Chimie organique • Complément québécois de Terminale et cégep à Montréal
Exercices corrigés : les hydrocarbures (chimie organique)
Les hydrocarbures sont le squelette de toute la chimie organique, et leur réactivité se déduit d'une seule idée : la disponibilité des électrons. L'alcane n'a que des liaisons σ solides et apolaires, il ne réagit donc presque pas ; l'alcène offre une liaison π exposée, il fait des additions ; l'alcyne en offre deux et présente en plus un hydrogène acide.
L'exercice 2 explique un résultat que l'on constate au laboratoire sans toujours le comprendre : la chloration du propane donne 44 % du dérivé primaire et 56 % du secondaire, alors qu'il y a trois fois plus d'hydrogènes primaires. Le rapport entre statistique et réactivité est exactement ce que le calcul permet de trancher.
Série autocorrigéeTape tes réponses sous chaque question : la page te dit juste ou faux avant d'ouvrir la correction. Avec un compte, chaque bonne réponse du premier coup rapporte des points.
•Formules générales : alcane CnH2n+2, degré d'insaturation 0 ; alcène CnH2n, degré 1 ; alcyne CnH2n−2, degré 2. Un cycle compte aussi pour un degré.
•Degré d'insaturation : 22C+2+N−H−X. Il donne le nombre total de cycles et de liaisons π.
•Points d'ébullition : ils croissent avec la longueur de la chaîne, forces de London obligent, et DÉCROISSENT avec la ramification, qui réduit la surface de contact.
•Combustion complète : CnH2n+2+23n+1O2→nCO2+(n+1)H2O. En défaut d'oxygène, on obtient CO, toxique, voire de la suie.
•Halogénation radicalaire, en trois phases : INITIATION, rupture homolytique de X2 par la lumière ou la chaleur ; PROPAGATION, deux étapes qui régénèrent un radical ; TERMINAISON, rencontre de deux radicaux.
•Stabilité des radicaux, comme celle des carbocations : tertiaire > secondaire > primaire > méthyle. Le chlore est peu sélectif, le brome l'est beaucoup.
•Alcènes : additions de H2, de X2, de HX et de H2O. RÈGLE DE MARKOVNIKOV : le H va sur le carbone le plus hydrogéné, car cela engendre le carbocation le plus stable.
•Alcynes : l'hydrogène porté par un carbone sp terminal a un pKa voisin de 25, contre 44 pour un alcène et 50 pour un alcane. Plus le caractère s est grand, plus l'anion est stable et l'hydrogène acide.
Partie A : Alcanes, cycloalcanes, alcènes et alcynes (/50)
Exercice 1 : Les alcanes : propriétés physiques et combustion
L'alcane ne possède que des liaisons C−C et C−H, solides et pratiquement apolaires. Il est donc chimiquement inerte, au point qu'on l'appelait autrefois paraffine, du latin « peu d'affinité ». Sa seule réaction spontanée d'importance est la combustion.
Masses molaires : C 12,01 ; H 1,008 ; O 16,00 g/mol. Masse volumique de l'octane : 0,703 g/mL.
a) Calculez le degré d'insaturation du pentane C5H12, du pentène C5H10 et du pentyne C5H8, et interprétez.
b) Le pentane bout à 36 °C et le néopentane, son isomère le plus ramifié, à 10 °C. Expliquez.
c) Équilibrez la combustion complète du propane, puis celle de l'octane.
d) Que se produit-il en défaut d'oxygène ? Pourquoi est-ce dangereux dans un chalet mal ventilé ?
e) Calculez la masse de CO2 rejetée par la combustion complète d'un litre d'octane.
a) DoU=22C+2−H. Pentane : 212−12=0. Pentène : 212−10=1. Pentyne : 212−8=2. L'alcane est SATURÉ, il ne possède ni cycle ni liaison multiple. L'alcène compte un degré, correspondant à une double liaison OU à un cycle, ce que la seule formule brute ne permet pas de trancher : le cyclopentane a lui aussi la formule C5H10. L'alcyne compte deux degrés, soit une triple liaison, soit deux doubles, soit un cycle et une double liaison.
b) Les deux molécules ont la même formule, donc le même nombre d'électrons et la même polarisabilité globale ; seules les forces de London les lient. Ce qui diffère est la SURFACE DE CONTACT : le pentane, linéaire, s'accole à ses voisines sur toute sa longueur, multipliant les points d'interaction ; le néopentane, quasi sphérique, ne se touche que sur une petite calotte. Moins de contact signifie des forces de London plus faibles, donc un point d'ébullition plus bas de 26 degrés. Règle générale : à formule égale, plus c'est ramifié, plus cela bout bas.
c) Propane : C3H8+5O2→3CO2+4H2O. Octane : le coefficient 23×8+1=12,5 n'étant pas entier, on double tout : 2C8H18+25O2→16CO2+18H2O. Contrôle de l'oxygène : 2×25=50 atomes à gauche, 2×16+18=50 à droite.
d) En défaut d'oxygène, la combustion est INCOMPLÈTE et produit du monoxyde de carbone CO, voire du carbone solide sous forme de suie. Le danger du CO tient à trois propriétés cumulées : il est inodore, incolore, et il se fixe sur l'hémoglobine avec une affinité environ 240 fois supérieure à celle du dioxygène, bloquant le transport de l'oxygène de façon quasi irréversible. La victime ne perçoit rien et s'endort. C'est pourquoi un appareil à combustion, poêle, chaufferette ou génératrice, ne doit jamais fonctionner dans un espace clos, et pourquoi le détecteur de CO est obligatoire.
e) Un litre d'octane pèse 0,703×1000=703 g. Sa masse molaire vaut 8×12,01+18×1,008=96,08+18,14=114,2 g/mol, donc n=114,2703=6,154 mol. Chaque mole d'octane donne 8 moles de CO2, soit 8×6,154=49,23 mol, et une masse de 49,23×44,01=2167 g. Un litre d'essence rejette donc environ 2,17 kg de CO2, soit trois fois sa propre masse. Ce résultat surprend toujours, et il s'explique simplement : la majeure partie de la masse du CO2 provient de l'oxygène de l'air, non du carburant.
Exercice 2 : L'halogénation radicalaire et sa sélectivité
L'alcane étant inerte face aux réactifs ioniques, on ne peut l'attaquer qu'en engendrant des RADICAUX, espèces à électron célibataire très réactives. Le mécanisme est en chaîne, et sa sélectivité obéit à une règle simple.
Réactivités relatives par hydrogène, pour le chlore à 25 °C : primaire 1 ; secondaire 3,8 ; tertiaire 5,0.
a) Écrivez les trois phases du mécanisme de chloration du méthane, en nommant chacune.
b) Pourquoi parle-t-on de réaction EN CHAÎNE ? Que faut-il pour l'amorcer ?
c) Classez les radicaux par stabilité croissante et justifiez ce classement.
d) La chloration du propane donne deux produits monochlorés. Prédisez leurs proportions en combinant le nombre d'hydrogènes et la réactivité relative.
e) La bromation de l'isobutane donne plus de 99 % du dérivé tertiaire. Que peut-on en conclure sur le brome, et pourquoi le préfère-t-on en synthèse ?
