Enseignement scientifique, Terminale • Programme français, lycées de Montréal
Exercices corrigés d'enseignement scientifique : science, climat et société
Voici une série d'exercices corrigés d'enseignement scientifique pour la classe de Terminale, sur le thème « Science, climat et société » du programme français. Elle s'adresse à tout élève de Terminale générale qui suit le programme français, en France comme dans le réseau des lycées français à l'étranger.
Dix-huit exercices en quatre parties. La partie A couvre l'atmosphère et l'origine biologique du dioxygène, la couche d'ozone, le forçage radiatif et la sensibilité climatique, les rétroactions positives et négatives, la variabilité naturelle et la tendance (exercices 1 à 5). La partie B explique ce qu'un modèle climatique calcule et chiffre l'empreinte carbone d'un foyer puis d'un lycée (exercices 6 à 10). La partie C ajoute le cycle du carbone (exercice 11), l'océan comme réservoir de chaleur (exercice 12), la hausse du niveau des mers (exercice 13), l'acidification des océans (exercice 14) et le budget carbone restant (exercice 15).
Le fil de la série : le climat ne se prévoit pas comme la météo. On ne prédit pas un état, on calcule la réponse d'un système à un forçage, et l'incertitude porte bien davantage sur nos choix que sur la physique. Trois pièges reviennent dans les copies et le corrigé les désigne : confondre le trou d'ozone et le réchauffement, lire une tendance sur deux valeurs annuelles isolées, et croire que l'écart entre les scénarios traduit un désaccord scientifique.
La partie D suit le programme révisé en 2023, en vigueur depuis la rentrée 2024 : diagramme d'état de l'eau (exercice 16), pouvoir d'un gaz à effet de serre lu sur son spectre d'absorption et pesé par son abondance (exercice 17), indices des climats passés, et distinction entre corrélation et causalité (exercice 18). Depuis 2023, le cycle du carbone et l'empreinte carbone (exercices 7, 9, 10 et 11) relèvent du thème « Le futur des énergies » ; ils restent au programme. La formule logarithmique du forçage, le pH et la somme d'une suite géométrique illimitée sont signalés comme approfondissements dans les exercices 3, 14 et 15.
Série autocorrigéeTape tes réponses et vérifie-les question par question : la page te dit juste ou faux avant d'ouvrir la correction. Avec un compte, chaque bonne réponse du premier coup rapporte des points, et tes réponses justes restent remplies quand tu reviens.
•Air sec : 78,1 pour cent de diazote, 20,9 de dioxygène, 0,93 d'argon, 421 ppm de dioxyde de carbone.
•Le dioxygène atmosphérique vient de la photosynthèse. Son accumulation a attendu la saturation des puits, d'où un retard de près d'un milliard d'années.
•L'ozone stratosphérique arrête les ultraviolets B et C. Pas de dioxygène, pas d'ozone, donc pas de vie hors de l'eau.
•Forçage radiatif en W/m2 : différence entre l'énergie radiative reçue et émise. La formule ΔF=5,35ln(C/C0) n'est pas au programme : quand un énoncé la donne, on l'applique, et un doublement donne toujours 3,71 W/m2.
•Sensibilité climatique : environ 0,8 K par W/m2, d'où environ 3 °C pour un doublement.
•Rétroaction positive : la conséquence renforce la cause. Négative : elle la contrarie. Positif ne veut pas dire bénéfique.
•La stabilité de fond du climat vient du rappel radiatif en T4, toujours présent.
•Une tendance climatique se lit sur trente ans. Comparer deux années isolées est la faute méthodologique la plus répandue.
•L'écart entre scénarios mesure l'incertitude sur les choix humains, dix fois supérieure à l'incertitude scientifique.
•Empreinte moyenne en France : 9 t d'équivalent par personne et par an, contre 2 t compatibles avec l'accord de Paris.
•Diagramme d'état de l'eau : l'état se lit avec la température ET la pression. Sous la pression du point triple, environ 611 Pa, l'eau ne peut pas être liquide : la glace se sublime.
•Le pouvoir d'un gaz à effet de serre dépend de deux critères : la position de son spectre d'absorption par rapport à l'émission terrestre, maximale vers 10 µm, et son abondance.
•Indices des climats passés : pollens (la végétation), moraines et extension des glaciers, carottes de glace. Un glacier se lit en tendance sur plusieurs années.
•Une corrélation n'établit pas une cause. La causalité s'appuie sur un mécanisme et sur des simulations qui retirent la cause supposée ; deux grandeurs qui croissent avec le temps sont toujours corrélées.
Partie A : Les bases (/50)
Exercice 1 : L'atmosphère terrestre et la vie
La courbe donne l'évolution de la teneur atmosphérique en dioxygène depuis quatre milliards d'années. L'atmosphère actuelle n'est pas celle d'origine : elle est en grande partie un produit du vivant.
a) Donnez la composition de l'air sec actuel, pour les quatre constituants principaux, en pourcentage volumique.
b) Lisez sur la courbe la teneur en dioxygène il y a 3,5 milliards d'années, puis aujourd'hui. Quel facteur les sépare ?
c) D'où vient le dioxygène atmosphérique ? Écrivez le bilan de la réaction responsable et nommez les organismes qui l'ont d'abord produite.
d) L'événement marqué sur la courbe s'appelle la grande oxydation. Expliquez pourquoi le dioxygène n'a pas commencé à s'accumuler dès l'apparition de ses producteurs.
e) Le dioxygène a été une catastrophe écologique avant d'être une ressource. Expliquez ce paradoxe en deux phrases.
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Réponses
a)Diazote 78,1 %, dioxygène 20,9 %, argon 0,93 %, 421 ppm de dioxyde de carbone
b)Facteur supérieur à cent mille
c)Photosynthèse des cyanobactéries
d)Dioxygène consommé par le fer dissous jusqu'à 2,4 milliards d'années
e)Toxique d'abord, puis ressource pour la respiration aérobie
a)
L'air sec contient environ 78,1 pour cent de diazote, 20,9 pour cent de dioxygène, 0,93 pour cent d'argon et 0,042 pour cent de dioxyde de carbone, soit 421 parties par million. La somme des quatre vaut 78,1+20,9+0,93+0,04≈99,97 pour cent, le reste étant du néon, de l'hélium et quelques gaz traces. La vapeur d'eau est exclue de ce décompte, sa teneur variant de presque zéro à quatre pour cent selon le lieu et le moment.
b)
Il y a 3,5 milliards d'années, la courbe est au ras de l'axe, à moins de 0,1 pour cent, en pratique de l'ordre de 10−5 de la valeur actuelle. Aujourd'hui elle vaut 21 pour cent. Le facteur qui les sépare dépasse donc cent mille. L'atmosphère primitive était RÉDUCTRICE : y placer un être humain n'aurait pas seulement été inconfortable, cela aurait été immédiatement mortel.
c)
Le dioxygène atmosphérique vient presque entièrement de la PHOTOSYNTHÈSE. Bilan de la réaction : le dioxyde de carbone et l'eau, sous l'action de l'énergie lumineuse captée par la chlorophylle, donnent de la matière organique et du dioxygène. Les premiers organismes à l'avoir pratiquée sont les CYANOBACTÉRIES, apparues il y a environ trois milliards et demi d'années, dont les colonies fossilisées forment les stromatolithes. Aucun processus géologique ne peut expliquer une telle quantité de dioxygène : sa présence dans une atmosphère planétaire est d'ailleurs considérée comme un indice de vie.
d)
Parce que le dioxygène produit était CONSOMMÉ au fur et à mesure par les surfaces réductrices disponibles : le fer dissous dans les océans, en énorme quantité, ainsi que les sulfures et le méthane atmosphérique. Tant que ces puits n'ont pas été saturés, tout le dioxygène produit était immédiatement oxydé, et sa teneur atmosphérique est restée nulle. Les formations de fer rubané, déposées pendant plusieurs centaines de millions d'années, sont l'archive de cette consommation. Ce n'est qu'une fois le fer océanique épuisé, il y a environ 2,4 milliards d'années, que le gaz a commencé à s'accumuler : le décalage entre l'apparition des producteurs et celle du gaz vaut donc près d'un milliard d'années, et il s'explique entièrement par ce puits.
e)
Le dioxygène est un oxydant puissant, toxique pour la quasi-totalité des organismes de l'époque, adaptés à un monde sans lui : son accumulation a provoqué l'une des plus grandes extinctions de l'histoire de la vie, et elle a de plus déclenché une glaciation majeure en détruisant le méthane atmosphérique, puissant gaz à effet de serre. Il est ensuite devenu une ressource pour les organismes qui ont su le respirer, la respiration aérobie libérant environ quinze fois plus d'énergie par molécule de glucose que la fermentation, ce qui a ouvert la voie aux organismes complexes.
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Exercice 2 : La couche d'ozone
Le même élément forme un gaz respirable au sol et un filtre protecteur à trente kilomètres d'altitude. Confondre les deux est l'erreur la plus fréquente du thème.
a) Donnez la formule du dioxygène et celle de l'ozone. Où se trouve chacun dans l'atmosphère, et en quelle quantité ?
b) Décrivez le cycle qui forme et détruit l'ozone stratosphérique. Quelle est la source d'énergie de ces réactions ?
c) Expliquez pourquoi la couche d'ozone est indispensable à la vie terrestre. Quel type de rayonnement arrête-t-elle, et quels effets aurait-il sans elle ?
d) La couche d'ozone ne pouvait pas exister avant la grande oxydation. Expliquez pourquoi, et dites ce que cela implique pour la colonisation des continents.
e) Distinguez le trou d'ozone du réchauffement climatique : causes, gaz en jeu, altitude concernée, et état actuel du problème.
