat et du même réactif. Les conditions déplacent seulement les proportions, sans jamais annuler l'une des deux.

9. Compter les carbones à l'envers dans une synthèse magnésienne

2 points, et le produit nommé n'existe pas dans le schéma

Ce qu'il ne faut pas écrire

« Le magnésien CH3MgBrCH_{3}MgBr additionné à la propanone donne un alcool à trois carbones. »

Ce qu'il faut écrire

« La chaîne s'ALLONGE : trois carbones de la propanone plus un du magnésien donnent le 22-méthylpropan-22-ol, à quatre carbones. »

OpropanoneCH₃MgBrpuis H₃O⁺OHCH₃2-méthylpropan-2-oltrois carbones plus un : le magnésien allonge la chaîne
Le méthyle du magnésien vient s'ajouter au carbone du carbonyle : la propanone à trois carbones donne un alcool tertiaire à quatre.

Pourquoi : Le magnésien apporte son groupe RR tout entier au carbone du carbonyle. Compter les carbones de chaque côté est le contrôle le plus rapide d'une synthèse.

Quelle méthode choisir

Substitution ou élimination, et par quel mécanisme

On lit la classe du carbone porteur, puis la nature du réactif.

CH₃BrméthyleBrprimaireBrsecondaireBrtertiaireSN2 de plus en plus lente (encombrement)SN1 de plus en plus lente (carbocation moins stable)
De gauche à droite, le carbone porteur s'encombre : la SN2S_{N}2 ralentit, la SN1S_{N}1 devient possible ; le secondaire est le cas à argumenter.
  • Si carbone primaire et nucléophile fort peu basique → SN2S_{N}2 nettement majoritaire

    Exemple : CH3CH2CH2BrCH_{3}CH_{2}CH_{2}Br avec I−I^{-}

  • Si carbone primaire et base forte ENCOMBRÉE → E2E2, et l'alcène obtenu est le moins substitué

    Exemple : CH3CH2CH2BrCH_{3}CH_{2}CH_{2}Br avec le tertiobutylate de potassium

  • Si carbone tertiaire et nucléophile faible en solvant protique → SN1S_{N}1 et E1E1 ensemble, avec racémisation

    Exemple : (CH3)3CBr(CH_{3})_{3}CBr dans l'eau tiède

  • Si carbone tertiaire et base forte → E2E2 largement majoritaire, la substitution devient négligeable

    Exemple : (CH3)3CBr(CH_{3})_{3}CBr avec CH3CH2O−CH_{3}CH_{2}O^{-} dans l'éthanol

  • Si carbone secondaire → tout dépend du réactif et du solvant : un bon nucléophile en solvant aprotique pousse vers la SN2S_{N}2, et c'est le cas où il faut vraiment argumenter

    Exemple : (CH3)2CHBr(CH_{3})_{2}CHBr avec N3−N_{3}^{-} dans le diméthylsulfoxyde

Deux interdits éliminent la moitié des cas avant toute lecture du réactif : jamais de SN2S_{N}2 sur un tertiaire, jamais de SN1S_{N}1 sur un primaire.

Quelle fonction préparer à partir d'un dérivé halogéné

On regarde le nucléophile mis en jeu.

  • Si HO−HO^{-} → alcool, par SN2S_{N}2 sur un primaire (attention à l'élimination si le substrat est encombré)

    Exemple : CH3CH2CH2BrCH_{3}CH_{2}CH_{2}Br avec NaOHNaOH donne le propan-1-ol

  • Si RO−RO^{-} → éther, par la synthèse de Williamson, en choisissant toujours l'halogénure le MOINS encombré

    Exemple : CH3CH2O−CH_{3}CH_{2}O^{-} avec CH3ICH_{3}I donne l'éthoxyméthane

  • Si CN−CN^{-} → nitrile, avec un carbone de PLUS, qui se réduit ensuite en amine ou s'hydrolyse en acide

    Exemple : CH3CH2BrCH_{3}CH_{2}Br donne CH3CH2CNCH_{3}CH_{2}CN

  • Si NH3NH_{3} ou une amine → amine, mais avec un risque de polyalkylation, que la synthèse de Gabriel évite

    Exemple : CH3CH2BrCH_{3}CH_{2}Br avec un large excès de NH3NH_{3} donne surtout CH3CH2NH2CH_{3}CH_{2}NH_{2}

  • Si magnésium dans l'éther anhydre → organomagnésien, donc un carbone devenu nucléophile, qui s'additionnera ensuite sur un carbonyle

    Exemple : CH3CH2BrCH_{3}CH_{2}Br donne CH3CH2MgBrCH_{3}CH_{2}MgBr

Les deux voies qui changent le NOMBRE de carbones sont le cyanure, qui en ajoute un, et le magnésien, qui ajoute tout le groupe RR. Les autres conservent le squelette.

