Mathématiques pour l'informatique 201-N11 • Cégep à Montréal

Exercices corrigés : fonctions injectives, surjectives et bijectives (201-N11)

Voici la série d'exercices corrigés sur les fonctions entre ensembles, injections, surjections et bijections, du cours Mathématiques pour l'informatique 201-N11, suivi au cégep par les étudiants en techniques et en sciences de l'informatique à Montréal. La partie A installe les bases : ce qui distingue une fonction d'une relation quelconque, l'ensemble image, l'image réciproque d'une partie et les fibres, les trois natures lues sur un diagramme sagittal, les trois rédactions types pour montrer une injectivité, montrer une surjectivité et réfuter, puis la composée et ce dont elle hérite vraiment. La partie B monte au niveau examen : le chiffrement par substitution et sa réciproque, le comptage des fonctions, des injections, des surjections et des bijections entre ensembles finis, une fonction de hachage examinée comme fonction, et l'énumération de l'ensemble des entiers relatifs par les entiers naturels.

Le fil de la série : injective, surjective et bijective ne sont pas des propriétés d'une formule, ce sont des propriétés du triplet formé par la règle, l'ensemble de départ et l'ensemble d'arrivée. La même règle xx2x \mapsto x^{2} prend les quatre natures possibles selon les deux ensembles qu'on lui donne, et le geste répété d'un exercice à l'autre est donc le même : regarder le départ et l'arrivée avant de répondre.

Le second fil est celui qui rend le chapitre informatique : la cardinalité. Une injection de AA dans BB dit AB\lvert A \rvert \le \lvert B \rvert, une surjection dit l'inégalité contraire, une bijection dit l'égalité, et c'est ainsi qu'on compare deux ensembles sans compter ni l'un ni l'autre. C'est aussi ce qui rend impossible toute fonction de hachage injective, et ce qui met les entiers naturels et les entiers relatifs à égalité.

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Ce chapitre fait partie de Mathématiques pour l'informatique, 201-N11
Avant de commencer Fiche de révision : les pièges et la méthode de ce chapitre

Avant ce chapitre

Ces notions sont supposées acquises ici. Si le premier exercice résiste, le blocage vient presque toujours de l'une d'elles, pas du chapitre lui-même.

Remonter plus loin : la chaîne complète (2 chapitres) ↓

Le chemin de remédiation, du plus ancien au plus proche. Un élève qui reprend ce chapitre de zéro le reprend dans cet ordre.

  1. 1Logique booléenne et mathématique
  2. 2Théorie des ensembles et relations

Rappel de cours

  • Une fonction f:ABf : A \to B est une relation qui donne à chaque élément de AA UNE image et UNE SEULE. Sur un diagramme sagittal : exactement une flèche part de chaque élément de gauche.
  • INJECTIVE : chaque élément de l'arrivée reçoit AU PLUS une flèche. SURJECTIVE : AU MOINS une. BIJECTIVE : EXACTEMENT une.
  • Ces trois mots ne qualifient jamais une formule seule, mais le triplet règle, départ, arrivée. xx2x \mapsto x^{2} est bijective de R+\mathbb{R}^{+} sur R+\mathbb{R}^{+} et rien du tout de R\mathbb{R} dans R\mathbb{R}.
  • Montrer l'injectivité : partir de f(a)=f(b)f(a) = f(b) et arriver à a=ba = b. Montrer la surjectivité : se donner yy et FABRIQUER un antécédent. Réfuter : un seul contre-exemple chiffré.
  • f1(Q)f^{-1}(Q), appliquée à une PARTIE de l'arrivée, existe toujours et rend l'ensemble des antécédents. La FONCTION réciproque f1f^{-1} n'existe que si ff est bijective.
  • Les fibres f1({y})f^{-1}(\{y\}) non vides forment une partition du départ : ce sont les classes de la relation avoir la même image.
  • Composée : si gfg \circ f est injective, alors ff l'est ; si gfg \circ f est surjective, alors gg l'est. L'injectivité remonte vers l'entrée, la surjectivité descend vers la sortie.
  • Réciproque d'une composée : (gf)1=f1g1(g \circ f)^{-1} = f^{-1} \circ g^{-1}, l'ordre s'inverse.
  • Entre ensembles finis : BA\lvert B \rvert^{\lvert A \rvert} fonctions, B!(BA)!\frac{\lvert B \rvert!}{(\lvert B \rvert - \lvert A \rvert)!} injections, A!\lvert A \rvert! bijections quand les cardinaux sont égaux.
  • Injection donne AB\lvert A \rvert \le \lvert B \rvert, surjection donne AB\lvert A \rvert \ge \lvert B \rvert, bijection donne l'égalité. En fini de même cardinal, injective équivaut à surjective ; en infini, non.

Partie A : les bases (/50)

Exercice 1 : Fonction ou relation : ce que le mot fonction exige

Une relation de AA vers BB est n'importe quelle partie de A×BA \times B. Une FONCTION f:ABf : A \to B est une relation qui remplit deux conditions, et deux seulement : chaque élément de AA a une image (EXISTENCE), et il n'en a qu'une (UNICITÉ). Tout le chapitre repose sur ce départ, parce qu'une relation qui échoue sur l'une des deux conditions ne mérite même pas qu'on demande si elle est injective.

La figure donne quatre relations de A={1,2,3}A = \{1,2,3\} vers B={a,b,c}B = \{a,b,c\}, dessinées en diagramme sagittal : une flèche du départ vers l'arrivée pour chaque couple de la relation.

123AabcB(1)123AabcB(2)123AabcB(3)123AabcB(4)
  • a) Parmi les quatre relations de la figure, lesquelles sont des fonctions de AA vers BB ? Pour chaque relation rejetée, nommez la condition qui manque.
  • b) Pour la relation (1), donnez f(1)f(1), f(2)f(2) et f(3)f(3), puis l'ensemble image f(A)f(A) et son cardinal.
  • c) La relation (4) est-elle une fonction ? Donnez son ensemble image et son cardinal.
  • d) Une fonction de AA vers BB peut-elle avoir deux éléments de AA qui ont la même image ? Peut-elle avoir deux éléments de BB qui ont le même antécédent ?
  • e) Vue comme partie de A×BA \times B, combien de couples une fonction de AA vers BB contient-elle exactement ? Comparez au nombre de relations possibles de AA vers BB.

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a)
b)
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Réponses

  • a) Les fonctions sont (1) et (4) ; (2) rate l'existence, (3) rate l'unicité
  • b) f(1)=af(1)=a, f(2)=bf(2)=b, f(3)=bf(3)=b, donc f(A)={a,b}f(A)=\{a,b\}, de cardinal 2
  • c) Oui, la fonction constante de valeur cc ; f(A)={c}f(A)=\{c\}, de cardinal 1
  • d) Oui pour la même image, non pour le même antécédent : une fonction écrase, elle ne se dédouble pas
  • e) Exactement 3 couples, contre 9 dans A×BA \times B et 512 relations possibles

a) Les fonctions sont (1) et (4). La relation (2) échoue sur l'EXISTENCE : l'élément 2 n'a aucune flèche qui en part, donc f(2)f(2) ne désigne rien et l'écriture elle-même perd son sens. La relation (3) échoue sur l'UNICITÉ : deux flèches partent de 1, vers aa et vers bb, donc f(1)f(1) désignerait deux objets à la fois. Le test se lit d'un coup d'oeil sur un diagramme sagittal : il faut EXACTEMENT UNE flèche au départ de CHAQUE élément de gauche. Ni zéro, ni deux. Rien n'est exigé à l'arrivée en revanche : un élément de BB peut recevoir zéro, une ou dix flèches sans qu'on quitte le cadre des fonctions. C'est précisément cette dissymétrie entre le départ et l'arrivée qui produira l'injectivité et la surjectivité dans les exercices suivants.

b) f(1)=af(1) = a, f(2)=bf(2) = b, f(3)=bf(3) = b. L'ensemble image est f(A)={a,b}f(A) = \{a, b\}, de cardinal 2. On ne l'écrit pas {a,b,b}\{a, b, b\} : un ensemble ne compte pas les répétitions, et c'est exactement pour cela que le cardinal de l'image peut être strictement plus petit que celui du départ. Ici f(A)=2<3=A\lvert f(A) \rvert = 2 < 3 = \lvert A \rvert. La perte d'un élément est le signe visible que deux flèches arrivent au même endroit.