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Réponses
a)O2 partout ; O3 dans la stratosphère, 3 mm au sol
b)Cycle formation et destruction entretenu par les ultraviolets
c)Filtre les ultraviolets B et C
d)Pas d'ozone sans dioxygène : sortie de l'eau il y a 500 millions d'années
e)Ozone : chlorofluorés, stratosphère, en résorption ; climat : gaz à effet de serre
a)
Le dioxygène a pour formule O2, l'ozone O3. Le dioxygène est réparti dans toute l'atmosphère, à 21 pour cent en volume. L'ozone est concentré dans la STRATOSPHÈRE, entre 20 et 40 km d'altitude environ, à des teneurs de l'ordre de quelques parties par million : ramenée aux conditions du sol, toute la couche d'ozone ne ferait que trois millimètres d'épaisseur. Un filtre extraordinairement mince pour un rôle aussi décisif.
b)
Le cycle comporte deux étapes. FORMATION : un rayonnement ultraviolet très énergétique casse une molécule de dioxygène en deux atomes d'oxygène, et chacun se combine à une autre molécule de dioxygène pour donner de l'ozone. DESTRUCTION : un rayonnement ultraviolet moins énergétique casse l'ozone en une molécule de dioxygène et un atome d'oxygène, lequel peut se recombiner. La source d'énergie des deux réactions est le RAYONNEMENT ULTRAVIOLET solaire lui-même. Le cycle est donc autoentretenu, et il constitue un équilibre dynamique : l'ozone est en permanence détruit et reformé, et sa teneur résulte de l'égalité des deux vitesses.
c)
Elle est indispensable parce qu'elle ABSORBE les rayonnements ultraviolets de type B et C, les plus énergétiques, qui sont précisément ceux que ce cycle consomme. Sans elle, ces rayonnements atteindraient le sol et casseraient les liaisons chimiques des molécules biologiques, en particulier de l'ADN : les mutations et les cancers cutanés deviendraient massifs, le plancton de surface serait détruit, et la vie exposée à la lumière directe serait impossible. C'est le seul filtre entre le Soleil et la biosphère pour cette gamme de longueurs d'onde.
d)
Parce que l'ozone se forme à partir du DIOXYGÈNE, qui n'existait pas en quantité suffisante avant la grande oxydation. Pas de dioxygène, pas d'ozone ; pas d'ozone, pas de protection contre les ultraviolets. Cela implique que la vie ne pouvait pas quitter l'eau, qui absorbait ces rayonnements et servait d'écran : la colonisation des continents n'a été possible qu'une fois la couche d'ozone constituée, ce qui explique qu'elle soit si tardive, il y a environ 500 millions d'années, alors que la vie existe depuis plus de trois milliards et demi d'années. Le vivant a donc lui-même fabriqué la condition de sa sortie de l'eau.
e)
Ce sont deux problèmes distincts. CAUSES : le trou d'ozone vient des composés chlorofluorés, utilisés comme gaz réfrigérants et propulseurs, qui libèrent du chlore catalysant la destruction de l'ozone ; le réchauffement vient de l'accumulation de gaz à effet de serre, principalement le dioxyde de carbone issu des combustibles fossiles. ALTITUDE : le premier concerne la stratosphère, entre 20 et 40 km ; le second concerne surtout la troposphère, sous 12 km. ÉTAT : le trou d'ozone est en voie de RÉSOLUTION, le protocole de Montréal de 1987 ayant interdit les composés en cause et la couche se reconstituant, avec une fermeture attendue vers 2060 ; le réchauffement, lui, continue de s'aggraver. La comparaison est instructive : le premier problème avait peu de sources industrielles et des substituts disponibles, le second touche l'ensemble du système énergétique mondial.
Exercice 3 : Forçage radiatif et sensibilité climatique
On appelle forçage radiatif la modification imposée au bilan énergétique de la Terre par un agent extérieur. C'est la grandeur qui permet de comparer des causes de nature très différente sur une même échelle.
La formule ΔF=5,35ln(C/C0) n'est pas au programme d'enseignement scientifique, qui définit le forçage radiatif sans demander de le calculer, et le logarithme népérien n'est pas étudié sans spécialité mathématiques : quand un sujet la donne, on l'applique à la calculatrice, et la justification de la question c est un approfondissement.
a) Définissez le forçage radiatif et donnez son unité. Que signifie un forçage positif ?
b) Le forçage dû au dioxyde de carbone s'estime par ΔF=5,35ln(C/C0), en watts par mètre carré. Calculez-le pour un passage de 280 à 421 parties par million.
c) Calculez le forçage correspondant à un DOUBLEMENT de la teneur. Vérifiez que le résultat ne dépend pas de la valeur initiale et expliquez pourquoi.
d) On appelle sensibilité climatique la hausse de température à l'équilibre par unité de forçage. En prenant 0,8 kelvin par watt par mètre carré, calculez la hausse attendue pour les deux forçages précédents.
e) Le réchauffement observé depuis 1850 vaut environ 1,2 degré, contre 1,7 calculé en d. Citez trois raisons de cet écart, sans mettre en cause la physique du calcul.
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Réponses
a)Forçage en W/m2 ; positif : la Terre accumule de l'énergie
b)ΔF≈2,18 W/m2
c)ΔF≈3,71 W/m2 : effet logarithmique
d)1,75 K et 2,97 K
e)Inertie de l'océan, aérosols, incertitude sur la sensibilité
a)
Le forçage radiatif est la variation, en watts par mètre carré, du bilan énergétique au sommet de l'atmosphère, provoquée par un agent donné, à température de surface inchangée. Son unité est donc le WATT PAR MÈTRE CARRÉ, la même que celle des flux du bilan radiatif. Un forçage POSITIF signifie que la Terre reçoit plus qu'elle n'émet : le système accumule de l'énergie et sa température doit monter jusqu'à ce que l'équilibre soit rétabli. L'intérêt de cette grandeur est de ramener sur une seule échelle des causes aussi différentes qu'un gaz, un aérosol volcanique ou une variation d'activité solaire.
b)
ΔF=5,35×ln(421/280)=5,35×ln(1,5036)=5,35×0,40786≈2,18 W/m2. Ce chiffre est à rapprocher des 340 W/m2 reçus en moyenne : le déséquilibre imposé ne représente que 0,64 pour cent du flux entrant, et il suffit pourtant à déplacer le climat de la planète.
c)
Pour un doublement, C/C0=2, donc ΔF=5,35×ln2≈5,35×0,69315≈3,71 W/m2. Le résultat ne dépend pas de la valeur initiale parce que la formule fait intervenir le RAPPORT et non la différence : passer de 280 à 560 ou de 400 à 800 donne exactement le même forçage. La raison physique est que les bandes d'absorption du dioxyde de carbone sont déjà saturées en leur centre : chaque molécule supplémentaire n'agit plus que sur les bords des bandes, d'où une efficacité qui décroît, et un effet logarithmique et non proportionnel.
d)
Pour le forçage actuel : ΔT=0,8×2,18≈1,75 K. Pour un doublement : ΔT=0,8×3,71≈2,97 K, soit environ 3 degrés. Cette valeur de trois degrés pour un doublement est le chiffre le plus cité du dossier climatique, et c'est bien ce calcul en deux lignes qui la produit.
e)
Trois raisons, aucune ne remettant en cause le calcul. D'abord l'INERTIE THERMIQUE de l'océan : la valeur calculée est celle de l'équilibre, atteint après plusieurs siècles, alors que le système n'a pas fini de se réchauffer ; une partie de la hausse est engagée mais pas encore réalisée. Ensuite les AÉROSOLS, poussières et sulfates émis par les mêmes activités industrielles, qui réfléchissent le rayonnement solaire et exercent un forçage NÉGATIF masquant une partie du réchauffement. Enfin l'INCERTITUDE sur la sensibilité elle-même, dont les estimations vont de 0,5 à 1,2 kelvin par watt par mètre carré : la valeur 0,8 est une estimation centrale, pas une constante mesurée. Le calcul reste juste ; c'est un modèle simplifié, et c'est en le disant qu'on l'utilise correctement.
Exercice 4 : Les rétroactions du système climatique
Le schéma montre deux boucles. Toutes deux partent d'un réchauffement et y reviennent, et elles n'ont pourtant pas du tout le même effet. C'est la distinction la plus importante du thème.
a) Décrivez chacune des deux boucles, étape par étape, et dites pour chacune si l'effet initial est amplifié ou atténué.
b) Définissez rétroaction positive et rétroaction négative. Pourquoi le mot positif ne signifie-t-il pas bénéfique ?
c) Citez deux autres rétroactions positives et une autre rétroaction négative du système climatique, avec leur mécanisme.
d) Si les rétroactions positives l'emportaient toujours, le climat serait instable. Expliquez pourquoi ce n'est pas le cas, et quelle rétroaction assure la stabilité de fond.
e) Qu'appelle-t-on point de bascule ? Donnez un exemple et expliquez ce qui le rend particulièrement redoutable pour la prévision.
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Réponses
a)Banquise : amplifie ; émission en T4 : atténue
b)Positif désigne le signe de la boucle, pas un bienfait
c)Vapeur d'eau et pergélisol ; puits biologique
d)Le rappel radiatif en T4 domine
e)Point de bascule : seuil mal connu, changement irréversible
a)
PREMIÈRE BOUCLE : il fait plus chaud, donc la banquise fond, donc l'albédo baisse puisqu'une surface d'eau sombre remplace une surface de glace claire, donc la Terre absorbe plus d'énergie, donc il fait encore plus chaud. L'effet initial est AMPLIFIÉ. SECONDE BOUCLE : il fait plus chaud, donc la Terre émet davantage de rayonnement infrarouge, conformément à la loi de Stefan en T4, donc l'énergie sortante augmente, donc le bilan se rééquilibre et la hausse s'arrête. L'effet initial est ATTÉNUÉ.
b)
Une rétroaction est POSITIVE quand la conséquence renforce la cause, NÉGATIVE quand elle la contrarie. Le mot positif ne signifie pas bénéfique : il qualifie le SIGNE de la boucle, c'est-à-dire le fait qu'elle amplifie. Une rétroaction positive est d'ailleurs presque toujours un problème dans un système qu'on souhaite stable, et c'est une rétroaction négative qui rend un thermostat, un régulateur ou un climat utilisables. Le vocabulaire est celui de l'automatique, pas celui du jugement.
c)
Deux autres rétroactions POSITIVES. La VAPEUR D'EAU : un air plus chaud contient davantage de vapeur, qui est le premier gaz à effet de serre, donc le réchauffement s'amplifie ; elle double approximativement l'effet du dioxyde de carbone. Le PERGÉLISOL : son dégel libère du méthane et du dioxyde de carbone enfermés depuis des millénaires, ce qui renforce encore le réchauffement. Une autre rétroaction NÉGATIVE : le PUITS BIOLOGIQUE, une teneur accrue en dioxyde de carbone stimulant la photosynthèse et donc le prélèvement de ce gaz, effet réel mais limité par la disponibilité en eau et en éléments nutritifs.
d)
Parce que la rétroaction négative de la question a, l'émission en T4, est TOUJOURS présente et devient de plus en plus forte quand la température monte. Les rétroactions positives amplifient le réchauffement d'un certain facteur, mais elles ne créent pas d'emballement tant que leur amplification reste inférieure à ce rappel. C'est ce rappel radiatif qui assure la stabilité de fond du climat terrestre depuis des milliards d'années, et c'est lui qui explique que la Terre ait toujours retrouvé un équilibre après chaque perturbation, éruption majeure ou impact.
e)
Un point de bascule est un seuil au-delà duquel une rétroaction positive devient dominante localement, si bien que le changement se poursuit de lui-même même si la cause initiale cesse. Exemple : la calotte du Groenland, dont la fonte abaisse l'altitude de la surface, laquelle se retrouve dans un air plus chaud, ce qui accélère la fonte ; au-delà d'un certain retrait, la disparition devient inévitable quel que soit le climat futur. Ce qui le rend redoutable pour la prévision est double : le seuil est mal connu, et surtout le processus devient IRRÉVERSIBLE à l'échelle humaine, si bien qu'on ne s'aperçoit de l'avoir franchi qu'après coup. Un modèle peut donner correctement la tendance et manquer entièrement la date d'une bascule.
