Méthodes quantitatives avancées 360-301 • Sciences humaines au cégep à Montréal

Exercices corrigés : les tests non paramétriques (360-301)

Ces dix exercices corrigés couvrent les tests de rangs : Mann-Whitney, Wilcoxon, Kruskal-Wallis, Spearman et le test des signes, avec leurs calculs faits à la main et les décisions justifiées.

Le fil de la série tient en une phrase : remplacer les valeurs par leurs rangs rend le test insensible à la forme de la distribution et aux valeurs extrêmes, au prix d'une information qu'il faut ensuite rendre au lecteur sous une autre forme.

Trois pièges sont désignés nommément : la règle de décision inversée, où l'on rejette pour une petite statistique, l'idée que les tests de rangs ne supposent rien, et la conclusion d'un test de rangs formulée en termes de moyennes.

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Avant de commencer Fiche de révision : les pièges et la méthode de ce chapitre

Avant ce chapitre

Ces notions sont supposées acquises ici. Si le premier exercice résiste, le blocage vient presque toujours de l'une d'elles, pas du chapitre lui-même.

Remonter plus loin : la chaîne complète (7 chapitres) ↓

Le chemin de remédiation, du plus ancien au plus proche. Un élève qui reprend ce chapitre de zéro le reprend dans cet ordre.

  1. 1Concepts, variables et échelles de mesureMéthodes quantitatives (360-300)
  2. 2Échantillonnage et questionnaireMéthodes quantitatives (360-300)
  3. 3Tableaux de distribution et graphiquesMéthodes quantitatives (360-300)
  4. 4Cote Z, rang centile et cote RMéthodes quantitatives (360-300)
  5. 5Tableaux croisés, khi-deux et associationMéthodes quantitatives (360-300)
  6. 6La marge d'erreur d'un sondageMéthodes quantitatives (360-300)
  7. 7Comparer deux groupes : test t et taille d'effet

Rappel de cours

  • Les rangs sont insensibles à l'ampleur des écarts : remplacer 40 par 400 ne change aucun rang.
  • Ex aequo : rang MOYEN des positions occupées. La somme de tous les rangs doit valoir N(N+1)2\dfrac{N(N+1)}{2}.
  • MANN-WHITNEY, deux groupes indépendants : Uj=Rjnj(nj+1)2U_{j}=R_{j}-\dfrac{n_{j}\left(n_{j}+1\right)}{2}, avec U1+U2=n1n2U_{1}+U_{2}=n_{1}n_{2}. On rejette si le plus petit UU est INFÉRIEUR OU ÉGAL à la valeur critique.
  • Un1n2\dfrac{U}{n_{1}n_{2}} est la probabilité de supériorité : la part des paires où un groupe dépasse l'autre. C'est la mesure d'ampleur à publier.
  • WILCOXON, échantillons appariés : ranger les di\left|d_{i}\right|, puis sommer les rangs des positives et des négatives. W++W=n(n+1)2W^{+}+W^{-}=\dfrac{n(n+1)}{2}. Il suppose la SYMÉTRIE des différences.
  • KRUSKAL-WALLIS, kk groupes : H=12N(N+1)Rj2nj3(N+1)H=\dfrac{12}{N(N+1)}\sum \dfrac{R_{j}^{2}}{n_{j}}-3\left(N+1\right), comparé à un khi-deux à k1k-1 degrés de liberté. Test OMNIBUS.
  • SPEARMAN : rs=16di2n(n21)r_{s}=1-\dfrac{6\sum d_{i}^{2}}{n\left(n^{2}-1\right)}, où did_{i} est la différence des deux rangs. Il mesure la MONOTONIE, pas la linéarité.
  • TEST DES SIGNES : loi binomiale de paramètres nn et 0,50{,}5. Il ne suppose que l'indépendance, et il ignore l'ampleur des écarts.
  • Efficacité de Mann-Whitney par rapport au test t : 3π0,955\dfrac{3}{\pi}\approx 0{,}955 sous la normale, donc 4,7 % d'observations en plus; elle DÉPASSE 1 sur les distributions à queues lourdes.
  • Tous ces tests supposent l'INDÉPENDANCE, et la plupart l'égalité des FORMES des distributions comparées.
  • Un test de rangs ne donne aucune estimation dans l'unité d'origine : il faut publier des médianes, des quartiles et une probabilité de supériorité.

Partie A : les bases (/50)

Exercice 1 : Pourquoi passer aux rangs

Les tests paramétriques supposent une forme de distribution. Quand cette hypothèse est intenable, on remplace les valeurs par leurs RANGS et l'on teste sur eux : c'est toute l'idée des méthodes non paramétriques.

  • a) Nommez trois situations où les rangs s'imposent.
  • b) Remplacez par leurs rangs les valeurs 12, 15, 9, 40, 11, puis recommencez en changeant 40 en 400. Que constatez-vous ?
  • c) Quelle hypothèse les tests de rangs conservent-ils malgré tout ?
  • d) Sur quelle échelle de mesure un test de rangs est-il obligatoire, et pourquoi le test t y est-il abusif ?
  • e) Comment traite-t-on les ex aequo ?

