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Chimie organique • Complément québécois de Terminale et cégep à Montréal

Exercices corrigés : les acides carboxyliques et leurs dérivés (chimie organique)

Un carbone lié à un oxygène par une double liaison ET à un hétéroatome par une liaison simple ne se comporte plus comme une cétone. L'attaque du nucléophile est la même, mais ce qui suit change tout : au lieu de garder le nucléophile, la molécule EXPULSE l'hétéroatome et reforme son carbonyle. C'est la substitution nucléophile acyle, et elle explique à elle seule l'ensemble du chapitre.

Il en découle une hiérarchie qui se retient en une seule phrase : plus le groupe partant est stable une fois parti, plus le dérivé est réactif. L'exercice 3 la déduit des pKapK_{a} au lieu de la faire apprendre, et l'exercice 7 en tire la règle pratique, on descend l'échelle mais on ne la remonte jamais directement.

Rappel de cours

  • ACIDITÉ. L'ion carboxylate est stabilisé par DEUX formes limites équivalentes, ses deux liaisons carbone-oxygène étant identiques et longues de 127127 pm, contre 123123 et 136136 pm dans l'acide. D'où pKa4,8pK_{a}\approx 4{,}8 contre 1616 pour un alcool.
  • pKapK_{a} À CONNAÎTRE : acide méthanoïque 3,753{,}75 ; éthanoïque 4,764{,}76 ; benzoïque 4,204{,}20 ; chloroéthanoïque 2,872{,}87 ; dichloroéthanoïque 1,351{,}35 ; trichloroéthanoïque 0,660{,}66 ; acide carbonique 6,356{,}35.
  • HIÉRARCHIE DE RÉACTIVITÉ, du plus réactif au moins réactif : chlorure d'acyle > anhydride > ester > amide > carboxylate. Elle suit exactement l'ordre des pKapK_{a} des acides conjugués des groupes partants : HClHCl 7-7, RCOOHRCOOH 4,84{,}8, ROHROH 1616, amine 3636.
  • MÉCANISME. Substitution nucléophile ACYLE, en deux temps : ADDITION du nucléophile qui donne un intermédiaire TÉTRAÉDRIQUE, puis ÉLIMINATION du groupe partant qui restaure le carbonyle. Jamais de SN2S_{N}2 : le carbone est sp2sp^{2} et l'attaque par l'arrière est impossible.
  • ESTÉRIFICATION DE FISCHER. Acide plus alcool, catalyse acide, ÉQUILIBRE de constante voisine de 44 pour l'acide éthanoïque et l'éthanol. Le marquage à l'oxygène 1818 prouve que c'est la liaison COHC-OH de l'ACIDE qui se rompt, pas celle de l'alcool.
  • SAPONIFICATION. Ester plus HOHO^{-}, TOTALE et irréversible, parce que l'étape finale est une réaction acide-base qui capture l'acide sous forme de carboxylate, hors d'atteinte de la réaction inverse.
  • AMIDE. La donation du doublet de l'azote rend la liaison CNC-N partiellement double : elle mesure 133133 pm au lieu de 147147, le groupe est PLAN, la rotation coûte environ 8080 kJ/mol, et l'azote n'est PAS basique.
  • RÉDUCTIONS PAR LiAlH4LiAlH_{4} : ester et acide donnent un ALCOOL primaire ; amide et nitrile donnent une AMINE. NaBH4NaBH_{4} ne réduit aucun de ces dérivés.

Partie A : Acides, hiérarchie des dérivés et estérification (/50)

Exercice 1 : Le carboxyle : une résonance, une acidité, un dimère

La figure représente ce que devient l'acide éthanoïque en phase vapeur ou en solvant apolaire. Les traits pointillés ne sont pas des liaisons covalentes.

Données (pKapK_{a}) : acide éthanoïque 4,764{,}76 ; chloroéthanoïque 2,872{,}87 ; dichloroéthanoïque 1,351{,}35 ; trichloroéthanoïque 0,660{,}66 ; acide butanoïque 4,824{,}82 ; acide 22-chlorobutanoïque 2,862{,}86 ; 33-chlorobutanoïque 4,054{,}05 ; 44-chlorobutanoïque 4,524{,}52 ; éthanol 16,016{,}0. Températures d'ébullition : acide éthanoïque 118118 degrés Celsius (M=60,05M=60{,}05 g/mol) ; propan-11-ol 9797 degrés (M=60,10M=60{,}10).

OHOOHO
  • a) Écrivez les deux formes limites de l'ion éthanoate et expliquez pourquoi les longueurs des deux liaisons carbone-oxygène deviennent égales à 127127 pm alors qu'elles valaient 123123 et 136136 pm dans l'acide.
  • b) Calculez le rapport des constantes d'acidité entre l'acide éthanoïque et l'éthanol, puis expliquez pourquoi l'ion éthanolate n'est pas stabilisé comme l'ion éthanoate.
  • c) Justifiez la série 4,764{,}76, 2,872{,}87, 1,351{,}35, 0,660{,}66 des acides chloroéthanoïques, puis la série 2,862{,}86, 4,054{,}05, 4,524{,}52 des acides chlorobutanoïques. Que mesure la seconde que la première ne mesure pas ?
  • d) Interprétez la figure et expliquez pourquoi l'acide éthanoïque bout 2121 degrés plus haut que le propan-11-ol, alors que les deux ont la même masse molaire et que l'alcool aussi fait des liaisons hydrogène.
  • e) Calculez le pH d'une solution d'acide éthanoïque à 0,100{,}10 mol/L, puis dites pourquoi cet acide, qualifié de faible, reste beaucoup plus fort que le phénol vu au chapitre des alcools.
Voir la correction

a) Les deux formes limites de l'éthanoate placent la charge négative alternativement sur l'un et sur l'autre oxygène, la double liaison occupant à chaque fois l'autre position. La particularité décisive est que ces deux formes sont RIGOUREUSEMENT ÉQUIVALENTES : elles ne diffèrent que par la numérotation des oxygènes, donc elles contribuent également et la stabilisation est maximale. La réalité de l'ion n'est ni l'une ni l'autre mais leur superposition, dans laquelle la charge se répartit à parts égales, un demi sur chaque oxygène, et les deux liaisons ont exactement le même caractère, à mi-chemin entre la simple et la double. C'est pourquoi elles mesurent toutes deux 127127 pm, valeur intermédiaire entre les 123123 pm de la double et les 136136 pm de la simple de l'acide non ionisé. Cette égalité mesurée est la preuve expérimentale de la délocalisation, et il faut savoir la citer : elle est bien plus convaincante qu'un dessin de flèches.

b) Le rapport vaut 1016,04,76=1011,2410^{16{,}0-4{,}76}=10^{11{,}24}, soit environ 1,7×10111{,}7\times 10^{11} : l'acide éthanoïque est cent soixante-dix milliards de fois plus acide que l'éthanol. La raison est entièrement dans les bases conjuguées. L'ion éthanolate CH3CH2OCH_{3}CH_{2}O^{-} porte sa charge sur un oxygène qui n'a aucun voisin capable de la partager : il n'existe aucune forme limite, la charge reste entière sur un seul atome. L'ion éthanoate, lui, dispose du carbonyle voisin pour délocaliser. On mesure ici l'ampleur de ce que vaut une simple résonance sur deux atomes : plus de onze ordres de grandeur, ce qui est exactement du même ordre que l'effet observé pour le phénolate au chapitre précédent, avec ses six ordres de grandeur, la différence tenant à ce que les deux formes du carboxylate sont équivalentes alors que celles du phénolate ne le sont pas.

d) Le chlore est fortement ATTRACTEUR par effet inductif : il tire les électrons vers lui, donc il aide à disperser la charge négative du carboxylate et STABILISE la base conjuguée. Chaque chlore supplémentaire renforce l'effet, d'où la chute régulière de 4,764{,}76 à 0,660{,}66, soit quatre ordres de grandeur pour trois chlores. On notera que l'acide trichloroéthanoïque, à 0,660{,}66, est un acide FORT en pratique, comparable à l'acide phosphorique, ce qui est remarquable pour un acide carboxylique. La seconde série mesure autre chose : la DISTANCE. Le chlore y est toujours unique, mais il s'éloigne du carboxyle. En position 22, il est voisin immédiat et l'effet est maximal, 2,862{,}86. En position 33, il ne reste presque plus rien, 4,054{,}05. En position 44, on est pratiquement revenu à l'acide butanoïque non substitué, 4,824{,}82. L'effet inductif se transmet par la chaîne de liaisons σ\sigma en s'atténuant très vite, d'un facteur voisin de dix par liaison intercalée, et il est éteint au bout de trois. C'est la différence de fond avec un effet MÉSOMÈRE, qui se transmet lui sans atténuation le long d'un système conjugué, si long soit-il. Attention à ne pas mélanger les deux séries : la première compte les substituants, la seconde compte les liaisons.

d) La figure montre que deux molécules d'acide s'apparient tête-bêche par DEUX liaisons hydrogène simultanées, fermant un cycle à huit atomes. Chaque molécule y est à la fois donneur, par son OHO-H, et accepteur, par son C=OC=O, et la géométrie du carboxyle place ces deux groupes exactement là où il faut pour que l'appariement soit parfait. Le résultat est un DIMÈRE si stable qu'il subsiste en phase vapeur, ce qui se mesure : la masse molaire apparente de l'acide éthanoïque gazeux est voisine de 120120 et non de 6060 g/mol. Bouillir signifie alors vaporiser une entité de masse double, ce qui coûte bien plus cher en énergie. Le propan-11-ol fait lui aussi des liaisons hydrogène, mais il n'a qu'UN site donneur et son accepteur est le même oxygène : il forme des chaînes désordonnées, jamais un appariement fermé à deux liaisons. D'où les 2121 degrés d'écart. La conclusion générale mérite d'être notée : ce n'est pas seulement le NOMBRE de liaisons hydrogène qui compte, c'est leur GÉOMÉTRIE.

e) Avec Ka=104,76=1,74×105K_{a}=10^{-4{,}76}=1{,}74\times 10^{-5} et C=0,10C=0{,}10 mol/L, l'approximation usuelle donne [H3O+]=KaC=1,74×106=1,32×103[H_{3}O^{+}]=\sqrt{K_{a}C}=\sqrt{1{,}74\times 10^{-6}}=1{,}32\times 10^{-3} mol/L, d'où pH=2,88pH=2{,}88. Le taux d'avancement vaut 1,32×1030,10=1,3\frac{1{,}32\times 10^{-3}}{0{,}10}=1{,}3 pour cent, bien en deçà de 55 pour cent : l'approximation est justifiée. La comparaison avec le phénol est instructive. Le phénol, à pKa=10,0pK_{a}=10{,}0, donnait un pH de 5,505{,}50 dans les mêmes conditions, soit une concentration en ions hydronium environ QUATRE CENTS fois plus faible. La raison structurale est celle du a) : le carboxylate dispose de deux formes limites ÉQUIVALENTES, toutes deux sur des oxygènes très électronégatifs, alors que le phénolate n'en a qu'une sur l'oxygène et trois sur des carbones, atomes bien moins aptes à porter une charge négative. Un acide carboxylique et un phénol sont donc deux acides faibles séparés par cinq ordres de grandeur, ce qui est précisément ce que le test à l'hydrogénocarbonate du chapitre précédent permet de détecter à l'oeil nu.

