Calcul I MTH1101 • Polytechnique Montréal • Les dérivées partielles

Les dérivées partielles : exercices corrigés de MTH1101 (Polytechnique)

Voici une série d'exercices corrigés sur les dérivées partielles, chapitre du plan de cours de MTH1101, Calcul I à Polytechnique Montréal, section 4.1 de Stewart, « Calcul à plusieurs variables ». C'est la matière du contrôle périodique 2, et le chapitre ouvre la partie « dérivées » du cours : le plan tangent, la différentielle, la dérivation en chaîne, le gradient et toute l'optimisation qui suivent sont écrits avec les dérivées partielles calculées ici.

Le fil de la série tient en une phrase : une dérivée partielle est une dérivée à UNE variable. On GÈLE toutes les autres, ce qui revient à regarder une trace de la surface, et tout en découle : le calcul, la pente, le taux avec ses unités, la lecture sur une table ou sur une carte, la définition par la limite. Presque toutes les erreurs du chapitre sont une variable gelée qu'on dérive quand même, ou une variable libre qu'on fige trop tôt.

Les pièges nommés en chemin : le terme qui ne contient pas la variable et qui doit disparaître, xyx^{y} qui est une puissance pour l'une et une exponentielle pour l'autre, la formule qui donne 00\frac{0}{0} alors que la dérivée existe, le produit ∂P∂V∂V∂T∂T∂P\frac{\partial P}{\partial V}\frac{\partial V}{\partial T}\frac{\partial T}{\partial P} qui vaut −1-1 et pas 11, l'espacement irrégulier d'une table, Clairaut invoqué sans son hypothèse. Tout se fait sans calculatrice, comme aux contrôles périodiques et à l'examen final, où le seul document permis est votre aide-mémoire d'une feuille recto verso : les réponses sont exactes, et une estimation se donne avec son ordre de grandeur.

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Ce chapitre fait partie de Calcul I MTH1101, Polytechnique Montréal : exercices corrigés et fiches, chapitre par chapitre
Avant de commencer Fiche de révision : les pièges et la méthode de ce chapitre

Avant ce chapitre

Ces notions sont supposées acquises ici. Si le premier exercice résiste, le blocage vient presque toujours de l'une d'elles, pas du chapitre lui-même.

Remonter plus loin : la chaîne complète (2 chapitres) ↓

Le chemin de remédiation, du plus ancien au plus proche. Un élève qui reprend ce chapitre de zéro le reprend dans cet ordre.

  1. 1Fonctions de plusieurs variables et courbes de niveau
  2. 2Limite et continuité à plusieurs variables

Rappel de cours

  • • DÉFINITION : fx(a,b)=lim⁡h→0f(a+h,b)−f(a,b)hf_x(a,b)=\lim\limits_{h\to 0}\frac{f(a+h,b)-f(a,b)}{h} et fy(a,b)=lim⁡h→0f(a,b+h)−f(a,b)hf_y(a,b)=\lim\limits_{h\to 0}\frac{f(a,b+h)-f(a,b)}{h} ; une seule coordonnée bouge.
  • • CALCUL : pour fxf_x, on traite yy (et toute autre variable) comme une constante et l'on applique les règles à une variable : produit, quotient, chaîne.
  • • INTERPRÉTATION : fx(a,b)f_x(a,b) est la pente de la tangente à la trace z=f(x,b)z=f(x,b) en x=ax=a, et un taux dont l'unité est celle de ff divisée par celle de xx.
  • • ESTIMATION : sur une table, moyenne des taux à droite et à gauche ; sur une carte de contour, on se déplace dans la direction de la variable : le sens de variation des niveaux donne le signe, leur écart la grandeur.
  • • ORDRE 2 : fxy=(fx)y=∂2f∂y ∂xf_{xy}=(f_x)_y=\frac{\partial^{2}f}{\partial y\,\partial x}. CLAIRAUT : si fxyf_{xy} et fyxf_{yx} sont continues sur un disque centré en (a,b)(a,b), alors fxy(a,b)=fyx(a,b)f_{xy}(a,b)=f_{yx}(a,b).
  • • EDP : chaleur ut=αuxxu_t=\alpha u_{xx}, ondes utt=c2uxxu_{tt}=c^{2}u_{xx}, Laplace uxx+uyy=0u_{xx}+u_{yy}=0 ; une solution vérifie l'égalité en TOUT point du domaine.

Partie A : les bases (/50)

Exercice 1 : Geler une variable : le calcul des dérivées partielles

Pour calculer ∂f∂x=fx\frac{\partial f}{\partial x}=f_x, on traite yy comme une CONSTANTE et l'on dérive par rapport à xx avec les règles à une variable ; pour fyf_y, c'est xx qu'on gèle. Dans chaque question, donnez l'expression des deux dérivées partielles, puis leur valeur au point indiqué, sous forme exacte.

  • a) f(x,y)=x3y2−5xy+2y4f(x,y)=x^{3}y^{2}-5xy+2y^{4}, au point (1,2)(1,2).
  • b) g(x,y)=x exyg(x,y)=x\,\mathrm{e}^{xy}, au point (2,0)(2,0).
  • c) h(x,y)=x−yx+2yh(x,y)=\dfrac{x-y}{x+2y}, au point (1,1)(1,1).
  • d) k(x,y)=sin⁡(x2y)k(x,y)=\sin\left(x^{2}y\right), au point (1,π)(1,\pi).

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Réponses

  • a) fx=3x2y2−5yf_x=3x^{2}y^{2}-5y, fy=2x3y−5x+8y3f_y=2x^{3}y-5x+8y^{3} ; fx(1,2)=2f_x(1,2)=2, fy(1,2)=63f_y(1,2)=63
  • b) gx=(1+xy) exyg_x=(1+xy)\,\mathrm{e}^{xy}, gy=x2exyg_y=x^{2}\mathrm{e}^{xy} ; gx(2,0)=1g_x(2,0)=1, gy(2,0)=4g_y(2,0)=4
  • c) hx=3y(x+2y)2h_x=\frac{3y}{(x+2y)^{2}}, hy=−3x(x+2y)2h_y=\frac{-3x}{(x+2y)^{2}} ; hx(1,1)=13h_x(1,1)=\frac{1}{3}, hy(1,1)=−13h_y(1,1)=-\frac{1}{3}
  • d) kx=2xycos⁡(x2y)k_x=2xy\cos\left(x^{2}y\right), ky=x2cos⁡(x2y)k_y=x^{2}\cos\left(x^{2}y\right) ; kx(1,π)=−2πk_x(1,\pi)=-2\pi, ky(1,π)=−1k_y(1,\pi)=-1

a) Pour fxf_x, le nombre yy est gelé : x3y2x^{3}y^{2} est y2y^{2} fois x3x^{3}, de dérivée 3x2y23x^{2}y^{2} ; −5xy-5xy est −5y-5y fois xx, de dérivée −5y-5y ; et 2y42y^{4} ne contient pas xx, c'est une constante, de dérivée 00. Donc fx=3x2y2−5yf_x=3x^{2}y^{2}-5y et fx(1,2)=12−10=2f_x(1,2)=12-10=2. Pour fyf_y, c'est xx qui est gelé : fy=2x3y−5x+8y3f_y=2x^{3}y-5x+8y^{3}, et fy(1,2)=4−5+64=63f_y(1,2)=4-5+64=63. Le piège de la question est le terme 2y42y^{4} : une copie sur trois écrit fx=3x2y2−5y+8y3f_x=3x^{2}y^{2}-5y+8y^{3}, parce qu'elle a dérivé « tout ce qui bouge ». Or dans une dérivée partielle, une seule chose bouge. Les deux résultats sont très différents, 22 et 6363, et c'est normal : ils mesurent deux pentes de la même surface dans deux directions différentes.

b) Pour gxg_x, le facteur xx apparaît DEUX fois, devant et dans l'exposant : c'est un produit de deux fonctions de xx. Règle du produit, puis chaîne à une variable sur exy\mathrm{e}^{xy}, dont la dérivée en xx est y exyy\,\mathrm{e}^{xy} : gx=exy+x⋅y exy=(1+xy) exyg_x=\mathrm{e}^{xy}+x\cdot y\,\mathrm{e}^{xy}=(1+xy)\,\mathrm{e}^{xy}, et gx(2,0)=1g_x(2,0)=1. Pour gyg_y, au contraire, xx est une constante multiplicative, pas de règle du produit : gy=x⋅x exy=x2exyg_y=x\cdot x\,\mathrm{e}^{xy}=x^{2}\mathrm{e}^{xy}, et gy(2,0)=4g_y(2,0)=4. La même expression demande la règle du produit pour une variable et pas pour l'autre : c'est la variable gelée qui décide de la règle, pas l'allure de la formule.