La rédaction attendue

Le correcteur coche des étapes. Les voici dans l'ordre, avec la phrase de conclusion qu'il attend mot pour mot.

Justifier un mécanisme par les trois critères

Quand l'utiliser : L'énoncé demande de prévoir le produit majoritaire, ou de justifier un mécanisme.

  1. 1 Donner la classe du carbone porteur de l'halogène, en comptant ses voisins carbonés.
  2. 2 Qualifier le réactif : nucléophile fort ou faible, base forte ou faible, encombré ou non.
  3. 3 Nommer le solvant et dire s'il est protique ou aprotique.
  4. 4 Conclure sur le mécanisme et sur la stéréochimie attendue, inversion ou racémisation.

Phrase de conclusion

« Le carbone est primaire, le nucléophile est fort et le solvant aprotique : la réaction est une SN2S_{N}2, avec inversion de configuration. »

Le piège : Oublier de conclure sur la stéréochimie : c'est elle qui distingue expérimentalement les deux mécanismes, et elle vaut un point à part.

Barème : 1 point la classe, 1 point le réactif, 0,5 point le solvant, 1 point le mécanisme et sa stéréochimie.

Rédiger une synthèse magnésienne

Quand l'utiliser : L'énoncé demande de préparer un alcool à partir d'un dérivé halogéné et d'un composé carbonylé.

  1. 1 Écrire la préparation du magnésien, en précisant l'éther ANHYDRE.
  2. 2 Vérifier que la molécule cible ne porte aucun hydrogène acide, sinon prévoir une protection.
  3. 3 Écrire l'addition sur le carbonyle, en montrant l'alcoolate intermédiaire.
  4. 4 Écrire l'HYDROLYSE finale, étape séparée, qui donne l'alcool.
  5. 5 Compter les carbones de part et d'autre.

Phrase de conclusion

« CH3MgBrCH_{3}MgBr additionné à la propanone donne un alcoolate, qui libère le 22-méthylpropan-22-ol après hydrolyse acide. »

Le piège : Faire apparaître l'alcool directement, sans l'étape d'hydrolyse : l'intermédiaire est un alcoolate, et le correcteur l'attend.

Barème : 1 point la préparation anhydre, 1 point l'addition, 1 point l'hydrolyse, 0,5 point le compte des carbones.

Vérifier avant de rendre

Cinq minutes de vérification récupèrent plus de points qu'un exercice de plus commencé à la hâte.

L'exercice type décortiqué

Préparer le 2-méthylpropan-2-ol par voie magnésienne

On dispose de bromométhane, de magnésium, d'éther anhydre et de propanone.

Écrire la suite des étapes conduisant au 22-méthylpropan-22-ol, et vérifier le compte des carbones.

CH₃Brbromométhane+Mgétheranhydre??+OpropanonepuisH₃O⁺2-méthylpropan-2-ol
Les réactifs de l'énoncé et la cible : l'intermédiaire à écrire est en pointillé, le compte des carbones se fait de part et d'autre.

Étape 1

Préparation : CH3BrCH_{3}Br et MgMg dans l'éther anhydre donnent CH3MgBrCH_{3}MgBr.

Pourquoi

La mention « anhydre » vaut un point à elle seule. Le magnésium s'insère dans la liaison carbone-brome, et le carbone change de polarité.

Étape 2

Contrôle préalable : la propanone ne porte aucun hydrogène acide, donc aucune protection n'est nécessaire.

Pourquoi

Ce contrôle se fait AVANT d'écrire l'addition. Avec un substrat portant un alcool, le magnésien serait consommé par une simple réaction acide-base.

Étape 3

Addition : le carbone nucléophile du magnésien attaque le carbone du carbonyle, qui devient tétraédrique et porte un alcoolate.

Pourquoi

L'attaque se fait perpendiculairement au plan du carbonyle. L'oxygène récupère la charge négative : c'est un alcoolate, pas encore un alcool.