Exercice 5 : Variabilité naturelle et tendance
Une série de températures annuelles monte et descend sans cesse. Distinguer ces oscillations d'une tendance de fond est la difficulté centrale de toute lecture de données climatiques, et c'est aussi l'endroit où l'on se trompe le plus.
Le graphique ci-dessous place les deux relevés de l'observateur.
a) Distinguez météo et climat. Sur quelle durée définit-on habituellement une normale climatique ?
b) Un observateur relève 2016 à 1,29 degré au-dessus de la moyenne préindustrielle et 2018 à 1,05. Il en conclut que le réchauffement s'est inversé. Analysez son raisonnement.
c) Citez trois causes de variabilité naturelle interannuelle et donnez pour chacune son ordre de grandeur en température globale.
d) Pourquoi utilise-t-on des moyennes glissantes sur 10 ou 30 ans plutôt que les valeurs annuelles ? Quel est le prix de cette opération ?
e) Une éruption volcanique majeure abaisse la température globale d'environ 0,5 degré pendant deux ans. Comparez ce forçage à celui du dioxyde de carbone calculé à l'exercice 3, en distinguant amplitude et durée.
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Réponses
a)Normale climatique sur trente ans
b)Faux : écart de 0,24 degré dû à El Niño
c)El Niño, éruptions, cycle solaire de 11 ans
d)Bruit divisé par 30≈5,5 ; résolution perdue
e)Ce qui compte : l'intégrale du forçage dans le temps
a)
La MÉTÉO décrit l'état de l'atmosphère à un instant et en un lieu donnés, sur une échelle de quelques jours. Le CLIMAT décrit la distribution statistique de ces états sur une longue durée : moyennes, variabilité, extrêmes. Une normale climatique se définit habituellement sur TRENTE ans, durée retenue par convention internationale parce qu'elle est assez longue pour lisser la variabilité interannuelle et assez courte pour rester pertinente. La différence n'est pas de degré mais de nature : on ne prévoit pas le temps qu'il fera dans trente ans, on calcule la distribution des temps possibles.
b)
Son raisonnement est FAUX, et pour une raison précise : il compare deux valeurs annuelles isolées dans une série dont la variabilité interannuelle est du même ordre que l'écart observé. L'année 2016 était marquée par un épisode El Niño intense, qui relève la température globale de deux à trois dixièmes de degré ; 2018 était neutre. L'écart de 0,24 degré s'explique donc entièrement par la variabilité naturelle, sans qu'aucune tendance ait changé. La faute méthodologique consiste à choisir comme point de départ une valeur exceptionnellement haute, ce qu'on appelle un choix de date arbitraire, et c'est l'argument le plus fréquemment employé pour nier une tendance : il fonctionne sur n'importe quelle série bruitée.
c)
Trois causes. EL NIÑO et son opposé La Niña, oscillation du Pacifique tropical qui redistribue la chaleur entre océan et atmosphère : effet de 0,1 à 0,3 degré sur la moyenne globale, sur un à deux ans. Les ÉRUPTIONS VOLCANIQUES majeures, qui injectent des sulfates dans la stratosphère : effet de l'ordre de −0,5 degré pendant deux à trois ans. Le CYCLE SOLAIRE de onze ans, qui fait varier la constante solaire d'environ 0,1 pour cent : effet de l'ordre de 0,05 à 0,1 degré, faible mais régulier.
d)
Parce que la moyenne glissante ATTÉNUE le bruit : en moyennant n valeurs, on divise l'amplitude des fluctuations aléatoires par environ n, tandis qu'une tendance de fond, présente dans toutes les valeurs, n'est pas atténuée. Sur trente ans, le bruit est divisé par environ 5,5, ce qui rend la tendance immédiatement lisible. Le prix de cette opération est double : on perd la RÉSOLUTION temporelle, un changement brusque n'apparaissant qu'étalé sur la fenêtre ; et on perd les extrémités de la série, la moyenne sur trente ans n'étant pas définie pour les quinze dernières années. C'est exactement pourquoi les courbes lissées s'arrêtent avant les données brutes.
e)
Une éruption majeure produit un forçage négatif d'environ −3 W/m2 au pic, donc plus GRAND en amplitude que les 2,18 W/m2 du dioxyde de carbone calculés à l'exercice 3. Mais les aérosols stratosphériques retombent en deux à trois ans, alors que le dioxyde de carbone émis reste dans l'atmosphère pendant des siècles, une fraction importante subsistant après mille ans. La comparaison enseigne donc que ce qui décide du climat n'est pas l'amplitude d'un forçage mais son INTÉGRALE dans le temps : un forçage deux fois plus fort mais mille fois plus bref est sans effet durable. C'est aussi la raison pour laquelle les projets de refroidissement artificiel par aérosols devraient être maintenus indéfiniment, leur arrêt provoquant un réchauffement brutal.
Partie B : Problèmes et raisonnement (/50)
Exercice 6 : Ce qu'un modèle climatique calcule, et ce qu'il ne calcule pas
Le graphique montre trois projections de réchauffement jusqu'en 2100, obtenues avec le même modèle et trois hypothèses d'émissions différentes. L'écart entre elles ne mesure pas une incertitude scientifique.
a) Lisez le réchauffement atteint en 2100 dans chacun des trois cas. Quel écart sépare le plus sobre du plus élevé ?
b) Ces trois courbes viennent du même modèle. Que représente donc leur écart ? Formulez la réponse en une phrase qui distingue deux sources d'incertitude.
c) Décrivez le principe d'un modèle de climat : que découpe-t-on, que calcule-t-on, et pourquoi la puissance de calcul est-elle limitante ?
d) Comment vérifie-t-on qu'un modèle est fiable, alors que le futur n'est pas observable ? Citez deux méthodes.
e) Un modèle prévoit une hausse de 2,7 degrés en 2100 et l'on observe 2,9. Le modèle est-il faux ? Répondez en distinguant erreur de modèle, variabilité et scénario.
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Réponses
a)1,4, 2,9 et 4,6 degrés : écart de 3,2
b)Écart dû aux choix humains, pas à la physique
c)Maillage ; coût multiplié par 16 à chaque raffinement
d)Rétroprojection et prévisions passées
e)Distinguer modèle, variabilité et scénario
a)
En 2100, le scénario sobre atteint environ 1,4 degré, le médian environ 2,9 degrés et le scénario élevé environ 4,6 degrés au-dessus de la moyenne préindustrielle. L'écart entre le plus sobre et le plus élevé vaut 4,6−1,4=3,2 degrés, soit plus du double du réchauffement déjà observé.
b)
Leur écart représente l'incertitude sur les CHOIX HUMAINS, non sur la physique. La phrase à retenir : l'incertitude d'un modèle climatique se décompose en une incertitude SCIENTIFIQUE, sur la réponse du système à un forçage donné, qui est de l'ordre de quelques dixièmes de degré, et une incertitude de SCÉNARIO, sur le forçage que l'humanité va effectivement imposer, qui vaut ici plus de trois degrés. La seconde est dix fois plus grande que la première, et elle ne relève pas de la science.
c)
On découpe l'atmosphère et l'océan en un maillage tridimensionnel de cellules, typiquement de cent kilomètres de côté et de quelques dizaines de niveaux verticaux. Dans chaque cellule et à chaque pas de temps, on calcule les échanges avec les cellules voisines en appliquant les lois de conservation de la masse, de la quantité de mouvement et de l'énergie, ainsi que les transferts radiatifs. La puissance de calcul est limitante parce que diviser par deux la taille des mailles multiplie par huit le nombre de cellules, en trois dimensions, et impose de plus de diviser le pas de temps par deux pour la stabilité numérique : le coût est donc multiplié par SEIZE à chaque raffinement d'un facteur deux. C'est pourquoi les nuages, dont la taille est bien inférieure à la maille, ne sont pas simulés mais paramétrés, et pourquoi ils restent la principale source d'incertitude physique.
d)
Deux méthodes. La RÉTROPROJECTION : on lance le modèle sur le passé, à partir des conditions du XIXe siècle et des forçages réellement observés, puis on compare la trajectoire calculée aux mesures ; les modèles reproduisent ainsi correctement le réchauffement du XXe siècle, y compris le palier des années 1950 à 1970 dû aux aérosols et les refroidissements consécutifs aux grandes éruptions. La VÉRIFICATION DES PRÉVISIONS PASSÉES : on reprend les projections publiées il y a trente ou quarante ans et on les confronte à ce qui s'est effectivement produit ; les projections de 1990, corrigées des émissions réellement observées, se sont révélées justes à quelques dixièmes près. On peut ajouter une troisième méthode, la comparaison à des climats très différents du nôtre, dernier maximum glaciaire ou climats chauds anciens, qui teste le modèle hors de son domaine de calibration.
e)
Le modèle n'est pas nécessairement faux, et l'écart de 0,2 degré peut s'expliquer de trois façons qu'il faut distinguer. ERREUR DE MODÈLE : la sensibilité climatique retenue est peut-être légèrement sous-estimée ; c'est la seule des trois qui mette en cause le modèle lui-même. VARIABILITÉ : une année ou une décennie particulière peut s'écarter de la tendance de deux dixièmes sans rien signifier, comme le montre l'exercice 5 ; il faut comparer des moyennes sur trente ans, pas des valeurs ponctuelles. SCÉNARIO : les émissions réelles ont peut-être dépassé celles supposées, auquel cas le modèle a raison et c'est l'hypothèse d'entrée qui était fausse. La démarche correcte consiste à relancer le modèle avec les forçages RÉELLEMENT observés avant de conclure quoi que ce soit sur sa qualité.
Exercice 7 : L'empreinte carbone
Le diagramme donne l'empreinte carbone moyenne d'un habitant de France, en tonnes d'équivalent dioxyde de carbone par an, réparties par poste. L'objectif compatible avec l'accord de Paris est de l'ordre de deux tonnes.
a) Calculez l'empreinte totale à partir du diagramme. De quel facteur dépasse-t-elle l'objectif de deux tonnes ?
b) Qu'appelle-t-on équivalent dioxyde de carbone ? Pourquoi cette unité est-elle nécessaire, et sur quelle durée est-elle définie ?
c) Un vol aller-retour transatlantique représente 11 000 km, à 0,15 kg d'équivalent par kilomètre et par passager. Calculez son empreinte et comparez-la à l'objectif annuel.
d) Une voiture parcourt 12 000 km par an en émettant 120 g par kilomètre. Un logement chauffé au gaz consomme 15 000 kWh par an, à 227 g par kilowattheure. Calculez les deux empreintes et classez-les avec celle du vol.
e) Un élève propose de trier ses déchets et d'éteindre les lumières pour atteindre les deux tonnes. Analysez honnêtement cette proposition, sans la disqualifier, puis dites ce qui pèse réellement.