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Réponses
a)Initiation homolytique, propagation en deux étapes, terminaison
b)Un radical régénéré à chaque cycle ; UV, chaleur ou peroxyde
c)Méthyle < primaire < secondaire < tertiaire
d)44 % de 1-chloropropane, 56 % de 2-chloropropane
e)Brome bien plus sélectif : un seul produit
a) INITIATION : la lumière ultraviolette ou la chaleur rompt la liaison Cl−Cl de façon HOMOLYTIQUE, chaque atome emportant un électron, ce qui donne deux radicaux Cl⋅. PROPAGATION, en deux étapes : d'abord Cl⋅+CH4→HCl+CH3⋅, le radical chlore arrachant un hydrogène ; puis CH3⋅+Cl2→CH3Cl+Cl⋅, qui forme le produit ET régénère un radical chlore. TERMINAISON : deux radicaux quelconques se rencontrent et s'apparient, par exemple Cl⋅+Cl⋅→Cl2 ou CH3⋅+CH3⋅→C2H6, ce qui met fin à la chaîne.
b) Parce que chaque cycle de propagation CONSOMME un radical et en RÉGÉNÈRE un : un seul radical initial peut donc déclencher des milliers de cycles avant d'être détruit par terminaison. Il suffit d'un amorçage minime pour convertir une grande quantité de réactifs, ce qui explique le rendement quantique très élevé de ces réactions. Pour amorcer, il faut une source d'énergie capable de rompre homolytiquement Cl2 : lumière ultraviolette, forte chaleur, ou un initiateur chimique comme un peroxyde. Dans l'obscurité et à froid, il ne se passe strictement rien.
c) Par stabilité croissante : méthyle < primaire < secondaire < TERTIAIRE. La raison est la même que pour les carbocations : le radical est un centre déficient en électrons, et les groupes alkyles voisins le stabilisent par effet inductif donneur et par hyperconjugaison. Plus le carbone radicalaire porte de substituants alkyles, plus le radical est stable, donc plus il se forme facilement. Conséquence directe : l'arrachement d'un hydrogène TERTIAIRE est le plus rapide.
d) Le propane CH3−CH2−CH3 possède SIX hydrogènes primaires, sur les deux méthyles, et DEUX hydrogènes secondaires, sur le carbone central. On pondère chaque type par sa réactivité : primaires 6×1=6, secondaires 2×3,8=7,6. Le total vaut 13,6. Les proportions sont donc 13,66=44 % de 1-chloropropane et 13,67,6=56 % de 2-chloropropane. Le produit secondaire l'emporte malgré trois fois moins d'hydrogènes disponibles : la réactivité compense largement la statistique, mais sans l'écraser, ce qui donne un mélange difficile à séparer.
e) Que le brome est BEAUCOUP plus sélectif que le chlore : son rapport de réactivité tertiaire sur primaire est de l'ordre de 1600, contre 5 pour le chlore. La raison tient au postulat de Hammond : l'arrachement d'hydrogène par le brome est ENDOTHERMIQUE, son état de transition ressemble donc au radical formé, et les différences de stabilité entre radicaux s'y expriment pleinement. Avec le chlore, la même étape est exothermique, l'état de transition ressemble aux réactifs, et les différences s'estompent. On préfère donc le brome en synthèse parce qu'il donne UN produit majoritaire quasi unique, exploitable sans séparation, alors que la chloration donne un mélange.
Exercice 3 : Les alcènes et leurs additions
La liaison π d'un alcène est faible et ses électrons sont exposés au-dessus et au-dessous du plan : c'est un site RICHE en électrons, donc un nucléophile, attaqué par les électrophiles. Toutes ses réactions caractéristiques sont des ADDITIONS.
Le détail du mécanisme électrophile et la justification de Markovnikov par la stabilité des carbocations sont traités dans la série sur la mésomérie et les mécanismes ; on se concentre ici sur l'éventail des réactions et sur la prévision des produits.
a) Pourquoi un alcène fait-il des additions alors qu'un alcane ne fait que des substitutions ? Répondez en termes d'énergie de liaison.
b) Donnez les produits de l'addition de H2, de Br2 et de HBr sur le propène.
c) Énoncez la règle de Markovnikov et appliquez-la à l'hydratation du 2-méthylpropène.
d) Comment obtenir le produit ANTI-Markovnikov à partir du même alcène ? Citez deux méthodes.
e) Décrivez le test à l'eau de brome et dites ce qu'il permet de distinguer.
a) Parce que la liaison π est la plus FAIBLE du système : environ 267 kJ/mol, contre 347 pour la σ carbone-carbone et 414 pour une liaison C−H. Une addition rompt uniquement cette π et forme en échange DEUX nouvelles liaisons σ, ce qui est très favorable énergétiquement. Chez l'alcane, il n'y a aucune liaison faible : toute réaction exige de rompre une σ solide, ce qui n'est possible que par voie radicalaire à haute énergie, et l'on obtient alors une substitution puisque le squelette reste saturé.
b) Avec H2, en présence de catalyseur au platine, palladium ou nickel : CH3−CH=CH2+H2→CH3−CH2−CH3, le propane. Avec Br2 : addition sur les deux carbones, donnant le 1,2-dibromopropane, et l'addition est ANTI, les deux bromes se plaçant de part et d'autre du plan. Avec HBr : le produit majoritaire est le 2-bromopropane, conformément à Markovnikov.
c) RÈGLE DE MARKOVNIKOV : lors de l'addition d'un composé HX sur un alcène dissymétrique, l'hydrogène se fixe sur le carbone qui porte DÉJÀ le plus d'hydrogènes. La raison est que ce mode d'addition engendre le carbocation le plus SUBSTITUÉ, donc le plus stable. Pour le 2-méthylpropène (CH3)2C=CH2 hydraté en milieu acide : le proton se fixe sur le CH2, engendrant un carbocation TERTIAIRE, que l'eau attaque ensuite. Le produit est le 2-méthylpropan-2-ol, un alcool tertiaire.
d) Deux méthodes. Première, l'HYDROBORATION-OXYDATION : le borane BH3 s'additionne de façon concertée, le bore se fixant sur le carbone le MOINS encombré pour des raisons stériques, et l'oxydation ultérieure par H2O2 en milieu basique remplace le bore par un OH. On obtient l'alcool primaire, ici le 2-méthylpropan-1-ol, avec une addition syn. Seconde, pour HBr seulement, l'addition RADICALAIRE en présence de peroxydes : le mécanisme passe alors par un radical et non par un carbocation, et c'est le radical le plus stable qui commande, ce qui inverse la régiosélectivité. Cet effet ne fonctionne qu'avec HBr, ni avec HCl ni avec HI, pour des raisons énergétiques.
e) On ajoute quelques gouttes d'eau de brome, de couleur orange, à l'échantillon et l'on agite. Si la coloration DISPARAÎT immédiatement, c'est que le brome a été consommé par addition : l'échantillon contient une insaturation, alcène ou alcyne. Si la couleur persiste, il s'agit d'un composé saturé, ou d'un aromatique, qui ne fait pas d'addition. Le test distingue donc les hydrocarbures INSATURÉS des saturés et des aromatiques, ce qui en fait le test qualitatif le plus rapide du laboratoire de chimie organique.
Exercice 4 : Les cycloalcanes : tension de cycle et conformations
Fermer une chaîne en cycle impose des contraintes que la chaîne ouverte ignore. On les mesure en comparant la chaleur de combustion RAPPORTÉE À UN GROUPE CH2 : tout écart au-dessus de la valeur de référence de la chaîne ouverte est de l'énergie stockée dans le cycle.
Chaleur de combustion par CH2, en kJ/mol : cyclopropane 697,1 ; cyclobutane 686,2 ; cyclopentane 664,0 ; cyclohexane 658,7 ; cycloheptane 662,4. On prendra 658,7 kJ/mol comme référence de la chaîne ouverte. Angles de liaison C−C−C mesurés : cyclopropane 60°, cyclobutane 88°, cyclopentane 108°.
a) Calculez la tension totale de chacun des cinq cycles. Lequel est le plus tendu, lequel ne l'est pas du tout ?
b) Analysez l'origine de la tension du cyclopropane et du cyclobutane en comparant leurs angles à l'angle tétraédrique. Pourquoi le cyclopropane est-il, de plus, obligatoirement plan alors que le cyclobutane peut se plisser ?
c) Le cyclopentane a des angles de 108°, presque exactement l'angle tétraédrique, et pourtant il conserve 26,5 kJ/mol de tension. D'où vient-elle ? Pourquoi le cyclohexane, dont les angles seraient de 120° s'il était plan, n'en a-t-il aucune ?
d) Dans le méthylcyclohexane, la conformation à méthyle équatorial est plus stable que la conformation axiale de 7,3 kJ/mol. Calculez la proportion de molécules en position équatoriale à 25 °C par le facteur de Boltzmann. Déduisez-en, pour le 1,2-diméthylcyclohexane, lequel du diastéréoisomère cis ou trans est le plus stable.
