Calcul intégral 201-NYB • Complément québécois de Terminale et cégep à Montréal
Les astuces d'intégration que l'on n'apprend pas toujours (201-NYB)
La série sur les techniques d'intégration couvre les quatre méthodes du plan de cours : substitution, parties, fractions partielles, substitutions trigonométriques. Celle-ci existe pour la question suivante, celle qui arrive en fin d'examen : que faire quand aucune des quatre ne marche ?
La réponse tient dans une idée que le cours n'énonce presque jamais : une intégrale définie peut se calculer grâce à une symétrie du DOMAINE, sans qu'on sache trouver de primitive. C'est le principe de l'astuce du roi (exercice 1), de la substitution x↦xa (exercice 8), et du problème de synthèse (exercice 10), où ∫0πxsin3xdx tombe en une ligne.
L'exercice 9 rassemble les pièges. Le plus coûteux d'entre eux, la substitution de Weierstrass appliquée sur un tour complet, transforme une intégrale valant 32π en un zéro parfaitement convaincant.
Rappel de cours
•Astuce du roi : ∫abf(x)dx=∫abf(a+b−x)dx. Elle ne calcule rien seule ; elle fournit une SECONDE équation en I.
•Weierstrass : avec t=tan2x, on a sinx=1+t22t, cosx=1+t21−t2 et dx=1+t22dt. Valable seulement sur un intervalle où tan2x est continue, donc jamais à cheval sur x=π.
•Hyperboliques : cosh2u−sinh2u=1, (sinhu)′=coshu, (coshu)′=sinhu. Pour x2+a2 poser x=asinhu ; pour x2−a2 poser x=acoshu. Formes logarithmiques : argsinhx=ln(x+x2+1) et argcoshx=ln(x+x2−1).
•Wallis : In=∫0π/2sinnxdx vérifie In=nn−1In−2, avec I0=2π et I1=1. De plus InIn−1=2nπ.
•Symétrie du domaine : ∫0∞f(x)dx=∫0∞x21f(x1)dx, et ∫1/aaxg(x)dx=∫1/aaxg(1/x)dx.
•PIÈGE PERMANENT : une substitution doit être MONOTONE sur l'intervalle, et l'intégrande doit y être continu. Une réponse négative pour l'intégrale d'une fonction positive signale toujours l'un des deux.
Partie A : Replier les bornes, rationaliser, réduire (/50)
Exercice 1 : L'astuce du roi : replier l'intervalle sur lui-même
La substitution u=a+b−x échange les deux bornes sans changer l'intervalle. Elle ne produit donc pas une primitive, mais une SECONDE expression de la même intégrale. Additionner les deux suffit souvent à tout faire tomber.
a) Démontrez que ∫abf(x)dx=∫abf(a+b−x)dx.
b) Calculez I=∫0π/2sinx+cosxsinxdx en posant J=∫0π/2sinx+cosxcosxdx.
c) Calculez ∫0π/21+tan2xdx. Commentez la disparition de l'exposant.
d) Calculez K=∫0π1+cos2xxsinxdx.
e) Généralisez : que vaut ∫0af(x)+f(a−x)f(x)dx pour toute f continue et strictement positive sur [0,a] ?
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a) Posons u=a+b−x, donc x=a+b−u et dx=−du. Quand x=a, u=b ; quand x=b, u=a. Alors ∫abf(x)dx=∫baf(a+b−u)(−du)=∫abf(a+b−u)du. Le nom de la variable étant muet, c'est bien la même intégrale. Géométriquement, on a retourné le graphe autour de la verticale x=2a+b, ce qui ne change pas l'aire.
b) Ici a+b=2π, et sin(2π−x)=cosx, cos(2π−x)=sinx. L'astuce transforme donc I exactement en J : I=J. Par ailleurs I+J=∫0π/2sinx+cosxsinx+cosxdx=∫0π/21dx=2π. De I=J et I+J=2π on tire I=4π. Aucune primitive n'a été cherchée : c'est tout l'intérêt.
c) 1+tan2x1=cos2x+sin2xcos2x. En posant I pour cette intégrale, l'astuce du roi échange sin et cos et donne J=∫0π/2cos2x+sin2xsin2xdx, avec I+J=2π et I=J par le même argument qu'en b. Donc I=4π. L'exposant a disparu parce qu'il n'intervient jamais : seule compte la SYMÉTRIE sin↔cos de l'intervalle. La réponse serait la même avec l'exposant 17 ou π, ce qui rend cette intégrale imbattable en examen à choix multiples.