c) Oui, la relation (4) est une fonction : chacun des trois éléments de AA a exactement une flèche, et rien n'interdit qu'elles aboutissent toutes au même point. C'est la fonction constante de valeur cc. Son ensemble image est f(A)={c}f(A) = \{c\}, de cardinal 1. L'erreur classique consiste à la rejeter en disant que cc reçoit trois flèches : cette condition n'existe pas. Elle coûte la question entière alors qu'il suffisait de relire la définition.

d) Deux éléments de AA peuvent parfaitement avoir la même image, la relation (4) en donne l'exemple extrême. C'est même exactement le défaut qu'on appellera la non-injectivité. En revanche deux éléments de BB ne peuvent jamais avoir le même antécédent : cela voudrait dire qu'un élément de AA possède deux images, ce que l'unicité interdit. Retenez la formulation dissymétrique : une fonction a le droit d'ÉCRASER, elle n'a pas le droit de SE DÉDOUBLER.

e) Une fonction de AA vers BB contient exactement A=3\lvert A \rvert = 3 couples, un par élément du départ, jamais un de plus ni un de moins. Le produit cartésien A×BA \times B, lui, compte 3×3=93 \times 3 = 9 couples, et il possède 29=5122^{9} = 512 parties, donc il existe 512 relations de AA vers BB. Les fonctions sont donc une minorité étroite parmi les relations, 33=273^{3} = 27 sur 512, soit environ 5,3 pour cent. Ce comptage se reverra à l'exercice 7, où il servira à compter les injections et les bijections.

Exercice 2 : Image et image réciproque d'une partie

Deux notations se ressemblent et ne disent pas du tout la même chose. f(P)f(P), pour PP partie du départ, est l'ensemble des images des éléments de PP. f1(Q)f^{-1}(Q), pour QQ partie de l'arrivée, est l'ensemble des ANTÉCÉDENTS des éléments de QQ. La seconde se lit et se calcule pour n'importe quelle fonction, même la plus écrasante.

On prend E={1,2,3,4,5,6}E = \{1,2,3,4,5,6\}, F={a,b,c,d}F = \{a,b,c,d\} et la fonction f:EFf : E \to F donnée par f(1)=af(1)=a, f(2)=cf(2)=c, f(3)=af(3)=a, f(4)=bf(4)=b, f(5)=cf(5)=c et f(6)=af(6)=a.

  • a) Donnez l'ensemble image f(E)f(E) et son cardinal. Quel élément de FF n'est l'image de personne ?
  • b) Calculez f(P)f(P) pour P={1,3,4}P = \{1,3,4\}, puis f(P)f(P') pour P={2,5}P' = \{2,5\}. Comparez chaque fois le cardinal de la partie et celui de son image.
  • c) Calculez f1({a})f^{-1}(\{a\}), f1({c})f^{-1}(\{c\}), f1({d})f^{-1}(\{d\}) et f1({a,b})f^{-1}(\{a,b\}).
  • d) Vérifiez que les quatre ensembles f1({a})f^{-1}(\{a\}), f1({b})f^{-1}(\{b\}), f1({c})f^{-1}(\{c\}) et f1({d})f^{-1}(\{d\}) ont pour réunion EE et sont deux à deux disjoints. Que retrouve-t-on du chapitre des relations ?
  • e) L'écriture f1({a})f^{-1}(\{a\}) suppose-t-elle que ff possède une fonction réciproque ?

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a)
b)
c)
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Réponses

  • a) f(E)={a,b,c}f(E)=\{a,b,c\}, de cardinal 3 ; dd n'est atteint par personne
  • b) f(P)={a,b}f(P)=\{a,b\} de cardinal 2 pour P=3\lvert P \rvert = 3 ; f(P)={c}f(P')=\{c\} de cardinal 1 pour P=2\lvert P' \rvert = 2
  • c) {1,3,6}\{1,3,6\}, {2,5}\{2,5\}, \varnothing et {1,3,4,6}\{1,3,4,6\}
  • d) Réunion EE, parties deux à deux disjointes : les fibres forment une partition, les classes de avoir la même image
  • e) Non : f1f^{-1} appliquée à une PARTIE est toujours définie, la fonction réciproque ne l'est que si ff est bijective

a) f(E)={a,b,c}f(E) = \{a, b, c\}, de cardinal 3. L'élément dd n'a aucun antécédent : aucune flèche ne lui arrive, on dit qu'il n'est pas ATTEINT. L'ensemble image est donc une partie stricte de FF, et c'est exactement ce qui fera dire à l'exercice 3 que ff n'est pas surjective. Le réflexe à prendre : l'image n'est pas l'arrivée, c'est la partie de l'arrivée réellement utilisée, et les deux coïncident seulement dans le cas surjectif.

b) f(P)={f(1),f(3),f(4)}={a,a,b}={a,b}f(P) = \{f(1), f(3), f(4)\} = \{a, a, b\} = \{a, b\}, de cardinal 2 alors que P=3\lvert P \rvert = 3. f(P)={f(2),f(5)}={c}f(P') = \{f(2), f(5)\} = \{c\}, de cardinal 1 alors que P=2\lvert P' \rvert = 2. La règle générale est f(P)P\lvert f(P) \rvert \le \lvert P \rvert, avec égalité exactement quand ff ne confond aucun élément de PP. Une image ne grandit jamais : c'est le premier résultat de cardinalité du chapitre, et c'est de lui que sortira l'inégalité AB\lvert A \rvert \le \lvert B \rvert associée à une injection.

c) f1({a})={1,3,6}f^{-1}(\{a\}) = \{1, 3, 6\}, les trois éléments dont l'image vaut aa. f1({c})={2,5}f^{-1}(\{c\}) = \{2, 5\}. f1({d})=f^{-1}(\{d\}) = \varnothing : aucun antécédent, et l'ensemble vide est une réponse parfaitement légitime, pas un échec de calcul. Enfin f1({a,b})={1,3,6}{4}={1,3,4,6}f^{-1}(\{a,b\}) = \{1,3,6\} \cup \{4\} = \{1,3,4,6\}. Le piège classique consiste à répondre un ÉLÉMENT quand f1f^{-1} rend un ENSEMBLE : f1({b})f^{-1}(\{b\}) vaut {4}\{4\} et non 44, et la distinction est celle que le chapitre des ensembles faisait déjà entre 33 et {3}\{3\}.

d) Les quatre ensembles sont {1,3,6}\{1,3,6\}, {4}\{4\}, {2,5}\{2,5\} et \varnothing. Leur réunion vaut bien {1,2,3,4,5,6}=E\{1,2,3,4,5,6\} = E, puisque tout élément a une image et figure donc dans exactement une de ces parties, et le total des cardinaux donne 3+1+2+0=63+1+2+0 = 6. Ils sont deux à deux disjoints, car un élément ne peut pas avoir deux images. On retrouve donc une PARTITION de EE, aux parties vides près : ce sont les classes de la relation d'équivalence avoir la même image, étudiée au chapitre des relations. Chaque ensemble f1({y})f^{-1}(\{y\}) s'appelle une FIBRE de ff au-dessus de yy, et le mot servira tel quel à l'exercice 9 sur le hachage.

e) Non, et c'est le contresens le plus fréquent du chapitre. L'écriture f1(Q)f^{-1}(Q), avec un ENSEMBLE entre les parenthèses, est définie pour toute fonction sans exception : elle désigne une partie du départ, obtenue en remontant les flèches. La FONCTION réciproque f1:FEf^{-1} : F \to E, elle, n'existe que si ff est bijective, et notre ff ne l'est pas du tout, puisque dd n'a aucun antécédent et aa en a trois. Deux notations identiques, deux objets différents : l'une prend un ensemble et rend un ensemble, l'autre prendrait un élément et rendrait un élément. Confondre les deux fait écrire f1(a)=1f^{-1}(a) = 1, ce qui ne veut rien dire ici et coûte tous les points de la question.

Exercice 3 : La même formule, quatre départs et quatre arrivées

Injective, surjective et bijective ne sont pas des propriétés d'une formule. Ce sont des propriétés du TRIPLET formé par la règle, l'ensemble de départ et l'ensemble d'arrivée. Changer l'un des deux ensembles sans toucher à la règle change la réponse, et l'étudiant qui répond que le carré n'est pas injectif sans avoir regardé le départ a déjà perdu ses points.

