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Chimie organique • Complément québécois de Terminale et cégep à Montréal

Exercices corrigés : la spectroscopie et la détermination de structure

Jusqu'ici, identifier un composé demandait de le faire réagir : Tollens, Lucas, Hinsberg, iodoforme. Chacun de ces tests détruit une partie de l'échantillon et ne répond qu'à une seule question. La spectroscopie renverse la méthode : on éclaire quelques milligrammes, on ne casse rien, et l'on obtient la structure complète.

Les quatre techniques ne se recoupent pas. La spectrométrie de masse donne la formule brute, l'infrarouge donne les FONCTIONS, la résonance magnétique du proton donne le squelette et le voisinage de chaque hydrogène, et celle du carbone 13 compte les carbones inéquivalents, donc la symétrie. Une élucidation propre les utilise dans cet ordre.

Rappel de cours

  • DEGRÉ D'INSATURATION : 2nC+2+nNnHnX2\frac{2n_{C}+2+n_{N}-n_{H}-n_{X}}{2}, l'oxygène étant ignoré. Chaque unité vaut une double liaison ou un cycle ; un cycle aromatique en vaut QUATRE.
  • SPECTROMÉTRIE DE MASSE. Le pic M+M^{+} donne la masse molaire. RÈGLE DE L'AZOTE : une masse IMPAIRE signale un nombre IMPAIR d'azotes. M+1M+1 vaut environ 1,11{,}1 pour cent de MM par atome de carbone. UN chlore donne M+2M+2 à 3232 pour cent de MM ; UN brome donne M+2M+2 à peu près ÉGAL à MM.
  • PERTES CARACTÉRISTIQUES : 1515 (CH3CH_{3}), 1717 (OHOH), 1818 (H2OH_{2}O), 2929 (CHOCHO ou C2H5C_{2}H_{5}), 3131 (OCH3OCH_{3}), 4545 (COOHCOOH). Fragments : m/z=91m/z=91 tropylium (benzylique), m/z=43m/z=43 acylium CH3CO+CH_{3}CO^{+}.
  • INFRAROUGE, bandes à connaître en cm1^{-1} : OHO-H alcool 32003200 à 36003600 large ; OHO-H acide 25002500 à 33003300 TRÈS large ; NHN-H 33003300 à 35003500, DEUX bandes si primaire, UNE si secondaire ; CHC-H sp3sp^{3} 28502850-29602960, sp2sp^{2} 30003000-31003100, alcyne terminal 33003300 fin ; CNC\equiv N 22502250 ; C=CC=C 16501650 ; aromatique 14501450-16001600.
  • POSITION DU CARBONYLE, la donnée la plus utile du chapitre : chlorure d'acyle 18001800 ; anhydride 17601760 ET 18201820 ; ester 17351735 ; aldéhyde 17251725 ; cétone 17151715 ; acide 17101710 ; amide 16501650. La conjugaison ABAISSE d'environ 3030 cm1^{-1}, la tension de cycle l'ÉLÈVE.
  • L'aldéhyde se signale en outre par un DOUBLET de bandes CHC-H à 27202720 et 28202820 cm1^{-1}, absent de toute cétone.
  • RMN DU PROTON, quatre informations : le NOMBRE de signaux donne le nombre d'hydrogènes inéquivalents ; le DÉPLACEMENT chimique donne l'environnement ; l'INTÉGRATION donne les proportions ; la MULTIPLICITÉ donne le nombre de voisins par la règle du n+1n+1.
  • DÉPLACEMENTS en ppm : TMSTMS 00 ; alcane 0,90{,}9 à 1,51{,}5 ; en alpha d'un C=OC=O 2,12{,}1 à 2,52{,}5 ; benzylique 2,32{,}3 ; lié à OO 3,43{,}4 à 4,04{,}0 ; vinylique 4,54{,}5 à 6,56{,}5 ; aromatique 6,56{,}5 à 8,08{,}0 ; aldéhyde 9,59{,}5 à 1010 ; acide 1010 à 1313 large.
  • RMN DU CARBONE 13 : l'abondance du carbone 1313 n'étant que de 1,11{,}1 pour cent, deux carbones 1313 ne sont pratiquement jamais voisins et ne se couplent pas ; avec découplage du proton, chaque carbone inéquivalent donne UN SINGULET. Le nombre de signaux mesure donc directement la SYMÉTRIE.

Partie A : Les quatre techniques (/50)

Exercice 1 : La spectrométrie de masse : formule brute et amas isotopiques

Le spectromètre de masse ionise la molécule, la fragmente, et pèse tous les morceaux. Le premier renseignement à en tirer n'est pas un fragment mais le pic MOLÉCULAIRE.

Abondances isotopiques : 35Cl^{35}Cl 75,875{,}8 pour cent et 37Cl^{37}Cl 24,224{,}2 pour cent ; 79Br^{79}Br 50,750{,}7 pour cent et 81Br^{81}Br 49,349{,}3 pour cent ; 13C^{13}C 1,11{,}1 pour cent.

  • a) Un composé a un pic moléculaire à m/z=73m/z=73, et le pic M+1M+1 vaut 4,44{,}4 pour cent de MM. Déduisez le nombre d'azotes et le nombre de carbones, puis proposez une formule brute.
  • b) Justifiez la règle de l'azote à partir des valences et des masses des atomes usuels.
  • c) Deux composés présentent l'un un pic M+2M+2 valant 3232 pour cent de MM, l'autre un pic M+2M+2 pratiquement ÉGAL à MM. Identifiez l'halogène dans chaque cas et calculez le rapport théorique attendu.
  • d) Un composé de masse M=100M=100 perd successivement 1515, puis 2929, puis 4343 unités. Proposez pour chaque perte le fragment expulsé et dites ce que l'ensemble suggère.
  • e) Le spectre de l'éthylbenzène est dominé par un pic à m/z=91m/z=91 bien plus intense que le pic moléculaire à 106106. Identifiez ce fragment et expliquez son intensité exceptionnelle.
Voir la correction

a) La masse 7373 est IMPAIRE, donc le composé contient un nombre IMPAIR d'azotes : le plus simple est UN azote. Le pic M+1M+1 provient presque entièrement de la présence d'un carbone 1313 dans la molécule ; comme chaque carbone a 1,11{,}1 pour cent de chances d'être un carbone 1313, le rapport M+1M\frac{M+1}{M} vaut environ 1,1nC1{,}1\,n_{C} pour cent. On résout 1,1nC=4,41{,}1\,n_{C}=4{,}4, d'où nC=4n_{C}=4 carbones. Il reste à compléter : 44 carbones pèsent 4848, un azote 1414, ce qui fait 6262 et laisse 1111 unités. Onze hydrogènes conviennent exactement et donnent C4H11NC_{4}H_{11}N, dont on vérifie le degré d'insaturation, 2×4+2+1112=0\frac{2\times 4+2+1-11}{2}=0 : molécule saturée et acyclique, ce qui est cohérent. C'est une amine en C4C_{4}, par exemple la butan-11-amine ou la diéthylamine. On notera la puissance de la méthode : trois nombres lus sur un spectre ont donné la formule brute complète.

b) Les atomes courants de la chimie organique ont tous, sauf l'azote, une propriété commune : leur masse la plus abondante et leur valence sont de PARITÉ identique. Le carbone pèse 1212 et est tétravalent, pair et pair ; l'oxygène pèse 1616 et est divalent, pair et pair ; l'hydrogène pèse 11 et est monovalent, impair et impair ; les halogènes sont monovalents et de masse impaire. L'azote fait exception : il pèse 1414, une masse PAIRE, mais il est trivalent, une valence IMPAIRE. Chaque azote introduit donc un décalage de parité. Une molécule sans azote, ou à nombre pair d'azotes, a nécessairement une masse molaire nominale PAIRE ; un nombre impair d'azotes la rend IMPAIRE. La règle n'est donc pas une recette empirique mais une conséquence directe du fait que le squelette doit être saturé en liaisons, et c'est le premier réflexe à avoir devant un spectre de masse.

c) Le premier composé contient un CHLORE. Le rapport théorique est celui des abondances, 24,275,8=0,319\frac{24{,}2}{75{,}8}=0{,}319, soit 31,931{,}9 pour cent, en accord avec les 3232 pour cent observés. On retient la silhouette caractéristique d'un amas 33 pour 11. Le second contient un BROME. Le rapport théorique vaut 49,350,7=0,972\frac{49{,}3}{50{,}7}=0{,}972, soit 97,297{,}2 pour cent : les deux pics sont pratiquement de même hauteur, silhouette de deux tours jumelles impossible à confondre. Ces deux amas sont les plus faciles à repérer de toute la spectrométrie de masse, et ils permettent de conclure à la présence de l'halogène AVANT même de connaître la formule. On notera que deux chlores donneraient un amas à trois pics dans le rapport 99 pour 66 pour 11, et que l'iode, monoisotopique, ne donne au contraire aucun amas mais se trahit par une perte de 127127.

d) La perte de 1515 correspond à un radical MÉTHYLE CH3CH_{3}, ce qui indique la présence d'au moins un méthyle sur la molécule. La perte de 2929 peut correspondre à CHOCHO ou à C2H5C_{2}H_{5} ; il faut donc une information complémentaire pour trancher, typiquement l'infrarouge, qui montrera ou non un carbonyle. La perte de 4343 correspond soit au propyle C3H7C_{3}H_{7}, soit et surtout à l'ACYLIUM CH3CO+CH_{3}CO^{+}, fragment extrêmement fréquent. La cohérence de l'ensemble est instructive : perdre 1515 et perdre 4343 en gardant la même molécule de départ suggère fortement un groupe CH3COCH_{3}CO-, qui peut céder son méthyle ou partir en entier. On penchera donc pour une méthylcétone ou un ester d'éthanoate. Ce raisonnement illustre la règle d'or de l'interprétation : un fragment isolé ne prouve rien, c'est la COMBINAISON des pertes qui identifie un motif.

e) Le fragment à m/z=91m/z=91 a pour formule C7H7+C_{7}H_{7}^{+}. Il naît d'une coupure BENZYLIQUE, c'est-à-dire de la rupture de la liaison située juste au-delà du carbone porté par le cycle, ce qui expulse ici un radical méthyle depuis C6H5CH2CH3C_{6}H_{5}CH_{2}-CH_{3}. Le cation benzyle ainsi formé est déjà stabilisé par résonance sur le cycle, mais il fait mieux : il se réarrange immédiatement en ion TROPYLIUM, un cycle à SEPT carbones portant sept hydrogènes et une charge positive. Cet ion possède six électrons π\pi délocalisés sur un cycle plan et entièrement conjugué : il satisfait donc la règle de Hückel avec n=1n=1 et il est AROMATIQUE. Cette aromaticité lui confère une stabilité exceptionnelle, sans commune mesure avec celle d'un carbocation ordinaire, et un fragment très stable est un fragment qui s'accumule : d'où un pic de base souvent bien plus intense que le pic moléculaire lui-même. Le pic à 9191 est de ce fait la signature quasi certaine d'un cycle aromatique portant une chaîne latérale d'au moins deux carbones, et l'un des rares fragments qu'il faut connaître par coeur.