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Réponses

  • a) Variable ordinale, petits effectifs non normaux, présence de valeurs extrêmes
  • b) Rangs 33, 44, 11, 55, 22 dans les deux cas ; la moyenne passe de 17,417{,}4 à 89,489{,}4
  • c) L'indépendance, toujours ; et, le plus souvent, l'égalité des FORMES des distributions comparées
  • d) Sur l'échelle ordinale : une moyenne y suppose des écarts comparables que rien ne garantit
  • e) Rang moyen des positions occupées ; la somme reste N(N+1)2\dfrac{N(N+1)}{2}

a) Première situation, une variable ORDINALE : un rang de satisfaction, un classement, un niveau de scolarité codé. Deuxième situation, de PETITS EFFECTIFS combinés à une distribution manifestement non normale : sous une trentaine d'observations par groupe, le théorème central limite ne sauve plus la mise. Troisième situation, la présence de VALEURS EXTRÊMES : une seule observation aberrante peut déplacer une moyenne de plusieurs écarts-types, alors qu'elle ne déplace un rang que d'un cran.

b) Rangs de 12, 15, 9, 40, 11 : 33, 44, 11, 55, 22. En remplaçant 40 par 400, les rangs deviennent exactement les mêmes : 33, 44, 11, 55, 22. La moyenne, elle, passe de 17,4 à 89,4. C'est la propriété centrale des rangs : ils sont INSENSIBLES à l'ampleur des écarts et ne retiennent que l'ordre, ce qui les rend robustes et, en même temps, moins informatifs.

c) Ils conservent l'hypothèse d'INDÉPENDANCE des observations, qui n'est jamais négociable, et la plupart supposent en outre que les distributions comparées ont la MÊME FORME, ne différant que par leur position. Sans cette dernière hypothèse, un rejet de Mann-Whitney ne se traduit pas nécessairement par une différence de médianes : il indique seulement qu'une observation d'un groupe a tendance à dépasser une observation de l'autre.

d) Sur une échelle ORDINALE. Le test t compare des moyennes, or une moyenne suppose que les écarts entre valeurs successives soient comparables, ce que l'ordinal ne garantit pas : rien ne dit que l'écart entre « en désaccord » et « neutre » égale celui entre « neutre » et « d'accord ». Calculer une moyenne y est donc une convention, et la tester comme si c'était une quantité est un abus. Les rangs, eux, n'utilisent que l'ordre, c'est-à-dire exactement l'information que l'échelle contient.

e) On leur attribue le RANG MOYEN des positions qu'ils occupent. Trois observations égales en positions 4, 5 et 6 reçoivent chacune le rang 4+5+63=5\dfrac{4+5+6}{3}=5. La somme totale des rangs reste ainsi N(N+1)2\dfrac{N(N+1)}{2}, ce qui est le contrôle à faire. Si les ex aequo sont nombreux, la variance des rangs diminue et il faut appliquer une correction aux formules, faute de quoi le test devient trop conservateur.

Exercice 2 : Le test de Mann-Whitney

L'équivalent non paramétrique du test t pour deux groupes indépendants. On mélange les deux groupes, on range tout, et l'on regarde si un groupe occupe systématiquement les rangs élevés.

Groupe A, 6 étudiants : 12, 15, 17, 21, 24, 30. Groupe B, 7 étudiants : 9, 11, 14, 16, 19, 22, 26.

1B2B3A4B5A6B7A8B9A10B11A12B13Ales valeurs rangees, groupe A en hautrang de chaque observation
  • a) Rangez les treize valeurs et donnez le rang de chacune.
  • b) Calculez les sommes de rangs RAR_{A} et RBR_{B}, et vérifiez leur total.
  • c) Calculez UA=RAnA(nA+1)2U_{A}=R_{A}-\dfrac{n_{A}\left(n_{A}+1\right)}{2} et UBU_{B}, puis vérifiez que UA+UB=nAnBU_{A}+U_{B}=n_{A}n_{B}.
  • d) La valeur critique de UU pour nA=6n_{A}=6 et nB=7n_{B}=7 vaut 6 au seuil bilatéral de 5 %. Concluez.
  • e) Que signifie concrètement la valeur de UU retenue ?

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Réponses

  • a) Rangs 11 à 1313 : B occupe 11, 22, 44, 66, 88, 1010, 1212 et A les rangs impairs à partir de 33
  • b) RA=48R_{A}=48, RB=43R_{B}=43, total 91=13×14291=\dfrac{13\times 14}{2}
  • c) UA=27U_{A}=27, UB=15U_{B}=15, et 27+15=42=6×727+15=42=6\times 7
  • d) On retient U=15U=15 ; comme 15>615>6, on ne rejette pas
  • e) Sur les 4242 paires, 1515 donnent l'avantage à B et 2727 à A, soit 64  %64\;\% contre 50  %50\;\% attendus

a) Ordre croissant, avec le groupe entre parenthèses : 9 (B) rang 1, 11 (B) rang 2, 12 (A) rang 3, 14 (B) rang 4, 15 (A) rang 5, 16 (B) rang 6, 17 (A) rang 7, 19 (B) rang 8, 21 (A) rang 9, 22 (B) rang 10, 24 (A) rang 11, 26 (B) rang 12, 30 (A) rang 13.

b) RA=3+5+7+9+11+13=48R_{A}=3+5+7+9+11+13=48. RB=1+2+4+6+8+10+12=43R_{B}=1+2+4+6+8+10+12=43. Total : 48+43=9148+43=91, qui doit valoir N(N+1)2=13×142=91\dfrac{N(N+1)}{2}=\dfrac{13\times 14}{2}=91. La vérification passe, ce qui garantit qu'aucun rang n'a été oublié ni compté deux fois.

