Chimie organique • Complément québécois de Terminale et cégep à Montréal
Exercices corrigés : les amines (chimie organique)
L'amine est la seule fonction usuelle du cours qui soit franchement BASIQUE et NUCLÉOPHILE en même temps. Ces deux propriétés viennent du même doublet libre porté par l'azote, et presque tout le chapitre consiste à décider laquelle des deux l'emporte dans une situation donnée. La série couvre les classes d'amines et l'inversion de l'azote, la basicité et le pKa de l'acide conjugué, les sels d'ammonium et l'extraction acide-base, la synthèse de Gabriel et l'amination réductrice, le test de Hinsberg et l'acide nitreux, l'élimination de Hofmann, les sels de diazonium et le couplage azoïque.
Deux pièges reviennent à chaque examen. Le premier : la classe d'une amine se compte sur le nombre de CARBONES liés à l'AZOTE, pas sur l'environnement d'un carbone comme pour les alcools (exercice 1). Le second : la basicité des amines aliphatiques n'augmente PAS régulièrement avec le nombre de groupes alkyle dans l'eau, et l'exercice 2 montre pourquoi.
À la fin de la série, vous savez prévoir où se trouve un médicament basique entre l'estomac et l'intestin (exercice 3), choisir une voie de préparation qui donne une amine primaire propre, dont la synthèse de Gabriel (exercice 4), trier les trois classes par le test de Hinsberg et l'acide nitreux (exercices 5 et 9), justifier sur une projection de Newman que l'élimination de Hofmann donne l'alcène le MOINS substitué (exercice 6), protéger l'aniline par acétylation avant de la nitrer (exercice 7) et placer la fenêtre de pH d'un couplage azoïque (exercice 8). Le problème de la partie B explique par une courbe de partage pourquoi la nicotine du cigare passe par la bouche et celle de la cigarette par les poumons (exercice 10). La partie C ajoute cinq classiques : identifier une amine par titrage (exercice 11), la méthode de Stork par les énamines (exercice 12), les ammoniums quaternaires et le transfert de phase (exercice 13), l'extraction de la caféine du thé (exercice 14) et la lidocaïne qui échoue dans un abcès (exercice 15).
Série autocorrigéeTape tes réponses et vérifie-les question par question : la page te dit juste ou faux avant d'ouvrir la correction. Avec un compte, chaque bonne réponse du premier coup rapporte des points, et tes réponses justes restent remplies quand tu reviens.
•CLASSES. Primaire RNH2, secondaire R2NH, tertiaire R3N, et sel d'ammonium QUATERNAIRE R4N+. On compte les carbones portés par l'AZOTE, contrairement aux alcools où l'on regarde le carbone porteur du −OH.
•GÉOMÉTRIE. L'azote est sp3 et pyramidal, son doublet occupant le quatrième sommet. Il s'INVERSE comme un parapluie, avec une barrière voisine de 25 kJ/mol, ce qui interdit d'isoler les deux formes d'une amine dont l'azote serait le seul centre stéréogène.
•POURQUOI L'ANILINE EST FAIBLE. Son doublet est CONJUGUÉ avec le cycle aromatique ; le mobiliser pour fixer un proton coûte la perte de la résonance. Même logique que pour l'acidité du phénol, et que pour la non-basicité de l'amide.
•PRÉPARATIONS. Alkylation directe de NH3 (polyalkylation, à éviter) ; GABRIEL par le phtalimide (amine primaire propre) ; réduction d'un nitrile par LiAlH4 (GAGNE un carbone) ; réduction d'un nitro aromatique ; amination réductrice ; RÉARRANGEMENT de Hofmann d'un amide par Br2 et NaOH (PERD un carbone).
•TEST DE HINSBERG, au chlorure de benzènesulfonyle : primaire donne un sulfonamide à N−H acide, SOLUBLE dans la soude ; secondaire donne un sulfonamide sans N−H, INSOLUBLE ; tertiaire ne réagit PAS.
•ACIDE NITREUX à froid : amine primaire ALIPHATIQUE donne un dégagement de N2 inexploitable ; secondaire donne une nitrosamine, huile jaune cancérogène ; primaire AROMATIQUE donne un sel de diazonium stable entre 0 et 5 degrés Celsius.
•ÉLIMINATION DE HOFMANN. Méthylation exhaustive par CH3I, échange en hydroxyde par Ag2O, puis chauffage : on obtient l'alcène le MOINS substitué, contrairement à la règle de Zaitsev.
Partie A : Structure, basicité, sels et préparations (/50)
Exercice 1 : Classes, inversion de l'azote et températures d'ébullition
Trois amines isomères de formule C3H9N, de masse molaire 59,11 g/mol, bouillent respectivement à 48, 37 et 3 degrés Celsius. Le propan-1-ol, de masse molaire 60,10 g/mol, bout à 97 degrés.
Données : électronégativités N3,04 et O3,44. Barrière d'inversion de l'azote environ 25 kJ/mol ; on prendra A=1,0×1013 s−1, R=8,314 J/(mol·K) et T=298 K.
a) Donnez les quatre isomères de C3H9N, nommez-les et précisez la classe de chacun. Expliquez en quoi le décompte des classes diffère de celui des alcools.
b) Attribuez les trois températures d'ébullition et justifiez, en expliquant notamment le cas de celle à 3 degrés.
c) Expliquez pourquoi une amine bout systématiquement plus bas que l'alcool correspondant, alors que les deux font des liaisons hydrogène. Pourquoi les amines sont-elles pourtant très solubles dans l'eau ?
d) Calculez la fréquence d'inversion de l'azote à 298 K et la durée de vie d'une configuration. Comparez au 80 kJ/mol de la liaison peptidique du chapitre précédent.
e) Déduisez du d) pourquoi il est impossible de dédoubler la N-éthyl-N-méthylpropan-1-amine en deux énantiomères, et dites quelle modification structurale rendrait le dédoublement possible.
b)48 °C : primaire ; 37 °C : secondaire ; 3 °C : tertiaire
c)Liaison N-H plus faible ; accepteur de liaison H
d)k=4,2×108 s⁻¹ ; 2,4 ns
e)Inversion trop rapide ; ammonium quaternaire
a)
Les quatre isomères sont la propan-1-amine CH3CH2CH2NH2 et la propan-2-amine (CH3)2CHNH2, toutes deux PRIMAIRES ; la N-méthyléthanamine CH3CH2NHCH3, SECONDAIRE ; et la N,N-diméthylméthanamine (CH3)3N, TERTIAIRE. Le décompte diffère radicalement de celui des alcools et c'est le piège le plus fréquent du chapitre. Pour un alcool, on regarde le CARBONE qui porte le groupe −OH et l'on compte combien d'autres carbones lui sont liés. Pour une amine, on regarde l'AZOTE et l'on compte combien de carbones lui sont liés. La conséquence est immédiate : la propan-2-amine est une amine PRIMAIRE, alors que le propan-2-ol est un alcool SECONDAIRE, et pourtant le squelette est le même. Il ne faut donc jamais transposer le raisonnement d'un chapitre à l'autre.
b)
La propan-1-amine bout à 48 degrés, la N-méthyléthanamine à 37 et la N,N-diméthylméthanamine à 3. Le classement suit le nombre d'hydrogènes portés par l'azote, donc le nombre de sites DONNEURS de liaison hydrogène : deux pour l'amine primaire, un pour la secondaire, ZÉRO pour la tertiaire. Le cas à 3 degrés est le plus instructif : la N,N-diméthylméthanamine possède bien un azote riche en électrons, donc un excellent ACCEPTEUR, mais elle n'a aucun N−H à offrir, si bien que deux de ses molécules ne peuvent pas s'associer entre elles. Il ne lui reste que les interactions dipôle-dipôle et les forces de London, d'où une chute de 45 degrés par rapport à son isomère primaire. C'est exactement le raisonnement tenu pour les éthers face aux alcools, et pour les cétones face aux alcools : ce qui compte n'est pas la présence de l'hétéroatome, c'est la présence d'un hydrogène PORTÉ par lui.
c)
L'azote est nettement moins électronégatif que l'oxygène, 3,04 contre 3,44. La liaison N−H est donc moins polarisée que la liaison O−H, l'hydrogène y porte une charge partielle positive plus faible, et la liaison hydrogène qui en résulte est sensiblement plus faible, de l'ordre de 15 kJ/mol contre 25 pour un alcool. À masse molaire comparable, l'amine bout donc plus bas, ici 48 contre 97 degrés. La solubilité, elle, obéit à une autre logique et il ne faut pas la déduire du point d'ébullition. L'azote reste un excellent ACCEPTEUR de liaison hydrogène, avec son doublet libre bien disponible, et l'eau apporte des donneurs en abondance. Toutes les amines à courte chaîne, y compris les tertiaires qui n'ont pourtant aucun N−H, sont donc très solubles dans l'eau. On retrouve le principe déjà rencontré pour les éthers et les cétones : une molécule peut être très soluble dans l'eau tout en bouillant bas, parce que la solubilité ne demande qu'un partenaire complémentaire alors que l'ébullition demande une association avec soi-même.
d)
On applique k=Aexp(−RTEa) avec RT=8,314×298=2478 J/mol. Il vient 247825000=10,09, donc k=1,0×1013×e−10,09=4,2×108 s−1. L'azote s'inverse donc environ QUATRE CENTS MILLIONS de fois par seconde, et la durée de vie d'une configuration donnée est k1=2,4 nanosecondes. La comparaison avec la liaison peptidique est éclairante : avec ses 80 kJ/mol, celle-ci ne tournait que 0,095 fois par seconde, soit une conformation stable pendant une dizaine de secondes. Un facteur de trois seulement sur la barrière d'activation produit ici un facteur de plus de 4×109 sur la vitesse, ce qui rappelle à quel point la dépendance exponentielle de la loi d'Arrhenius est brutale. Une barrière de 25 kJ/mol, en pratique, n'est pas une barrière du tout à température ambiante.
e)
La N-éthyl-N-méthylpropan-1-amine possède un azote lié à trois groupes DIFFÉRENTS, éthyle, méthyle et propyle, plus son doublet libre : il remplit donc formellement la condition d'un centre stéréogène, le doublet tenant lieu de quatrième substituant. Les deux formes sont bien images l'une de l'autre dans un miroir et non superposables. Mais elles s'interconvertissent quatre cents millions de fois par seconde, comme le d) vient de l'établir : à peine aurait-on isolé l'une qu'elle serait redevenue un mélange racémique en quelques nanosecondes. Aucune technique de séparation, cristallisation ou chromatographie, n'opère à cette échelle de temps. Le dédoublement est donc impossible, non pas parce que la molécule n'est pas chirale, mais parce que sa chiralité n'a pas de DURÉE. Pour rendre le dédoublement possible, il faut empêcher l'inversion, et il y a deux façons de le faire. La première est de remplacer le doublet par un quatrième substituant, c'est-à-dire de passer à un sel d'AMMONIUM QUATERNAIRE R4N+ à quatre groupes différents : il n'y a alors plus de doublet à retourner et ces sels sont effectivement dédoublables. La seconde est de bloquer l'azote dans un système cyclique rigide et contraint, où le passage par l'état de transition PLAN serait géométriquement impossible : certaines aziridines substituées sont ainsi configurationnellement stables.