Partie A : Les quatre techniques (/50)

Exercice 2 : L'infrarouge : la position du carbonyle trahit le dérivé

L'infrarouge ne donne ni la formule ni le squelette. Il donne les FONCTIONS, et il le fait mieux que n'importe quel test chimique parce qu'il les donne toutes à la fois.

Le tableau rassemble la position de la bande C=OC=O pour les principaux dérivés. C'est la donnée la plus rentable du chapitre : elle ne distingue pas seulement un carbonyle d'autre chose, elle distingue les carbonyles ENTRE EUX.

ComposéC=OC=O (cm1^{-1})ComposéC=OC=O (cm1^{-1})
Chlorure d'acyle1800Aldéhyde1725
Anhydride1760 et 1820Cétone1715
Ester1735Acide carboxylique1710
Amide1650Cétone conjuguée1685
  • a) La loi de Hooke donne ν~=12πckμ\tilde{\nu}=\frac{1}{2\pi c}\sqrt{\frac{k}{\mu}}, où kk est la constante de force de la liaison et μ\mu la masse réduite. Déduisez-en pourquoi une liaison CHC-H vibre vers 30003000 cm1^{-1} alors qu'une liaison COC-O vibre vers 11001100.
  • b) Calculez le rapport ν~(CD)ν~(CH)\frac{\tilde{\nu}(C-D)}{\tilde{\nu}(C-H)} à constante de force égale, et prévoyez la position de la bande CDC-D.
  • c) Lisez le tableau et montrez que l'ordre des positions du carbonyle reproduit EXACTEMENT la hiérarchie de réactivité des dérivés d'acides. Expliquez pourquoi les deux classements coïncident.
  • d) Justifiez que l'anhydride donne DEUX bandes et que la conjugaison abaisse la fréquence d'environ 3030 cm1^{-1}.
  • e) Quatre composés de formule C3H6OC_{3}H_{6}O donnent respectivement : A, 17251725 plus un doublet à 27202720 et 28202820 ; B, 17151715 seul ; C, 33503350 large plus 16451645 plus 30803080 ; D, aucune bande entre 16001600 et 18001800, aucune au-dessus de 31003100, mais une forte bande à 11001100. Identifiez les quatre.
Voir la correction

a) La formule montre que le nombre d'onde croît avec la constante de force kk, qui mesure la rigidité de la liaison, et DÉCROÎT avec la masse réduite μ\mu, qui mesure l'inertie des deux atomes. Pour la liaison CHC-H, la masse réduite vaut 12×113=0,92\frac{12\times 1}{13}=0{,}92 : elle est très petite, parce qu'un des deux partenaires est l'atome le plus léger qui soit. Pour la liaison COC-O, elle vaut 12×1628=6,86\frac{12\times 16}{28}=6{,}86, soit sept fois plus. À constante de force comparable, ce seul facteur divise déjà le nombre d'onde par 7,42,7\sqrt{7{,}4}\approx 2{,}7. S'y ajoute le fait que COC-O est une liaison simple entre deux atomes lourds, un peu moins raide qu'une liaison CHC-H. Le résultat est bien un facteur voisin de trois entre 30003000 et 11001100 cm1^{-1}. Il faut retenir la règle qualitative : les liaisons à l'HYDROGÈNE sont toujours en haut du spectre, au-dessus de 25002500, et tout ce qui est en dessous concerne des liaisons entre atomes lourds. C'est ce qui explique la structure du spectre infrarouge en deux régions.

b) La constante de force ne dépend que de la nature électronique de la liaison, or le deutérium a exactement les mêmes électrons que l'hydrogène : kk est donc inchangé et seul μ\mu varie. On calcule μ(CH)=12×113=0,923\mu(C-H)=\frac{12\times 1}{13}=0{,}923 et μ(CD)=12×214=1,714\mu(C-D)=\frac{12\times 2}{14}=1{,}714. Le rapport des nombres d'onde vaut μ(CH)μ(CD)=0,9231,714=0,5385=0,734\sqrt{\frac{\mu(C-H)}{\mu(C-D)}}=\sqrt{\frac{0{,}923}{1{,}714}}=\sqrt{0{,}5385}=0{,}734. La bande CDC-D se situe donc vers 3000×0,73422003000\times 0{,}734\approx 2200 cm1^{-1}, ce que l'expérience confirme. C'est une région du spectre presque vide par ailleurs, ce qui rend le marquage au deutérium très commode pour suivre un atome précis. On rapprochera ce calcul de l'effet isotopique cinétique rencontré au chapitre des composés aromatiques : c'est la même masse réduite qui, là, ralentissait la rupture de la liaison.

c) Le tableau donne, par fréquence décroissante : chlorure d'acyle 18001800, anhydride 17601760 et 18201820, ester 17351735, aldéhyde 17251725, cétone 17151715, acide 17101710, amide 16501650. En laissant de côté aldéhyde et cétone, qui ne sont pas des dérivés d'acides, on obtient chlorure, anhydride, ester, acide, amide : c'est mot pour mot la hiérarchie de réactivité établie au chapitre des acides carboxyliques. La coïncidence n'en est pas une, et l'explication tient en une phrase : les deux classements mesurent la même chose, le degré de DONATION du doublet de l'hétéroatome vers le carbonyle. Plus cet hétéroatome donne, plus la forme limite à liaison COC-O simple pèse lourd, donc plus la liaison carbonyle a un caractère de double liaison AFFAIBLI. Or une liaison affaiblie a une constante de force kk plus petite, donc un nombre d'onde plus bas ; et un carbonyle dont la charge positive a été neutralisée par cette donation est un électrophile moins réactif. L'azote de l'amide donne beaucoup, d'où 16501650 et la réactivité la plus faible ; le chlore ne donne presque rien, d'où 18001800 et la réactivité la plus forte. Un spectre infrarouge MESURE donc, à 1010 cm1^{-1} près, un effet électronique que le chapitre précédent n'avait fait que raisonner.

d) L'anhydride contient DEUX groupes carbonyle reliés par un même oxygène. Ces deux oscillateurs ne vibrent pas indépendamment : ils sont COUPLÉS mécaniquement à travers l'atome qui les relie, et cette interaction sépare la vibration en deux modes, l'un symétrique où les deux carbonyles s'allongent en phase, l'autre antisymétrique où l'un s'allonge quand l'autre se raccourcit. Ces deux modes n'ont pas la même énergie, d'où deux bandes distinctes vers 17601760 et 18201820 cm1^{-1}. Cette paire est un diagnostic sans ambiguïté : aucune autre fonction ne donne deux bandes carbonyle si proches et si intenses. Quant à la conjugaison, elle abaisse la fréquence parce qu'un carbonyle conjugué à une double liaison ou à un cycle aromatique voit ses électrons π\pi se délocaliser sur l'ensemble du système. La liaison C=OC=O perd une part de son caractère double, exactement comme dans le cas de l'amide, sa constante de force diminue, et la bande descend d'environ 3030 cm1^{-1} : une cétone ordinaire à 17151715 tombe ainsi à 16851685 si elle est conjuguée. À l'inverse, enfermer le carbonyle dans un petit cycle contraint force l'angle à se refermer, ce qui rigidifie la liaison et fait MONTER la bande, jusqu'à 17801780 cm1^{-1} pour une cyclobutanone.

e) Tous ont un degré d'insaturation de 2×3+262=1\frac{2\times 3+2-6}{2}=1. A présente un carbonyle à 17251725 et surtout le DOUBLET à 27202720 et 28202820 cm1^{-1}, signature exclusive de la liaison CHC-H d'un aldéhyde : A est le PROPANAL. B a un carbonyle à 17151715 sans ce doublet : c'est donc une cétone, et la seule possible en C3H6OC_{3}H_{6}O est la PROPANONE. C n'a pas de carbonyle mais une large bande à 33503350, donc un alcool ; la bande à 16451645 signale une double liaison C=CC=C et celle à 30803080 des hydrogènes portés par des carbones sp2sp^{2} : l'insaturation est donc un C=CC=C et non un C=OC=O. C est le PROP-22-ÉN-11-OL. D n'a ni carbonyle ni OHO-H, et pourtant il doit bien placer son unique insaturation et son oxygène quelque part : la forte bande à 11001100 indique une liaison COC-O simple, donc un éther, et l'insaturation ne peut alors être qu'un CYCLE. D est un éther cyclique, le méthyloxirane ou son isomère l'oxétane. Le raisonnement à retenir est celui appliqué à C et à D : le degré d'insaturation doit TOUJOURS être placé, et c'est souvent l'absence d'une bande, plus que sa présence, qui force la conclusion.

Partie A : Les quatre techniques (/50)

Exercice 3 : La RMN du proton : les quatre informations

Un spectre de résonance magnétique du proton se lit toujours dans le même ordre, et il livre quatre renseignements indépendants. Les confondre est la cause de presque toutes les erreurs d'élucidation.

Référence : le tétraméthylsilane, dont les douze hydrogènes équivalents définissent l'origine δ=0\delta=0.