Partie A : Acides, hiérarchie des dérivés et estérification (/50)

Exercice 2 : Préparer un acide carboxylique, et le faire réagir tel quel

L'acide carboxylique est le degré d'oxydation le plus élevé qu'un carbone puisse atteindre sans perdre son squelette. Trois voies y mènent, et deux d'entre elles allongent la chaîne.

Données : M(CO2)=44,01M(CO_{2})=44{,}01 g/mol ; MM(acide benzoïque)=122,12=122{,}12 g/mol ; MM(bromobenzène)=157,01=157{,}01 g/mol.

  • a) Donnez trois méthodes de préparation d'un acide carboxylique à partir de fonctions vues aux chapitres précédents, en précisant pour chacune si la chaîne s'allonge.
  • b) On prépare l'acide benzoïque en faisant barboter du CO2CO_{2} sec sur le bromure de phénylmagnésium, puis en hydrolysant. Écrivez les deux étapes et expliquez pourquoi le CO2CO_{2} doit être rigoureusement sec.
  • c) À partir de 15,715{,}7 g de bromobenzène, calculez la masse maximale d'acide benzoïque, puis la masse obtenue pour un rendement global de 7272 pour cent.
  • d) On dispose d'un mélange d'acide benzoïque, de phénol et de naphtalène dissous dans l'éther. Proposez un protocole d'extraction acide-base qui les sépare tous les trois, en justifiant chaque étape par les pKapK_{a} du chapitre précédent.
  • e) L'acide 33-oxobutanoïque se décarboxyle spontanément dès 5050 degrés Celsius, alors que l'acide butanoïque est stable jusqu'à plus de 300300. Expliquez, et citez la conséquence physiologique de ce fait chez un diabétique.
Voir la correction

a) Première méthode, l'oxydation ÉNERGIQUE d'un alcool primaire ou d'un aldéhyde, par le dichromate en milieu acide aqueux ou le permanganate. La chaîne ne s'allonge pas. Deuxième méthode, l'hydrolyse d'un NITRILE en milieu acide ou basique aqueux à chaud ; comme le nitrile lui-même provient en général d'un halogénure par action de CNCN^{-}, la chaîne s'allonge d'un carbone. Troisième méthode, la CARBONATATION d'un organomagnésien par le dioxyde de carbone, suivie d'hydrolyse ; la chaîne s'allonge également d'un carbone. On peut ajouter, pour les acides aromatiques, l'oxydation d'une chaîne latérale par le permanganate à chaud, qui donne toujours l'acide benzoïque quelle que soit la longueur de la chaîne, à condition qu'elle porte un hydrogène benzylique. Les deux méthodes d'allongement sont complémentaires : le nitrile part d'un halogénure primaire et supporte mal les substrats encombrés, l'organomagnésien accepte les halogénures aromatiques et tertiaires mais ne tolère aucun proton acide dans la molécule.

b) Étape 11 : C6H5MgBr+CO2C6H5COOMgBrC_{6}H_{5}MgBr+CO_{2}\rightarrow C_{6}H_{5}COOMgBr. Le carbanion phényle attaque le carbone du dioxyde de carbone, qui est électrophile pour la même raison qu'un carbonyle, en donnant un carboxylate de magnésium. Étape 22 : C6H5COOMgBr+H3O+C6H5COOHC_{6}H_{5}COOMgBr+H_{3}O^{+}\rightarrow C_{6}H_{5}COOH. L'hydrolyse acide protone le carboxylate et libère l'acide. Le dioxyde de carbone doit être sec parce que l'organomagnésien est détruit instantanément par la moindre trace d'eau : le carbanion, base conjuguée d'un hydrocarbure de pKapK_{a} supérieur à 5050, arrache sans hésiter un proton à l'eau, de pKapK_{a} 15,715{,}7, et l'on récupère du benzène au lieu du produit voulu. En pratique on emploie de la carboglace, du CO2CO_{2} solide, qui a l'avantage d'être à la fois le réactif, le desséchant et le refroidisseur.

c) La quantité de bromobenzène vaut 15,7157,01=0,1000\frac{15{,}7}{157{,}01}=0{,}1000 mol. La stœchiométrie est de un pour un tout au long de la séquence, donc au maximum 0,10000{,}1000 mol d'acide benzoïque, soit 0,1000×122,12=12,20{,}1000\times 122{,}12=12{,}2 g. Avec un rendement global de 7272 pour cent, on obtient 0,72×12,2=8,790{,}72\times 12{,}2=8{,}79 g. Il vaut la peine de remarquer que le produit est PLUS LÉGER que le réactif malgré l'ajout d'un carbone et de deux oxygènes : le brome, à 79,9079{,}90 g/mol, pèse à lui seul plus que le groupe COOHCOOH qui le remplace. Un contrôle de vraisemblance fondé sur l'idée qu'on ajoute des atomes donc que la masse augmente serait donc trompeur ici.

d) Étape 11 : agiter la solution éthérée avec une solution aqueuse de NaHCO3NaHCO_{3}. Seul l'acide benzoïque, de pKapK_{a} 4,204{,}20, est plus fort que l'acide carbonique à 6,356{,}35 : il est donc seul déprotoné et passe dans la phase aqueuse sous forme de benzoate de sodium, avec effervescence de CO2CO_{2}. Le phénol, à 10,010{,}0, et le naphtalène, neutre, restent dans l'éther. On sépare les phases, puis on acidifie la phase aqueuse par HClHCl : l'acide benzoïque, redevenu neutre, précipite et se filtre. Étape 22 : agiter la phase éthérée restante avec une solution de NaOHNaOH. Cette fois le phénol, plus fort que l'eau à 15,715{,}7, est déprotoné et passe en phase aqueuse comme phénolate ; le naphtalène, qui n'a aucun hydrogène acide, reste dans l'éther. On sépare, puis on acidifie la phase aqueuse pour récupérer le phénol. Étape 33 : évaporer l'éther pour récupérer le naphtalène. Le protocole exploite donc exactement le test de discrimination du chapitre précédent, mais en le transformant en méthode PRÉPARATIVE : c'est la séparation acide-base classique, et elle tombe régulièrement en examen de laboratoire.

e) L'acide 33-oxobutanoïque possède un groupe cétone en position BÊTA du carboxyle. Cette disposition permet un mécanisme concerté remarquable : les électrons se déplacent en cycle à travers six atomes, la liaison carbone-carbone se rompt, le CO2CO_{2} part, et il se forme un ÉNOL qui tautomérise ensuite en propanone selon l'exercice du chapitre précédent. L'état de transition cyclique à six centres est peu tendu, donc la barrière est basse, et le départ d'un gaz rend le processus irréversible. L'acide butanoïque, lui, n'a aucun carbonyle en bêta : aucun cycle à six ne peut se former, il faudrait arracher directement un carbanion, ce qui est prohibitif, d'où sa stabilité jusqu'à plus de 300300 degrés. La règle à retenir est donc que seuls les acides BÊTA-cétoniques et bêta-dicarboxyliques se décarboxylent facilement, ce qui sera exploité dans la synthèse malonique de l'exercice 88. La conséquence physiologique est l'ACIDOCÉTOSE diabétique : faute d'insuline, l'organisme oxyde massivement les acides gras et accumule des corps cétoniques, dont l'acide 33-oxobutanoïque, qui se décarboxyle spontanément en propanone. Celle-ci, très volatile, est éliminée par les poumons et donne à l'haleine du patient une odeur fruitée caractéristique, signe clinique d'urgence que la chimie de ce paragraphe explique entièrement.

Partie A : Acides, hiérarchie des dérivés et estérification (/50)

Exercice 3 : La hiérarchie des dérivés, déduite des $pK_{a}$

Les cinq dérivés d'acides se rangent sur une échelle de réactivité que la plupart des étudiants apprennent par coeur. Elle se DÉDUIT, et c'est bien plus sûr.

pKapK_{a} des acides conjugués des groupes partants : HClHCl 7-7 ; acide carboxylique 4,84{,}8 ; alcool 1616 ; amine 3636.