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Exercice 2 : La basicité, et son inversion entre le gaz et l'eau
En phase gazeuse, la basicité des amines méthylées augmente régulièrement avec le nombre de méthyles. Dans l'eau, elle ne le fait pas. La figure met les deux classements face à face : chaque trait relie une même amine d'un classement à l'autre, et la basicité croît de la gauche vers la droite sur les deux lignes.
a) Écrivez l'équilibre de basicité d'une amine dans l'eau et expliquez pourquoi on caractérise sa force par le pKa de son acide CONJUGUÉ plutôt que par un pKb.
b) L'effet inductif donneur des groupes alkyle prévoit un classement régulier. Énoncez-le et vérifiez qu'il correspond bien à la ligne du haut de la figure.
c) Lisez la figure : quelle amine change de place, et de combien ? Expliquez l'inversion observée dans l'eau par un second effet, en le nommant précisément.
d) L'anilinium a un pKa de 4,63 contre 10,64 pour le méthylammonium. Justifiez cet écart de six ordres de grandeur, et rapprochez-le de deux résultats déjà obtenus dans les chapitres précédents.
e) Justifiez les valeurs 1,00 pour le para-nitroanilinium et 5,34 pour le para-méthoxyanilinium. Calculez enfin la fraction d'aniline sous forme NON protonée à pH=7,0.
L'équilibre s'écrit RNH2+H2O⇌RNH3++HO−, de constante Kb. On préfère pourtant décrire l'amine par l'équilibre de son acide conjugué, RNH3++H2O⇌RNH2+H3O+, de constante Ka, pour deux raisons pratiques. D'abord, les deux constantes sont liées par KaKb=Ke, donc pKa+pKb=14,0 à 25 degrés Celsius : l'une se déduit immédiatement de l'autre et aucune information n'est perdue. Ensuite, tout le reste du cours, acides carboxyliques, phénols, alcools, énols, groupes partants, est déjà tabulé en pKa ; ramener les amines à la même échelle permet de comparer directement une amine et un acide carboxylique, ce dont on a besoin en permanence pour prévoir le sens d'une réaction acide-base. On retiendra la lecture : plus le pKa de l'acide conjugué est GRAND, plus la base est FORTE.
b)
Un groupe alkyle est donneur par effet inductif. Chaque méthyle supplémentaire enrichit donc l'azote en densité électronique, ce qui rend son doublet plus disponible pour capter un proton, et stabilise en outre l'ion ammonium formé en dispersant sa charge positive. Les deux lectures conduisent au même classement, régulier et monotone : NH3 moins basique que MeNH2, moins que Me2NH, moins que Me3N. C'est exactement la ligne du haut de la figure, et c'est bien ce que l'on mesure en PHASE GAZEUSE, où la molécule est seule et où l'effet inductif est le seul en jeu. Cette concordance est importante : elle montre que le raisonnement inductif n'est pas faux, il est simplement incomplet dès qu'un solvant entre en scène.
c)
La figure montre que Me3N, dernier de la ligne du haut, tombe en deuxième position sur la ligne du bas : c'est la triméthylamine qui change de place, et elle recule de deux rangs, passant de la plus basique à l'avant-dernière. Les trois autres conservent leur ordre relatif. Le second effet en jeu est la SOLVATATION de l'ion ammonium par l'eau. Un ion ammonium se stabilise en offrant ses hydrogènes N−H à des liaisons hydrogène avec les molécules d'eau environnantes : NH4+ en a quatre, MeNH3+ trois, Me2NH2+ deux, et Me3NH+ un seul. Plus on méthyle, moins l'ion formé est solvaté, donc moins il est stabilisé, donc moins l'amine est basique. Ce second effet joue exactement à l'INVERSE du premier. Leur compétition produit un maximum au stade secondaire, d'où le classement observé 9,25, 9,80, 10,64, 10,73, où la triméthylamine décroche nettement. Le fait que le classement redevienne monotone en phase gazeuse, où il n'y a pas de solvant, constitue la PREUVE expérimentale de cette explication : c'est un excellent exemple de la façon dont on départage deux effets en supprimant l'un des deux.
d)
Le doublet de l'azote de l'aniline n'est pas libre : il est CONJUGUÉ avec le cycle aromatique, dans lequel il se délocalise en engendrant des formes limites qui portent la charge négative en ortho et en para. Protoner cet azote reviendrait à immobiliser le doublet sur une liaison N−H, donc à DÉTRUIRE cette stabilisation par résonance, ce qui coûte cher. L'aniline est par conséquent une base beaucoup plus faible qu'une amine aliphatique, dont le doublet n'a rien d'autre à faire, d'où l'écart de 10,64−4,63=6,01 unités, soit un million. Deux résultats antérieurs reposent sur exactement le même mécanisme. Le premier est l'acidité du PHÉNOL, six ordres de grandeur au-dessus de celle d'un alcool, parce que la conjugaison stabilisait cette fois la base conjuguée. Le second est la non-basicité de l'AMIDE, où le doublet de l'azote est engagé vers un carbonyle. Dans les trois cas, la règle est la même : un doublet déjà occupé par la résonance n'est plus disponible pour la chimie acide-base, et ce n'est jamais l'espèce de départ qu'il faut regarder mais le coût du changement.
e)
Le groupe nitro en para est fortement ATTRACTEUR, par effet inductif et surtout par effet mésomère, puisqu'il ouvre une forme limite supplémentaire où le doublet de l'azote de l'amine se délocalise jusque sur les oxygènes du nitro. Le doublet est donc encore moins disponible qu'en l'absence de substituant, la base est encore plus faible, et le pKa tombe à 1,00, soit près de quatre ordres de grandeur sous l'aniline. Le groupe méthoxy en para est au contraire DONNEUR par mésomérie : il renvoie de la densité vers le cycle, ce qui concurrence la délocalisation du doublet de l'amine et le rend un peu plus disponible ; le pKa remonte donc à 5,34. Calcul de la fraction non protonée à pH=7,0. On applique la relation de Henderson-Hasselbalch : la fraction sous forme basique vaut 1+10pKa−pH1=1+104,63−7,001=1+10−2,371=1,004271=0,99574, soit 99,6 pour cent. L'aniline est donc PRESQUE ENTIÈREMENT sous forme neutre à pH neutre, ce qui est cohérent avec le fait qu'elle soit une base faible et qu'elle se comporte, dans l'eau, comme un composé organique peu polaire et peu soluble. Une amine aliphatique dans les mêmes conditions serait au contraire protonée à plus de 99,7 pour cent, donc entièrement ionique : deux composés de la même famille, deux comportements opposés au même pH.
Exercice 3 : Sels d'ammonium : extraction, médicaments et absorption
Une amine et son sel d'ammonium sont deux composés aux propriétés opposées : l'un est un liquide organique peu soluble dans l'eau, l'autre un solide ionique cristallisé qui s'y dissout très bien. Toute la pharmacie galénique et une bonne partie du laboratoire exploitent ce contraste.
On considère un médicament basique dont l'acide conjugué a un pKa de 9,00. pH de l'estomac : 1,5. pH de l'intestin grêle : 6,5. pH du sang : 7,4.
a) Écrivez la réaction de la propan-1-amine avec HCl et nommez le produit. Comparez la solubilité dans l'eau et le point de fusion des deux composés, en justifiant.
b) On dispose, dissous dans l'éther, d'un mélange de propan-1-amine, d'acide benzoïque et de naphtalène. Proposez un protocole d'extraction qui les sépare tous les trois.
c) La plupart des médicaments basiques sont vendus sous forme de CHLORHYDRATE. Donnez trois raisons pratiques distinctes.
d) Calculez la fraction du médicament sous forme NEUTRE dans l'estomac, dans l'intestin et dans le sang. Déduisez-en le lieu principal de son absorption et justifiez par la nature de la membrane cellulaire.
e) Un patient prend un antiacide qui remonte le pH de son estomac à 4,5. La fraction neutre y est-elle notablement modifiée ? Calculez, puis dites si cela change la conclusion du d).
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Réponses
a)Chlorure de propylammonium, solide ionique soluble
La réaction est CH3CH2CH2NH2+HCl→CH3CH2CH2NH3+Cl−, et le produit est le chlorhydrate de propan-1-amine, ou chlorure de propylammonium. L'amine de départ est un liquide volatil bouillant à 48 degrés Celsius, modérément soluble dans l'eau et à l'odeur désagréable de poisson. Le sel est un SOLIDE IONIQUE, très soluble dans l'eau, inodore, et fondant bien au-dessus de 150 degrés. La justification est la même que pour n'importe quel sel : le composé ionique est maintenu par des interactions électrostatiques entre ions, bien plus fortes que les liaisons hydrogène entre molécules neutres, d'où le point de fusion élevé ; et il se dissout dans l'eau parce que ce solvant très polaire solvate efficacement les deux ions. La disparition de l'odeur découle du même fait : un solide ionique n'a pratiquement aucune tension de vapeur, donc rien ne parvient au nez.
b)
Étape 1 : agiter la solution éthérée avec HCl aqueux dilué. Seule l'AMINE, qui est basique, est protonée et passe en phase aqueuse sous forme de chlorhydrate ; l'acide benzoïque et le naphtalène, qui ne sont pas basiques, restent dans l'éther. On sépare les phases, puis on rend la phase aqueuse basique par NaOH : l'amine, redevenue neutre, se sépare et se récupère par extraction à l'éther. Étape 2 : agiter la phase éthérée restante avec NaHCO3 aqueux. L'acide benzoïque, de pKa4,20 donc plus fort que l'acide carbonique à 6,35, est déprotoné et passe en phase aqueuse avec effervescence ; le naphtalène reste dans l'éther. On acidifie ensuite la phase aqueuse par HCl pour faire précipiter l'acide benzoïque. Étape 3 : évaporer l'éther pour récupérer le naphtalène. Le protocole est celui du chapitre précédent, complété par l'étape ACIDE qui capture spécifiquement la base : on dispose désormais des deux pinces, l'une pour les acides, l'autre pour les bases, et le composé neutre est celui qui reste toujours dans l'éther.
c)
Première raison, la SOLUBILITÉ : la plupart des amines actives sont des molécules peu polaires et mal solubles dans l'eau, alors que leur chlorhydrate se dissout bien, ce qui est indispensable pour préparer un sirop, une solution injectable, ou simplement pour qu'un comprimé se délite dans le tube digestif. Deuxième raison, la MISE EN FORME : un solide cristallisé se pèse, se purifie par recristallisation, se dose avec précision et se comprime, alors qu'une huile ou un liquide volatil se prête mal à la fabrication d'un comprimé. Troisième raison, la STABILITÉ : sous forme de sel, l'azote n'a plus de doublet libre, il n'est donc plus nucléophile ni oxydable ; beaucoup d'amines libres brunissent à l'air par oxydation, ce que leur chlorhydrate ne fait pas, d'où une durée de conservation bien supérieure. On peut ajouter une quatrième raison, la disparition de l'odeur souvent repoussante des amines libres.
d)
On applique la relation de Henderson-Hasselbalch, la fraction neutre valant 1+10pKa−pH1. Dans l'estomac, 1+109,00−1,501=1+107,51=3,2×10−8, soit 3,2×10−6 pour cent : le médicament y est intégralement ionisé. Dans l'intestin, 1+102,51=3,2×10−3, soit 0,32 pour cent. Dans le sang, 1+101,61=2,45×10−2, soit 2,5 pour cent. Le rapport entre l'intestin et l'estomac est de 105, cent mille fois plus de forme neutre dans l'intestin. L'absorption a donc lieu principalement dans l'INTESTIN, et non dans l'estomac. La justification est la nature de la membrane cellulaire : c'est une bicouche LIPIDIQUE, donc un milieu apolaire, que seule une molécule neutre et lipophile peut traverser par diffusion passive. Une espèce chargée y est repoussée et doit attendre un transporteur. Le résultat est contre-intuitif et vaut d'être retenu : les BASES sont absorbées dans l'intestin, tandis que les acides faibles, neutres en milieu acide, sont eux absorbés dès l'estomac.
e)
À pH=4,5, la fraction neutre vaut 1+109,00−4,501=1+104,51=3,2×10−5, soit 3,2×10−3 pour cent. C'est mille fois plus qu'à pH=1,5, ce qui n'est pas rien, mais cela reste CENT FOIS MOINS que dans l'intestin. La conclusion du d) n'est donc pas modifiée : l'intestin demeure de très loin le site principal d'absorption. Le calcul illustre au passage une propriété commode de l'échelle logarithmique : tant que le pH reste plusieurs unités sous le pKa, la fraction neutre est simplement multipliée par dix chaque fois que le pH monte d'une unité, ce qui permet de raisonner de tête. Il ne faudrait pas en conclure qu'un antiacide est sans effet sur l'absorption des médicaments : pour d'autres molécules, notamment les acides faibles et les composés dont la dissolution même dépend du pH, l'effet peut être considérable, et c'est une interaction médicamenteuse bien réelle.
