Méthodes quantitatives 360-300 • Sciences humaines au cégep à Montréal

Exercices corrigés : tableaux croisés, khi-deux et association (360-300)

Ces dix exercices corrigés portent sur l'outil central des méthodes quantitatives en sciences humaines : le tableau croisé, son test du khi-deux, et les mesures qui disent enfin si le lien est fort.

Le fil de la série tient en une phrase : le khi-deux répond à « le lien existe-t-il ? » et jamais à « est-il fort ? », parce qu'il est proportionnel à la taille de l'échantillon. Avec assez de répondants, tout devient significatif, et c'est le V de Cramér qui rétablit la mesure.

Trois pièges sont désignés nommément : le pourcentage calculé dans le mauvais sens, le khi-deux appliqué à des pourcentages au lieu d'effectifs, et l'absence de rejet lue comme une preuve d'indépendance.

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Avant de commencer Fiche de révision : les pièges et la méthode de ce chapitre

Avant ce chapitre

Ces notions sont supposées acquises ici. Si le premier exercice résiste, le blocage vient presque toujours de l'une d'elles, pas du chapitre lui-même.

Remonter plus loin : la chaîne complète (2 chapitres) ↓

Le chemin de remédiation, du plus ancien au plus proche. Un élève qui reprend ce chapitre de zéro le reprend dans cet ordre.

  1. 1Concepts, variables et échelles de mesure
  2. 2Tableaux de distribution et graphiques

Rappel de cours

  • Dans un tableau croisé, on pourcentage DANS LE SENS de la variable indépendante, et on compare ces pourcentages d'une catégorie à l'autre.
  • Effectif théorique d'une case : Tij=Li×CjnT_{ij}=\dfrac{L_{i}\times C_{j}}{n}. Le tableau théorique a exactement les mêmes marges que le tableau observé.
  • La somme des écarts OTO-T est toujours nulle : c'est pour cela qu'on les élève au carré.
  • χ2=(OT)2T\chi^{2}=\sum \dfrac{\left(O-T\right)^{2}}{T}, avec ddl=(l1)(c1)ddl=\left(l-1\right)\left(c-1\right). Seuils à 5 % : 3,841 pour 1 degré, 5,991 pour 2, 7,815 pour 3, 9,488 pour 4.
  • Lire les CONTRIBUTIONS case par case : le khi-deux global dit qu'il y a un lien, les contributions disent où il est.
  • Conditions : observations indépendantes, effectifs théoriques supérieurs à 5 (au plus 20 % des cases entre 1 et 5), et calcul sur des EFFECTIFS, jamais sur des pourcentages.
  • Correction de Yates sur un tableau 2 par 2 : soustraire 0,5 à chaque écart absolu avant de l'élever au carré. Elle diminue toujours le khi-deux.
  • VV de Cramér =χ2n×min(l1 ; c1)=\sqrt{\dfrac{\chi^{2}}{n\times \min\left(l-1\ ;\ c-1\right)}}, entre 0 et 1. Repères : moins de 0,10 négligeable, 0,10 à 0,20 faible, 0,20 à 0,40 modérée.
  • Multiplier tous les effectifs par kk multiplie le khi-deux par kk et laisse le VV inchangé.
  • Ne pas rejeter n'est jamais démontrer l'indépendance : c'est un manque de preuve, souvent un manque de puissance.
  • ÉLABORATION : refaire le tableau dans chaque catégorie d'une troisième variable. Trois issues, réplication, explication (relation fallacieuse) et spécification (interaction).

Partie A : les bases (/50)

Exercice 1 : Le tableau croisé : trois pourcentages, trois questions

Le tableau croisé est l'outil central des sciences humaines : il met face à face deux variables qualitatives et permet de voir si l'une varie avec l'autre. Encore faut-il calculer le bon pourcentage, car chaque case en admet trois, et ils répondent à trois questions différentes.

Enquête sur 300 étudiants : heures de travail rémunéré par semaine et abandon d'au moins un cours pendant la session.

Heures de travailA abandonnéN'a pas abandonnéTotal
0 à 10 h18102120
11 à 20 h2496120
21 h et plus213960
Total63237300
15 %0 a 10 h20 %11 a 20 h35 %21 h et +part d'abandons, chaque colonne valant 100 %heures de travail remunere par semaine
  • a) Calculez les trois pourcentages possibles de la case « 21 h et plus, a abandonné » et dites à quelle question chacun répond.
  • b) Calculez les pourcentages EN LIGNE pour les trois profils d'heures de travail. Que montrent-ils ?
  • c) Quel sens de calcul faut-il choisir ici, et pourquoi ? Énoncez la règle générale.
  • d) Calculez les pourcentages en colonne pour la colonne « a abandonné » et dites pourquoi ils ne répondent pas à la question posée.
  • e) Un collègue affirme que le tableau prouve que le travail rémunéré cause l'abandon. Que lui répondre ?

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a)
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c)
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Réponses

  • a) 7,0  %7{,}0\;\% du total, 35,0  %35{,}0\;\% en ligne, 33,3  %33{,}3\;\% en colonne : trois questions différentes
  • b) 15,0  %15{,}0\;\%, 20,0  %20{,}0\;\% et 35,0  %35{,}0\;\% : la part d'abandons plus que double du premier au dernier profil
  • c) En ligne, dans le sens de la variable indépendante : chaque profil est ramené à une base de 100
  • d) 28,6  %28{,}6\;\%, 38,1  %38{,}1\;\%, 33,3  %33{,}3\;\% : c'est la composition des décrocheurs, pas leur risque
  • e) Une association, pas une causalité : causalité inverse, variable confondante, devis non expérimental

a) Pourcentage du TOTAL : 21300=7,0%\dfrac{21}{300}=7{,}0\%, qui répond à « quelle part de tous les répondants travaille beaucoup ET a abandonné ». Pourcentage EN LIGNE : 2160=35,0%\dfrac{21}{60}=35{,}0\%, qui répond à « parmi ceux qui travaillent 21 heures et plus, quelle part a abandonné ». Pourcentage EN COLONNE : 216333,3%\dfrac{21}{63}\approx 33{,}3\%, qui répond à « parmi ceux qui ont abandonné, quelle part travaillait beaucoup ». Trois nombres, trois questions, et une seule des trois est celle de l'enquête.

b) Pourcentages en ligne d'abandon : 18120=15,0%\dfrac{18}{120}=15{,}0\%, 24120=20,0%\dfrac{24}{120}=20{,}0\%, 2160=35,0%\dfrac{21}{60}=35{,}0\%. Ils montrent que la part d'abandons croît régulièrement avec les heures travaillées, et qu'elle plus que double entre le premier et le dernier profil. C'est exactement la lecture que le graphique en colonnes ramenées à 100 % rend visible d'un coup d'oeil.