Le total vaut 2,7+2,2+2,1+1,3+0,7=9,0 tonnes d'équivalent dioxyde de carbone par personne et par an. Rapporté à l'objectif : 9,0/2=4,5. Il faudrait donc diviser l'empreinte par 4,5, c'est-à-dire la réduire de (9,0−2)/9,0≈78 pour cent.
b)
L'équivalent dioxyde de carbone ramène sur une échelle unique des gaz d'efficacités très différentes, en multipliant la masse de chaque gaz par son pouvoir de réchauffement global. Cette unité est nécessaire parce qu'un kilogramme de méthane ne produit pas le même effet qu'un kilogramme de dioxyde de carbone : sans conversion, on ne pourrait ni additionner, ni comparer, ni arbitrer. Elle est définie sur une DURÉE conventionnelle, presque toujours cent ans, et ce choix n'est pas neutre : le méthane vaut environ 28 fois le dioxyde de carbone sur cent ans, mais plus de 80 fois sur vingt ans, parce qu'il se dégrade en une douzaine d'années. Changer l'horizon change donc les priorités.
c)
L'empreinte du vol vaut 11000×0,15=1650 kg, soit 1,65 tonne d'équivalent. Rapportée à l'objectif de deux tonnes annuelles : 1,65/2≈0,83, soit 83 pour cent du budget annuel entier. Un seul aller-retour transatlantique consomme donc les quatre cinquièmes de ce qu'une personne devrait émettre en une année complète, tous usages confondus.
d)
La voiture : 12000×0,120=1440 kg, soit 1,44 tonne. Le chauffage : 15000×0,227=3405 kg, soit 3,41 tonnes. Classement décroissant : chauffage au gaz 3,41 t, vol transatlantique 1,65 t, voiture 1,44 t. Le résultat est instructif : un poste invisible et quotidien, le chauffage, dépasse largement un poste spectaculaire et rare, le vol long-courrier. L'intuition classe très mal les ordres de grandeur, et c'est précisément à quoi sert un calcul.
e)
La proposition n'est pas absurde et ne mérite aucun mépris : trier réduit réellement les émissions liées à la production de matériaux neufs, et une habitude d'économie se transfère souvent à des postes plus lourds. Mais son POIDS est faible : l'éclairage représente une part très minoritaire du poste logement, lui-même à 2,2 tonnes sur 9, et le traitement des déchets pèse quelques dizaines de kilogrammes par an. Même parfaitement appliqués, ces deux gestes ne feraient pas gagner plus de un à deux pour cent. Ce qui pèse réellement, d'après le diagramme et les calculs précédents, tient en trois postes : le CHAUFFAGE, où isoler et changer de mode de production divise par trois ou quatre ; les DÉPLACEMENTS, où le vol long-courrier et la voiture individuelle dominent ; et l'ALIMENTATION, où la part de viande de ruminant décide de l'essentiel. La bonne démarche n'est pas de choisir entre les petits gestes et les grands, c'est de commencer par CALCULER pour savoir dans quel ordre agir.
Exercice 8 : Cinq affirmations à corriger
Chacune des cinq affirmations suivantes est FAUSSE. Dites pourquoi et donnez l'énoncé correct.
1) « Il a fait plus froid en 2018 qu'en 2016, donc le réchauffement s'est arrêté. »
2) « Le trou dans la couche d'ozone est la cause du réchauffement climatique. »
3) « Une rétroaction positive est une bonne nouvelle pour le climat. »
4) « Les modèles climatiques ne sont pas fiables puisqu'on ne sait pas prévoir le temps à dix jours. »
5) « L'écart entre les scénarios montre que les scientifiques ne sont pas d'accord. »
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Réponses
1)Deux années isolées ne font pas une tendance
2)Ozone et réchauffement sont deux problèmes distincts
3)Positif signifie qui amplifie
4)Prévoir un état n'est pas projeter une distribution
5)Même modèle, scénarios d'émissions différents
1)
FAUX. L'écart de 0,24 degré entre ces deux années relève de la variabilité interannuelle, 2016 ayant été marquée par un El Niño intense qui relève la moyenne globale de deux à trois dixièmes. Comparer deux valeurs annuelles isolées ne dit rien d'une tendance. Énoncé correct : une tendance climatique se lit sur des moyennes d'au moins trente ans ; sur cette base, le réchauffement se poursuit sans interruption.
2)
FAUX, ce sont deux problèmes distincts. Le trou d'ozone est causé par des composés chlorofluorés et concerne la stratosphère entre 20 et 40 km ; le réchauffement est causé par les gaz à effet de serre et concerne surtout la basse atmosphère. Énoncé correct : les deux problèmes ont des causes, des gaz, des altitudes et des trajectoires différentes ; le premier se résorbe depuis le protocole de Montréal, le second s'aggrave.
3)
FAUX. Le mot positif qualifie le SIGNE de la boucle, c'est-à-dire le fait qu'elle amplifie la perturbation initiale, et non un caractère bénéfique. La fonte de la banquise, qui abaisse l'albédo et accélère le réchauffement, est une rétroaction positive. Énoncé correct : une rétroaction positive amplifie, une rétroaction négative stabilise ; ce sont les rétroactions négatives qui rendent un système gouvernable.
4)
FAUX, et la confusion porte sur la nature de la prévision. Prévoir le temps, c'est prévoir un ÉTAT particulier à une date donnée, ce qui devient impossible au-delà d'une dizaine de jours à cause de la sensibilité aux conditions initiales. Projeter le climat, c'est calculer la DISTRIBUTION statistique des états sous un forçage donné, ce qui ne demande aucune connaissance de l'état initial. Énoncé correct : on ne sait pas dire s'il pleuvra le 14 juillet 2050, et l'on sait très bien dire que les étés seront en moyenne plus chauds ; les deux questions n'ont pas la même structure.
5)
FAUX. Les trois courbes sortent du MÊME modèle et de la même physique : ce qui change entre elles est l'hypothèse d'émissions fournie en entrée. Énoncé correct : l'écart entre les scénarios mesure l'incertitude sur les choix humains, non un désaccord scientifique ; l'incertitude proprement scientifique, celle de la sensibilité climatique, est environ dix fois plus faible.
Exercice 9 : Choisir un levier plutôt qu'un autre
Réduire une empreinte carbone demande de classer les actions possibles, ce qui suppose de comparer des grandeurs de natures très différentes. On compare ici quatre leviers pour un même foyer.
Le schéma ci-dessous représente le chauffage de la question b.
a) Isoler un logement fait passer sa consommation de chauffage de 15 000 à 6 000 kWh par an. Calculez le gain annuel en équivalent dioxyde de carbone, à 227 g par kilowattheure.
b) Remplacer la chaudière à gaz par une pompe à chaleur de coefficient de performance 3, alimentée par une électricité à 60 g par kilowattheure, sur les 6 000 kWh de chaleur restants. Calculez la nouvelle empreinte du chauffage et le gain par rapport à la question a.
c) Renoncer à un aller-retour transatlantique par an. Calculez le gain et classez les trois leviers.
d) Les travaux d'isolation coûtent 18 000 dollars et la pompe à chaleur 12 000. Calculez le coût par tonne évitée sur une durée de vie de 20 ans, et commentez le classement obtenu en c à la lumière de ce calcul.
e) Rédigez en cinq lignes la recommandation à faire à ce foyer, en séparant ce que le calcul établit, ce qu'il ignore, et l'ordre dans lequel agir.
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Réponses
a)Isolation : 2,04 t par an
b)Pompe à chaleur : 0,12 t, gain 1,24 t
c)Isolation, vol, pompe à chaleur
d)441 et 484 dollars par tonne ; le vol évité ne coûte rien
e)Gratuit d'abord, isoler avant la pompe à chaleur
a)
La consommation passe de 15000 à 6000 kWh, soit une économie de 9000 kWh. Le gain vaut 9000×0,227=2043 kg, soit environ 2,04 tonnes d'équivalent par an. Ce seul geste ramène l'empreinte totale du foyer, par personne, de 9 à environ 7 tonnes.
b)
Une pompe à chaleur de coefficient 3 fournit 3 kWh de chaleur pour 1 kWh d'électricité consommé : pour 6000 kWh de chaleur, il faut donc 6000/3=2000 kWh d'électricité. L'empreinte devient 2000×0,060=120 kg, soit 0,12 tonne. L'empreinte du chauffage après isolation valait 6000×0,227=1362 kg : le gain supplémentaire vaut donc 1362−120=1242 kg, soit environ 1,24 tonne par an. Le chauffage est passé de 3,41 à 0,12 tonne, soit une division par 28.
c)
Renoncer au vol économise 1650 kg, soit 1,65 tonne par an, comme calculé à l'exercice 7. Classement décroissant des trois leviers : isolation 2,04 t, vol 1,65 t, pompe à chaleur 1,24 t. Les trois sont du même ordre de grandeur, entre une et deux tonnes, ce qui est déjà un résultat en soi : aucun n'est négligeable et aucun ne suffit seul.
d)
Isolation : 18000 dollars pour 2,04×20=40,8 tonnes évitées, soit 18000/40,8≈441 dollars par tonne. Pompe à chaleur : 12000 dollars pour 1,24×20=24,8 tonnes, soit 12000/24,8≈484 dollars par tonne. Renoncer au vol : coût nul, et même une économie de plusieurs centaines de dollars. Le classement de la question c est donc bouleversé : le levier le moins efficace en tonnes est de très loin le plus efficace par dollar, puisqu'il n'en coûte aucun. C'est le rappel le plus utile de l'exercice : classer par gain absolu et classer par coût de la tonne évitée ne donnent pas le même ordre, et une politique publique se décide sur le second.
e)
La recommandation. Un, le calcul ÉTABLIT que les trois leviers valent entre 1,2 et 2,0 tonne par an chacun, et qu'aucun ne suffit à lui seul à atteindre les deux tonnes par personne. Deux, il établit aussi que le seul levier gratuit, renoncer à un vol annuel, est immédiatement disponible, alors que les deux autres demandent trente mille dollars. Trois, il IGNORE plusieurs choses : le confort gagné par l'isolation, la valorisation du logement, l'évolution du contenu carbone de l'électricité, qui améliorera la pompe à chaleur avec le temps, et l'existence d'aides publiques qui changent complètement le coût par tonne. Quatre, l'ordre à suivre est d'abord le levier gratuit, puis l'ISOLATION, qui doit précéder la pompe à chaleur car elle réduit la puissance à installer donc le coût de celle-ci, et enfin le changement de système de chauffage. Cinq, installer une pompe à chaleur avant d'isoler conduit à surdimensionner l'équipement et à payer deux fois : c'est l'erreur la plus courante, et c'est le seul point sur lequel l'ordre importe vraiment.