  • a) Écrivez la formule générale des cinq dérivés : chlorure d'acyle, anhydride, ester, amide, carboxylate. Identifiez dans chacun le groupe qui partira.
  • b) Classez-les par réactivité décroissante et justifiez ce classement par le seul tableau des pKapK_{a}. Énoncez la règle en une phrase.
  • c) Un second facteur, indépendant du groupe partant, va dans le même sens : la donation par mésomère du doublet de l'hétéroatome vers le carbonyle. Expliquez comment il ordonne le chlorure, l'ester et l'amide, et pourquoi les deux facteurs ne se contredisent jamais.
  • d) Énoncez la règle pratique des interconversions et dites lesquelles des transformations suivantes sont possibles en une étape directe : chlorure vers ester ; ester vers chlorure ; anhydride vers amide ; amide vers ester ; ester vers amide.
  • e) Le chlorure d'éthanoyle fume à l'air humide alors que l'éthanoate d'éthyle est stable dans l'eau pendant des mois. Expliquez quantitativement à l'aide du tableau.
Voir la correction

a) Le chlorure d'acyle est RCOClR-CO-Cl, et le groupe partant est ClCl^{-}. L'anhydride est RCOOCORR-CO-O-CO-R, et le groupe partant est un ion CARBOXYLATE RCOOR-COO^{-}. L'ester est RCOORR-CO-OR', et le groupe partant est un ion alcoolate ROR'O^{-}. L'amide est RCONR2R-CO-NR'_{2}, et le groupe partant serait un ion amidure R2NR'_{2}N^{-}. Le carboxylate est RCOOR-COO^{-}, et le groupe partant serait O2O^{2-}, ce qui n'arrive jamais. On remarquera que dans tous les cas, ce qui part est la base conjuguée de quelque chose, ce qui explique que le tableau des pKapK_{a} suffise à tout ordonner.

b) L'ordre décroissant est : chlorure d'acyle, anhydride, ester, amide, carboxylate. Il suit exactement l'ordre des pKapK_{a} du tableau : 7-7 pour HClHCl, 4,84{,}8 pour l'acide carboxylique, 1616 pour l'alcool, 3636 pour l'amine. La règle s'énonce en une phrase : un dérivé est d'autant plus réactif que son groupe partant est une BASE FAIBLE, c'est-à-dire que l'acide conjugué de ce groupe est fort. C'est exactement le critère du nucléofuge rencontré au chapitre des alcools, à ceci près qu'il gouverne ici non pas une SN1S_{N}1 ou une SN2S_{N}2 mais l'étape d'élimination d'une substitution acyle. L'amplitude est considérable : entre HClHCl et une amine il y a 4343 unités de pKapK_{a}, soit 4343 ordres de grandeur sur la basicité, ce qui explique que les extrêmes de l'échelle se comportent en pratique comme des composés de familles différentes.

c) L'hétéroatome lié au carbonyle possède un doublet libre qu'il peut donner par mésomérie, ce qui crée une forme limite avec une double liaison C=XC=X et une charge positive sur XX. Cette donation appauvrit le carbone en charge positive, donc le rend MOINS électrophile, et elle stabilise la molécule entière. Son efficacité dépend de deux choses : la disponibilité du doublet et la qualité du recouvrement. L'azote, peu électronégatif et de taille comparable au carbone, donne très bien : l'amide est fortement stabilisé. L'oxygène, plus électronégatif, retient davantage son doublet : l'ester l'est moyennement. Le chlore, très électronégatif et surtout muni d'orbitales 3p3p diffuses qui recouvrent mal les orbitales 2p2p du carbone, ne donne presque rien : le chlorure d'acyle n'est pratiquement pas stabilisé. L'ordre obtenu, chlorure plus réactif qu'ester, lui-même plus réactif qu'amide, est identique à celui du b). Les deux facteurs ne se contredisent jamais parce qu'ils sont deux lectures d'une même propriété : un atome qui retient mal ses électrons est aussi un atome qui supporte bien une charge négative, donc à la fois un mauvais donneur mésomère et un bon groupe partant.

d) La règle pratique est qu'on DESCEND l'échelle librement, mais qu'on ne la remonte jamais en une étape directe. Descendre signifie remplacer un groupe partant par un nucléophile dont la base conjuguée est plus faible, ce qui est thermodynamiquement favorable. Application. Chlorure vers ester : possible, on descend, il suffit d'ajouter l'alcool. Ester vers chlorure : IMPOSSIBLE directement, il faudrait remonter ; il faut passer par l'acide, obtenu par hydrolyse, puis employer SOCl2SOCl_{2}, qui n'est pas une simple substitution mais une activation. Anhydride vers amide : possible, on descend. Amide vers ester : impossible directement, on remonterait ; il faut hydrolyser l'amide en acide, ce qui exige des conditions dures, puis estérifier. Ester vers amide : possible, on descend, quoique lentement, et c'est l'ammonolyse des esters, employée industriellement. Cette règle unique remplace avantageusement un tableau de réactions à mémoriser.

e) Le chlorure d'éthanoyle expulse un ion chlorure, base conjuguée d'un acide de pKapK_{a} 7-7, donc une base extraordinairement faible qui part sans aucune difficulté ; de plus, le chlore ne stabilise pratiquement pas le carbonyle par mésomérie, si bien que le carbone reste très électrophile. Les deux facteurs se cumulent et l'eau, pourtant nucléophile médiocre, suffit à l'attaquer immédiatement. Les fumées observées sont d'ailleurs le HClHCl gazeux libéré, qui s'hydrate au contact de l'humidité de l'air. L'éthanoate d'éthyle devrait expulser un ion éthanolate, base conjuguée d'un acide de pKapK_{a} 1616, donc une base FORTE : l'écart est de 2323 unités de pKapK_{a}, soit 2323 ordres de grandeur sur la basicité du groupe partant. À cela s'ajoute la stabilisation par donation de l'oxygène. La barrière d'activation est donc si élevée que l'hydrolyse spontanée à température ambiante est imperceptible, et qu'il faut la catalyser par un acide ou, mieux, par une base qui rend la réaction totale, ce qui est l'objet de l'exercice 55.

Partie A : Acides, hiérarchie des dérivés et estérification (/50)

Exercice 4 : Addition-élimination : pourquoi ce n'est jamais une $S_{N}2$

Un ester ressemble superficiellement à un éther : un carbone lié à un oxygène qui pourrait partir. Pourtant aucun ne réagit par le mécanisme de l'autre.

L'expérience décisive du chapitre utilise de l'alcool marqué à l'oxygène 1818, isotope stable et non radioactif, détectable par spectrométrie de masse.

  • a) Détaillez le mécanisme de la substitution nucléophile acyle en deux étapes, en nommant l'intermédiaire. Précisez ce qui se passe pour l'hybridation du carbone à chaque étape.
  • b) Expliquez pourquoi une SN2S_{N}2 est structurellement impossible sur le carbone d'un ester, et pourquoi une SN1S_{N}1 ne l'est pas davantage.
  • c) L'estérification de Fischer entre l'acide éthanoïque et l'éthanol marqué CH3CH218OHCH_{3}CH_{2}{}^{18}OH produit un ester dont l'oxygène 1818 se trouve dans le groupe O-O- et non dans le C=OC=O, et une eau NON marquée. Que prouve exactement cette expérience ?
  • d) Détaillez le mécanisme complet de l'estérification de Fischer en milieu acide, en six étapes, et indiquez à quel moment le résultat du c) se joue.
  • e) L'estérification d'un acide par le méthanol est rapide, par le propan-22-ol lente, et par le 22-méthylpropan-22-ol pratiquement nulle. Justifiez, et indiquez la méthode à employer dans ce dernier cas.
Voir la correction

a) Étape 11, l'ADDITION. Le nucléophile attaque le carbone du carbonyle perpendiculairement au plan, exactement comme sur une cétone. Les électrons π\pi basculent sur l'oxygène et le carbone, qui était sp2sp^{2} et plan, devient sp3sp^{3} et TÉTRAÉDRIQUE. L'espèce obtenue s'appelle l'intermédiaire tétraédrique : elle porte à la fois le nucléophile entrant et le groupe partant, et c'est le point de bascule de toute la réaction. Étape 22, l'ÉLIMINATION. Le doublet de l'oxygène chargé redescend pour reformer la double liaison C=OC=O, ce qui oblige l'un des deux groupes à partir. Le carbone redevient sp2sp^{2} et plan. C'est ici que se joue tout le chapitre : l'intermédiaire expulse celui des deux groupes qui est la BASE la plus faible, donc si le nucléophile entrant est une base plus forte que le groupe partant, celui-ci s'en va et la réaction aboutit ; sinon l'intermédiaire régresse et rien ne se passe. La différence avec une cétone est là : une cétone n'a aucun groupe qui puisse partir, donc son intermédiaire tétraédrique est simplement protoné, et l'addition est définitive.

b) Une SN2S_{N}2 exige que le nucléophile attaque par l'ARRIÈRE de la liaison qui se rompt, en ligne droite avec elle. Or le carbone d'un ester est sp2sp^{2} : ses trois substituants et lui-même sont dans un plan, et l'arrière de la liaison COC-O se trouve dans ce même plan, occupé par les deux autres liaisons. Il n'y a tout simplement pas de place, et de surcroît le nuage π\pi du carbonyle, situé de part et d'autre du plan, repousse le nucléophile. C'est exactement l'argument qui rendait les halogénures d'aryle et de vinyle inertes. Une SN1S_{N}1 n'est pas davantage possible : elle exigerait de former un cation ACYLIUM RCO+R-CO^{+} par départ spontané de l'alcoolate, or l'alcoolate est une base forte qui ne part pas seule, et le cation acylium, s'il existe pour les chlorures activés par AlCl3AlCl_{3} comme dans l'acylation de Friedel-Crafts, n'est pas accessible ici. Il ne reste donc que la voie de l'addition-élimination, et c'est pourquoi tous les dérivés d'acides, sans exception, l'empruntent.

c) Elle prouve que la liaison qui se rompt est celle de l'ACIDE, entre son carbone et son groupe OH-OH, et non celle de l'ALCOOL, entre son oxygène et son carbone. Le raisonnement est direct : puisque l'oxygène 1818 apporté par l'alcool se retrouve dans l'ester, l'alcool a conservé sa liaison COC-O et n'a fourni que son oxygène et son carbone au produit ; et puisque l'eau formée n'est pas marquée, l'oxygène qu'elle emporte vient nécessairement de l'acide. Sans ce marquage, les deux hypothèses seraient rigoureusement indiscernables, car le bilan brut est identique dans les deux cas. C'est un excellent exemple, à savoir citer, de ce qu'une expérience isotopique apporte : elle ne mesure aucune vitesse ni aucun rendement, elle SUIT les atomes et tranche entre deux mécanismes que la stœchiométrie confond.

d) Étape 11 : protonation de l'oxygène du carbonyle de l'acide, ce qui active le carbone. Étape 22 : addition de l'alcool, par son oxygène nucléophile, sur ce carbone. Étape 33 : déprotonation de l'oxygène venu de l'alcool ; on obtient alors l'intermédiaire tétraédrique neutre, qui porte trois oxygènes sur le même carbone. Étape 44 : protonation de l'un des DEUX groupes OH-OH issus de l'acide, ce qui les transforme en OH2+-OH_{2}^{+}. C'est ici que tout se joue, et c'est ce que le marquage du c) révèle : c'est un oxygène venu de l'ACIDE qui sera protoné puis expulsé, jamais celui venu de l'alcool. Étape 55 : départ de l'eau, avec reformation de la double liaison C=OC=O. Étape 66 : déprotonation finale, qui libère l'ester et régénère le catalyseur acide. On notera que toutes les étapes sont réversibles, ce qui est la définition même d'un équilibre, et que le proton n'est jamais consommé, ce qui confirme la catalyse.