  • a) Énumérez les quatre informations que porte un spectre de proton, en précisant pour chacune ce qu'elle mesure exactement.
  • b) Expliquez ce que signifie qu'un proton soit DÉBLINDÉ, et pourquoi les hydrogènes d'un chloroéthane apparaissent plus bas champ que ceux de l'éthane.
  • c) Le tétraméthylsilane sert de référence à δ=0\delta=0. Donnez deux raisons de ce choix et expliquez pourquoi presque tous les signaux organiques sortent à sa gauche.
  • d) Prévoyez le nombre de signaux, leur déplacement approximatif et leur intégration pour l'éthanoate d'éthyle CH3COOCH2CH3CH_{3}COOCH_{2}CH_{3}.
  • e) Le même composé donne un signal à 2,052{,}05 et un autre à 4,124{,}12 ppm, tous deux portés par un méthyle ou un méthylène voisins d'un même groupe ester. Expliquez l'écart de deux ppm entre les deux.
Voir la correction

a) Première information, le NOMBRE de signaux : il donne le nombre d'ensembles d'hydrogènes ÉQUIVALENTS, c'est-à-dire d'environnements chimiques distincts. C'est une mesure de symétrie. Deuxième information, le DÉPLACEMENT chimique δ\delta, exprimé en parties par million : il mesure l'environnement électronique de chaque hydrogène, donc quels atomes l'entourent. Troisième information, l'INTÉGRATION, c'est-à-dire l'aire sous chaque pic : elle est proportionnelle au NOMBRE d'hydrogènes que le signal représente, et il faut insister sur le fait qu'elle ne donne que des RAPPORTS, jamais des nombres absolus. Quatrième information, la MULTIPLICITÉ : le découpage du signal en plusieurs raies renseigne sur le nombre d'hydrogènes portés par les atomes VOISINS, selon la règle du n+1n+1. Ces quatre informations sont indépendantes et se recoupent : c'est précisément ce recoupement qui rend l'élucidation sûre.

b) Un hydrogène placé dans un champ magnétique n'y est pas nu : les électrons qui l'entourent circulent et créent un petit champ induit qui s'oppose au champ appliqué. L'hydrogène ressent donc un champ légèrement plus faible que le champ nominal : on dit qu'il est BLINDÉ, protégé, par son nuage électronique. Le déblindage est la situation inverse : lorsqu'un atome électronégatif voisin attire à lui la densité électronique, le nuage qui entourait l'hydrogène s'appauvrit, la protection diminue, et l'hydrogène ressent un champ plus proche du champ nominal. Il entre alors en résonance à une fréquence plus élevée, ce que l'on note par un déplacement chimique plus GRAND, vers la gauche du spectre, région dite des bas champs. Dans le chloroéthane, le chlore très électronégatif appauvrit fortement les hydrogènes du carbone voisin, qui sortent vers 3,53{,}5 ppm, et un peu moins ceux du méthyle plus éloigné, vers 1,51{,}5 ppm ; dans l'éthane, aucun atome ne tire les électrons et les six hydrogènes restent à 0,90{,}9 ppm. Le déplacement chimique est donc une mesure directe et locale de l'effet inductif, notion rencontrée dès le premier chapitre du cours.

c) Première raison, le tétraméthylsilane possède DOUZE hydrogènes tous rigoureusement équivalents, portés par quatre méthyles identiques autour d'un silicium : il donne donc un signal unique, fin et intense, même en très petite quantité. Seconde raison, le silicium est moins électronégatif que le carbone, si bien qu'il pousse de la densité électronique vers ses méthyles au lieu d'en retirer : ses hydrogènes sont donc PLUS blindés que ceux de pratiquement n'importe quelle molécule organique. On peut ajouter qu'il est chimiquement inerte, volatil donc facile à éliminer après la mesure, et soluble dans les solvants usuels. C'est cette seconde raison qui répond à la question suivante : puisque presque tout groupe organique comporte un atome plus électronégatif que le silicium, presque tous les hydrogènes du monde organique sont moins blindés que ceux du tétraméthylsilane et sortent donc à sa gauche, entre 00 et 1212 ppm. L'échelle a ainsi été construite pour que les valeurs usuelles soient positives, ce qui est une commodité et non une nécessité physique : quelques rares composés, comme certains cyclophanes dont les hydrogènes se trouvent au-dessus d'un cycle aromatique, ont bel et bien des déplacements NÉGATIFS.

d) La molécule possède trois environnements distincts. Le méthyle de la partie acyle, CH3COCH_{3}CO-, est voisin d'un carbonyle mais n'a aucun hydrogène sur l'atome adjacent : il donne un SINGULET intégrant pour 33 hydrogènes, vers 2,052{,}05 ppm. Le méthylène OCH2-OCH_{2}- est porté par un carbone lié à l'oxygène et possède trois hydrogènes voisins : il donne un QUADRUPLET intégrant pour 22 hydrogènes, vers 4,124{,}12 ppm. Le méthyle terminal CH3-CH_{3} possède deux hydrogènes voisins : il donne un TRIPLET intégrant pour 33 hydrogènes, vers 1,251{,}25 ppm. On attend donc trois signaux dans le rapport d'intégration 3:2:33:2:3. Ce triplet et ce quadruplet, dans ce rapport 3:23:2, constituent le motif ÉTHYLE, le plus fréquent de toute la RMN organique, et il faut savoir le reconnaître d'un coup d'oeil.

e) Les deux hydrogènes sont bien voisins du même groupe ester, mais pas du même ATOME de ce groupe, et c'est toute la différence. Le méthyle à 2,052{,}05 ppm est porté par le carbone du CARBONYLE : l'atome auquel il est directement lié est un carbone, certes appauvri par l'oxygène voisin, mais un carbone tout de même. Le déblindage qu'il subit est donc de SECONDE main, transmis à travers un atome intermédiaire, et l'effet inductif s'atténue fortement d'une liaison à l'autre, comme les acides chlorobutanoïques du chapitre précédent l'avaient chiffré. Le méthylène à 4,124{,}12 ppm est au contraire porté par un carbone directement lié à l'OXYGÈNE de la fonction ester. Il subit donc l'effet inductif de plein fouet, sans intermédiaire, et de la part d'un atome très électronégatif. L'écart de deux ppm mesure exactement cette différence entre un déblindage direct et un déblindage transmis. On tient là une règle de lecture générale et très rentable : un hydrogène au-delà de 3,53{,}5 ppm sur une molécule saturée est presque toujours porté par un carbone lié directement à un oxygène ou à un halogène, et cette seule observation place l'hétéroatome dans le squelette.

Partie A : Les quatre techniques (/50)

Exercice 4 : Multiplicité, couplage et les pièges du $n+1$

La règle du n+1n+1 est la plus simple du chapitre et celle qu'on applique le plus souvent à tort. La figure en montre l'origine : elle construit un triplet à partir de deux voisins, en dédoublant le signal une fois par voisin.

Les hauteurs finales sont dans le rapport 1:2:11:2:1, indiqué sous chaque raie.

sans voisin1er voisin2e voisin121
  • a) Interprétez la figure : expliquez pourquoi chaque voisin dédouble le signal, et d'où viennent les hauteurs 1:2:11:2:1.
  • b) Prévoyez la multiplicité et l'intégration de tous les signaux du 11-bromopropane, puis du 22-bromopropane. Dites laquelle des deux molécules la RMN identifie le plus vite.
  • c) Énoncez les deux conditions que la règle du n+1n+1 suppose, et donnez pour chacune un cas où elle est violée.
  • d) Le signal de l'hydrogène d'un alcool est souvent un singulet large, alors que la règle prévoirait un couplage avec les hydrogènes voisins. Expliquez, puis décrivez le test à l'eau lourde qui confirme l'attribution.
  • e) Deux alcènes disubstitués donnent des constantes de couplage de 1010 Hz et de 1616 Hz entre leurs deux hydrogènes vinyliques. Attribuez, et dites pourquoi aucune autre technique du chapitre ne permet cette distinction.
Voir la correction

a) Chaque hydrogène voisin possède un spin qui, dans le champ appliqué, ne peut prendre que DEUX orientations, parallèle ou antiparallèle, en proportions pratiquement égales. Le petit champ magnétique qu'il crée s'ajoute donc au champ ressenti par l'hydrogène observé dans la moitié des molécules, et s'en retranche dans l'autre moitié. L'hydrogène observé entre par conséquent en résonance à deux fréquences légèrement différentes : son signal est DÉDOUBLÉ. Avec un second voisin, chacune de ces deux raies se dédouble à son tour, ce que la figure montre au niveau inférieur, d'où quatre raies au total. Mais deux d'entre elles se superposent exactement au centre, puisque la combinaison où le premier spin ajoute et le second retranche donne le même champ que la combinaison inverse. On observe donc TROIS raies, celle du centre valant deux fois les autres puisqu'elle recueille deux des quatre combinaisons : d'où le rapport 1:2:11:2:1. Les intensités d'un multiplet suivent ainsi le triangle de Pascal, 1:11:1 pour un doublet, 1:2:11:2:1 pour un triplet, 1:3:3:11:3:3:1 pour un quadruplet, et l'on peut vérifier que la somme des raies vaut toujours 2n2^{n}, c'est-à-dire le nombre de combinaisons de spins.

b) Pour le 11-bromopropane CH3CH2CH2BrCH_{3}CH_{2}CH_{2}Br : le CH2CH_{2} porté par le brome sort vers 3,43{,}4 ppm, il a deux voisins donc c'est un TRIPLET intégrant 22 ; le CH2CH_{2} central sort vers 1,91{,}9 ppm, il a 2+3=52+3=5 voisins donc c'est un SEXTUPLET intégrant 22 ; le méthyle sort vers 1,01{,}0 ppm, il a deux voisins donc c'est un TRIPLET intégrant 33. Soit trois signaux, 2:2:32:2:3. Pour le 22-bromopropane (CH3)2CHBr\left(CH_{3}\right)_{2}CHBr : les six hydrogènes des deux méthyles sont ÉQUIVALENTS par symétrie et n'ont qu'un seul voisin, donc un DOUBLET intégrant 66 vers 1,71{,}7 ppm ; l'hydrogène central a six voisins, donc un SEPTUPLET intégrant 11 vers 4,34{,}3 ppm. Soit deux signaux seulement, 6:16:1. C'est le 22-bromopropane que la RMN identifie le plus vite : deux signaux au lieu de trois, une intégration 6:16:1 impossible à confondre, et un septuplet dont la seule vue suffit à conclure. C'est le motif ISOPROPYLE, second grand motif à reconnaître d'emblée après le motif éthyle.