Exercice 4 : Cinq voies vers une amine, et le compte des carbones
Préparer une amine primaire PROPRE est étonnamment difficile, parce que le produit est plus nucléophile que le réactif de départ. Les méthodes du chapitre sont autant de façons de contourner cette difficulté.
a) On chauffe du 1-bromobutane avec de l'ammoniac. Écrivez le produit attendu, expliquez pourquoi on obtient en réalité un mélange de quatre composés, et donnez le seul moyen d'améliorer le résultat sans changer de méthode.
b) Décrivez la synthèse de Gabriel du butan-1-amine à partir du 1-bromobutane. Expliquez pourquoi le phtalimide a un pKa de 8,30 alors que l'ammoniac est à 38, et pourquoi cette méthode ne peut JAMAIS donner d'amine secondaire.
c) Donnez deux méthodes de réduction conduisant à une amine, l'une à partir d'un nitrile, l'autre à partir d'un nitro aromatique.
d) Le réarrangement de Hofmann transforme un amide en amine par action de Br2 et de NaOH. Donnez le produit à partir du pentanamide et écrivez le bilan en comptant les carbones.
e) Dressez le bilan carboné des méthodes vues : classez-les selon qu'elles conservent, gagnent ou perdent un carbone. Puis proposez trois synthèses de la butan-1-amine partant chacune d'un substrat à un nombre de carbones différent.
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Réponses
a)Mélange de quatre produits ; large excès d'ammoniac
b)Phtalimidure, alkylation, hydrazine ; plus de H sur N
c)Nitrile par LiAlH4 ; nitro par H2 ou Sn/HCl
d)Butan-1-amine : un carbone perdu
e)Gabriel conserve, nitrile gagne, Hofmann perd
a)
Le produit attendu est la butan-1-amine, par une simple SN2 de l'ammoniac sur l'halogénure primaire. En réalité, dès qu'une molécule de butan-1-amine est formée, elle est un nucléophile MEILLEUR que l'ammoniac de départ, puisque son groupe butyle est donneur par effet inductif comme l'exercice 2 l'a établi. Elle entre donc en compétition pour le 1-bromobutane restant et donne la dibutylamine, laquelle est encore plus nucléophile et donne la tributylamine, laquelle donne enfin l'iodure ou le bromure de tétrabutylammonium. On obtient ainsi les QUATRE composés, amine primaire, secondaire, tertiaire et sel quaternaire, en proportions difficiles à contrôler et pratiquement inséparables puisque leurs propriétés sont voisines. C'est le défaut rédhibitoire de la méthode : chaque produit est plus réactif que son précurseur, ce qui est exactement la situation déjà rencontrée avec l'alkylation de Friedel-Crafts. Le seul remède, sans changer de méthode, est d'employer un ÉNORME excès d'ammoniac, souvent vingt équivalents ou plus, pour qu'une molécule de 1-bromobutane ait statistiquement bien plus de chances de rencontrer une molécule d'ammoniac qu'une molécule d'amine formée. C'est efficace mais peu élégant, et impraticable si l'halogénure est le réactif précieux.
b)
Étape 1 : traiter le phtalimide par KOH, ce qui donne le phtalimidure de potassium. Étape 2 : ajouter le 1-bromobutane ; l'anion, nucléophile azoté, réalise une SN2 et l'on obtient le N-butylphtalimide. Étape 3 : libérer l'amine, soit par hydrolyse en milieu acide ou basique à chaud, soit plus proprement par l'hydrazine, réaction dite de Ing-Manske, qui donne la butan-1-amine et un hydrazide cyclique insoluble facile à filtrer. Le pKa de 8,30 s'explique exactement comme celui des composés 1,3-dicarbonylés du chapitre des aldéhydes et cétones : l'hydrogène est porté par un azote encadré par DEUX carbonyles, si bien que l'anion formé délocalise sa charge sur les deux oxygènes en plus de l'azote. Une base ordinaire suffit donc à le déprotoner quantitativement, alors qu'il faudrait un réactif exotique pour arracher un proton à l'ammoniac. Enfin, la méthode ne peut jamais donner d'amine secondaire parce qu'après la première alkylation, l'azote du N-butylphtalimide ne porte plus AUCUN hydrogène : il n'y a plus rien à déprotoner, aucun second anion ne peut se former, et la polyalkylation est structurellement impossible. C'est tout l'intérêt de la méthode : le phtalimide est un ammoniac muni d'un compteur d'alkylations bloqué à un.
c)
Première méthode, la réduction d'un NITRILE par LiAlH4 dans l'éther anhydre, puis hydrolyse : R−C≡N donne R−CH2−NH2, par double addition d'hydrure sur la triple liaison. Le nitrile provenant lui-même d'un halogénure par action de NaCN, la séquence complète transforme R−X en R−CH2−NH2 et GAGNE un carbone. On peut aussi employer l'hydrogénation catalytique sous pression. Seconde méthode, la réduction d'un NITRO aromatique, par H2 sur nickel de Raney ou sur palladium, ou par un métal en milieu acide, étain ou fer dans HCl : le nitrobenzène donne l'aniline. Cette voie est la seule vraiment praticable pour les amines aromatiques, puisqu'une substitution nucléophile est impossible sur un carbone sp2 du cycle comme les chapitres précédents l'ont montré ; on installe donc l'azote par une substitution ÉLECTROPHILE, la nitration, puis on le réduit.
d)
Le pentanamide CH3(CH2)3CONH2, qui compte CINQ carbones, donne la butan-1-amine CH3(CH2)3NH2, qui n'en compte que QUATRE. Le bilan s'écrit CH3(CH2)3CONH2+Br2+4NaOH→CH3(CH2)3NH2+Na2CO3+2NaBr+2H2O. Le carbone manquant est celui du carbonyle : il part sous forme de carbonate. Le mécanisme explique ce résultat surprenant : l'azote est d'abord bromé, puis déprotoné, et l'anion expulse l'ion bromure en même temps que le groupe alkyle MIGRE du carbone vers l'azote. Il se forme un isocyanate R−N=C=O, que la soude hydrolyse en carbamate, lequel se décarboxyle. La migration a lieu avec RÉTENTION totale de configuration au carbone migrant, ce qui est un point souvent évalué : si le groupe R portait un centre asymétrique, il est conservé.
e)
Bilan carboné. CONSERVENT le nombre de carbones : l'alkylation directe de l'ammoniac, la synthèse de Gabriel, la réduction d'un nitro aromatique, et l'amination réductrice d'un aldéhyde ou d'une cétone. GAGNENT un carbone : la voie du nitrile, puisque l'ion cyanure apporte son propre carbone. PERD un carbone : le réarrangement de Hofmann, qui élimine le carbone du carbonyle. Trois synthèses de la butan-1-amine, à quatre carbones. À partir d'un substrat à QUATRE carbones, le 1-bromobutane : synthèse de Gabriel, en trois étapes comme au b) ; c'est la voie la plus propre. À partir d'un substrat à TROIS carbones, le 1-bromopropane : action de NaCN pour donner le butanenitrile, puis réduction par LiAlH4 ; on gagne le carbone manquant. À partir d'un substrat à CINQ carbones, le pentanamide : réarrangement de Hofmann par Br2 et NaOH, comme au d) ; on perd le carbone excédentaire. Savoir choisir parmi ces trois voies selon le nombre de carbones du produit de départ disponible est exactement ce qu'un problème de rétrosynthèse demande, et c'est pourquoi ce bilan mérite d'être mémorisé sous cette forme.
Exercice 5 : Reconnaître une amine : Hinsberg et l'acide nitreux
Deux réactifs suffisent à trier les trois classes d'amines, et ils le font pour des raisons structurales entièrement différentes : l'un exploite ce que l'azote peut PERDRE, l'autre ce qu'il peut DEVENIR.
a) Décrivez le test de Hinsberg au chlorure de benzènesulfonyle : donnez le produit pour une amine primaire, secondaire et tertiaire, et le comportement de chacun vis-à-vis d'une solution de soude.
b) Expliquez pourquoi le sulfonamide issu d'une amine primaire est ASSEZ acide pour se dissoudre dans la soude, alors qu'un amide ordinaire ne l'est pas.
c) Donnez le produit de l'action de l'acide nitreux, préparé in situ à partir de NaNO2 et de HCl à 0 degré Celsius, sur une amine primaire aliphatique, sur une amine secondaire, et sur une amine primaire aromatique.
d) Expliquez pourquoi le résultat obtenu avec une amine primaire ALIPHATIQUE est sans intérêt préparatif, alors que celui obtenu avec l'analogue aromatique est le carrefour de toute la synthèse aromatique.
e) Les nitrosamines sont cancérogènes et se forment dans l'estomac à partir des nitrites alimentaires. Expliquez la chimie en jeu et le rôle protecteur que l'on attribue à la vitamine C.