c) Il faut calculer les pourcentages DANS LE SENS de la variable indépendante, ici les heures de travail, donc en ligne. La règle générale est simple et se retient : on pourcentage à l'intérieur des catégories de la variable INDÉPENDANTE, et on compare ces pourcentages d'une catégorie à l'autre. Ainsi chaque groupe est ramené à une base de 100, ce qui neutralise le fait que les trois profils n'ont pas le même effectif, 120, 120 et 60.

d) Pourcentages en colonne : 186328,6%\dfrac{18}{63}\approx 28{,}6\%, 246338,1%\dfrac{24}{63}\approx 38{,}1\%, 216333,3%\dfrac{21}{63}\approx 33{,}3\%. Ils décrivent la COMPOSITION du groupe des décrocheurs, et ils dépendent autant de la taille de chaque profil dans l'échantillon que du lien étudié. Le profil « 21 h et plus » n'y apparaît pas particulièrement inquiétant, 33,3 %, alors qu'il est de loin le plus à risque, simplement parce qu'il ne compte que 60 personnes. Lire un tableau dans le mauvais sens est l'erreur la plus fréquente de la session, et elle inverse régulièrement la conclusion.

e) Il faut lui répondre que le tableau établit une ASSOCIATION, pas une causalité. Trois objections tiennent debout avec ces seules données. La causalité peut être inverse : un étudiant en difficulté réduit sa charge de cours et prend un emploi, l'abandon précédant alors le travail. Une variable confondante peut expliquer les deux : la situation financière du ménage pousse à travailler et rend les études plus fragiles. Enfin, l'échantillon n'est pas expérimental, personne n'a été assigné au hasard à 21 heures de travail. Ce que le tableau autorise à dire, c'est que les gros travailleurs abandonnent plus souvent, et que cela mérite d'être expliqué.

Exercice 2 : Les effectifs théoriques : à quoi ressemblerait l'indépendance

Pour juger un écart, il faut un point de comparaison. Le point de comparaison du tableau croisé est le tableau qu'on obtiendrait si les deux variables étaient parfaitement INDÉPENDANTES, tous les totaux étant conservés.

obs. 21 h+21theo. 21 h+12,6obs. 0-10 h18theo. 0-10 h25,206121824abandons observes et attendus sans lien
  • a) Sous l'hypothèse d'indépendance, quelle serait la part d'abandons dans CHAQUE profil ? Justifiez.
  • b) Donnez la formule de l'effectif théorique d'une case et calculez les six effectifs théoriques du tableau précédent.
  • c) Vérifiez que les totaux du tableau théorique sont ceux du tableau observé.
  • d) Calculez les six écarts OTO-T. Que remarquez-vous sur leur somme, et pourquoi ?
  • e) Quel profil s'écarte le plus de l'indépendance ? Comparez l'écart absolu et l'écart RELATIF.

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Réponses

  • a) 63300=21,0  %\dfrac{63}{300}=21{,}0\;\% dans les trois profils : c'est la définition de l'indépendance
  • b) Tij=LiCjnT_{ij}=\dfrac{L_{i}C_{j}}{n} : 25,225{,}2 et 94,894{,}8 deux fois, puis 12,612{,}6 et 47,447{,}4
  • c) Lignes 120120, 120120, 6060 ; colonnes 6363 et 237237 ; grand total 300300
  • d) 7,2-7{,}2, +7,2+7{,}2, 1,2-1{,}2, +1,2+1{,}2, +8,4+8{,}4, 8,4-8{,}4 : somme nulle, d'où les carrés
  • e) « 21 h et plus » : 8,48{,}4 en absolu, et 8,412,6=66,7  %\dfrac{8{,}4}{12{,}6}=66{,}7\;\% en relatif contre 28,6  %28{,}6\;\%

a) Sous l'indépendance, la part d'abandons serait la MÊME dans les trois profils, et elle vaudrait la part d'ensemble : 63300=21,0%\dfrac{63}{300}=21{,}0\%. C'est la définition même de l'indépendance entre deux variables : connaître le nombre d'heures travaillées n'apporterait aucune information sur la probabilité d'abandonner.

b) Effectif théorique : Tij=total de la ligne i×total de la colonne jnT_{ij}=\dfrac{\text{total de la ligne }i\times \text{total de la colonne }j}{n}. Ligne « 0 à 10 h » : 120×63300=25,2\dfrac{120\times 63}{300}=25{,}2 et 120×237300=94,8\dfrac{120\times 237}{300}=94{,}8. Ligne « 11 à 20 h » : les mêmes, 25,2 et 94,8, puisque le total de ligne est identique. Ligne « 21 h et plus » : 60×63300=12,6\dfrac{60\times 63}{300}=12{,}6 et 60×237300=47,4\dfrac{60\times 237}{300}=47{,}4. Les effectifs théoriques sont décimaux, et il ne faut surtout pas les arrondir : ce sont des espérances, pas des comptages.

c) Totaux de ligne : 25,2+94,8=12025{,}2+94{,}8=120, 25,2+94,8=12025{,}2+94{,}8=120, 12,6+47,4=6012{,}6+47{,}4=60. Totaux de colonne : 25,2+25,2+12,6=6325{,}2+25{,}2+12{,}6=63 et 94,8+94,8+47,4=23794{,}8+94{,}8+47{,}4=237. Grand total : 300. Cette vérification est le meilleur contrôle d'erreur du chapitre, et elle est immédiate : par construction, le tableau théorique a exactement les mêmes marges que le tableau observé, seule la répartition interne change.

d) Écarts OTO-T : 1825,2=7,218-25{,}2=-7{,}2; 10294,8=+7,2102-94{,}8=+7{,}2; 2425,2=1,224-25{,}2=-1{,}2; 9694,8=+1,296-94{,}8=+1{,}2; 2112,6=+8,421-12{,}6=+8{,}4; 3947,4=8,439-47{,}4=-8{,}4. Leur somme vaut zéro, et par ligne aussi. C'est inévitable puisque les deux tableaux ont les mêmes marges : ce qui manque dans une case se retrouve nécessairement dans une autre de la même ligne. Cette propriété est la raison pour laquelle on ÉLÈVE AU CARRÉ les écarts avant de les additionner, faute de quoi la somme serait toujours nulle et ne mesurerait rien.

e) En valeur ABSOLUE, c'est le profil « 21 h et plus » avec 8,4 d'écart, contre 7,2 pour le premier profil. En valeur RELATIVE, l'écart est bien plus net encore : 8,412,6=66,7%\dfrac{8{,}4}{12{,}6}=66{,}7\% d'abandons de plus qu'attendu, contre 7,225,2=28,6%\dfrac{7{,}2}{25{,}2}=28{,}6\% de moins qu'attendu pour le premier profil. C'est exactement ce que le khi-deux formalise en divisant le carré de l'écart par l'effectif théorique : un écart de 8,4 sur une case qui n'en attendait que 12,6 pèse beaucoup plus lourd que le même écart sur une case qui en attendait 95.