e) La réaction passe par l'intermédiaire tétraédrique, dans lequel quatre groupes se pressent autour d'un même carbone alors qu'ils n'étaient que trois au départ. Tout encombrement du côté de l'alcool comme du côté de l'acide renchérit donc cet état, et la vitesse chute. Le méthanol n'apporte qu'un méthyle : la réaction est rapide. Le propan-22-ol apporte deux méthyles sur le carbone porteur de l'oxygène : elle est lente. Le 22-méthylpropan-22-ol en apporte trois : l'intermédiaire est inatteignable et, pire, cet alcool tertiaire préfère se déshydrater ou s'ioniser dans le milieu acide, si bien qu'on obtient de l'alcène au lieu de l'ester. La méthode à employer alors est de changer de partenaire acide plutôt que d'insister : on transforme d'abord l'acide en CHLORURE D'ACYLE par SOCl2SOCl_{2}, puis on fait réagir l'alcool tertiaire en présence de pyridine. Le chlorure étant infiniment plus réactif, comme l'exercice 33 l'a établi, la réaction se fait à basse température, elle est totale et non équilibrée puisque le HClHCl est neutralisé, et l'encombrement n'est plus rédhibitoire. C'est l'illustration la plus nette de l'intérêt pratique de la hiérarchie : quand la voie douce échoue, on monte d'un cran sur l'échelle.

Partie A : Acides, hiérarchie des dérivés et estérification (/50)

Exercice 5 : Fischer contre saponification : un équilibre et une réaction totale

Les deux réactions relient les mêmes composés, l'ester d'un côté, l'acide et l'alcool de l'autre. L'une est un équilibre médiocre, l'autre est totale, et la différence tient à une seule étape.

Données : pour CH3COOH+C2H5OHCH3COOC2H5+H2OCH_{3}COOH+C_{2}H_{5}OH\rightleftharpoons CH_{3}COOC_{2}H_{5}+H_{2}O, la constante d'équilibre vaut K=4,0K=4{,}0 à température ambiante.

  • a) On mélange 1,001{,}00 mol d'acide éthanoïque et 1,001{,}00 mol d'éthanol avec une trace d'acide sulfurique. Calculez la composition à l'équilibre et le rendement.
  • b) On recommence avec 1,001{,}00 mol d'acide et 4,004{,}00 mol d'alcool. Calculez le nouveau rendement par rapport à l'acide et commentez.
  • c) Citez deux autres moyens de déplacer l'équilibre, et expliquez pourquoi l'ajout d'acide sulfurique en grande quantité en est un, pour une raison différente de celle qu'on invoque d'habitude.
  • d) Écrivez l'équation de la saponification de l'éthanoate d'éthyle par la soude et détaillez le mécanisme. Identifiez précisément l'étape qui rend la réaction TOTALE, et expliquez pourquoi.
  • e) Un triglycéride est saponifié par la soude. Nommez les deux produits, expliquez la structure d'un savon et le fonctionnement d'une micelle, puis dites pourquoi un savon perd son efficacité dans une eau dure alors qu'un détergent de synthèse la conserve.
Voir la correction

a) Soit xx la quantité d'ester formée à l'équilibre. Le tableau d'avancement donne 1x1-x pour l'acide et pour l'alcool, et xx pour l'ester comme pour l'eau. On écrit K=x2(1x)2=4,0K=\frac{x^{2}}{(1-x)^{2}}=4{,}0. Comme tout est positif, on peut prendre la racine carrée des deux membres, ce qui évite le second degré : x1x=2,0\frac{x}{1-x}=2{,}0, d'où x=22xx=2-2x puis x=23=0,667x=\frac{2}{3}=0{,}667 mol. À l'équilibre il reste donc 0,3330{,}333 mol d'acide et autant d'alcool, et il s'est formé 0,6670{,}667 mol d'ester et autant d'eau. Le rendement est de 66,766{,}7 pour cent. On remarquera que ce chiffre ne dépend ni de la température, faiblement, ni de la quantité de catalyseur : c'est une limite THERMODYNAMIQUE, et aucun perfectionnement technique ne la franchira à composition initiale fixée.

b) Avec 4,004{,}00 mol d'alcool, la relation devient K=x2(1x)(4x)=4,0K=\frac{x^{2}}{(1-x)(4-x)}=4{,}0, soit x2=4(45x+x2)x^{2}=4(4-5x+x^{2}), puis 3x220x+16=03x^{2}-20x+16=0. Le discriminant vaut 400192=208400-192=208, donc x=202086=2014,426=0,930x=\frac{20-\sqrt{208}}{6}=\frac{20-14{,}42}{6}=0{,}930 mol, la racine avec le signe plus étant à rejeter puisqu'elle dépasserait la quantité initiale d'acide. Le rendement par rapport à l'acide passe donc de 66,766{,}7 à 93,093{,}0 pour cent. Le commentaire attendu est double. D'une part, le principe de Le Chatelier fonctionne exactement comme annoncé : ajouter un réactif déplace l'équilibre. D'autre part, le rendement se calcule ici par rapport au réactif LIMITANT, l'acide, et il serait absurde de le calculer par rapport à l'alcool, dont plus des trois quarts restent inutilisés. En pratique on met en excès le réactif le moins cher, et l'on récupère le surplus par distillation.

c) Premier moyen, éliminer l'eau au fur et à mesure, avec un montage à séparateur de type Dean-Stark, un desséchant ou un tamis moléculaire. Deuxième moyen, distiller l'ester s'il est le plus volatil du mélange, ce qui est souvent le cas puisqu'il n'a plus de liaison hydrogène possible. Quant à l'acide sulfurique concentré, on l'invoque d'habitude comme catalyseur, ce qui est vrai mais n'affecte que la VITESSE et jamais la position de l'équilibre. Sa véritable action sur le rendement est tout autre : concentré, il est fortement DÉSHYDRATANT et fixe l'eau formée. Il agit alors comme le premier moyen, en retirant un produit. Cette distinction est régulièrement évaluée et vaut d'être retenue : un catalyseur ne déplace jamais un équilibre, et si l'ajout d'acide sulfurique améliore le rendement, ce n'est pas en tant que catalyseur.

d) L'équation est CH3COOC2H5+HOCH3COO+C2H5OHCH_{3}COOC_{2}H_{5}+HO^{-}\rightarrow CH_{3}COO^{-}+C_{2}H_{5}OH. Le mécanisme comporte trois étapes. Première, l'ion hydroxyde s'additionne sur le carbone du carbonyle et forme l'intermédiaire tétraédrique. Deuxième, cet intermédiaire élimine l'ion éthanolate et régénère le carbonyle : on a alors, côte à côte dans le milieu, un acide éthanoïque et un ion éthanolate. Troisième, et c'est l'étape décisive, l'éthanolate, base forte de pKapK_{a} conjugué 1616, arrache instantanément le proton de l'acide éthanoïque, de pKapK_{a} 4,84{,}8. Cette réaction acide-base est favorisée de 1011,210^{11{,}2}, donc totalement déplacée. Elle rend la saponification IRRÉVERSIBLE pour une raison simple : le produit final n'est pas l'acide mais le CARBOXYLATE, espèce chargée négativement qu'aucun alcool ne viendra attaquer, puisqu'il faudrait qu'un nucléophile approche un centre déjà riche en électrons. Le produit est donc piégé hors d'atteinte de la réaction inverse. On notera que la base est ici CONSOMMÉE en quantité stœchiométrique et n'est pas un catalyseur, contrairement à l'acide de l'estérification de Fischer : c'est la différence de fond entre les deux réactions.

e) Un triglycéride est le triester du propane-1,2,31{,}2{,}3-triol, le glycérol, avec trois acides gras à longue chaîne. Sa saponification donne donc le GLYCÉROL et trois ions CARBOXYLATE à longue chaîne, dont les sels de sodium constituent le savon. Un savon est une molécule à deux personnalités : une longue queue hydrocarbonée apolaire, hydrophobe, et une tête carboxylate chargée, hydrophile. En solution, au-delà d'une certaine concentration, ces molécules s'assemblent en MICELLES sphériques, les queues rassemblées au centre à l'abri de l'eau et les têtes chargées tournées vers l'extérieur. Une salissure grasse se dissout dans le coeur apolaire de la micelle, tandis que l'extérieur chargé assure la dispersion dans l'eau et la répulsion électrostatique entre micelles, qui les empêche de coalescer. Dans une eau dure, riche en ions Ca2+Ca^{2+} et Mg2+Mg^{2+}, les carboxylates forment avec ces cations divalents des sels INSOLUBLES qui précipitent en un dépôt gris, le fameux cerne de baignoire : le savon est consommé sans nettoyer quoi que ce soit. Les détergents de synthèse remplacent la tête carboxylate par une tête sulfonate ou sulfate, dont les sels de calcium et de magnésium restent SOLUBLES, si bien qu'ils conservent toute leur efficacité en eau dure. C'est un problème très concret à Montréal, où l'eau du fleuve est modérément dure.

Partie B : Niveau examen (/50)

Exercice 6 : L'amide : une résonance qui fige la molécule

L'amide est le dérivé le moins réactif de l'échelle, et c'est exactement pour cela que la nature en a fait le lien de toutes ses protéines.

La figure représente une liaison peptidique. Le cadre en pointillés n'est pas une liaison : il délimite un ensemble d'atomes qui partagent une propriété.

Données. Longueurs : CNC-N dans une amine 147147 pm, dans un amide 133133 pm ; C=OC=O dans un amide 124124 pm. Barrières de rotation : environ 8080 kJ/mol autour de la liaison CNC-N d'un amide, 1212 kJ/mol autour de la liaison CCC-C de l'éthane. pKapK_{a} de l'acide conjugué : ion ammonium d'une amine 10,610{,}6 ; amide protoné environ 0,5-0{,}5. On prendra R=8,314R=8{,}314 J/(mol·K), T=298T=298 K et un facteur préexponentiel A=1,0×1013A=1{,}0\times 10^{13} s1^{-1}.