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Réponses
a)I : précipité soluble ; II : insoluble ; III : rien
e)Nitrosamines ; la vitamine C réduit l'acide nitreux
a)
Le chlorure de benzènesulfonyle C6H5SO2Cl réagit comme un chlorure d'acyle, par substitution nucléophile sur le soufre. Avec une amine PRIMAIRE, on obtient un sulfonamide C6H5SO2NHR, qui conserve un hydrogène sur l'azote ; ce composé, précipité au départ, se DISSOUT dans la soude en formant son sel de sodium. Avec une amine SECONDAIRE, on obtient C6H5SO2NR2, sans aucun hydrogène sur l'azote : le précipité reste INSOLUBLE dans la soude. Avec une amine TERTIAIRE, il n'y a pas de réaction durable, l'azote n'ayant aucun hydrogène à perdre pour stabiliser le produit ; on ne récupère que l'amine, soluble en milieu acide. Les trois classes sont donc distinguées par deux observations successives : formation ou non d'un précipité, puis dissolution ou non de ce précipité dans la soude.
b)
Le groupe sulfonyle −SO2− est un attracteur d'électrons beaucoup plus puissant qu'un carbonyle, pour deux raisons cumulées. D'abord l'effet inductif : le soufre y porte DEUX oxygènes doublement liés, donc une charge partielle positive considérable. Ensuite l'effet mésomère : l'anion formé après déprotonation délocalise sa charge sur ces deux oxygènes, alors que celui d'un amide ordinaire n'en dispose que d'un seul. La base conjuguée est donc bien mieux stabilisée, et le pKa d'un sulfonamide primaire tombe aux alentours de 10, contre environ 17 pour un amide ordinaire, soit sept ordres de grandeur d'écart. À pKa=10, le composé est comparable à un phénol : la soude, dont l'acide conjugué est l'eau à 15,7, le déprotone donc quantitativement et le sel formé, ionique, se dissout. Le raisonnement est exactement celui du phtalimide de l'exercice 4 ou du composé 1,3-dicarbonylé du chapitre des cétones : compter les groupes attracteurs capables de partager la charge.
c)
Avec une amine primaire ALIPHATIQUE, il se forme bien un ion diazonium R−N2+, mais celui-ci est extrêmement instable et se décompose immédiatement, même à 0 degré, en libérant du DIAZOTE gazeux et en laissant un carbocation. On observe donc un vif dégagement gazeux et l'on récupère un mélange d'alcools, d'alcènes et d'halogénures issus du carbocation, avec ses réarrangements habituels. Avec une amine SECONDAIRE, il n'y a pas d'hydrogène disponible pour éliminer l'eau et former la double liaison N=N : la réaction s'arrête à la N-NITROSAMINE R2N−N=O, huile jaune séparable. Avec une amine primaire AROMATIQUE, on obtient un sel de diazonium Ar−N2+ qui est STABLE entre 0 et 5 degrés Celsius en solution aqueuse.
d)
La différence tient entièrement à la stabilité de l'ion diazonium formé, et donc à ce que serait le carbocation résiduel. Dans le cas aliphatique, le départ de N2 engendrerait un carbocation alkyle ordinaire, espèce accessible : la force motrice est le gain d'entropie et de stabilité que représente la libération d'une molécule de diazote, l'une des plus stables de la chimie, et rien ne s'y oppose. La décomposition est donc immédiate et incontrôlable, et l'on obtient un mélange sans valeur préparative ; la réaction ne sert qu'à révéler qualitativement une amine primaire par son dégagement gazeux. Dans le cas aromatique, le départ de N2 exigerait de former un cation PHÉNYLE, dont la lacune se trouverait dans une orbitale sp2 située dans le plan du cycle, donc perpendiculaire au système π et incapable d'en tirer la moindre stabilisation : c'est le même argument qui rend les halogénures d'aryle inertes. Cette barrière très élevée stabilise le sel de diazonium aromatique juste assez pour qu'on puisse le faire réagir à froid avec le réactif de son choix, et ce sont les réactions de Sandmeyer et leurs variantes, traitées en détail dans la série sur les composés aromatiques. Le groupe diazonium est le seul groupe de la chimie aromatique que l'on puisse remplacer par presque n'importe quoi, y compris par un simple hydrogène.
e)
Les nitrites, employés comme conservateurs dans les charcuteries où ils inhibent le botulisme et fixent la couleur rose, sont convertis en acide nitreux par l'acidité gastrique, dont le pH avoisine 1,5. Cet acide nitreux rencontre alors dans le bol alimentaire des amines SECONDAIRES, provenant notamment de la dégradation des protéines et des acides aminés, et forme les N-nitrosamines décrites au c). Ces composés sont métaboliquement activés par le foie en agents alkylants qui modifient l'ADN, d'où leur caractère cancérogène avéré, particulièrement associé aux cancers digestifs. La vitamine C, ou acide ascorbique, joue un rôle protecteur parce qu'elle est un RÉDUCTEUR puissant : elle réduit l'acide nitreux en monoxyde d'azote avant qu'il n'ait le temps de rencontrer une amine. C'est une compétition CINÉTIQUE, et c'est la raison pour laquelle les industriels ajoutent réglementairement de l'acide ascorbique ou de l'érythorbate de sodium aux salaisons nitritées. On notera que le raisonnement est le même que pour l'éthanol antidote du méthanol, vu au chapitre des alcools : on ne supprime pas le réactif dangereux, on lui offre une réaction plus rapide.
Partie B : Niveau examen (/50)
Exercice 6 : L'élimination de Hofmann : l'alcène le moins substitué
Toutes les éliminations du cours obéissaient à la règle de Zaitsev. Celle-ci lui désobéit, et il faut comprendre pourquoi plutôt que retenir une exception.
Résultats expérimentaux. L'hydroxyde de N,N,N-triméthylbutan-2-ammonium chauffé donne 95 pour cent de but-1-ène et 5 pour cent de but-2-ène. Le 2-bromobutane traité par l'éthanolate donne 20 pour cent de but-1-ène et 80 pour cent de but-2-ène.
La figure est une projection de Newman du sel d'ammonium, regardée le long de la liaison entre le carbone 2, à l'avant, et le carbone 1, à l'arrière.
a) Décrivez les trois étapes qui mènent de la butan-2-amine à l'hydroxyde d'ammonium quaternaire, en précisant combien d'équivalents de CH3I sont nécessaires et le rôle de Ag2O.
b) Sur la figure, identifiez l'hydrogène qui sera arraché et justifiez géométriquement. Écrivez ensuite les deux alcènes possibles et dites lequel est majoritaire.
c) Donnez la PREMIÈRE raison de cette orientation, de nature stérique, en vous appuyant sur la taille du groupe partant.
d) Donnez la SECONDE raison, de nature électronique, en reliant l'acidité des hydrogènes en bêta à l'échelle de stabilité des CARBANIONS vue au chapitre de la mésomérie.
e) Calculez, pour chacune des deux expériences, le rapport entre l'alcène le plus substitué et le moins substitué, puis le facteur de renversement entre les deux. Concluez sur ce qui décide réellement de l'orientation d'une élimination.
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Réponses
a)3 CH3I, Ag2O, chauffage
b)H anti-périplanaire ; but-1-ène à 95 %
c)Groupe partant volumineux
d)Caractère carbanion : primaire plus stable
e)0,0526 contre 4,00 : facteur 76
a)
Étape 1, la MÉTHYLATION EXHAUSTIVE : on traite la butan-2-amine par un excès d'iodométhane. L'amine étant primaire, son azote porte deux hydrogènes ; il faut donc TROIS équivalents de CH3I pour atteindre le sel quaternaire, en passant successivement par l'amine secondaire, l'amine tertiaire, puis l'iodure d'ammonium quaternaire. On ajoute en pratique une base douce comme K2CO3 pour neutraliser le HI formé et régénérer l'amine libre à chaque étape. On notera que la polyalkylation, qui était le défaut rédhibitoire de la préparation des amines à l'exercice 4, devient ici le but recherché. Étape 2, l'ÉCHANGE D'ANION : on traite par l'oxyde d'argent humide Ag2O. L'iodure précipite sous forme d'iodure d'argent, très insoluble, ce qui déplace totalement l'échange et laisse en solution l'hydroxyde d'ammonium quaternaire. Le rôle de Ag2O est donc simplement de remplacer l'iodure, mauvaise base, par l'ion HYDROXYDE, qui sera la base de l'élimination. Étape 3, le CHAUFFAGE, entre 100 et 200 degrés Celsius, qui provoque l'élimination et libère l'alcène ainsi que la triméthylamine.
b)
L'hydrogène arraché est celui du BAS de la projection, à 270 degrés, porté par le carbone arrière. La justification est géométrique et tient en un mot : l'élimination est de type E2, donc concertée, et elle exige que la liaison C−H rompue et le groupe partant soient ANTI-PÉRIPLANAIRES, c'est-à-dire à 180 degrés l'un de l'autre dans la projection de Newman. Or le groupe NMe3+ occupe la position à 90 degrés sur le carbone avant ; le seul hydrogène du carbone arrière situé exactement à l'opposé est bien celui du bas. Cet alignement est nécessaire pour que l'orbitale de la liaison C−H qui se rompt et l'orbitale antiliante de la liaison C−N qui se rompt aussi puissent se recouvrir et former la liaison π du futur alcène. Les deux alcènes possibles sont le but-1-ène, obtenu en arrachant un hydrogène du carbone 1 comme sur la figure, et le but-2-ène, obtenu en arrachant un hydrogène du carbone 3. C'est le BUT-1-ÈNE, le moins substitué, qui est très largement majoritaire avec 95 pour cent.
c)
Le groupe partant NMe3+ est ÉNORME : trois méthyles rayonnent autour de l'azote, ce qui en fait un obstacle sans commune mesure avec un ion bromure. Deux conséquences en découlent. D'abord, la base doit s'approcher d'un hydrogène en bêta, et cet hydrogène est d'autant plus accessible que le carbone qui le porte est peu substitué : le carbone 1 est un méthyle, dégagé et porteur de trois hydrogènes équivalents, alors que le carbone 3 est un CH2 flanqué d'un méthyle supplémentaire. Ensuite, et c'est le point le plus fort, la conformation ANTI-PÉRIPLANAIRE exigée coûte beaucoup plus cher du côté substitué : pour aligner un hydrogène du carbone 3 avec le volumineux groupe ammonium, il faut amener les autres substituants dans des positions gauches très encombrées, ce qui élève l'état de transition. Du côté du méthyle terminal, la rotation est libre et l'un des trois hydrogènes se trouve toujours en position anti sans aucun coût. La statistique joue enfin dans le même sens, avec trois hydrogènes disponibles contre deux.
d)
Le groupe NMe3+ porte une charge positive entière et il est donc un ATTRACTEUR d'électrons extrêmement puissant par effet inductif. Il acidifie fortement les hydrogènes portés par les carbones voisins, si bien que l'état de transition de l'élimination acquiert un net caractère de CARBANION sur le carbone en bêta, autrement dit un caractère E1cb marqué : la rupture de la liaison C−H y est bien plus avancée que celle de la liaison C−N. Il faut alors se demander où ce carbanion partiel est le plus stable, et c'est ici qu'intervient l'échelle INVERSÉE des carbanions. Un groupe alkyle est donneur par effet inductif : il stabilise une charge positive et DÉSTABILISE une charge négative. L'ordre de stabilité des carbanions est donc l'exact opposé de celui des carbocations, primaire plus stable que secondaire, lui-même plus stable que tertiaire. Le carbanion partiel se développe par conséquent de préférence sur le carbone le MOINS substitué, c'est-à-dire le méthyle terminal, et l'on obtient l'alcène le moins substitué. Les deux raisons, stérique et électronique, poussent donc dans le même sens, exactement comme les deux facteurs de la hiérarchie des dérivés d'acides du chapitre précédent. Avec un bromure, dont le groupe partant est petit et neutre, aucun des deux effets ne joue et l'on retombe sur Zaitsev, gouverné par la stabilité du produit.
e)
Pour le sel d'ammonium, le rapport entre l'alcène le plus substitué et le moins substitué vaut 955=0,0526. Pour le bromure, il vaut 2080=4,00. Le facteur de renversement est 0,05264,00=76 : en changeant seulement le groupe partant, tout le reste étant identique, on modifie le rapport des produits d'un facteur soixante-seize et l'on passe d'une majorité écrasante d'un côté à une majorité nette de l'autre. La conclusion générale est celle-ci : l'orientation d'une élimination n'est PAS une propriété du substrat carboné, contrairement à ce que la formulation habituelle de la règle de Zaitsev laisse croire. Elle résulte de la compétition entre la stabilité THERMODYNAMIQUE du produit, qui favorise l'alcène le plus substitué, et l'accessibilité CINÉTIQUE de l'état de transition, qui favorise l'hydrogène le plus dégagé et le plus acide. Un petit groupe partant neutre et une base peu encombrée laissent le premier facteur l'emporter, d'où Zaitsev ; un groupe partant volumineux et chargé, ou une base très encombrée comme le tert-butanolate, font basculer le second, d'où Hofmann. Il n'y a donc pas une règle et son exception, mais un seul arbitrage dont on peut prévoir l'issue.