Exercice 3 : Le khi-deux : calculer, décider, et lire case par case

Le khi-deux additionne les écarts au carré, chacun relativisé par ce qu'on attendait. Il fournit ensuite une décision, et surtout, si on le lit case par case, il dit OÙ le lien se trouve.

χ2=(OT)2T\chi^{2}=\sum \dfrac{\left(O-T\right)^{2}}{T}, avec ddl=(l1)(c1)ddl=\left(l-1\right)\left(c-1\right). Valeurs critiques à 5 % : 3,841 pour 1 degré, 5,991 pour 2, 7,815 pour 3, 9,488 pour 4.

densite du khi-deux, 2 degres de libertezone de rejet : 5 %seuil critique 5,991valeur du khi-deux
  • a) Formulez les hypothèses nulle et alternative du test d'indépendance.
  • b) Calculez les six contributions et le khi-deux total du tableau des heures de travail.
  • c) Donnez le nombre de degrés de liberté et concluez au seuil de 5 %.
  • d) Quelle case contribue le plus au khi-deux ? Quelle part du total représente-t-elle ?
  • e) Le rejet de l'hypothèse nulle prouve-t-il que la relation est forte ? Que faut-il calculer en plus ?

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Réponses

  • a) H0H_{0} : indépendance des deux variables. H1H_{1} : non-indépendance, sans indiquer le sens
  • b) 2,0572{,}057, 0,5470{,}547, 0,0570{,}057, 0,0150{,}015, 5,6005{,}600, 1,4891{,}489, donc χ29,765\chi^{2}\approx 9{,}765
  • c) ddl=2ddl=2, valeur critique 5,9915{,}991 : on rejette, avec une valeur p entre 0,0010{,}001 et 0,010{,}01
  • d) « 21 h et plus, a abandonné », 57,3  %57{,}3\;\% du total ; le profil entier en fait plus de 72  %72\;\%
  • e) Non : le rejet ne dit rien de l'intensité, qui se lit sur le V de Cramér

a) Hypothèse NULLE : les heures de travail rémunéré et l'abandon sont INDÉPENDANTS dans la population, c'est-à-dire que la part d'abandons est la même quel que soit le profil. Hypothèse ALTERNATIVE : les deux variables ne sont pas indépendantes. Deux remarques comptent pour la suite : l'hypothèse nulle est celle que l'on cherche à réfuter, et l'alternative ne dit rien du SENS du lien, ce qui est une limite du khi-deux.

b) Contributions (OT)2T\dfrac{\left(O-T\right)^{2}}{T} : (7,2)225,2=51,8425,22,057\dfrac{\left(-7{,}2\right)^{2}}{25{,}2}=\dfrac{51{,}84}{25{,}2}\approx 2{,}057; 51,8494,80,547\dfrac{51{,}84}{94{,}8}\approx 0{,}547; 1,4425,20,057\dfrac{1{,}44}{25{,}2}\approx 0{,}057; 1,4494,80,015\dfrac{1{,}44}{94{,}8}\approx 0{,}015; 70,5612,6=5,600\dfrac{70{,}56}{12{,}6}=5{,}600; 70,5647,41,489\dfrac{70{,}56}{47{,}4}\approx 1{,}489. Total : χ29,765\chi^{2}\approx 9{,}765.

c) ddl=(31)(21)=2ddl=\left(3-1\right)\left(2-1\right)=2. La valeur critique à 5 % vaut 5,991. Comme 9,765>5,9919{,}765>5{,}991, on REJETTE l'hypothèse d'indépendance : l'association observée entre heures de travail et abandon est statistiquement significative au seuil de 5 %. On peut préciser davantage : la valeur dépasse aussi le seuil de 1 %, qui vaut 9,210, mais non celui de 0,1 %, qui vaut 13,816. La valeur p se situe donc entre 0,001 et 0,01.

d) La case « 21 h et plus, a abandonné » contribue pour 5,600, soit 5,6009,76557,3%\dfrac{5{,}600}{9{,}765}\approx 57{,}3\% du khi-deux total. En y ajoutant sa voisine de ligne, 1,489, le profil des gros travailleurs explique à lui seul plus de 72 % de l'écart à l'indépendance. C'est une lecture essentielle et souvent négligée : le khi-deux global dit qu'il y a un lien, la table des contributions dit OÙ il est, et ici il est entièrement concentré sur le troisième profil.

e) Non. Le rejet dit que l'écart observé est trop grand pour être attribué au seul hasard de l'échantillonnage; il ne dit rien de l'INTENSITÉ du lien. La preuve en est que le khi-deux croît proportionnellement à la taille de l'échantillon à structure identique : n'importe quel écart, si minuscule soit-il, devient significatif avec assez de répondants. Il faut donc calculer en plus une mesure d'ASSOCIATION normalisée, le V de Cramér ou le coefficient de contingence, qui ne dépend pas de nn.

Exercice 4 : Les conditions d'application, et ce qu'on fait quand elles échouent

Le khi-deux repose sur une approximation qui cesse d'être valable quand les cases sont trop vides. Trois règles suffisent, et chacune se corrige d'une manière précise.

ProgrammeTrès satisfaitSatisfaitPeu satisfaitInsatisfait
Sciences humaines3852146
Sciences de la nature223193
Arts et lettres81142
  • a) Énoncez les trois conditions d'application du test du khi-deux d'indépendance.
  • b) Calculez les effectifs théoriques de la ligne « Arts et lettres » et vérifiez la condition sur les cases.
  • c) Proposez un regroupement de modalités qui rétablisse les conditions, et dites ce qu'il coûte.
  • d) Sur un tableau 2 par 2, la correction de Yates soustrait 0,5 à chaque écart absolu avant de l'élever au carré. Appliquez-la au tableau 2 par 2 formé de 12, 8, 6 et 14, et comparez.
  • e) Que faire si les conditions restent impossibles à satisfaire ?