c) UA=486×72=4821=27U_{A}=48-\dfrac{6\times 7}{2}=48-21=27. UB=437×82=4328=15U_{B}=43-\dfrac{7\times 8}{2}=43-28=15. Contrôle : 27+15=42=6×7=nAnB27+15=42=6\times 7=n_{A}n_{B}. Cette identité est automatique et sert de second garde-fou.

d) On retient le PLUS PETIT des deux, U=15U=15. La règle de décision des tests de rangs est inversée par rapport aux tests paramétriques : on rejette quand la statistique est INFÉRIEURE OU ÉGALE à la valeur critique. Comme 15>615>6, on ne rejette pas : les données ne permettent pas de conclure à une différence entre les deux groupes au seuil de 5 %.

e) UB=15U_{B}=15 signifie que, sur les 42 paires possibles formées d'un membre de A et d'un membre de B, il y en a 15 où le membre de B dépasse celui de A. Sous l'hypothèse nulle, on en attendrait la moitié, soit 21. On observe donc un léger avantage au groupe A, 27 paires sur 42, soit 64 % : réel mais bien trop faible pour treize observations. C'est cette lecture en paires qui donne son sens au test, et elle est directement liée à la probabilité qu'un membre pris au hasard dans A dépasse un membre pris au hasard dans B.

Exercice 3 : Le test de Wilcoxon des rangs signés

L'équivalent non paramétrique du test t apparié. On calcule les différences individuelles, on range leurs VALEURS ABSOLUES, puis on redonne à chaque rang le signe de sa différence.

Huit étudiants, différences après moins avant : +4+4, 1-1, +6+6, +3+3, +5+5, 2-2, +7+7, +9+9.

+44-11+66+33+55-22+77+98036rang de la valeur absolue de chaque ecart
  • a) Rangez les valeurs absolues des huit différences.
  • b) Calculez W+W^{+}, somme des rangs des différences positives, et WW^{-}. Vérifiez leur total.
  • c) La valeur critique pour n=8n=8 vaut 3 au seuil bilatéral de 5 %. Concluez.
  • d) Que fait-on d'une différence nulle ?
  • e) En quoi ce test est-il plus informatif que le simple test des signes ?

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Réponses

  • a) Rangs des valeurs absolues : 11 pour 1-1, 22 pour 2-2, puis 33 à 88 pour les positives
  • b) W+=33W^{+}=33, W=3W^{-}=3, total 36=8×9236=\dfrac{8\times 9}{2}
  • c) W=33W=3\le 3 : on rejette tout juste au seuil de 5  %5\;\%
  • d) On l'exclut et l'on réduit nn, ce qui change la valeur critique ; l'essentiel est de le dire
  • e) Il utilise les rangs des amplitudes, non seulement les signes ; le prix est l'hypothèse de symétrie

a) Valeurs absolues : 4, 1, 6, 3, 5, 2, 7, 9. Rangées : 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 9, ce qui donne les rangs 1 à 8 dans cet ordre. Donc rang 1 pour la différence 1-1, rang 2 pour 2-2, rang 3 pour +3+3, rang 4 pour +4+4, rang 5 pour +5+5, rang 6 pour +6+6, rang 7 pour +7+7, rang 8 pour +9+9.

b) W+=3+4+5+6+7+8=33W^{+}=3+4+5+6+7+8=33. W=1+2=3W^{-}=1+2=3. Total : 33+3=3633+3=36, qui doit valoir n(n+1)2=8×92=36\dfrac{n(n+1)}{2}=\dfrac{8\times 9}{2}=36. Le contrôle passe.

c) On retient le plus petit, W=3W=3. La règle est de rejeter si WWcritW\le W_{crit} : comme 333\le 3, on REJETTE tout juste l'hypothèse nulle au seuil de 5 %. La progression observée est donc significative, de justesse. Il faut noter que l'égalité stricte suffit à rejeter, ce qui n'a rien d'évident et se lit dans la définition de la valeur critique : c'est le plus grand WW dont la probabilité cumulée n'excède pas 2,5 % de chaque côté.

d) Une différence nulle ne peut recevoir ni signe ni rang utile : la pratique dominante est de l'EXCLURE et de réduire nn d'autant, ce qui change la valeur critique. Une variante, plus conservatrice, consiste à répartir les nuls entre les deux camps. L'important est de dire ce qu'on a fait : avec de petits échantillons, exclure deux nuls sur dix modifie sensiblement le seuil.

e) Le test des SIGNES ne regarde que le sens de chaque différence, plus ou moins, en ignorant leur ampleur : sur nos données, il verrait six plus et deux moins, sans savoir que les deux différences négatives sont les plus petites de toutes. Wilcoxon, en rangeant les valeurs absolues, tient compte de cette information supplémentaire et devient nettement plus puissant. Le prix est une hypothèse de plus : la distribution des différences doit être approximativement SYMÉTRIQUE autour de sa médiane, faute de quoi les rangs des positives et des négatives ne sont pas comparables.

Exercice 4 : Le test de Kruskal-Wallis

L'équivalent non paramétrique de l'analyse de variance à un facteur, pour kk groupes indépendants. Même principe : on range tout, et l'on compare les sommes de rangs.

Trois groupes de quatre. A : 22, 25, 28, 31. B : 18, 20, 24, 27. C : 12, 15, 17, 21.

  • a) Rangez les douze valeurs et donnez les trois sommes de rangs.
  • b) Vérifiez que le total vaut N(N+1)2\dfrac{N(N+1)}{2}.
  • c) Calculez H=12N(N+1)Rj2nj3(N+1)H=\dfrac{12}{N(N+1)}\sum \dfrac{R_{j}^{2}}{n_{j}}-3\left(N+1\right).
  • d) HH suit approximativement une loi du khi-deux à k1k-1 degrés de liberté. Concluez au seuil de 5 %.
  • e) Après le rejet, comment identifie-t-on les groupes qui diffèrent ?