Les définitions, à garder sous les yeux : ff est INJECTIVE quand deux éléments distincts du départ ont des images distinctes, autrement dit quand chaque élément de l'arrivée reçoit AU PLUS une flèche ; elle est SURJECTIVE quand tout élément de l'arrivée a au moins un antécédent, autrement dit en reçoit AU MOINS une ; elle est BIJECTIVE quand elle est les deux, donc quand chacun en reçoit EXACTEMENT une.

La figure donne quatre fonctions entre ensembles finis, une par case.

123AabcdB(1)1234AabcB(2)123AabcB(3)123AabcB(4)
  • a) Pour chacune des quatre fonctions de la figure, dites si elle est injective seulement, surjective seulement, bijective, ou aucune des trois. Justifiez par le nombre de flèches reçues.
  • b) Soit la règle xx2x \mapsto x^{2}. Étudiez l'injectivité et la surjectivité de f:RRf : \mathbb{R} \to \mathbb{R}, puis de f:R+Rf : \mathbb{R}^{+} \to \mathbb{R}.
  • c) Mêmes questions pour f:RR+f : \mathbb{R} \to \mathbb{R}^{+}, puis pour f:R+R+f : \mathbb{R}^{+} \to \mathbb{R}^{+}.
  • d) Mêmes questions pour f:ZNf : \mathbb{Z} \to \mathbb{N}, nn2n \mapsto n^{2}.
  • e) Entre les questions b), c) et d), qu'a-t-on modifié et qu'a-t-on laissé intact ? Énoncez la consigne de lecture que cela impose.

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a)
b)
c)
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Réponses

  • a) (1) injective seulement, (2) surjective seulement, (3) bijective, (4) aucune des trois
  • b) RR\mathbb{R} \to \mathbb{R} : aucune des trois ; R+R\mathbb{R}^{+} \to \mathbb{R} : injective seulement
  • c) RR+\mathbb{R} \to \mathbb{R}^{+} : surjective seulement ; R+R+\mathbb{R}^{+} \to \mathbb{R}^{+} : bijective, de réciproque la racine carrée
  • d) ZN\mathbb{Z} \to \mathbb{N} : aucune des trois ; l'image est l'ensemble des carrés parfaits, 6 valeurs seulement de 0 à 25
  • e) Seuls le départ et l'arrivée ont changé : regarder le départ et l'arrivée avant de répondre

a) Case (1) : chaque élément de BB reçoit au plus une flèche, mais dd n'en reçoit aucune, donc la fonction est INJECTIVE SEULEMENT. Case (2) : les trois éléments de BB sont atteints, mais aa reçoit deux flèches, celles de 1 et de 2, donc SURJECTIVE SEULEMENT. Case (3) : chaque élément de BB reçoit exactement une flèche, donc BIJECTIVE. Case (4) : aa en reçoit deux et bb aucune, donc AUCUNE DES TROIS. Le comptage des flèches reçues est le seul geste à retenir pour un ensemble fini : au plus une donne l'injectivité, au moins une la surjectivité, exactement une la bijectivité. Les flèches PARTIES, elles, ne se comptent pas : elles ont déjà servi à décider que l'objet est une fonction.

b) De R\mathbb{R} dans R\mathbb{R} : pas injective, car f(2)=f(2)=4f(-2) = f(2) = 4 avec 22-2 \ne 2, et un seul contre-exemple suffit ; pas surjective non plus, car 1-1 n'a aucun antécédent, un carré de réel n'étant jamais négatif. De R+\mathbb{R}^{+} dans R\mathbb{R} : elle devient INJECTIVE, car si aa et bb sont positifs et a2=b2a^{2} = b^{2} alors a=ba = b, le candidat b-b ayant été éliminé par le départ ; elle reste non surjective, l'arrivée n'ayant pas bougé et 1-1 n'étant toujours pas atteint.

c) De R\mathbb{R} dans R+\mathbb{R}^{+} : elle devient SURJECTIVE, car tout y0y \ge 0 possède l'antécédent y\sqrt{y}, et même deux dès que y>0y > 0 ; elle reste non injective, le départ n'ayant pas bougé et 2-2 et 22 ayant toujours la même image. De R+\mathbb{R}^{+} dans R+\mathbb{R}^{+} : les deux corrections se cumulent, la fonction est BIJECTIVE, et sa réciproque est la racine carrée. On a donc obtenu les quatre natures possibles avec UNE SEULE règle de calcul, sans jamais écrire un signe différent.

d) De Z\mathbb{Z} dans N\mathbb{N} : ni l'une ni l'autre. Pas injective, car (3)2=32=9(-3)^{2} = 3^{2} = 9. Pas surjective non plus, et c'est le piège de la question : l'arrivée N\mathbb{N} a l'air taillée sur mesure, puisque les carrés d'entiers sont bien des entiers naturels, mais 2, 3, 5, 6 et 7 ne sont les carrés d'aucun entier. Sur les 26 entiers de 0 à 25, seuls 6 sont des carrés parfaits et 20 ne le sont pas. L'ensemble image est l'ensemble des carrés parfaits, partie très mince de N\mathbb{N}. Retenez que rétrécir l'arrivée ne suffit pas : il faut la rétrécir JUSQU'À l'image exacte.

e) On n'a modifié que le départ et l'arrivée. La règle xx2x \mapsto x^{2} n'a pas bougé. La consigne de lecture qui en découle est le fil de toute la série : REGARDER LE DÉPART ET L'ARRIVÉE AVANT DE RÉPONDRE. Un énoncé qui demande si le carré est injectif sans préciser les deux ensembles n'est pas une question difficile, c'est une question mal posée. Le mécanisme précis vaut la peine d'être mémorisé : rétrécir le DÉPART ne peut qu'aider l'injectivité et ne rend jamais surjectif ; rétrécir l'ARRIVÉE ne peut qu'aider la surjectivité et ne change jamais l'injectivité.

Exercice 4 : Les trois rédactions types : montrer, montrer, réfuter

Trois questions, trois rédactions qui ne se ressemblent pas. Montrer l'injectivité est une propriété UNIVERSELLE : on part de f(a)=f(b)f(a) = f(b) et on doit arriver à a=ba = b, pour tous les couples à la fois. Montrer la surjectivité est une EXISTENCE : on se donne un yy quelconque dans l'arrivée et on FABRIQUE un antécédent. Réfuter l'une ou l'autre est un CONTRE-EXEMPLE : un seul suffit, et il doit être exhibé avec ses valeurs.

Le choix de la rédaction n'est pas une question de style. Écrire une existence comme une propriété universelle, ou croire qu'on réfute en disant que cela ne marche pas toujours, sont les deux façons de perdre la totalité des points d'une question de cours.

  • a) Démontrez que f:RRf : \mathbb{R} \to \mathbb{R}, f(x)=3x7f(x) = 3x - 7, est injective, en partant de f(a)=f(b)f(a) = f(b).
  • b) Démontrez que cette même ff est surjective, en résolvant f(x)=yf(x) = y pour un yy quelconque. Vérifiez votre antécédent sur y=5y = 5.
  • c) Réfutez l'injectivité de g:RRg : \mathbb{R} \to \mathbb{R}, g(x)=x24x+1g(x) = x^{2} - 4x + 1. Un seul contre-exemple suffit-il, et pourquoi ?
  • d) Soit h:ZZh : \mathbb{Z} \to \mathbb{Z}, h(n)=2nh(n) = 2n. Est-elle injective ? surjective ? Reprenez la question pour h:Z2Zh : \mathbb{Z} \to 2\mathbb{Z}, où 2Z2\mathbb{Z} désigne l'ensemble des entiers pairs.
  • e) Rangez les trois rédactions : laquelle démontre une propriété universelle, laquelle une existence, laquelle se contente d'un seul exemple ?