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Réponses
a)115, 110, 26,5, 0 et 25,9 kJ/mol
b)60° contre 109,5° ; trois points font un plan
c)Tension torsionnelle ; la chaise n'en a aucune
d)95 % équatorial ; trans plus stable
a) La tension totale s'obtient en multipliant l'excès par CH2 par le nombre de CH2 du cycle. Cyclopropane : 3×(697,1−658,7)=3×38,4=115 kJ/mol. Cyclobutane : 4×27,5=110 kJ/mol. Cyclopentane : 5×5,3=26,5 kJ/mol. Cyclohexane : 6×0=0 kJ/mol. Cycloheptane : 7×3,7=25,9 kJ/mol. Le cyclopropane est de loin le plus tendu, et le cyclohexane est le seul cycle totalement dépourvu de tension : c'est pour cette raison qu'il est omniprésent dans les molécules naturelles, des stéroïdes aux sucres.
b) Un carbone sp3 veut des angles de 109,5°. Le cyclopropane, dont les trois carbones forment nécessairement un triangle équilatéral, impose 60° : l'écart est de près de 50°, le recouvrement des orbitales se fait de biais, sur le côté, d'où des liaisons faibles et une réactivité inhabituelle pour un alcane, puisque le cyclopropane s'ouvre par hydrogénation ou par action du dibrome. Le cyclobutane, à 88°, souffre d'une tension angulaire un peu moindre. La différence décisive est ailleurs : trois points définissent toujours un plan, donc le cyclopropane ne PEUT PAS se déformer hors du plan, et ses six liaisons C−H restent obligatoirement éclipsées deux à deux. Le cyclobutane, lui, a quatre sommets et peut se plisser légèrement, ce qui augmente un peu la tension angulaire mais soulage davantage la tension d'éclipse : le bilan est favorable, et c'est pourquoi le cyclobutane réel n'est pas plan.
c) La tension résiduelle du cyclopentane n'est pas angulaire, elle est TORSIONNELLE : un pentagone plan aurait certes de bons angles, mais toutes ses liaisons C−H voisines seraient éclipsées, ce qui coûte cher. Le cyclopentane adopte donc une forme légèrement gauchie, en enveloppe, qui rétablit un peu de décalage au prix d'une petite tension angulaire ; il reste 26,5 kJ/mol. Le cyclohexane échappe complètement à ce dilemme parce qu'il possède une conformation, la chaise, où les six angles valent exactement 111° et où toutes les liaisons voisines sont parfaitement décalées quand on regarde selon un axe C−C. Aucune tension angulaire, aucune tension de torsion, aucune gêne entre substituants : les 120° d'un hexagone plan ne sont qu'un artefact de dessin, la molécule réelle n'est jamais plane.
d) Le rapport des populations suit K=eΔE/RT=e7300/(8,314×298)=e2,95=19,0. La fraction équatoriale vaut donc 1+19,019,0=0,950, soit 95 % des molécules. Un écart de 7,3 kJ/mol, dérisoire à l'échelle d'une liaison chimique, suffit à déséquilibrer l'équilibre dans un rapport de 19 contre 1 : c'est la sensibilité exponentielle du facteur de Boltzmann, la même qui gouverne les vitesses de réaction en cinétique. La cause physique de cette préférence est la gêne stérique entre le méthyle axial et les deux hydrogènes axiaux situés du même côté du cycle, appelée interaction 1,3-diaxiale. Pour le 1,2-diméthylcyclohexane, il faut examiner ce que chaque diastéréoisomère permet. Le trans autorise une chaise où les deux méthyles sont simultanément équatoriaux, donc sans aucune interaction 1,3-diaxiale. Le cis ne le permet jamais : quelle que soit la chaise choisie, l'un des deux méthyles est forcément axial, et le basculement de chaise ne fait qu'échanger leurs rôles. Le trans est donc le plus stable, d'environ 7 kJ/mol, c'est-à-dire précisément le coût d'un méthyle axial.
Exercice 5 : Les alcynes et l'acidité de l'hydrogène terminal
L'alcyne possède deux liaisons π, donc une réactivité d'addition renforcée. Mais sa propriété la plus remarquable est ailleurs : l'hydrogène porté par un carbone sp terminal est acide, ce qu'aucun autre hydrocarbure ne permet.
Valeurs de pKa : alcane environ 50 ; alcène environ 44 ; alcyne terminal environ 25 ; eau 15,7 ; ammoniac 38.
a) Donnez l'hybridation du carbone dans un alcane, un alcène et un alcyne, et le pourcentage de caractère s correspondant.
b) Expliquez le lien entre caractère s et acidité.
c) De combien d'ordres de grandeur l'alcyne terminal est-il plus acide que l'alcane ? Commentez.
d) L'amidure de sodium NaNH2 déprotone-t-il un alcyne terminal ? Et la soude NaOH ? Justifiez par les pKa.
e) Décrivez l'usage synthétique de l'anion acétylure obtenu.
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Réponses
a)25 %, 33 %, 50 %
b)Doublet plus proche du noyau : base conjuguée stabilisée
c)25 ordres de grandeur
d)NaNH2 oui, NaOH non
e)Alkylation SN2 sur halogénoalcane primaire
a) Alcane : carbone sp3, une part de s pour trois de p, soit 41=25 % de caractère s. Alcène : sp2, soit 31=33 %. Alcyne : sp, soit 21=50 %.
b) Une orbitale s est sphérique et centrée sur le noyau, alors qu'une orbitale p possède des lobes éloignés. Plus une orbitale hybride contient de caractère s, plus les électrons qu'elle porte sont en moyenne PRÈS du noyau, donc fortement retenus et stabilisés. Or l'acidité d'un H se mesure à la stabilité de la BASE CONJUGUÉE, c'est-à-dire du carbanion obtenu après départ du proton. Le doublet libre du carbanion occupe précisément l'orbitale hybride du carbone : dans un anion sp, à 50 % de caractère s, il est bien plus stabilisé que dans un anion sp3 à 25 %. L'alcyne terminal cède donc son proton beaucoup plus volontiers.
c) L'écart de pKa vaut 50−25=25 unités, soit VINGT-CINQ ordres de grandeur, c'est-à-dire un facteur 1025. C'est un écart colossal, comparable à celui qui sépare l'acide chlorhydrique de l'eau, et il ne provient d'aucun groupe fonctionnel : la seule hybridation du carbone suffit à le produire. Cela dit, un pKa de 25 reste celui d'un acide très faible dans l'absolu, bien plus faible que l'eau : l'alcyne terminal n'est acide que par comparaison avec les autres hydrocarbures.
d) L'amidure OUI, la soude NON. Une réaction acidobasique n'est favorable que si elle produit l'acide le plus FAIBLE, donc de pKa le plus grand. Avec NaNH2, on formerait NH3, de pKa 38, à partir d'un alcyne de pKa 25 : on passe de 25 à 38, la réaction est favorable et quantitative. Avec NaOH, on formerait de l'eau, de pKa 15,7, à partir du même alcyne : on irait de 25 vers 15,7, dans le mauvais sens, et l'équilibre resterait très largement à gauche. C'est pourquoi on emploie l'amidure de sodium dans l'ammoniac liquide et jamais la soude.
e) L'anion acétylure R−C≡C− est un excellent NUCLÉOPHILE et une base forte. Son usage principal est l'ALKYLATION : il attaque un halogénoalcane primaire selon un mécanisme SN2, formant une nouvelle liaison carbone-carbone et allongeant la chaîne. C'est l'une des rares méthodes simples permettant de CONSTRUIRE un squelette carboné, ce qui en fait un outil central de la synthèse. Deux limites : l'halogénoalcane doit être primaire, faute de quoi l'anion, très basique, provoque une élimination au lieu de la substitution ; et l'alcyne doit être TERMINAL, puisqu'un alcyne interne ne porte aucun hydrogène acide.
Partie B : Niveau examen (/50)
Exercice 6 : Les diènes conjugués : addition 1,4 et Diels-Alder
Deux doubles liaisons séparées par une seule liaison simple ne se comportent pas comme deux alcènes indépendants : elles forment un système conjugué dont les quatre électrons π sont délocalisés sur les quatre carbones. Deux conséquences en découlent, une addition qui saute par-dessus le milieu du système, et une réaction en un seul geste qui construit un cycle.