Exercice 7 : Protéger l'aniline pour pouvoir la nitrer
Le groupe amino est l'activant le plus puissant de la chimie aromatique. C'est précisément ce qui rend l'aniline si difficile à manipuler.
Faits expérimentaux. La nitration directe de l'aniline par HNO3 et H2SO4 donne environ 47 pour cent d'isomère méta, accompagnés de goudrons noirs. La même nitration sur le N-phénylacétamide donne plus de 90 pour cent d'isomère para.
a) Donnez les DEUX raisons distinctes pour lesquelles la nitration directe de l'aniline échoue, et expliquez précisément pourquoi on obtient de l'isomère méta alors que −NH2 est orienteur ortho-para.
b) Écrivez la réaction de l'aniline avec l'anhydride éthanoïque et nommez le produit.
c) Expliquez pourquoi ce produit résout les deux problèmes du a) à la fois. Appuyez-vous sur le résultat du chapitre précédent concernant la basicité des amides.
d) Justifiez que la nitration du composé protégé donne plus de 90 pour cent de para alors que le groupe reste orienteur ortho-para.
e) Complétez la séquence jusqu'à la para-nitroaniline, puis décrivez la synthèse du sulfanilamide, premier antibactérien de synthèse, en indiquant à quelle étape la protection est de nouveau indispensable.
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Réponses
a)Oxydation et protonation en anilinium méta-orienteur
Première raison, l'OXYDATION. L'aniline est un composé très riche en électrons, à cause du doublet de l'azote délocalisé dans le cycle, et l'acide nitrique concentré est un oxydant puissant. Une partie notable du substrat est donc simplement oxydée en produits polymériques colorés, les goudrons observés, ce qui détruit le rendement quel que soit le reste. Seconde raison, la PROTONATION. Le milieu de nitration contient de l'acide sulfurique concentré, et l'aniline est une base de pKa conjugué 4,63 : elle y est donc massivement protonée en ion anilinium. Or le groupe −NH3+ n'a plus de doublet libre, il porte une charge positive entière, et il devient de ce fait un attracteur puissant, donc un DÉSACTIVANT fortement orienteur MÉTA, exactement comme le groupe nitro. On obtient ainsi un mélange, parce que deux espèces coexistent dans le milieu et réagissent en parallèle : la fraction protonée, très majoritaire mais peu réactive, dirige en méta ; la fraction restée neutre, infime mais extrêmement réactive, dirige en ortho et para. Le résultat, environ 47 pour cent de méta, est le produit de cette compétition et il est inutilisable en synthèse.
b)
La réaction est C6H5NH2+(CH3CO)2O→C6H5NHCOCH3+CH3COOH. Le produit est le N-phénylacétamide, universellement appelé acétanilide. C'est une substitution nucléophile acyle classique : l'azote de l'aniline attaque un carbonyle de l'anhydride, et l'intermédiaire tétraédrique expulse un ion éthanoate, ce qui est bien une descente de l'échelle de réactivité du chapitre précédent.
c)
Le doublet de l'azote n'est plus libre : il est désormais engagé dans la conjugaison avec le CARBONYLE de l'amide. Deux conséquences règlent chacune un des problèmes. D'une part, l'azote n'est plus BASIQUE : un amide protoné a un pKa voisin de −0,5, comme le chapitre précédent l'a établi, ce qui signifie qu'il faudrait de l'acide sulfurique très concentré pour le protoner et qu'il traverse donc intact le milieu de nitration. Il n'y a plus d'espèce désactivante méta-orienteuse dans le ballon, et le problème de l'orientation disparaît. D'autre part, le doublet étant partagé entre le cycle et le carbonyle, il est bien moins disponible pour enrichir le cycle : l'acétamido reste un ACTIVANT et reste orienteur ortho-para, mais il est nettement plus modéré que l'amino. Le cycle n'est donc plus assez riche pour être oxydé par l'acide nitrique, et les goudrons disparaissent. Le même effet règle les deux difficultés, ce qui fait toute l'élégance de cette protection : on n'a pas supprimé la fonction, on a seulement TEMPÉRÉ son doublet.
d)
Le groupe acétamido est nettement plus VOLUMINEUX que le groupe amino : il porte un carbonyle et un méthyle, alors que l'amino ne porte que deux petits hydrogènes. Les positions ortho, immédiatement voisines, sont donc encombrées et l'électrophile s'en approche mal ; la position para, à l'opposé du cycle, reste entièrement dégagée. L'orientation ortho-para prévue par les effets électroniques demeure donc valable, mais la répartition entre les deux se déplace massivement vers le PARA pour des raisons purement stériques, d'où les plus de 90 pour cent observés. Ce contrôle stérique est un bénéfice supplémentaire de la protection, distinct de ceux du c), et c'est ce qui rend la séquence réellement préparative : on n'obtient pas seulement le bon isomère de position, on l'obtient pur.
e)
Pour achever la séquence, on hydrolyse l'amide, soit par NaOH aqueux au reflux, soit par H3O+ au reflux : l'acétyle est retiré et l'on récupère la para-nitroaniline. On notera que ce reflux prolongé est nécessaire parce que l'amide est le dérivé le moins réactif de l'échelle, ce qui est précisément la propriété qui le rendait utile comme protection. La séquence complète est donc : acétyler, nitrer, hydrolyser. Synthèse du sulfanilamide. On part de l'acétanilide et on le traite par l'acide chlorosulfonique HSO3Cl, ce qui installe en para un groupe chlorure de sulfonyle ; on obtient le chlorure de 4-acétamidobenzènesulfonyle. On fait ensuite réagir l'ammoniac, qui convertit ce chlorure de sulfonyle en sulfonamide, comme au test de Hinsberg de l'exercice 5. On hydrolyse enfin l'acétamide en milieu acide dilué, ce qui libère l'amine aromatique : on obtient le sulfanilamide, H2N−C6H4−SO2NH2. La protection est indispensable dès la PREMIÈRE étape, la sulfonation : sans elle, l'aniline serait protonée dans le milieu très acide et le groupe sulfonyle se placerait mal, quand elle ne serait pas simplement détruite. Elle est également ce qui permet, à la fin, de distinguer les deux azotes de la molécule cible. Ce composé, dérivé du Prontosil de Domagk, a valu le prix Nobel de médecine en 1939 ; il agit comme INHIBITEUR COMPÉTITIF de la synthèse bactérienne de l'acide folique, en se faisant passer pour l'acide para-aminobenzoïque dont il imite la forme et la taille. On retrouve la notion d'inhibition compétitive déjà rencontrée avec l'éthanol, antidote du méthanol.
Exercice 8 : Le couplage azoïque et la couleur
Le sel de diazonium aromatique sert surtout à être REMPLACÉ, et les réactions de Sandmeyer qui le font sont traitées dans la série sur les composés aromatiques. Il possède toutefois une seconde vie, où il ne part pas mais attaque : c'est le couplage azoïque, à l'origine de la moitié des colorants industriels.
Données : pKa du phénol 10,0 ; de l'ion anilinium 4,63 ; du méthylorange 3,46.
a) L'ion benzènediazonium est un électrophile FAIBLE. Justifiez-le en écrivant ses formes limites, et dites ce que cette faiblesse implique quant aux cycles qu'il peut attaquer.
b) Écrivez le couplage du chlorure de benzènediazonium avec le phénol, et précisez la position du couplage.
c) Le couplage avec un phénol ne fonctionne qu'entre pH=8 et pH=10. Expliquez séparément ce qui interdit un pH plus bas et ce qui interdit un pH plus haut. Donnez ensuite la fenêtre de pH pour un couplage avec une amine aromatique, avec la même justification.
d) Expliquez pourquoi les composés azoïques sont colorés alors que ni le phénol ni l'aniline ne le sont.
e) Le méthylorange est rouge en milieu acide et jaune en milieu basique. Calculez la proportion de forme acide à pH=2,46 puis à pH=4,46, et déduisez-en la zone de virage de cet indicateur.
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Réponses
a)Électrophile faible : cycles très activés seulement
b)Couplage en para du OH
c)Phénol : pH 8 à 10 ; amine : pH 4 à 7
d)Conjugaison étendue : absorption dans le visible
e)90,9 % puis 9,1 % : virage de 2,5 à 4,5
a)
On écrit trois formes limites pour l'ion C6H5−N≡N+ : la charge positive peut se placer sur l'azote terminal, sur l'azote interne avec une double liaison N=N, et se délocaliser dans le cycle aromatique en positions ortho et para. Cette délocalisation étendue signifie que la charge positive n'est concentrée nulle part, donc que l'électrophile est peu avide d'électrons : c'est un électrophile FAIBLE, sans commune mesure avec l'ion nitronium ou avec un carbocation acylium. L'implication pratique est directe et il faut savoir l'énoncer : un électrophile faible ne peut attaquer qu'un cycle FORTEMENT ACTIVÉ. Le benzène, le toluène, les halogénobenzènes et à plus forte raison le nitrobenzène ne réagissent pas du tout. Seuls les phénols, de préférence sous forme de phénolate, et les amines aromatiques sont assez riches en électrons pour que la réaction ait lieu à froid.
b)
La réaction est C6H5N2++C6H5OH→C6H5−N=N−C6H4−OH+H+, et le couplage se fait en position PARA du groupe hydroxyle. Le mécanisme est une substitution électrophile aromatique ordinaire, avec formation de l'ion arénium puis perte d'un proton qui restaure l'aromaticité. La position para est choisie pour les deux raisons habituelles : le groupe −OH est donneur, donc orienteur ortho-para, et parmi ces deux positions la para est de loin la moins encombrée puisque le groupe entrant est très volumineux. Si la position para est déjà occupée, le couplage se fait en ortho, avec un rendement plus faible.
c)
Un pH trop BAS est interdit du côté du partenaire nucléophile. Le phénol lui-même n'est qu'un activant modéré, alors que l'ion PHÉNOLATE, qui porte une charge négative entière, est un activant extraordinairement puissant : c'est lui qui réagit en pratique. Or le phénol a un pKa de 10,0, donc il faut un pH voisin de 9 ou 10 pour disposer d'une fraction notable de phénolate. En dessous de pH=8, la concentration en phénolate devient trop faible et la réaction est trop lente. Un pH trop HAUT est interdit du côté du partenaire électrophile. En milieu franchement basique, l'ion hydroxyde s'additionne sur l'azote terminal du diazonium et le convertit d'abord en diazohydroxyde Ar−N=N−OH, puis en ion DIAZOTATE Ar−N=N−O−. Cette espèce est neutre puis anionique : elle n'est plus du tout électrophile, et la conversion est pratiquement irréversible. Au-delà de pH=10, le réactif se détruit donc plus vite qu'il ne couple. Pour une amine aromatique, la fenêtre se déplace vers pH=4 à 7. La limite haute est la même, celle du diazotate, mais elle laisse plus de marge ; la limite basse est différente : c'est l'AMINE LIBRE qui est l'activant, et son ion anilinium, de pKa4,63, est au contraire un désactivant méta-orienteur comme l'exercice 7 l'a montré. En dessous de pH=4 l'amine est trop protonée pour réagir. Dans les deux cas, le raisonnement est identique : il faut assez de base pour activer le nucléophile et pas trop pour ne pas détruire l'électrophile, ce qui est exactement la structure de la courbe en cloche des imines du chapitre des cétones.