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Réponses

  • a) 3a7=3b73a-7=3b-7 entraîne a=ba=b : ff est injective
  • b) x=y+73x = \frac{y+7}{3} convient pour tout yy ; pour y=5y=5, x=4x=4 et f(4)=5f(4)=5
  • c) g(0)=g(4)=1g(0)=g(4)=1 avec 040 \ne 4 ; un seul contre-exemple suffit, car on nie un énoncé universel
  • d) ZZ\mathbb{Z} \to \mathbb{Z} : injective seulement ; Z2Z\mathbb{Z} \to 2\mathbb{Z} : bijective
  • e) Injectivité universelle, surjectivité existentielle, réfutation par un seul exemple

a) Soient aa et bb deux réels tels que f(a)=f(b)f(a) = f(b). Alors 3a7=3b73a - 7 = 3b - 7, donc 3a=3b3a = 3b en ajoutant 7 aux deux membres, donc a=ba = b en divisant par 3, ce qui est licite puisque 303 \ne 0. Deux éléments de même image sont donc égaux : ff est injective. La rédaction commence par SOIENT et se termine par la conclusion demandée, en une chaîne d'implications, sans un seul exemple numérique. Un étudiant qui vérifie sur trois valeurs ne démontre rien, il teste, et cela vaut zéro sur la question.

b) Soit yy un réel quelconque. On cherche xx tel que 3x7=y3x - 7 = y, soit 3x=y+73x = y + 7, soit x=y+73x = \frac{y+7}{3}. Ce nombre est bien un réel, quel que soit yy, puisque la division par 3 est toujours possible. Vérification obligatoire : f(y+73)=3y+737=y+77=yf\left(\frac{y+7}{3}\right) = 3 \cdot \frac{y+7}{3} - 7 = y + 7 - 7 = y. Donc tout réel a un antécédent et ff est surjective. Sur y=5y = 5 : x=123=4x = \frac{12}{3} = 4, et f(4)=127=5f(4) = 12 - 7 = 5. La fonction est donc bijective, ce qui était prévisible : une fonction affine de coefficient directeur non nul, de R\mathbb{R} dans R\mathbb{R}, l'est toujours.

c) g(0)=1g(0) = 1 et g(4)=1616+1=1g(4) = 16 - 16 + 1 = 1. Donc g(0)=g(4)g(0) = g(4) avec 040 \ne 4 : gg n'est pas injective. Un seul contre-exemple suffit, parce que l'injectivité affirme quelque chose pour TOUS les couples, et que la négation d'un énoncé universel est l'existence d'UN cas fautif. On trouve ce couple sans tâtonner, en remarquant que le trinôme a son sommet en x=2x = 2 et que deux points symétriques par rapport à cet axe ont la même image ; 00 et 44 sont à distance 2 de part et d'autre. Écrire seulement que le trinôme n'est pas monotone ne réfute rien : il faut produire les deux valeurs et leur image commune.

d) De Z\mathbb{Z} dans Z\mathbb{Z} : injective, car 2a=2b2a = 2b donne a=ba = b ; pas surjective, car 3 est impair et aucun entier nn ne vérifie 2n=32n = 3. De Z\mathbb{Z} dans 2Z2\mathbb{Z} : la règle et le départ sont inchangés, donc l'injectivité reste acquise sans rien redémontrer, et la surjectivité devient vraie puisque tout entier pair s'écrit 2k2k avec kk entier, ce kk étant l'antécédent cherché. La fonction est donc BIJECTIVE de Z\mathbb{Z} sur 2Z2\mathbb{Z}. C'est le fil de l'exercice 3 appliqué une fois de plus, et cette bijection reviendra à l'exercice 10, où elle dira quelque chose de surprenant sur les cardinaux infinis.

e) L'injectivité est une propriété UNIVERSELLE : pour tous aa et bb, si f(a)=f(b)f(a) = f(b) alors a=ba = b. La surjectivité est une EXISTENCE : pour tout yy, il EXISTE xx tel que f(x)=yf(x) = y, et la rédaction doit produire ce xx, pas seulement affirmer qu'il existe. La réfutation est le seul des trois gestes qui se contente d'un exemple, et c'est parce qu'elle nie un énoncé universel. Le tableau à retenir tient en trois lignes : pour ÉTABLIR un énoncé universel il faut une preuve générale ; pour le DÉTRUIRE il suffit d'un exemple ; pour ÉTABLIR une existence, un exemple suffit au contraire, ici l'antécédent fabriqué en b).

Exercice 5 : La composée et ce dont elle hérite

La composée gfg \circ f se lit de droite à gauche : on applique ff, puis gg. Elle va du départ de ff à l'arrivée de gg, et elle n'est définie que si l'arrivée de ff est bien le départ de gg.

La figure donne f:ABf : A \to B et g:BCg : B \to C avec A={1,2,3}A = \{1,2,3\}, B={a,b,c,d}B = \{a,b,c,d\} et C={x,y,z}C = \{x,y,z\}. Elle est construite pour désamorcer l'idée la plus tenace du chapitre, selon laquelle la composée hériterait des défauts de ses deux morceaux.

123AabcdBxyzCfg
  • a) Donnez (gf)(1)(g \circ f)(1), (gf)(2)(g \circ f)(2) et (gf)(3)(g \circ f)(3), puis dites si gfg \circ f est injective, surjective, bijective.
  • b) ff est-elle surjective ? gg est-elle injective ? Que devient l'idée selon laquelle la composée hérite des défauts des deux fonctions ?
  • c) Démontrez que si ff et gg sont injectives alors gfg \circ f l'est, puis que si ff et gg sont surjectives alors gfg \circ f l'est.
  • d) Démontrez que si gfg \circ f est injective alors ff est injective. La figure montre-t-elle que gg, elle, peut ne pas l'être ?
  • e) Démontrez que si gfg \circ f est surjective alors gg est surjective. La figure montre-t-elle que ff, elle, peut ne pas l'être ?

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Réponses

  • a) xx, yy et zz : gfg \circ f est bijective
  • b) ff non surjective, dd est raté ; gg non injective, bb et dd vont sur yy ; et pourtant la composée est bijective
  • c) Les deux implications sont vraies : injectivité et surjectivité se transmettent à la composée
  • d) gfg \circ f injective entraîne ff injective seulement ; la figure montre gg non injective
  • e) gfg \circ f surjective entraîne gg surjective seulement ; la figure montre ff non surjective

a) f(1)=af(1) = a puis g(a)=xg(a) = x, donc (gf)(1)=x(g \circ f)(1) = x. De même (gf)(2)=g(b)=y(g \circ f)(2) = g(b) = y et (gf)(3)=g(c)=z(g \circ f)(3) = g(c) = z. Les trois images sont distinctes, donc gfg \circ f est injective, et elles épuisent C={x,y,z}C = \{x,y,z\}, donc elle est surjective : gfg \circ f est BIJECTIVE. Le calcul se fait toujours dans cet ordre, en suivant les flèches ; écrire (fg)(1)(f \circ g)(1) n'aurait ici aucun sens, gg ne partant pas de AA.

b) ff n'est PAS surjective : dd ne reçoit aucune flèche venant de AA. gg n'est PAS injective : bb et dd ont la même image yy. Et pourtant la composée est bijective. L'idée que la composée hérite des défauts est donc fausse, et cette figure en est le contre-exemple complet : une fonction qui n'atteint pas tout, suivie d'une fonction qui confond deux éléments, peut donner une bijection, parce que la confusion de gg porte précisément sur l'élément dd que ff n'atteignait pas. Ce qui se transmet, ce sont les QUALITÉS, et encore pas dans les deux sens, comme le montrent les questions d) et e).

c) INJECTIVITÉ. Soient a1a_1 et a2a_2 dans AA avec (gf)(a1)=(gf)(a2)(g \circ f)(a_1) = (g \circ f)(a_2), c'est-à-dire g(f(a1))=g(f(a2))g(f(a_1)) = g(f(a_2)). Comme gg est injective, f(a1)=f(a2)f(a_1) = f(a_2). Comme ff est injective, a1=a2a_1 = a_2. Donc gfg \circ f est injective. SURJECTIVITÉ. Soit cc dans CC. Comme gg est surjective, il existe bb dans BB avec g(b)=cg(b) = c. Comme ff est surjective, il existe aa dans AA avec f(a)=bf(a) = b. Alors (gf)(a)=g(b)=c(g \circ f)(a) = g(b) = c. Donc gfg \circ f est surjective. Remarquez la différence de mouvement : la preuve d'injectivité DÉPILE, elle part d'une égalité et retire les fonctions une à une ; la preuve de surjectivité CONSTRUIT, elle part de l'arrivée et remonte jusqu'au départ. Mélanger les deux mouvements produit une rédaction qui ne démontre rien.

d) Supposons gfg \circ f injective et soient a1,a2a_1, a_2 avec f(a1)=f(a2)f(a_1) = f(a_2). En appliquant gg aux deux membres, g(f(a1))=g(f(a2))g(f(a_1)) = g(f(a_2)), donc (gf)(a1)=(gf)(a2)(g \circ f)(a_1) = (g \circ f)(a_2), donc a1=a2a_1 = a_2 par injectivité de la composée. Donc ff est injective. La figure montre bien que gg peut échouer : gfg \circ f y est injective et pourtant g(b)=g(d)=yg(b) = g(d) = y. La raison tient en une phrase : la composée ne voit de gg que sa restriction à f(A)={a,b,c}f(A) = \{a,b,c\}, et dd lui est invisible. Retenez la dissymétrie : d'une composée injective, seule la PREMIÈRE fonction hérite.

e) Supposons gfg \circ f surjective et soit cc dans CC. Il existe aa dans AA avec g(f(a))=cg(f(a)) = c. Alors l'élément b=f(a)b = f(a) de BB vérifie g(b)=cg(b) = c, donc cc a un antécédent par gg : gg est surjective. La figure le confirme et montre que ff, elle, peut échouer : gfg \circ f y est surjective alors que ff rate dd. C'est la dissymétrie symétrique de la précédente : d'une composée surjective, seule la SECONDE fonction hérite. Les deux résultats se résument d'une phrase, et c'est la forme à mémoriser : l'injectivité remonte vers l'entrée, la surjectivité descend vers la sortie.