c) Règle du quotient avec yy gelé : le numérateur x−yx-y a pour dérivée 11, le dénominateur x+2yx+2y aussi. hx=1⋅(x+2y)−(x−y)⋅1(x+2y)2=3y(x+2y)2h_x=\dfrac{1\cdot(x+2y)-(x-y)\cdot 1}{(x+2y)^{2}}=\dfrac{3y}{(x+2y)^{2}}, donc hx(1,1)=39=13h_x(1,1)=\dfrac{3}{9}=\dfrac{1}{3}. Avec xx gelé, le numérateur a pour dérivée −1-1 et le dénominateur 22 : hy=−(x+2y)−2(x−y)(x+2y)2=−3x(x+2y)2h_y=\dfrac{-(x+2y)-2(x-y)}{(x+2y)^{2}}=\dfrac{-3x}{(x+2y)^{2}}, donc hy(1,1)=−13h_y(1,1)=-\dfrac{1}{3}. L'erreur classique est de garder la dérivée 11 du dénominateur dans hyh_y : le 2y2y donne 22, pas 11. Contrôle de bon sens au point (1,1)(1,1), où h=0h=0 : augmenter xx rend le numérateur positif, donc hh devient positif et hx>0h_x>0 ; augmenter yy le rend négatif, donc hy<0h_y<0. Les deux signes trouvés sont les bons.

d) Chaîne à UNE variable : l'extérieur est sin⁡\sin, l'intérieur u=x2yu=x^{2}y. Avec yy gelé, ux=2xyu_x=2xy, donc kx=2xycos⁡(x2y)k_x=2xy\cos\left(x^{2}y\right) ; avec xx gelé, uy=x2u_y=x^{2}, donc ky=x2cos⁡(x2y)k_y=x^{2}\cos\left(x^{2}y\right). Au point (1,π)(1,\pi), x2y=πx^{2}y=\pi et cos⁡π=−1\cos\pi=-1 : kx(1,π)=−2πk_x(1,\pi)=-2\pi et ky(1,π)=−1k_y(1,\pi)=-1. On ne sort pas de la chaîne à une variable : la dérivée en chaîne « à plusieurs variables » ne servira que lorsque xx et yy dépendront eux-mêmes d'autres variables. Ici, on dérive une composée de fonctions d'UNE variable, l'autre étant figée. On garde −2π-2\pi sous forme exacte : c'est la réponse attendue à un examen sans calculatrice.

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Exercice 2 : Quand la variable gelée change la nature de la fonction

Une même expression peut être une puissance pour une variable et une exponentielle pour l'autre, ou une borne d'intégrale pour l'une et une constante pour l'autre. Avant de dériver, demandez-vous à chaque fois : « avec cette variable gelée, quelle fonction d'UNE variable ai-je sous les yeux ? »

  • a) p(x,y)=xyp(x,y)=x^{y}, pour x>0x>0. Calculez pxp_x et pyp_y, puis leurs valeurs en (2,3)(2,3).
  • b) q(x,y)=arctan⁡yxq(x,y)=\arctan\dfrac{y}{x}, pour x>0x>0. Calculez qxq_x et qyq_y sous forme simplifiée, puis leurs valeurs en (3,4)(3,4).
  • c) w(x,y,z)=xy2z3−2xz+yzw(x,y,z)=xy^{2}z^{3}-2xz+\dfrac{y}{z}. Calculez wxw_x, wyw_y et wzw_z en (1,2,1)(1,2,1).
  • d) F(x,y)=∫xy1+t3 dtF(x,y)=\displaystyle\int_{x}^{y}\sqrt{1+t^{3}}\,dt, pour x≥0x\geq 0 et y≥0y\geq 0. Calculez Fx(1,2)F_x(1,2) et Fy(1,2)F_y(1,2), sans chercher de primitive.

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  • a) px=y xy−1p_x=y\,x^{y-1}, py=xyln⁡xp_y=x^{y}\ln x ; px(2,3)=12p_x(2,3)=12, py(2,3)=8ln⁡2≈5,545p_y(2,3)=8\ln 2\approx 5{,}545
  • b) qx=−yx2+y2q_x=\frac{-y}{x^{2}+y^{2}}, qy=xx2+y2q_y=\frac{x}{x^{2}+y^{2}} ; qx(3,4)=−425q_x(3,4)=-\frac{4}{25}, qy(3,4)=325q_y(3,4)=\frac{3}{25}
  • c) wx=2w_x=2, wy=5w_y=5, wz=8w_z=8 en (1,2,1)(1,2,1)
  • d) Fx(x,y)=−1+x3F_x(x,y)=-\sqrt{1+x^{3}}, Fy(x,y)=1+y3F_y(x,y)=\sqrt{1+y^{3}} ; Fx(1,2)=−2F_x(1,2)=-\sqrt{2}, Fy(1,2)=3F_y(1,2)=3

a) Avec yy gelé, xyx^{y} est une PUISSANCE de xx à exposant constant : px=y xy−1p_x=y\,x^{y-1}, et px(2,3)=3×22=12p_x(2,3)=3\times 2^{2}=12. Avec xx gelé, xyx^{y} est une EXPONENTIELLE de base constante x>0x>0 : xy=eyln⁡xx^{y}=\mathrm{e}^{y\ln x}, donc py=ln⁡x⋅eyln⁡x=xyln⁡xp_y=\ln x\cdot\mathrm{e}^{y\ln x}=x^{y}\ln x, et py(2,3)=8ln⁡2≈5,545p_y(2,3)=8\ln 2\approx 5{,}545. Les deux erreurs symétriques sont classiques : écrire px=xyln⁡xp_x=x^{y}\ln x, en traitant xx comme la base fixe alors que c'est lui qui varie, ou py=y xy−1p_y=y\,x^{y-1}, en appliquant la règle des puissances à un exposant qui bouge. Une seule question tranche tout : laquelle des deux lettres est gelée ?

b) On dérive arctan⁡u\arctan u par la chaîne à une variable : (arctan⁡u)′=u′1+u2(\arctan u)'=\dfrac{u'}{1+u^{2}}, avec u=yxu=\dfrac{y}{x}. Pour qxq_x, yy est gelé et ux=−yx2u_x=-\dfrac{y}{x^{2}}, donc qx=−y/x21+y2/x2=−yx2+y2q_x=\dfrac{-y/x^{2}}{1+y^{2}/x^{2}}=\dfrac{-y}{x^{2}+y^{2}} après multiplication du haut et du bas par x2x^{2}. Pour qyq_y, uy=1xu_y=\dfrac{1}{x}, donc qy=1/x1+y2/x2=xx2+y2q_y=\dfrac{1/x}{1+y^{2}/x^{2}}=\dfrac{x}{x^{2}+y^{2}}. En (3,4)(3,4), x2+y2=25x^{2}+y^{2}=25 : qx=−425q_x=-\dfrac{4}{25} et qy=325q_y=\dfrac{3}{25}. Interprétation : qq est l'angle polaire du point (x,y)(x,y) ; aller vers la droite fait baisser cet angle, monter le fait augmenter, d'où les signes. Simplifier la fraction étagée n'est pas un luxe : c'est ce qui rend le résultat lisible et le calcul en (3,4)(3,4) immédiat.

c) Trois variables, même geste : on en gèle DEUX. wx=y2z3−2zw_x=y^{2}z^{3}-2z, car yz\dfrac{y}{z} ne contient pas xx ; en (1,2,1)(1,2,1), wx=4−2=2w_x=4-2=2. wy=2xyz3+1zw_y=2xyz^{3}+\dfrac{1}{z}, car −2xz-2xz ne contient pas yy ; wy=4+1=5w_y=4+1=5. wz=3xy2z2−2x−yz2w_z=3xy^{2}z^{2}-2x-\dfrac{y}{z^{2}}, car yz=y z−1\dfrac{y}{z}=y\,z^{-1} a pour dérivée −y z−2-y\,z^{-2} ; wz=12−2−2=8w_z=12-2-2=8. Le piège est le dernier terme : yz\dfrac{y}{z} se dérive en 1z\dfrac{1}{z} par rapport à yy et en −yz2-\dfrac{y}{z^{2}} par rapport à zz. Le même terme change de statut d'une dérivée à l'autre, exactement comme xyx^{y} en a).

d) Avec xx gelé, FF est l'intégrale d'une fonction continue entre une borne fixe et la borne supérieure VARIABLE yy : par le théorème fondamental du calcul, Fy(x,y)=1+y3F_y(x,y)=\sqrt{1+y^{3}}, et Fy(1,2)=9=3F_y(1,2)=\sqrt{9}=3. Avec yy gelé, c'est la borne INFÉRIEURE qui varie ; on écrit F(x,y)=−∫yx1+t3 dtF(x,y)=-\displaystyle\int_{y}^{x}\sqrt{1+t^{3}}\,dt, donc Fx(x,y)=−1+x3F_x(x,y)=-\sqrt{1+x^{3}} et Fx(1,2)=−2F_x(1,2)=-\sqrt{2}. Aucune primitive de 1+t3\sqrt{1+t^{3}} ne s'écrit avec les fonctions usuelles, et aucune n'est nécessaire. Le signe moins est le point de la question : augmenter la borne inférieure retire un morceau d'aire, donc FF diminue. Une copie qui écrit Fx=1+x3F_x=\sqrt{1+x^{3}} a oublié de quelle borne il s'agit.