Exercice 10 : Problème : le bilan carbone d'un lycée
Un lycée de 1 200 élèves veut établir son bilan carbone et le réduire. On dispose des données suivantes : 1 800 000 kWh de gaz pour le chauffage, 250 000 kWh d'électricité, 190 000 repas servis, et un voyage scolaire annuel en avion pour 90 élèves, aller-retour de 11 000 km.
a) Calculez l'empreinte du chauffage, à 227 g par kilowattheure, et celle de l'électricité, à 60 g par kilowattheure. Commentez le rapport entre les deux.
b) Un repas avec viande de ruminant émet 4,0 kg d'équivalent, un repas avec viande blanche 1,6 kg, un repas végétarien 0,8 kg. La cantine sert 40 pour cent de repas de la première catégorie, 40 de la deuxième et 20 de la troisième. Calculez l'empreinte annuelle de la restauration.
c) Calculez l'empreinte du voyage scolaire. Comparez-la à celle de la restauration et à celle du chauffage.
d) Calculez le total et l'empreinte par élève. Comparez à l'empreinte moyenne d'un habitant, 9 tonnes, et expliquez pourquoi la comparaison directe n'a pas de sens.
e) On envisage trois mesures : isoler le bâtiment pour réduire le gaz de 40 pour cent, faire passer les repas de ruminant de 40 à 20 pour cent au profit du végétarien, et remplacer le voyage en avion par un voyage en train en Amérique du Nord, à 0,01 kg par kilomètre pour 3 000 km. Calculez les trois gains et rédigez la recommandation.
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Réponses
a)Chauffage 408,6 t, électricité 15 t
b)Restauration : 456 t
c)Voyage : 148,5 t
d)1028 t, 0,857 t par élève, périmètres différents
e)Gains de 163, 122 et 146 t : bilan réduit de 42 %
a)
Chauffage : 1800000×0,227=408600 kg, soit environ 408,6 tonnes. Électricité : 250000×0,060=15000 kg, soit 15 tonnes. Le rapport vaut 408,6/15≈27 : le chauffage pèse vingt-sept fois plus que l'électricité, alors que les campagnes d'économie visent presque toujours l'électricité, plus visible. Deux causes se combinent : le gaz représente sept fois plus d'énergie, et son contenu carbone est près de quatre fois supérieur.
b)
Répartition des 190000 repas : 0,40×190000=76000 repas de ruminant, autant de viande blanche, et 0,20×190000=38000 repas végétariens. Empreinte : 76000×4,0+76000×1,6+38000×0,8=304000+121600+30400=456000 kg, soit 456 tonnes. La restauration dépasse donc le chauffage, ce qui surprend systématiquement.
c)
Le voyage : 90×11000×0,15=148500 kg, soit 148,5 tonnes. C'est environ le tiers de l'empreinte du chauffage et un tiers de celle de la restauration, pour un événement concernant 90/1200=7,5 pour cent des élèves et durant une semaine. Rapporté au participant, il représente 148500/90=1650 kg, soit 1,65 tonne pour une seule semaine.
d)
Total : 408,6+15+456+148,5=1028,1 tonnes. Par élève : 1028,1/1200≈0,857 tonne. Comparée aux 9 tonnes d'un habitant, cette valeur paraît faible, mais la comparaison directe n'a pas de sens pour deux raisons. D'abord le PÉRIMÈTRE : l'empreinte d'un habitant couvre son logement, ses déplacements, son alimentation entière et ses achats, alors que celle du lycée ne couvre que le temps scolaire, soit environ un cinquième d'une année. Ensuite l'IMPUTATION : les repas de cantine et les trajets domicile-école sont déjà comptés dans l'empreinte des élèves ; les additionner reviendrait à les compter deux fois. Un bilan carbone n'est comparable qu'à un autre bilan de même périmètre.
e)
Les trois gains. ISOLATION : 408,6×0,40=163,4 tonnes. REPAS : les repas de ruminant passent de 76000 à 38000, les 38000 transférés passant de 4,0 à 0,8 kg, soit un gain de 38000×3,2=121600 kg, c'est-à-dire 121,6 tonnes. VOYAGE : le train émet 90×3000×0,01=2700 kg, soit 2,7 tonnes, d'où un gain de 148,5−2,7=145,8 tonnes. Recommandation. Un, les trois mesures pèsent respectivement 163, 122 et 146 tonnes : elles sont du même ordre, et leur cumul, 431 tonnes, réduit le bilan de 42 pour cent. Deux, la mesure la plus RAPIDE est le changement de destination du voyage, décidable en conseil d'administration, sans investissement et avec une économie financière. Trois, la mesure la moins coûteuse au regard du gain est la restauration, un simple changement de menus, mais elle demande un travail pédagogique pour être acceptée. Quatre, l'isolation est la plus lourde en investissement et la plus longue à réaliser, mais elle est la seule à produire aussi un gain financier durable et un gain de confort. Cinq, il faut commencer par les deux premières, sans attendre le budget de la troisième, et surtout publier le bilan chaque année : sans mesure répétée, aucune de ces décisions ne peut être vérifiée.
Partie C : les classiques (/50)
Exercice 11 : Le cycle du carbone : stocks, flux et temps de résidence
Le carbone circule entre l'atmosphère, l'océan, la biosphère et les roches. On donne : une teneur de 1 ppm de dioxyde de carbone atmosphérique correspond à 2,13 milliards de tonnes de carbone, notées GtC ; la photosynthèse continentale prélève environ 120 GtC par an dans l'atmosphère et l'océan environ 80 GtC par an, ces deux flux étant presque compensés par la respiration et par le dégazage océanique ; les combustibles fossiles et le ciment émettent environ 10 GtC par an.
Le schéma ci-dessous représente les flux de carbone donnés.
Masses molaires : C =12 g/mol, O =16 g/mol.
a) La teneur actuelle vaut 421 ppm. Calculez la masse de carbone contenue dans l'atmosphère.
b) Les émissions sont souvent données en masse de dioxyde de carbone. Convertissez les 10 GtC annuels en milliards de tonnes de dioxyde de carbone.
c) La teneur augmente de 2,4 ppm par an. Calculez la masse de carbone ajoutée chaque année à l'atmosphère, puis la fraction des émissions qui y reste. Où passe le reste ?
d) Le temps de résidence d'un réservoir est le rapport de son stock au flux qui en sort. Calculez celui du carbone atmosphérique.
e) Un lecteur en conclut qu'un excès de dioxyde de carbone disparaît de l'atmosphère en quelques années. Expliquez son erreur.
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Réponses
a)421×2,13≈897 GtC
b)10×44/12≈36,7 milliards de tonnes
c)5,1 GtC par an, 51 % restent dans l'air
d)Temps de résidence ≈4,5 ans
e)Atomes échangés, excès persistant pendant des siècles
a)
S=421×2,13≈897 GtC. Avant l'ère industrielle, à 280 ppm, le stock valait 280×2,13≈596 GtC : l'atmosphère a donc gagné environ 300 GtC, soit la moitié de son stock initial.
b)
Une mole de carbone, 12 g, donne une mole de dioxyde de carbone, 12+2×16=44 g. La masse est donc multipliée par 44/12 : 10×44/12≈36,7 milliards de tonnes de dioxyde de carbone par an. Confondre les deux unités fait commettre une erreur d'un facteur 3,67, et c'est la faute la plus fréquente dans la lecture des chiffres climatiques.
c)
2,4×2,13≈5,1 GtC restent chaque année dans l'atmosphère, soit 5,1/10≈51 pour cent des émissions. Les 49 pour cent restants sont absorbés par les deux autres grands réservoirs : l'OCÉAN, où le gaz se dissout, et la BIOSPHÈRE continentale, dont la photosynthèse est stimulée. Sans ces puits, la teneur augmenterait deux fois plus vite.
d)
Le flux sortant total vaut 120+80=200 GtC par an. Temps de résidence : 897/200≈4,5 ans. Un atome de carbone donné ne reste donc en moyenne que quatre ou cinq ans dans l'atmosphère avant d'être capté par une plante ou dissous dans l'océan.
e)
Il confond le temps de résidence d'un ATOME et la durée de vie d'un EXCÈS. Les 200 GtC qui sortent chaque année sont presque entièrement compensés par les flux qui entrent, respiration et dégazage : les atomes s'échangent, mais le stock ne diminue pas pour autant. Ce qui compte pour le climat est le flux NET de retrait, de quelques GtC par an seulement, et il faut des siècles pour résorber un excès : une part notable du dioxyde de carbone émis aujourd'hui sera encore dans l'atmosphère dans mille ans, comme le rappelle l'exercice 5. Le renouvellement rapide des voyageurs dans une gare ne dit rien du nombre de personnes présentes sur le quai.
Exercice 12 : L'océan, réservoir de chaleur
Les satellites mesurent un déséquilibre énergétique de la Terre d'environ 0,8 W/m2 : en moyenne, chaque mètre carré de la surface terrestre reçoit 0,8 W de plus qu'il n'émet.
On donne le rayon terrestre R=6371 km, la durée d'une année 3,156×107 s, la masse de l'atmosphère 5,1×1018 kg et sa capacité thermique massique 1000 J/(kg⋅K).
Le schéma ci-dessous représente la situation ; les épaisseurs ne sont pas à l'échelle.
a) Calculez la surface de la Terre, puis l'énergie accumulée par la planète en un an.
b) Si toute cette énergie chauffait l'atmosphère seule, de combien sa température monterait-elle en un an ? Comparez au réchauffement observé, de l'ordre de 0,02 degré par an.
c) En réalité, environ 90 pour cent de cette énergie va dans l'océan. On considère sa couche superficielle, de 700 m d'épaisseur sur une surface de 3,61×1014 m2, de masse volumique 1030 kg/m3 et de capacité thermique massique 4000 J/(kg⋅K). Calculez son échauffement annuel.
d) Calculez le rapport entre la capacité thermique de cette couche océanique et celle de l'atmosphère entière. Commentez.
e) Combien d'années faudrait-il, à ce rythme, pour réchauffer cette couche d'un degré ? Qu'en déduit-on sur la réponse du climat à une stabilisation du forçage ?