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Réponses

  • a) Indépendance des observations, effectifs théoriques supérieurs à 5, et calcul sur des EFFECTIFS
  • b) 8,58{,}5, 11,7511{,}75, 3,3753{,}375 et 1,3751{,}375 : trois cases sur douze sous 5, soit 25  %25\;\%, au-delà de la tolérance
  • c) Regrouper les deux modalités extrêmes : une seule case sous 5 sur neuf, soit 11  %11\;\%
  • d) χ2=3,636\chi^{2}=3{,}636 sans correction, 2,5252{,}525 avec Yates : la correction est conservatrice
  • e) Regrouper, passer au test exact de Fisher, ou augmenter l'échantillon ; jamais forcer le test

a) Première condition, l'INDÉPENDANCE des observations : chaque individu n'apparaît que dans une case, ce qui interdit les questions à choix multiples et les mesures répétées sur les mêmes personnes. Deuxième condition, tous les effectifs théoriques doivent être SUPÉRIEURS À 5, ou plus souplement, au plus 20 % des cases peuvent avoir un effectif théorique entre 1 et 5, et aucune ne doit descendre sous 1. Troisième condition, le test porte sur des EFFECTIFS, jamais sur des pourcentages : calculer un khi-deux sur un tableau de pourcentages revient à faire comme si l'échantillon comptait exactement 100 personnes.

b) Total d'« Arts et lettres » : 8+11+4+2=258+11+4+2=25. Totaux de colonne : 38+22+8=6838+22+8=68; 52+31+11=9452+31+11=94; 14+9+4=2714+9+4=27; 6+3+2=116+3+2=11. Grand total : 200. Effectifs théoriques de la ligne : 25×68200=8,5\dfrac{25\times 68}{200}=8{,}5; 25×94200=11,75\dfrac{25\times 94}{200}=11{,}75; 25×27200=3,375\dfrac{25\times 27}{200}=3{,}375; 25×11200=1,375\dfrac{25\times 11}{200}=1{,}375. Deux cases sur quatre tombent sous 5, et sur les douze cases du tableau, les trois cases inférieures à 5 représentent 25 % du total, ce qui dépasse la tolérance de 20 %. Le test n'est donc pas applicable en l'état.

c) On regroupe les deux modalités extrêmes de satisfaction en une seule, « peu satisfait ou insatisfait ». La ligne « Arts et lettres » a alors pour effectifs observés 8, 11 et 6, et pour effectifs théoriques 8,5; 11,75 et 25×38200=4,75\dfrac{25\times 38}{200}=4{,}75. Une seule case sur neuf reste sous 5, soit 11 %, ce qui est acceptable. Le coût est double : on perd la distinction entre « peu satisfait » et « insatisfait », donc de l'information, et surtout on a choisi le regroupement APRÈS avoir vu les données, ce qui est une décision à déclarer honnêtement dans le rapport. Un regroupement décidé d'avance, pour des raisons de contenu, est toujours préférable.

d) Tableau 12, 8 / 6, 14 : les totaux de ligne valent 20 et 20, ceux de colonne 18 et 22, et n=40n=40. Effectifs théoriques : 20×1840=9\dfrac{20\times 18}{40}=9 et 20×2240=11\dfrac{20\times 22}{40}=11, dans les deux lignes. Sans correction : χ2=99+911+99+9113,636\chi^{2}=\dfrac{9}{9}+\dfrac{9}{11}+\dfrac{9}{9}+\dfrac{9}{11}\approx 3{,}636, inférieur au seuil de 3,841 : on ne rejette pas. Avec la correction de Yates, chaque écart absolu de 3 devient 2,5 : χ2=6,259×2+6,2511×22,525\chi^{2}=\dfrac{6{,}25}{9}\times 2+\dfrac{6{,}25}{11}\times 2\approx 2{,}525, encore plus loin du seuil. La correction est donc CONSERVATRICE : elle diminue toujours le khi-deux et rend le rejet plus difficile, ce qui compense le fait que la loi du khi-deux, continue, approxime une réalité discrète.

e) Trois voies. Regrouper des modalités, ce qui reste la solution la plus simple quand le regroupement a un sens de contenu. Utiliser le test EXACT de Fisher, qui calcule directement la probabilité de chaque tableau possible à marges fixées et ne demande aucune condition d'effectif; il est aujourd'hui immédiat avec un logiciel, et c'est la bonne réponse pour un petit tableau 2 par 2. Enfin, augmenter l'échantillon, ce qui est la seule solution si l'on tient à conserver toutes les modalités. Ce qu'il ne faut jamais faire, c'est appliquer le test quand même en espérant que personne ne vérifie : les valeurs p obtenues sur des cases quasi vides sont franchement fausses, et pas seulement approximatives.

Exercice 5 : Mesurer l'intensité : le V de Cramér

Le khi-deux répond à « le lien existe-t-il ? ». Le V de Cramér répond à « est-il fort ? ». Les deux questions sont indépendantes, et confondre les réponses est l'erreur la plus commune des rapports de recherche.

V=χ2n×min(l1 ; c1)V=\sqrt{\dfrac{\chi^{2}}{n\times \min\left(l-1\ ;\ c-1\right)}}, comprise entre 0 et 1.

  • a) Calculez le V de Cramér du tableau des heures de travail, où χ2=9,765\chi^{2}=9{,}765 et n=300n=300.
  • b) Interprétez la valeur obtenue avec les repères usuels : moins de 0,10 négligeable, 0,10 à 0,20 faible, 0,20 à 0,40 modérée, au-delà forte.
  • c) Montrez que VV vaut 0 en cas d'indépendance parfaite, et 1 en cas de dépendance complète sur un tableau 2 par 2.
  • d) Le coefficient de contingence vaut C=χ2χ2+nC=\sqrt{\dfrac{\chi^{2}}{\chi^{2}+n}}. Calculez-le ici et dites pourquoi on lui préfère souvent le V.
  • e) Rédigez la phrase de conclusion que devrait porter le rapport.