Partie B : problèmes et raisonnement (/50)

Exercice 6 : Problème : la bijection comme garantie de déchiffrement

Un chiffrement par substitution remplace chaque lettre par une autre, selon une table fixée. La question qui décide de tout n'est pas la solidité du procédé, c'est son déchiffrabilité : un message chiffré n'est récupérable que si la table est une BIJECTION de l'alphabet sur lui-même.

On travaille sur l'alphabet réduit Σ={A,B,C,D,E}\Sigma = \{A,B,C,D,E\} et sur la table cc donnée par la figure.

ABCDEclairABCDEchiffre
  • a) Vérifiez que cc est une bijection de Σ\Sigma sur Σ\Sigma. Combien existe-t-il de fonctions de Σ\Sigma dans Σ\Sigma, et combien sont des bijections ? Quelle proportion cela fait-il ?
  • b) Construisez c1c^{-1}, lettre par lettre, puis déchiffrez le message EDBCA.
  • c) Vérifiez c1(c(B))=Bc^{-1}(c(B)) = B et c(c1(B))=Bc(c^{-1}(B)) = B. Pourquoi exige-t-on les DEUX égalités pour parler de fonction réciproque ?
  • d) On compose avec un second chiffrement dd, le décalage d'un cran : d(A)=Bd(A)=B, d(B)=Cd(B)=C, d(C)=Dd(C)=D, d(D)=Ed(D)=E, d(E)=Ad(E)=A. Donnez la table de dcd \circ c, dites si c'est une bijection, puis exprimez (dc)1(d \circ c)^{-1} à l'aide de c1c^{-1} et d1d^{-1}.
  • e) Un stagiaire propose e(A)=Ae(A)=A, e(B)=Ae(B)=A, e(C)=Ce(C)=C, e(D)=Ce(D)=C, e(E)=Ee(E)=E, en expliquant que cela comprime le message. Combien de messages de cinq lettres ont pour chiffré AAAAA ? Le déchiffrement est-il possible ?

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  • a) cc est une bijection ; 55=31255^{5}=3\,125 fonctions, 5!=1205!=120 bijections, soit 3,843{,}84 pour cent
  • b) c1:ACc^{-1} : A \to C, BDB \to D, CAC \to A, DED \to E, EBE \to B ; EDBCA se déchiffre en BEDAC
  • c) Les deux égalités valent BB ; l'une exprime l'injectivité, l'autre la surjectivité
  • d) dc:ADd \circ c : A \to D, BAB \to A, CBC \to B, DCD \to C, EEE \to E, bijective, et (dc)1=c1d1(d \circ c)^{-1} = c^{-1} \circ d^{-1}
  • e) 25=322^{5} = 32 messages donnent AAAAA ; déchiffrement impossible, ee n'est pas injective

a) La table donne c(A)=Cc(A)=C, c(B)=Ec(B)=E, c(C)=Ac(C)=A, c(D)=Bc(D)=B, c(E)=Dc(E)=D. Les cinq images sont CC, EE, AA, BB et DD : elles sont deux à deux distinctes, donc cc est injective, et elles épuisent Σ\Sigma, donc cc est surjective. C'est une bijection. Comme départ et arrivée ont ici le même cardinal fini, une seule des deux vérifications aurait suffi, résultat démontré à l'exercice 7. Il existe 55=31255^{5} = 3\,125 fonctions de Σ\Sigma dans Σ\Sigma, dont 5!=1205! = 120 bijections, soit 3,843{,}84 pour cent. Autrement dit, plus de 96 fonctions sur 100 sont inutilisables comme chiffrement, et il ne suffit donc pas de tirer une table au hasard.

b) On renverse chaque flèche. c(C)=Ac(C)=A donne c1(A)=Cc^{-1}(A)=C ; c(D)=Bc(D)=B donne c1(B)=Dc^{-1}(B)=D ; c(A)=Cc(A)=C donne c1(C)=Ac^{-1}(C)=A ; c(E)=Dc(E)=D donne c1(D)=Ec^{-1}(D)=E ; c(B)=Ec(B)=E donne c1(E)=Bc^{-1}(E)=B. Le déchiffrement de EDBCA se fait lettre par lettre : EBE \to B, DED \to E, BDB \to D, CAC \to A, ACA \to C, soit BEDAC. Vérification dans l'autre sens : cc appliquée à BEDAC redonne bien EE, DD, BB, CC, AA. Le piège est de lire la table dans le mauvais sens, ce qui donne un texte sans aucun sens sans qu'aucune erreur de calcul soit visible : le contrôle par rechiffrement est donc obligatoire.

c) c(B)=Ec(B) = E et c1(E)=Bc^{-1}(E) = B : la première égalité est vérifiée. c1(B)=Dc^{-1}(B) = D et c(D)=Bc(D) = B : la seconde aussi. On exige les deux parce qu'elles ne disent pas la même chose. L'égalité c1c=idΣc^{-1} \circ c = \mathrm{id}_{\Sigma} dit qu'on retrouve toujours le message de DÉPART, ce qui correspond à l'injectivité de cc ; l'égalité cc1=idΣc \circ c^{-1} = \mathrm{id}_{\Sigma} dit que toute lettre chiffrée possible provient bien d'une lettre claire, ce qui correspond à la surjectivité. Une fonction qui ne vérifie qu'une des deux possède seulement un inverse à gauche ou un inverse à droite, jamais une réciproque, et sur un ensemble infini les deux situations existent vraiment, comme l'exercice 10 le montrera.

d) On applique cc puis dd : ACDA \to C \to D, BEAB \to E \to A, CABC \to A \to B, DBCD \to B \to C, EDEE \to D \to E. La table de dcd \circ c est donc ADA \to D, BAB \to A, CBC \to B, DCD \to C, EEE \to E, et ses cinq images sont distinctes : c'est une bijection, comme le garantissait le résultat de l'exercice 5 sur la composée de deux bijections. Sa réciproque est (dc)1=c1d1(d \circ c)^{-1} = c^{-1} \circ d^{-1}, et l'ordre s'inverse : pour défaire deux opérations enchaînées, on défait d'abord la DERNIÈRE faite. Écrire d1c1d^{-1} \circ c^{-1} est l'erreur classique, et elle se détecte tout de suite : cette composée ne part même pas du bon ensemble dans le cas général où les trois ensembles diffèrent.

e) La fonction ee n'est pas injective : AA et BB ont la même image AA, CC et DD ont la même image CC. Pour obtenir AAAAA, chacune des cinq positions doit contenir une lettre d'image AA, donc AA ou BB : cela fait 25=322^{5} = 32 messages clairs différents qui donnent le même chiffré. Le déchiffrement est donc impossible, non par manque d'astuce mais par principe : ee n'étant pas injective n'a pas de réciproque, et le destinataire devant choisir entre 32 messages n'a aucun moyen de trancher. C'est exactement l'argument que le chapitre des techniques de démonstration emploie contre le compresseur sans perte universel, et c'est ici la même propriété, lue sur la fonction plutôt que sur un comptage.