OHN
  • a) Écrivez les deux formes limites de l'éthanamide et déduisez-en pourquoi la liaison CNC-N ne mesure que 133133 pm au lieu de 147147.
  • b) Interprétez le cadre en pointillés de la figure : quels atomes contient-il, quelle propriété partagent-ils, et pourquoi ? Quelle conséquence pour la structure des protéines ?
  • c) Calculez la constante de vitesse de rotation autour de la liaison CNC-N de l'amide et autour de la liaison CCC-C de l'éthane, puis leur rapport. Commentez la durée de vie d'une conformation.
  • d) Une amine primaire est une base correcte, un amide ne l'est pratiquement pas, et de surcroît c'est son OXYGÈNE qui capte le proton, pas son azote. Expliquez ces deux faits et chiffrez l'écart de basicité.
  • e) Donnez les produits de l'hydrolyse de l'éthanamide en milieu acide puis en milieu basique, et expliquez pourquoi les deux exigent un reflux prolongé. Donnez enfin les produits de l'action de LiAlH4LiAlH_{4} sur l'éthanamide et sur l'éthanenitrile.
Voir la correction

a) La première forme limite est l'écriture usuelle, CH3CONH2CH_{3}-CO-NH_{2}, avec une double liaison C=OC=O et une simple liaison CNC-N. La seconde résulte de la donation du doublet libre de l'AZOTE vers le carbone : la liaison CNC-N devient double, la liaison C=OC=O devient simple, l'oxygène porte une charge négative et l'azote une charge positive. Cette seconde forme est loin d'être négligeable, on lui attribue un poids de l'ordre de 4040 pour cent, parce qu'elle place la charge négative sur l'oxygène, atome très électronégatif qui l'accueille volontiers. La molécule réelle est la superposition des deux, et sa liaison CNC-N a donc un CARACTÈRE PARTIELLEMENT DOUBLE. Or une liaison double est plus courte qu'une simple : 133133 pm est une valeur intermédiaire entre les 147147 pm d'une liaison CNC-N simple d'amine et les 127127 pm d'une vraie double liaison C=NC=N. Symétriquement, la liaison C=OC=O de l'amide, à 124124 pm, est légèrement plus LONGUE que les 122122 pm d'une cétone, puisqu'elle a perdu un peu de son caractère double. Les deux mesures se confirment l'une l'autre et constituent la preuve expérimentale de la résonance.

b) Le cadre contient SIX atomes : les deux carbones alpha, le carbone du carbonyle, l'oxygène, l'azote et l'hydrogène porté par l'azote. La propriété qu'ils partagent est d'être COPLANAIRES. La raison découle directement du a) : puisque la liaison CNC-N a un caractère partiellement double, elle ne peut pas tourner librement, et l'azote adopte une hybridation voisine de sp2sp^{2} au lieu du sp3sp^{3} habituel des amines, avec son doublet dans une orbitale pp pure engagée dans la conjugaison. Les trois substituants de l'azote et les trois du carbone se retrouvent donc dans un même plan. La conséquence pour les protéines est majeure et il faut savoir l'énoncer : la chaîne polypeptidique n'est pas une chaîne souple à liberté totale. Sur les trois liaisons de chaque résidu, celle du lien peptidique est BLOQUÉE, et seules les deux autres, autour du carbone alpha, peuvent tourner. Le repliement d'une protéine se décrit donc par seulement deux angles par acide aminé, et c'est cette rigidité locale qui rend possibles les motifs réguliers, hélice alpha et feuillet bêta. On ajoutera que la conformation adoptée est presque toujours TRANS, à plus de 9999 pour cent, la proline faisant exception.

c) On applique k=Aexp(EaRT)k=A\exp\left(-\frac{E_{a}}{RT}\right) avec RT=8,314×298=2478RT=8{,}314\times 298=2478 J/mol. Pour l'amide, EaRT=800002478=32,3\frac{E_{a}}{RT}=\frac{80000}{2478}=32{,}3, donc k=1,0×1013×e32,3=9,5×102k=1{,}0\times 10^{13}\times \mathrm{e}^{-32{,}3}=9{,}5\times 10^{-2} s1^{-1}. Pour l'éthane, 120002478=4,84\frac{12000}{2478}=4{,}84, donc k=1,0×1013×e4,84=7,9×1010k=1{,}0\times 10^{13}\times \mathrm{e}^{-4{,}84}=7{,}9\times 10^{10} s1^{-1}. Le rapport vaut 7,9×10109,5×1028,3×1011\frac{7{,}9\times 10^{10}}{9{,}5\times 10^{-2}}\approx 8{,}3\times 10^{11}, soit près de mille milliards. La durée de vie moyenne d'une conformation, égale à 1k\frac{1}{k}, est de 1010 SECONDES pour l'amide contre 1313 picosecondes pour l'éthane. L'ordre de grandeur est ce qui compte : dix secondes, c'est une éternité à l'échelle moléculaire et c'est parfaitement observable par résonance magnétique nucléaire, alors que treize picosecondes signifie que l'éthane tourne des milliards de fois par seconde et qu'aucune conformation n'a d'existence individuelle. Un amide est donc RIGIDE au sens propre, et l'expression courante « libre rotation autour d'une liaison simple » cesse d'être vraie ici.

d) Premier fait, la faiblesse de la basicité. Le doublet de l'azote d'une amine est LIBRE et disponible : il capte un proton sans difficulté, d'où un pKapK_{a} conjugué de 10,610{,}6. Le doublet de l'azote d'un amide est au contraire ENGAGÉ dans la conjugaison avec le carbonyle, comme le a) l'a établi ; le mobiliser pour fixer un proton coûterait la perte de toute la stabilisation par résonance. Second fait, le site de protonation. Puisque la seconde forme limite place une charge NÉGATIVE sur l'oxygène, c'est lui qui est le site le plus riche en électrons de la molécule, et c'est donc lui qui capte le proton ; de plus, la protonation de l'oxygène CONSERVE la conjugaison, alors que celle de l'azote la détruirait. L'écart de basicité se chiffre par la différence des pKapK_{a} conjugués, 10,6(0,5)=11,110{,}6-(-0{,}5)=11{,}1 unités, soit ONZE ordres de grandeur. Concrètement, une amine est protonée dès un pH légèrement acide alors qu'il faut de l'acide sulfurique concentré pour protoner un amide, ce qui explique au passage pourquoi les protéines ne se dénaturent pas au premier changement de pH par attaque de leurs liens peptidiques.

e) En milieu acide aqueux, l'hydrolyse donne l'acide éthanoïque et l'ion ammonium ; en milieu basique, elle donne l'ion éthanoate et l'ammoniac. Dans les deux cas il faut un reflux prolongé, souvent plusieurs heures, et pour deux raisons cumulées. La première tient à la RÉACTIVITÉ : l'amide est le dérivé le moins électrophile de l'échelle, comme l'exercice 33 l'a montré, à la fois parce que l'azote donne fortement par mésomérie et parce que le groupe partant serait un ion amidure, base extrêmement forte. La seconde tient au bilan : l'hydrolyse simple serait un équilibre, et ce n'est que l'étape acide-base finale, protonation de l'amine en milieu acide ou déprotonation de l'acide en milieu basique, qui rend la réaction totale. Il faut donc au moins un ÉQUIVALENT d'acide ou de base, et non une trace catalytique. Avec LiAlH4LiAlH_{4}, le résultat est tout différent et souvent mal retenu : l'éthanamide donne l'ÉTHANAMINE, c'est-à-dire une amine, parce que l'intermédiaire perd son oxygène sous forme d'alcoolate d'aluminium et passe par un ion iminium que l'hydrure réduit ensuite ; c'est donc la liaison COC-O qui est rompue, pas la liaison CNC-N. L'éthanenitrile donne lui aussi l'éthanamine, par double addition d'hydrure sur la triple liaison. Il faut donc retenir la règle par famille : ester et acide donnent un ALCOOL, amide et nitrile donnent une AMINE.

Partie B : Niveau examen (/50)

Exercice 7 : Descendre l'échelle : interconversions et sélectivité

La règle de l'exercice 33 dit qu'on descend l'échelle mais qu'on ne la remonte pas. Reste à savoir comment on y monte quand même, et comment on s'arrête où l'on veut.

Masses molaires en g/mol : acide éthanoïque 60,0560{,}05 ; SOCl2SOCl_{2} 118,96118{,}96 ; chlorure d'éthanoyle 78,5078{,}50 ; SO2SO_{2} 64,0664{,}06 ; HClHCl 36,4636{,}46.

  • a) Écrivez l'équation de l'action du chlorure de thionyle sur l'acide éthanoïque, et donnez la raison PRATIQUE qui fait préférer ce réactif à PCl3PCl_{3} ou PCl5PCl_{5}.
  • b) On traite 12,012{,}0 g d'acide éthanoïque par un excès de SOCl2SOCl_{2}. Calculez la masse maximale de chlorure d'éthanoyle et la masse totale de gaz dégagés, puis vérifiez la conservation de la masse.
  • c) À partir du chlorure d'éthanoyle, donnez les réactifs qui conduisent à l'anhydride éthanoïque, à l'éthanoate d'éthyle et au NN-méthyléthanamide. Pour ce dernier, expliquez pourquoi il faut DEUX équivalents d'amine.
  • d) Un étudiant chauffe de l'acide éthanoïque avec de la méthanamine et n'obtient qu'un solide ionique. Expliquez ce qui s'est passé et donnez les deux méthodes qui permettent malgré tout d'obtenir l'amide.
  • e) Prévoyez le produit de l'action d'un EXCÈS de bromure de méthylmagnésium sur l'éthanoate d'éthyle, et expliquez pourquoi il est impossible d'arrêter la réaction à la cétone.
Voir la correction

a) L'équation est CH3COOH+SOCl2CH3COCl+SO2+HClCH_{3}COOH+SOCl_{2}\rightarrow CH_{3}COCl+SO_{2}+HCl. Le mécanisme n'est pas une substitution directe : le chlorure de thionyle convertit d'abord le mauvais groupe partant OH-OH en un chlorosulfite, excellent nucléofuge, exactement comme il le faisait sur un alcool au chapitre précédent. La raison pratique de le préférer est décisive au laboratoire : les DEUX sous-produits, SO2SO_{2} et HClHCl, sont des GAZ à température ambiante. Ils quittent donc le milieu d'eux-mêmes, ce qui d'une part déplace l'équilibre vers le produit selon le principe de Le Chatelier, et d'autre part rend la purification triviale, puisqu'il suffit de distiller le chlorure d'acyle sans avoir à séparer quoi que ce soit. Avec PCl3PCl_{3} ou PCl5PCl_{5}, on obtient des acides phosphoreux ou phosphorique et des oxychlorures, tous liquides ou solides, qu'il faut séparer du produit.