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a)
b)
c)
d)
e)
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Réponses

  • a) V=9,7653000,180V=\sqrt{\dfrac{9{,}765}{300}}\approx 0{,}180
  • b) Association FAIBLE, tout juste au-dessus du négligeable : le lien est réel et reste modeste
  • c) Indépendance parfaite : χ2=0\chi^{2}=0 donc V=0V=0. Diagonale pure : χ2=n\chi^{2}=n donc V=1V=1
  • d) C=9,765309,7650,178C=\sqrt{\dfrac{9{,}765}{309{,}765}}\approx 0{,}178 ; il n'atteint jamais 1 et son maximum dépend du format
  • e) Le sens par les pourcentages, la significativité par le test, l'intensité par le V, plus la limite du devis

a) min(31 ; 21)=1\min\left(3-1\ ;\ 2-1\right)=1, donc V=9,765300×1=0,032550,180V=\sqrt{\dfrac{9{,}765}{300\times 1}}=\sqrt{0{,}03255}\approx 0{,}180.

b) Une valeur de 0,18 correspond à une association FAIBLE, tout juste au-dessus du seuil de la négligeabilité. Autrement dit, le lien entre heures de travail et abandon est réel au sens statistique, il est bien plus grand que ce que le hasard produirait, et il reste modeste : connaître le profil horaire d'un étudiant n'améliore que marginalement la prédiction de son abandon. C'est la nuance que le titre d'un communiqué perd toujours.

c) Si les deux variables sont indépendantes, chaque effectif observé égale son effectif théorique, tous les écarts sont nuls, donc χ2=0\chi^{2}=0 et V=0V=0. À l'autre extrême, sur un tableau 2 par 2 où toutes les observations se rangent sur une diagonale, par exemple 50 et 0 sur la première ligne, 0 et 50 sur la seconde, on calcule des effectifs théoriques tous égaux à 25 et χ2=4×62525=100=n\chi^{2}=4\times \dfrac{625}{25}=100=n. Comme min(l1 ; c1)=1\min\left(l-1\ ;\ c-1\right)=1, on obtient V=100100=1V=\sqrt{\dfrac{100}{100}}=1. Le V est donc bien normalisé entre 0 et 1, et c'est précisément la division par nn qui le rend insensible à la taille de l'échantillon.

d) C=9,7659,765+300=9,765309,7650,178C=\sqrt{\dfrac{9{,}765}{9{,}765+300}}=\sqrt{\dfrac{9{,}765}{309{,}765}}\approx 0{,}178. La valeur est très proche du V, ce qui est normal pour une association faible. On lui préfère le V parce que le coefficient de contingence n'atteint JAMAIS 1 : son maximum dépend des dimensions du tableau, il vaut environ 0,707 pour un tableau 2 par 2 et 0,816 pour un 3 par 3. Deux coefficients de contingence issus de tableaux de formats différents ne sont donc pas comparables, alors que deux V le sont.

e) « Sur 300 étudiants, la proportion d'abandons croît de 15,0 % chez ceux qui travaillent au plus 10 heures par semaine à 35,0 % chez ceux qui travaillent 21 heures et plus. L'association est statistiquement significative, χ2=9,77\chi^{2}=9{,}77 à 2 degrés de liberté, valeur p inférieure à 0,01, mais son intensité est faible, V=0,18V=0{,}18. Plus de la moitié de l'écart à l'indépendance provient du seul profil de 21 heures et plus. Ces données étant transversales et non expérimentales, elles n'établissent pas de lien de cause à effet. » Quatre éléments à ne jamais omettre : les pourcentages qui montrent le SENS, le test qui montre la SIGNIFICATIVITÉ, la mesure qui montre l'INTENSITÉ, et la limite du devis.

Partie B : problèmes et raisonnement (/50)

Exercice 6 : Pourquoi tout devient significatif avec assez de monde

Une propriété du khi-deux explique à elle seule la moitié des mauvaises conclusions publiées : il est proportionnel à la taille de l'échantillon quand la structure du tableau ne change pas.

n = 3009,76n = 60019,53n = 90029,290612182430khi-deux, a structure de tableau identique
  • a) On double tous les effectifs du tableau des heures de travail, sans changer les proportions. Que devient le khi-deux ? Justifiez algébriquement.
  • b) Que devient le V de Cramér ? Justifiez.
  • c) Un tableau 2 par 2 montre 51 % contre 49 % de réussite entre deux groupes. Quel effectif faut-il pour rendre l'écart significatif au seuil de 5 % ?
  • d) Que faut-il en conclure sur l'usage du mot « significatif » dans un rapport ?
  • e) Le problème symétrique existe aussi. Décrivez-le et dites comment on s'en protège.

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a)
b)
c)
d)
e)
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Réponses

  • a) Il DOUBLE, à 19,5319{,}53 : chaque terme est multiplié par kk, et le seuil critique ne bouge pas
  • b) Inchangé à 0,1800{,}180 : le facteur kk se simplifie entre numérateur et dénominateur
  • c) 0,0004n3,8410{,}0004n\ge 3{,}841, donc n9603n\ge 9\,603, pour un VV de 0,020{,}02
  • d) Qu'il ne veut pas dire « important » ; il faut publier écart brut, test et intensité ensemble
  • e) Le manque de puissance ; on calcule la puissance avant l'enquête et on publie les intervalles

a) Le khi-deux est MULTIPLIÉ PAR DEUX, passant de 9,765 à 19,53. Algébriquement : si tous les effectifs observés sont multipliés par kk, les totaux de ligne et de colonne le sont aussi, donc chaque effectif théorique L×Cn\dfrac{L\times C}{n} est multiplié par k×kk=k\dfrac{k\times k}{k}=k. Chaque terme devient alors (kOkT)2kT=k2(OT)2kT=k(OT)2T\dfrac{\left(kO-kT\right)^{2}}{kT}=\dfrac{k^{2}\left(O-T\right)^{2}}{kT}=k\dfrac{\left(O-T\right)^{2}}{T}. Le khi-deux est donc exactement proportionnel à nn, et le seuil critique, lui, ne bouge pas : il ne dépend que des degrés de liberté.

b) Le V de Cramér est INCHANGÉ : V=kχ2kn×min(l1;c1)V=\sqrt{\dfrac{k\chi^{2}}{kn\times \min\left(l-1;c-1\right)}}, et le facteur kk se simplifie. Avec n=900n=900 et χ2=29,29\chi^{2}=29{,}29, on retrouve V=29,299000,180V=\sqrt{\dfrac{29{,}29}{900}}\approx 0{,}180. C'est précisément la propriété qui fait du V une mesure d'INTENSITÉ : il décrit la structure du tableau, pas la quantité de données recueillies.

c) Sur un tableau 2 par 2 à groupes égaux et à proportions 0,51 et 0,49, le khi-deux vaut approximativement n×(p1p2)24p(1p)n\times \dfrac{\left(p_{1}-p_{2}\right)^{2}}{4\overline{p}\left(1-\overline{p}\right)} avec p=0,50\overline{p}=0{,}50, soit n×0,00041=0,0004nn\times \dfrac{0{,}0004}{1}=0{,}0004n. Il faut 0,0004n3,8410{,}0004n\ge 3{,}841, donc n9603n\ge 9\,603. Avec près de dix mille répondants, un écart de deux points devient donc significatif, alors que le V de Cramér vaut 3,8419603=0,02\sqrt{\dfrac{3{,}841}{9603}}=0{,}02, une association parfaitement négligeable.