Étape 4

Hydrolyse : H3O+H_{3}O^{+} protone l'alcoolate et libère le 22-méthylpropan-22-ol.

Pourquoi

Étape séparée, écrite sur une ligne à part. C'est le seul moment du protocole où l'eau est admise.

Étape 5

Compte des carbones : 3+1=43+1=4, et le carbone fonctionnel porte trois méthyles : l'alcool est tertiaire.

Pourquoi

Le compte confirme le squelette, et la classe de l'alcool découle du nombre de carbones portés. Un alcool tertiaire ne s'oxydera pas, ce qui sera la question suivante.

Conclusion rédigée

« Le bromométhane donne le magnésien dans l'éther anhydre ; celui-ci s'additionne à la propanone, et l'hydrolyse acide libère le 22-méthylpropan-22-ol, alcool tertiaire à quatre carbones. »

L'erreur classique sur cet exercice : Ajouter l'eau dès la préparation du magnésien, ce qui redonne simplement du méthane et laisse la propanone intacte.

À savoir par cœur

  • • Énergies : C−FC-F 485485, C−ClC-Cl 327327, C−BrC-Br 285285, C−IC-I 213213 kJ/mol. L'aptitude nucléofuge suit l'ordre INVERSE.
  • • Un bon groupe partant est une BASE FAIBLE : I−I^{-} excellent, F−F^{-} inutilisable.
  • • Jamais de substitution sur un halogénure d'ARYLE ou de VINYLE.
  • • SN2S_{N}2 : primaire, nucléophile fort, solvant APROTIQUE, inversion. SN1S_{N}1 : tertiaire, solvant PROTIQUE, racémisation.
  • • Base forte encombrée ou chauffage : élimination. Nucléophile peu basique : substitution.
  • • Un magnésien se prépare dans l'éther ANHYDRE et meurt au contact du moindre proton.
  • • Le magnésien inverse la polarité du carbone : électrophile dans R−XR-X, nucléophile dans R−MgXR-MgX.

Questions fréquentes

Pourquoi le fluor est-il un mauvais groupe partant ?

Parce que la liaison carbone-fluor est la plus forte des quatre, avec quatre cent quatre-vingt-cinq kilojoules par mole, et parce que l'ion fluorure est une base relativement forte, donc instable une fois libéré. La polarisation de la liaison attire bien le nucléophile, mais elle ne compense pas ces deux obstacles.

Pourquoi un halogénure d'aryle ne réagit-il pas ?

Parce que le carbone qui porte l'halogène appartient au cycle aromatique : il est plan, donc inaccessible par l'arrière, et le doublet de l'halogène se conjugue avec le système, ce qui raccourcit et renforce la liaison. Le carbocation correspondant serait par ailleurs beaucoup trop instable pour se former.

Quelle différence entre nucléophile et base ?

Un nucléophile attaque un carbone, une base capte un proton. Les deux échelles ne coïncident pas : l'ion iodure est un excellent nucléophile et une base très faible, ce qui le fait pencher vers la substitution. Une base forte et encombrée, au contraire, ne peut qu'arracher un proton et donne une élimination.

Pourquoi un organomagnésien doit-il être préparé à sec ?

Parce que le carbone lié au magnésium porte une charge partielle négative et se comporte comme une base très forte. Au contact de l'eau, d'un alcool ou d'un acide, il arrache un proton et redonne l'hydrocarbure de départ. Toute la synthèse est perdue avant même d'atteindre le substrat.

Comment un magnésien allonge-t-il une chaîne carbonée ?

Il apporte son groupe carboné tout entier au carbone du carbonyle qu'il attaque. Un magnésien méthylé ajoute donc un carbone, un magnésien éthylé en ajoute deux. Le compte des carbones avant et après est la vérification la plus rapide d'une synthèse proposée.

Passer à la pratique

Exercices corrigés : Les dérivés halogénés

Une méthode se prouve sur une copie, pas sur une fiche. La série du même chapitre reprend chacun de ces pièges dans un exercice, avec le corrigé rédigé étape par étape.

  • 15 exercices corrigés
  • 150 points
  • 225 minutes
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Les chapitres qui le réclament en amont, plus tard dans l'année ou dans les années suivantes.

© Ahmed Squalli Houssaini. Fiche publiée sur www.letuteurscientifique.ca/fiches/chimie-orga-derives-halogenes. Libre pour l'usage personnel et en classe ; sa republication ailleurs demande une autorisation écrite (mentions légales).

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