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Réponses
a)S≈5,10×1014 m2, E≈1,29×1022 J
b)2,5 K par an dans l'air seul : impossible
c)Couche de 700 m : +0,011 K par an
d)Capacité de la couche ≈200 fois l'atmosphère
e)90 ans par degré : réchauffement engagé
a)
S=4πR2=4π×(6,371×106)2≈5,10×1014 m2. Énergie accumulée en un an : E=0,8×5,10×1014×3,156×107≈1,29×1022 J. C'est une vingtaine de fois la consommation mondiale annuelle d'énergie primaire, de l'ordre de 6×1020 J.
b)
ΔT=mcE=5,1×1018×10001,29×1022≈2,5 K par an. C'est plus de cent fois le réchauffement observé : l'énergie ne peut donc PAS rester dans l'air, sinon la température aurait gagné plusieurs dizaines de degrés en quelques décennies. Elle va ailleurs.
c)
Masse de la couche : 3,61×1014×700×1030≈2,60×1020 kg. Énergie reçue : 0,9×1,29×1022≈1,16×1022 J. Échauffement : 2,60×1020×40001,16×1022≈0,011 K par an, soit à peine plus d'un centième de degré.
d)
Capacité thermique de la couche : 2,60×1020×4000≈1,04×1024 J/K ; celle de l'atmosphère : 5,1×1018×1000=5,1×1021 J/K. Le rapport vaut environ 200. Pour un même échauffement, les 700 premiers mètres de l'océan absorbent autant d'énergie que deux cents atmosphères : c'est l'océan, et non l'air, le véritable réservoir d'énergie du climat. L'eau cumule une masse cinquante fois plus grande et une capacité thermique massique quatre fois supérieure.
e)
1/0,011≈90 ans. L'océan répond donc avec une constante de temps de l'ordre du siècle. Conséquence : si le forçage cessait d'augmenter, la surface continuerait à se réchauffer pendant des décennies, le temps que l'océan rattrape son retard. Une partie du réchauffement est déjà ENGAGÉE : c'est l'inertie thermique invoquée à l'exercice 3, ici chiffrée.
Exercice 13 : La hausse du niveau des mers
Le niveau moyen des océans monte pour deux raisons physiques distinctes : l'eau se dilate en se réchauffant, et des glaces posées sur les continents fondent. On prendra 3,61×1014 m2 pour la surface des océans.
Le schéma ci-dessous représente la situation ; les hauteurs ne sont pas à l'échelle.
a) Le coefficient de dilatation de l'eau de mer vaut α=2,0×10−4 par kelvin, ce qui signifie ΔV=αVΔT. Une couche de 700 m d'épaisseur se réchauffe de 0,3 degré. Montrez que sa hauteur augmente de Δh=αhΔT, et calculez cette hausse en centimètres.
b) La glace a une masse volumique de 917 kg/m3 et l'eau de mer de 1025 kg/m3. Quelle fraction du volume d'un bloc de glace flottant est immergée ? Expliquez pourquoi la fonte de la banquise ne fait pas monter le niveau des mers.
c) La calotte du Groenland contient 2,9×106 km3 de glace. En assimilant l'eau de fonte à une eau de masse volumique 1000 kg/m3, calculez la hausse du niveau des mers si elle fondait entièrement.
d) Le Groenland perd actuellement environ 270 milliards de tonnes de glace par an. Calculez la hausse correspondante, en millimètres par an.
e) Sur la période récente, la hausse mesurée vaut 3,7 mm par an. Les contributions estimées, arrondies, sont : dilatation thermique 1,4, glaciers de montagne 0,8, Groenland 0,75 et Antarctique 0,4 mm par an. Quelle part de la hausse vient de la fonte des glaces continentales ? Quel écart reste inexpliqué, et que peut-il représenter ?
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Réponses
a)Δh=αhΔT=4,2 cm
b)89,5 % immergé ; la banquise flotte déjà
c)Groenland entier : ≈7,4 m
d)≈0,75 mm par an
e)Glaces 53 % de la hausse, écart 0,35 mm par an
a)
Le volume d'une couche de surface S vaut V=Sh. La dilatation donne ΔV=αVΔT=αShΔT, et comme la surface ne change pas, ΔV=SΔh, d'où Δh=αhΔT. Numériquement : Δh=2,0×10−4×700×0,3=0,042 m, soit 4,2 cm. Un échauffement imperceptible au thermomètre produit une hausse mesurable, parce qu'il agit sur une colonne de 700 m.
b)
Le bloc flotte quand le poids de l'eau déplacée égale son propre poids : ρeauVimmergeˊ=ρglaceV, donc VVimmergeˊ=1025917≈0,895, soit 89,5 pour cent. La banquise flotte DÉJÀ : elle déplace exactement sa masse d'eau de mer, et en fondant elle fournit cette même masse d'eau, qui occupe à peu près le volume qu'elle déplaçait. Sa fonte ne change donc pratiquement pas le niveau, à un léger effet de salinité près. Seules les glaces POSÉES sur un continent ajoutent de l'eau à l'océan.
c)
Volume de glace : 2,9×106 km3=2,9×1015 m3, de masse 2,9×1015×917≈2,66×1018 kg. Volume d'eau de fonte : 2,66×1015 m3. Hausse : 3,61×10142,66×1015≈7,4 m. La fonte complète du Groenland demanderait des siècles à des millénaires, mais elle redessinerait toutes les côtes du monde.
d)
270 milliards de tonnes font 2,7×1014 kg, soit 2,7×1011 m3 d'eau. Hausse : 3,61×10142,7×1011≈7,5×10−4 m, soit environ 0,75 mm par an. Le chiffre paraît minuscule ; il représente pourtant, à lui seul, le cinquième de la hausse observée.
e)
Glaces continentales : 0,8+0,75+0,4=1,95 mm par an, soit 1,95/3,7≈53 pour cent de la hausse : la fonte des glaces a désormais dépassé la dilatation, qui n'en représente que 1,4/3,7≈38 pour cent. La somme des contributions vaut 3,35 mm par an, d'où un écart de 3,7−3,35=0,35 mm par an. Il peut représenter des termes oubliés, comme les variations du stockage d'eau sur les continents, nappes pompées et barrages, mais aussi simplement l'INCERTITUDE de chaque estimation, dont aucune n'est connue à mieux que quelques dixièmes de millimètre. Un bilan qui ferme à 10 pour cent près est un bon bilan.
Exercice 14 : L'acidification des océans
L'océan absorbe environ le quart du dioxyde de carbone émis chaque année. Ce service rendu au climat a un coût : le gaz dissous rend l'eau de mer plus acide. On rappelle que [H3O+]=10−pH mol/L, et qu'une teneur atmosphérique de 1 ppm correspond à 2,13 GtC.
L'échelle ci-dessous place les valeurs de pH de l'énoncé.
Approfondissement : le calcul du pH relève de la spécialité physique-chimie. Le programme d'enseignement scientifique demande seulement de savoir que l'acidification des océans fait partie des conséquences prévues de la hausse du dioxyde de carbone (thème 1.3) ; la relation entre pH et concentration est donc donnée, et les questions a et d vont au-delà du programme.
a) Le pH moyen de surface est passé de 8,25 avant l'ère industrielle à 8,14 aujourd'hui. Calculez de quel pourcentage la concentration en ions oxonium a augmenté.
b) Écrivez la réaction par laquelle le dioxyde de carbone dissous libère des ions oxonium. Le pH de l'océan reste supérieur à 7 : pourquoi parle-t-on quand même d'acidification ?
c) Les émissions valent 10 GtC par an. Calculez la masse de dioxyde de carbone absorbée chaque année par l'océan, en milliards de tonnes.
d) Dans le scénario d'émissions le plus élevé, le pH atteindrait 7,75 en 2100. Par quel facteur la concentration en ions oxonium aurait-elle été multipliée depuis l'époque préindustrielle ?
e) Un océan plus chaud et plus acide absorbe moins bien le dioxyde de carbone. Si sa part passait de 25 à 20 pour cent des émissions, de combien de ppm par an la hausse atmosphérique serait-elle accélérée ? Nommez ce type de mécanisme et citez une conséquence biologique de l'acidification.
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Réponses
a)100,11≈1,29 : +29 %
b)CO2+2H2O→HCO3−+H3O+
c)≈9,2 milliards de tonnes par an
d)100,5≈3,16
e)+0,23 ppm par an : rétroaction positive
a)
Le rapport des concentrations vaut 10−8,2510−8,14=100,11≈1,29. La concentration a donc augmenté d'environ 29 pour cent. Une variation de onze centièmes de pH paraît négligeable : c'est l'échelle logarithmique qui trompe, chaque unité de pH correspondant à un facteur 10.
b)
Le dioxyde de carbone se dissout, puis réagit avec l'eau : CO2+2H2O→HCO3−+H3O+. Chaque molécule qui réagit libère ainsi un ion oxonium. L'océan reste BASIQUE, son pH restant supérieur à 7 ; le mot acidification désigne le SENS de l'évolution, une baisse du pH, et non l'état atteint. Dire que l'océan est devenu acide serait faux ; dire qu'il s'acidifie est exact.
c)
Part absorbée : 0,25×10=2,5 GtC. Masse de dioxyde de carbone : 2,5×44/12≈9,2 milliards de tonnes par an, soit plus de 25 millions de tonnes par jour.
d)
10−8,2510−7,75=100,5≈3,16. La concentration aurait plus que triplé ; l'augmentation actuelle, d'un facteur 1,29, n'en est que le début.
e)
La part absorbée baisse de 0,05×10=0,5 GtC par an, qui restent dans l'atmosphère : 0,5/2,13≈0,23 ppm supplémentaire par an, soit une accélération d'environ 10 pour cent de la hausse actuelle de 2,4 ppm par an. C'est une RÉTROACTION POSITIVE, au sens de l'exercice 4 : le réchauffement affaiblit un puits, ce qui accélère le réchauffement. Conséquence biologique : les ions oxonium consomment les ions carbonate, CO32−+H3O+→HCO3−+H2O, dont les coraux, les coquillages et une partie du plancton ont besoin pour fabriquer leur squelette ou leur coquille calcaire ; leur croissance ralentit et les formes les plus fragiles se dissolvent.
Exercice 15 : Le budget carbone restant
Le réchauffement dû au dioxyde de carbone est, en bonne approximation, proportionnel à la masse cumulée émise depuis 1850 : environ 0,45 degré par tranche de 1000 milliards de tonnes de dioxyde de carbone.
Environ 2500 milliards de tonnes ont été émises depuis 1850, et les émissions actuelles valent 40 milliards de tonnes par an. On attribue aux autres gaz et aux aérosols une contribution nette fixe de 0,15 degré.
La somme 40/r de la question e est celle d'une suite géométrique illimitée, qui n'est au programme d'aucune classe sans spécialité mathématiques : elle est donnée, seule son utilisation est attendue, et cette question est un approfondissement.
a) Calculez le réchauffement dû au dioxyde de carbone émis depuis 1850. Ajoutez la contribution des autres agents et comparez au réchauffement observé, de 1,2 degré.
b) Pour limiter le réchauffement total à 1,5 degré, quelle masse cumulée de dioxyde de carbone ne faut-il pas dépasser ? Déduisez-en le budget restant.
c) À émissions constantes, dans combien d'années ce budget sera-t-il épuisé ? Même question pour un objectif de 2 degrés.
d) On imagine une baisse linéaire des émissions, de 40 milliards de tonnes par an aujourd'hui jusqu'à zéro. En combien d'années doit-elle se faire pour respecter le budget de 1,5 degré ? Justifiez par une aire.
e) On imagine plutôt une baisse de r pour cent par an, sans fin. La somme de toutes les émissions futures vaut alors 40/r, avec r écrit sous forme décimale. Quel taux faut-il ? Comparez à la baisse de 2020, due à la pandémie, d'environ 6 pour cent, et concluez.