b) La quantité d'acide vaut 12,060,05=0,1998\frac{12{,}0}{60{,}05}=0{,}1998 mol, et la stœchiométrie est de un pour un. La masse maximale de chlorure d'éthanoyle est donc 0,1998×78,50=15,690{,}1998\times 78{,}50=15{,}69 g. Les gaz dégagés sont 0,19980{,}1998 mol de SO2SO_{2}, soit 12,8012{,}80 g, et autant de HClHCl, soit 7,297{,}29 g, donc 20,0920{,}09 g au total. Vérification : les réactifs consommés pèsent 12,012{,}0 g d'acide plus 0,1998×118,96=23,770{,}1998\times 118{,}96=23{,}77 g de chlorure de thionyle, soit 35,7735{,}77 g ; les produits pèsent 15,69+20,09=35,7815{,}69+20{,}09=35{,}78 g. La coïncidence à l'arrondi près confirme le calcul, et l'on peut la contrôler encore plus vite sur les masses molaires elles-mêmes : 60,05+118,96=179,0160{,}05+118{,}96=179{,}01 d'un côté, 78,50+64,06+36,46=179,0278{,}50+64{,}06+36{,}46=179{,}02 de l'autre. On remarquera que plus de la moitié de la masse engagée part en gaz, ce qui est le prix de l'activation.

c) Vers l'ANHYDRIDE : faire réagir le chlorure d'éthanoyle avec l'ion éthanoate, apporté sous forme d'éthanoate de sodium. Vers l'ESTER : ajouter de l'éthanol, en présence de pyridine pour capter le HClHCl formé. Vers l'AMIDE : ajouter de la méthanamine. Dans les trois cas on descend l'échelle, donc la réaction est rapide, totale et non équilibrée. Pour l'amide, deux équivalents d'amine sont nécessaires parce que la réaction libère une molécule de HClHCl par molécule d'amide formée. Or l'amine est une base bien meilleure que l'amide, et cet HClHCl la protone instantanément en ion méthylammonium, qui n'a plus de doublet libre et n'est plus nucléophile du tout. Le premier équivalent sert donc à faire la substitution, le second à neutraliser l'acide. On peut évidemment économiser cette amine, souvent coûteuse, en employant une base tierce et bon marché comme la pyridine ou la triéthylamine, ce que l'on fait toujours en pratique.

d) Le solide ionique obtenu est l'éthanoate de méthylammonium. Ce qui s'est passé relève d'une compétition de vitesses : l'acide carboxylique est un acide de pKapK_{a} 4,84{,}8 et l'amine une base de pKapK_{a} conjugué 10,610{,}6, si bien que la réaction acide-base entre eux est favorisée de près de six ordres de grandeur et surtout INSTANTANÉE, alors que la substitution nucléophile acyle est lente. L'acide-base gagne donc la course, et le mal est double : l'acide, devenu carboxylate, se retrouve au tout dernier échelon de l'échelle de réactivité, et l'amine, devenue ammonium, a perdu son doublet. Aucun des deux ne peut plus rien faire. Première méthode pour s'en sortir : chauffer fortement, au-delà de 150150 voire 200200 degrés Celsius, ce qui déplace l'équilibre acide-base et chasse l'eau formée ; c'est brutal mais c'est ce que fait l'industrie pour le nylon. Seconde méthode : ACTIVER l'acide au préalable, soit en le transformant en chlorure d'acyle par SOCl2SOCl_{2} comme au a), soit en employant un agent de couplage tel que le dicyclohexylcarbodiimide, qui transforme in situ le OH-OH en bon groupe partant. C'est cette seconde voie, praticable à température ambiante, qui rend possible la synthèse peptidique.

e) Le produit est le 22-méthylpropan-22-ol, alcool TERTIAIRE, avec libération d'éthanol. Le déroulement est le suivant : un premier équivalent d'organomagnésien s'additionne sur l'ester et l'intermédiaire tétraédrique expulse l'ion éthanolate, ce qui donne la propanone. Mais cette cétone est BEAUCOUP plus électrophile que l'ester dont elle provient, pour les deux raisons de l'exercice 33 : elle n'a aucun hétéroatome donneur pour stabiliser son carbonyle par mésomérie, et elle est moins encombrée. Elle réagit donc avec un second équivalent d'organomagnésien PLUS VITE qu'il n'en reste d'ester à consommer, et l'addition est cette fois définitive puisqu'une cétone n'a aucun groupe partant. Il est donc impossible de s'arrêter à la cétone : même avec un seul équivalent, on obtiendrait un mélange d'alcool tertiaire et d'ester non converti, jamais la cétone pure. C'est la règle générale des séquences où l'intermédiaire est plus réactif que le substrat. Pour obtenir malgré tout la cétone, il faut employer un réactif volontairement plus doux, dialkylcuprate de lithium sur le chlorure d'acyle, ou passer par un amide de Weinreb dont l'intermédiaire tétraédrique est stabilisé par chélation et ne s'effondre qu'à l'hydrolyse finale.

Partie B : Niveau examen (/50)

Exercice 8 : Les carbones acides : Claisen, malonique et acétoacétique

Un ester possède, comme une cétone, des hydrogènes en alpha. Ils sont moins acides, mais il suffit qu'ils le soient assez pour ouvrir toute une famille de constructions de squelette.

Données (pKapK_{a}) : ester simple 25,025{,}0 ; éthanol 16,016{,}0 ; propanedioate de diéthyle 13,313{,}3 ; 33-oxobutanoate d'éthyle 10,710{,}7.

  • a) Écrivez l'équation de la condensation de Claisen de l'éthanoate d'éthyle avec l'éthanolate de sodium, et nommez le produit.
  • b) La déprotonation initiale d'un ester simple par l'éthanolate est très défavorable. Chiffrez-la, puis expliquez pourquoi la réaction aboutit malgré tout et pourquoi il faut un ÉQUIVALENT ENTIER de base et non une trace.
  • c) Expliquez pourquoi on emploie l'éthanolate avec un ester éthylique et le méthanolate avec un ester méthylique. Puis donnez la condition qui rend une condensation de Claisen CROISÉE exploitable, avec un exemple.
  • d) Décrivez la synthèse malonique permettant d'obtenir l'acide pentanoïque à partir du 11-bromopropane, en trois étapes. Justifiez l'étape de décarboxylation par l'exercice 22.
  • e) Décrivez la synthèse acétoacétique permettant d'obtenir la pentan-22-one à partir du bromoéthane, et dites ce qui distingue structurellement les produits accessibles par les deux synthèses.
Voir la correction

a) L'équation est 2CH3COOC2H5CH3COCH2COOC2H5+C2H5OH2\,CH_{3}COOC_{2}H_{5}\rightarrow CH_{3}COCH_{2}COOC_{2}H_{5}+C_{2}H_{5}OH, en présence d'un équivalent d'éthanolate de sodium puis d'une acidification finale. Le produit est le 33-oxobutanoate d'éthyle, universellement appelé acétoacétate d'éthyle. Le mécanisme est celui d'une substitution nucléophile acyle dont le nucléophile est un énolate : l'éthanolate arrache un hydrogène en alpha d'une première molécule d'ester, l'énolate formé attaque le carbonyle d'une seconde molécule, et l'intermédiaire tétraédrique expulse un ion éthanolate. On reconnaît le schéma addition-élimination de l'exercice 44, à ceci près que le nucléophile est carboné, ce qui crée une liaison carbone-carbone.

b) L'ester simple a un pKapK_{a} de 25,025{,}0 et l'éthanol de 16,016{,}0 : la déprotonation est défavorable de 25,016,0=9,025{,}0-16{,}0=9{,}0 unités, soit une constante de 10910^{-9}. Il n'y a donc à tout instant qu'une molécule d'énolate pour un milliard de molécules d'ester, ce qui suffit néanmoins puisque cet énolate est consommé et aussitôt régénéré. La réaction aboutit grâce à une étape finale que l'on oublie souvent : le produit formé porte, entre ses deux groupes carbonyle, des hydrogènes doublement activés dont le pKapK_{a} n'est que de 10,710{,}7. L'éthanolate les arrache donc quantitativement, avec une constante de 1016,010,7=105,310^{16{,}0-10{,}7}=10^{5{,}3}, soit deux cent mille. Cette déprotonation très favorable retire le produit du jeu et TIRE toute la séquence d'équilibres défavorables qui la précède, selon le principe de Le Chatelier. C'est exactement pour cela qu'il faut un équivalent ENTIER de base : elle n'est pas un catalyseur mais un réactif, consommé stœchiométriquement pour former l'anion du produit, lequel n'est reprotoné qu'à l'acidification finale. Une trace de base ne permettrait pas de piéger le produit et la réaction n'irait nulle part.

c) Le milieu contient un alcoolate et un ester, or un alcoolate attaque un ester : c'est une TRANSESTÉRIFICATION. Si l'on employait du méthanolate avec un ester éthylique, on obtiendrait progressivement un mélange d'esters méthyliques et éthyliques, donc un mélange de produits de Claisen. En appariant l'alcoolate à l'alkoxy de l'ester, la transestérification a bien lieu mais elle est INVISIBLE, puisqu'elle redonne exactement le même composé. C'est un raffinement caractéristique de la chimie organique : on n'empêche pas la réaction parasite, on la rend sans conséquence. Pour la version croisée, la condition est la même que pour l'aldolisation croisée du chapitre précédent : l'un des deux esters ne doit posséder AUCUN hydrogène en alpha, de sorte qu'il ne puisse jouer que le rôle d'électrophile. Les exemples classiques sont le benzoate d'éthyle, le méthanoate d'éthyle, l'oxalate de diéthyle et le carbonate de diéthyle. Ainsi, benzoate d'éthyle et éthanoate d'éthyle donnent proprement le benzoylacétate d'éthyle. On citera aussi la variante intramoléculaire, la condensation de DIECKMANN, qui referme un diester en cycle à cinq ou six atomes pour les raisons entropiques déjà vues.

