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Chimie organique • Complément québécois de Terminale et cégep à Montréal

Exercices corrigés : les hydrocarbures (chimie organique)

Les hydrocarbures sont le squelette de toute la chimie organique, et leur réactivité se déduit d'une seule idée : la disponibilité des électrons. L'alcane n'a que des liaisons σ\sigma solides et apolaires, il ne réagit donc presque pas ; l'alcène offre une liaison π\pi exposée, il fait des additions ; l'alcyne en offre deux et présente en plus un hydrogène acide.

L'exercice 2 explique un résultat que l'on constate au laboratoire sans toujours le comprendre : la chloration du propane donne 44 % du dérivé primaire et 56 % du secondaire, alors qu'il y a trois fois plus d'hydrogènes primaires. Le rapport entre statistique et réactivité est exactement ce que le calcul permet de trancher.

Rappel de cours

  • Formules générales : alcane CnH2n+2C_{n}H_{2n+2}, degré d'insaturation 0 ; alcène CnH2nC_{n}H_{2n}, degré 1 ; alcyne CnH2n2C_{n}H_{2n-2}, degré 2. Un cycle compte aussi pour un degré.
  • Degré d'insaturation : 2C+2+NHX2\dfrac{2C+2+N-H-X}{2}. Il donne le nombre total de cycles et de liaisons π\pi.
  • Points d'ébullition : ils croissent avec la longueur de la chaîne, forces de London obligent, et DÉCROISSENT avec la ramification, qui réduit la surface de contact.
  • Combustion complète : CnH2n+2+3n+12O2nCO2+(n+1)H2OC_{n}H_{2n+2}+\dfrac{3n+1}{2}O_{2}\rightarrow nCO_{2}+(n+1)H_{2}O. En défaut d'oxygène, on obtient COCO, toxique, voire de la suie.
  • Halogénation radicalaire, en trois phases : INITIATION, rupture homolytique de X2X_{2} par la lumière ou la chaleur ; PROPAGATION, deux étapes qui régénèrent un radical ; TERMINAISON, rencontre de deux radicaux.
  • Stabilité des radicaux, comme celle des carbocations : tertiaire > secondaire > primaire > méthyle. Le chlore est peu sélectif, le brome l'est beaucoup.
  • Alcènes : additions de H2H_{2}, de X2X_{2}, de HXHX et de H2OH_{2}O. RÈGLE DE MARKOVNIKOV : le HH va sur le carbone le plus hydrogéné, car cela engendre le carbocation le plus stable.
  • Alcynes : l'hydrogène porté par un carbone spsp terminal a un pKapK_{a} voisin de 25, contre 44 pour un alcène et 50 pour un alcane. Plus le caractère ss est grand, plus l'anion est stable et l'hydrogène acide.

Partie A : Alcanes, alcènes et alcynes (/32)

Exercice 1 : Les alcanes : propriétés physiques et combustion

L'alcane ne possède que des liaisons CCC-C et CHC-H, solides et pratiquement apolaires. Il est donc chimiquement inerte, au point qu'on l'appelait autrefois paraffine, du latin « peu d'affinité ». Sa seule réaction spontanée d'importance est la combustion.

Masses molaires : CC 12,01 ; HH 1,008 ; OO 16,00 g/mol. Masse volumique de l'octane : 0,703 g/mL.

  • a) Calculez le degré d'insaturation du pentane C5H12C_{5}H_{12}, du pentène C5H10C_{5}H_{10} et du pentyne C5H8C_{5}H_{8}, et interprétez.
  • b) Le pentane bout à 36 °C et le néopentane, son isomère le plus ramifié, à 10 °C. Expliquez.
  • c) Équilibrez la combustion complète du propane, puis celle de l'octane.
  • d) Que se produit-il en défaut d'oxygène ? Pourquoi est-ce dangereux dans un chalet mal ventilé ?
  • e) Calculez la masse de CO2CO_{2} rejetée par la combustion complète d'un litre d'octane.
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a) DoU=2C+2H2DoU=\dfrac{2C+2-H}{2}. Pentane : 12122=0\dfrac{12-12}{2}=0. Pentène : 12102=1\dfrac{12-10}{2}=1. Pentyne : 1282=2\dfrac{12-8}{2}=2. L'alcane est SATURÉ, il ne possède ni cycle ni liaison multiple. L'alcène compte un degré, correspondant à une double liaison OU à un cycle, ce que la seule formule brute ne permet pas de trancher : le cyclopentane a lui aussi la formule C5H10C_{5}H_{10}. L'alcyne compte deux degrés, soit une triple liaison, soit deux doubles, soit un cycle et une double liaison.