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Réponses

  • a) RA=39R_{A}=39, RB=27R_{B}=27, RC=12R_{C}=12
  • b) 39+27+12=78=12×13239+27+12=78=\dfrac{12\times 13}{2}
  • c) H=12156×598,5397,038H=\dfrac{12}{156}\times 598{,}5-39\approx 7{,}038
  • d) ddl=2ddl=2 et 7,038>5,9917{,}038>5{,}991 : on rejette, valeur p voisine de 0,0300{,}030
  • e) Par des Mann-Whitney deux à deux, au seuil de Bonferroni 0,0530,0167\dfrac{0{,}05}{3}\approx 0{,}0167

a) Ordre croissant : 12 (C) 1, 15 (C) 2, 17 (C) 3, 18 (B) 4, 20 (B) 5, 21 (C) 6, 22 (A) 7, 24 (B) 8, 25 (A) 9, 27 (B) 10, 28 (A) 11, 31 (A) 12. Sommes : RA=7+9+11+12=39R_{A}=7+9+11+12=39; RB=4+5+8+10=27R_{B}=4+5+8+10=27; RC=1+2+3+6=12R_{C}=1+2+3+6=12.

b) 39+27+12=7839+27+12=78, et 12×132=78\dfrac{12\times 13}{2}=78. Le contrôle passe. Il faut remarquer l'ordre des sommes : A occupe les rangs élevés, C les rangs bas, ce que le test va formaliser.

c) Rj2nj=3924+2724+1224=1521+729+1444=23944=598,5\sum \dfrac{R_{j}^{2}}{n_{j}}=\dfrac{39^{2}}{4}+\dfrac{27^{2}}{4}+\dfrac{12^{2}}{4}=\dfrac{1\,521+729+144}{4}=\dfrac{2\,394}{4}=598{,}5. Ensuite H=1212×13×598,53×13=12156×598,539=0,076923×598,539=46,038397,038H=\dfrac{12}{12\times 13}\times 598{,}5-3\times 13=\dfrac{12}{156}\times 598{,}5-39=0{,}076923\times 598{,}5-39=46{,}038-39\approx 7{,}038.

d) Degrés de liberté : k1=2k-1=2. La valeur critique du khi-deux vaut 5,991 au seuil de 5 %. Comme 7,038>5,9917{,}038>5{,}991, on REJETTE : au moins un des trois groupes diffère des autres. La valeur p vaut environ 0,030. Une réserve d'usage : l'approximation par le khi-deux suppose des effectifs d'au moins cinq par groupe, or nous n'en avons que quatre; un logiciel utiliserait ici la distribution exacte de HH, et la conclusion pourrait être un peu moins nette.

e) Exactement comme après une analyse de variance : par des comparaisons deux à deux, ici des tests de Mann-Whitney, avec une correction du seuil pour le nombre de comparaisons. Avec trois groupes, trois comparaisons, donc un seuil de Bonferroni de 0,0530,0167\dfrac{0{,}05}{3}\approx 0{,}0167. Sur de si petits effectifs, aucune comparaison deux à deux n'atteindra ce seuil : le test global détecte une tendance d'ensemble que les comparaisons individuelles n'ont pas la puissance de localiser, situation fréquente et qu'il faut savoir annoncer plutôt que masquer.

Exercice 5 : Le coefficient de Spearman

L'équivalent non paramétrique de la corrélation de Pearson. On remplace chaque variable par ses rangs et l'on calcule la corrélation de ces rangs, ce qui revient à mesurer la MONOTONIE plutôt que la linéarité.

relation monotone, non lineaireSpearman vaut 1, Pearson 0,90rang de la variable explicative
  • a) Donnez la formule rs=16di2n(n21)r_{s}=1-\dfrac{6\sum d_{i}^{2}}{n\left(n^{2}-1\right)} et dites ce qu'est did_{i}.
  • b) Huit étudiants, dont les rangs en mathématiques sont 1 à 8 et les rangs en français 2, 1, 4, 3, 6, 5, 8, 7. Calculez rsr_{s}.
  • c) Que vaudrait rsr_{s} si les deux classements coïncidaient exactement ? S'ils étaient exactement inversés ?
  • d) Sur le graphique, la relation est parfaitement croissante mais courbe. Que valent respectivement Spearman et Pearson ?
  • e) Dans quels deux cas Spearman est-il préférable à Pearson ?

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Réponses

  • a) did_{i} est l'écart entre les deux rangs d'une même observation ; avec des ex aequo, on passe par Pearson sur les rangs
  • b) di2=8\sum d_{i}^{2}=8, donc rs=1485040,905r_{s}=1-\dfrac{48}{504}\approx 0{,}905
  • c) +1+1 si les classements coïncident, 1-1 s'ils sont exactement inversés
  • d) Spearman vaut 11, Pearson environ 0,900{,}90 : la monotonie contre la linéarité
  • e) Relation monotone non linéaire, valeurs extrêmes, et obligatoirement si une variable est ordinale

a) did_{i} est la différence entre les deux rangs d'une même observation : son rang sur la première variable moins son rang sur la seconde. La formule suppose l'absence d'ex aequo; avec des ex aequo, on calcule directement le coefficient de Pearson SUR LES RANGS, ce qui donne le même résultat dans le cas sans ex aequo et reste correct dans l'autre.