On additionne une mole de HBr sur une mole de buta-1,3-diène CH2=CH−CH=CH2. À −80 °C, le mélange obtenu contient 80 % de 3-bromobut-1-ène et 20 % de 1-bromobut-2-ène ; à +40 °C, il en contient respectivement 15 % et 85 %.
a) Écrivez la première étape du mécanisme et montrez que le carbocation formé est allylique. Donnez ses deux formes limites et dites sur quels carbones la charge positive se répartit réellement.
b) Déduisez-en les deux produits possibles, dits d'addition 1,2 et d'addition 1,4, et attribuez chacun à l'un des deux noms de l'énoncé.
c) Interprétez l'inversion des proportions entre −80 °C et +40 °C. Lequel des deux produits est le produit cinétique, lequel est le produit thermodynamique, et pourquoi la température tranche-t-elle ?
d) Le buta-1,3-diène réagit avec l'éthylène pour donner le cyclohexène, en une seule étape et sans intermédiaire. Écrivez le bilan, vérifiez la cohérence des degrés d'insaturation, et expliquez ce que cette réaction, la réaction de Diels-Alder, a d'exceptionnel en synthèse.
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Réponses
a)Cation allylique : charge sur C2 et C4
b)1,2 : 3-bromobut-1-ène ; 1,4 : 1-bromobut-2-ène
c)1,2 cinétique, 1,4 thermodynamique
d)C4H6+C2H4→C6H10 ; DI 3 puis 2 ; deux liaisons C-C
a) Le proton se fixe sur un carbone terminal, ce qui est le seul choix qui laisse un carbocation conjugué : CH2=CH−CH=CH2+H+→CH3−CH+−CH=CH2. Ce carbocation est allylique, c'est-à-dire directement voisin d'une double liaison, et la double liaison peut basculer : la seconde forme limite est CH3−CH=CH−CH2+. La réalité n'est aucune des deux : la charge positive est délocalisée et se répartit sur les deux carbones extrêmes du système, les carbones 2 et 4 de la chaîne d'origine. C'est cette délocalisation qui rend le cation nettement plus stable qu'un carbocation secondaire ordinaire, et qui explique que la protonation ait lieu là et pas ailleurs.
b) L'ion bromure peut attaquer l'un ou l'autre des deux carbones portant la charge. Attaque sur le carbone voisin de celui qui a reçu le proton : on obtient CH3−CHBr−CH=CH2, le 3-bromobut-1-ène, appelé produit d'addition 1,2 parce que H et Br se sont fixés sur deux carbones adjacents du diène. Attaque sur l'autre extrémité : on obtient CH3−CH=CH−CH2Br, le 1-bromobut-2-ène, produit d'addition 1,4, où H et Br occupent les deux bouts du système et où la double liaison s'est DÉPLACÉE au milieu. Ce déplacement de la double liaison est la signature de l'addition 1,4, et il surprend toujours au premier abord.
c) À basse température, le produit 1,2 domine largement ; à température plus élevée, c'est le produit 1,4. Le produit 1,2 est donc le produit CINÉTIQUE : il se forme plus vite, parce que l'ion bromure est statistiquement plus proche du carbone qui vient de recevoir le proton et parce que la barrière d'activation qui y mène est plus basse. Le produit 1,4 est le produit THERMODYNAMIQUE : il est plus stable, car sa double liaison interne est disubstituée alors que celle du produit 1,2 est terminale, donc monosubstituée. La température tranche parce qu'elle décide si la réaction est ou non réversible. À −80 °C, l'énergie disponible ne suffit pas à faire revenir en arrière le produit une fois formé : la composition reflète les VITESSES de formation, donc les barrières. À +40 °C, les deux produits peuvent se reformer en carbocation et s'interconvertir : le système atteint l'équilibre et la composition reflète les STABILITÉS. C'est l'exemple canonique du contrôle cinétique contre le contrôle thermodynamique, et la leçon générale est qu'un produit majoritaire n'est pas nécessairement le plus stable.
d) Le bilan s'écrit C4H6+C2H4→C6H10. Degrés d'insaturation : le buta-1,3-diène a DI=22×4+2−6=2, l'éthylène DI=1, soit 3 au total ; le cyclohexène a DI=22×6+2−10=2. On perd bien une insaturation, ce qui est exact : les trois liaisons π des réactifs ont disparu, une nouvelle liaison π et un cycle sont apparus, soit trois insaturations consommées pour deux recréées ; la liaison π perdue est devenue les deux nouvelles liaisons σ carbone-carbone. Ce qui rend cette réaction exceptionnelle est qu'elle forme DEUX liaisons carbone-carbone simultanément, en une seule étape concertée, sans intermédiaire, sans catalyseur et souvent avec un simple chauffage. Elle construit d'un coup un cycle à six carbones, le motif le plus répandu de la chimie organique, et elle est stéréospécifique : la géométrie des réactifs se retrouve intégralement dans le produit. Former une liaison carbone-carbone est l'opération la plus difficile et la plus précieuse de la synthèse organique ; en former deux d'un seul geste vaut à Diels et Alder leur prix Nobel de 1950.
Exercice 7 : Couper pour identifier : ozonolyse et oxydation des alcènes
Une double liaison peut être coupée net, et les morceaux obtenus racontent où elle se trouvait. L'ozonolyse suivie d'un traitement réducteur au zinc coupe la double liaison et remplace chaque extrémité par un groupe carbonyle : un carbone qui portait un hydrogène donne un aldéhyde, un carbone entièrement substitué donne une cétone. Le permanganate de potassium à chaud et en milieu concentré fait la même coupure mais oxyde les aldéhydes en acides carboxyliques.
Masses molaires (g/mol) : C 12,01 ; H 1,008 ; O 16,00.
a) Un alcène de formule C8H16 donne, par ozonolyse suivie d'un traitement au zinc, un mélange équimolaire de propanal CH3CH2CHO et de pentan-3-one CH3CH2COCH2CH3. Vérifiez le bilan des atomes, puis reconstituez et nommez l'alcène de départ.
b) Prévoyez ce que donnerait le même alcène traité par le permanganate de potassium à chaud et concentré. Quelle information perd-on par rapport à l'ozonolyse, et pourquoi ?
c) L'ozonolyse d'un hydrocarbure de formule C6H10 donne un SEUL produit, l'hexanedial OHC−(CH2)4−CHO. Calculez le degré d'insaturation du composé de départ et déduisez-en sa structure. Expliquez pourquoi le fait d'obtenir un seul produit est ici l'information décisive.
d) Deux échantillons vous sont remis, l'un de cyclohexène et l'autre de benzène. Quels tests simples permettent de les distinguer, et pourquoi le benzène ne réagit-il pas ? Peut-on utiliser l'ozonolyse comme test de présence d'une double liaison ?
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Réponses
a)3-éthylhex-3-ène
b)Acide propanoïque et pentan-3-one
c)DI=2 : cyclohexène
d)Eau de brome ; l'ozonolyse n'est pas un test
a) Le propanal est C3H6O et la pentan-3-one C5H10O, soit ensemble C8H16O2. L'alcène de départ, C8H16, a bien gagné exactement les deux atomes d'oxygène apportés par la coupure : le bilan est cohérent, et il faut toujours le faire avant de dessiner quoi que ce soit. On reconstitue ensuite en effaçant les deux oxygènes et en recollant les deux carbones qui les portaient par une double liaison. Le carbone du propanal portait un hydrogène, celui de la pentan-3-one portait deux groupes éthyle. L'alcène est donc CH3CH2CH=C(CH2CH3)CH2CH3. La chaîne la plus longue passant par la double liaison part du propanal et traverse un des deux éthyles : CH3−CH2−CH=C−CH2−CH3, six carbones, l'autre éthyle restant substituant. La double liaison est en 3 dans les deux sens de numérotation, et l'éthyle reçoit alors le plus petit indice : c'est le 3-éthylhex-3-ène. Le piège est de s'arrêter à une chaîne de cinq carbones, « 3-éthylpent-2-ène », qui ne compterait que sept carbones. Vérification de la formule : 8 carbones et 16 hydrogènes.