b) Les deux molécules ont la même formule, donc le même nombre d'électrons et la même polarisabilité globale ; seules les forces de London les lient. Ce qui diffère est la SURFACE DE CONTACT : le pentane, linéaire, s'accole à ses voisines sur toute sa longueur, multipliant les points d'interaction ; le néopentane, quasi sphérique, ne se touche que sur une petite calotte. Moins de contact signifie des forces de London plus faibles, donc un point d'ébullition plus bas de 26 degrés. Règle générale : à formule égale, plus c'est ramifié, plus cela bout bas.

c) Propane : C3H8+5O23CO2+4H2OC_{3}H_{8}+5O_{2}\rightarrow 3CO_{2}+4H_{2}O. Octane : le coefficient 3×8+12=12,5\dfrac{3\times 8+1}{2}=12{,}5 n'étant pas entier, on double tout : 2C8H18+25O216CO2+18H2O2C_{8}H_{18}+25O_{2}\rightarrow 16CO_{2}+18H_{2}O. Contrôle de l'oxygène : 2×25=502\times 25=50 atomes à gauche, 2×16+18=502\times 16+18=50 à droite.

d) En défaut d'oxygène, la combustion est INCOMPLÈTE et produit du monoxyde de carbone COCO, voire du carbone solide sous forme de suie. Le danger du COCO tient à trois propriétés cumulées : il est inodore, incolore, et il se fixe sur l'hémoglobine avec une affinité environ 240 fois supérieure à celle du dioxygène, bloquant le transport de l'oxygène de façon quasi irréversible. La victime ne perçoit rien et s'endort. C'est pourquoi un appareil à combustion, poêle, chaufferette ou génératrice, ne doit jamais fonctionner dans un espace clos, et pourquoi le détecteur de COCO est obligatoire.

e) Un litre d'octane pèse 0,703×1000=7030{,}703\times 1000=703 g. Sa masse molaire vaut 8×12,01+18×1,008=96,08+18,14=114,28\times 12{,}01+18\times 1{,}008=96{,}08+18{,}14=114{,}2 g/mol, donc n=703114,2=6,154n=\dfrac{703}{114{,}2}=6{,}154 mol. Chaque mole d'octane donne 8 moles de CO2CO_{2}, soit 8×6,154=49,238\times 6{,}154=49{,}23 mol, et une masse de 49,23×44,01=216749{,}23\times 44{,}01=2167 g. Un litre d'essence rejette donc environ 2,17 kg de CO2CO_{2}, soit trois fois sa propre masse. Ce résultat surprend toujours, et il s'explique simplement : la majeure partie de la masse du CO2CO_{2} provient de l'oxygène de l'air, non du carburant.

Exercice 2 : L'halogénation radicalaire et sa sélectivité

L'alcane étant inerte face aux réactifs ioniques, on ne peut l'attaquer qu'en engendrant des RADICAUX, espèces à électron célibataire très réactives. Le mécanisme est en chaîne, et sa sélectivité obéit à une règle simple.

Réactivités relatives par hydrogène, pour le chlore à 25 °C : primaire 1 ; secondaire 3,8 ; tertiaire 5,0.