ABCDEchiffreABCDEclair

Exercice 7 : Compter les fonctions, les injections et les bijections

Trois outils du cours servent ici et ne sont pas redémontrés : le principe multiplicatif et les arrangements n!(nk)!\frac{n!}{(n-k)!}, traités dans la série de dénombrement du même cours, et le principe d'inclusion-exclusion, traité dans celle des ensembles. On les emploie tels quels pour compter des fonctions entre ensembles finis.

Le résultat visé est le second fil de la série : une injection de AA dans BB impose AB\lvert A \rvert \le \lvert B \rvert, une surjection impose AB\lvert A \rvert \ge \lvert B \rvert, une bijection impose l'égalité. C'est ainsi qu'on compare deux ensembles sans compter ni l'un ni l'autre.

  • a) A=3\lvert A \rvert = 3 et B=5\lvert B \rvert = 5. Combien de fonctions de AA vers BB ? Combien d'injections ? Combien de bijections ?
  • b) A=4\lvert A \rvert = 4 et B=3\lvert B \rvert = 3. Combien de fonctions ? Combien d'injections, et pourquoi ? Combien de surjections, par inclusion-exclusion ?
  • c) A=B=4\lvert A \rvert = \lvert B \rvert = 4. Combien de fonctions, combien de bijections, et quelle proportion ?
  • d) Énoncez les trois inégalités de cardinal associées à l'existence d'une injection, d'une surjection et d'une bijection entre ensembles finis.
  • e) AA et BB sont finis de MÊME cardinal. Démontrez qu'une fonction injective f:ABf : A \to B est automatiquement surjective. Ce résultat tient-il encore si AA et BB sont infinis ?

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Réponses

  • a) 53=1255^{3}=125 fonctions, 5×4×3=605 \times 4 \times 3 = 60 injections, 0 bijection
  • b) 34=813^{4}=81 fonctions, 0 injection par les tiroirs, 8148+3=3681-48+3=36 surjections
  • c) 44=2564^{4}=256 fonctions, 4!=244!=24 bijections, soit 9,3759{,}375 pour cent
  • d) Injection : AB\lvert A \rvert \le \lvert B \rvert ; surjection : AB\lvert A \rvert \ge \lvert B \rvert ; bijection : égalité
  • e) Oui en fini, car f(A)f(A) est une partie de BB de même cardinal ; faux en infini, 2ZZ2\mathbb{Z} \subset \mathbb{Z} le montre

a) FONCTIONS : chaque élément de AA choisit librement son image parmi les 5 de BB, indépendamment des autres, donc 53=1255^{3} = 125 par le principe multiplicatif. INJECTIONS : les images doivent être deux à deux distinctes, donc le premier élément a 5 choix, le deuxième 4, le troisième 3, soit 5×4×3=605 \times 4 \times 3 = 60. On reconnaît l'arrangement 5!2!=60\frac{5!}{2!} = 60 de la série de dénombrement : compter les injections de AA dans BB, c'est exactement compter les mots de 3 lettres distinctes sur un alphabet de 5. BIJECTIONS : aucune, soit 0, puisqu'une bijection exigerait 3=53 = 5. La formule générale à retenir : BA\lvert B \rvert^{\lvert A \rvert} fonctions et B!(BA)!\frac{\lvert B \rvert!}{(\lvert B \rvert - \lvert A \rvert)!} injections.

b) FONCTIONS : 34=813^{4} = 81. INJECTIONS : aucune, soit 0. La raison se dit en une ligne avec le principe des tiroirs : on range 4 objets dans 3 tiroirs, donc deux au moins partagent un tiroir, donc deux éléments au moins ont la même image. SURJECTIONS : on retire des 81 fonctions celles qui ratent au moins un élément de BB. Celles qui ratent un élément fixé sont 24=162^{4} = 16, et il y a 3 façons de choisir l'élément raté ; celles qui en ratent deux fixés sont 14=11^{4} = 1, avec 3 choix de paire ; aucune n'en rate trois, une fonction devant avoir des images. L'inclusion-exclusion donne 813×16+3×1=8148+3=3681 - 3 \times 16 + 3 \times 1 = 81 - 48 + 3 = 36 surjections. L'erreur classique est d'oublier le terme correctif +3+3 et de répondre 33 : on aurait alors compté deux fois les fonctions qui ratent deux éléments.

c) FONCTIONS : 44=2564^{4} = 256. BIJECTIONS : ce sont les permutations de 4 objets, soit 4!=244! = 24. La proportion est 24256=0,09375\frac{24}{256} = 0{,}09375, soit 9,3759{,}375 pour cent. Le chiffre mérite d'être retenu pour sa leçon : même entre deux ensembles de même taille, une fonction prise au hasard n'a pas une chance sur dix d'être une bijection, et la proportion s'effondre quand le cardinal grandit, n!nn\frac{n!}{n^{n}} tendant très vite vers zéro.

d) Si une injection de AA dans BB existe, alors AB\lvert A \rvert \le \lvert B \rvert : les images sont A\lvert A \rvert éléments distincts de BB. Si une surjection de AA sur BB existe, alors AB\lvert A \rvert \ge \lvert B \rvert : les fibres sont B\lvert B \rvert parties non vides et deux à deux disjointes de AA. Si une bijection existe, alors A=B\lvert A \rvert = \lvert B \rvert, par les deux précédentes. Ces trois énoncés sont l'outil de comparaison du chapitre : on démontre A=B\lvert A \rvert = \lvert B \rvert en EXHIBANT une bijection, ce qui ne demande de compter ni AA ni BB.

e) Soit f:ABf : A \to B injective, avec A=B=n\lvert A \rvert = \lvert B \rvert = n fini. L'injectivité donne f(A)=A=n\lvert f(A) \rvert = \lvert A \rvert = n, car aucune image ne se répète. Or f(A)f(A) est une partie de BB, qui compte nn éléments : une partie d'un ensemble FINI qui a autant d'éléments que lui est l'ensemble tout entier. Donc f(A)=Bf(A) = B et ff est surjective. En infini le résultat tombe, et c'est la seconde étape qui lâche : 2ZZ2\mathbb{Z} \subset \mathbb{Z}, les deux sont en bijection comme l'exercice 4 l'a montré, et pourtant 2ZZ2\mathbb{Z} \ne \mathbb{Z}. Une partie stricte d'un ensemble infini peut avoir le même cardinal que lui, ce qui est même la définition d'un ensemble infini. L'exercice 10 exploite ce point.

Exercice 8 : Cinq affirmations à corriger

Chacune est fausse, et chacune est une phrase réellement entendue en classe. Dites en quoi elle l'est, donnez la correction exacte et, quand c'est possible, un contre-exemple chiffré.

  • 1) « Toute fonction a une réciproque. »
  • 2) « Injective veut dire strictement croissante. »
  • 3) « On peut changer l'ensemble d'arrivée sans changer la nature de la fonction. »
  • 4) « Une bijection entre deux ensembles infinis est impossible. »
  • 5) « Surjective veut dire que tout élément du départ a une image. »

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2)
3)
4)
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Réponses

  • 1) FAUX : seule une bijection a une réciproque ; f(x)=x2f(x)=x^{2} sur R\mathbb{R} n'en a pas
  • 2) FAUX : strictement monotone entraîne injective, jamais l'inverse ; x1/xx \mapsto 1/x le montre
  • 3) FAUX : l'injectivité ne bouge pas, la surjectivité si ; xx2x \mapsto x^{2} devient surjective de R\mathbb{R} dans R+\mathbb{R}^{+}
  • 4) FAUX : n2nn \mapsto 2n de Z\mathbb{Z} sur 2Z2\mathbb{Z} en est une ; Cantor dit seulement qu'il n'y en a pas de N\mathbb{N} sur R\mathbb{R}
  • 5) FAUX : c'est la définition d'une fonction ; surjective parle de l'ARRIVÉE et des antécédents

1) FAUX. Seules les BIJECTIONS ont une fonction réciproque. La confusion vient de la notation : f1(Q)f^{-1}(Q), appliquée à une partie de l'arrivée, existe pour toute fonction et désigne l'ensemble des antécédents, tandis que f1(y)f^{-1}(y), appliquée à un élément, n'a de sens que si ff est bijective. Contre-exemple : f:RRf : \mathbb{R} \to \mathbb{R}, f(x)=x2f(x) = x^{2} n'a pas de réciproque, puisque f1({4})={2,2}f^{-1}(\{4\}) = \{-2, 2\} contient deux éléments et que f1({1})=f^{-1}(\{-1\}) = \varnothing. La correction complète : une fonction a une réciproque si et seulement si elle est bijective, et l'exercice 6 a montré que cela se vérifie par les DEUX composées.