d) Qu'il faut cesser de le lire comme « important ». « Significatif » ne signifie rien d'autre que « trop grand pour être raisonnablement attribué au hasard de l'échantillonnage, compte tenu de la taille de l'échantillon ». Un rapport sérieux publie donc toujours trois choses ensemble : la mesure d'écart brute, en points de pourcentage, le résultat du test, et une mesure d'intensité normalisée. Sur de très grands fichiers administratifs, où nn dépasse le million, le test perd tout intérêt pratique puisque absolument tout y est significatif.

e) Le problème symétrique est le manque de PUISSANCE : avec un échantillon trop petit, un lien réel et même important peut ne pas atteindre la significativité, et l'on conclut à tort à l'absence de lien. Ne pas rejeter l'hypothèse nulle n'a jamais voulu dire qu'elle est vraie. On s'en protège en calculant la puissance AVANT l'enquête, ce qui revient à choisir la taille d'échantillon en fonction de l'écart minimal que l'on souhaite pouvoir détecter, et en publiant les intervalles de confiance plutôt que la seule décision de rejet.

Exercice 7 : Contrôler une troisième variable

Une association entre deux variables se juge toujours en présence d'une troisième. La méthode, appelée élaboration, consiste à refaire le tableau à l'intérieur de chaque catégorie de la variable de contrôle.

Sur 400 étudiants, on croise la participation aux activités parascolaires et la réussite de tous les cours.

ParticipeNe participe pas
Ensemble : réussite145 sur 200 (72,5 %)115 sur 200 (57,5 %)
Travaille peu : réussite120 sur 150 (80 %)40 sur 50 (80 %)
Travaille beaucoup : réussite25 sur 50 (50 %)75 sur 150 (50 %)
ensemble : 15 pointstravaille peu : 0 pointtravaille beaucoup : 0on controlela relation d'ensemble n'existe dans aucune strate
  • a) Décrivez l'association observée sur l'ensemble, en points de pourcentage.
  • b) Décrivez l'association à l'intérieur de chaque strate. Que constatez-vous ?
  • c) Vérifiez que les effectifs des strates se recomposent bien en ceux de l'ensemble.
  • d) Expliquez le mécanisme : par quel chemin l'association d'ensemble est-elle apparue ?
  • e) Nommez les trois issues possibles d'une élaboration et dites à laquelle appartient ce cas.

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a)
b)
c)
d)
e)
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Réponses

  • a) 72,5  %72{,}5\;\% contre 57,5  %57{,}5\;\% : 15,015{,}0 points d'écart
  • b) 80  %80\;\% contre 80  %80\;\%, et 50  %50\;\% contre 50  %50\;\% : écart NUL dans les deux strates
  • c) 200200 participants dont 145145 réussites, 200200 non-participants dont 115115 ; 400400 étudiants, 260260 réussites
  • d) Les heures de travail déterminent à la fois la participation et la réussite : variable antécédente commune
  • e) Réplication, explication, spécification ; ici une EXPLICATION, l'association était fallacieuse

a) Sur l'ensemble, 72,5 % des participants réussissent tous leurs cours contre 57,5 % des non-participants, soit un écart de 15,0 POINTS en faveur des participants. Un rapport pressé en conclurait que les activités parascolaires favorisent la réussite, et l'établissement financerait le programme.

b) Chez ceux qui travaillent peu : 80 % contre 80 %, écart NUL. Chez ceux qui travaillent beaucoup : 50 % contre 50 %, écart NUL également. À heures de travail constantes, la participation n'a strictement aucun rapport avec la réussite. L'association d'ensemble, pourtant bien réelle, ne se retrouve dans AUCUN des deux sous-groupes.

c) Participants : 150+50=200150+50=200, dont 120+25=145120+25=145 réussites, soit 72,5 %. Non-participants : 50+150=20050+150=200, dont 40+75=11540+75=115 réussites, soit 57,5 %. Le total fait bien 400 étudiants et 260 réussites. Cette vérification est indispensable : elle établit que le renversement n'est pas une erreur de calcul mais une propriété des données.

d) Le mécanisme est celui d'une variable ANTÉCÉDENTE commune. Les heures de travail rémunéré déterminent à la fois la participation, on ne s'inscrit pas au club de débats quand on travaille 25 heures par semaine, et la réussite, qui chute de 80 % à 50 % chez les gros travailleurs. Les participants sont donc massivement recrutés parmi ceux qui travaillent peu, 150 sur 200, et les non-participants parmi ceux qui travaillent beaucoup, 150 sur 200. La comparaison d'ensemble compare en réalité deux populations de disponibilité très différente, et l'écart de 15 points mesure cette différence de composition, pas un effet du parascolaire.

e) Trois issues possibles. La RÉPLICATION : l'association subsiste identique dans chaque strate, la troisième variable n'y change rien, et la relation initiale est renforcée. L'EXPLICATION, ou relation fallacieuse : l'association disparaît dans toutes les strates parce que la troisième variable est ANTÉCÉDENTE aux deux autres. La SPÉCIFICATION, ou interaction : l'association subsiste dans certaines strates et pas dans d'autres, ce qui précise les conditions du lien. Le cas présent est une EXPLICATION : les heures de travail précèdent logiquement et chronologiquement la participation comme la réussite, et l'association d'ensemble était fallacieuse. Si la troisième variable était postérieure à la première, on parlerait d'interprétation, et la variable serait intermédiaire plutôt que confondante.

Exercice 8 : Cinq affirmations à corriger

Chacune des cinq affirmations suivantes est FAUSSE. Dites pourquoi et donnez l'énoncé correct.