  • a) Écrivez les trois phases du mécanisme de chloration du méthane, en nommant chacune.
  • b) Pourquoi parle-t-on de réaction EN CHAÎNE ? Que faut-il pour l'amorcer ?
  • c) Classez les radicaux par stabilité croissante et justifiez ce classement.
  • d) La chloration du propane donne deux produits monochlorés. Prédisez leurs proportions en combinant le nombre d'hydrogènes et la réactivité relative.
  • e) La bromation de l'isobutane donne plus de 99 % du dérivé tertiaire. Que peut-on en conclure sur le brome, et pourquoi le préfère-t-on en synthèse ?
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a) INITIATION : la lumière ultraviolette ou la chaleur rompt la liaison ClClCl-Cl de façon HOMOLYTIQUE, chaque atome emportant un électron, ce qui donne deux radicaux ClCl\cdot. PROPAGATION, en deux étapes : d'abord Cl+CH4HCl+CH3Cl\cdot+CH_{4}\rightarrow HCl+CH_{3}\cdot, le radical chlore arrachant un hydrogène ; puis CH3+Cl2CH3Cl+ClCH_{3}\cdot+Cl_{2}\rightarrow CH_{3}Cl+Cl\cdot, qui forme le produit ET régénère un radical chlore. TERMINAISON : deux radicaux quelconques se rencontrent et s'apparient, par exemple Cl+ClCl2Cl\cdot+Cl\cdot\rightarrow Cl_{2} ou CH3+CH3C2H6CH_{3}\cdot+CH_{3}\cdot\rightarrow C_{2}H_{6}, ce qui met fin à la chaîne.

b) Parce que chaque cycle de propagation CONSOMME un radical et en RÉGÉNÈRE un : un seul radical initial peut donc déclencher des milliers de cycles avant d'être détruit par terminaison. Il suffit d'un amorçage minime pour convertir une grande quantité de réactifs, ce qui explique le rendement quantique très élevé de ces réactions. Pour amorcer, il faut une source d'énergie capable de rompre homolytiquement Cl2Cl_{2} : lumière ultraviolette, forte chaleur, ou un initiateur chimique comme un peroxyde. Dans l'obscurité et à froid, il ne se passe strictement rien.

c) Par stabilité croissante : méthyle < primaire < secondaire < TERTIAIRE. La raison est la même que pour les carbocations : le radical est un centre déficient en électrons, et les groupes alkyles voisins le stabilisent par effet inductif donneur et par hyperconjugaison. Plus le carbone radicalaire porte de substituants alkyles, plus le radical est stable, donc plus il se forme facilement. Conséquence directe : l'arrachement d'un hydrogène TERTIAIRE est le plus rapide.

d) Le propane CH3CH2CH3CH_{3}-CH_{2}-CH_{3} possède SIX hydrogènes primaires, sur les deux méthyles, et DEUX hydrogènes secondaires, sur le carbone central. On pondère chaque type par sa réactivité : primaires 6×1=66\times 1=6, secondaires 2×3,8=7,62\times 3{,}8=7{,}6. Le total vaut 13,6. Les proportions sont donc 613,6=44\dfrac{6}{13{,}6}=44 % de 1-chloropropane et 7,613,6=56\dfrac{7{,}6}{13{,}6}=56 % de 2-chloropropane. Le produit secondaire l'emporte malgré trois fois moins d'hydrogènes disponibles : la réactivité compense largement la statistique, mais sans l'écraser, ce qui donne un mélange difficile à séparer.

e) Que le brome est BEAUCOUP plus sélectif que le chlore : son rapport de réactivité tertiaire sur primaire est de l'ordre de 1600, contre 5 pour le chlore. La raison tient au postulat de Hammond : l'arrachement d'hydrogène par le brome est ENDOTHERMIQUE, son état de transition ressemble donc au radical formé, et les différences de stabilité entre radicaux s'y expriment pleinement. Avec le chlore, la même étape est exothermique, l'état de transition ressemble aux réactifs, et les différences s'estompent. On préfère donc le brome en synthèse parce qu'il donne UN produit majoritaire quasi unique, exploitable sans séparation, alors que la chloration donne un mélange.

Exercice 3 : Les alcènes et leurs additions

La liaison π\pi d'un alcène est faible et ses électrons sont exposés au-dessus et au-dessous du plan : c'est un site RICHE en électrons, donc un nucléophile, attaqué par les électrophiles. Toutes ses réactions caractéristiques sont des ADDITIONS.