2) FAUX, et deux fois. D'abord, la croissance suppose un ORDRE sur le départ et sur l'arrivée : entre deux ensembles finis quelconques, comme {1,2,3}\{1,2,3\} et {a,b,c}\{a,b,c\}, la phrase n'a tout simplement aucun sens, alors que l'injectivité en a un. Ensuite, même sur R\mathbb{R}, l'énoncé est faux : x1xx \mapsto \frac{1}{x} sur R\mathbb{R}^{*} est injective et n'est pas croissante, puisque 1<1-1 < 1 donne 11=1<1=11\frac{1}{-1} = -1 < 1 = \frac{1}{1}, ce qui a l'air croissant, alors que 1<21 < 2 donne 11=1>0,5=12\frac{1}{1} = 1 > 0{,}5 = \frac{1}{2}. L'implication correcte ne va que dans un sens : strictement monotone sur un intervalle entraîne injective, jamais l'inverse.

3) FAUX, et c'est le fil de toute la série. Changer l'arrivée ne touche pas à l'injectivité, mais change la surjectivité : xx2x \mapsto x^{2} de R\mathbb{R} dans R\mathbb{R} n'est pas surjective, la même règle de R\mathbb{R} dans R+\mathbb{R}^{+} l'est. La correction précise vaut la peine d'être mémorisée : rétrécir l'ARRIVÉE ne peut qu'aider la surjectivité et ne change jamais l'injectivité ; rétrécir le DÉPART ne peut qu'aider l'injectivité et ne rend jamais surjectif. Une fonction n'est donnée qu'avec ses deux ensembles, faute de quoi la question de sa nature n'est pas posée.

4) FAUX. L'exercice 4 en donne déjà une : n2nn \mapsto 2n est une bijection de Z\mathbb{Z} sur 2Z2\mathbb{Z}, deux ensembles infinis. L'exercice 10 en donne une autre, entre N\mathbb{N} et Z\mathbb{Z}. C'est même par une bijection que se DÉFINIT l'égalité de deux cardinaux infinis, faute de pouvoir compter. Ce qui est vrai, et qui est probablement à l'origine de la confusion, est un énoncé bien plus fin, dû à Cantor : il n'existe aucune bijection de N\mathbb{N} sur R\mathbb{R}, donc tous les infinis ne sont pas de la même taille. Deux infinis peuvent être en bijection, et parfois ils ne le sont pas.

5) FAUX : la phrase décrit la définition d'une FONCTION, pas la surjectivité. Tout élément du départ a une image, c'est la condition d'existence de l'exercice 1, et elle est satisfaite par toute fonction sans exception. La surjectivité parle de l'ARRIVÉE : tout élément de l'arrivée a au moins un ANTÉCÉDENT. Le contre-exemple est immédiat : f:{1,2,3}{a,b,c,d}f : \{1,2,3\} \to \{a,b,c,d\} avec f(1)=af(1)=a, f(2)=bf(2)=b, f(3)=cf(3)=c est une fonction, donc chaque élément du départ a bien une image, et elle n'est pas surjective puisque dd n'a aucun antécédent. Confondre les deux phrases fait répondre que toute fonction est surjective, ce qui vide le mot de son sens.

Exercice 9 : Problème : la fonction de hachage qui écrase

Une table de hachage range des clés dans des alvéoles au moyen d'une fonction hh qui va de l'univers des clés vers {0,1,,m1}\{0, 1, \dots, m-1\}. Tout ce que ce chapitre dit des fonctions se lit sur ce seul objet, et la lecture explique une décision de programmation que beaucoup appliquent sans savoir pourquoi.

La figure donne six clés k1k_1 à k6k_6 et trois alvéoles numérotées 0, 1 et 2.

k1k2k3k4k5k6cles012cases
  • a) Lisez la figure et donnez h1({0})h^{-1}(\{0\}), h1({1})h^{-1}(\{1\}) et h1({2})h^{-1}(\{2\}). Vérifiez que ces trois fibres forment une partition des six clés.
  • b) hh est-elle surjective ? injective ? Laquelle des deux propriétés demande-t-on à une bonne fonction de hachage, et laquelle est hors d'atteinte ?
  • c) On hache maintenant tous les mots de 8 caractères pris sur un alphabet de 62 symboles, vers 1 024 alvéoles. Calculez le cardinal de l'univers des clés, comparez-le à 1 024 et concluez sur l'injectivité.
  • d) Peut-on reconstituer une clé à partir du seul numéro de son alvéole ? Formulez la réponse avec le mot réciproque, et dites quelle conséquence cela a sur ce qu'une table de hachage doit stocker.
  • e) On veut au contraire un annuaire qui associe à chaque employé son numéro de dossier, et qui permette de retrouver l'employé à partir du numéro. Quelle propriété exige-t-on de la fonction, et quelle contrainte cela met-il sur les deux cardinaux ?

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Réponses

  • a) {k1,k3,k6}\{k_1,k_3,k_6\}, {k4}\{k_4\} et {k2,k5}\{k_2,k_5\} ; partition vérifiée, 3+1+2=63+1+2=6, et 2 collisions dans l'alvéole 0
  • b) Surjective seulement ; on veut la surjectivité et des fibres équilibrées, l'injectivité est hors d'atteinte
  • c) 628=21834010558489662^{8} = 218\,340\,105\,584\,896 contre 1 024 : aucune injection possible, environ 2,13×10112{,}13 \times 10^{11} clés par alvéole
  • d) Non : sans injectivité, pas de réciproque ; on ne retrouve que la fibre, d'où l'obligation de stocker la clé dans l'alvéole
  • e) Une bijection, donc l'égalité des deux cardinaux ; un compteur, pas un hachage

a) La figure donne h(k1)=0h(k_1) = 0, h(k2)=2h(k_2) = 2, h(k3)=0h(k_3) = 0, h(k4)=1h(k_4) = 1, h(k5)=2h(k_5) = 2 et h(k6)=0h(k_6) = 0. Donc h1({0})={k1,k3,k6}h^{-1}(\{0\}) = \{k_1, k_3, k_6\}, h1({1})={k4}h^{-1}(\{1\}) = \{k_4\} et h1({2})={k2,k5}h^{-1}(\{2\}) = \{k_2, k_5\}. Les trois parties sont non vides, deux à deux disjointes, et leur réunion est l'ensemble des six clés : 3+1+2=63 + 1 + 2 = 6. C'est bien une partition, celle des fibres introduite à l'exercice 2. L'alvéole 0 porte trois clés, donc deux collisions, puisqu'une collision est une clé de plus dans une alvéole déjà occupée.

b) hh est SURJECTIVE : les trois alvéoles reçoivent au moins une clé, aucune n'est vide. Elle n'est PAS injective, puisque k1k_1 et k3k_3 partagent l'alvéole 0. C'est exactement ce qu'on demande à une bonne fonction de hachage, et même un peu plus : on veut la surjectivité, pour ne pas gaspiller d'alvéoles, et surtout des fibres de tailles comparables, pour que le coût de recherche reste borné. L'injectivité, elle, est hors d'atteinte dès que l'univers des clés dépasse le nombre d'alvéoles, ce qui est toujours le cas en pratique : question c).

c) L'univers des clés compte 628=21834010558489662^{8} = 218\,340\,105\,584\,896 mots, soit environ 2,18×10142{,}18 \times 10^{14}. Les alvéoles sont au nombre de 1 024. Une injection de l'univers dans les alvéoles exigerait 628102462^{8} \le 1\,024, ce qui est faux de onze ordres de grandeur : le quotient vaut environ 2,13×10112{,}13 \times 10^{11} clés par alvéole en moyenne. Aucune fonction de hachage vers 1 024 alvéoles n'est donc injective, et le raisonnement n'utilise rien de la fonction choisie, seulement les deux cardinaux. C'est l'inégalité de l'exercice 7 lue à l'envers : pas d'injection possible quand le départ est plus grand que l'arrivée.

d) Non. hh n'étant pas injective n'a pas de fonction réciproque : connaître h(x)h(x) ne détermine pas xx, cela détermine seulement la FIBRE à laquelle xx appartient, c'est-à-dire l'ensemble de toutes les clés qui atterrissent dans la même alvéole. La conséquence pratique est celle que toute implémentation applique : une table de hachage STOCKE la clé à côté de la valeur, dans l'alvéole. Sans cela, une recherche qui tombe sur l'alvéole 0 ne saurait pas si elle a trouvé k1k_1, k3k_3 ou k6k_6. Le champ clé n'est pas une redondance de confort, il est rendu obligatoire par la non-injectivité de hh.

e) On exige une BIJECTION entre l'ensemble des employés et l'ensemble des numéros de dossier utilisés. L'injectivité garantit que deux employés n'ont jamais le même numéro, donc qu'un numéro identifie bien une personne ; la surjectivité garantit qu'aucun numéro attribué ne reste orphelin. Par l'exercice 7, cela impose l'égalité des deux cardinaux, et c'est précisément pour cela qu'on ne construit PAS un annuaire avec une fonction de hachage : le hachage est fait pour ranger vite, pas pour identifier. Si l'on tient à un numéro court, il faut le donner par un compteur, qui est injectif par construction, et non par un calcul sur le nom.