b) Le permanganate coupe au même endroit, mais il oxyde tout carbone porteur d'hydrogène jusqu'au stade acide carboxylique. On obtiendrait donc de l'acide propanoïque CH3CH2COOH et, inchangée, la pentan-3-one, qui ne peut plus être oxydée puisque son carbone est entièrement substitué. Ce qu'on perd est la distinction entre un aldéhyde et un acide : l'ozonolyse dit qu'il y avait un hydrogène sur ce carbone, le permanganate le dit aussi mais de façon moins directe, et si l'alcène avait été terminal, le fragment CH2= aurait donné du méthanal identifiable avec l'ozonolyse, alors que le permanganate le pousse jusqu'au dioxyde de carbone qui s'échappe et ne renseigne plus sur rien. Pour une détermination de structure, l'ozonolyse réductrice est donc toujours préférable.
c) DI=22×6+2−10=2 : il y a deux insaturations. Or l'ozonolyse n'en a consommé qu'une, celle de la double liaison. La seconde ne peut donc être qu'un CYCLE. Obtenir un seul produit et non deux est l'information décisive : si la double liaison avait été portée par une chaîne ouverte, la coupure aurait libéré deux fragments distincts. Un produit unique, portant deux fonctions carbonyle aux deux bouts, signifie que les deux extrémités étaient déjà reliées entre elles par le reste de la molécule : couper le cycle en un point ne le sépare pas en deux morceaux, il l'ouvre. Le composé est donc le cyclohexène, et l'hexanedial est le cycle déplié. Ce raisonnement, un produit pour un cycle et deux produits pour une chaîne, est le réflexe à retenir.
d) Le test le plus simple est celui de l'eau de brome : le cyclohexène la décolore immédiatement à froid par addition sur la double liaison, alors que le benzène la laisse orange. Le permanganate dilué et froid donne le même verdict, avec disparition de la couleur violette et apparition d'un précipité brun de dioxyde de manganèse pour le cyclohexène, et rien pour le benzène. La raison est que le benzène n'a pas de vraies doubles liaisons localisées : ses six électrons π sont délocalisés sur tout le cycle et lui confèrent une énergie de résonance d'environ 150 kJ/mol, que toute addition détruirait. Le benzène préfère donc la substitution, qui restaure l'aromaticité, et il exige un catalyseur pour cela. Quant à l'ozonolyse, elle coupe effectivement une double liaison, mais elle serait un très mauvais test de laboratoire : l'ozone est toxique et instable, le montage est lourd, et le résultat n'est pas une couleur qui change mais des produits qu'il faut ensuite identifier. C'est un outil de DÉTERMINATION DE STRUCTURE, pas un test de reconnaissance.
Exercice 8 : La polymérisation des alcènes
Une double liaison peut s'ouvrir non pas pour fixer deux atomes, mais pour se lier au voisin, qui fait de même, et ainsi de suite des milliers de fois : c'est la polymérisation par addition, qui produit la quasi-totalité des matières plastiques courantes.
a) Écrivez le mécanisme radicalaire de la polymérisation de l'éthylène en ses trois phases, et expliquez pourquoi la chaîne s'allonge si longtemps avant de s'arrêter.
b) Un échantillon de polyéthylène a une masse molaire moyenne de 1,4×105 g/mol. Calculez son degré de polymérisation, c'est-à-dire le nombre moyen de motifs par chaîne. Vérifiez ensuite que le pourcentage massique de carbone du polymère est identique à celui du monomère, et expliquez pourquoi.
c) Donnez le motif répétitif du polychlorure de vinyle et du polystyrène, à partir de leurs monomères. Dans le cas du propylène, expliquez pourquoi l'orientation des groupes méthyle le long de la chaîne, la tacticité, change radicalement les propriétés du matériau.
d) Le polyéthylène basse densité est mou et souple, le polyéthylène haute densité est rigide et opaque, alors que les deux sont chimiquement identiques. Expliquez à partir de la structure des chaînes. Terminez en disant pourquoi ces polymères sont si difficiles à dégrader dans l'environnement.
c)−CH2−CHCl− et −CH2−CH(C6H5)− ; isotactique rigide
d)PEBD ramifié, PEHD linéaire ; alcanes inertes
a) Amorçage : un initiateur, typiquement un peroxyde qui se coupe à la chaleur, libère un radical R⋅ qui s'additionne sur une molécule d'éthylène et donne R−CH2−CH2⋅. Propagation : ce nouveau radical s'additionne à son tour sur une molécule d'éthylène, ce qui régénère un radical au bout de la chaîne allongée de deux carbones, et l'opération se répète. Terminaison : deux radicaux se rencontrent et s'apparient, par recombinaison ou par dismutation, ce qui met fin à deux chaînes d'un coup. La chaîne s'allonge très longtemps parce que la propagation est rapide et surtout parce que les radicaux sont extrêmement dilués dans le milieu : un radical rencontre des milliers de molécules de monomère avant d'avoir la chance de croiser un autre radical. C'est un principe général des réactions en chaîne, déjà rencontré avec l'halogénation radicalaire des alcanes.
b) Le degré de polymérisation vaut 28,051,4×105=4991, soit environ 5000 motifs par chaîne. Pourcentage massique de carbone dans le monomère : 28,052×12,01×100=85,6% ; dans le polymère, la chaîne n'est que la répétition du même motif −CH2−CH2−, donc la composition centésimale est rigoureusement la même, 85,6 %. C'est la caractéristique des polymérisations par ADDITION : rien n'est éliminé, le polymère a exactement la formule brute du monomère multipliée par n, et une analyse élémentaire ne permet donc jamais de distinguer l'éthylène du polyéthylène. Il faut une mesure de masse molaire pour cela. Les polymérisations par condensation, comme celle du nylon ou du polyester, se comportent différemment puisqu'elles éliminent une petite molécule à chaque liaison formée.
c) Le chloroéthène CH2=CHCl donne le motif −CH2−CHCl− répété : c'est le polychlorure de vinyle. Le styrène CH2=CH−C6H5 donne −CH2−CH(C6H5)− : c'est le polystyrène. Dans les deux cas, comme pour le propylène qui donne −CH2−CH(CH3)−, chaque motif porte un substituant sur un carbone sur deux, et ce substituant peut pointer d'un côté ou de l'autre du plan de la chaîne. Si tous pointent du même côté, le polymère est isotactique ; s'ils alternent régulièrement, il est syndiotactique ; s'ils sont disposés au hasard, il est atactique. Or une chaîne régulière peut s'empiler avec ses voisines en zones cristallines ordonnées, alors qu'une chaîne irrégulière ne le peut pas. Le polypropylène isotactique est donc un solide rigide, résistant, qui fond vers 165 °C et sert à faire des pare-chocs et des boîtiers, tandis que le polypropylène atactique est une cire molle sans intérêt structural. Même monomère, même formule brute, matériaux sans rapport : c'est la géométrie qui décide, et c'est la maîtrise de cette géométrie par les catalyseurs de Ziegler et Natta qui a valu à ceux-ci le prix Nobel.
d) Le polyéthylène basse densité est produit sous très haute pression par voie radicalaire, un procédé au cours duquel le radical en croissance arrache parfois un hydrogène à sa propre chaîne et crée une ramification. Les chaînes ramifiées s'empilent mal, la cristallinité reste faible, le matériau est peu dense, souple et translucide : c'est le sac plastique et le film alimentaire. Le polyéthylène haute densité est produit à basse pression sur catalyseur, ce qui donne des chaînes linéaires sans ramification, capables de s'empiler serré en zones cristallines : le matériau est plus dense, rigide, opaque et résistant, c'est la bouteille de lait et le bidon. Même formule, même masse molaire, tout se joue sur la ramification. Quant à la dégradation, elle se heurte à une difficulté de fond : une chaîne de polyéthylène n'est qu'une immense molécule d'alcane, et les alcanes sont chimiquement inertes, sans liaison polarisée, sans site électrophile ni nucléophile, sans fonction sur laquelle une enzyme pourrait se fixer. Aucun micro-organisme n'a eu l'occasion, à l'échelle de l'évolution, de développer une enzyme pour un substrat qui n'existait pas avant 1930. La stabilité chimique qui fait la valeur du matériau est exactement ce qui en fait un déchet persistant, comme c'était déjà le cas des composés fluorés et chlorés.
Exercice 9 : Interconversions et synthèse multi-étapes
Passer d'une famille à l'autre est le coeur de la synthèse organique. Les trois hydrocarbures s'interconvertissent par un petit nombre de réactions, qu'il faut savoir enchaîner dans le bon ordre.