Le détail du mécanisme électrophile et la justification de Markovnikov par la stabilité des carbocations sont traités dans la série sur la mésomérie et les mécanismes ; on se concentre ici sur l'éventail des réactions et sur la prévision des produits.

  • a) Pourquoi un alcène fait-il des additions alors qu'un alcane ne fait que des substitutions ? Répondez en termes d'énergie de liaison.
  • b) Donnez les produits de l'addition de H2H_{2}, de Br2Br_{2} et de HBrHBr sur le propène.
  • c) Énoncez la règle de Markovnikov et appliquez-la à l'hydratation du 2-méthylpropène.
  • d) Comment obtenir le produit ANTI-Markovnikov à partir du même alcène ? Citez deux méthodes.
  • e) Décrivez le test à l'eau de brome et dites ce qu'il permet de distinguer.
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a) Parce que la liaison π\pi est la plus FAIBLE du système : environ 267 kJ/mol, contre 347 pour la σ\sigma carbone-carbone et 414 pour une liaison CHC-H. Une addition rompt uniquement cette π\pi et forme en échange DEUX nouvelles liaisons σ\sigma, ce qui est très favorable énergétiquement. Chez l'alcane, il n'y a aucune liaison faible : toute réaction exige de rompre une σ\sigma solide, ce qui n'est possible que par voie radicalaire à haute énergie, et l'on obtient alors une substitution puisque le squelette reste saturé.

b) Avec H2H_{2}, en présence de catalyseur au platine, palladium ou nickel : CH3CH=CH2+H2CH3CH2CH3CH_{3}-CH=CH_{2}+H_{2}\rightarrow CH_{3}-CH_{2}-CH_{3}, le propane. Avec Br2Br_{2} : addition sur les deux carbones, donnant le 1,2-dibromopropane, et l'addition est ANTI, les deux bromes se plaçant de part et d'autre du plan. Avec HBrHBr : le produit majoritaire est le 2-bromopropane, conformément à Markovnikov.

c) RÈGLE DE MARKOVNIKOV : lors de l'addition d'un composé HXHX sur un alcène dissymétrique, l'hydrogène se fixe sur le carbone qui porte DÉJÀ le plus d'hydrogènes. La raison est que ce mode d'addition engendre le carbocation le plus SUBSTITUÉ, donc le plus stable. Pour le 2-méthylpropène (CH3)2C=CH2\left(CH_{3}\right)_{2}C=CH_{2} hydraté en milieu acide : le proton se fixe sur le CH2CH_{2}, engendrant un carbocation TERTIAIRE, que l'eau attaque ensuite. Le produit est le 2-méthylpropan-2-ol, un alcool tertiaire.

d) Deux méthodes. Première, l'HYDROBORATION-OXYDATION : le borane BH3BH_{3} s'additionne de façon concertée, le bore se fixant sur le carbone le MOINS encombré pour des raisons stériques, et l'oxydation ultérieure par H2O2H_{2}O_{2} en milieu basique remplace le bore par un OHOH. On obtient l'alcool primaire, ici le 2-méthylpropan-1-ol, avec une addition syn. Seconde, pour HBrHBr seulement, l'addition RADICALAIRE en présence de peroxydes : le mécanisme passe alors par un radical et non par un carbocation, et c'est le radical le plus stable qui commande, ce qui inverse la régiosélectivité. Cet effet ne fonctionne qu'avec HBrHBr, ni avec HClHCl ni avec HIHI, pour des raisons énergétiques.

e) On ajoute quelques gouttes d'eau de brome, de couleur orange, à l'échantillon et l'on agite. Si la coloration DISPARAÎT immédiatement, c'est que le brome a été consommé par addition : l'échantillon contient une insaturation, alcène ou alcyne. Si la couleur persiste, il s'agit d'un composé saturé, ou d'un aromatique, qui ne fait pas d'addition. Le test distingue donc les hydrocarbures INSATURÉS des saturés et des aromatiques, ce qui en fait le test qualitatif le plus rapide du laboratoire de chimie organique.

Exercice 4 : Les alcynes et l'acidité de l'hydrogène terminal

L'alcyne possède deux liaisons π\pi, donc une réactivité d'addition renforcée. Mais sa propriété la plus remarquable est ailleurs : l'hydrogène porté par un carbone spsp terminal est acide, ce qu'aucun autre hydrocarbure ne permet.