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Réponses
a)1,125 degré, 1,275 avec les autres agents
b)Plafond 3000, budget restant 500 milliards de tonnes
c)12,5 ans pour 1,5 degré, 40 ans pour 2
d)Aire du triangle 20T=500 : 25 ans
e)r=8 % par an, plus qu'une pandémie
a)
2500×10000,45=1,125 degré. Avec les autres agents : 1,125+0,15=1,275 degré, contre 1,2 observé. L'accord à moins d'un dixième est satisfaisant pour un modèle d'une ligne, et l'écart restant tient en partie à l'inertie thermique de l'océan, qui retarde la réponse de la surface.
b)
Le dioxyde de carbone ne doit pas contribuer à plus de 1,5−0,15=1,35 degré, soit une masse cumulée de 0,451,35×1000=3000 milliards de tonnes. Budget restant : 3000−2500=500 milliards de tonnes. Les cinq sixièmes du budget total sont déjà consommés.
c)
500/40=12,5 ans. Pour 2 degrés : masse cumulée 0,451,85×1000≈4111 milliards de tonnes, budget restant ≈1611 milliards de tonnes, épuisé en 1611/40≈40 ans. Le demi-degré qui sépare les deux objectifs multiplie le budget restant par plus de trois.
d)
Les émissions cumulées sont l'AIRE sous la courbe des émissions en fonction du temps. Pour une baisse linéaire de 40 à 0 en T années, c'est un triangle d'aire 21×40×T=20T. On veut 20T=500, donc T=25 ans. Une baisse linéaire double la durée disponible par rapport au scénario constant, mais impose d'atteindre la NEUTRALITÉ carbone, des émissions nettes nulles, en 25 ans.
e)
r40=500 donne r=0,08, soit une baisse de 8 pour cent par an, chaque année. La baisse de 2020, provoquée par l'arrêt d'une grande partie de l'économie mondiale, n'a atteint qu'environ 6 pour cent, et elle a été suivie d'un rebond dès l'année suivante. L'objectif de 1,5 degré demanderait donc, chaque année et sans rebond, une baisse plus forte que celle d'une pandémie : elle ne peut venir que d'une transformation des systèmes énergétiques, pas d'une contraction ponctuelle de l'activité. Le calcul ne dit pas ce qui est souhaitable ; il dit ce que chaque objectif exige.
Partie D : les ajouts du programme 2023 (/30)
Exercice 16 : L'eau liquide, une affaire de température et de pression
Le diagramme d'état de l'eau indique, pour chaque couple température et pression, l'état physique stable de l'eau : solide, liquide ou vapeur. L'axe des pressions est gradué en puissances de 10 : chaque graduation vaut dix fois la précédente, et l'on repère une pression par sa position ENTRE deux graduations.
Les points A, B et C représentent trois surfaces planétaires : la Terre en moyenne (15 °C et 105 Pa), un plateau de Mars (−60 °C et 3×102 Pa) et Vénus (464 °C et 9,2×106 Pa).
a) Les trois courbes se rejoignent en un point appelé point triple. Lisez sa température et sa pression.
b) Déterminez l'état physique de l'eau aux points A, B et C.
c) Sur le plateau martien B, peut-on obtenir de l'eau liquide en chauffant la glace ? Au fond du bassin martien d'Hellas, la pression atteint 1,15×103 Pa : entre quelles températures l'eau liquide y est-elle stable ?
d) Au sommet de l'Everest, la pression vaut 3,3×104 Pa. À quelle température l'eau y bout-elle ? Expliquez pourquoi des pâtes y cuisent mal.
e) Dans l'atmosphère de la Terre primitive, la pression de la vapeur d'eau est estimée à 107 Pa. La surface se refroidit depuis 500 °C. À partir de quelle température la vapeur se liquéfie-t-elle ? Pourquoi cette étape conditionne-t-elle l'apparition de la vie ?
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Réponses
a)Point triple : 0 °C et environ 6×102 Pa (611 Pa)
b)A liquide, B solide, C vapeur
c)Non, la glace se sublime sous le point triple ; à Hellas, liquide entre 0 et environ 9 °C
d)Ébullition vers 71 °C : l'eau ne dépasse pas cette température, la cuisson est lente
e)Liquéfaction sous environ 310 °C ; l'eau liquide est le milieu où se déroule la chimie du vivant
a)
Le point triple est le seul point où solide, liquide et vapeur coexistent. On le lit à la jonction des trois courbes : sa température vaut 0 °C (exactement 0,01 °C) et sa pression se situe entre 102 et 103 Pa, aux trois quarts de l'intervalle, soit environ 6×102 Pa (la valeur tabulée est 611 Pa). Le piège de lecture est de lire « 2,8 » comme une pression : sur un axe en puissances de 10, la position entre 102 et 103 se traduit en un FACTEUR, pas en une valeur ajoutée. La courbe presque verticale qui monte du point triple sépare solide et liquide (fusion), celle qui part vers la droite sépare liquide et vapeur (vaporisation), celle qui part vers la gauche sépare solide et vapeur (sublimation).
b)
On place chaque point par ses DEUX coordonnées. A (15 °C, 105 Pa) est à droite de la courbe de fusion et au-dessus de la courbe de vaporisation : l'eau y est LIQUIDE, ce sont nos océans. B (−60 °C, 3×102 Pa) est à gauche de la courbe de fusion et au-dessus de la courbe de sublimation : l'eau y est SOLIDE, c'est la glace des sols martiens. C (464 °C, 9,2×106 Pa) est au-delà de l'extrémité de la courbe de vaporisation, qui s'arrête vers 374 °C : l'eau y est à l'état de VAPEUR. Au-dessus de 374 °C, aucune pression ne peut la rendre liquide. L'erreur classique est de conclure sur la seule température (« 15 °C, donc liquide ») : à 15 °C et 103 Pa, l'eau serait de la vapeur.
c)
Chauffer la glace en B, c'est se déplacer horizontalement vers la droite, à pression constante 3×102 Pa. Cette horizontale passe SOUS le point triple : elle traverse la courbe de sublimation sans jamais entrer dans le domaine liquide. La glace passe directement à l'état de vapeur : sur ce plateau, pas d'eau liquide stable, quelle que soit la température. Au fond d'Hellas, 1,15×103 Pa dépasse la pression du point triple : l'horizontale coupe d'abord la courbe de fusion, vers 0 °C, puis la courbe de vaporisation : 1,15×103 Pa, à peine au-dessus de la graduation 103, y est atteint vers 9 °C. L'eau liquide n'y est donc stable qu'entre 0 et environ 9 °C, fenêtre étroite, mais réelle, qui rend ce bassin intéressant pour la recherche de traces d'eau.
d)
On trace l'horizontale 3,3×104 Pa, soit un peu plus de la moitié de l'intervalle entre 104 et 105, jusqu'à la courbe de vaporisation : on lit environ 71 °C. Au niveau de la mer, sous 105 Pa, la même courbe donne 100 °C. Sur l'Everest, l'eau bout donc vers 71 °C et ne peut pas dépasser cette température tant qu'elle reste liquide : les pâtes cuisent dans une eau à 71 °C, et la cuisson, qui dépend de la température et non de l'ébullition elle-même, est beaucoup plus lente. L'autocuiseur fait l'inverse : il élève la pression, donc la température d'ébullition.
e)
À pression fixée 107 Pa, on descend l'horizontale depuis la droite. Au-dessus de la courbe de vaporisation, l'eau est liquide ; en dessous, vapeur. La courbe atteint 107 Pa vers 310 °C : au-dessus, toute l'eau est vapeur ; dès que la surface passe sous 310 °C environ, la vapeur se LIQUÉFIE. C'est, à l'échelle des temps géologiques, une liquéfaction très rapide qui a formé l'hydrosphère. Elle conditionne la vie parce que la chimie du vivant se déroule en solution : l'eau liquide dissout, transporte et met en contact les molécules, et les premières traces de vie connues sont aquatiques. La phrase attendue relie les trois éléments : refroidissement, franchissement de la courbe de vaporisation, eau liquide où la vie a pu se développer.
Ce qu'il faut retenir : l'état physique se lit avec les DEUX coordonnées, et une pression se place sur un axe en puissances de 10 par un facteur. Une valeur lue sur ce diagramme est un ordre de grandeur, et on la donne comme telle.
Exercice 17 : Le pouvoir d'un gaz à effet de serre : spectre et abondance
La courbe donne l'émission de la surface terrestre, à 15 °C, en pourcentage de son maximum, selon la longueur d'onde. Sous l'axe, un rectangle marque chaque domaine où un gaz de l'atmosphère absorbe fortement le rayonnement. Entre 8 et 13 µm, aucun des gaz dessinés n'absorbe : c'est la fenêtre atmosphérique.
On donne les teneurs de l'air : dioxyde de carbone 280 ppm en 1750 et 421 ppm aujourd'hui ; méthane 0,72 ppm en 1750 et 1,90 ppm aujourd'hui ; hexafluorure de soufre, gaz industriel qui absorbe vers 10,5 µm, 1,1×10−5 ppm aujourd'hui et rien en 1750.
a) Lisez la longueur d'onde du maximum d'émission de la surface. Lisez l'émission, en pourcentage du maximum, à 15 µm puis à 4,3 µm.
b) Le dioxyde de carbone possède deux bandes, à 4,3 µm et vers 15 µm, toutes deux très intenses au laboratoire. Laquelle compte pour l'effet de serre terrestre ? Justifiez avec a.
c) Pourquoi la fenêtre atmosphérique joue-t-elle un rôle décisif dans le refroidissement de la Terre ? Que se passe-t-il si l'on ajoute à l'air un gaz qui absorbe dans cette fenêtre ?
d) Calculez l'augmentation de la teneur en dioxyde de carbone et en méthane depuis 1750. À la teneur actuelle, une molécule de méthane ajoutée augmente l'absorption 26 fois plus qu'une molécule de dioxyde de carbone ajoutée. Lequel des deux gaz a le plus renforcé l'effet de serre, et de quel facteur ?
e) Une molécule d'hexafluorure de soufre ajoutée absorbe environ 40000 fois plus qu'une molécule de dioxyde de carbone. Calculez la hausse de dioxyde de carbone qui aurait le même effet que tout l'hexafluorure de soufre présent. Concluez en nommant les deux critères qui décident du pouvoir d'un gaz.