c) Première condition, les hydrogènes qui couplent doivent être INÉQUIVALENTS. Des hydrogènes équivalents se couplent bien entre eux physiquement, mais ce couplage n'a aucun effet observable sur le spectre : c'est pourquoi les six hydrogènes du benzène, ou les quatre du 1,21{,}2-dichloroéthane, donnent un simple singulet alors que la règle appliquée naïvement prédirait un multiplet. Seconde condition, les constantes de couplage avec les différents voisins doivent être ÉGALES pour que les raies se superposent proprement. Elle est bien vérifiée entre hydrogènes portés par des carbones sp3sp^{3} voisins, où JJ vaut environ 77 Hz partout, mais elle tombe en défaut sur un alcène ou sur un cycle aromatique substitué, où les couplages cis, trans et géminé valent des valeurs très différentes. On obtient alors non pas un multiplet symétrique mais un doublet de doublets, avec quatre raies d'intensités égales. C'est la raison pour laquelle un hydrogène vinylique entouré de deux voisins ne donne presque jamais un triplet propre.

d) L'hydrogène porté par l'oxygène d'un alcool est ÉCHANGEABLE : il saute constamment d'une molécule à l'autre par transfert de proton, catalysé par les traces d'acide ou d'eau toujours présentes. Ce saut est beaucoup plus rapide que l'échelle de temps de la mesure, si bien que l'appareil ne voit pas un hydrogène attaché à un voisin précis mais une moyenne : l'information de couplage est effacée et le signal apparaît comme un singulet, souvent élargi par le processus d'échange lui-même. Son déplacement est en outre très variable, de 11 à 55 ppm selon la concentration, le solvant et la température, ce qui interdit de l'utiliser comme repère. Le test de confirmation est celui de l'EAU LOURDE : on ajoute quelques gouttes de D2OD_{2}O à l'échantillon et l'on agite. L'hydrogène échangeable est remplacé par un deutérium, lequel ne résonne pas dans la fenêtre du proton. Le signal DISPARAÎT donc du spectre, ce qui prouve rétrospectivement qu'il correspondait bien à un hydrogène porté par un oxygène ou par un azote. C'est une manipulation de trente secondes qui lève l'ambiguïté la plus fréquente d'une élucidation.

e) La constante de 1616 Hz correspond à l'isomère TRANS, celle de 1010 Hz à l'isomère CIS. La raison est géométrique : l'intensité du couplage entre deux hydrogènes portés par deux carbones d'une double liaison dépend de l'angle dièdre qui les sépare, selon une relation dite de Karplus. Cet angle vaut 180180 degrés dans l'arrangement trans et 00 degré dans l'arrangement cis, et le recouvrement des orbitales qui transmet l'information de spin est maximal à 180180 degrés. On retient les fourchettes : JtransJ_{trans} de 1212 à 1818 Hz, JcisJ_{cis} de 66 à 1212 Hz, ce qui laisse une zone de recouvrement entre 1212 Hz mais permet de trancher dans la grande majorité des cas. Aucune autre technique du chapitre ne le permet, et il faut voir pourquoi. La spectrométrie de masse pèse la molécule, or deux stéréoisomères ont exactement la même masse et donnent des fragmentations quasi identiques. L'infrarouge voit les fonctions, or les deux isomères ont les mêmes ; il donne bien une indication par la bande de déformation hors du plan, vers 970970 cm1^{-1} pour le trans, mais elle est moins fiable. La RMN du carbone 1313 donne des déplacements différents mais sans règle sûre. Seul le COUPLAGE, parce qu'il dépend explicitement de la GÉOMÉTRIE et non de la composition, apporte l'information stéréochimique, et c'est la raison profonde pour laquelle il faut mesurer les constantes JJ et pas seulement compter les raies.

Partie A : Les quatre techniques (/50)

Exercice 5 : La RMN du carbone 13 : compter la symétrie

La résonance du carbone 1313 donne moins d'informations que celle du proton, mais elle en donne une que rien d'autre ne fournit aussi directement : le nombre de carbones INÉQUIVALENTS, c'est-à-dire la symétrie de la molécule.

Domaines de déplacement en ppm : alcane 00 à 5050 ; carbone lié à un azote 3030 à 6565 ; carbone lié à un oxygène 5050 à 9090 ; alcyne 6565 à 9090 ; alcène 100100 à 150150 ; aromatique 110110 à 160160 ; nitrile 115115 à 125125 ; ester, acide et amide 160160 à 185185 ; cétone et aldéhyde 190190 à 220220.

  • a) L'abondance naturelle du carbone 1313 n'est que de 1,11{,}1 pour cent. Calculez la probabilité que deux carbones voisins soient tous deux des carbones 1313, et déduisez-en pourquoi on n'observe pas de couplage carbone-carbone.
  • b) On enregistre les spectres avec découplage du proton. Expliquez ce que cela signifie, ce que l'on y gagne et ce que l'on y perd.
  • c) Comptez le nombre de signaux attendus pour chacun des trois diméthylbenzènes, ortho, méta et para. Concluez sur ce que cette seule mesure permet.
  • d) Un composé de formule C4H8O2C_{4}H_{8}O_{2} donne quatre signaux en carbone 1313, à 171171, 60,460{,}4, 21,021{,}0 et 14,214{,}2 ppm. Attribuez chaque signal et identifiez le composé.
  • e) Un autre composé, de formule C5H10OC_{5}H_{10}O, ne donne que TROIS signaux, à 206,5206{,}5, 36,436{,}4 et 7,97{,}9 ppm. Identifiez-le, expliquez pourquoi il n'y a pas cinq signaux, et dites ce qu'aurait donné son isomère de chaîne droite portant le carbonyle en position 22.
Voir la correction

a) Les deux événements étant indépendants, la probabilité que deux carbones donnés soient tous deux des carbones 1313 vaut 0,011×0,011=1,21×1040{,}011\times 0{,}011=1{,}21\times 10^{-4}, soit environ une molécule sur 83008300. Autrement dit, dans la quasi-totalité des molécules qui contribuent au signal, un carbone 1313 n'a pour voisins que des carbones 1212, lesquels ont un spin nucléaire NUL et ne peuvent donc coupler avec rien. Le couplage carbone-carbone existe bel et bien dans cette molécule sur 83008300, mais il produit des raies satellites si faibles qu'elles se perdent dans le bruit. C'est un cas rare où une abondance isotopique faible est un AVANTAGE : elle simplifie radicalement le spectre. On notera au passage que cette même faible abondance est aussi le défaut de la technique, puisqu'elle rend le signal environ six mille fois moins intense que celui du proton et impose des temps d'acquisition bien plus longs.

b) Découpler le proton consiste à irradier en continu, pendant la mesure, toutes les fréquences de résonance des hydrogènes. Ceux-ci basculent alors si rapidement entre leurs deux orientations de spin que le carbone observé n'en ressent plus qu'une MOYENNE nulle : le couplage carbone-hydrogène, qui serait pourtant très important puisque les hydrogènes sont directement liés, disparaît entièrement. Ce que l'on y gagne est considérable : chaque carbone inéquivalent donne un SINGULET unique, si bien qu'il suffit de compter les raies pour compter les carbones inéquivalents, et l'intensité, concentrée sur une seule raie au lieu d'être répartie sur un multiplet, devient exploitable. Ce que l'on y perd est l'information de multiplicité, donc le nombre d'hydrogènes portés par chaque carbone. On la récupère par une expérience complémentaire dite DEPT, qui distingue les CH3CH_{3}, CH2CH_{2}, CHCH et carbones quaternaires par le SIGNE ou la présence de leur pic. Il faut enfin retenir un point souvent oublié : en carbone 1313 découplé, l'intégration n'est PAS proportionnelle au nombre de carbones, contrairement au proton, à cause de l'effet Overhauser nucléaire et des temps de relaxation différents.

c) Pour l'ORTHO-diméthylbenzène, l'axe de symétrie qui passe entre les deux carbones substitués rend équivalents les carbones 11 et 22, puis 33 et 66, puis 44 et 55 : cela fait trois signaux pour le cycle, plus un pour les deux méthyles équivalents, soit QUATRE signaux. Pour le MÉTA, les carbones 11 et 33 sont équivalents, 44 et 66 le sont, mais 22 et 55 sont chacun seuls de leur espèce : cela fait quatre signaux pour le cycle, plus un pour les méthyles, soit CINQ signaux. Pour le PARA, la symétrie est bien plus élevée : les carbones 11 et 44 sont équivalents, et les quatre carbones 22, 33, 55 et 66 le sont tous entre eux ; cela fait deux signaux pour le cycle, plus un pour les méthyles, soit TROIS signaux. Les trois isomères donnent donc trois comptes différents, 44, 55 et 33, et la conclusion est nette : le seul dénombrement des raies du spectre de carbone 1313, sans même regarder les déplacements, identifie sans ambiguïté lequel des trois isomères on tient. Aucune autre technique du chapitre ne fait cela aussi vite, ce qui illustre bien la vocation propre de la méthode : mesurer la SYMÉTRIE.

d) Le composé a un degré d'insaturation de 11 et quatre carbones tous INÉQUIVALENTS, puisqu'il y a quatre signaux pour quatre carbones : la molécule n'a donc aucune symétrie. Le signal à 171171 ppm tombe dans le domaine des esters, acides et amides ; puisque la formule ne contient pas d'azote et que ce déplacement est trop bas pour une cétone, il s'agit d'un carbone d'ESTER ou d'acide. Celui à 60,460{,}4 ppm est dans le domaine des carbones liés à un oxygène : c'est un OCH2-OCH_{2}-, ce qui tranche en faveur de l'ester. Les signaux à 21,021{,}0 et 14,214{,}2 ppm sont deux carbones purement aliphatiques. On assemble : un carbonyle d'ester, un carbone lié à l'oxygène, et deux méthyles ou apparentés. Le composé est l'ÉTHANOATE D'ÉTHYLE CH3COOCH2CH3CH_{3}COOCH_{2}CH_{3}, avec 171171 pour le carbonyle, 60,460{,}4 pour le OCH2OCH_{2}, 21,021{,}0 pour le méthyle de l'acyle et 14,214{,}2 pour le méthyle terminal. On vérifie la cohérence avec la RMN du proton de l'exercice 33, qui donnait bien trois signaux d'hydrogènes pour quatre carbones, le carbonyle n'en portant aucun.