d)
La couleur d'une molécule tient à l'écart d'énergie entre son orbitale occupée la plus haute et son orbitale vacante la plus basse : plus cet écart est petit, plus la longueur d'onde absorbée est grande. Or cet écart diminue à mesure que le système conjugué s'ÉTEND. Le phénol et l'aniline ne possèdent qu'un seul cycle aromatique, système conjugué court, dont l'absorption reste dans l'ultraviolet : ils sont donc incolores à l'oeil. Le composé azoïque relie deux cycles par le pont −N=N−, dont la double liaison est elle-même conjuguée avec les deux cycles : le système délocalisé s'étend d'un bout à l'autre de la molécule, l'écart énergétique tombe, et l'absorption entre dans le domaine VISIBLE. La couleur perçue est la complémentaire de celle absorbée, ce qui donne les jaunes, oranges et rouges caractéristiques. On peut moduler la teinte en ajoutant sur l'un des cycles un donneur et sur l'autre un attracteur, ce qui étend encore la délocalisation et déplace l'absorption vers le rouge : c'est le principe de conception de toute la gamme des colorants azoïques.
e)
La proportion de forme acide vaut 1+10pH−pKa1. À pH=2,46, soit une unité SOUS le pKa, on obtient 1+10−11=1,11=0,909, soit 90,9 pour cent de forme acide, donc rouge. À pH=4,46, soit une unité AU-DESSUS, on obtient 1+1011=111=0,0909, soit 9,1 pour cent de forme acide et donc 90,9 pour cent de forme basique, jaune. La zone de virage s'étend donc approximativement de 2,5 à 4,5, c'est-à-dire pKa±1, ce qui est la règle générale des indicateurs colorés : l'oeil cesse de distinguer la couleur minoritaire lorsqu'elle descend sous une dizaine de pour cent. Le méthylorange est ainsi l'indicateur des titrages d'une base FAIBLE par un acide fort, dont le point équivalent est acide, et il serait au contraire inadapté au titrage d'un acide faible par une base forte, où l'on emploie la phénolphtaléine. Le changement de couleur lui-même s'explique par la chimie de ce chapitre : la protonation modifie la délocalisation du système azoïque en lui faisant adopter une structure quinonique, ce qui déplace l'absorption et donc la teinte.
Exercice 9 : Les quatre isomères en C3H9N, puis deux séquences
Quatre flacons contiennent chacun un composé pur de formule C3H9N.
Résultats. W : au test de Hinsberg, précipité qui se DISSOUT dans la soude ; W s'obtient par réduction d'un nitrile par LiAlH4. X : même comportement au Hinsberg que W ; X s'obtient par amination réductrice de la propanone. Y : au Hinsberg, précipité INSOLUBLE dans la soude ; avec NaNO2 et HCl à froid, Y donne une huile jaune. Z : aucune réaction au Hinsberg ; avec un excès de CH3I, Z donne un solide ionique.
a) Identifiez la classe de chacun des quatre composés à partir du seul test de Hinsberg, en justifiant.
b) Identifiez W et X en expliquant ce que chaque mode de préparation impose sur la position de l'azote.
c) Identifiez Y et Z, et nommez l'huile jaune ainsi que le solide ionique.
d) Proposez deux méthodes, autres que le test de Hinsberg, permettant de distinguer Y de Z.
e) On soumet X, puis la pentan-2-amine, à une méthylation exhaustive suivie d'un traitement par Ag2O et d'un chauffage. Donnez les produits et dites dans quel cas la règle de Hofmann se distingue effectivement de celle de Zaitsev.
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Réponses
a)W, X primaires ; Y secondaire ; Z tertiaire
b)W : propan-1-amine ; X : propan-2-amine
c)Y : N-méthyléthanamine ; Z : triméthylamine
d)Acide nitreux, chlorure d'acyle, ébullition
e)X : propène seulement ; pentan-2-amine : pent-1-ène
a)
Le test de Hinsberg trie les trois classes en deux observations. Un précipité qui se dissout dans la soude signe une amine PRIMAIRE : le sulfonamide formé conserve un hydrogène sur l'azote, hydrogène rendu acide par le groupe sulfonyle comme l'exercice 5 l'a établi, et la soude le déprotone en un sel soluble. W et X sont donc primaires. Un précipité qui reste insoluble signe une amine SECONDAIRE : le sulfonamide n'a plus aucun hydrogène sur l'azote, donc rien à céder à la soude. Y est secondaire. L'absence de réaction signe une amine TERTIAIRE : l'azote n'a aucun hydrogène, et le produit d'addition qu'il pourrait former ne peut pas se stabiliser en perdant un proton. Z est tertiaire. Comme C3H9N ne compte qu'une seule amine secondaire et une seule tertiaire, Y et Z sont déjà identifiés à ce stade, alors que W et X restent à départager.
b)
Les deux isomères primaires sont la propan-1-amine et la propan-2-amine. La réduction d'un NITRILE par LiAlH4 transforme R−C≡N en R−CH2−NH2 : l'azote se retrouve nécessairement sur un carbone TERMINAL, puisque le carbone du nitrile ne portait qu'un seul substituant carboné. W ne peut donc être que la PROPAN-1-AMINE, obtenue par réduction du propanenitrile CH3CH2CN. L'amination RÉDUCTRICE, elle, place l'azote exactement là où se trouvait le carbonyle de départ, comme le chapitre des cétones l'a montré : la propanone porte son carbonyle sur le carbone central, donc l'amine obtenue porte son azote sur ce même carbone. X est la PROPAN-2-AMINE. Le raisonnement à retenir est général : chaque méthode de préparation impose sa propre contrainte sur la POSITION de la fonction créée, et c'est souvent cette contrainte, plutôt qu'un test chimique, qui achève une élucidation de structure.
c)
Y, seule amine secondaire de la formule, est la N-MÉTHYLÉTHANAMINE CH3CH2NHCH3. L'huile jaune obtenue avec l'acide nitreux est la nitrosamine correspondante, la N-méthyl-N-éthylnitrosamine CH3CH2N(CH3)NO : une amine secondaire n'a pas le second hydrogène qui permettrait d'éliminer l'eau et de former la double liaison N=N, si bien que la réaction s'arrête à ce stade. Z, seule amine tertiaire, est la N,N-DIMÉTHYLMÉTHANAMINE (CH3)3N, plus connue sous le nom de triméthylamine. Le solide ionique obtenu avec un excès d'iodométhane est l'iodure de tétraméthylammonium (CH3)4N+I− : il ne faut ici qu'un seul équivalent, puisque l'azote est déjà tertiaire, et le sel quaternaire obtenu n'a plus aucun doublet libre, donc la réaction s'arrête définitivement.
d)
Première méthode, l'ACIDE NITREUX à froid. Y, amine secondaire, donne l'huile jaune de nitrosamine décrite au c), nettement visible car elle se sépare du milieu aqueux. Z, amine tertiaire, ne donne rien de tel : elle se contente d'être protonée par le milieu acide et reste en solution, sans dégagement gazeux ni précipité. Seconde méthode, l'action d'un CHLORURE D'ACYLE tel que le chlorure d'éthanoyle. Y, qui possède un hydrogène sur l'azote, donne un amide neutre, isolable, insoluble en milieu acide dilué. Z, qui n'en possède aucun, ne peut pas former d'amide : elle donne au mieux un sel d'acylammonium instable qui se décompose, et l'on récupère l'amine inchangée, extractible par simple basification. On peut ajouter une troisième méthode, purement physique : les températures d'ébullition, 37 degrés Celsius pour Y contre 3 pour Z, un écart de 34 degrés qui s'explique par la présence ou l'absence d'un N−H donneur de liaison hydrogène, comme l'exercice 1 l'a établi.
e)
Pour X, la propan-2-amine : la méthylation exhaustive exige trois équivalents de CH3I, Ag2O fournit l'hydroxyde, et le chauffage provoque l'élimination. Les deux carbones en bêta sont les deux méthyles terminaux, strictement équivalents, et le seul alcène possible est le PROPÈNE. Les règles de Hofmann et de Zaitsev prédisent donc le même produit, et l'expérience ne permet pas de les départager : c'est un cas dégénéré. Pour la pentan-2-amine, la situation est tout autre. Le carbone porteur de l'azote a deux voisins différents : d'un côté le carbone 1, un méthyle ; de l'autre le carbone 3, un CH2 prolongé par une chaîne éthyle. Arracher un hydrogène du carbone 1 donne le PENT-1-ÈNE, alcène monosubstitué ; arracher un hydrogène du carbone 3 donne le pent-2-ène, alcène disubstitué. La règle de Zaitsev prédirait le pent-2-ène ; la règle de Hofmann, qui s'applique ici parce que le groupe partant est le volumineux ammonium chargé, prédit le PENT-1-ÈNE, et c'est bien lui qui est très majoritairement obtenu, pour les deux raisons stérique et électronique de l'exercice 6. C'est donc ce second substrat, et non le premier, qui constitue une expérience discriminante. On retiendra la méthode : avant d'invoquer une règle d'orientation, vérifier qu'il existe réellement plusieurs produits possibles.
Exercice 10 : Problème : les amines du vivant et du médicament
Presque toutes les molécules qui gouvernent le système nerveux sont des amines, et presque toutes doivent traverser une membrane lipidique pour agir. Leur pKa décide donc de tout.
La figure donne le pourcentage de nicotine sous forme de BASE LIBRE en fonction du pH, pour l'azote du cycle à cinq dont l'acide conjugué a un pKa de 8,0. Les deux traits verticaux marquent le pH de la fumée de cigarette, 5,5, et celui de la fumée de cigare ou de pipe, 8,5.
Autres données : pKa de l'ion conjugué de la dopamine 10,6 ; de la triméthylamine 9,80. pH du sang 7,4.
a) La dopamine est produite dans l'organisme par DÉCARBOXYLATION de la L-DOPA, qui est un acide aminé. Reliez cette réaction à celle vue au chapitre des acides carboxyliques, et expliquez ce qui la rend possible ici.
b) Calculez la fraction de dopamine sous forme neutre à pH=7,4. Déduisez-en pourquoi on traite la maladie de Parkinson en administrant de la L-DOPA et non de la dopamine.
c) Lisez sur la figure les pourcentages de nicotine libre aux deux pH marqués, vérifiez-les par le calcul, et donnez leur rapport.
d) Déduisez du c) pourquoi la fumée de cigarette doit être INHALÉE jusqu'aux poumons alors que celle du cigare est absorbée par la muqueuse de la bouche.
e) La nicotine possède un second azote, celui du cycle à six, dont l'acide conjugué a un pKa de 3,1. Justifiez cet écart de près de cinq unités avec le premier, et dites si cet azote joue un rôle dans le partage étudié.
f) L'odeur de poisson avarié est due à la triméthylamine. Calculez sa fraction volatile dans un jus de citron à pH=2,0 et expliquez l'efficacité du remède.