Exercice 3 : La définition par la limite, quand les règles se taisent

Par définition, fx(a,b)=lim⁡h→0f(a+h,b)−f(a,b)hf_x(a,b)=\displaystyle\lim_{h\to 0}\frac{f(a+h,b)-f(a,b)}{h} et fy(a,b)=lim⁡h→0f(a,b+h)−f(a,b)hf_y(a,b)=\displaystyle\lim_{h\to 0}\frac{f(a,b+h)-f(a,b)}{h}, quand ces limites existent.

On considère g(x,y)=x3+y33g(x,y)=\sqrt[3]{x^{3}+y^{3}} (racine cubique réelle, définie partout) et n(x,y)=x2+y2n(x,y)=\sqrt{x^{2}+y^{2}}, la distance du point (x,y)(x,y) à l'origine.

  • a) Avec la définition seulement, calculez fx(2,1)f_x(2,1) et fy(2,1)f_y(2,1) pour f(x,y)=x2y−3y2f(x,y)=x^{2}y-3y^{2}. Vérifiez avec les règles.
  • b) Pour (x,y)(x,y) tel que x3+y3≠0x^{3}+y^{3}\neq 0, la règle de chaîne donne gx(x,y)=x2(x3+y3)2/3g_x(x,y)=\dfrac{x^{2}}{\left(x^{3}+y^{3}\right)^{2/3}}. Que donne cette formule à l'origine ? Calculez gx(0,0)g_x(0,0) et gy(0,0)g_y(0,0) par la définition.
  • c) La dérivée partielle nx(0,0)n_x(0,0) existe-t-elle ? Justifiez par la définition.
  • d) Calculez gx(0,2)g_x(0,2) avec la formule de b). Peut-on deviner gx(0,0)g_x(0,0) en faisant tendre yy vers 00 dans gx(0,y)g_x(0,y) ?

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Réponses

  • a) fx(2,1)=lim⁡h→0(4+h)=4f_x(2,1)=\lim\limits_{h\to 0}(4+h)=4, fy(2,1)=lim⁡h→0(−2−3h)=−2f_y(2,1)=\lim\limits_{h\to 0}(-2-3h)=-2
  • b) La formule donne 00\frac{0}{0} ; g(h,0)=hg(h,0)=h, donc gx(0,0)=1g_x(0,0)=1, et de même gy(0,0)=1g_y(0,0)=1
  • c) n(h,0)−n(0,0)h=∣h∣h\frac{n(h,0)-n(0,0)}{h}=\frac{|h|}{h} vaut 11 à droite et −1-1 à gauche : nx(0,0)n_x(0,0) n'existe pas
  • d) gx(0,2)=0g_x(0,2)=0, et gx(0,y)=0g_x(0,y)=0 pour tout y≠0y\neq 0, alors que gx(0,0)=1g_x(0,0)=1 : on ne peut pas deviner

a) f(2+h,1)=(2+h)2−3=1+4h+h2f(2+h,1)=(2+h)^{2}-3=1+4h+h^{2} et f(2,1)=1f(2,1)=1, donc f(2+h,1)−f(2,1)h=4h+h2h=4+h→4\dfrac{f(2+h,1)-f(2,1)}{h}=\dfrac{4h+h^{2}}{h}=4+h\to 4. De même f(2,1+h)=4(1+h)−3(1+h)2=1−2h−3h2f(2,1+h)=4(1+h)-3(1+h)^{2}=1-2h-3h^{2}, donc le quotient vaut −2−3h→−2-2-3h\to-2. Les règles confirment : fx=2xyf_x=2xy donne 44 et fy=x2−6yf_y=x^{2}-6y donne −2-2. Remarquez ce que fait la définition : elle ne déplace qu'UNE coordonnée, l'autre reste à sa valeur. C'est la traduction exacte du mot « gelée ».

b) À l'origine, la formule donne 00\dfrac{0}{0} : elle ne dit rien. Ce n'est pas que la dérivée n'existe pas, c'est que la règle de chaîne ne s'applique plus, car la racine cubique n'est pas dérivable en 00. On revient à la définition : g(h,0)=h33=hg(h,0)=\sqrt[3]{h^{3}}=h et g(0,0)=0g(0,0)=0, donc g(h,0)−g(0,0)h=hh=1\dfrac{g(h,0)-g(0,0)}{h}=\dfrac{h}{h}=1 pour tout h≠0h\neq 0, et gx(0,0)=1g_x(0,0)=1. Par symétrie des rôles, g(0,h)=hg(0,h)=h et gy(0,0)=1g_y(0,0)=1. La trace de la surface dans le plan y=0y=0 est la droite z=xz=x, de pente 11 : rien de singulier dans CETTE direction, alors que la formule semblait l'annoncer.

c) n(h,0)=h2=∣h∣n(h,0)=\sqrt{h^{2}}=|h| et n(0,0)=0n(0,0)=0, donc le quotient vaut ∣h∣h\dfrac{|h|}{h} : 11 si h>0h>0, −1-1 si h<0h<0. Les deux limites unilatérales diffèrent, donc la limite n'existe pas, et nx(0,0)n_x(0,0) n'existe pas ; par symétrie, ny(0,0)n_y(0,0) non plus. La trace de nn dans le plan y=0y=0 est z=∣x∣z=|x|, qui fait un coin en 00 : la surface est un cône de sommet l'origine. Comparez avec b) : les deux formules ont une racine qui s'annule à l'origine, et pourtant l'une a des dérivées partielles et l'autre non. Seule la définition tranche.

d) gx(0,y)=0(y3)2/3=0g_x(0,y)=\dfrac{0}{\left(y^{3}\right)^{2/3}}=0 pour tout y≠0y\neq 0, en particulier gx(0,2)=0g_x(0,2)=0. Si l'on faisait tendre yy vers 00, on « trouverait » 00, alors que la vraie valeur, calculée en b), est 11. La fonction gxg_x n'est donc pas continue à l'origine, et le seul moyen d'obtenir gx(0,0)g_x(0,0) est la définition. Retenez la règle de conduite : en un point où une formule de dérivée donne 00\frac{0}{0} ou n'a plus de sens, on ne prolonge pas la formule, on calcule le quotient de la définition en ce point précis.

-2-112-2-112n : z = |x|g : z = x

Exercice 4 : Le gaz parfait : la pente d'une trace, ses unités et le produit égal à moins un

Un échantillon de gaz parfait obéit à PV=nRTPV=nRT, avec ici nR=2nR=2 kPa·L/K. La pression, en kPa, est donc une fonction du volume VV, en L, et de la température TT, en K : P(V,T)=2TVP(V,T)=\dfrac{2T}{V}.

La figure représente, dans le plan (V,P)(V,P), deux isothermes, T=300T=300 K et T=400T=400 K, l'état A(V=10 ;P=60)A(V=10\,;P=60) sur la première, la tangente en AA à cette isotherme (en pointillé) et l'état BB de même volume sur la seconde.

246810121416182020406080100120140160T = 300 KT = 400 KABV (L)P (kPa)
  • a) Les isothermes sont des traces de la surface P=P(V,T)P=P(V,T) : dans quels plans ? Lisez sur la figure la pente de la tangente en AA, puis calculez ∂P∂V(10,300)\dfrac{\partial P}{\partial V}(10,300) avec son unité.
  • b) Calculez ∂P∂T(10,300)\dfrac{\partial P}{\partial T}(10,300), donnez son unité et interprétez-la. Contrôlez avec les états AA et BB.
  • c) Exprimez VV en fonction de (P,T)(P,T) et TT en fonction de (P,V)(P,V), puis calculez ∂V∂T\dfrac{\partial V}{\partial T} et ∂T∂P\dfrac{\partial T}{\partial P} à l'état AA, avec leurs unités.
  • d) Calculez le produit ∂P∂V⋅∂V∂T⋅∂T∂P\dfrac{\partial P}{\partial V}\cdot\dfrac{\partial V}{\partial T}\cdot\dfrac{\partial T}{\partial P} à l'état AA, puis montrez qu'il vaut −1-1 pour tout état. Pourquoi ne vaut-il pas 11, comme le suggérerait une « simplification » des fractions ?