e) Le degré d'insaturation vaut 2×5+2102=1\frac{2\times 5+2-10}{2}=1, et le signal à 206,5206{,}5 ppm tombe franchement dans le domaine des CÉTONES et aldéhydes, bien au-delà des 185185 ppm qui bornent les esters et les acides. L'unique insaturation est donc ce carbonyle, et il ne reste aucun oxygène disponible pour une autre fonction. Le point décisif est le décompte : la molécule possède CINQ carbones mais ne donne que TROIS signaux, ce qui impose que deux paires de carbones soient équivalentes deux à deux. Il faut donc un élément de symétrie qui échange les deux moitiés de la molécule, et la seule façon d'y parvenir avec un carbonyle est de le placer exactement au MILIEU de la chaîne. Le composé est la PENTAN-33-ONE CH3CH2COCH2CH3CH_{3}CH_{2}COCH_{2}CH_{3} : son axe de symétrie passe par le carbonyle, rendant équivalents les deux méthylènes d'une part et les deux méthyles d'autre part. On attribue alors 206,5206{,}5 ppm au carbonyle, 36,436{,}4 aux deux CH2CH_{2} situés en alpha, et 7,97{,}9 aux deux CH3CH_{3} terminaux. Son isomère à chaîne droite portant le carbonyle en position 22, la pentan-22-one CH3COCH2CH2CH3CH_{3}COCH_{2}CH_{2}CH_{3}, n'a quant à elle aucune symétrie : ses cinq carbones sont tous dans des environnements différents et elle donnerait CINQ signaux distincts. Les deux isomères se distinguent donc au premier coup d'oeil, avant même toute attribution, et cet exemple résume la vocation propre de la technique : en carbone 1313, on commence toujours par COMPTER les raies et les comparer au nombre de carbones de la formule brute, car l'écart entre les deux nombres est une mesure directe de la symétrie.

Partie B : Niveau examen (/50)

Exercice 6 : Élucider à l'infrarouge seul, et mesurer ses limites

L'infrarouge est la technique la plus rapide et la moins chère des quatre. Savoir ce qu'elle prouve est utile ; savoir ce qu'elle ne prouve PAS l'est davantage.

Cinq composés inconnus, tous de formule brute C4H8O2C_{4}H_{8}O_{2}, donnent les spectres résumés dans le tableau.

ComposéBandes observées (cm1^{-1})
P2500-3300 très large ; 1710 fort
Q1735 fort ; 1240 fort ; rien au-dessus de 3100
R3400 large ; 1715 fort ; 2720 et 2820 absents
S3350 large ; aucune bande entre 1600 et 1800 ; 1100 fort
T1725 fort ; 2720 et 2820 présents ; 3400 large
  • a) Calculez le degré d'insaturation de C4H8O2C_{4}H_{8}O_{2} et dites ce que cela impose à toutes les structures envisagées.
  • b) Attribuez à chaque composé sa ou ses fonctions, en justifiant par les bandes citées. Précisez pour S où se trouve l'insaturation.
  • c) Proposez une structure précise pour P et pour Q, puis expliquez ce qui empêche l'infrarouge de trancher entre les structures possibles pour Q.
  • d) Citez trois questions auxquelles l'infrarouge ne répond PAS, et indiquez pour chacune la technique du chapitre qui y répond.
  • e) On mesure 17551755 cm1^{-1} sur un composé et 16901690 sur un autre, tous deux carbonylés. Proposez pour chacun deux explications compatibles avec le tableau de l'exercice 22, et dites quelle mesure complémentaire les départagerait.
Voir la correction

a) Le degré d'insaturation vaut 2×4+282=1082=1\frac{2\times 4+2-8}{2}=\frac{10-8}{2}=1, les deux oxygènes étant ignorés. Toutes les structures envisagées possèdent donc EXACTEMENT une insaturation, et une seule : soit une double liaison, C=OC=O ou C=CC=C, soit un cycle. Cette contrainte est la plus utile de l'exercice, car elle interdit par exemple d'imaginer à la fois un carbonyle et une double liaison carbone-carbone, ou un carbonyle et un cycle. Elle impose aussi de PLACER l'insaturation dans chaque cas, y compris lorsque le spectre ne montre aucun carbonyle, ce qui est précisément le piège du composé S.

b) P : la bande extrêmement large de 25002500 à 33003300 cm1^{-1} est la signature exclusive du OHO-H d'un ACIDE CARBOXYLIQUE, dont la largeur vient du dimère à deux liaisons hydrogène étudié au chapitre précédent ; le carbonyle à 17101710 confirme. P est un acide carboxylique. Q : un carbonyle à 17351735 et une forte bande COC-O vers 12401240, sans aucun OHO-H : c'est un ESTER, et la position 17351735 est exactement celle attendue. R : une bande large à 34003400 signale un alcool, et 17151715 une CÉTONE ; l'absence du doublet à 27202720 et 28202820 confirme qu'il ne s'agit pas d'un aldéhyde. R porte donc les deux fonctions, alcool et cétone. S : un alcool à 33503350, mais AUCUN carbonyle. Puisqu'il faut bien placer l'insaturation et qu'il ne s'agit ni d'un C=OC=O ni d'un C=CC=C, faute de bande vers 16501650 et vers 30803080, l'insaturation ne peut être qu'un CYCLE ; la forte bande à 11001100 indique en outre une liaison COC-O simple, donc un éther cyclique. S est un éther cyclique portant un alcool. T : le doublet à 27202720 et 28202820 est la signature exclusive de l'ALDÉHYDE, confirmée par le carbonyle à 17251725 ; la bande à 34003400 ajoute un alcool. T est un hydroxyaldéhyde.

c) Pour P, acide carboxylique en C4H8O2C_{4}H_{8}O_{2} : deux structures conviennent, l'acide butanoïque et l'acide 22-méthylpropanoïque. Pour Q, ester en C4H8O2C_{4}H_{8}O_{2} : quatre structures conviennent, l'éthanoate d'éthyle, le propanoate de méthyle, le méthanoate de propyle et le méthanoate de 11-méthyléthyle. Ce qui empêche l'infrarouge de trancher tient à la nature même de la technique : elle détecte des LIAISONS, pas des squelettes. Or les quatre esters possèdent exactement les mêmes liaisons, un carbonyle d'ester, des liaisons COC-O, des liaisons CHC-H et CCC-C ; seule leur DISPOSITION diffère, et la disposition n'a presque aucun effet sur les fréquences de vibration des groupes fonctionnels. Les spectres ne se distinguent que dans la région dite des empreintes digitales, en dessous de 15001500 cm1^{-1}, où les vibrations mettent en jeu la molécule entière : cette région est effectivement caractéristique de chaque composé et permet une identification par COMPARAISON à un spectre de référence, mais elle est bien trop complexe pour être interprétée raie par raie. L'infrarouge sait donc dire « c'est un ester » et sait dire « c'est CET ester-là, car son empreinte coïncide avec celle du catalogue », mais il ne sait pas construire une structure inconnue.

d) Première question sans réponse : quelle est la MASSE MOLAIRE, donc la formule brute ? L'infrarouge n'en dit rien, et c'est la spectrométrie de masse qui y répond, par le pic moléculaire et l'amas isotopique. Deuxième question : combien y a-t-il d'hydrogènes dans chaque environnement, et qui est voisin de qui ? La RMN du PROTON y répond, par l'intégration et la multiplicité. Troisième question : combien y a-t-il de carbones inéquivalents, autrement dit quelle est la symétrie de la molécule ? La RMN du CARBONE 1313 y répond, par le simple décompte des raies. On peut ajouter une quatrième question, celle de la stéréochimie cis ou trans, à laquelle seule la constante de couplage de la RMN du proton répond de façon sûre. Cette répartition des rôles est la raison pour laquelle une élucidation sérieuse enchaîne toujours les quatre techniques dans l'ordre masse, infrarouge, proton, carbone.

e) Pour 17551755 cm1^{-1}, deux explications sont compatibles avec le tableau. Première : il s'agit d'un ESTER ordinaire, dont la valeur de référence est 17351735, un peu relevée par un substituant attracteur voisin. Seconde : il s'agit d'une CÉTONE enfermée dans un cycle contraint, la tension de cycle relevant la fréquence bien au-dessus des 17151715 habituels, une cyclopentanone sortant vers 17451745 et une cyclobutanone vers 17801780. Pour 16901690 cm1^{-1}, deux explications également. Première : une cétone ou un aldéhyde CONJUGUÉ, la conjugaison abaissant d'environ 3030 cm1^{-1} depuis 17151715 ou 17251725. Seconde : un AMIDE, dont la valeur de référence est 16501650, remontée par un substituant ou par l'absence de liaison hydrogène. La mesure complémentaire qui départage est immédiate dans les deux cas et ne demande même pas de changer de technique. Pour 17551755, on regarde s'il existe une forte bande COC-O vers 12001200 à 12501250 cm1^{-1} : présente, c'est un ester ; absente, c'est une cétone cyclique. Pour 16901690, on regarde la région des 33003300 cm1^{-1} : une ou deux bandes NHN-H signent l'amide, leur absence renvoie au carbonyle conjugué, ce que confirmeraient des bandes aromatiques vers 16001600 et 15001500. La leçon générale est qu'une bande isolée est une HYPOTHÈSE et non une conclusion : c'est la cohérence de l'ensemble du spectre qui identifie.

Partie B : Niveau examen (/50)

Exercice 7 : Lire un spectre de proton

Trois inconnus, trois spectres de proton. La méthode est toujours la même : additionner les intégrations pour retrouver le nombre total d'hydrogènes, placer les hétéroatomes grâce aux déplacements, puis assembler le squelette avec les multiplicités.