b) Différences : 12=11-2=-1; 21=12-1=1; 34=13-4=-1; 43=14-3=1; 56=15-6=-1; 65=16-5=1; 78=17-8=-1; 87=18-7=1. Carrés : huit fois 1, donc di2=8\sum d_{i}^{2}=8. Alors rs=16×88×(641)=148504=10,0952380,905r_{s}=1-\dfrac{6\times 8}{8\times \left(64-1\right)}=1-\dfrac{48}{504}=1-0{,}095238\approx 0{,}905. Les deux classements sont donc très fortement concordants, ce que l'on voit à l'oeil puisque chaque étudiant n'est déplacé que d'un rang.

c) S'ils coïncidaient exactement, tous les did_{i} seraient nuls et rs=1r_{s}=1. S'ils étaient exactement inversés, on aurait di2=n(n21)3\sum d_{i}^{2}=\dfrac{n\left(n^{2}-1\right)}{3}, ici 8×633=168\dfrac{8\times 63}{3}=168, donc rs=16×168504=12=1r_{s}=1-\dfrac{6\times 168}{504}=1-2=-1. Le coefficient varie donc bien entre 1-1 et +1+1, comme celui de Pearson.

d) La relation étant strictement croissante, les rangs se correspondent parfaitement et rs=1r_{s}=1 exactement. Le coefficient de Pearson, lui, ne vaut qu'environ 0,90, parce qu'il mesure l'ajustement à une DROITE et que la relation est exponentielle. Voilà la différence essentielle entre les deux : Spearman atteint 1 dès que la relation est monotone, quelle que soit sa forme, Pearson exige la linéarité.

e) Premier cas, quand la relation est monotone mais NON LINÉAIRE : Spearman la reconnaît pour ce qu'elle est, Pearson la sous-estime. Second cas, en présence de VALEURS EXTRÊMES : un seul point très éloigné peut faire passer un Pearson de 0,2 à 0,8 ou l'inverse, alors qu'il ne déplace un rang que d'un cran. On ajoute un troisième cas, obligatoire celui-là : quand au moins une des deux variables est ORDINALE, Pearson n'a tout simplement pas de sens.

Partie B : problèmes et raisonnement (/50)

Exercice 6 : Ce que les rangs coûtent

Les tests de rangs demandent moins et donnent moins. La question pratique est de savoir combien exactement, et la réponse dépend de la forme de la distribution.

normale0,95uniforme1queues lourdes1,500,40,8efficacite de Mann-Whitney par rapport au test t
  • a) Sous une distribution normale, l'efficacité relative de Mann-Whitney par rapport au test t vaut 3π\dfrac{3}{\pi}. Calculez-la et traduisez en effectif.
  • b) Que devient cette efficacité si la distribution a des queues lourdes ?
  • c) Un chercheur emploie systématiquement les tests de rangs « par prudence ». Que lui répondre ?
  • d) Un test de rangs sur 200 observations par groupe est-il nécessaire ?
  • e) Quelle information un test de rangs ne fournit-il jamais, et comment y remédier ?

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a)
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Réponses

  • a) 3π0,955\dfrac{3}{\pi}\approx 0{,}955, soit environ 4,7  %4{,}7\;\% d'observations en plus
  • b) Elle DÉPASSE 1 : le test de rangs devient plus puissant que le test t
  • c) Que la prudence a un coût faible mais change la question posée : Mann-Whitney ne teste pas la moyenne
  • d) Non si la seule inquiétude est la normalité ; oui si la médiane décrit mieux la distribution
  • e) Une estimation dans l'unité d'origine ; on publie la différence de médianes ou la probabilité de supériorité

a) 3π=33,141590,955\dfrac{3}{\pi}=\dfrac{3}{3{,}14159}\approx 0{,}955. Traduit en effectif : pour atteindre la même puissance que le test t, il faut environ 10,9551,047\dfrac{1}{0{,}955}\approx 1{,}047 fois plus d'observations, soit 4,7 % de plus. Avec 100 sujets par groupe, il en faudrait 105 : le coût est presque nul, alors que le test de rangs n'exige aucune hypothèse de normalité. C'est un rapport qualité-prix remarquable, et c'est la raison pour laquelle beaucoup de méthodologistes recommandent aujourd'hui les rangs par défaut.

b) Elle DÉPASSE 1, souvent largement : sur des distributions à queues lourdes, où les valeurs extrêmes sont fréquentes, l'efficacité peut atteindre 1,5 et davantage. Autrement dit, le test de rangs devient PLUS puissant que le test t, parce que la moyenne et l'écart-type sont eux-mêmes fortement perturbés par les valeurs extrêmes, alors que les rangs les absorbent. Le test paramétrique n'est optimal que dans le cas précis pour lequel il a été construit.

c) Que la prudence a un coût faible mais qu'elle a un coût, et surtout qu'elle change la question posée. Un test t compare des MOYENNES; Mann-Whitney compare la tendance d'un groupe à dépasser l'autre, ce qui n'équivaut à comparer des médianes que si les deux distributions ont la même forme. Sur des données où la moyenne est la quantité qui intéresse le décideur, un revenu total, une dépense, il faut la tester elle. La règle raisonnable est : rangs quand la variable est ordinale, quand les effectifs sont petits, ou quand les extrêmes dominent; sinon, test paramétrique avec vérification des résidus.