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Réponses

  • a) Dans les plans T=constanteT=\text{constante} ; pente −6-6 ; ∂P∂V(10,300)=−2TV2=−6\frac{\partial P}{\partial V}(10,300)=-\frac{2T}{V^{2}}=-6 kPa/L
  • b) ∂P∂T=2V=0,2\frac{\partial P}{\partial T}=\frac{2}{V}=0{,}2 kPa/K ; de AA à BB, +100+100 K donne +20+20 kPa
  • c) V=2TPV=\frac{2T}{P}, T=PV2T=\frac{PV}{2} ; ∂V∂T=2P=130\frac{\partial V}{\partial T}=\frac{2}{P}=\frac{1}{30} L/K, ∂T∂P=V2=5\frac{\partial T}{\partial P}=\frac{V}{2}=5 K/kPa
  • d) (−6)⋅130⋅5=−1(-6)\cdot\frac{1}{30}\cdot 5=-1 ; en général −2TV2⋅2P⋅V2=−2TPV=−1-\frac{2T}{V^{2}}\cdot\frac{2}{P}\cdot\frac{V}{2}=-\frac{2T}{PV}=-1

a) Une isotherme fixe TT : c'est la trace de la surface P=2TVP=\frac{2T}{V} dans un plan T=300T=300 ou T=400T=400, vue dans le plan (V,P)(V,P). La tangente en AA passe par (10 ;60)(10\,;60) et (5 ;90)(5\,;90) : sa pente est 90−605−10=−6\frac{90-60}{5-10}=-6. Le calcul, avec TT gelé : ∂P∂V=−2TV2\frac{\partial P}{\partial V}=-\frac{2T}{V^{2}}, et en (10,300)(10,300), −600100=−6-\frac{600}{100}=-6. La dérivée partielle EST la pente de la tangente à la trace, et son unité est celle de PP divisée par celle de VV : −6-6 kPa/L. Interprétation : à température constante, au voisinage de AA, chaque litre de plus fait baisser la pression d'environ 66 kPa. Le mot « environ » compte : la trace est courbe, et la pente change d'un point à l'autre.

b) Avec VV gelé, P=2V TP=\frac{2}{V}\,T est une fonction LINÉAIRE de TT : ∂P∂T=2V=0,2\frac{\partial P}{\partial T}=\frac{2}{V}=0{,}2 kPa/K en V=10V=10. À volume constant, chaque kelvin de plus ajoute 0,20{,}2 kPa. Contrôle sur la figure : AA et BB ont le même volume, 1010 L, et leurs températures diffèrent de 100100 K ; la pression passe de 6060 à 8080 kPa, soit +20+20 kPa, exactement 100×0,2100\times 0{,}2. Ici l'estimation est exacte parce que la trace V=10V=10 (la droite verticale en pointillé, vue de côté) est une droite. Ce n'était pas le cas en a).

c) De PV=2TPV=2T : V=2TPV=\frac{2T}{P} et T=PV2T=\frac{PV}{2}. Avec PP gelé, ∂V∂T=2P\frac{\partial V}{\partial T}=\frac{2}{P}, qui vaut 260=130\frac{2}{60}=\frac{1}{30} L/K à l'état AA : à pression constante, le gaz gagne un trentième de litre par kelvin. Avec VV gelé, ∂T∂P=V2=5\frac{\partial T}{\partial P}=\frac{V}{2}=5 K/kPa. Chaque dérivée garde fixe une variable DIFFÉRENTE : la première TT, la deuxième PP, la troisième VV. Les unités le rappellent : kPa/L, puis L/K, puis K/kPa, et leur produit n'a plus d'unité.

d) À l'état AA : (−6)×130×5=−1(-6)\times\frac{1}{30}\times 5=-1. En général : (−2TV2)⋅2P⋅V2=−2TPV\left(-\frac{2T}{V^{2}}\right)\cdot\frac{2}{P}\cdot\frac{V}{2}=-\frac{2T}{PV}, et comme PV=2TPV=2T, ce quotient vaut −1-1 pour tout état. Une « simplification » des ∂V\partial V, ∂T\partial T, ∂P\partial P donnerait 11 : elle est fausse parce que les trois symboles ne désignent pas les mêmes variations. Dans ∂P∂V\frac{\partial P}{\partial V}, TT est fixe ; dans ∂V∂T\frac{\partial V}{\partial T}, c'est PP ; dans ∂T∂P\frac{\partial T}{\partial P}, c'est VV. Une dérivée partielle n'est pas une fraction : elle n'a de sens qu'avec la liste des variables gelées.

Exercice 5 : Dérivées secondes et théorème de Clairaut

Notation de Stewart : fxy=(fx)y=∂2f∂y ∂xf_{xy}=(f_x)_y=\dfrac{\partial^{2}f}{\partial y\,\partial x}, on dérive d'abord par rapport à xx, puis par rapport à yy.

Théorème de Clairaut : si fxyf_{xy} et fyxf_{yx} sont toutes deux continues sur un disque centré en (a,b)(a,b), alors fxy(a,b)=fyx(a,b)f_{xy}(a,b)=f_{yx}(a,b).

  • a) Soit f(x,y)=x3y2−4x e2yf(x,y)=x^{3}y^{2}-4x\,\mathrm{e}^{2y}. Calculez fxxf_{xx}, fxyf_{xy}, fyxf_{yx} et fyyf_{yy}, puis leurs valeurs en (1,0)(1,0).
  • b) Pourquoi l'égalité fxy=fyxf_{xy}=f_{yx} trouvée en a) était-elle prévisible ? Nommez précisément l'hypothèse vérifiée.
  • c) Soit g(x,y)=x2y3+ey2arctan⁡yg(x,y)=x^{2}y^{3}+\mathrm{e}^{y^{2}}\arctan y. Calculez ∂2g∂x ∂y(1,2)\dfrac{\partial^{2}g}{\partial x\,\partial y}(1,2) en choisissant l'ordre de dérivation le plus court, et justifiez ce choix.
  • d) Existe-t-il une fonction ff, à dérivées secondes continues, telle que fx=2xy+1f_x=2xy+1 et fy=3x2f_y=3x^{2} ? Même question avec fx=2xy+1f_x=2xy+1 et fy=x2+2yf_y=x^{2}+2y ; dans ce cas, donnez f(1,1)f(1,1) sachant que f(0,0)=0f(0,0)=0.

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  • a) fxx=6xy2f_{xx}=6xy^{2}, fxy=fyx=6x2y−8e2yf_{xy}=f_{yx}=6x^{2}y-8\mathrm{e}^{2y}, fyy=2x3−16xe2yf_{yy}=2x^{3}-16x\mathrm{e}^{2y} ; en (1,0)(1,0) : 00, −8-8, −8-8, −14-14
  • b) fxyf_{xy} et fyxf_{yx} sont continues sur tout le plan (polynômes et exponentielles) : Clairaut s'applique
  • c) gx=2xy3g_x=2xy^{3} puis (gx)y=6xy2(g_x)_y=6xy^{2}, donc ∂2g∂x ∂y(1,2)=24\frac{\partial^{2}g}{\partial x\,\partial y}(1,2)=24
  • d) Non dans le premier cas (2x≠6x2x\neq 6x) ; oui dans le second, f=x2y+x+y2f=x^{2}y+x+y^{2}, f(1,1)=3f(1,1)=3

a) Premières dérivées : fx=3x2y2−4e2yf_x=3x^{2}y^{2}-4\mathrm{e}^{2y} et fy=2x3y−8x e2yf_y=2x^{3}y-8x\,\mathrm{e}^{2y} (la chaîne à une variable sort le facteur 22 de e2y\mathrm{e}^{2y}). Puis fxx=6xy2f_{xx}=6xy^{2}, fxy=(fx)y=6x2y−8e2yf_{xy}=(f_x)_y=6x^{2}y-8\mathrm{e}^{2y}, fyx=(fy)x=6x2y−8e2yf_{yx}=(f_y)_x=6x^{2}y-8\mathrm{e}^{2y} et fyy=2x3−16x e2yf_{yy}=2x^{3}-16x\,\mathrm{e}^{2y}. En (1,0)(1,0) : fxx=0f_{xx}=0, fxy=fyx=−8f_{xy}=f_{yx}=-8, fyy=2−16=−14f_{yy}=2-16=-14. Deux pièges dans fxyf_{xy} : dériver −4e2y-4\mathrm{e}^{2y} par rapport à yy donne −8e2y-8\mathrm{e}^{2y}, pas −4e2y-4\mathrm{e}^{2y} ; et fxx=6xy2f_{xx}=6xy^{2} s'annule en (1,0)(1,0) sans que rien ne soit faux, car y=0y=0.

b) Les deux dérivées croisées sont des sommes de produits de polynômes et d'exponentielles, donc continues sur R2\mathbb{R}^{2} tout entier, et en particulier sur un disque centré en n'importe quel point. L'hypothèse de Clairaut est vérifiée partout, d'où l'égalité partout. Le calcul des deux ordres en a) n'était donc pas une perte de temps : c'est un CONTRÔLE. Si vos deux résultats diffèrent sur une telle fonction, c'est votre calcul qui est faux, pas le théorème. Attention à la formulation : Clairaut n'est pas « les dérivées croisées sont toujours égales » ; c'est une implication, avec une hypothèse de continuité qu'on cite.

c) ∂2g∂x ∂y=(gy)x\frac{\partial^{2}g}{\partial x\,\partial y}=(g_y)_x : l'ordre écrit demande de dériver d'abord par rapport à yy, donc de dériver ey2arctan⁡y\mathrm{e}^{y^{2}}\arctan y, un produit de composées. Or gg est formée de fonctions usuelles dérivables à l'infini, donc ses dérivées croisées sont continues et Clairaut permet d'échanger l'ordre : on dérive d'abord par rapport à xx, et le terme gênant, qui ne contient pas xx, disparaît. gx=2xy3g_x=2xy^{3}, puis (gx)y=6xy2(g_x)_y=6xy^{2}, et en (1,2)(1,2) : 6×4=246\times 4=24. Le choix de l'ordre est un vrai geste d'examen : une ligne au lieu d'une demi-page, à condition d'avoir cité le théorème qui l'autorise.

d) Si une telle ff existait, ses dérivées secondes croisées seraient continues et Clairaut imposerait (fx)y=(fy)x(f_x)_y=(f_y)_x. Premier cas : (fx)y=2x(f_x)_y=2x et (fy)x=6x(f_y)_x=6x, différents dès que x≠0x\neq 0 : aucune fonction ne convient. Second cas : (fx)y=2x=(fy)x(f_x)_y=2x=(f_y)_x, le test est passé, et l'on reconstruit ff. En intégrant fxf_x par rapport à xx (yy gelé) : f=x2y+x+C(y)f=x^{2}y+x+C(y), où la « constante » peut dépendre de yy. Puis fy=x2+C′(y)=x2+2yf_y=x^{2}+C'(y)=x^{2}+2y donne C(y)=y2+KC(y)=y^{2}+K. Avec f(0,0)=0f(0,0)=0, K=0K=0 : f=x2y+x+y2f=x^{2}y+x+y^{2} et f(1,1)=3f(1,1)=3. L'erreur classique est d'écrire la constante d'intégration comme un nombre : elle ne doit être constante que pour la variable d'intégration.