d) Étape 11 : traiter le propanedioate de diéthyle par l'éthanolate de sodium. Son pKapK_{a} n'étant que de 13,313{,}3, la déprotonation est cette fois FAVORABLE de 16,013,3=2,716{,}0-13{,}3=2{,}7 unités, donc quantitative, ce qui est tout l'intérêt du réactif. Étape 22 : ajouter le 11-bromopropane ; l'anion malonique, nucléophile carboné, réalise une SN2S_{N}2 et se retrouve porteur d'un groupe propyle. Étape 33 : hydrolyser les deux esters en milieu acide aqueux à chaud, ce qui donne le diacide correspondant, puis chauffer. On obtient l'acide pentanoïque, CH3CH2CH2CH2COOHCH_{3}CH_{2}CH_{2}CH_{2}COOH. L'étape de décarboxylation se justifie exactement par l'exercice 22 : le diacide obtenu possède ses deux groupes COOHCOOH sur le MÊME carbone, donc chacun est en position bêta de l'autre. L'état de transition cyclique à six centres est disponible, un CO2CO_{2} part en emportant l'irréversibilité, et il se forme un énol qui tautomérise en acide. Le bilan net de la séquence mérite d'être retenu comme une formule : la synthèse malonique transforme RXR-X en RCH2COOHR-CH_{2}-COOH, c'est-à-dire qu'elle ajoute DEUX carbones et installe une fonction acide.

e) La séquence est identique, avec le 33-oxobutanoate d'éthyle à la place du malonate. Étape 11 : éthanolate de sodium, déprotonation encore plus facile puisque le pKapK_{a} n'est que de 10,710{,}7. Étape 22 : bromoéthane, alkylation par SN2S_{N}2. Étape 33 : hydrolyse acide puis chauffage ; l'acide obtenu est un acide bêta-CÉTONIQUE, il se décarboxyle donc lui aussi et l'on obtient la pentan-22-one, CH3COCH2CH2CH3CH_{3}COCH_{2}CH_{2}CH_{3}. La distinction structurale entre les deux synthèses est nette et c'est elle qu'il faut savoir énoncer : la synthèse malonique donne un ACIDE CARBOXYLIQUE substitué, RCH2COOHR-CH_{2}-COOH, en ajoutant deux carbones ; la synthèse acétoacétique donne une MÉTHYLCÉTONE, CH3COCH2RCH_{3}-CO-CH_{2}-R, en ajoutant trois carbones. Dans les deux cas la limitation est la même et vient de l'étape 22 : c'est une SN2S_{N}2, donc l'halogénure doit être primaire, ou méthylique, ou à la rigueur allylique ou benzylique. Un halogénure tertiaire ne donnerait que de l'alcène par E2E2, l'anion malonique étant aussi une base.

Partie B : Niveau examen (/50)

Exercice 9 : Trois isomères en $C_{4}H_{8}O_{2}$, puis deux synthèses

Trois flacons contiennent chacun un composé pur de formule C4H8O2C_{4}H_{8}O_{2}.

Résultats. A : se dissout dans NaHCO3NaHCO_{3} avec effervescence ; réduit par LiAlH4LiAlH_{4} puis déshydraté, A donne un alcène dont l'ozonolyse fournit du méthanal et un composé qui NE réduit PAS le réactif de Tollens. B : aucune réaction avec NaHCO3NaHCO_{3} ni avec le sodium ; chauffé au reflux avec NaOHNaOH puis acidifié, B fournit un acide qui ne réduit pas le réactif de Tollens et un alcool qui donne un précipité jaune avec I2I_{2} et HOHO^{-}. C : aucune réaction avec NaHCO3NaHCO_{3}, mais effervescence avec le sodium ; précipité orange à la 2,42{,}4-DNPH et miroir d'argent au Tollens ; chauffé en milieu basique, C perd une molécule d'eau et donne un composé conjugué.

  • a) Calculez le degré d'insaturation de C4H8O2C_{4}H_{8}O_{2} et énumérez les familles compatibles.
  • b) Identifiez A en justifiant chaque indice, notamment l'ozonolyse.
  • c) Identifiez B. Précisez ce qu'apporte chacune des deux informations sur les produits de la saponification.
  • d) Identifiez C, et dites de quelle réaction du chapitre précédent il est le produit.
  • e) Proposez une synthèse de A à partir du 22-bromopropane, puis une synthèse de B à partir de l'éthanol comme seule source de carbone, par une voie qui ne soit PAS limitée par un équilibre.
Voir la correction

a) Le degré d'insaturation vaut 2×4+282=1082=1\frac{2\times 4+2-8}{2}=\frac{10-8}{2}=1, les deux oxygènes étant ignorés. Une seule insaturation, et deux oxygènes à placer. Les familles compatibles sont donc : les ACIDES carboxyliques, qui utilisent l'insaturation dans leur C=OC=O et leurs deux oxygènes dans le carboxyle ; les ESTERS, de même ; les composés portant à la fois un C=OC=O et un OH-OH séparés, comme les hydroxyaldéhydes et les hydroxycétones ; et enfin, plus exotiques, les diols insaturés ou cycliques et les éthers cycliques oxygénés. Il ne faut donc surtout pas conclure d'emblée à un acide sous prétexte qu'il y a deux oxygènes.

b) L'effervescence avec NaHCO3NaHCO_{3} prouve un ACIDE carboxylique, puisque seul un acide plus fort que l'acide carbonique de pKapK_{a} 6,356{,}35 y libère du CO2CO_{2} ; un phénol ou un alcool n'y ferait rien, comme le chapitre des alcools l'a montré. Deux acides répondent à C4H8O2C_{4}H_{8}O_{2} : l'acide butanoïque et l'acide 22-méthylpropanoïque. La suite les départage. LiAlH4LiAlH_{4} réduit l'acide en alcool PRIMAIRE, la déshydratation donne l'alcène correspondant, et l'ozonolyse coupe cet alcène en deux fragments carbonylés. Si A était l'acide butanoïque, on obtiendrait le butan-11-ol, puis le but-11-ène, et l'ozonolyse donnerait du méthanal et du PROPANAL, aldéhyde qui réduit le réactif de Tollens. Si A est l'acide 22-méthylpropanoïque, on obtient le 22-méthylpropan-11-ol, puis le 22-méthylpropène, et l'ozonolyse donne du méthanal et de la PROPANONE, cétone qui ne réduit pas Tollens. C'est ce second résultat qui est observé : A est l'ACIDE 22-MÉTHYLPROPANOÏQUE. On notera l'élégance du montage : trois réactions successives servent uniquement à déplacer l'information de la ramification jusqu'à un test coloré.

c) L'absence de réaction avec NaHCO3NaHCO_{3} élimine l'acide, et l'absence de réaction avec le sodium élimine tout OHO-H, donc tout alcool. Le fait qu'un reflux basique fournisse un acide ET un alcool signe une SAPONIFICATION, donc B est un ESTER. Il y en a quatre en C4H8O2C_{4}H_{8}O_{2} : méthanoate de propyle, méthanoate de 11-méthyléthyle, éthanoate d'éthyle et propanoate de méthyle. Première information : l'alcool donne un précipité jaune de triiodométhane, donc il porte le motif CH3CH(OH)CH_{3}CH(OH)- ou est l'éthanol lui-même. Cela ne laisse que l'éthanoate d'éthyle, dont l'alcool est l'éthanol, et le méthanoate de 11-méthyléthyle, dont l'alcool est le propan-22-ol. Seconde information : l'acide ne réduit pas le réactif de Tollens. Or l'acide méthanoïque est le seul acide carboxylique à porter un HYDROGÈNE sur son carbone fonctionnel : il se comporte donc aussi comme un aldéhyde et réduit bel et bien Tollens. Le méthanoate est ainsi éliminé, et B est l'ÉTHANOATE D'ÉTHYLE. Ce piège de l'acide méthanoïque réducteur revient régulièrement en examen.

d) C n'est ni un acide ni un ester, mais il possède un OHO-H puisqu'il réagit avec le sodium, et un carbonyle qui est un ALDÉHYDE puisque la 2,42{,}4-DNPH et le Tollens sont tous deux positifs. C'est donc un hydroxyaldéhyde en C4H8O2C_{4}H_{8}O_{2}. Le dernier indice tranche : la perte d'eau en milieu basique avec formation d'un composé CONJUGUÉ signe un alcool en position BÊTA du carbonyle, seule position permettant l'élimination E1cbE1cb qui livre un aldéhyde alpha-bêta-insaturé. C est donc le 33-HYDROXYBUTANAL, et le composé conjugué obtenu est le but-22-énal. C'est très exactement l'aldol de l'éthanal, produit de l'aldolisation étudiée au chapitre des aldéhydes et cétones, et la crotonisation observée en est la seconde phase.

e) Synthèse de A. Étape 11 : magnésium dans l'éther anhydre, ce qui donne le bromure de 11-méthyléthylmagnésium. Étape 22 : carboglace, c'est-à-dire CO2CO_{2} solide et sec, puis hydrolyse acide. Le carbanion attaque le dioxyde de carbone et l'on obtient l'acide 22-méthylpropanoïque, avec allongement d'un carbone. On préférera cette voie à celle du nitrile, car le substrat est SECONDAIRE : l'ion cyanure, qui est aussi une base, y provoquerait une élimination E2E2 concurrente et le rendement s'effondrerait. Synthèse de B. La voie évidente, oxyder une partie de l'éthanol en acide éthanoïque puis estérifier avec le reste, est précisément celle qu'il faut écarter : l'estérification de Fischer est un ÉQUILIBRE plafonné à 66,766{,}7 pour cent, comme l'exercice 55 l'a calculé. La voie demandée est donc : étape 11, oxydation d'une partie de l'éthanol par K2Cr2O7K_{2}Cr_{2}O_{7} en milieu acide aqueux, ce qui donne l'acide éthanoïque ; étape 22, action de SOCl2SOCl_{2}, ce qui donne le chlorure d'éthanoyle ; étape 33, addition de l'éthanol restant, en présence de pyridine. Cette dernière réaction descend l'échelle de réactivité, elle est donc rapide, TOTALE et non équilibrée, d'autant que la pyridine capte le HClHCl et interdit tout retour. On a payé une étape supplémentaire pour supprimer une limite thermodynamique, ce qui est le raisonnement central du chapitre.

