Exercice 1 : La spectrométrie de masse : formule brute et amas isotopiques
Le spectromètre de masse ionise la molécule, la fragmente, et pèse tous les morceaux. Le premier renseignement à en tirer n'est pas un fragment mais le pic MOLÉCULAIRE.
Abondances isotopiques : pour cent et pour cent ; pour cent et pour cent ; pour cent.
- a) Un composé a un pic moléculaire à , et le pic vaut pour cent de . Déduisez le nombre d'azotes et le nombre de carbones, puis proposez une formule brute.
- b) Justifiez la règle de l'azote à partir des valences et des masses des atomes usuels.
- c) Deux composés présentent l'un un pic valant pour cent de , l'autre un pic pratiquement ÉGAL à . Identifiez l'halogène dans chaque cas et calculez le rapport théorique attendu.
- d) Un composé de masse perd successivement , puis , puis unités. Proposez pour chaque perte le fragment expulsé et dites ce que l'ensemble suggère.
- e) Le spectre de l'éthylbenzène est dominé par un pic à bien plus intense que le pic moléculaire à . Identifiez ce fragment et expliquez son intensité exceptionnelle.
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a) La masse est IMPAIRE, donc le composé contient un nombre IMPAIR d'azotes : le plus simple est UN azote. Le pic provient presque entièrement de la présence d'un carbone dans la molécule ; comme chaque carbone a pour cent de chances d'être un carbone , le rapport vaut environ pour cent. On résout , d'où carbones. Il reste à compléter : carbones pèsent , un azote , ce qui fait et laisse unités. Onze hydrogènes conviennent exactement et donnent , dont on vérifie le degré d'insaturation, : molécule saturée et acyclique, ce qui est cohérent. C'est une amine en , par exemple la butan--amine ou la diéthylamine. On notera la puissance de la méthode : trois nombres lus sur un spectre ont donné la formule brute complète.
b) Les atomes courants de la chimie organique ont tous, sauf l'azote, une propriété commune : leur masse la plus abondante et leur valence sont de PARITÉ identique. Le carbone pèse et est tétravalent, pair et pair ; l'oxygène pèse et est divalent, pair et pair ; l'hydrogène pèse et est monovalent, impair et impair ; les halogènes sont monovalents et de masse impaire. L'azote fait exception : il pèse , une masse PAIRE, mais il est trivalent, une valence IMPAIRE. Chaque azote introduit donc un décalage de parité. Une molécule sans azote, ou à nombre pair d'azotes, a nécessairement une masse molaire nominale PAIRE ; un nombre impair d'azotes la rend IMPAIRE. La règle n'est donc pas une recette empirique mais une conséquence directe du fait que le squelette doit être saturé en liaisons, et c'est le premier réflexe à avoir devant un spectre de masse.
c) Le premier composé contient un CHLORE. Le rapport théorique est celui des abondances, , soit pour cent, en accord avec les pour cent observés. On retient la silhouette caractéristique d'un amas pour . Le second contient un BROME. Le rapport théorique vaut , soit pour cent : les deux pics sont pratiquement de même hauteur, silhouette de deux tours jumelles impossible à confondre. Ces deux amas sont les plus faciles à repérer de toute la spectrométrie de masse, et ils permettent de conclure à la présence de l'halogène AVANT même de connaître la formule. On notera que deux chlores donneraient un amas à trois pics dans le rapport pour pour , et que l'iode, monoisotopique, ne donne au contraire aucun amas mais se trahit par une perte de .
d) La perte de correspond à un radical MÉTHYLE , ce qui indique la présence d'au moins un méthyle sur la molécule. La perte de peut correspondre à ou à ; il faut donc une information complémentaire pour trancher, typiquement l'infrarouge, qui montrera ou non un carbonyle. La perte de correspond soit au propyle , soit et surtout à l'ACYLIUM , fragment extrêmement fréquent. La cohérence de l'ensemble est instructive : perdre et perdre en gardant la même molécule de départ suggère fortement un groupe , qui peut céder son méthyle ou partir en entier. On penchera donc pour une méthylcétone ou un ester d'éthanoate. Ce raisonnement illustre la règle d'or de l'interprétation : un fragment isolé ne prouve rien, c'est la COMBINAISON des pertes qui identifie un motif.
e) Le fragment à a pour formule . Il naît d'une coupure BENZYLIQUE, c'est-à-dire de la rupture de la liaison située juste au-delà du carbone porté par le cycle, ce qui expulse ici un radical méthyle depuis . Le cation benzyle ainsi formé est déjà stabilisé par résonance sur le cycle, mais il fait mieux : il se réarrange immédiatement en ion TROPYLIUM, un cycle à SEPT carbones portant sept hydrogènes et une charge positive. Cet ion possède six électrons délocalisés sur un cycle plan et entièrement conjugué : il satisfait donc la règle de Hückel avec et il est AROMATIQUE. Cette aromaticité lui confère une stabilité exceptionnelle, sans commune mesure avec celle d'un carbocation ordinaire, et un fragment très stable est un fragment qui s'accumule : d'où un pic de base souvent bien plus intense que le pic moléculaire lui-même. Le pic à est de ce fait la signature quasi certaine d'un cycle aromatique portant une chaîne latérale d'au moins deux carbones, et l'un des rares fragments qu'il faut connaître par coeur.