Valeurs de pKapK_{a} : alcane environ 50 ; alcène environ 44 ; alcyne terminal environ 25 ; eau 15,7 ; ammoniac 38.

  • a) Donnez l'hybridation du carbone dans un alcane, un alcène et un alcyne, et le pourcentage de caractère ss correspondant.
  • b) Expliquez le lien entre caractère ss et acidité.
  • c) De combien d'ordres de grandeur l'alcyne terminal est-il plus acide que l'alcane ? Commentez.
  • d) L'amidure de sodium NaNH2NaNH_{2} déprotone-t-il un alcyne terminal ? Et la soude NaOHNaOH ? Justifiez par les pKapK_{a}.
  • e) Décrivez l'usage synthétique de l'anion acétylure obtenu.
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a) Alcane : carbone sp3sp^{3}, une part de ss pour trois de pp, soit 14=25\dfrac{1}{4}=25 % de caractère ss. Alcène : sp2sp^{2}, soit 13=33\dfrac{1}{3}=33 %. Alcyne : spsp, soit 12=50\dfrac{1}{2}=50 %.

b) Une orbitale ss est sphérique et centrée sur le noyau, alors qu'une orbitale pp possède des lobes éloignés. Plus une orbitale hybride contient de caractère ss, plus les électrons qu'elle porte sont en moyenne PRÈS du noyau, donc fortement retenus et stabilisés. Or l'acidité d'un HH se mesure à la stabilité de la BASE CONJUGUÉE, c'est-à-dire du carbanion obtenu après départ du proton. Le doublet libre du carbanion occupe précisément l'orbitale hybride du carbone : dans un anion spsp, à 50 % de caractère ss, il est bien plus stabilisé que dans un anion sp3sp^{3} à 25 %. L'alcyne terminal cède donc son proton beaucoup plus volontiers.

c) L'écart de pKapK_{a} vaut 5025=2550-25=25 unités, soit VINGT-CINQ ordres de grandeur, c'est-à-dire un facteur 102510^{25}. C'est un écart colossal, comparable à celui qui sépare l'acide chlorhydrique de l'eau, et il ne provient d'aucun groupe fonctionnel : la seule hybridation du carbone suffit à le produire. Cela dit, un pKapK_{a} de 25 reste celui d'un acide très faible dans l'absolu, bien plus faible que l'eau : l'alcyne terminal n'est acide que par comparaison avec les autres hydrocarbures.

d) L'amidure OUI, la soude NON. Une réaction acidobasique n'est favorable que si elle produit l'acide le plus FAIBLE, donc de pKapK_{a} le plus grand. Avec NaNH2NaNH_{2}, on formerait NH3NH_{3}, de pKapK_{a} 38, à partir d'un alcyne de pKapK_{a} 25 : on passe de 25 à 38, la réaction est favorable et quantitative. Avec NaOHNaOH, on formerait de l'eau, de pKapK_{a} 15,7, à partir du même alcyne : on irait de 25 vers 15,7, dans le mauvais sens, et l'équilibre resterait très largement à gauche. C'est pourquoi on emploie l'amidure de sodium dans l'ammoniac liquide et jamais la soude.

e) L'anion acétylure RCCR-C\equiv C^{-} est un excellent NUCLÉOPHILE et une base forte. Son usage principal est l'ALKYLATION : il attaque un halogénoalcane primaire selon un mécanisme SN2S_{N}2, formant une nouvelle liaison carbone-carbone et allongeant la chaîne. C'est l'une des rares méthodes simples permettant de CONSTRUIRE un squelette carboné, ce qui en fait un outil central de la synthèse. Deux limites : l'halogénoalcane doit être primaire, faute de quoi l'anion, très basique, provoque une élimination au lieu de la substitution ; et l'alcyne doit être TERMINAL, puisqu'un alcyne interne ne porte aucun hydrogène acide.