Exercice 10 : Problème : compter l'infini, de N vers Z

Deux ensembles ont le même cardinal quand il existe une bijection de l'un sur l'autre. Cette définition ne demande pas de compter, et c'est la seule qui survive à l'infini : on ne dénombre pas N\mathbb{N}, on le met en face d'autre chose.

La figure donne une façon d'énumérer Z\mathbb{Z}, c'est-à-dire de lui faire la queue : le rang 0 pour l'entier 0, puis alternativement un négatif et un positif.

NZ001-1213-2425-363
  • a) Lisez la figure et donnez φ(0)\varphi(0) à φ(6)\varphi(6), puis écrivez φ:NZ\varphi : \mathbb{N} \to \mathbb{Z} par une formule à deux cas selon la parité de nn.
  • b) Donnez φ1(5)\varphi^{-1}(5) et φ1(5)\varphi^{-1}(-5), puis la formule de φ1\varphi^{-1} selon le signe de kk.
  • c) Pourquoi le fait que φ1\varphi^{-1} soit une fonction bien définie de Z\mathbb{Z} dans N\mathbb{N}, vérifiant les deux composées, suffit-il à prouver que φ\varphi est bijective ?
  • d) Soit ψ:N2N\psi : \mathbb{N} \to 2\mathbb{N}, ψ(n)=2n\psi(n) = 2n, où 2N2\mathbb{N} est l'ensemble des entiers naturels pairs. Montrez que ψ\psi est bijective. Or 2N2\mathbb{N} est une partie STRICTE de N\mathbb{N} : qu'en conclure ?
  • e) L'exercice 7 a démontré qu'entre ensembles FINIS de même cardinal, injective entraîne surjective. Sur quel point exact cette démonstration échoue-t-elle pour ψ\psi ?

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a)
b)
c)
d)
e)
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Réponses

  • a) 0,1,1,2,2,3,30, -1, 1, -2, 2, -3, 3 ; φ(n)=n2\varphi(n) = \frac{n}{2} si nn pair, n+12-\frac{n+1}{2} si nn impair
  • b) φ1(5)=10\varphi^{-1}(5) = 10, φ1(5)=9\varphi^{-1}(-5) = 9 ; φ1(k)=2k\varphi^{-1}(k) = 2k si k0k \ge 0, 2k1-2k-1 si k<0k < 0
  • c) Les deux composées valent l'identité, ce qui donne l'injectivité puis la surjectivité de φ\varphi
  • d) ψ\psi est bijective : un ensemble infini peut être en bijection avec une de ses parties strictes
  • e) La seconde étape : une partie d'un ensemble INFINI peut avoir le même cardinal sans être l'ensemble entier

a) La figure donne φ(0)=0\varphi(0) = 0, φ(1)=1\varphi(1) = -1, φ(2)=1\varphi(2) = 1, φ(3)=2\varphi(3) = -2, φ(4)=2\varphi(4) = 2, φ(5)=3\varphi(5) = -3 et φ(6)=3\varphi(6) = 3. Les rangs pairs reçoivent les positifs, les rangs impairs les négatifs. La formule est donc φ(n)=n2\varphi(n) = \frac{n}{2} si nn est pair, et φ(n)=n+12\varphi(n) = -\frac{n+1}{2} si nn est impair. Vérification sur deux valeurs, obligatoire quand on écrit une formule à deux cas : φ(4)=2\varphi(4) = 2 et φ(5)=62=3\varphi(5) = -\frac{6}{2} = -3, ce qui correspond à la figure. Le piège est d'écrire n2-\frac{n}{2} pour les impairs, qui ne donne même pas un entier.

b) Pour atteindre 55, positif, il faut un rang pair nn avec n2=5\frac{n}{2} = 5, donc n=10n = 10 : φ1(5)=10\varphi^{-1}(5) = 10. Pour atteindre 5-5, négatif, il faut un rang impair avec n+12=5-\frac{n+1}{2} = -5, donc n+1=10n + 1 = 10 et n=9n = 9 : φ1(5)=9\varphi^{-1}(-5) = 9. La formule générale est φ1(k)=2k\varphi^{-1}(k) = 2k si k0k \ge 0, et φ1(k)=2k1\varphi^{-1}(k) = -2k - 1 si k<0k < 0. Contrôle sur k=5k = -5 : 2×(5)1=101=9-2 \times (-5) - 1 = 10 - 1 = 9, conforme. Le cas k=0k = 0 se range avec les positifs et donne φ1(0)=0\varphi^{-1}(0) = 0 : une formule à deux cas exige qu'on dise explicitement de quel côté tombe la frontière, sans quoi la fonction n'est pas définie partout ou l'est deux fois.

c) Parce qu'exhiber une fonction gg vérifiant gφ=idNg \circ \varphi = \mathrm{id}_{\mathbb{N}} ET φg=idZ\varphi \circ g = \mathrm{id}_{\mathbb{Z}} suffit à établir la bijectivité, sans revenir aux définitions. La première égalité rend φ\varphi injective, par le résultat de l'exercice 5 : si gφg \circ \varphi est injective, et l'identité l'est, alors φ\varphi l'est. La seconde rend φ\varphi surjective par le résultat symétrique : si φg\varphi \circ g est surjective, alors φ\varphi l'est. C'est la méthode la plus économique du chapitre, et c'est celle qu'on emploie chaque fois qu'un candidat réciproque se calcule facilement. Les deux vérifications sont ici immédiates : nn pair donne φ1(n/2)=n\varphi^{-1}(n/2) = n, nn impair donne φ1((n+1)/2)=(n+1)1=n\varphi^{-1}(-(n+1)/2) = (n+1) - 1 = n.

d) ψ\psi est injective : 2a=2b2a = 2b donne a=ba = b. Elle est surjective sur 2N2\mathbb{N} : tout entier naturel pair s'écrit 2k2k avec kk entier naturel, et ce kk est l'antécédent. Donc ψ\psi est bijective, et N\mathbb{N} et 2N2\mathbb{N} ont le même cardinal. Or 2N2\mathbb{N} est une partie stricte de N\mathbb{N}, puisque 1, 3, 5 n'en sont pas. Conclusion : un ensemble infini peut être en bijection avec une de ses parties strictes, et il a donc autant d'éléments qu'une moitié de lui-même. Ce n'est pas un paradoxe, c'est la définition même d'un ensemble infini, celle de Dedekind, et c'est ce qui sépare le fini de l'infini bien plus nettement que l'idée vague de continuer sans fin.

e) La démonstration de l'exercice 7 comportait deux étapes. La première, ψ(N)=N\lvert \psi(\mathbb{N}) \rvert = \lvert \mathbb{N} \rvert, reste vraie : l'injectivité ne fait perdre aucun élément. C'est la SECONDE qui échoue, celle qui disait qu'une partie d'un ensemble fini ayant autant d'éléments que lui est l'ensemble tout entier. Ici 2N2\mathbb{N} a le même cardinal que N\mathbb{N} et n'est pourtant pas N\mathbb{N}. Le mot fini n'était donc pas une précaution de rédaction, c'était le coeur de l'argument, et c'est la leçon de méthode à emporter : quand un résultat porte une hypothèse, il faut savoir dire à quelle ligne elle sert. Notons pour finir que N\mathbb{N}, Z\mathbb{Z}, 2N2\mathbb{N} et même Q\mathbb{Q} ont tous le même cardinal, mais que R\mathbb{R} n'est en bijection avec aucun d'eux : tous les infinis ne se valent pas.

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