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Réponses
a)Décarboxylation assistée par le phosphate de pyridoxal
b)0,063 % neutre : on donne la L-DOPA
c)0,315 % et 76,0 % : rapport 241
d)Cigarette inhalée, cigare absorbé en bouche
e)Azote pyridinique non protoné
f)1,6×10−8 : odeur supprimée
a)
La L-DOPA est un acide alpha-aminé : son groupe carboxyle et son groupe amino sont portés par le même carbone. La décarboxylation étudiée au chapitre des acides carboxyliques exigeait un groupe attracteur en position BÊTA, un carbonyle typiquement, afin qu'un état de transition cyclique à six centres puisse se former et qu'un énol soit libéré. Ici, la situation est différente : il n'y a pas de carbonyle en bêta, et la décarboxylation spontanée d'un acide aminé n'a effectivement pas lieu dans un tube à essai à 37 degrés. Ce qui la rend possible dans l'organisme est un COFACTEUR, le phosphate de pyridoxal dérivé de la vitamine B6, qui forme d'abord une IMINE avec le groupe amino, exactement comme au chapitre des aldéhydes et cétones. Cette imine, conjuguée avec le cycle pyridinique, joue précisément le rôle de l'attracteur manquant : elle accueille le doublet libéré par le départ du CO2 et stabilise le carbanion intermédiaire. Le principe reste donc le même, un puits électronique voisin, mais il est apporté par l'enzyme au lieu d'être présent dans le substrat. Plus loin dans la même voie, une hydroxylation puis une méthylation convertissent la dopamine en noradrénaline, puis en adrénaline.
b)
La fraction neutre vaut 1+10pKa−pH1=1+1010,6−7,41=1+103,21=1585,91=6,31×10−4, soit 0,063 pour cent. Autrement dit, à pH physiologique, 99,94 pour cent de la dopamine circule sous forme d'ion ammonium, donc CHARGÉE. Or la barrière hémato-encéphalique est une paroi de cellules jointives dont la membrane est une bicouche lipidique, milieu apolaire qu'une espèce chargée ne peut pas traverser par diffusion passive. Administrer de la dopamine à un patient est donc inutile : elle reste dans le sang, où elle produit d'ailleurs des effets cardiovasculaires indésirables, et n'atteint jamais le cerveau. La L-DOPA, elle, est un ACIDE AMINÉ, et le cerveau dispose de transporteurs actifs spécialisés dans le passage des acides aminés neutres, le système LAT1. Elle franchit donc la barrière non par diffusion mais par un transport dédié, puis elle est décarboxylée sur place en dopamine par l'enzyme du a). On administre en pratique un inhibiteur de cette même enzyme incapable de traverser la barrière, la carbidopa, afin que la décarboxylation ne se produise pas prématurément dans la circulation.
c)
La figure montre environ 0,3 pour cent de base libre à pH=5,5, valeur pratiquement confondue avec l'axe, et environ 76 pour cent à pH=8,5. Vérification par le calcul. À pH=5,5 : 1+108,0−5,51=1+102,51=317,21=3,15×10−3, soit 0,315 pour cent. À pH=8,5 : 1+10−0,51=1,3161=0,760, soit 76,0 pour cent. Le rapport vaut 0,003150,760=241. Trois unités de pH suffisent donc à multiplier par près de deux cent cinquante la proportion de forme absorbable, ce qui illustre la brutalité de l'échelle logarithmique : c'est la même remarque que pour l'absorption intestinale de l'exercice 3.
d)
La muqueuse buccale, comme toute membrane biologique, ne laisse passer par diffusion passive que la forme NEUTRE et lipophile. Avec une fumée de cigare à pH=8,5, les trois quarts de la nicotine sont sous forme de base libre : elle traverse abondamment la muqueuse de la bouche, et il n'est pas nécessaire d'inhaler, ce qui explique la pratique traditionnelle du cigare et de la pipe. La fumée de cigarette, produite à partir de tabacs et d'additifs qui la rendent acide, est à pH=5,5 : il n'y reste que 0,3 pour cent de base libre, quantité bien trop faible pour que l'absorption buccale suffise. Le fumeur doit donc INHALER, c'est-à-dire porter la fumée jusqu'aux alvéoles pulmonaires, où deux facteurs se conjuguent : la surface d'échange y est immense, de l'ordre de 100 mètres carrés, et le pH y est celui du sang, 7,4, ce qui libère aussitôt une fraction bien plus grande de base libre, environ 20 pour cent d'après la figure. Ce détour par le poumon est la raison chimique pour laquelle la cigarette est à la fois plus rapidement addictive, l'absorption alvéolaire atteignant le cerveau en quelques secondes, et bien plus nocive, puisqu'elle impose de faire pénétrer les goudrons au plus profond de l'appareil respiratoire.
e)
Les deux azotes n'ont pas la même hybridation ni le même environnement. Celui du cycle à cinq, la pyrrolidine, est un azote sp3 ordinaire d'amine tertiaire aliphatique : son doublet occupe une orbitale sp3 non conjuguée, entièrement disponible, d'où un pKa conjugué de 8,0, un peu abaissé par rapport aux 9,8 de la triméthylamine à cause de l'effet attracteur du cycle aromatique voisin. Celui du cycle à six est un azote de PYRIDINE, sp2 et intégré à un cycle aromatique. Son doublet libre n'est pas engagé dans l'aromaticité, contrairement à celui d'un pyrrole, mais il occupe une orbitale sp2, qui possède un tiers de caractère s contre un quart seulement pour une sp3. Or les électrons d'une orbitale à fort caractère s sont tenus plus près du noyau, donc moins disponibles pour capter un proton. À cela s'ajoute l'effet attracteur du cycle aromatique. Le pKa tombe ainsi à 3,1, soit près de cinq unités plus bas. La conséquence pour le partage étudié est simple : à tous les pH considérés, entre 5,5 et 8,5, cet azote pyridinique est très largement NON protoné, puisque le pH est de plusieurs unités au-dessus de son pKa. Il ne contribue donc pas à la charge de la molécule et le raisonnement des questions c) et d), mené sur le seul azote pyrrolidinique, est légitime.
f)
La fraction volatile est la fraction sous forme d'amine NEUTRE, la forme protonée étant un sel ionique de tension de vapeur pratiquement nulle. Elle vaut 1+109,80−2,001=1+107,81=1,6×10−8, soit environ 1,6×10−6 pour cent. Autrement dit, dans un milieu à pH=2, la triméthylamine est intégralement transformée en ion triméthylammonium, espèce ionique, non volatile et donc inodore, puisqu'il faut qu'une molécule parvienne jusqu'aux récepteurs olfactifs par voie aérienne pour être sentie. Le jus de citron, dont l'acide citrique amène le pH aux alentours de 2, agit donc par une simple réaction acide-base et non par un quelconque masquage de l'odeur : il ne recouvre pas la molécule odorante, il la CONVERTIT en un sel qui ne s'évapore plus. Le vinaigre fait le même office. On notera que le même raisonnement explique l'odeur repoussante de la putrescine et de la cadavérine, diamines issues de la décarboxylation de l'ornithine et de la lysine lors de la décomposition des protéines, et pourquoi ces odeurs s'atténuent en milieu acide.
Partie C : les classiques (/50)
Exercice 11 : Identifier une amine par un titrage pH-métrique
On dissout 0,365 g d'une amine inconnue, liquide et saturée, dans 50,0 mL d'eau, et on la titre par l'acide chlorhydrique à 0,200 mol/L en suivant le pH. L'équivalence est atteinte pour 25,0 mL d'acide, et le pH à la demi-équivalence vaut 10,7.
Au test de Hinsberg, l'amine donne un précipité INSOLUBLE dans la soude. Masses molaires en g/mol : C 12,01 ; H 1,008 ; N 14,01.
a) Calculez la quantité d'amine, sa masse molaire, et proposez sa formule brute sachant qu'elle ne contient qu'un azote.
b) Que vaut le pKa de l'acide conjugué ? L'amine est-elle aliphatique ou aromatique ?
c) Combien d'amines ont cette formule brute ? Combien sont secondaires ?
d) L'amine n'a qu'un seul type de groupe alkyle. Identifiez-la.
e) Calculez le pH à l'équivalence et choisissez l'indicateur coloré le mieux adapté : rouge de méthyle, zone de virage 4,4 à 6,2, ou phénolphtaléine, 8,2 à 10,0.
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Réponses
a)5,00×10−3 mol ; 73,0 g/mol ; C4H11N
b)pKa=10,7 : aliphatique
c)8 amines, dont 3 secondaires
d)N-éthyléthanamine
e)pH 5,94 : rouge de méthyle
a)
n=0,200×25,0×10−3=5,00×10−3 mol, une amine captant un proton. M=5,00×10−30,365=73,0 g/mol. Une amine saturée à un azote s'écrit CnH2n+3N : 14,03n+17,03=73,0 donne n=4. Formule : C4H11N, de masse molaire 73,14 g/mol.
b)
À la demi-équivalence, la moitié de l'amine est protonée : [B]=[BH+] et pH=pKa=10,7. Une amine aromatique aurait un pKa voisin de 5 : celle-ci est aliphatique.
c)
Primaires : butan-1-amine, butan-2-amine, 2-méthylpropan-1-amine, 2-méthylpropan-2-amine. Secondaires : N-méthylpropan-1-amine, N-méthylpropan-2-amine, N-éthyléthanamine. Tertiaire : N,N-diméthyléthanamine. Soit 8 amines, dont 3 secondaires.
d)
Le test de Hinsberg désigne une amine secondaire. La seule dont l'azote porte deux groupes identiques est la N-éthyléthanamine, ou diéthylamine, (CH3CH2)2NH.
e)
À l'équivalence, la solution contient l'ion diéthylammonium à 0,07505,00×10−3=0,0667 mol/L, un acide faible : pH=21(pKa−logC)=21(10,7+1,18)=5,94. Le rouge de méthyle, qui vire entre 4,4 et 6,2, encadre ce pH ; la phénolphtaléine virerait bien avant l'équivalence.
Le fil : l'équivalence donne la quantité et donc la masse molaire, la demi-équivalence donne le pKa et donc la famille, et un test de classe achève l'identification.
Exercice 12 : Alkyler une cétone par son énamine : la méthode de Stork
Une cétone chauffée avec une amine secondaire cyclique, la pyrrolidine, en présence d'une trace d'acide et en éliminant l'eau, donne une énamine. On traite ensuite cette énamine par un halogénoalcane, puis on hydrolyse en milieu acide aqueux.
On part de la cyclohexanone et l'on emploie le 3-bromoprop-1-ène, CH2=CH−CH2Br. Masses molaires en g/mol : C 12,01 ; H 1,008 ; O 16,00.
a) Pourquoi la pyrrolidine donne-t-elle une énamine et non une imine ? Pourquoi élimine-t-on l'eau ?
b) Écrivez la forme limite de l'énamine qui montre son site nucléophile. Quel atome attaque l'halogénoalcane ?
c) Nommez la cétone obtenue après hydrolyse et donnez sa formule brute et sa masse molaire.
d) Pourquoi préfère-t-on cette méthode à l'alkylation directe de l'énolate de la cyclohexanone par une base forte ?
e) Pourquoi la méthode échoue-t-elle avec le 2-bromo-2-méthylpropane ?
