Exercice 1 : De la question à l'hypothèse testable
Une recherche quantitative commence par une question et se poursuit par une hypothèse, c'est-à-dire une phrase qui affirme quelque chose de FALSIFIABLE : on doit pouvoir dire d'avance quel résultat la contredirait.
- a) Distinguez le PROBLÈME de recherche, la QUESTION et l'HYPOTHÈSE, sur le thème de la conciliation travail-études.
- b) Transformez en hypothèse testable : « le travail rémunéré nuit aux études ».
- c) Pourquoi une hypothèse doit-elle être FALSIFIABLE ? Donnez un exemple d'énoncé qui ne l'est pas.
- d) Formulez l'hypothèse nulle et l'hypothèse alternative correspondant à votre hypothèse de recherche.
- e) Une hypothèse peut-elle être DIRECTIONNELLE ? Quelle conséquence cela a-t-il sur le test ?
Voir la correction
Réponses
- a) Problème : le constat qui motive. Question : ce à quoi l'étude répond. Hypothèse : la réponse anticipée, vérifiable
- b) « Chez les étudiants à temps plein, le taux de réussite diminue quand les heures de travail augmentent, nettement au-delà de 20 h »
- c) Parce qu'une affirmation qu'aucun résultat ne contredirait n'apprend rien ; « les causes sont multiples et complexes » en est une
- d) : les deux taux sont égaux. : ils diffèrent. On teste pour la rejeter
- e) Oui : le test devient unilatéral et la valeur critique passe de à , mais le sens doit être annoncé d'avance
a) Le PROBLÈME est le constat général qui motive l'étude : une part croissante des étudiants de cégep occupe un emploi pendant la session, et les taux de diplomation stagnent. La QUESTION est ce à quoi l'étude entend répondre : le nombre d'heures de travail rémunéré est-il associé à la réussite scolaire au collégial ? L'HYPOTHÈSE est la réponse anticipée, formulée de façon vérifiable : au-delà de 20 heures par semaine, le taux de réussite de tous les cours est inférieur à celui des étudiants qui travaillent moins. Les trois se distinguent par leur degré de précision, et l'erreur habituelle est de sauter directement du problème à la conclusion.
b) Il faut préciser trois choses : la population, les variables opérationnalisées et le sens attendu. Par exemple : « chez les étudiants inscrits à temps plein au collégial, le taux de réussite de tous les cours de la session diminue à mesure qu'augmente le nombre d'heures de travail rémunéré déclaré, la baisse étant marquée au-delà d'un seuil de 20 heures par semaine ». Le mot « nuit », qui affirme une causalité, a disparu au profit d'une association mesurable : c'est le prix à payer pour un devis transversal.
c) Parce qu'une affirmation qu'aucun résultat ne pourrait contredire n'apprend rien : elle est compatible avec tout, donc elle n'est pas informative. Exemple d'énoncé non falsifiable : « les difficultés scolaires ont des causes multiples et complexes ». Aucune donnée imaginable ne l'infirmerait. Un autre cas courant est l'hypothèse formulée APRÈS avoir vu les résultats, qui n'a plus rien à risquer : elle a l'apparence d'une prédiction et la fonction d'une description.
d) Hypothèse NULLE : le taux de réussite est le même chez les étudiants qui travaillent 20 heures et plus et chez les autres, autrement dit toute différence observée n'est due qu'au hasard de l'échantillonnage. Hypothèse ALTERNATIVE : les deux taux diffèrent. Il faut retenir que le test porte sur , que l'on cherche à REJETER, et que l'hypothèse de recherche du chercheur correspond à l'alternative : on ne démontre jamais directement ce que l'on croit, on montre que le contraire est difficile à soutenir.
e) Oui : une hypothèse est directionnelle quand elle annonce le SENS de la différence, ici « inférieur » plutôt que « différent ». Le test devient alors UNILATÉRAL, et toute la zone de rejet de 5 % se place d'un seul côté, ce qui abaisse la valeur critique de 1,96 à 1,645 pour une loi normale et rend le rejet plus facile. La contrepartie est stricte : le sens doit être annoncé AVANT de voir les données, et un résultat spectaculaire dans l'autre sens ne pourra pas être déclaré significatif. Choisir l'unilatéral après coup, en fonction du sens observé, revient à doubler discrètement son seuil.