Exercice 1 : Trois molécules de même masse, trois températures d'ébullition
On compare trois composés de masse molaire pratiquement identique : le butan--ol ( g/mol, degrés Celsius), l'éthoxyéthane ( g/mol, degrés Celsius) et le pentane ( g/mol, degrés Celsius).
Le butan--ol et l'éthoxyéthane sont des isomères de constitution : même formule brute , mais l'un est un alcool et l'autre un éther.
- a) Définissez alcool primaire, secondaire et tertiaire, puis classez le butan--ol, le butan--ol et le -méthylpropan--ol.
- b) Expliquez l'écart de degrés entre le butan--ol et l'éthoxyéthane, puis expliquez pourquoi l'éthoxyéthane et le pentane bouillent pratiquement à la même température alors que l'un contient un oxygène et l'autre pas.
- c) Le -méthylpropan--ol bout à degrés Celsius, soit degrés plus bas que le butan--ol, alors que les deux portent un et ont la même formule brute. Justifiez.
- d) Le méthanol, l'éthanol et le propan--ol sont miscibles à l'eau en toutes proportions ; le butan--ol n'y est soluble qu'à g pour mL et l'octan--ol à g pour mL. Expliquez cette chute par la compétition entre deux parties de la molécule.
- e) L'éthane--diol bout à degrés Celsius et le propane--triol à degrés Celsius. Justifiez, et indiquez à quoi sert le premier dans une voiture à Montréal en janvier.
Voir la correction
a) La classe se lit sur le carbone qui PORTE le groupe hydroxyle, en comptant combien d'autres CARBONES lui sont liés : un seul pour un alcool primaire, deux pour un secondaire, trois pour un tertiaire. Le butan--ol, , porte le sur un carbone terminal lié à un seul carbone : PRIMAIRE. Le butan--ol le porte sur un carbone lié à deux carbones : SECONDAIRE. Le -méthylpropan--ol le porte sur un carbone lié à trois méthyles : TERTIAIRE. Attention au piège classique : on ne compte pas les hydrogènes, et le méthanol est conventionnellement rangé à part, comme un cas particulier d'alcool primaire.
b) L'alcool possède un hydrogène porté par l'oxygène : il est donc à la fois DONNEUR et ACCEPTEUR de liaison hydrogène, et les molécules de butan--ol s'associent entre elles en un réseau qu'il faut casser pour vaporiser le liquide. L'éther n'a aucun hydrogène sur son oxygène : il est ACCEPTEUR seulement, donc deux molécules d'éthoxyéthane ne peuvent pas se lier l'une à l'autre par liaison hydrogène. Il ne lui reste que les forces de London et une faible interaction dipôle-dipôle, exactement comme au pentane, d'où les et degrés Celsius quasi identiques. La bonne conclusion à retenir : ce qui compte n'est pas la PRÉSENCE d'un oxygène, c'est la présence d'un .
c) Les deux composés ont la même formule brute et la même fonction, donc la même capacité à faire des liaisons hydrogène : ce n'est pas là qu'est la différence. Elle est dans la FORME. Le butan--ol est une chaîne étirée, presque cylindrique, dont la grande surface latérale permet un contact étendu avec les voisines et donc des forces de London importantes. Le -méthylpropan--ol est ramassé en boule autour de son carbone central : à volume égal, une sphère offre la plus petite surface possible, donc le moins de contact. Les forces de London s'effondrent et la température d'ébullition tombe de degrés. C'est la même règle que pour les alcanes ramifiés du chapitre des hydrocarbures.
d) Une molécule d'alcool a deux personnalités opposées : la TÊTE , polaire, qui fait des liaisons hydrogène avec l'eau et donc aime l'eau, et la QUEUE hydrocarbonée, apolaire, qui ne peut que perturber le réseau de liaisons hydrogène de l'eau sans rien lui offrir en échange. Tant que la queue est courte, la tête l'emporte et la miscibilité est totale. À partir de quatre carbones l'équilibre bascule et la solubilité chute ; à huit carbones, la queue domine tellement que le composé est pratiquement insoluble et se comporte comme un hydrocarbure. Une règle d'atelier utile : environ un pour quatre carbones au maximum si l'on veut rester soluble dans l'eau.
e) Chaque groupe hydroxyle supplémentaire ajoute un site donneur ET un site accepteur, donc multiplie les points d'ancrage entre molécules. L'éthane--diol en a deux et le propane--triol en a trois : le réseau devient si dense qu'il faut chauffer bien au-delà de l'eau pour le rompre, d'où et degrés Celsius, et d'où aussi la viscosité sirupeuse du second. L'éthane--diol, connu sous le nom d'éthylène glycol, est l'ANTIGEL du circuit de refroidissement : ajouté à l'eau, il abaisse fortement le point de congélation par effet colligatif tout en montant le point d'ébullition, ce qui protège le moteur aux deux extrêmes d'un hiver et d'un été montréalais. Il est en revanche très toxique par ingestion, pour une raison que l'exercice éclairera : l'organisme l'oxyde en acide oxalique.