d) En général non, si la seule inquiétude est la normalité : avec 200 observations par groupe, la distribution d'échantillonnage de la moyenne est normale par le théorème central limite, quelle que soit la forme de la variable. Le test t est alors parfaitement valide. Le test de rangs reste utile pour une autre raison : si la distribution est très asymétrique, la MÉDIANE peut être une bien meilleure description que la moyenne, et l'on choisit alors les rangs par pertinence et non par prudence.

e) Un test de rangs ne fournit jamais d'ESTIMATION de l'ampleur dans l'unité d'origine : il ne dit pas de combien de points les groupes diffèrent. On y remédie en publiant à côté une mesure lisible, la différence des médianes avec son intervalle de confiance, obtenue par la méthode de Hodges-Lehmann, ou une taille d'effet fondée sur les rangs, comme la probabilité qu'une observation d'un groupe dépasse une observation de l'autre, qui se lit directement dans UU. Sans cela, on publie une décision sans quantité, ce qui est le même défaut que de publier une valeur p toute seule.

Exercice 7 : Le test des signes et la médiane

Le plus simple des tests non paramétriques n'utilise que le SIGNE de chaque différence. Il ne suppose rien du tout, pas même la symétrie, et il se calcule à la main avec une loi binomiale.

Quinze étudiants sont mesurés avant et après un atelier : douze progressent, trois régressent.

  • a) Formulez l'hypothèse nulle en termes de probabilité.
  • b) Sous cette hypothèse, quelle loi suit le nombre de progressions ?
  • c) Sachant que les nombres de façons d'obtenir 12, 13, 14 et 15 progressions valent 455, 105, 15 et 1, calculez la valeur p bilatérale.
  • d) Concluez au seuil de 5 %.
  • e) Comparez ce test à celui de Wilcoxon sur les mêmes données.

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a)
b)
c)
d)
e)
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Réponses

  • a) H0H_{0} : la probabilité de progresser vaut 0,50{,}5, donc la médiane des différences est nulle
  • b) Une loi binomiale de paramètres n=15n=15 et p=0,5p=0{,}5
  • c) 576327680,0176\dfrac{576}{32\,768}\approx 0{,}0176 en unilatéral, donc 0,03520{,}0352 en bilatéral
  • d) 0,0352<0,050{,}0352<0{,}05 : on rejette ; la conclusion porte sur le SENS, jamais sur l'ampleur
  • e) Wilcoxon ajoute les rangs des amplitudes, donc gagne en puissance, au prix de l'hypothèse de symétrie

a) H0H_{0} : la probabilité qu'un étudiant progresse vaut 0,50{,}5, autrement dit la médiane des différences individuelles est nulle et le sens du changement est un pur tirage à pile ou face. L'hypothèse alternative bilatérale est que cette probabilité diffère de 0,5.

b) Le nombre de progressions suit une loi BINOMIALE de paramètres n=15n=15 et p=0,5p=0{,}5, puisque les quinze étudiants sont indépendants et que chacun a la même probabilité de progresser sous l'hypothèse nulle.

c) Nombre total de résultats possibles : 215=327682^{15}=32\,768. Nombre de résultats donnant 12 progressions ou plus : 455+105+15+1=576455+105+15+1=576. Probabilité unilatérale : 576327680,017578\dfrac{576}{32\,768}\approx 0{,}017578. Par symétrie de la loi pour p=0,5p=0{,}5, la valeur p bilatérale vaut le double : 2×0,0175780,0351562\times 0{,}017578\approx 0{,}035156.

d) 0,0352<0,050{,}0352<0{,}05 : on REJETTE l'hypothèse nulle. Le nombre de progressions est trop élevé pour être attribué au hasard du sens des changements, et l'on conclut que la médiane des différences est positive. Il faut préciser que la conclusion porte sur le SENS et non sur l'ampleur : le test ignore complètement de combien chacun a progressé.

e) Le test des signes n'utilise que douze plus et trois moins. Wilcoxon utiliserait en plus les rangs des amplitudes, information supplémentaire qui le rend plus puissant : sur des données où les progressions sont grandes et les régressions minuscules, Wilcoxon rejettera là où les signes hésitent. En contrepartie, Wilcoxon suppose la SYMÉTRIE de la distribution des différences, alors que le test des signes ne suppose rien. Le choix se fait donc sur cette hypothèse : symétrie plausible, on prend Wilcoxon; distribution franchement asymétrique, on se rabat sur les signes et l'on accepte la perte de puissance.

Exercice 8 : Cinq affirmations à corriger

Chacune des cinq affirmations suivantes est FAUSSE. Dites pourquoi et donnez l'énoncé correct.

  • 1) « Les tests non paramétriques ne supposent rien : on peut donc les employer sur n'importe quelles données. »
  • 2) « Notre UU vaut 15 et la valeur critique 6 : comme 15 dépasse 6, le résultat est significatif. »
  • 3) « Spearman vaut 1, donc la relation entre les deux variables est une droite parfaite. »
  • 4) « Les rangs perdent tellement d'information qu'un test non paramétrique est toujours nettement moins puissant. »
  • 5) « Kruskal-Wallis rejette : les trois groupes diffèrent donc deux à deux. »

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1)
2)
3)
4)
5)
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Réponses

  • 1) FAUX : l'indépendance est toujours exigée, et la plupart supposent des formes identiques
  • 2) FAUX : la règle est inversée ; 15>615>6, donc on NE rejette PAS
  • 3) FAUX : Spearman mesure la monotonie ; il vaut 1 sur une exponentielle où Pearson vaut 0,900{,}90
  • 4) FAUX : 3π0,955\dfrac{3}{\pi}\approx 0{,}955 sous la normale, et l'efficacité dépasse 1 sur des queues lourdes
  • 5) FAUX : Kruskal-Wallis est omnibus ; il faut enchaîner sur des comparaisons deux à deux corrigées

1) FAUX. Ils supposent tous l'INDÉPENDANCE des observations, hypothèse qui n'est jamais négociable. La plupart supposent en outre l'égalité des FORMES des distributions comparées, et Wilcoxon exige la symétrie des différences. Énoncé correct : ils se passent de l'hypothèse de NORMALITÉ, ce qui est déjà beaucoup, mais ils ne se passent pas de toute hypothèse.