Partie B : problèmes et raisonnement (/50)

Exercice 6 : Une carte d'isobares : le signe et l'ordre de grandeur d'une dérivée partielle

La carte montre les isobares autour d'une dépression centrée à l'origine, où la pression vaut 990990 hPa. Les coordonnées xx (vers l'est) et yy (vers le nord) sont en centaines de kilomètres, la pression P(x,y)P(x,y) en hectopascals, et les isobares sont tracées tous les 44 hPa, de 994994 à 10061006 hPa. Une unité de PxP_x ou de PyP_y est donc un hPa par centaine de kilomètres.

Les questions a) à d) se traitent avec la carte SEULE.

-5-4-3-2-112345-2,5-2-1,5-1-0,50,511,522,599499810021006ABC
  • a) Donnez le signe de PxP_x et de PyP_y au point A(3 ;0)A(3\,;0). Justifiez en particulier le signe de Py(A)P_y(A).
  • b) Estimez Px(A)P_x(A) à l'aide des deux isobares qui encadrent AA sur la droite y=0y=0.
  • c) Estimez de même PyP_y au point B(0 ;1,2)B(0\,;1{,}2), à l'aide des isobares 994994 et 998998. Le point BB est plus près du centre que AA ; pourquoi ∣Py(B)∣\left|P_y(B)\right| est-il pourtant plus grand que ∣Px(A)∣\left|P_x(A)\right| ?
  • d) Donnez le signe de PxP_x et de PyP_y au point C(−4 ;1,5)C(-4\,;1{,}5).
  • e) La carte a été tracée pour P(x,y)=990+x2+4y2P(x,y)=990+x^{2}+4y^{2}. Calculez les valeurs exactes de Px(A)P_x(A), Py(B)P_y(B) et Px(C)P_x(C), et expliquez pourquoi l'estimation de b) dépasse la valeur exacte.

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a)
b)
c)
d)
e)
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Réponses

  • a) Px(A)>0P_x(A)>0 ; Py(A)=0P_y(A)=0 (la carte est symétrique par rapport à y=0y=0, la trace verticale a un minimum en AA)
  • b) Isobares 998998 et 10021002 en x≈2,83x\approx 2{,}83 et x≈3,46x\approx 3{,}46 : Px(A)≈40,63≈6,3P_x(A)\approx\frac{4}{0{,}63}\approx 6{,}3 hPa par centaine de km
  • c) Isobares en y=1y=1 et y≈1,41y\approx 1{,}41 : Py(B)≈40,41≈9,7P_y(B)\approx\frac{4}{0{,}41}\approx 9{,}7 ; les isobares sont deux fois plus serrées dans la direction nord-sud
  • d) Px(C)<0P_x(C)<0 et Py(C)>0P_y(C)>0
  • e) Px(A)=6P_x(A)=6, Py(B)=9,6P_y(B)=9{,}6, Px(C)=−8P_x(C)=-8 ; l'estimation de b) est la pente au milieu de l'intervalle, x≈3,15x\approx 3{,}15, où PxP_x est plus grand

a) Px(A)P_x(A) est la pente de la trace horizontale : on part de AA vers l'est, en gardant y=0y=0. On traverse les ellipses vers l'extérieur, donc vers des pressions plus hautes : Px(A)>0P_x(A)>0. Pour Py(A)P_y(A), on part vers le nord en gardant x=3x=3 : la pression monte, mais elle monte AUSSI si l'on part vers le sud, car la carte est symétrique par rapport à l'axe y=0y=0. Sur la trace verticale, AA est donc le point le plus bas, et la pente y est nulle : Py(A)=0P_y(A)=0. Le réflexe « des courbes proches, donc une grande dérivée » ne vaut que pour la direction qu'on regarde : en AA, les isobares sont VERTICALES, et se déplacer le long d'elles ne change presque rien.

b) Sur la droite y=0y=0, l'isobare 998998 coupe en x≈2,83x\approx 2{,}83 et l'isobare 10021002 en x≈3,46x\approx 3{,}46 (lecture sur le quadrillage au demi près, affinée à l'œil). Entre ces deux points, PP augmente de 44 hPa sur environ 0,630{,}63 centaine de km : Px(A)≈40,63≈6,3P_x(A)\approx\frac{4}{0{,}63}\approx 6{,}3 hPa par centaine de km. Une lecture plus grossière, 2,82{,}8 et 3,53{,}5, donne 40,7≈5,7\frac{4}{0{,}7}\approx 5{,}7 : l'ORDRE DE GRANDEUR, 66 hPa par centaine de km, ne dépend pas de la précision de la lecture. C'est ce qu'on attend d'une estimation sur une carte : un signe sûr et un ordre de grandeur, pas trois décimales.

c) Sur la droite x=0x=0, l'isobare 994994 coupe en y=1y=1 et l'isobare 998998 en y≈1,41y\approx 1{,}41 : Py(B)≈40,41≈9,7P_y(B)\approx\frac{4}{0{,}41}\approx 9{,}7 hPa par centaine de km, positif puisque la pression monte vers le nord. BB est à 120120 km du centre et AA à 300300 km, mais ce n'est pas la distance au centre qui compte : dans la direction nord-sud, les isobares sont deux fois plus SERRÉES que dans la direction est-ouest, et il faut deux fois moins de chemin pour gagner les mêmes 44 hPa. L'écartement des isobares le long de la direction choisie mesure la dérivée partielle ; leur sens de croissance donne son signe.

d) En C(−4 ;1,5)C(-4\,;1{,}5), au-delà de la dernière isobare tracée, partir vers l'est (vers la droite) rapproche du centre : la pression baisse, Px(C)<0P_x(C)<0. Partir vers le nord éloigne du centre : la pression monte, Py(C)>0P_y(C)>0. Le signe de PxP_x change d'un côté à l'autre de la dépression, alors que la carte « se ressemble » des deux côtés : un signe se lit toujours avec le SENS de déplacement, jamais avec la seule forme des courbes.

e) Px=2xP_x=2x et Py=8yP_y=8y. Donc Px(A)=6P_x(A)=6, Py(B)=9,6P_y(B)=9{,}6 et Px(C)=−8P_x(C)=-8, ce qui confirme les signes et les ordres de grandeur. Pourquoi 6,36{,}3 et pas 66 en b) ? Le quotient de b) est la pente de la CORDE de la trace z=990+x2z=990+x^{2} entre x=8x=\sqrt{8} et x=12x=\sqrt{12} ; pour une parabole, cette pente est exactement la dérivée au MILIEU, x≈3,15x\approx 3{,}15, où Px≈6,3P_x\approx 6{,}3. Comme Px=2xP_x=2x augmente avec xx et que AA est à gauche du milieu, l'estimation surestime. En c), au contraire, le milieu de [1 ;1,41][1\,;1{,}41] est 1,211{,}21, presque exactement BB : l'estimation 9,79{,}7 tombe sur 9,69{,}6. Une estimation centrée sur le point est la meilleure qu'une carte puisse donner.

Exercice 7 : La hauteur des vagues : deux dérivées partielles lues sur une table

La hauteur hh des vagues en haute mer, en mètres, dépend de la vitesse vv du vent, en km/h, et de la durée tt pendant laquelle il a soufflé, en heures : h=f(v,t)h=f(v,t). La table donne des valeurs de ff ; la figure trace trois de ses lignes, les traces v=40v=40, v=50v=50 et v=60v=60, en fonction de tt.

On estime une dérivée partielle par la moyenne des deux taux voisins, celui de droite et celui de gauche, ce qui revient au taux sur l'intervalle centré.

vv (km/h), tt (h)5101520304050
300,80{,}81,21{,}21,41{,}41,51{,}51,61{,}61,61{,}61,61{,}6
401,11{,}11,81{,}82,22{,}22,52{,}52,72{,}72,82{,}82,92{,}9
501,51{,}52,52{,}53,13{,}13,63{,}64,14{,}14,34{,}34,44{,}4
601,81{,}83,23{,}24,14{,}14,84{,}85,65{,}66,06{,}06,26{,}2
702,22{,}23,83{,}85,15{,}16,06{,}07,27{,}27,97{,}98,38{,}3
10203040501234567v = 60 km/hv = 50 km/hv = 40 km/ht (h)h (m)
  • a) Estimez fv(50,15)f_v(50,15) et donnez son unité. Que signifie ce nombre pour un marin ?
  • b) Estimez ft(50,15)f_t(50,15) et donnez son unité.
  • c) Estimez ft(50,40)f_t(50,40). Que montre la figure quand tt devient grand, et que vaut alors le rôle de la durée comparé à celui du vent ?
  • d) Estimez fv(40,50)f_v(40,50) et fv(60,50)f_v(60,50) par des taux centrés sur 2020 km/h. Qu'en déduisez-vous sur le signe de fvvf_{vv} quand la mer est formée ?