Partie B : Niveau examen (/50)

Exercice 10 : Problème : les polyesters et les polyamides

Une bouteille d'eau, un vêtement de sport et un gilet pare-balles reposent tous les trois sur la substitution nucléophile acyle, répétée quelques centaines de fois.

La figure représente le montage de la polymérisation interfaciale du nylon, réalisable en salle de classe.

Données en g/mol : acide téréphtalique 166,13166{,}13 ; éthane-1,21{,}2-diol 62,0762{,}07 ; motif du polytéréphtalate d'éthylène 192,17192{,}17 ; hexane-1,61{,}6-diamine 116,21116{,}21 ; acide hexanedioïque 146,14146{,}14 ; motif du nylon 6,66{,}6 226,32226{,}32 ; eau 18,0218{,}02.

hexaneeaufil de nylon
  • a) Écrivez l'équation de formation du motif du polytéréphtalate d'éthylène à partir de ses deux monomères, et vérifiez la masse molaire du motif par conservation de la masse.
  • b) Une bouteille pèse 25,025{,}0 g. Calculez la quantité de motifs qu'elle contient, puis le degré de polymérisation moyen si la masse molaire moyenne des chaînes vaut 30,030{,}0 kg/mol.
  • c) Le nylon 6,66{,}6 est un POLYAMIDE. Écrivez la formation de son motif et vérifiez de même sa masse molaire. Expliquez pourquoi ses chaînes tiennent bien mieux entre elles que celles du polyéthylène.
  • d) Interprétez la figure : quel réactif se trouve dans chaque phase, pourquoi emploie-t-on le chlorure d'hexanedioyle et non l'acide, et pourquoi le fil se forme-t-il exactement à l'interface ?
  • e) Pour une polymérisation par étapes, l'équation de Carothers donne DP=11p\overline{DP}=\frac{1}{1-p}, où pp est le taux de conversion des fonctions. Calculez le taux de conversion nécessaire pour atteindre une masse molaire de 20,020{,}0 kg/mol en nylon 6,66{,}6, et commentez l'exigence industrielle correspondante.
  • f) On recycle chimiquement le polytéréphtalate d'éthylène par glycolyse, c'est-à-dire par chauffage avec un excès d'éthane-1,21{,}2-diol. Expliquez le principe, et dites pourquoi le polyéthylène ne peut PAS être recyclé de cette manière.
Voir la correction

a) L'équation est HOOCC6H4COOH+HOCH2CH2OH[OCC6H4COOCH2CH2O]+2H2OHOOC-C_{6}H_{4}-COOH+HO-CH_{2}CH_{2}-OH\rightarrow \left[-OC-C_{6}H_{4}-CO-O-CH_{2}CH_{2}-O-\right]+2\,H_{2}O. Chaque monomère est BIFONCTIONNEL, ce qui est la condition même pour qu'une chaîne puisse croître par ses deux bouts, et chaque liaison créée est une liaison ESTER, formée par estérification avec départ d'eau. Vérification : 166,13+62,07=228,20166{,}13+62{,}07=228{,}20 g/mol pour les deux monomères, moins 2×18,02=36,032\times 18{,}02=36{,}03 g/mol pour les deux molécules d'eau éliminées, ce qui donne 192,17192{,}17 g/mol, exactement la valeur annoncée pour le motif. Ce contrôle est indispensable : l'erreur la plus fréquente consiste à additionner les monomères sans retrancher l'eau, ce qui fausse ensuite tout calcul de degré de polymérisation.

b) La quantité de motifs vaut 25,0192,17=0,1301\frac{25{,}0}{192{,}17}=0{,}1301 mol, soit environ 7,8×10227{,}8\times 10^{22} motifs. Le degré de polymérisation moyen est le nombre de motifs par chaîne : DP=30000192,17=156\overline{DP}=\frac{30000}{192{,}17}=156. Une bouteille contient donc environ 0,130/156=8,3×1040{,}130/156=8{,}3\times 10^{-4} mol de chaînes, soit près de 5×10205\times 10^{20} macromolécules. L'ordre de grandeur mérite un commentaire : 156156 motifs par chaîne peut sembler modeste pour un matériau qui doit résister à la pression d'une boisson gazeuse, mais c'est déjà suffisant pour que les chaînes s'enchevêtrent et cristallisent partiellement. On notera qu'il s'agit d'une MOYENNE : un polymère n'est jamais un corps pur, il est décrit par une distribution de masses, ce qui le distingue de toutes les autres espèces du cours.

c) L'équation est H2N(CH2)6NH2+HOOC(CH2)4COOH[NH(CH2)6NHCO(CH2)4CO]+2H2OH_{2}N-\left(CH_{2}\right)_{6}-NH_{2}+HOOC-\left(CH_{2}\right)_{4}-COOH\rightarrow \left[-NH-\left(CH_{2}\right)_{6}-NH-CO-\left(CH_{2}\right)_{4}-CO-\right]+2\,H_{2}O. Vérification : 116,21+146,14=262,35116{,}21+146{,}14=262{,}35 g/mol, moins 36,0336{,}03 g/mol d'eau, égale 226,32226{,}32 g/mol, la valeur annoncée. Les noms disent d'ailleurs la structure : le premier 66 compte les carbones de la diamine, le second ceux du diacide. Les chaînes tiennent mieux entre elles que celles du polyéthylène pour une raison très précise : chaque motif contient deux fonctions AMIDE, donc deux groupes NHN-H donneurs et deux groupes C=OC=O accepteurs. Des chaînes voisines s'apparient par un réseau dense de LIAISONS HYDROGÈNE, régulièrement espacées le long du squelette. Le polyéthylène n'a que des forces de London entre ses chaînes. Il en résulte que le nylon fond vers 265265 degrés Celsius contre 130130 pour le polyéthylène, et qu'il peut être filé en fibres résistantes à la traction, alors que le polyéthylène sert d'emballage souple. La planéité et la rigidité du lien amide, établies à l'exercice 66, contribuent également en imposant aux chaînes une conformation étendue régulière, favorable à la cristallisation.

d) La phase inférieure, aqueuse et plus dense, contient l'hexane-1,61{,}6-diamine, soluble dans l'eau, généralement additionnée de soude ; la phase supérieure, l'hexane, contient le chlorure d'hexanedioyle, soluble dans les solvants apolaires. On emploie le chlorure d'acyle et non l'acide pour la raison démontrée à l'exercice 77 : mis en présence, un acide carboxylique et une amine se contentent de faire une réaction acide-base instantanée et forment un sel inerte, si bien qu'il faudrait chauffer au-delà de 200200 degrés Celsius pour obtenir l'amide. Le chlorure d'acyle, tout en haut de l'échelle de réactivité, réagit lui à température ambiante et de façon totale, le HClHCl libéré étant capté par la soude de la phase aqueuse. Le fil se forme exactement à l'INTERFACE parce que c'est le seul endroit où les deux réactifs, chacun confiné dans son solvant, peuvent se rencontrer. La réaction y est si rapide qu'elle produit aussitôt un film solide de polymère ; en le saisissant à la pince et en tirant, on le retire et l'on découvre une interface fraîche où la polymérisation reprend, d'où un fil continu que l'on peut enrouler sur plusieurs mètres. C'est la célèbre expérience de la corde de nylon.

e) Le degré de polymérisation visé est DP=20000226,32=88,4\overline{DP}=\frac{20000}{226{,}32}=88{,}4. L'équation de Carothers donne alors p=11DP=1188,4=0,9887p=1-\frac{1}{\overline{DP}}=1-\frac{1}{88{,}4}=0{,}9887, soit 98,998{,}9 pour cent de conversion. Le commentaire est le coeur de la question. Dans une réaction ordinaire de synthèse, un rendement de 9999 pour cent est un luxe rare et un rendement de 9090 pour cent est déjà excellent. Ici, 9090 pour cent de conversion ne donnerait qu'un DP\overline{DP} de 1010, c'est-à-dire une huile visqueuse sans aucune propriété mécanique, et non un matériau. La polymérisation par étapes est donc d'une exigence tout à fait particulière : il faut une conversion QUASI QUANTITATIVE pour obtenir un polymère utilisable. Il en découle trois contraintes industrielles bien réelles : une stœchiométrie rigoureusement égale entre les deux monomères, une pureté extrême des réactifs puisque toute impureté monofonctionnelle bloque définitivement un bout de chaîne, et une élimination très poussée de l'eau formée, ce qui explique les réacteurs sous vide poussé et à haute température des usines de nylon et de polyester.

f) La glycolyse consiste à chauffer le polymère avec un large excès d'éthane-1,21{,}2-diol en présence d'un catalyseur. Le principe est une TRANSESTÉRIFICATION : le diol attaque les carbonyles des liaisons ester de la chaîne et les coupe. Comme l'estérification est un équilibre, ainsi que l'exercice 55 l'a montré, un excès massif de diol déplace cet équilibre dans le sens de la dépolymérisation, selon le principe de Le Chatelier. On récupère le monomère, le téréphtalate de bis-hydroxyéthyle, que l'on purifie puis repolymérise : le matériau obtenu est de qualité vierge, contrairement au recyclage mécanique par broyage et refonte, qui dégrade les chaînes à chaque cycle. Le polyéthylène ne peut pas être traité ainsi parce que son squelette n'est fait que de liaisons carbone-carbone SIMPLES. Il n'y a aucun carbone électrophile, aucun groupe partant, donc aucune réaction de substitution possible : la seule façon de le couper serait de casser des liaisons CCC-C par pyrolyse à très haute température, ce qui donne un mélange d'hydrocarbures et non un monomère propre. On tient là une conclusion générale du chapitre : un polymère de CONDENSATION, construit par une réaction réversible, est chimiquement dépolymérisable ; un polymère d'ADDITION, construit par une réaction irréversible sur des alcènes, ne l'est pas.

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