Exercice 1 : La probabilité n'est plus une hauteur, c'est une aire
La durée , en heures, d'une panne du réseau d'un cégep est une variable aléatoire CONTINUE : entre deux valeurs, il y en a toujours une troisième, et la liste des issues ne peut pas s'écrire. On ne peut donc plus lui attacher un tableau de probabilités comme à un dé.
On la décrit par une fonction de DENSITÉ , constante par morceaux ici : pour , pour , pour , et ailleurs. La figure la représente, la zone colorée correspondant à l'intervalle .
La règle du chapitre tient en une ligne : une probabilité est l'AIRE sous la courbe de au-dessus de l'intervalle considéré.
- a) Vérifiez que est bien une fonction de densité, en contrôlant les deux conditions requises. Donnez l'aire de chacun des trois rectangles.
- b) Calculez , la probabilité que la panne dure entre une et trois heures.
- c) Calculez , puis . Comparez avec b et expliquez.
- d) Calculez et .
- e) Énoncez les trois axiomes de Kolmogorov et dites lequel impose que l'aire totale vaille 1. Le résultat de c contredit-il l'un d'eux ?
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Réponses
- a) Positivité vérifiée, et : est bien une densité.
- b) .
- c) et , identique à b : strict ou large ne change rien.
- d) et .
- e) Positivité, , additivité des incompatibles. C'est le deuxième qui donne l'aire 1, et c ne contredit rien : probabilité nulle n'est pas impossibilité.
a) Deux conditions, pas une de plus. POSITIVITÉ : ne prend que les valeurs , , et , toutes positives ou nulles. AIRE TOTALE ÉGALE À 1 : la courbe délimite trois rectangles, tous de largeur 2. Le premier a une aire de , le deuxième , le troisième . La somme vaut , donc est une densité. Notez au passage que , et sont les probabilités que la panne tombe dans chacune des trois tranches de deux heures : la panne longue, entre 2 h et 4 h, est la plus fréquente. Le piège, ici, est de vouloir additionner les HAUTEURS, , et de conclure que quelque chose ne va pas. Les hauteurs ne s'additionnent jamais : ce sont des probabilités PAR HEURE, et seule leur multiplication par une largeur donne une probabilité.
b) L'intervalle est à cheval sur deux paliers. On découpe : de 1 à 2, la hauteur vaut et la largeur 1, donc l'aire vaut ; de 2 à 3, la hauteur vaut et la largeur 1, donc l'aire vaut . Au total . Une panne sur trois environ dure entre une et trois heures. La vérification est immédiate : est compris entre 0 et 1, et il est plus petit que , ce qui est cohérent puisque est inclus dans .
c) . L'événement « la panne dure exactement deux heures, au milliardième de seconde près » correspond à un segment de largeur NULLE sous la courbe : son aire est nulle, quelle que soit la hauteur de la courbe à cet endroit. Passer de à revient à retirer les deux valeurs 1 et 3, donc deux aires nulles : , exactement comme en b. C'est la deuxième surprise du chapitre : strict ou large, le résultat est le même pour une variable continue. Dans le discret, c'est faux, et l'écart vaut précisément , qui n'est pas nul.
d) est l'aire du troisième rectangle seul : . est l'aire du premier : . Vérification par le complémentaire : et , ce qui redonne bien . Et comme , écrire ou ne change rien.
e) Les trois axiomes de Kolmogorov, qui fondent toute la théorie. PREMIER, positivité : pour tout événement , . DEUXIÈME, normalisation : , l'univers entier est certain. TROISIÈME, additivité : si et sont incompatibles, , et cela s'étend à une suite d'événements deux à deux incompatibles. C'est le DEUXIÈME qui impose l'aire totale égale à 1 : l'aire sous la densité représente , la panne dure forcément un certain temps. Le résultat de c ne contredit aucun axiome. Un événement de probabilité nulle n'est pas un événement impossible : la panne prend bien une valeur, et chacune de ces valeurs a une probabilité nulle. C'est le prix du passage au continu, et c'est exactement ce que l'additivité dénombrable autorise, puisque les valeurs d'un intervalle ne forment pas une suite.