InconnuFormuleSignaux (δ\delta en ppm, multiplicité, intégration)
UC3H7BrC_{3}H_{7}Br1,71 (doublet, 6H) ; 4,32 (septuplet, 1H)
VC8H10C_{8}H_{10}1,22 (triplet, 3H) ; 2,62 (quadruplet, 2H) ; 7,20 (multiplet, 5H)
WC4H8O2C_{4}H_{8}O_{2}1,20 (doublet, 6H) ; 2,55 (septuplet, 1H) ; 11,8 (singulet large, 1H)
  • a) Identifiez U, en expliquant ce que le septuplet impose et pourquoi son isomère donnerait un spectre très différent.
  • b) Identifiez V. Justifiez le déplacement du multiplet à 7,207{,}20 ppm et son intégration.
  • c) Identifiez W. Expliquez ce que prouvent le déplacement de 11,811{,}8 ppm et la largeur du signal, et dites quelle manipulation simple confirmerait cette attribution.
  • d) V et W possèdent tous deux un motif reconnaissable d'un seul coup d'oeil. Nommez-les et expliquez ce qui les rend immédiatement identifiables.
  • e) Un quatrième inconnu de formule C8H10C_{8}H_{10} donne seulement DEUX signaux, à 2,302{,}30 (singulet, 6H) et 7,057{,}05 (singulet, 4H). Identifiez-le et expliquez pourquoi le signal aromatique est un singulet alors que les hydrogènes du cycle ont des voisins.
Voir la correction

a) L'intégration totale vaut 6+1=76+1=7 hydrogènes, conforme à la formule. Le SEPTUPLET intégrant pour un seul hydrogène impose six voisins équivalents, et le doublet intégrant pour six impose que ces six hydrogènes n'aient qu'un seul voisin : c'est le motif ISOPROPYLE, deux méthyles identiques accrochés à un même carbone porteur d'un unique hydrogène. Le déplacement de 4,324{,}32 ppm pour cet hydrogène central est nettement déblindé, ce qui place l'atome de brome sur ce carbone. U est donc le 22-BROMOPROPANE (CH3)2CHBr\left(CH_{3}\right)_{2}CHBr. Son isomère, le 11-bromopropane, donnerait au contraire TROIS signaux, un triplet à 3,43{,}4 ppm intégrant 22, un sextuplet vers 1,91{,}9 intégrant 22, et un triplet vers 1,01{,}0 intégrant 33. Les deux spectres ne se ressemblent en rien, ni par le nombre de signaux, ni par l'intégration, ni par les multiplicités : c'est le cas idéal où la RMN tranche instantanément une question que l'infrarouge ne pourrait pas aborder.

b) L'intégration totale vaut 3+2+5=103+2+5=10 hydrogènes, conforme à C8H10C_{8}H_{10}. Le degré d'insaturation est 2×8+2102=4\frac{2\times 8+2-10}{2}=4, ce qui suggère fortement un cycle AROMATIQUE, lequel en consomme exactement quatre. Le triplet à 1,221{,}22 intégrant 33 et le quadruplet à 2,622{,}62 intégrant 22 forment le motif ÉTHYLE. Il reste 55 hydrogènes aromatiques, ce qui correspond à un cycle MONOsubstitué, puisqu'un benzène en porte six et qu'un seul a été remplacé. V est donc l'ÉTHYLBENZÈNE. Le déplacement de 7,207{,}20 ppm s'explique par un mécanisme propre aux aromatiques : dans le champ appliqué, les six électrons π\pi délocalisés se mettent à circuler autour du cycle et engendrent un COURANT DE CYCLE, dont le champ induit s'oppose au champ appliqué au centre de l'anneau mais s'y AJOUTE à l'extérieur, là où se trouvent précisément les hydrogènes. Ceux-ci sont donc fortement déblindés, bien au-delà de ce qu'un simple effet inductif expliquerait, et sortent entre 6,56{,}5 et 88 ppm. Le signal est un multiplet non résolu parce que les positions ortho, méta et para diffèrent légèrement et se couplent entre elles avec des constantes inégales.

c) L'intégration totale vaut 6+1+1=86+1+1=8 hydrogènes, conforme à la formule. On reconnaît de nouveau le motif isopropyle, doublet à 66 hydrogènes et septuplet à 11. Le signal à 11,811{,}8 ppm, singulet large intégrant pour un seul hydrogène, est caractéristique du OHO-H d'un ACIDE CARBOXYLIQUE : aucun autre hydrogène organique ne sort aussi bas champ. Deux causes s'additionnent pour ce déplacement extrême, l'effet inductif du carbonyle voisin et la liaison hydrogène du dimère, qui étire la liaison OHO-H et découvre encore le proton. Cela consomme la fonction et l'unique insaturation. W est donc l'ACIDE 22-MÉTHYLPROPANOÏQUE (CH3)2CHCOOH\left(CH_{3}\right)_{2}CHCOOH, le septuplet à 2,552{,}55 ppm correspondant à l'hydrogène porté par le carbone en alpha du carbonyle. La largeur du signal et l'absence de couplage prouvent que cet hydrogène est ÉCHANGEABLE. La manipulation de confirmation est le test à l'EAU LOURDE : quelques gouttes de D2OD_{2}O, une agitation, et le signal à 11,811{,}8 ppm DISPARAÎT du spectre, l'hydrogène ayant été remplacé par un deutérium invisible dans cette fenêtre.

d) V contient le motif ÉTHYLE, reconnaissable à son couple triplet-quadruplet dans le rapport d'intégration 3:23:2, avec le triplet toujours plus haut champ que le quadruplet. W contient le motif ISOPROPYLE, reconnaissable à son couple doublet-septuplet dans le rapport 6:16:1. Ce qui les rend immédiatement identifiables, c'est qu'ils combinent DEUX informations redondantes : une multiplicité caractéristique et un rapport d'intégration caractéristique, les deux devant coïncider. Un doublet intégrant 66 ne peut pratiquement rien être d'autre que deux méthyles équivalents, et un septuplet est si rare qu'il suffit presque à lui seul. Repérer ces motifs avant toute autre analyse fait gagner l'essentiel du temps d'une élucidation : on retire du décompte les atomes qu'ils consomment, et l'on raisonne sur le reste.

e) L'intégration totale vaut 6+4=106+4=10, et la formule C8H10C_{8}H_{10} donne quatre insaturations, donc un cycle aromatique. Un singulet intégrant 66 à 2,302{,}30 ppm correspond à DEUX méthyles équivalents portés par le cycle, le déplacement étant typique d'une position benzylique. Il reste quatre hydrogènes aromatiques, donc le cycle est DISUBSTITUÉ. Le fait que les deux méthyles soient équivalents et que les quatre hydrogènes aromatiques le soient aussi impose une symétrie élevée : c'est l'isomère PARA, le 1,41{,}4-diméthylbenzène. Le signal aromatique est un singulet non pas parce que ces hydrogènes n'ont pas de voisins, mais parce qu'ils sont tous ÉQUIVALENTS entre eux. Or la première condition de la règle du n+1n+1, rappelée à l'exercice 44, est que le couplage n'est observable qu'entre hydrogènes INÉQUIVALENTS : des noyaux équivalents se couplent bien physiquement, mais ce couplage n'a aucun effet sur l'allure du spectre. C'est le même phénomène qui rend le benzène lui-même, ou le 1,21{,}2-dichloroéthane, réductibles à un singulet unique. On vérifiera d'ailleurs que l'isomère ortho donnerait lui aussi deux signaux, mais avec un multiplet aromatique et non un singulet, puisque ses quatre hydrogènes se répartissent en deux paires inéquivalentes.

Partie B : Niveau examen (/50)

Exercice 8 : Combiner les quatre techniques sur un inconnu

Voici l'exercice type de l'examen final : un composé inconnu, les quatre spectres, et rien d'autre. On suit l'ordre masse, infrarouge, proton, carbone.

SPECTROMÉTRIE DE MASSE : pic moléculaire à m/z=120m/z=120, intense ; pas d'amas M+2M+2 notable ; M+1M+1 vaut 8,88{,}8 pour cent de MM ; fragments à 119119 intense, à 9191 et à 6565.

INFRAROUGE : 27202720 et 28202820 ; 17001700 fort ; 16051605 et 15751575 ; 30303030 ; rien au-dessus de 31003100.

RMN DU PROTON : 2,442{,}44 (singulet, 3H) ; 7,327{,}32 (doublet, 2H) ; 7,787{,}78 (doublet, 2H) ; 9,959{,}95 (singulet, 1H).

RMN DU CARBONE 13 : 192,0192{,}0 ; 145,5145{,}5 ; 134,2134{,}2 ; 129,8129{,}8 ; 129,7129{,}7 ; 21,821{,}8 ppm.

  • a) Déduisez du spectre de masse le nombre de carbones et la parité du nombre d'azotes, puis proposez la formule brute et calculez le degré d'insaturation.
  • b) Déduisez de l'infrarouge la ou les fonctions présentes, en justifiant chaque bande. Expliquez notamment pourquoi le carbonyle est à 17001700 et non à 17251725.
  • c) Exploitez la RMN du proton : total des intégrations, attribution de chaque signal, et ce que la paire de doublets à 7,327{,}32 et 7,787{,}78 impose sur la substitution du cycle.
  • d) Vérifiez la cohérence avec la RMN du carbone 1313 en comptant les signaux attendus, puis donnez la structure et son nom.
  • e) Justifiez les fragments à 119119, 9191 et 6565.
Voir la correction

a) Le pic M+1M+1 vaut 8,88{,}8 pour cent, donc le nombre de carbones est 8,81,1=8\frac{8{,}8}{1{,}1}=8. La masse 120120 est PAIRE, donc le nombre d'azotes est nul ou pair ; l'absence de toute bande NHN-H à l'infrarouge et le fait que huit carbones pèsent déjà 9696 invitent à écarter l'azote. Il reste 12096=24120-96=24 unités à répartir entre l'hydrogène et l'oxygène. Un oxygène en consomme 1616 et laisse 88 hydrogènes : la formule C8H8OC_{8}H_{8}O convient et pèse bien 120120. L'hypothèse concurrente sans oxygène demanderait 2424 hydrogènes pour huit carbones, ce qui dépasse la limite de 2n+2=182n+2=18 : elle est impossible. La formule est donc C8H8OC_{8}H_{8}O, et le degré d'insaturation vaut 2×8+282=1882=5\frac{2\times 8+2-8}{2}=\frac{18-8}{2}=5. L'absence d'amas M+2M+2 exclut par ailleurs le chlore et le brome.