On dispose du propane comme unique source carbonée, et de tous les réactifs inorganiques usuels.
a) Comment passer d'un alcane à un alcène ? Et d'un alcène à un alcane ?
b) Comment passer d'un alcène à un alcyne ? Écrivez les deux étapes.
c) Proposez une synthèse du propan-2-ol à partir du propane, en trois étapes.
d) Proposez une synthèse du pent-2-yne à partir du propyne et d'un halogénoalcane approprié.
e) Pourquoi ne peut-on pas préparer le pent-2-yne en alkylant le propyne par le 2-bromopropane ?
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Réponses
a)Halogénation puis élimination ; hydrogénation
b)Br2 puis 2 NaNH2
c)Chloration, élimination, hydratation acide
d)NaNH2 puis bromoéthane
e)E2 : propène au lieu du pent-2-yne
a) De l'ALCANE À L'ALCÈNE : il faut d'abord installer un groupe partant, par halogénation radicalaire, puis provoquer une ÉLIMINATION par une base forte, généralement KOH en solution alcoolique à chaud. Le craquage thermique du pétrole produit le même résultat à l'échelle industrielle. De l'ALCÈNE À L'ALCANE : simple HYDROGÉNATION catalytique par H2 sur platine, palladium ou nickel, réaction quantitative et sans sous-produit.
b) Deux étapes. Première, addition de Br2 sur l'alcène, qui donne un DIBROMOALCANE vicinal, les deux bromes se trouvant sur des carbones voisins. Seconde, DOUBLE ÉLIMINATION par deux équivalents d'amidure de sodium, chaque élimination retirant HBr et créant une liaison π. On obtient l'alcyne. La base doit être très forte, car la seconde élimination, à partir d'un bromoalcène, est difficile.
c) Étape 1, halogénation radicalaire du propane par Cl2 sous lumière ultraviolette : on obtient un mélange, dont on isole le 2-chloropropane, majoritaire à 56 % d'après l'exercice 2. Étape 2, élimination par KOH alcoolique à chaud : on obtient le propène. Étape 3, hydratation en milieu acide, H2O avec H2SO4 : Markovnikov place le OH sur le carbone central, le plus substitué, et l'on obtient le propan-2-ol. On pourrait aussi, plus directement, hydrater le propène obtenu par craquage, mais l'énoncé impose de partir du propane.
d) Le pent-2-yne est CH3−C≡C−CH2−CH3. On le construit à partir du propyne CH3−C≡CH, qui apporte trois carbones, en lui ajoutant un fragment éthyle. Étape 1, déprotonation du propyne par NaNH2 dans l'ammoniac liquide, qui donne l'anion acétylure CH3−C≡C−. Étape 2, alkylation par le BROMOÉTHANE, halogénoalcane primaire, selon un mécanisme SN2 : l'anion attaque le carbone porteur du brome et forme la liaison carbone-carbone. On obtient bien le pent-2-yne.
e) Parce que le 2-bromopropane est un halogénoalcane SECONDAIRE, et que l'anion acétylure n'est pas seulement un bon nucléophile : c'est aussi une BASE très forte, son acide conjugué ayant un pKa de 25. Sur un substrat secondaire, encombré, la substitution SN2 est ralentie par la gêne stérique tandis que l'élimination E2, qui ne demande qu'un hydrogène en position bêta et l'accès à celui-ci, devient compétitive et l'emporte. Le produit majoritaire serait donc le propène, accompagné de propyne régénéré, et non l'alcyne recherché. RÈGLE : les alkylations d'acétylures ne fonctionnent qu'avec des halogénoalcanes PRIMAIRES, et de préférence non ramifiés en bêta.
Exercice 10 : Problème : du pétrole au réservoir
Le raffinage transforme un mélange brut d'hydrocarbures en carburants aux propriétés imposées. Trois opérations y suffisent, et chacune est une application directe de ce chapitre.
Indices d'octane de référence : le 2,2,4-triméthylpentane, dit iso-octane, vaut 100 ; l'heptane linéaire vaut 0.
a) Sur quoi repose la DISTILLATION FRACTIONNÉE du pétrole ? Reliez au a de l'exercice 1.
b) Qu'est-ce que le CRAQUAGE et pourquoi le pratique-t-on ? Quel type de produit fournit-il en plus des alcanes ?
c) L'indice d'octane mesure la résistance à l'auto-allumage. Pourquoi l'iso-octane, très ramifié, vaut-il 100 et l'heptane linéaire 0 ?
d) Le REFORMAGE catalytique transforme des alcanes linéaires en composés ramifiés et aromatiques. En quoi cela améliore-t-il le carburant ?
e) Une voiture consomme 8,0 L aux 100 km et parcourt 15 000 km par an. Estimez sa production annuelle de CO2, à partir du résultat de l'exercice 1.
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Réponses
a)Températures d'ébullition
b)Chaînes courtes et alcènes
c)La ramification freine l'auto-allumage
d)Indice d'octane plus élevé
e)1 200 L, environ 2,6 t de CO2
a) Sur la différence de POINTS D'ÉBULLITION, qui croissent régulièrement avec la longueur de la chaîne à cause des forces de London, comme établi à l'exercice 1. En chauffant le brut au bas d'une colonne, les fractions les plus légères, gaz et essences, montent le plus haut avant de se condenser, tandis que les lourdes, gazoles puis bitumes, se condensent en bas. La séparation est donc purement PHYSIQUE : aucune liaison n'est rompue, on ne fait qu'exploiter une propriété qui varie régulièrement avec la taille des molécules.
b) Le craquage rompt de longues chaînes en fragments plus courts, par chauffage à haute température, craquage thermique, ou sur catalyseur acide, craquage catalytique. On le pratique parce que la demande ne correspond pas à la composition du brut : le marché veut surtout de l'essence, chaînes de 5 à 10 carbones, alors que le pétrole en contient une proportion insuffisante. Le craquage convertit donc les fractions lourdes excédentaires en fractions légères recherchées. Comme il ne se forme pas assez d'hydrogène pour saturer tous les fragments, il produit aussi des ALCÈNES, matière première essentielle de la pétrochimie et des polymères.
c) Parce que l'auto-allumage, ou cliquetis, se produit lorsque le mélange s'enflamme spontanément par compression avant l'étincelle, ce qui provoque une détonation destructrice. Or l'auto-allumage passe par des RADICAUX, et l'on a vu à l'exercice 2 que les radicaux tertiaires, favorisés par la ramification, se forment le plus facilement. Un alcane linéaire comme l'heptane engendre facilement des radicaux secondaires en chaîne le long de sa molécule, ce qui propage l'inflammation : il détone très facilement, d'où l'indice 0. L'iso-octane, très ramifié, offre surtout des hydrogènes primaires, peu réactifs, et ses radicaux tertiaires sont trop stables pour propager efficacement la chaîne : il résiste, d'où l'indice 100. La RAMIFICATION est donc la clé de l'indice d'octane.
d) Le reformage augmente précisément la proportion des espèces qui résistent à l'auto-allumage : les ramifiés, pour la raison exposée en c, et les aromatiques, dont la stabilité de résonance de 152 kJ/mol les rend très difficiles à attaquer par voie radicalaire. L'indice d'octane du carburant monte donc, ce qui autorise des taux de compression plus élevés et, par conséquent, un meilleur rendement du moteur. C'est l'opération qui a remplacé l'ajout de plomb tétraéthyle, interdit depuis pour des raisons sanitaires.
e) La consommation annuelle vaut 1008,0×15000=1200 L. À 2,17 kg de CO2 par litre, cela donne 1200×2,17=2604 kg, soit environ 2,6 tonnes de CO2 par an pour un seul véhicule. L'ordre de grandeur mérite d'être retenu : il correspond à peu près à ce qu'un arbre mature séquestre en un siècle, et il représente une part importante de l'empreinte carbone individuelle dans une région où le chauffage est déjà largement électrique, comme le Québec.