  • 1) « Le khi-deux vaut 42,7, l'association est donc très forte. »
  • 2) « Parmi les décrocheurs, 33 % travaillaient plus de 21 heures : le travail explique donc un tiers des abandons. »
  • 3) « J'ai converti mon tableau en pourcentages avant de calculer le khi-deux, c'est plus lisible. »
  • 4) « Le test n'est pas significatif, donc les deux variables sont indépendantes. »
  • 5) « L'association disparaît quand je contrôle une troisième variable : mon analyse initiale était donc mal faite. »

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1)
2)
3)
4)
5)
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Réponses

  • 1) FAUX : sur 50005\,000 répondants, χ2=42,7\chi^{2}=42{,}7 donne V=0,09V=0{,}09, association négligeable
  • 2) FAUX : lecture en colonne ; la bonne lecture est 35  %35\;\% contre 15  %15\;\% en ligne
  • 3) FAUX : le khi-deux se calcule sur des EFFECTIFS, sinon on impose n=100n=100 par ligne
  • 4) FAUX : les données sont compatibles avec l'indépendance, elles ne la démontrent pas
  • 5) FAUX : l'élaboration complète l'analyse ; la relation fallacieuse est un résultat à publier

1) FAUX. La valeur du khi-deux dépend de trois choses : l'intensité du lien, la taille de l'échantillon et les dimensions du tableau. Un khi-deux de 42,7 sur 5 000 répondants correspond à un V de Cramér de 0,09, soit une association négligeable. Énoncé correct : le khi-deux tranche la SIGNIFICATIVITÉ; l'intensité se lit sur le V de Cramér, qui divise justement par nn.

2) FAUX, c'est une lecture en colonne présentée comme une explication. Les 33 % décrivent la COMPOSITION du groupe des décrocheurs, laquelle dépend surtout de la taille de chaque profil dans l'échantillon. La bonne lecture est en ligne : 35 % des gros travailleurs abandonnent contre 15 % des petits. Énoncé correct : la part d'abandons est plus de deux fois plus élevée chez ceux qui travaillent 21 heures et plus, et rien dans ce tableau n'attribue une part des abandons à une cause.

3) FAUX, et l'erreur est grave. Le khi-deux se calcule sur des EFFECTIFS. Le convertir en pourcentages revient à imposer n=100n=100 dans chaque ligne, ce qui fabrique une taille d'échantillon fictive et rend la valeur p entièrement fausse, dans un sens ou dans l'autre selon la vraie taille. Énoncé correct : on présente les pourcentages au lecteur, et on calcule le test sur les effectifs bruts.

4) FAUX. Ne pas rejeter l'hypothèse nulle signifie que les données sont COMPATIBLES avec l'indépendance, pas qu'elles la démontrent. Avec un petit échantillon, une association importante peut très bien ne pas atteindre le seuil : c'est un manque de puissance, pas une preuve d'absence. Énoncé correct : au seuil de 5 %, les données ne permettent pas de conclure à une association; il faudrait, pour aller plus loin, un échantillon plus grand ou un intervalle de confiance sur la différence.

5) FAUX, ou plutôt à l'envers. L'élaboration n'invalide pas l'analyse initiale, elle la COMPLÈTE : la relation d'ensemble existait bel et bien dans les données, et le contrôle apprend qu'elle passait par une troisième variable. Énoncé correct : l'association observée était fallacieuse, c'est-à-dire attribuable à une variable antécédente commune; c'est un RÉSULTAT de l'analyse, souvent le plus intéressant, et il doit être publié comme tel plutôt que dissimulé.

Exercice 9 : Problème : l'enquête complète, du tableau à la conclusion

Un service de la réussite veut savoir si le fait d'avoir un lieu d'étude à domicile est associé à la réussite. Enquête sur 250 étudiants, tout le chapitre en une question.

Lieu d'étude à domicileRéussit toutÉchoue au moins un coursTotal
Oui, un espace dédié9624120
Partagé ou bruyant563490
Aucun182240
Total17080250
  • a) Calculez les pourcentages de réussite dans le bon sens et décrivez la tendance.
  • b) Calculez les six effectifs théoriques.
  • c) Calculez le khi-deux, les degrés de liberté, et concluez au seuil de 5 %.
  • d) Calculez le V de Cramér et interprétez.
  • e) Rédigez la conclusion en trois phrases, avec ses limites.

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a)
b)
c)
d)
e)
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Réponses

  • a) 80,0  %80{,}0\;\%, 62,2  %62{,}2\;\% et 45,0  %45{,}0\;\% : 3535 points entre les extrêmes, tendance monotone
  • b) 81,681{,}6 et 38,438{,}4 ; 61,261{,}2 et 28,828{,}8 ; 27,227{,}2 et 12,812{,}8, toutes supérieures à 5
  • c) χ219,05\chi^{2}\approx 19{,}05 à 22 degrés : on rejette, valeur p inférieure à 0,0010{,}001
  • d) V=19,052500,276V=\sqrt{\dfrac{19{,}05}{250}}\approx 0{,}276 : association MODÉRÉE, exploitable
  • e) Sens, significativité, intensité, puis la limite transversale et le revenu du ménage à contrôler

a) Taux de réussite : 96120=80,0%\dfrac{96}{120}=80{,}0\% avec un espace dédié, 569062,2%\dfrac{56}{90}\approx 62{,}2\% avec un espace partagé, 1840=45,0%\dfrac{18}{40}=45{,}0\% sans aucun lieu d'étude. La tendance est monotone et forte : 35 points séparent les deux extrêmes, et le taux baisse à chaque échelon. C'est le sens de calcul correct, puisque le lieu d'étude est ici la variable indépendante.

b) Marges : lignes 120, 90 et 40; colonnes 170 et 80; n=250n=250. Effectifs théoriques : 120×170250=81,6\dfrac{120\times 170}{250}=81{,}6 et 120×80250=38,4\dfrac{120\times 80}{250}=38{,}4; 90×170250=61,2\dfrac{90\times 170}{250}=61{,}2 et 90×80250=28,8\dfrac{90\times 80}{250}=28{,}8; 40×170250=27,2\dfrac{40\times 170}{250}=27{,}2 et 40×80250=12,8\dfrac{40\times 80}{250}=12{,}8. Toutes dépassent 5, la condition est satisfaite.

c) Contributions : (9681,6)281,6=207,3681,62,541\dfrac{\left(96-81{,}6\right)^{2}}{81{,}6}=\dfrac{207{,}36}{81{,}6}\approx 2{,}541; 207,3638,4=5,400\dfrac{207{,}36}{38{,}4}=5{,}400; (5661,2)261,2=27,0461,20,442\dfrac{\left(56-61{,}2\right)^{2}}{61{,}2}=\dfrac{27{,}04}{61{,}2}\approx 0{,}442; 27,0428,80,939\dfrac{27{,}04}{28{,}8}\approx 0{,}939; (1827,2)227,2=84,6427,23,112\dfrac{\left(18-27{,}2\right)^{2}}{27{,}2}=\dfrac{84{,}64}{27{,}2}\approx 3{,}112; 84,6412,8=6,613\dfrac{84{,}64}{12{,}8}=6{,}613. Total : χ219,05\chi^{2}\approx 19{,}05, avec ddl=(31)(21)=2ddl=\left(3-1\right)\left(2-1\right)=2. Comme 19,05>5,99119{,}05>5{,}991 et même >13,816>13{,}816, on rejette l'indépendance avec une valeur p inférieure à 0,001.