b) Le doublet à 27202720 et 28202820 cm1^{-1} est la signature exclusive de la liaison CHC-H d'un ALDÉHYDE, et la bande forte à 17001700 confirme un carbonyle. Les bandes à 16051605 et 15751575 appartiennent au domaine 14501450-16001600 des vibrations de squelette d'un cycle AROMATIQUE, et celle à 30303030 correspond à des liaisons CHC-H portées par des carbones sp2sp^{2}. L'absence de toute bande au-dessus de 31003100 écarte alcool, acide et amine. On a donc un aldéhyde aromatique, ce qui consomme quatre insaturations pour le cycle et une pour le carbonyle : exactement les cinq calculées au a), et rien ne reste à placer. Le carbonyle sort à 17001700 et non à 17251725 parce qu'il est CONJUGUÉ au cycle aromatique : ses électrons π\pi se délocalisent sur l'ensemble du système, la liaison C=OC=O perd une part de son caractère double, sa constante de force diminue et la bande descend d'environ 2525 cm1^{-1}, conformément à la règle de l'exercice 22. Cet abaissement n'est donc pas une anomalie à excuser, c'est une CONFIRMATION indépendante de la conjugaison.

c) Le total des intégrations vaut 3+2+2+1=83+2+2+1=8 hydrogènes, exactement la formule. Le singulet à 9,959{,}95 intégrant 11 est l'hydrogène de l'ALDÉHYDE, qui sort toujours entre 9,59{,}5 et 1010 ppm et n'a aucun voisin. Le singulet à 2,442{,}44 intégrant 33 est un MÉTHYLE en position benzylique, sans voisin lui non plus. Restent quatre hydrogènes aromatiques, répartis en deux doublets de 22 hydrogènes chacun. Cette configuration est très contraignante : quatre hydrogènes aromatiques signifient un cycle DISUBSTITUÉ, et le fait qu'ils forment deux paires ÉQUIVALENTES, chacune couplée uniquement à l'autre paire, impose la substitution PARA. Dans l'isomère ortho ou méta, les quatre hydrogènes seraient tous inéquivalents et donneraient un ensemble de multiplets complexes, jamais deux doublets nets de deux hydrogènes. Cette paire de doublets symétriques est d'ailleurs si caractéristique qu'on la reconnaît d'emblée : elle est la signature visuelle du benzène para-disubstitué.

d) Comptons les signaux attendus pour un benzaldéhyde portant un méthyle en para. Le cycle para-disubstitué par deux groupes DIFFÉRENTS possède quatre carbones inéquivalents : le carbone portant le groupe carbonyle, le carbone portant le méthyle, et les deux paires de carbones intermédiaires, équivalentes deux à deux. S'y ajoutent le carbone du carbonyle et celui du méthyle, soit SIX signaux au total. Le spectre en montre exactement six, ce qui confirme. L'attribution est immédiate : 192,0192{,}0 ppm pour le carbone de l'aldéhyde, valeur typique du domaine 190190 à 220220 ; 145,5145{,}5 pour le carbone aromatique portant le méthyle ; 134,2134{,}2 pour celui portant le carbonyle ; 129,8129{,}8 et 129,7129{,}7 pour les deux paires de carbones aromatiques hydrogénés ; 21,821{,}8 pour le méthyle. La structure est donc le 44-MÉTHYLBENZALDÉHYDE, CH3C6H4CHOCH_{3}-C_{6}H_{4}-CHO, connu aussi sous le nom de para-tolualdéhyde. Les quatre techniques concordent sans contradiction, ce qui est le critère d'une élucidation aboutie.

e) Le fragment à 119119 correspond à la perte d'UNE unité de masse, donc d'un atome d'hydrogène : c'est l'hydrogène de l'aldéhyde qui part, en laissant un cation ACYLIUM aromatique CH3C6H4CO+CH_{3}-C_{6}H_{4}-CO^{+}, stabilisé à la fois par la charge portée sur un carbone lié à un oxygène et par la conjugaison avec le cycle. Cette perte de 11, souvent très intense, est un indice supplémentaire d'aldéhyde. Le fragment à 9191 correspond à la perte de 2929 unités depuis le pic moléculaire, c'est-à-dire du groupe CHOCHO entier, ou de façon équivalente à la perte de COCO depuis le fragment 119119. Sa masse 9191 le désigne comme le cation C7H7+C_{7}H_{7}^{+}, qui se réarrange en ion TROPYLIUM aromatique, exceptionnellement stable comme l'exercice 11 l'a expliqué. Le fragment à 6565 correspond enfin à la perte de 2626 unités depuis 9191, c'est-à-dire à l'expulsion d'une molécule d'acétylène C2H2C_{2}H_{2} par le tropylium, ce qui laisse le cation cyclopentadiényle C5H5+C_{5}H_{5}^{+}. Cette cascade 1201199165120\rightarrow 119\rightarrow 91\rightarrow 65 est si typique des dérivés méthylés du benzène qu'elle constitue à elle seule une confirmation du squelette.

Partie B : Niveau examen (/50)

Exercice 9 : Quatre paires d'isomères, quatre techniques différentes

Chaque technique a une question qu'elle règle mieux que les trois autres. Cet exercice met en regard quatre paires d'isomères, chacune départagée par une technique et une seule.

La figure présente les trois diméthylbenzènes, notés I, II et III. Aucun n'est identifié : c'est à vous de le faire.

MeMeMeMeMeMeIIIIII
  • a) Nommez I, II et III d'après la figure, puis donnez pour chacun le nombre de signaux attendus en RMN du carbone 1313. Concluez sur la technique à employer pour les départager.
  • b) Le 11-chlorobutane et le 11-bromobutane. Quelle technique les distingue en une seconde, et sur quel critère précis ?
  • c) Le butanal et la butanone. Quelle technique les distingue le plus économiquement, et par quelle bande ?
  • d) Le (Z)(Z)- et le (E)(E)-but-22-ène-1,41{,}4-diol. Quelle technique et quelle grandeur mesurée ? Expliquez pourquoi les trois autres échouent.
  • e) Le propan-11-ol et le propan-22-ol. Montrez que TROIS des quatre techniques y parviennent, et laquelle échoue.
Voir la correction

a) La figure montre en I deux méthyles portés par des carbones ADJACENTS, donc l'ortho-diméthylbenzène ou 1,21{,}2-diméthylbenzène ; en II deux méthyles séparés par un carbone, donc le méta ou 1,31{,}3-diméthylbenzène ; en III deux méthyles diamétralement opposés, donc le para ou 1,41{,}4-diméthylbenzène. Décomptes en carbone 1313. Pour l'ortho, le plan de symétrie qui passe entre les deux carbones substitués rend équivalents les carbones 11 et 22, puis 33 et 66, puis 44 et 55, soit trois signaux de cycle plus un pour les deux méthyles équivalents : QUATRE signaux. Pour le méta, les carbones 11 et 33 sont équivalents, 44 et 66 aussi, mais 22 et 55 sont chacun uniques, soit quatre signaux de cycle plus un : CINQ signaux. Pour le para, les carbones 11 et 44 sont équivalents et les quatre autres le sont tous entre eux, soit deux signaux de cycle plus un : TROIS signaux. Les trois comptes étant différents, la RMN du CARBONE 1313 suffit à identifier l'isomère sans aucune autre mesure et sans même interpréter les déplacements. C'est la technique de choix, parce que la question posée est une question de SYMÉTRIE et que c'est exactement ce que compte le carbone 1313.

b) La SPECTROMÉTRIE DE MASSE, et le critère est l'amas isotopique. Le 11-chlorobutane montre un pic M+2M+2 valant 3232 pour cent du pic MM, silhouette de trois pour un ; le 11-bromobutane montre un pic M+2M+2 pratiquement ÉGAL au pic MM, silhouette de deux tours jumelles. La différence saute aux yeux avant toute interprétation. Les masses molaires diffèrent d'ailleurs aussi, 9292 contre 136136, ce qui suffirait, mais l'amas a l'avantage de fonctionner même sans connaître la formule attendue. Les trois autres techniques échoueraient ou seraient bien plus laborieuses : l'infrarouge ne distingue guère les liaisons CClC-Cl et CBrC-Br, toutes deux dans la région encombrée des empreintes ; et les spectres de proton comme de carbone sont presque superposables, les deux halogènes ayant des effets de déblindage voisins.

c) L'INFRAROUGE, et la bande décisive est le DOUBLET à 27202720 et 28202820 cm1^{-1}, présent pour le butanal et absent pour la butanone. La position du carbonyle, 17251725 contre 17151715 cm1^{-1}, va dans le même sens mais l'écart de 1010 cm1^{-1} est trop faible pour être décisif à lui seul, alors que la présence ou l'absence du doublet est un fait binaire. C'est la technique la plus économique parce qu'un spectre infrarouge se mesure en une minute sur une goutte de produit, sans solvant deutéré ni préparation. La RMN du proton donnerait bien sûr le même résultat, l'hydrogène de l'aldéhyde sortant vers 9,79{,}7 ppm là où la butanone n'a rien au-delà de 2,52{,}5, et le carbone 1313 aussi ; mais on ne mobilise pas un spectromètre de RMN pour une question que l'infrarouge règle en une bande.

d) La RMN DU PROTON, et la grandeur mesurée est la CONSTANTE DE COUPLAGE JJ entre les deux hydrogènes vinyliques : de 66 à 1212 Hz pour l'isomère ZZ, de 1212 à 1818 Hz pour l'isomère EE. Cette dépendance vient de l'angle dièdre entre les deux liaisons CHC-H, nul dans l'arrangement cis et de 180180 degrés dans l'arrangement trans, le recouvrement qui transmet l'information de spin étant maximal à 180180 degrés. Les trois autres techniques échouent pour une raison commune : deux stéréoisomères ont la même formule brute, les mêmes liaisons et les mêmes atomes, et ne diffèrent que par une GÉOMÉTRIE. La spectrométrie de masse les pèse identiques et les fragmente de la même façon. L'infrarouge voit les mêmes fonctions, un alcool et un alcène ; il offre bien une indication par la bande de déformation hors du plan, vers 970970 cm1^{-1} pour le trans et vers 700700 pour le cis, mais elle tombe dans la région des empreintes et n'est pas toujours exploitable. Le carbone 1313 donne des déplacements légèrement différents, sans règle assez sûre pour conclure seul. Seul le couplage dépend EXPLICITEMENT de l'angle, et c'est pour cette raison qu'il est la seule mesure vraiment stéréochimique du chapitre.

e) La RMN DU CARBONE 1313 y parvient : le propan-11-ol n'a aucune symétrie et donne TROIS signaux, alors que le propan-22-ol possède un plan de symétrie qui rend ses deux méthyles équivalents et ne donne que DEUX signaux. La RMN du PROTON y parvient aussi, et plus richement : le propan-11-ol donne un triplet à 3,63{,}6 ppm intégrant 22, un sextuplet vers 1,61{,}6 et un triplet vers 0,90{,}9 intégrant 33, tandis que le propan-22-ol donne le motif isopropyle, doublet intégrant 66 à 1,21{,}2 ppm et multiplet intégrant 11 vers 4,04{,}0. La SPECTROMÉTRIE DE MASSE y parvient également : la coupure en alpha de l'alcool, la plus favorable, expulse le plus gros substituant et donne un fragment à m/z=31m/z=31, soit CH2=OH+CH_{2}=OH^{+}, pour l'isomère primaire, contre m/z=45m/z=45, soit CH3CH=OH+CH_{3}CH=OH^{+}, pour l'isomère secondaire. C'est l'INFRAROUGE qui échoue : les deux composés sont des alcools, ils montrent tous deux la même bande OHO-H large vers 33503350 cm1^{-1} et la même bande COC-O vers 11001100, et rien dans la région interprétable ne les distingue. On retrouve la limite énoncée à l'exercice 66 : l'infrarouge identifie les FONCTIONS, jamais les squelettes.