Partie B : Niveau examen (/18)

Exercice 5 : Interconversions et synthèse multi-étapes

Passer d'une famille à l'autre est le coeur de la synthèse organique. Les trois hydrocarbures s'interconvertissent par un petit nombre de réactions, qu'il faut savoir enchaîner dans le bon ordre.

On dispose du propane comme unique source carbonée, et de tous les réactifs inorganiques usuels.

  • a) Comment passer d'un alcane à un alcène ? Et d'un alcène à un alcane ?
  • b) Comment passer d'un alcène à un alcyne ? Écrivez les deux étapes.
  • c) Proposez une synthèse du propan-2-ol à partir du propane, en trois étapes.
  • d) Proposez une synthèse du pent-2-yne à partir du propyne et d'un halogénoalcane approprié.
  • e) Pourquoi ne peut-on pas préparer le pent-2-yne en alkylant le propyne par le 2-bromopropane ?
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a) De l'ALCANE À L'ALCÈNE : il faut d'abord installer un groupe partant, par halogénation radicalaire, puis provoquer une ÉLIMINATION par une base forte, généralement KOHKOH en solution alcoolique à chaud. Le craquage thermique du pétrole produit le même résultat à l'échelle industrielle. De l'ALCÈNE À L'ALCANE : simple HYDROGÉNATION catalytique par H2H_{2} sur platine, palladium ou nickel, réaction quantitative et sans sous-produit.

b) Deux étapes. Première, addition de Br2Br_{2} sur l'alcène, qui donne un DIBROMOALCANE vicinal, les deux bromes se trouvant sur des carbones voisins. Seconde, DOUBLE ÉLIMINATION par deux équivalents d'amidure de sodium, chaque élimination retirant HBrHBr et créant une liaison π\pi. On obtient l'alcyne. La base doit être très forte, car la seconde élimination, à partir d'un bromoalcène, est difficile.

c) Étape 1, halogénation radicalaire du propane par Cl2Cl_{2} sous lumière ultraviolette : on obtient un mélange, dont on isole le 2-chloropropane, majoritaire à 56 % d'après l'exercice 2. Étape 2, élimination par KOHKOH alcoolique à chaud : on obtient le propène. Étape 3, hydratation en milieu acide, H2OH_{2}O avec H2SO4H_{2}SO_{4} : Markovnikov place le OHOH sur le carbone central, le plus substitué, et l'on obtient le propan-2-ol. On pourrait aussi, plus directement, hydrater le propène obtenu par craquage, mais l'énoncé impose de partir du propane.

d) Le pent-2-yne est CH3CCCH2CH3CH_{3}-C\equiv C-CH_{2}-CH_{3}. On le construit à partir du propyne CH3CCHCH_{3}-C\equiv CH, qui apporte trois carbones, en lui ajoutant un fragment éthyle. Étape 1, déprotonation du propyne par NaNH2NaNH_{2} dans l'ammoniac liquide, qui donne l'anion acétylure CH3CCCH_{3}-C\equiv C^{-}. Étape 2, alkylation par le BROMOÉTHANE, halogénoalcane primaire, selon un mécanisme SN2S_{N}2 : l'anion attaque le carbone porteur du brome et forme la liaison carbone-carbone. On obtient bien le pent-2-yne.

e) Parce que le 2-bromopropane est un halogénoalcane SECONDAIRE, et que l'anion acétylure n'est pas seulement un bon nucléophile : c'est aussi une BASE très forte, son acide conjugué ayant un pKapK_{a} de 25. Sur un substrat secondaire, encombré, la substitution SN2S_{N}2 est ralentie par la gêne stérique tandis que l'élimination E2E2, qui ne demande qu'un hydrogène en position bêta et l'accès à celui-ci, devient compétitive et l'emporte. Le produit majoritaire serait donc le propène, accompagné de propyne régénéré, et non l'alcyne recherché. RÈGLE : les alkylations d'acétylures ne fonctionnent qu'avec des halogénoalcanes PRIMAIRES, et de préférence non ramifiés en bêta.

Exercice 6 : Problème : du pétrole au réservoir

Le raffinage transforme un mélange brut d'hydrocarbures en carburants aux propriétés imposées. Trois opérations y suffisent, et chacune est une application directe de ce chapitre.