d) V=19,05250×1=0,076190,276V=\sqrt{\dfrac{19{,}05}{250\times 1}}=\sqrt{0{,}07619}\approx 0{,}276. L'association est MODÉRÉE, nettement plus forte que celle observée avec les heures de travail, qui valait 0,18. C'est un résultat que le service peut effectivement utiliser, contrairement à une association de 0,05 qui serait significative sans être exploitable.

e) « Le taux de réussite de tous les cours passe de 80,0 % chez les étudiants disposant d'un espace d'étude dédié à 62,2 % chez ceux dont l'espace est partagé, puis à 45,0 % chez ceux qui n'en ont aucun. L'association est significative, χ2=19,05\chi^{2}=19{,}05 à 2 degrés de liberté, valeur p inférieure à 0,001, et d'intensité modérée, V=0,28V=0{,}28. Ces données étant transversales, elles ne permettent pas d'attribuer la différence au seul lieu d'étude : la disponibilité d'un espace dédié est fortement liée au revenu du ménage et à la taille du logement, variables qu'il faudrait contrôler avant d'orienter une intervention. » On y trouve les trois éléments obligatoires, le sens, la significativité et l'intensité, plus la limite du devis et la variable de contrôle qu'il faudrait mesurer.

Exercice 10 : Problème : lire un tableau publié dans une revue

Dernier exercice, celui de la lecture. Un article de sociologie publie le tableau suivant, avec la note : « χ2=4,12\chi^{2}=4{,}12; ddl=2ddl=2; p=0,127p=0{,}127; V=0,09V=0{,}09; N=510N=510. Les personnes n'ayant pas répondu à la question du revenu sont exclues, NN initial de 604. »

Revenu du ménageFait du bénévolatN'en fait pasTotal
Moins de 40 000 dollars38132170
40 000 à 79 999 dollars52148200
80 000 dollars et plus4496140
Total134376510
  • a) Vérifiez les degrés de liberté annoncés et calculez les taux de bénévolat par tranche de revenu.
  • b) La valeur p vaut 0,127. Quelle conclusion l'auteur peut-il tirer, et laquelle ne peut-il pas ?
  • c) Le VV de 0,09 est-il cohérent avec le khi-deux annoncé ? Vérifiez.
  • d) 94 personnes ont été exclues faute de réponse sur le revenu. En quoi cela peut-il changer les conclusions ?
  • e) L'auteur écrit dans son résumé : « le bénévolat ne dépend pas du revenu ». Réécrivez la phrase correctement.

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a)
b)
c)
d)
e)
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Réponses

  • a) ddl=2ddl=2, conforme ; taux 22,4  %22{,}4\;\%, 26,0  %26{,}0\;\% et 31,4  %31{,}4\;\%, croissants sur neuf points
  • b) Il peut dire qu'on ne rejette pas ; il ne peut pas dire qu'il n'y a pas de lien
  • c) 4,125100,0899\sqrt{\dfrac{4{,}12}{510}}\approx 0{,}0899 : cohérent avec le 0,090{,}09 annoncé
  • d) 9494 exclus, soit 15,6  %15{,}6\;\% : la non-réponse au revenu frappe surtout les deux extrémités
  • e) Remplacer l'affirmation d'absence par un constat d'indécision, en citant l'exclusion des 15,6 %

a) ddl=(31)(21)=2ddl=\left(3-1\right)\left(2-1\right)=2 : l'annonce est correcte. Taux de bénévolat : 3817022,4%\dfrac{38}{170}\approx 22{,}4\%, 52200=26,0%\dfrac{52}{200}=26{,}0\%, 4414031,4%\dfrac{44}{140}\approx 31{,}4\%. La tendance est croissante avec le revenu, sur neuf points de pourcentage entre les extrêmes, ce qui n'est pas rien même si le test ne conclut pas.

b) L'auteur peut dire que, au seuil usuel de 5 %, les données ne permettent PAS de rejeter l'hypothèse d'indépendance : l'écart observé pourrait être produit par le hasard de l'échantillonnage environ une fois sur huit. Il ne peut PAS dire que le bénévolat est indépendant du revenu : avec N=510N=510 répartis sur trois tranches, la puissance du test est modeste, et une différence réelle de neuf points peut parfaitement passer sous le seuil. Ce que l'on devrait publier ici, c'est l'intervalle de confiance sur l'écart entre les tranches extrêmes, qui montrerait toute la gamme des différences compatibles avec ces données.

c) V=4,12510×min(2;1)=4,12510=0,0080780,0899V=\sqrt{\dfrac{4{,}12}{510\times \min\left(2;1\right)}}=\sqrt{\dfrac{4{,}12}{510}}=\sqrt{0{,}008078}\approx 0{,}0899, arrondi à 0,09. Le chiffre annoncé est donc cohérent. Ce contrôle prend dix secondes et il attrape régulièrement des erreurs de transcription dans les tableaux publiés : il vaut la peine d'être fait systématiquement.

d) La non-réponse à la question du revenu n'est pas aléatoire : elle est notoirement plus fréquente aux deux extrémités de la distribution, chez les plus pauvres par gêne et chez les plus riches par prudence. Les 94 exclus représentent 15,6 % de l'échantillon initial, une part considérable, et leur retrait peut avoir aplati la relation en vidant précisément les tranches extrêmes, celles qui portaient l'écart. Une analyse sérieuse comparerait les répondants et les non-répondants sur les autres variables disponibles, âge, scolarité, région, et le dirait dans le texte.

e) « Dans cet échantillon, le taux de bénévolat croît de 22,4 % chez les ménages de moins de 40 000 dollars à 31,4 % chez ceux de 80 000 dollars et plus, mais l'écart n'atteint pas le seuil de signification au niveau de 5 %, χ2=4,12\chi^{2}=4{,}12; ddl=2ddl=2; p=0,127p=0{,}127; V=0,09V=0{,}09. Ces données ne permettent donc pas de conclure à un lien, sans permettre non plus de l'écarter, d'autant que 15,6 % des répondants ont été exclus faute de déclaration de revenu. » La différence avec la phrase de l'auteur est décisive : elle remplace une affirmation d'absence par un constat d'indécision, ce qui est la seule chose que le test autorise.

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