Partie B : Niveau examen (/50)

Exercice 10 : Problème : contrôler une synthèse d'aspirine

L'acide acétylsalicylique se prépare au laboratoire en une heure. Le difficile n'est pas de le fabriquer, c'est de PROUVER qu'on l'a fabriqué et qu'il est pur.

Masses molaires en g/mol : acide salicylique 138,12138{,}12 ; anhydride éthanoïque 102,09102{,}09 ; aspirine 180,16180{,}16 ; acide éthanoïque 60,0560{,}05.

Données spectrales de l'aspirine. Infrarouge : 17551755 et 16901690 cm1^{-1} ; 25002500-33003300 large. RMN du proton : 2,352{,}35 (singulet, 3H) ; 7,127{,}12 (doublet, 1H) ; 7,357{,}35 (triplet, 1H) ; 7,617{,}61 (triplet, 1H) ; 8,118{,}11 (doublet, 1H) ; 11,011{,}0 (singulet large, 1H). Spectre de masse : M+M^{+} à 180180, fragments à 138138, 120120 et 4343.

  • a) Écrivez l'équation de la synthèse à partir de l'acide salicylique et de l'anhydride éthanoïque, nommez le type de réaction, et vérifiez la conservation de la masse molaire.
  • b) À partir de 2,002{,}00 g d'acide salicylique et d'un excès d'anhydride, calculez la masse théorique d'aspirine puis la masse obtenue avec un rendement de 7878 pour cent.
  • c) L'aspirine montre DEUX bandes carbonyle, à 17551755 et 16901690 cm1^{-1}. Attribuez-les à l'aide du tableau de l'exercice 22 et justifiez chaque position.
  • d) L'impureté la plus probable est l'acide salicylique n'ayant pas réagi. Donnez un moyen chimique et deux moyens spectroscopiques de la détecter.
  • e) Justifiez les fragments à 138138, 120120 et 4343 du spectre de masse.
  • f) Combien de signaux attend-on en RMN du carbone 1313 pour l'aspirine ? Expliquez enfin pourquoi un vieux flacon d'aspirine mal fermé finit par sentir le vinaigre.
Voir la correction

a) L'équation est HOC6H4COOH+(CH3CO)2OCH3COOC6H4COOH+CH3COOHHO-C_{6}H_{4}-COOH+\left(CH_{3}CO\right)_{2}O\rightarrow CH_{3}COO-C_{6}H_{4}-COOH+CH_{3}COOH. Il s'agit d'une substitution nucléophile ACYLE : le groupe hydroxyle PHÉNOLIQUE de l'acide salicylique attaque un carbonyle de l'anhydride, et l'intermédiaire tétraédrique expulse un ion éthanoate. C'est bien une descente de l'échelle de réactivité, de l'anhydride vers l'ester, conformément à la règle du chapitre des dérivés d'acides. Le groupe COOHCOOH de l'acide salicylique, lui, n'est pas touché : on estérifie le phénol, pas l'acide. Vérification : 138,12+102,09=240,21138{,}12+102{,}09=240{,}21 g/mol du côté des réactifs, et 180,16+60,05=240,21180{,}16+60{,}05=240{,}21 g/mol du côté des produits. Les deux totaux coïncident exactement.

b) La quantité d'acide salicylique vaut 2,00138,12=1,448×102\frac{2{,}00}{138{,}12}=1{,}448\times 10^{-2} mol. L'anhydride étant en excès, l'acide salicylique est le réactif limitant et la stœchiométrie est de un pour un : on attend au plus 1,448×1021{,}448\times 10^{-2} mol d'aspirine, soit 1,448×102×180,16=2,611{,}448\times 10^{-2}\times 180{,}16=2{,}61 g. Avec un rendement de 7878 pour cent, on obtient 0,78×2,61=2,030{,}78\times 2{,}61=2{,}03 g. On notera que la masse du produit dépasse celle du réactif, ce qui est normal puisque l'on greffe un groupe acétyle de 4242 unités en ne perdant qu'un hydrogène ; un contrôle de vraisemblance fondé sur l'idée que la masse doit diminuer serait ici trompeur.

c) La bande à 17551755 cm1^{-1} est celle du carbonyle de l'ESTER. Le tableau donne 17351735 pour un ester ordinaire, et la valeur est ici relevée d'une vingtaine de nombres d'onde parce qu'il s'agit d'un ester de PHÉNOL : l'oxygène engagé est lié à un cycle aromatique, qui attire vers lui une part de son doublet, si bien que cet oxygène donne moins au carbonyle. Le caractère double de la liaison C=OC=O est donc mieux conservé, sa constante de force plus élevée, et la bande monte. La bande à 16901690 cm1^{-1} est celle du carbonyle de l'ACIDE carboxylique. Le tableau donne 17101710 pour un acide ordinaire, et la valeur est ici abaissée d'une vingtaine d'unités parce que cet acide est CONJUGUÉ au cycle aromatique, ce qui délocalise ses électrons π\pi et affaiblit la liaison, exactement comme au b)b) de l'exercice 88. Les deux écarts vont donc en sens opposés, et chacun s'explique par le même principe : plus le doublet voisin donne vers le carbonyle, plus la bande descend. Enfin, la bande très large de 25002500 à 33003300 cm1^{-1} est celle du OHO-H acide, dont la largeur vient du dimère.

d) Moyen chimique : le test au CHLORURE DE FER FeCl3FeCl_{3}. Un phénol donne avec ce réactif un complexe intensément coloré, violet dans le cas de l'acide salicylique. L'aspirine pure, dont le phénol a été estérifié, ne possède plus de groupe OHOH phénolique et ne donne aucune coloration. Toute teinte violette signale donc de l'acide salicylique résiduel, et le test est sensible à moins d'un pour cent. Premier moyen spectroscopique, l'INFRAROUGE : l'acide salicylique montre une bande OHO-H PHÉNOLIQUE nette vers 32303230 cm1^{-1}, absente du spectre de l'aspirine pure ; son apparition trahit l'impureté. Second moyen spectroscopique, la RMN DU PROTON : l'acide salicylique donne un signal de phénol vers 10,310{,}3 ppm, et surtout il ne possède PAS le singulet à 2,352{,}35 ppm des trois hydrogènes du groupe acétyle. On peut donc quantifier l'impureté en comparant l'intégration de ce singulet à celle des hydrogènes aromatiques : dans l'aspirine pure, le rapport vaut exactement 33 pour 44, et tout déficit du singulet mesure directement la fraction non acétylée.

e) Le fragment à 138138 correspond à la perte de 4242 unités, c'est-à-dire d'une molécule de CÉTÈNE CH2=C=OCH_{2}=C=O, par un réarrangement qui transfère l'hydrogène acide vers l'oxygène de l'ester. Ce que l'on retrouve est très exactement l'acide salicylique de départ, ce qui est logique puisqu'il s'agit de la réaction inverse de la synthèse. Le fragment à 120120 correspond à la perte supplémentaire de 1818 unités depuis 138138, c'est-à-dire d'une molécule d'EAU, perte classique d'un acide carboxylique aromatique. Le fragment à 4343 est le cation ACYLIUM CH3CO+CH_{3}CO^{+}, issu directement de la rupture du groupe acétyle et stabilisé par la délocalisation de sa charge entre le carbone et l'oxygène ; c'est le fragment le plus banal de toute la chimie des composés acétylés, déjà rencontré à l'exercice 11. La cohérence 180138120180\rightarrow 138\rightarrow 120 plus 4343 confirme donc à elle seule la présence d'un groupe acétyle greffé sur un acide aromatique.

f) L'aspirine compte NEUF carbones. Son cycle est disubstitué en position ortho par deux groupes DIFFÉRENTS, un ester et un acide, ce qui ne laisse aucun élément de symétrie : les six carbones du cycle sont donc tous inéquivalents. En y ajoutant le carbone du carbonyle de l'ester, celui du carbonyle de l'acide et celui du méthyle, on attend NEUF signaux, soit autant que de carbones. C'est un excellent contrôle : si l'on observait moins de neuf raies, il faudrait suspecter une superposition accidentelle ou une erreur d'attribution. Quant au vieux flacon, il illustre la réversibilité de l'estérification. L'aspirine est un ester, donc sensible à l'HYDROLYSE, et l'humidité de l'air suffit à l'amorcer lentement, d'autant plus vite que le comprimé est chaud ou que sa propre fonction acide catalyse la réaction. L'ester se coupe alors en acide salicylique et en ACIDE ÉTHANOÏQUE, ce dernier étant volatil et responsable de l'odeur de vinaigre caractéristique. Cette odeur est donc un indicateur de péremption d'une fiabilité remarquable, et sa chimie tient tout entière dans l'équation du a) lue de droite à gauche. C'est aussi la raison pour laquelle l'aspirine se conserve en flacon hermétique avec un dessiccant.

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