2) FAUX, la règle est inversée pour la statistique UU. On rejette quand UU est INFÉRIEUR OU ÉGAL à la valeur critique, parce qu'un petit UU signifie qu'un groupe monopolise les rangs élevés. Avec U=15U=15 contre une valeur critique de 6, on ne rejette pas. Énoncé correct : les données ne permettent pas de conclure à une différence entre les deux groupes.

3) FAUX. Spearman mesure la MONOTONIE, pas la linéarité : il vaut 1 dès que la relation est strictement croissante, qu'elle soit droite, exponentielle ou logarithmique. Sur le nuage exponentiel du chapitre, Spearman vaut 1 et Pearson environ 0,90. Énoncé correct : les deux classements coïncident parfaitement, donc la relation est strictement croissante; sa forme reste à examiner sur le nuage.

4) FAUX. Sous une distribution normale, l'efficacité de Mann-Whitney par rapport au test t vaut 3π0,955\dfrac{3}{\pi}\approx 0{,}955, soit 4,7 % d'observations en plus pour la même puissance. Et sur des distributions à queues lourdes, elle DÉPASSE 1. Énoncé correct : la perte de puissance est très faible dans le cas le plus favorable au test paramétrique, et elle devient un gain dès que les valeurs extrêmes sont fréquentes.

5) FAUX, exactement comme pour l'analyse de variance. Kruskal-Wallis est un test OMNIBUS : il indique qu'au moins un groupe se distingue, sans dire lequel. Énoncé correct : il faut enchaîner sur des comparaisons deux à deux, tests de Mann-Whitney avec correction du seuil, et il arrive fréquemment qu'aucune ne soit significative alors que le test global l'était.

Exercice 9 : Problème : une échelle de Likert sur deux petits groupes

Deux groupes évaluent la clarté d'un cours sur une échelle de 1 à 7. Groupe encadré, 7 étudiants : 5, 6, 4, 7, 6, 5, 7. Groupe libre, 6 étudiants : 3, 5, 4, 2, 4, 6.

  • a) Justifiez le choix d'un test non paramétrique.
  • b) Rangez les treize valeurs, en traitant correctement les ex aequo.
  • c) Calculez les sommes de rangs et les deux UU.
  • d) La valeur critique pour 7 et 6 vaut 6 au seuil bilatéral de 5 %. Concluez.
  • e) Quelle mesure d'ampleur publier à côté du test ?

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a)
b)
c)
d)
e)
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Réponses

  • a) Variable ordinale, effectifs de 7 et 6, et bornage à 7 qui produit une asymétrie mécanique
  • b) Rangs moyens : chaque 44 vaut 44, chaque 55 vaut 77, chaque 66 vaut 1010, chaque 77 vaut 12,512{,}5
  • c) RE=63R_{E}=63 et RL=28R_{L}=28 ; UE=35U_{E}=35 et UL=7U_{L}=7, de somme 4242
  • d) U=7>6U=7>6 : on ne rejette pas, de très peu ; la valeur p exacte vaut environ 0,0510{,}051
  • e) Médianes 66 et 44, et probabilité de supériorité 35420,833\dfrac{35}{42}\approx 0{,}833

a) Trois raisons se cumulent. La variable est ORDINALE, une échelle de Likert à sept niveaux : rien ne garantit que l'écart entre 4 et 5 égale celui entre 6 et 7. Les EFFECTIFS sont très petits, 7 et 6, donc le théorème central limite ne s'applique pas. Enfin la variable est BORNÉE à 7, ce qui produit une asymétrie mécanique dès que les réponses se tassent vers le haut, comme c'est le cas du groupe encadré.

b) Valeurs triées avec leurs groupes : 2 (L), 3 (L), 4 (E), 4 (L), 4 (L), 5 (E), 5 (E), 5 (L), 6 (E), 6 (E), 6 (L), 7 (E), 7 (E). Les trois 4 occupent les positions 3, 4 et 5, donc reçoivent chacun le rang moyen 4. Les trois 5 occupent 6, 7 et 8, rang moyen 7. Les trois 6 occupent 9, 10 et 11, rang moyen 10. Les deux 7 occupent 12 et 13, rang moyen 12,5. Rangs finaux : 2 vaut 1; 3 vaut 2; chaque 4 vaut 4; chaque 5 vaut 7; chaque 6 vaut 10; chaque 7 vaut 12,5.

c) Groupe encadré : un 4, deux 5, deux 6, deux 7, soit 4+7+7+10+10+12,5+12,5=634+7+7+10+10+12{,}5+12{,}5=63. Groupe libre : un 2, un 3, deux 4, un 5, un 6, soit 1+2+4+4+7+10=281+2+4+4+7+10=28. Contrôle : 63+28=91=13×14263+28=91=\dfrac{13\times 14}{2}. Puis UE=637×82=6328=35U_{E}=63-\dfrac{7\times 8}{2}=63-28=35 et UL=286×72=2821=7U_{L}=28-\dfrac{6\times 7}{2}=28-21=7. Contrôle : 35+7=42=7×635+7=42=7\times 6.