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Réponses
a)Maximum vers 10 µm ; environ 72% à 15 µm et 9% à 4,3 µm
b)La bande de 15 µm, là où la surface émet ; à 4,3 µm il n'y a presque rien à absorber
c)La fenêtre laisse partir le maximum d'émission ; un gaz qui y absorbe a un fort effet par molécule
d)+141 ppm contre +1,18 ppm ; 1,18×26≈31 ppm équivalents : le dioxyde de carbone pèse 4,6 fois plus
e)0,44 ppm équivalents, 320 fois moins ; les deux critères : spectre et abondance
a)
Le maximum de la courbe se lit vers 10 µm, dans l'infrarouge (on retrouve la valeur que la loi de Wien donne pour un corps à 288 K). À 15 µm, la courbe vaut environ 72% du maximum : la surface y émet encore beaucoup. À 4,3 µm, elle ne vaut que 9% environ : presque rien. Le rayonnement de la surface est concentré entre 5 et 30 µm.
b)
Un gaz ne peut absorber que le rayonnement qui existe à sa longueur d'onde. À 4,3 µm, la surface émet environ 9% de son maximum : la bande y absorbe presque tout d'un rayonnement presque nul, et son rôle dans l'effet de serre est négligeable. Vers 15 µm, la surface émet environ 72% de son maximum : c'est cette bande qui intercepte une part importante du rayonnement infrarouge terrestre. L'intensité d'une bande mesurée au laboratoire ne suffit donc pas : il faut la CONFRONTER à la courbe d'émission de la Terre. C'est le premier critère, la position du spectre d'absorption par rapport au rayonnement émis.
c)
Dans la fenêtre, entre 8 et 13 µm, se trouve le maximum d'émission de la surface, et aucun des gaz majeurs n'y absorbe : ce rayonnement traverse l'atmosphère et part directement vers l'espace. La fenêtre est la principale voie par laquelle la Terre évacue son énergie. Un gaz qui absorbe dans la fenêtre la referme en partie : il intercepte un rayonnement que personne n'interceptait, et chaque molécule ajoutée produit un effet fort. À l'inverse, ajouter une molécule de dioxyde de carbone au milieu de sa bande de 15 µm, déjà presque opaque, n'a qu'un effet modeste, car ce rayonnement est déjà largement absorbé : c'est pourquoi l'effet d'une molécule ajoutée dépend du gaz et de sa teneur.
d)
Le dioxyde de carbone est passé de 280 à 421 ppm : +141 ppm. Le méthane est passé de 0,72 à 1,90 ppm : +1,18 ppm, soit une hausse RELATIVE de 164%, contre 50% pour le dioxyde de carbone. Pour comparer les effets, on convertit le méthane en « dioxyde de carbone équivalent » : 1,18×26≈30,7 ppm. Le dioxyde de carbone ajouté pèse donc 30,7141≈4,6 fois plus que le méthane ajouté. Le méthane est bien plus efficace par molécule, mais le dioxyde de carbone l'emporte par son ABONDANCE. Le piège est de conclure sur la hausse relative : +164% d'une teneur minuscule reste une petite quantité.
e)
L'hexafluorure de soufre présent équivaut à 1,1×10−5×40000=0,44 ppm de dioxyde de carbone. Comparé aux 141 ppm ajoutés depuis 1750, c'est 0,44141≈320 fois moins. Ce gaz est le plus efficace par molécule des trois, parce qu'il absorbe en plein dans la fenêtre, et pourtant il pèse peu, parce qu'il est rarissime. Conclusion : la capacité d'un gaz à renforcer l'effet de serre dépend de DEUX critères qu'il faut toujours citer ensemble, la position de son spectre d'absorption par rapport à l'émission terrestre, qui fixe l'effet d'une molécule, et son abondance, qui fixe le nombre de molécules. Le diazote et le dioxygène, 99% de l'air, échouent au premier critère ; l'hexafluorure de soufre, au second.
Sur une copie, une réponse qui ne cite que l'un des deux critères perd la moitié des points de la question : « il absorbe dans l'infrarouge » ne suffit pas, « il est abondant » non plus.
Exercice 18 : Indices du passé, corrélations du présent
Pour reconstituer les climats passés, on lit des indices laissés par le climat lui-même. Pour attribuer le réchauffement actuel à une cause, on confronte des séries de mesures, et c'est là que se loge la distinction entre corrélation et causalité.
La courbe donne la position du front d'un glacier alpin depuis 1850, en kilomètres en aval de sa position de 2020. Le tableau donne des moyennes par décennie : teneur en dioxyde de carbone, écart de température globale à l'époque préindustrielle, et éclairement solaire reçu hors atmosphère.
Décennie
1960
1970
1980
1990
2000
2010
Dioxyde de carbone (ppm)
320
331
345
361
379
400
Écart de température (°C)
0,30
0,35
0,55
0,70
0,90
1,10
Éclairement solaire (W/m²)
1 361,2
1 361,1
1 361,3
1 361,2
1 361,0
1 360,8
a) Dans les sédiments d'un lac du Jura, les grains de pollen datés de 14000 ans sont à 70% des herbes de steppe et à 25% du pin ; ceux datés de 7000 ans sont à 65% du chêne et du noisetier. Laquelle des deux époques était la plus froide ? Pourquoi le pollen est-il un indice climatique ?
b) Lisez sur la courbe la vitesse moyenne de recul du front entre 1850 et 1950, puis entre 2000 et 2020, en mètres par an. Par quel facteur le recul a-t-il accéléré ?
c) Calculez, entre les décennies 1960 et 2010, la variation absolue et la variation relative de chacune des trois grandeurs du tableau. Laquelle varie dans le même sens que la température ? Que peut-on en conclure sur le rôle du Soleil ?
d) Une corrélation ne suffit pas à établir une cause. Des simulations climatiques de la même période donnent −0,05 °C avec les seuls forçages naturels (Soleil, volcans), et +0,80 °C avec les forçages naturels et humains ; on a observé +0,80 °C. Expliquez ce que ces simulations ajoutent à la corrélation, et citez un autre argument de causalité.
e) Deux affirmations à juger. Première : « depuis 1960, le nombre de téléphones portables et la température ont augmenté ensemble ». Seconde : « à la fin des glaciations, la température a commencé à monter avant le dioxyde de carbone, donc le dioxyde de carbone ne cause pas le réchauffement ». Pour chacune, dites quel lien existe réellement.
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Réponses
a)Il y a 14000 ans ; le pollen révèle la végétation, qui dépend du climat
b)9 m par an puis 30 m par an : recul multiplié par environ 3,3
c)+80 ppm (+25%), +0,80 °C, −0,4 W/m² (−0,03%) : seul le dioxyde de carbone est corrélé, le Soleil est écarté
d)Sans forçages humains −0,05 °C, avec +0,80 °C : écart 0,85 °C attribué aux humains ; autre argument, le mécanisme d'absorption
e)Téléphones : facteur commun, aucune causalité ; glaciations : le dioxyde de carbone est cause et conséquence, rétroaction positive
a)
L'époque de 14000 ans était la plus FROIDE. Les herbes de steppe et le pin supportent un climat froid et sec, alors que la chênaie et le noisetier exigent des étés doux : un paysage de steppe au bord d'un lac du Jura désigne un climat glaciaire, une chênaie un climat tempéré. Le pollen est un bon indice pour trois raisons : chaque plante produit un pollen de forme reconnaissable, il est produit en énormes quantités et se dépose chaque année au fond des lacs et des tourbières, et son enveloppe résiste des dizaines de milliers d'années. Le raisonnement passe par un intermédiaire, la VÉGÉTATION : le pollen dit quelles plantes poussaient, et ce sont les exigences actuelles de ces plantes qui renseignent sur le climat, ce qu'une copie doit dire.
b)
Entre 1850 et 1950, le front passe de 2,4 à 1,5 km en aval de sa position actuelle : il recule de 0,9 km en 100 ans, soit 100900=9 m par an. Entre 2000 et 2020, il passe de 0,6 à 0 km : 20600=30 m par an. Le recul a été multiplié par 930≈3,3. La moraine de 1850 marque la fin du petit âge glaciaire, période froide des siècles précédents. L'extension d'un glacier est un INDICATEUR climatique, qui intègre les températures et les chutes de neige de plusieurs années : on la lit en tendance, pas année par année.
c)
Le dioxyde de carbone passe de 320 à 400 ppm : +80 ppm, soit 32080=25%. L'écart de température passe de 0,30 à 1,10 °C : +0,80 °C, soit une multiplication par près de quatre. L'éclairement solaire passe de 1361,2 à 1360,8 W/m² : −0,4 W/m², soit 1361,2−0,4≈−0,03%. Le dioxyde de carbone et la température augmentent ensemble, décennie après décennie : ils sont CORRÉLÉS. L'éclairement solaire, lui, reste quasi constant et baisse même légèrement : il ne peut pas expliquer un réchauffement, puisqu'une cause qui diminue ne produit pas un effet qui augmente. La non-corrélation suffit à ÉCARTER une cause ; la corrélation, en revanche, ne suffit pas à en établir une.
d)
Les simulations font ce qu'aucune série de mesures ne peut faire : une EXPÉRIENCE. Le modèle, construit sur des lois physiques, est lancé deux fois sur la même période en ne changeant qu'un facteur. Sans les forçages humains, il donne −0,05 °C : la part du réchauffement expliquée par les causes naturelles est nulle, voire négative. Avec eux, il donne +0,80 °C, la valeur observée. L'écart entre les deux simulations, 0,85 °C, est attribué aux forçages humains. Autre argument de causalité : le MÉCANISME, connu indépendamment des températures, à savoir l'absorption du rayonnement infrarouge terrestre par le dioxyde de carbone dans sa bande de 15 µm (exercice 17). Une corrélation devient une relation de cause à effet quand un mécanisme l'explique et que l'expérience, ici numérique, la reproduit en supprimant la cause supposée.
e)
Première affirmation : la corrélation est réelle, mais il n'existe aucun lien de cause à effet entre téléphones et température. Les deux grandeurs dépendent d'un FACTEUR COMMUN, la croissance économique et technique du dernier demi-siècle, qui a multiplié à la fois les appareils et la consommation de combustibles fossiles. Deux grandeurs qui croissent avec le temps sont toujours corrélées : c'est le piège le plus répandu. Seconde affirmation : le retard est réel, mais la conclusion est fausse. À la fin d'une glaciation, un changement de l'orbite terrestre amorce le réchauffement ; l'océan qui se réchauffe libère du dioxyde de carbone, qui renforce à son tour le réchauffement. Le dioxyde de carbone y est à la fois CONSÉQUENCE et CAUSE : c'est une rétroaction positive. Qu'une grandeur suive l'autre dans un cas n'interdit pas qu'elle la précède dans un autre ; aujourd'hui, le dioxyde de carbone est émis d'abord, par les combustions.
La phrase qui rapporte les points en fin de question : « la corrélation est établie par les données, la causalité par un mécanisme et par des simulations qui retirent la cause supposée ».
Il manque quelque chose dans cette série ?Un type d'exercice que ton prof donne, un énoncé qui te bloque, une erreur repérée : dis-le-moi, je lis chaque demande.
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