Partie C : les classiques (/50)
Exercice 11 : Le bilan énergétique de l'halogénation : pourquoi le fluor explose et l'iode refuse
La propagation de l'halogénation radicalaire du méthane compte deux étapes : X⋅+CH4→HX+CH3⋅, puis CH3⋅+X2→CH3X+X⋅. L'enthalpie d'une étape vaut l'énergie des liaisons rompues moins celle des liaisons formées.
a) Calculez l'enthalpie des deux étapes de propagation et le bilan pour la chloration.
b) Même calcul pour la bromation. Quelle étape distingue nettement le brome du chlore ?
c) Même calcul pour la fluoration. Pourquoi le mélange méthane-difluor est-il dangereux ?
d) Même calcul pour l'iodation. Peut-on ioder le méthane par voie radicalaire ?
e) Pourquoi l'étape d'initiation n'entre-t-elle pas dans le bilan de la réaction ?
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Réponses
a)+7 et −107 ; bilan −100 kJ/mol
b)+73 et −101 ; bilan −28 kJ/mol
c)−131 et −301 ; bilan −432 kJ/mol : explosif
d)+141 et −88 ; bilan +53 kJ/mol : impossible
e)Initiation compensée par la terminaison
a) Étape 1 : on rompt CH3−H et on forme H−Cl : 439−432=+7 kJ/mol. Étape 2 : on rompt Cl−Cl et on forme CH3−Cl : 243−350=−107 kJ/mol. Bilan : 7−107=−100 kJ/mol, la somme des deux étapes étant l'équation CH4+Cl2→CH3Cl+HCl.
b) Étape 1 : 439−366=+73 kJ/mol. Étape 2 : 193−294=−101 kJ/mol. Bilan : −28 kJ/mol. La différence est dans l'étape 1 : légèrement endothermique pour le chlore, nettement endothermique pour le brome. Son état de transition est donc tardif, proche du radical formé, ce qui rend le brome lent et très sélectif.
c) Étape 1 : 439−570=−131 kJ/mol. Étape 2 : 159−460=−301 kJ/mol. Bilan : −432 kJ/mol. Les deux étapes sont fortement exothermiques et la liaison F−F est très faible : la chaîne s'emballe, la chaleur libérée accélère la réaction, et le mélange peut exploser. On ne fluore pas un alcane avec le difluor pur.
d) Étape 1 : 439−298=+141 kJ/mol. Étape 2 : 151−239=−88 kJ/mol. Bilan : +53 kJ/mol. La réaction est endothermique dans son ensemble, et sa première étape est si coûteuse que la chaîne ne se propage pas : l'iodation radicalaire du méthane ne se fait pas.
e) L'initiation ne fournit que quelques radicaux, en quantité infime devant les milliers de cycles de propagation qu'ils entretiennent ; elle est compensée par la terminaison. Le bilan de la réaction est la somme des deux étapes de propagation, qui redonnent exactement l'équation globale.
Le fil : on calcule chaque étape de propagation par les énergies de liaison ; la première étape décide de la vitesse et de la sélectivité, le bilan décide si la réaction se fait.
Exercice 12 : Hydrater un alcyne : l'énol qui devient carbonyle
En présence d'acide sulfurique et d'ions mercure(II), l'eau s'additionne sur une triple liaison selon Markovnikov. Le produit direct est un ÉNOL, un OH porté par un carbone de double liaison, qui se réarrange aussitôt en composé carbonylé par tautomérie. L'hydroboration par un borane encombré suivie d'une oxydation place au contraire le OH sur le carbone le moins substitué.
a) Quel produit final obtient-on par hydratation acide du propyne CH3−C≡CH ? Quel énol se forme d'abord ?
b) Pourquoi l'énol ne s'isole-t-il pas ?
c) Quel produit donne l'hydroboration-oxydation du propyne ?
d) Combien de produits carbonylés donne l'hydratation acide du but-2-yne ? Et celle du pent-2-yne ? Nommez-les.
e) Le propyne réagit avec deux équivalents de HBr. Nommez le produit, en justifiant la position des deux bromes.
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Réponses
a)Prop-1-én-2-ol puis propanone
b)Tautomérie : la cétone est plus stable
c)Propanal
d)1 : butan-2-one ; 2 : pentan-2-one et pentan-3-one
e)2,2-dibromopropane
a) Markovnikov place le OH sur le carbone le plus substitué, le carbone central : l'énol formé est le prop-1-én-2-ol, CH2=C(OH)−CH3. Il se tautomérise en propanone, CH3−CO−CH3. Un alcyne terminal donne ainsi toujours une méthylcétone, jamais un aldéhyde.
b) L'énol et la cétone sont des tautomères : ils diffèrent par la position d'un hydrogène et d'une double liaison. La forme cétone, avec sa liaison C=O très solide, est beaucoup plus stable, et l'échange est catalysé par l'acide du milieu : l'équilibre est entièrement déplacé vers la cétone.
c) Le bore se fixe sur le carbone terminal, le moins encombré ; l'oxydation remplace le bore par un OH et donne l'énol CH3−CH=CH−OH, qui se tautomérise en aldéhyde : le propanal, CH3−CH2−CHO. Même alcyne, deux méthodes, deux fonctions différentes.
d) Le but-2-yne est symétrique : quel que soit le carbone qui reçoit le OH, on obtient la butan-2-one, un seul produit. Le pent-2-yne ne l'est pas : les deux carbones de la triple liaison portent un méthyle et un éthyle, également substitués, et l'on obtient un mélange de pentan-2-one et de pentan-3-one, soit 2 produits. L'hydratation n'est utile en synthèse que sur un alcyne terminal ou symétrique.
e) Le premier HBr suit Markovnikov et donne le 2-bromopropène. Le second s'additionne sur cet alcène : le proton va sur le CH2 terminal, et le carbocation se forme sur le carbone qui porte déjà le brome, stabilisé par un doublet de celui-ci. Les deux bromes finissent sur le même carbone : le 2,2-dibromopropane, un dihalogénure géminé.
Le fil : l'hydratation d'un alcyne passe par un énol qui devient carbonyle ; la régiosélectivité de l'addition décide entre cétone et aldéhyde.
Exercice 13 : La réaction de Diels-Alder : prévoir le cycle et sa stéréochimie
La réaction de Diels-Alder unit un diène conjugué, qui doit adopter la conformation s-cis où ses deux doubles liaisons sont du même côté de la liaison simple centrale, et un diénophile, d'autant plus réactif qu'il est appauvri en électrons par un groupe attracteur.
Masses molaires en g/mol : anhydride maléique C4H2O3 98,06 ; C 12,01 ; H 1,008 ; O 16,00.
La figure schématise la réaction la plus simple, buta-1,3-diène et éthylène : les deux liaisons en pointillés sont les liaisons sigma créées, et la double liaison du produit est au milieu de l'ancien diène.
a) Le buta-1,3-diène réagit avec l'anhydride maléique. Donnez la formule brute et la masse molaire du produit. Avec 10,0 g d'anhydride maléique et un excès de diène, on isole 13,2 g de produit : calculez le rendement.
b) Parmi le cyclopenta-1,3-diène, le buta-1,3-diène et le penta-1,4-diène, lequel ne peut pas faire de Diels-Alder ? Lequel réagit le plus vite ?
c) Le butadiène réagit avec le maléate de diméthyle, diester cis, puis avec le fumarate de diméthyle, diester trans. Les deux esters du produit sont-ils cis ou trans dans chaque cas ?
d) Classez l'éthylène et le propénal CH2=CH−CHO par réactivité comme diénophiles.
e) On veut préparer le 4-méthylcyclohex-3-ène-1-carbaldéhyde par Diels-Alder. Identifiez le diène et le diénophile, puis vérifiez la formule brute.