d) On retient U=7U=7. Comme 7>67>6, on ne rejette PAS au seuil de 5 %, de très peu. Les données suggèrent fortement que le groupe encadré juge le cours plus clair, sans que treize observations suffisent à l'établir. La rédaction honnête est de donner la valeur p exacte, ici environ 0,051, plutôt que de conclure sèchement à l'absence de différence : à un point de mesure près, la conclusion basculait.

e) La MÉDIANE de chaque groupe, ici 6 pour l'encadré et 4 pour le libre, et surtout la probabilité qu'une observation du groupe encadré dépasse une observation du groupe libre, qui se lit directement dans UU : UEnEnL=35420,833\dfrac{U_{E}}{n_{E}n_{L}}=\dfrac{35}{42}\approx 0{,}833. Autrement dit, dans cinq paires sur six, l'étudiant encadré juge le cours plus clair. Cette mesure, appelée probabilité de supériorité, est bien plus parlante que la statistique UU brute et elle ne dépend pas des effectifs.

Exercice 10 : Problème : lire une section méthodes

Extrait : « Les scores n'étant pas normalement distribués (test de Shapiro-Wilk, p=0,03p=0{,}03), nous avons utilisé des tests non paramétriques. Le test de Mann-Whitney indique une différence significative entre les deux groupes (U=812U=812; p=0,021p=0{,}021; n1=60n_{1}=60; n2=58n_{2}=58). Les groupes diffèrent donc en moyenne. »

  • a) Le rejet de la normalité justifie-t-il le passage aux rangs, avec 60 sujets par groupe ?
  • b) Vérifiez la cohérence du UU annoncé avec les effectifs, et calculez la probabilité de supériorité.
  • c) « Les groupes diffèrent donc en moyenne » : que reprocher ?
  • d) Que manque-t-il à ce paragraphe pour être publiable ?
  • e) Réécrivez-le.

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a)
b)
c)
d)
e)
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Réponses

  • a) Non : avec 6060 par groupe, le test t est valide ; et un test de normalité est trop puissant sur 118118 observations
  • b) 60×58=348060\times 58=3\,480, donc 81234800,233\dfrac{812}{3\,480}\approx 0{,}233, ou 0,7670{,}767 dans l'autre sens
  • c) Mann-Whitney ne teste pas les moyennes, et l'auteur conclut sur ce qu'il avait justement écarté
  • d) Les médianes et quartiles, une mesure d'ampleur, la vraie raison du choix, et le sens du test
  • e) Nommer la raison du choix, conclure dans les termes que le test autorise, et donner une quantité

a) Non, pas automatiquement. Avec 60 sujets par groupe, la distribution d'échantillonnage de la moyenne est normale par le théorème central limite, quelle que soit la forme de la variable : le test t serait valide. De plus, un test de normalité devient très puissant quand nn grandit et détecte alors des écarts sans importance pratique : sur 118 observations, un pp de 0,03 peut correspondre à une déviation minuscule. La décision devrait donc se fonder sur un graphique des résidus et sur la question posée, non sur un test de normalité. Cela dit, si la variable est ordinale ou très asymétrique, le choix des rangs reste défendable, pour d'autres raisons que celle invoquée.

b) Le produit n1n2=60×58=3480n_{1}n_{2}=60\times 58=3\,480, et UU doit être compris entre 0 et 3 480 : la valeur 812 est donc plausible. La probabilité de supériorité vaut 81234800,233\dfrac{812}{3\,480}\approx 0{,}233, ou son complément 266834800,767\dfrac{2\,668}{3\,480}\approx 0{,}767 selon le sens retenu : dans environ trois paires sur quatre, un membre du second groupe dépasse un membre du premier. Cette lecture est nettement plus informative que la valeur p.

c) Deux reproches. Mann-Whitney ne teste PAS les moyennes : il teste la tendance d'un groupe à produire des valeurs plus élevées, ce qui se traduit par les médianes seulement si les deux distributions ont la même forme. Et l'auteur, qui a justement écarté le test t parce que la distribution n'était pas normale, revient conclure sur la moyenne, ce qui est contradictoire. Énoncé correct : les valeurs du second groupe tendent à dépasser celles du premier.

d) Il manque les MÉDIANES et les quartiles de chaque groupe, pour que le lecteur sache de quel ordre est l'écart; une mesure d'ampleur, la probabilité de supériorité ou la différence de médianes avec son intervalle; la justification réelle du choix des rangs, nature de la variable plutôt que résultat d'un test de normalité; et le sens du test, bilatéral ou unilatéral. Une valeur p et une statistique UU toutes seules ne permettent ni de juger ni de reproduire.

e) « La variable étant une échelle ordinale et sa distribution fortement asymétrique, nous avons comparé les deux groupes par un test de Mann-Whitney bilatéral. Les valeurs du groupe 2 tendent à dépasser celles du groupe 1, U=812U=812; n1=60n_{1}=60; n2=58n_{2}=58; p=0,021p=0{,}021. Les médianes valent respectivement 4 et 5, avec des écarts interquartiles de 2 dans les deux groupes, et la probabilité qu'une observation du groupe 2 dépasse une observation du groupe 1 vaut 0,77. » Le paragraphe nomme la vraie raison du choix, énonce la conclusion dans les termes que le test autorise, et donne enfin une quantité au lecteur.

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