La pyrrolidine est une amine SECONDAIRE : après addition sur le carbonyle et départ d'eau, l'ion iminium n'a plus d'hydrogène sur l'azote à perdre, et c'est un hydrogène du carbone en alpha qui part, d'où la double liaison C=C de l'énamine. La réaction est un équilibre : éliminer l'eau, par un séparateur de Dean-Stark, le déplace vers l'énamine.
b)
C=C−N↔−C−C=N+ : le doublet de l'azote se délocalise vers la double liaison et place une charge négative sur le carbone en alpha de l'ancien carbonyle. C'est ce CARBONE qui attaque l'halogénoalcane par SN2, et l'on obtient un ion iminium alkylé.
c)
L'hydrolyse acide de l'iminium régénère le carbonyle et libère la pyrrolidine : 2-(prop-2-én-1-yl)cyclohexan-1-one, dite 2-allylcyclohexanone. Formule : C9H14O, M=9×12,01+14×1,008+16,00=138,20 g/mol.
d)
L'énolate formé par une base forte est très réactif : la cétone monoalkylée, encore énolisable, s'alkyle une seconde fois, et la base provoque aussi des aldolisations entre molécules de cétone. L'énamine est un nucléophile neutre et doux, préparé sans base forte ; l'iminium formé après la première alkylation, chargé positivement, ne réagit plus : on s'arrête proprement à la monoalkylation.
e)
L'alkylation est une SN2 : sur un halogénoalcane tertiaire, l'attaque dorsale est impossible et l'énamine, qui est aussi une base, provoque une élimination. On n'obtient que du 2-méthylpropène. La méthode exige un halogénoalcane primaire, allylique ou benzylique.
Le fil : l'énamine est un énolate neutre ; elle alkyle le carbone en alpha une seule fois, puis l'hydrolyse rend la cétone.
Exercice 13 : Les ammoniums quaternaires : désinfectants et transfert de phase
Un ion ammonium quaternaire R4N+ porte quatre groupes carbonés sur l'azote et aucun hydrogène. Le chlorure de benzalkonium, désinfectant courant, en est un : un azote portant deux méthyles, un benzyle et une longue chaîne de douze carbones.
Masses molaires en g/mol : 1-chlorooctane 148,67 ; nonanenitrile 139,24 ; bromure de tétrabutylammonium 322,36.
a) Pourquoi le chlorure de benzalkonium est-il un tensioactif, et pourquoi s'attaque-t-il aux membranes bactériennes ?
b) La charge d'un ion propylammonium C3H7NH3+ dépend du pH, celle d'un ion tétraméthylammonium non. Pourquoi ?
c) Le 1-chlorooctane, liquide insoluble dans l'eau, ne réagit pas avec une solution aqueuse de cyanure de sodium, même agitée à chaud. Avec 1 % de bromure de tétrabutylammonium, on obtient 95 % de nitrile en deux heures. Nommez le produit et expliquez le rôle de l'additif.
d) On traite 25,0 g de 1-chlorooctane. Calculez la masse de nitrile obtenue avec 95 % de rendement, et la masse de bromure de tétrabutylammonium correspondant à 1 % en quantité de matière.
e) Pourquoi une si petite quantité d'additif suffit-elle ?
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Réponses
a)Tensioactif cationique qui désorganise la membrane
b)Aucun H sur l'azote : charge permanente
c)Nonanenitrile par catalyse de transfert de phase
d)22,2 g de nitrile ; 0,54 g d'additif
e)Le cation fait la navette : catalyseur
a)
La molécule associe une tête ionique, l'azote chargé positivement, et une longue queue apolaire : c'est un tensioactif CATIONIQUE. La tête positive se colle aux phospholipides chargés négativement de la membrane bactérienne, la queue s'insère dans la bicouche et la désorganise : la cellule fuit et meurt.
b)
L'ion propylammonium porte des hydrogènes sur l'azote : en milieu basique il en perd un et redevient une amine neutre. L'ion tétraméthylammonium n'en porte aucun : aucune base ne peut le déprotoner, et sa charge est permanente à tous les pH.
c)
Le produit est le nonanenitrile, CH3(CH2)7CN. Sans additif, les ions cyanure restent dans l'eau et le 1-chlorooctane dans la phase organique : ils ne se rencontrent qu'à l'interface. Le cation tétrabutylammonium, entouré de chaînes apolaires, entraîne l'ion cyanure dans la phase organique sous forme de paire d'ions. Là, le cyanure n'est pas solvaté par l'eau : il est très nucléophile et réalise la SN2. C'est la catalyse par transfert de phase.
d)
n=148,6725,0=0,168 mol. Nitrile : 0,95×0,168×139,24=22,2 g. Additif : 0,01×0,168×322,36=0,54 g.
e)
Après la substitution, le cation quaternaire se retrouve associé à l'ion chlorure libéré ; il retourne à l'interface, échange ce chlorure contre un nouveau cyanure et recommence. Il n'est pas consommé : c'est un catalyseur, et chaque cation fait des centaines de navettes.
Le fil : un ammonium quaternaire garde sa charge à tous les pH ; muni de chaînes apolaires, il perce les membranes ou transporte un anion là où il ne serait jamais allé seul.
Exercice 14 : Problème : extraire la caféine du thé
La caféine C8H10N4O2, M=194,19 g/mol, est une base très faible malgré ses quatre azotes : le pKa de son acide conjugué vaut environ 0,6. Des feuilles de thé en contiennent 2,5 % en masse, avec des tanins, polyphénols acides.
Protocole : on fait infuser 10,0 g de feuilles dans 100 mL d'eau additionnée de carbonate de sodium, on filtre, puis on extrait la caféine par le dichlorométhane. Coefficient de partage de l'énoncé : K=[cafeˊine]aq[cafeˊine]org=4,6.
La figure donne la formule de la caféine : deux cycles soudés, quatre azotes, dont trois portent un méthyle.
a) Quelle masse et quelle quantité de caféine les feuilles contiennent-elles ?
b) Pourquoi la caféine est-elle une base aussi faible ? Sous quelle forme est-elle à pH 7 ?
c) À quoi sert le carbonate de sodium ?
d) On extrait les 100 mL de phase aqueuse une seule fois par 25 mL de dichlorométhane. Quelle fraction de la caféine passe dans la phase organique ? Et si l'on fait deux extractions de 12,5 mL chacune ?
e) Quelle masse de caféine récupère-t-on dans chaque cas ? Quelle règle pratique en tirer ?
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Réponses
a)0,250 g, 1,29×10−3 mol
b)Azotes d'amide : neutre à pH 7
c)Tanins en phénolates, retenus dans l'eau
d)53,5 % ; 59,7 % en deux fois
e)0,134 g contre 0,149 g
a)
m=0,025×10,0=0,250 g, soit n=194,190,250=1,29×10−3 mol.
b)
Trois de ses azotes sont liés à un carbonyle : leur doublet est engagé dans la résonance des amides et n'est pas disponible. Le quatrième appartient à un cycle aromatique appauvri par les carbonyles voisins. À pH 7, le rapport forme protonée sur forme neutre vaut 100,6−7=4×10−7 : la caféine est entièrement neutre, ce qui permet de l'extraire par un solvant organique.
c)
Les tanins sont des polyphénols acides. Le carbonate les déprotone en phénolates ioniques, qui restent dans l'eau et ne passent pas dans le dichlorométhane. La caféine, trop peu basique pour être protonée et sans hydrogène acide notable, reste neutre et passe seule dans la phase organique.
d)
Une extraction : fraction extraite KVorg+VaqKVorg=4,6×25+1004,6×25=215115=53,5 %. Deux extractions : à chaque fois il reste 4,6×12,5+100100=157,5100=0,635 de la caféine dans l'eau ; après deux, 0,6352=0,403, soit 59,7 % extraits.
e)
Une extraction : 0,535×0,250=0,134 g. Deux extractions : 0,597×0,250=0,149 g. Avec le même volume total de solvant, plusieurs petites extractions récupèrent davantage qu'une grande.
Le fil : on rend ionique tout ce qu'on veut laisser dans l'eau, on garde neutre ce qu'on veut extraire, et l'on fractionne le solvant.
Exercice 15 : Problème : la lidocaïne, un anesthésique qui échoue dans un abcès
La lidocaïne, anesthésique local des dentistes, se prépare en deux étapes. 1) La 2,6-diméthylaniline réagit avec le chlorure de chloroacétyle ClCH2COCl, en milieu tamponné par l'éthanoate de sodium. 2) L'amide chloré obtenu est chauffé avec un excès de diéthylamine (C2H5)2NH.
Données : 2,6-diméthylaniline, M=121,18 g/mol ; lidocaïne C14H22N2O, M=234,34 g/mol, pKa de son acide conjugué 7,9. pH des tissus sains 7,4 ; pH d'un tissu infecté 6,4.
a) Le chlorure de chloroacétyle porte deux sites électrophiles. Lequel l'amine attaque-t-elle à l'étape 1, et quel produit obtient-on ?
b) À l'étape 2, quel site réagit, et selon quel mécanisme ? Combien d'équivalents de diéthylamine faut-il au minimum ?
c) On part de 6,06 g de 2,6-diméthylaniline et l'on isole 8,20 g de lidocaïne. Calculez le rendement global.
d) La forme neutre de la lidocaïne traverse la membrane du nerf. Calculez sa proportion dans un tissu sain et dans un tissu infecté. Pourquoi l'anesthésie échoue-t-elle souvent dans un abcès ?
e) La lidocaïne a deux azotes. Lequel se protone ? Pourquoi l'injecte-t-on sous forme de chlorhydrate ?
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Réponses
a)Acylation sur le carbonyle : chloroacétamide
b)SN2 sur CH2Cl ; 2 équivalents
c)11,72 g théoriques ; 70,0 %
d)24,0 % contre 3,07 % : échec en milieu acide
e)Azote aliphatique ; chlorhydrate soluble
a)
Le carbonyle du chlorure d'acyle, bien plus réactif que le CH2Cl : l'amine y fait une substitution nucléophile acyle et chasse le chlorure. On obtient le 2-chloro-N-(2,6-diméthylphényl)acétamide, ClCH2CONH−C6H3(CH3)2. L'éthanoate capte le HCl formé, qui sinon protonerait l'aniline restante.
b)
Le carbone du CH2Cl, voisin du carbonyle, subit une SN2 par l'azote de la diéthylamine : primaire et activé par le carbonyle, il réagit facilement. Il faut au moins 2 équivalents : l'un substitue, l'autre neutralise le HCl libéré, qui sinon protonerait la diéthylamine et la rendrait inactive.
c)
n=121,186,06=0,0500 mol, donc au mieux 0,0500×234,34=11,72 g. Rendement global : 11,728,20=70,0 %.
d)
Fraction neutre 1+10pKa−pH1. Tissu sain : 1+100,51=24,0 %. Tissu infecté : 1+101,51=3,07 %, près de huit fois moins. Dans un abcès, l'acidité protone presque toute la lidocaïne : la forme chargée ne traverse pas la membrane du nerf, et l'anesthésique n'atteint pas sa cible.
e)
L'azote de la diéthylamine, amine tertiaire aliphatique, se protone ; l'azote de l'amide a son doublet engagé vers le carbonyle et n'est pas basique. Le chlorhydrate est un sel soluble dans l'eau, qu'on peut injecter en solution aqueuse, et plus stable que l'amine libre.
Le fil : on choisit le site électrophile le plus réactif à chaque étape, on neutralise l'acide qui tuerait l'amine, et le pKa décide si le médicament passe la membrane.
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