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b)
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  • a) fv(50,15)≈0,10+0,092=0,095f_v(50,15)\approx\frac{0{,}10+0{,}09}{2}=0{,}095 m par km/h : +1+1 km/h de vent, environ +10+10 cm de vague
  • b) ft(50,15)≈0,10+0,122=0,11f_t(50,15)\approx\frac{0{,}10+0{,}12}{2}=0{,}11 m/h
  • c) ft(50,40)≈0,01+0,022=0,015f_t(50,40)\approx\frac{0{,}01+0{,}02}{2}=0{,}015 m/h ; les traces deviennent horizontales : la mer est formée, seul le vent compte encore
  • d) fv(40,50)≈0,14f_v(40,50)\approx 0{,}14 et fv(60,50)≈0,195f_v(60,50)\approx 0{,}195 m par km/h : fvf_v croît avec vv, donc fvv>0f_{vv}>0

a) On gèle t=15t=15 et l'on lit la COLONNE t=15t=15 : f(40,15)=2,2f(40,15)=2{,}2, f(50,15)=3,1f(50,15)=3{,}1, f(60,15)=4,1f(60,15)=4{,}1. Taux à droite : 4,1−3,110=0,10\frac{4{,}1-3{,}1}{10}=0{,}10 ; taux à gauche : 3,1−2,210=0,09\frac{3{,}1-2{,}2}{10}=0{,}09. Moyenne : fv(50,15)≈0,095f_v(50,15)\approx 0{,}095 m par km/h. Pour un marin : après 1515 heures d'un vent de 5050 km/h, chaque km/h de vent supplémentaire ajoute environ 1010 cm à la hauteur des vagues. L'unité est celle de hh divisée par celle de vv ; écrire « 0,0950{,}095 m » tout court est une erreur de sens, pas seulement d'unité : une dérivée est un TAUX.

b) On gèle maintenant v=50v=50 et l'on lit la LIGNE v=50v=50, où les durées voisines de 1515 sont 1010 et 2020, à 55 h d'écart : taux à droite 3,6−3,15=0,10\frac{3{,}6-3{,}1}{5}=0{,}10, taux à gauche 3,1−2,55=0,12\frac{3{,}1-2{,}5}{5}=0{,}12, moyenne ft(50,15)≈0,11f_t(50,15)\approx 0{,}11 m/h. Le piège de la table est l'espacement : les colonnes passent de 55 en 55 jusqu'à 2020, puis de 1010 en 1010. Diviser par 1010 ici donnerait un taux deux fois trop petit. Et l'on ne mélange jamais ligne et colonne : pour ftf_t, vv ne bouge pas.

c) Ligne v=50v=50, autour de t=40t=40 : taux à droite 4,4−4,310=0,01\frac{4{,}4-4{,}3}{10}=0{,}01, à gauche 4,3−4,110=0,02\frac{4{,}3-4{,}1}{10}=0{,}02, d'où ft(50,40)≈0,015f_t(50,40)\approx 0{,}015 m/h, sept fois moins qu'à t=15t=15. Sur la figure, les trois traces s'aplatissent : passé une quarantaine d'heures, souffler plus longtemps n'ajoute presque rien, la mer est dite formée. Le vent, lui, compte toujours : fv(50,40)≈6,0−2,820=0,16f_v(50,40)\approx\frac{6{,}0-2{,}8}{20}=0{,}16 m par km/h : un km/h de vent en plus ajoute encore environ 1616 cm, une heure de plus à peine 1,51{,}5 cm. Une dérivée partielle presque nulle ne dit pas que hh est constante : elle dit qu'elle ne bouge plus dans CETTE direction.

d) Colonne t=50t=50 : fv(40,50)≈f(50,50)−f(30,50)20=4,4−1,620=0,14f_v(40,50)\approx\frac{f(50,50)-f(30,50)}{20}=\frac{4{,}4-1{,}6}{20}=0{,}14 et fv(60,50)≈8,3−4,420=0,195f_v(60,50)\approx\frac{8{,}3-4{,}4}{20}=0{,}195 m par km/h. La pente en vv augmente avec vv : la dérivée de fvf_v par rapport à vv, c'est-à-dire fvvf_{vv}, est positive. Estimation : fvv(50,50)≈0,195−0,1420≈0,003f_{vv}(50,50)\approx\frac{0{,}195-0{,}14}{20}\approx 0{,}003 m par (km/h)2^{2}. Concrètement, passer de 6060 à 7070 km/h coûte plus de hauteur que passer de 3030 à 4040 : la hauteur d'une mer formée croît plus vite que le vent, comme son carré dans les modèles usuels.

Exercice 8 : Cinq affirmations à corriger

Chacune de ces cinq phrases a été lue sur une copie. Dites si elle est vraie ou fausse et, si elle est fausse, écrivez l'énoncé correct, avec un contre-exemple quand c'est possible.

Une correction qui se contente de dire « faux » ne vaut aucun point : c'est la phrase juste qui est demandée.

  • a) « Pour f(x,y)=x2y+y3f(x,y)=x^{2}y+y^{3}, on a fx=2xy+3y2f_x=2xy+3y^{2}. »
  • b) « Pour obtenir fx(1,2)f_x(1,2) avec f(x,y)=x3yf(x,y)=x^{3}y, on remplace d'abord xx par 11 et yy par 22, puis on dérive. »
  • c) « Si fx(a,b)=0f_x(a,b)=0, alors ff est constante le long de la droite y=by=b. »
  • d) « Sur une carte de contour, si les courbes de niveau sont très serrées autour d'un point PP, alors fx(P)f_x(P) est grand et positif. »
  • e) « Les dérivées croisées sont toujours égales : fxy=fyxf_{xy}=f_{yx} pour toute fonction. »

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  • a) Faux : y3y^{3} est constant par rapport à xx, donc fx=2xyf_x=2xy ; fx(1,2)=4f_x(1,2)=4
  • b) Faux : on dérive d'abord, fx=3x2yf_x=3x^{2}y, puis on remplace : fx(1,2)=6f_x(1,2)=6
  • c) Faux : fx(a,b)=0f_x(a,b)=0 dit seulement que la tangente à la trace est horizontale en (a,b)(a,b) ; f=x2yf=x^{2}y en (0,1)(0,1)
  • d) Faux : le resserrement donne la grandeur dans la direction regardée, pas le signe ; des droites y=ky=k serrées donnent fx=0f_x=0
  • e) Faux : il faut fxyf_{xy} et fyxf_{yx} continues sur un disque autour du point (Clairaut) ; l'exercice 10 donne −1≠1-1\neq 1

a) FAUX. Dans fxf_x, yy est gelé : y3y^{3} est une constante, de dérivée nulle, et x2yx^{2}y a pour dérivée 2xy2xy. Donc fx=2xyf_x=2xy, et par exemple fx(1,2)=4f_x(1,2)=4, alors que la formule de la copie donnerait 4+12=164+12=16. Le terme 3y23y^{2} n'est pas faux en lui-même : c'est un morceau de fy=x2+3y2f_y=x^{2}+3y^{2}, glissé dans la mauvaise dérivée. Énoncé correct : « on ne dérive que ce qui contient la variable de dérivation ; un terme qui ne contient que les variables gelées disparaît ».

b) FAUX. Remplacer d'abord donne f(1,2)=2f(1,2)=2, un nombre, dont la dérivée est 00 : la copie trouve fx(1,2)=0f_x(1,2)=0. On dérive d'abord, fx=3x2yf_x=3x^{2}y, et l'on remplace ensuite : fx(1,2)=6f_x(1,2)=6. Il existe cependant un raccourci CORRECT, qui ressemble à l'erreur : remplacer seulement la variable gelée, f(x,2)=2x3f(x,2)=2x^{3}, puis dériver en xx, 6x26x^{2}, puis poser x=1x=1 : 66. C'est exactement la définition, on regarde la trace y=2y=2. Ce qu'on ne fige jamais avant de dériver, c'est la variable par rapport à laquelle on dérive.

c) FAUX. fx(a,b)=0f_x(a,b)=0 dit que la trace z=f(x,b)z=f(x,b) a une tangente horizontale EN x=ax=a, rien de plus. Contre-exemple : f(x,y)=x2yf(x,y)=x^{2}y au point (0,1)(0,1). fx=2xyf_x=2xy s'annule en (0,1)(0,1), mais la trace z=f(x,1)=x2z=f(x,1)=x^{2} est une parabole, pas une droite horizontale : f(2,1)=4≠f(0,1)=0f(2,1)=4\neq f(0,1)=0. Énoncé correct : « si fx=0f_x=0 en TOUT point de la droite y=by=b, alors ff est constante sur cette droite ». Une dérivée en un point est une information locale, une dérivée nulle partout est une information globale.