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Réponses
a)C8H8O3, 152,15 g/mol ; 85,1 %
b)Penta-1,4-diène impossible ; cyclopentadiène le plus rapide
c)Maléate : cis ; fumarate : trans
d)Propénal > éthylène
e)Isoprène et propénal : C8H12O
a) Le diène apporte quatre carbones, l'anhydride deux carbones de sa double liaison et son cycle anhydride : C4H6+C4H2O3→C8H8O3. M=8×12,01+8×1,008+3×16,00=152,15 g/mol. Quantité d'anhydride : 98,0610,0=0,1020 mol, qui donnerait au mieux 0,1020×152,15=15,52 g. Rendement : 15,5213,2=85,1 %.
b) Le penta-1,4-diène n'a pas de doubles liaisons conjuguées : elles sont séparées par un CH2, il ne peut pas réagir. Le cyclopenta-1,3-diène est bloqué en conformation s-cis par son cycle : il n'a pas à payer le coût de la rotation, et c'est le plus réactif, au point de réagir sur lui-même à température ambiante. Le buta-1,3-diène doit d'abord passer de la conformation s-trans, majoritaire, à la s-cis.
c) La réaction est concertée et stéréospécifique : la géométrie du diénophile se retrouve dans le cycle. Le maléate, cis, donne le diester cis ; le fumarate, trans, donne le diester trans. Deux diénophiles diastéréoisomères donnent deux produits diastéréoisomères.
d) Le groupe CHO attire les électrons de la double liaison du propénal et abaisse l'énergie de son orbitale vacante, ce qui renforce l'interaction avec le diène riche en électrons. Le propénal est un bien meilleur diénophile que l'éthylène, qui ne réagit qu'à haute température et sous pression.
e) Le cycle à six porte une double liaison entre C3 et C4 : les carbones C2, C3, C4 et C5 viennent du diène, C1 et C6 du diénophile. Le méthyle en C4 vient du 2-méthylbuta-1,3-diène, l'isoprène, et le CHO en C1 du propénal. Formule : C5H8+C3H4O→C8H12O, et le produit compte bien 8 carbones, 12 hydrogènes et un oxygène.
Le fil : on repère la nouvelle double liaison du cycle, les quatre carbones du diène autour d'elle, les deux du diénophile en face ; la géométrie du diénophile passe intacte dans le produit.
Exercice 14 : Problème : le caoutchouc naturel, un polymère de l'isoprène
Le caoutchouc naturel, extrait du latex de l'hévéa, est un polymère de l'isoprène, le 2-méthylbuta-1,3-diène C5H8. Chaque motif s'y enchaîne par ses carbones 1 et 4, sous la forme −CH2−C(CH3)=CH−CH2−, avec une double liaison de configuration Z. La gutta-percha, tirée d'un autre arbre, est le même polymère avec des doubles liaisons E.
Masses molaires en g/mol : C 12,01 ; H 1,008 ; S 32,07.
La figure dessine deux motifs consécutifs de chacun des deux polymères ; les pointillés marquent la suite de la chaîne.
a) Calculez le degré d'insaturation et la masse molaire de l'isoprène. Combien de doubles liaisons restent par motif dans le polymère ?
b) L'ozonolyse du caoutchouc naturel donne un seul produit, le 4-oxopentanal CH3COCH2CH2CHO. Montrez que ce résultat confirme l'enchaînement 1,4 régulier.
c) Un caoutchouc a une masse molaire moyenne de 1,0×106 g/mol. Calculez son degré de polymérisation.
d) Le caoutchouc est souple et élastique, la gutta-percha dure et cassante. Expliquez par la configuration des doubles liaisons.
e) La vulcanisation crée des ponts de soufre entre les chaînes. Pour 100 g de caoutchouc et 3,0 g de soufre, combien de motifs isoprène compte-t-on par atome de soufre ?
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Réponses
a)DI=2, 68,11 g/mol ; une double liaison par motif
b)Un seul fragment : enchaînement régulier
c)Environ 1,47×104 motifs
d)Z coude les chaînes ; E les aligne
e)Environ 15,7 motifs par atome de soufre
a) DI=22(5)+2−8=2 : les deux doubles liaisons conjuguées. M=5×12,01+8×1,008=68,11 g/mol. La polymérisation 1,4 consomme une liaison π par motif pour créer les liaisons entre motifs, et déplace l'autre au milieu : il reste 1 double liaison par motif, entre C2 et C3.
b) La chaîne s'écrit ⋯CH2−C(CH3)=CH−CH2−CH2−C(CH3)=CH−CH2⋯. Couper chaque double liaison libère le fragment compris entre deux coupures : =CH−CH2−CH2−C(CH3)=, qui devient OHC−CH2−CH2−CO−CH3, le 4-oxopentanal. Un produit unique signifie que tous les motifs sont enchaînés de la même façon, tête à queue ; des enchaînements irréguliers donneraient aussi des dialdéhydes ou des dicétones.
c) 68,111,0×106≈1,47×104 : environ quinze mille motifs par chaîne.
d) Une double liaison Z coude la chaîne : les chaînes du caoutchouc ne s'alignent pas, restent désordonnées et pelotonnées, et s'étirent quand on tire avant de revenir. Les doubles liaisons E de la gutta-percha donnent des chaînes presque rectilignes qui s'empilent en zones cristallines : le matériau est dur. Même formule, même enchaînement, seule la configuration change.
e) Motifs : 68,11100=1,468 mol. Soufre : 32,073,0=0,0935 mol. Rapport : 0,09351,468≈15,7, soit environ un atome de soufre pour seize motifs. Quelques ponts suffisent : ils empêchent les chaînes de glisser les unes sur les autres, et le caoutchouc revient à sa forme au lieu de fluer.
Le fil : le polymère d'un diène garde une double liaison par motif ; sa configuration décide des propriétés, et l'ozonolyse relit l'enchaînement.
Exercice 15 : Problème : synthétiser la phéromone de la mouche domestique
La mouche domestique femelle attire les mâles avec le (Z)-tricos-9-ène, CH3(CH2)7CH=CH(CH2)12CH3. On le prépare à partir de l'éthyne par deux alkylations successives, puis par réduction de la triple liaison.
Deux réductions sont possibles : H2 sur palladium désactivé, le catalyseur de Lindlar, qui s'arrête à l'alcène et ajoute les deux hydrogènes du même côté ; ou le sodium dans l'ammoniac liquide, qui donne l'alcène E.
Masses molaires en g/mol : C 12,01 ; H 1,008 ; Br 79,90.
a) Donnez la formule brute, le degré d'insaturation et la masse molaire de la phéromone.
b) Quel alcyne faut-il réduire, et quels bromoalcanes faut-il fixer sur l'éthyne ?
c) Pourquoi déprotone-t-on l'éthyne par l'amidure de sodium avant chaque alkylation, et pourquoi faut-il des bromoalcanes primaires ?
d) Quelle réduction choisir pour la dernière étape ? Qu'obtiendrait-on avec l'autre ?
e) Les trois étapes ont des rendements de 85 %, 80 % et 90 %. Calculez le rendement global, puis la masse de phéromone obtenue à partir de 10,0 g de 1-bromooctane, réactif limitant.
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Réponses
a)C23H46, DI=1, 322,6 g/mol
b)Tricos-9-yne ; 1-bromooctane et 1-bromotridécane
a) 8+2+13=23 carbones. Un alcène acyclique : C23H46, DI=22(23)+2−46=1. M=23×12,01+46×1,008=322,6 g/mol.
b) L'alcène Z vient de l'alcyne de même squelette, le tricos-9-yne CH3(CH2)7C≡C(CH2)12CH3. L'éthyne apporte les deux carbones de la triple liaison ; il faut lui fixer un octyle et un tridécyle, donc le 1-bromooctane et le 1-bromotridécane.
c) L'hydrogène d'un alcyne terminal a un pKa voisin de 25 : il faut une base plus forte que l'hydroxyde, l'amidure, pour former l'acétylure nucléophile. Chaque alkylation consomme l'acétylure, et l'alcyne monoalkylé garde un hydrogène terminal qu'il faut déprotoner à nouveau. L'acétylure étant aussi une base très forte, un bromoalcane secondaire ou tertiaire subirait une élimination ; seul un primaire donne la substitution.
d) Le catalyseur de Lindlar : il ajoute les deux hydrogènes du même côté et donne l'alcène Z, la phéromone. Le sodium dans l'ammoniac donnerait le (E)-tricos-9-ène, un diastéréoisomère que les récepteurs de la mouche ne reconnaissent pas.
e) Rendement global : 0,85×0,80×0,90=0,612, soit 61,2 %. M(C8H17Br)=8×12,01+17×1,008+79,90=193,1 g/mol, donc n=193,110,0=0,0518 mol. Phéromone : 0,0518×0,612×322,6=10,2 g. Les rendements se multiplient : trois étapes honorables font perdre près de 40 % de la matière.
Le fil : on remonte d'un alcène Z à un alcyne, puis à l'éthyne et à deux bromoalcanes primaires ; la réduction finale décide de la configuration.
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