Indices d'octane de référence : le 2,2,4-triméthylpentane, dit iso-octane, vaut 100 ; l'heptane linéaire vaut 0.

  • a) Sur quoi repose la DISTILLATION FRACTIONNÉE du pétrole ? Reliez au a de l'exercice 1.
  • b) Qu'est-ce que le CRAQUAGE et pourquoi le pratique-t-on ? Quel type de produit fournit-il en plus des alcanes ?
  • c) L'indice d'octane mesure la résistance à l'auto-allumage. Pourquoi l'iso-octane, très ramifié, vaut-il 100 et l'heptane linéaire 0 ?
  • d) Le REFORMAGE catalytique transforme des alcanes linéaires en composés ramifiés et aromatiques. En quoi cela améliore-t-il le carburant ?
  • e) Une voiture consomme 8,0 L aux 100 km et parcourt 15 000 km par an. Estimez sa production annuelle de CO2CO_{2}, à partir du résultat de l'exercice 1.
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a) Sur la différence de POINTS D'ÉBULLITION, qui croissent régulièrement avec la longueur de la chaîne à cause des forces de London, comme établi à l'exercice 1. En chauffant le brut au bas d'une colonne, les fractions les plus légères, gaz et essences, montent le plus haut avant de se condenser, tandis que les lourdes, gazoles puis bitumes, se condensent en bas. La séparation est donc purement PHYSIQUE : aucune liaison n'est rompue, on ne fait qu'exploiter une propriété qui varie régulièrement avec la taille des molécules.

b) Le craquage rompt de longues chaînes en fragments plus courts, par chauffage à haute température, craquage thermique, ou sur catalyseur acide, craquage catalytique. On le pratique parce que la demande ne correspond pas à la composition du brut : le marché veut surtout de l'essence, chaînes de 5 à 10 carbones, alors que le pétrole en contient une proportion insuffisante. Le craquage convertit donc les fractions lourdes excédentaires en fractions légères recherchées. Comme il ne se forme pas assez d'hydrogène pour saturer tous les fragments, il produit aussi des ALCÈNES, matière première essentielle de la pétrochimie et des polymères.

c) Parce que l'auto-allumage, ou cliquetis, se produit lorsque le mélange s'enflamme spontanément par compression avant l'étincelle, ce qui provoque une détonation destructrice. Or l'auto-allumage passe par des RADICAUX, et l'on a vu à l'exercice 2 que les radicaux tertiaires, favorisés par la ramification, se forment le plus facilement. Un alcane linéaire comme l'heptane engendre facilement des radicaux secondaires en chaîne le long de sa molécule, ce qui propage l'inflammation : il détone très facilement, d'où l'indice 0. L'iso-octane, très ramifié, offre surtout des hydrogènes primaires, peu réactifs, et ses radicaux tertiaires sont trop stables pour propager efficacement la chaîne : il résiste, d'où l'indice 100. La RAMIFICATION est donc la clé de l'indice d'octane.

d) Le reformage augmente précisément la proportion des espèces qui résistent à l'auto-allumage : les ramifiés, pour la raison exposée en c, et les aromatiques, dont la stabilité de résonance de 152 kJ/mol les rend très difficiles à attaquer par voie radicalaire. L'indice d'octane du carburant monte donc, ce qui autorise des taux de compression plus élevés et, par conséquent, un meilleur rendement du moteur. C'est l'opération qui a remplacé l'ajout de plomb tétraéthyle, interdit depuis pour des raisons sanitaires.

e) La consommation annuelle vaut 8,0×15000100=1200\dfrac{8{,}0\times 15\,000}{100}=1200 L. À 2,17 kg de CO2CO_{2} par litre, cela donne 1200×2,17=26041200\times 2{,}17=2604 kg, soit environ 2,6 tonnes de CO2CO_{2} par an pour un seul véhicule. L'ordre de grandeur mérite d'être retenu : il correspond à peu près à ce qu'un arbre mature séquestre en un siècle, et il représente une part importante de l'empreinte carbone individuelle dans une région où le chauffage est déjà largement électrique, comme le Québec.

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