d) FAUX, pour deux raisons. Le resserrement mesure la vitesse de variation dans la direction où l'on traverse les courbes, mais fxf_x ne regarde que la direction horizontale : si les courbes de niveau sont des droites horizontales y=ky=k, très serrées, se déplacer horizontalement reste sur une même courbe et fx(P)=0f_x(P)=0. Et le SIGNE dépend du sens dans lequel les valeurs croissent en allant vers la droite, que le resserrement n'indique pas. Énoncé correct : « on lit fx(P)f_x(P) en se déplaçant horizontalement depuis PP : le signe vient du sens de variation des niveaux, la grandeur de l'écart entre deux niveaux le long de cette droite ». C'est la lecture faite à l'exercice 6.

e) FAUX. Le théorème de Clairaut est une implication : SI fxyf_{xy} et fyxf_{yx} sont continues sur un disque centré en (a,b)(a,b), ALORS elles sont égales en (a,b)(a,b). Pour les fonctions usuelles, polynômes, exponentielles, quotients sur leur domaine, l'hypothèse est vérifiée et l'égalité tient. Mais f(x,y)=xy(x2−y2)x2+y2f(x,y)=\frac{xy(x^{2}-y^{2})}{x^{2}+y^{2}}, prolongée par 00 à l'origine, a fxy(0,0)=−1f_{xy}(0,0)=-1 et fyx(0,0)=1f_{yx}(0,0)=1 : c'est l'exercice 10. Énoncé correct : « si les dérivées croisées sont continues autour du point, elles y sont égales ». Sans l'hypothèse citée, l'égalité n'est pas justifiée et le point de justification est perdu.

Exercice 9 : Chaleur, ondes, Laplace : vérifier une équation aux dérivées partielles

Trois équations aux dérivées partielles (EDP) de la physique : l'équation de la chaleur ut=α uxxu_t=\alpha\,u_{xx} (température u(x,t)u(x,t) le long d'une barre, α>0\alpha>0), l'équation des ondes utt=c2uxxu_{tt}=c^{2}u_{xx} (corde vibrante, c>0c>0) et l'équation de Laplace uxx+uyy=0u_{xx}+u_{yy}=0 (potentiel ou température d'équilibre dans une plaque). Vérifier qu'une fonction est solution, c'est calculer les dérivées partielles demandées et constater l'égalité pour TOUS les points du domaine.

La figure montre trois profils de température x↦u(x,t)=e−18tsin⁡3xx\mapsto u(x,t)=\mathrm{e}^{-18t}\sin 3x d'une barre de longueur π3\frac{\pi}{3}, aux instants t=0t=0, t=0,02t=0{,}02 et t=0,05t=0{,}05.

0,20,40,60,811,20,20,40,60,811,2t = 0t = 0,02t = 0,05xu
  • a) Pour quelle valeur de la constante kk la fonction u(x,t)=e−ktsin⁡3xu(x,t)=\mathrm{e}^{-kt}\sin 3x est-elle solution de l'équation de la chaleur ut=2uxxu_t=2u_{xx} ?
  • b) Avec cette valeur, calculez uxxu_{xx} et utu_t au point (π6,0)\left(\frac{\pi}{6},0\right). Relisez le résultat sur la figure : que fait la température là où le profil est concave ?
  • c) Vérifiez que u(x,t)=(x−4t)5+sin⁡(x+4t)u(x,t)=(x-4t)^{5}+\sin(x+4t) est solution de l'équation des ondes, et donnez la vitesse c>0c>0.
  • d) Parmi x2−y2x^{2}-y^{2}, x2+y2x^{2}+y^{2}, exsin⁡y\mathrm{e}^{x}\sin y et ln⁡(x2+y2)\ln\left(x^{2}+y^{2}\right), lesquelles vérifient l'équation de Laplace sur leur domaine ?
  • e) Pour quelle valeur de aa la fonction u(x,y)=x3+a xy2u(x,y)=x^{3}+a\,xy^{2} vérifie-t-elle l'équation de Laplace ?

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  • a) ut=−k e−ktsin⁡3xu_t=-k\,\mathrm{e}^{-kt}\sin 3x et 2uxx=−18 e−ktsin⁡3x2u_{xx}=-18\,\mathrm{e}^{-kt}\sin 3x, donc k=18k=18
  • b) uxx(π6,0)=−9u_{xx}\left(\frac{\pi}{6},0\right)=-9 et ut(π6,0)=−18u_t\left(\frac{\pi}{6},0\right)=-18 : là où le profil est concave, la température baisse
  • c) utt=16uxx=320(x−4t)3−16sin⁡(x+4t)u_{tt}=16u_{xx}=320(x-4t)^{3}-16\sin(x+4t) : solution, avec c=4c=4
  • d) x2−y2x^{2}-y^{2}, exsin⁡y\mathrm{e}^{x}\sin y et ln⁡(x2+y2)\ln\left(x^{2}+y^{2}\right) oui ; x2+y2x^{2}+y^{2} non (laplacien 44)
  • e) uxx+uyy=6x+2ax=0u_{xx}+u_{yy}=6x+2ax=0 pour tout xx, donc a=−3a=-3

a) Avec xx gelé, ut=−k e−ktsin⁡3xu_t=-k\,\mathrm{e}^{-kt}\sin 3x. Avec tt gelé, ux=3 e−ktcos⁡3xu_x=3\,\mathrm{e}^{-kt}\cos 3x et uxx=−9 e−ktsin⁡3xu_{xx}=-9\,\mathrm{e}^{-kt}\sin 3x. L'équation ut=2uxxu_t=2u_{xx} devient −k e−ktsin⁡3x=−18 e−ktsin⁡3x-k\,\mathrm{e}^{-kt}\sin 3x=-18\,\mathrm{e}^{-kt}\sin 3x pour tous xx et tt. Comme e−ktsin⁡3x\mathrm{e}^{-kt}\sin 3x n'est pas identiquement nul, il faut k=18k=18. Le mot « pour tous » est le cœur de la vérification : une égalité constatée en UN point ne prouve pas qu'une fonction est solution d'une EDP.

b) uxx(π6,0)=−9sin⁡π2=−9u_{xx}\left(\frac{\pi}{6},0\right)=-9\sin\frac{\pi}{2}=-9 et ut(π6,0)=−18sin⁡π2=−18u_t\left(\frac{\pi}{6},0\right)=-18\sin\frac{\pi}{2}=-18, et l'on a bien −18=2×(−9)-18=2\times(-9). L'équation de la chaleur se LIT : uxx<0u_{xx}<0 signifie un profil concave, un point plus chaud que ses voisins, et l'équation impose alors ut<0u_t<0, ce point se refroidit. Sur la figure, le sommet du profil, en x=π6≈0,52x=\frac{\pi}{6}\approx 0{,}52, descend de 11 à environ 0,700{,}70 puis 0,410{,}41 : e−0,36≈0,70\mathrm{e}^{-0{,}36}\approx 0{,}70 et e−0,9≈0,41\mathrm{e}^{-0{,}9}\approx 0{,}41. Une même dérivée partielle, utu_t, se lit donc comme la vitesse verticale d'un point du profil quand on passe d'une courbe à la suivante, xx restant fixe.

c) Posons les deux termes à part. Pour (x−4t)5(x-4t)^{5} : ut=−20(x−4t)4u_t=-20(x-4t)^{4}, utt=320(x−4t)3u_{tt}=320(x-4t)^{3}, et uxx=20(x−4t)3u_{xx}=20(x-4t)^{3}. Pour sin⁡(x+4t)\sin(x+4t) : utt=−16sin⁡(x+4t)u_{tt}=-16\sin(x+4t) et uxx=−sin⁡(x+4t)u_{xx}=-\sin(x+4t). Donc utt=320(x−4t)3−16sin⁡(x+4t)=16 uxxu_{tt}=320(x-4t)^{3}-16\sin(x+4t)=16\,u_{xx} : c'est l'équation des ondes avec c2=16c^{2}=16, soit c=4c=4. Le piège est la chaîne à une variable : dériver (x−4t)5(x-4t)^{5} par rapport à tt fait sortir −4-4, deux fois, donc 1616 ; l'oublier donne c=1c=1. La structure se retient : toute fonction de x−ctx-ct ou de x+ctx+ct est une onde qui voyage à la vitesse cc.

d) x2−y2x^{2}-y^{2} : 2+(−2)=02+(-2)=0, oui. x2+y2x^{2}+y^{2} : 2+2=4≠02+2=4\neq 0, non. exsin⁡y\mathrm{e}^{x}\sin y : uxx=exsin⁡yu_{xx}=\mathrm{e}^{x}\sin y et uyy=−exsin⁡yu_{yy}=-\mathrm{e}^{x}\sin y, oui. ln⁡(x2+y2)\ln\left(x^{2}+y^{2}\right) : ux=2xx2+y2u_x=\frac{2x}{x^{2}+y^{2}}, uxx=2(y2−x2)(x2+y2)2u_{xx}=\frac{2(y^{2}-x^{2})}{\left(x^{2}+y^{2}\right)^{2}} et par symétrie uyy=2(x2−y2)(x2+y2)2u_{yy}=\frac{2(x^{2}-y^{2})}{\left(x^{2}+y^{2}\right)^{2}} : la somme est nulle, oui, sur le domaine qui exclut l'origine. Pour uxxu_{xx}, la règle du quotient doit être appliquée avec yy gelé : le dénominateur (x2+y2)\left(x^{2}+y^{2}\right) a pour dérivée 2x2x, et c'est là que les copies perdent un signe.

e) uxx=6xu_{xx}=6x et uyy=2axu_{yy}=2ax, donc uxx+uyy=(6+2a)xu_{xx}+u_{yy}=(6+2a)x. Pour que cette quantité soit nulle POUR TOUT xx, il faut 6+2a=06+2a=0, soit a=−3a=-3 : u=x3−3xy2u=x^{3}-3xy^{2} est harmonique. Résoudre (6+2a)x=0(6+2a)x=0 en concluant « x=0x=0 » serait un contresens : l'inconnue est le paramètre aa, et l'équation doit tenir sur tout le plan, comme en a).

Exercice 10 : Quand Clairaut ne s'applique pas : deux dérivées croisées différentes

On considère f(x,y)=xy(x2−y2)x2+y2f(x,y)=\dfrac{xy\left(x^{2}-y^{2}\right)}{x^{2}+y^{2}} si (x,y)≠(0,0)(x,y)\neq(0,0), et f(0,0)=0f(0,0)=0. Notation de Stewart : fxy=(fx)yf_{xy}=(f_x)_y.

Cet exercice est un classique d'examen : il demande de distinguer le calcul par les règles, valable hors de l'origine, du calcul par la définition, seul valable à l'origine.

  • a) Pour (x,y)≠(0,0)(x,y)\neq(0,0), on admet que fx(x,y)=y(x4+4x2y2−y4)(x2+y2)2f_x(x,y)=\dfrac{y\left(x^{4}+4x^{2}y^{2}-y^{4}\right)}{\left(x^{2}+y^{2}\right)^{2}}. Vérifiez cette formule en (1,1)(1,1) par un calcul direct de fx(1,1)f_x(1,1), puis déduisez-en fx(0,y)f_x(0,y) pour y≠0y\neq 0.
  • b) Calculez fx(0,0)f_x(0,0) par la définition. Que vaut alors fx(0,y)f_x(0,y) pour tout réel yy ?
  • c) Calculez fxy(0,0)f_{xy}(0,0).
  • d) Sans refaire de calcul, utilisez f(y,x)=−f(x,y)f(y,x)=-f(x,y) pour obtenir fy(x,0)f_y(x,0), puis fyx(0,0)f_{yx}(0,0).
  • e) Le théorème de Clairaut est-il contredit ? Pour répondre, sachant que, hors de l'origine, fxy(x,y)=(x2−y2)(x4+10x2y2+y4)(x2+y2)3f_{xy}(x,y)=\dfrac{\left(x^{2}-y^{2}\right)\left(x^{4}+10x^{2}y^{2}+y^{4}\right)}{\left(x^{2}+y^{2}\right)^{3}}, calculez fxy(t,0)f_{xy}(t,0) pour t≠0t\neq 0 et comparez à fxy(0,0)f_{xy}(0,0).

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  • a) fx(1,1)=1f_x(1,1)=1 ; fx(0,y)=y⋅(−y4)y4=−yf_x(0,y)=\frac{y\cdot(-y^{4})}{y^{4}}=-y pour y≠0y\neq 0
  • b) f(h,0)=0f(h,0)=0 donc fx(0,0)=0f_x(0,0)=0 ; ainsi fx(0,y)=−yf_x(0,y)=-y pour tout yy
  • c) fxy(0,0)=lim⁡h→0fx(0,h)−fx(0,0)h=lim⁡h→0−hh=−1f_{xy}(0,0)=\lim\limits_{h\to 0}\frac{f_x(0,h)-f_x(0,0)}{h}=\lim\limits_{h\to 0}\frac{-h}{h}=-1
  • d) fy(x,0)=xf_y(x,0)=x pour tout xx, donc fyx(0,0)=1f_{yx}(0,0)=1
  • e) Non : fxy(t,0)=1f_{xy}(t,0)=1 pour t≠0t\neq 0 alors que fxy(0,0)=−1f_{xy}(0,0)=-1 ; fxyf_{xy} n'est pas continue en l'origine, l'hypothèse tombe

a) En (1,1)(1,1), la formule donne 1⋅(1+4−1)4=1\frac{1\cdot(1+4-1)}{4}=1. Contrôle direct : avec y=1y=1 gelé, f(x,1)=x(x2−1)x2+1=x3−xx2+1f(x,1)=\frac{x(x^{2}-1)}{x^{2}+1}=\frac{x^{3}-x}{x^{2}+1}, dont la dérivée par la règle du quotient est (3x2−1)(x2+1)−(x3−x)⋅2x(x2+1)2\frac{(3x^{2}-1)(x^{2}+1)-(x^{3}-x)\cdot 2x}{(x^{2}+1)^{2}}, soit 2⋅2−04=1\frac{2\cdot 2-0}{4}=1 en x=1x=1. Puis, pour y≠0y\neq 0 : fx(0,y)=y⋅(0+0−y4)(y2)2=−yf_x(0,y)=\frac{y\cdot(0+0-y^{4})}{\left(y^{2}\right)^{2}}=-y. Le calcul est légitime parce que (0,y)(0,y) n'est pas l'origine : la formule y est valable.

b) À l'origine, la formule n'a plus de sens (00\frac{0}{0}) : on revient à la définition. f(h,0)=h⋅0⋅h2h2=0f(h,0)=\frac{h\cdot 0\cdot h^{2}}{h^{2}}=0 pour h≠0h\neq 0, et f(0,0)=0f(0,0)=0, donc le quotient vaut 00 et fx(0,0)=0f_x(0,0)=0. Coïncidence heureuse : la valeur −y-y trouvée en a) vaut aussi 00 en y=0y=0. On peut donc écrire fx(0,y)=−yf_x(0,y)=-y pour TOUT réel yy, origine comprise, et c'est ce qui permet de dériver à nouveau.

c) fxy(0,0)f_{xy}(0,0) est la dérivée par rapport à yy, en y=0y=0, de la fonction y↦fx(0,y)y\mapsto f_x(0,y). Par la définition : fx(0,h)−fx(0,0)h=−h−0h=−1\frac{f_x(0,h)-f_x(0,0)}{h}=\frac{-h-0}{h}=-1 pour tout h≠0h\neq 0, donc fxy(0,0)=−1f_{xy}(0,0)=-1. On n'a jamais dérivé la formule de fxf_x « à l'origine » : on a dérivé la TRACE de fxf_x le long de l'axe x=0x=0, connue en tout point de cet axe grâce à a) et b).

d) Échanger xx et yy change le signe : f(y,x)=yx(y2−x2)y2+x2=−f(x,y)f(y,x)=\frac{yx(y^{2}-x^{2})}{y^{2}+x^{2}}=-f(x,y). Le rôle de xx et celui de yy s'échangent donc dans tous les calculs, avec un signe moins : de fx(0,y)=−yf_x(0,y)=-y on déduit fy(x,0)=xf_y(x,0)=x pour tout xx (et l'on vérifie fy(0,0)=0f_y(0,0)=0 par la définition, f(0,h)=0f(0,h)=0). Alors fyx(0,0)=lim⁡h→0fy(h,0)−fy(0,0)h=hh=1f_{yx}(0,0)=\lim\limits_{h\to 0}\frac{f_y(h,0)-f_y(0,0)}{h}=\frac{h}{h}=1. Les deux dérivées croisées existent à l'origine et elles DIFFÈRENT : −1-1 et 11.

e) Non, le théorème n'est pas contredit : c'est son hypothèse qui manque. Pour t≠0t\neq 0, fxy(t,0)=t2⋅t4t6=1f_{xy}(t,0)=\frac{t^{2}\cdot t^{4}}{t^{6}}=1, alors que fxy(0,0)=−1f_{xy}(0,0)=-1. En s'approchant de l'origine le long de l'axe des xx, fxyf_{xy} vaut constamment 11 et ne tend donc pas vers sa valeur −1-1 en l'origine : fxyf_{xy} n'est pas continue en (0,0)(0,0), donc sur aucun disque centré en (0,0)(0,0). Clairaut ne dit alors rien. Le long de l'axe des yy, d'ailleurs, fxy(0,t)=−1f_{xy}(0,t)=-1 : la fonction fxyf_{xy} vaut 11 sur un axe et −1-1 sur l'autre près de l'origine. La leçon pour la copie : écrire « par Clairaut » sans vérifier la continuité n'est pas une justification.

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© Ahmed Squalli Houssaini. Série publiée sur www.letuteurscientifique.ca/exercices/mth1101-derivees-partielles. Libre pour l'usage personnel et en classe ; sa republication ailleurs demande une autorisation écrite (mentions légales).

Voir aussi

Les dérivées partielles vous résistent en MTH1101 ?

Contactez-moi pour une première séance. On reprend le geste qui fonde tout le chapitre, geler une variable et regarder une trace, jusqu'à lire une carte de contour sans hésiter sur un signe.

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