d) L'astuce avec x↦π−x donne K=∫0π1+cos2x(π−x)sinxdx, puisque sin(π−x)=sinx et cos2(π−x)=cos2x. En additionnant les deux écritures : 2K=π∫0π1+cos2xsinxdx. Cette dernière intégrale se fait par u=cosx, du=−sinxdx : elle vaut ∫−111+u2du=[arctanu]−11=4π+4π=2π. Donc 2K=π⋅2π et K=4π2≈2,467. Le facteur x, qui rendait l'intégrale inabordable, a été éliminé par l'astuce.
e) Notons I cette intégrale. L'astuce du roi avec x↦a−x donne I=∫0af(a−x)+f(x)f(a−x)dx. En additionnant les deux écritures, les numérateurs se recombinent : 2I=∫0af(x)+f(a−x)f(x)+f(a−x)dx=∫0a1dx=a, donc I=2a, QUELLE QUE SOIT f. Les questions b et c en sont deux cas particuliers avec a=2π. Retenir la forme à reconnaître : un quotient dont le dénominateur est la somme du numérateur et de son reflet.
Exercice 2 : La substitution de Weierstrass : rationaliser sinus et cosinus
Toute fraction rationnelle en sinx et cosx devient une fraction rationnelle en t par t=tan2x. C'est la seule technique du chapitre qui soit universelle. Elle est aussi, très souvent, la plus lourde, et elle cache un piège de continuité.
a) Démontrez les trois formules sinx=1+t22t, cosx=1+t21−t2 et dx=1+t22dt.
b) Calculez ∫1+sinxdx, puis vérifiez le résultat en le dérivant.
c) Calculez ∫0π/22+cosxdx.
d) Sur quel intervalle la substitution est-elle légitime ? Que se passe-t-il si on l'applique telle quelle à ∫02π2+cosxdx, et quelle est la vraie valeur ?
e) Énoncez les trois raccourcis qui évitent Weierstrass, et dites quand chacun s'applique.
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a) Avec t=tan2x, les formules de l'angle double donnent sinx=2sin2xcos2x. En divisant haut et bas par cos22x : sinx=sec22x2tan2x=1+t22t. De même cosx=cos22x−sin22x=1+tan22x1−tan22x=1+t21−t2. Enfin dt=21sec22xdx=21(1+t2)dx, d'où dx=1+t22dt.
b) ∫1+sinxdx=∫1+1+t22t1+t22dt=∫1+t2+2t2dt=∫(1+t)22dt=−1+t2+C=−1+tan2x2+C. Vérification : en dérivant, dxd[−1+tan2x2]=(1+tan2x)22⋅21sec22x=(1+t)21+t2. Or 1+sinx=1+1+t22t=1+t2(1+t)2 : le quotient obtenu est bien 1+sinx1.
c) Pour x∈[0,2π], t=tan2x va de 0 à 1. ∫0π/22+cosxdx=∫012+1+t21−t21+t22dt=∫012+2t2+1−t22dt=∫013+t22dt. D'où 32[arctan3t]01=32⋅6π=33π=9π3≈0,6046.
d) La substitution exige que t=tan2x soit continue, donc que 2x évite 2π : elle n'est légitime que sur un intervalle inclus dans ]−π,π[ modulo 2π. Sur [0,2π], t part de 0, tend vers +∞ en x=π, réapparaît en −∞ et remonte à 0 : appliquer aveuglément la primitive 32arctan3t donne F(2π)−F(0)=0−0=0. Or l'intégrande 2+cosx1 est partout supérieur à 31 : l'intégrale vaut au moins 32π. La vraie valeur, obtenue en coupant en x=π et en doublant par symétrie, est 32π≈3,628. Retenir : un zéro pour l'intégrale d'une fonction strictement positive n'est pas une erreur de calcul, c'est une erreur de DOMAINE.
e) Ce sont les règles de Bioche, qui reposent sur l'invariance de l'expression f(x)dx. (1) Si f(−x)(−dx)=f(x)dx, c'est-à-dire si f est impaire, poser u=cosx. (2) Si l'expression est invariante par x↦π−x, poser u=sinx. (3) Si elle est invariante par x↦π+x, poser u=tanx. Weierstrass ne sert que lorsque AUCUNE des trois ne s'applique, comme pour 2+cosx1 : c'est un dernier recours, pas un premier réflexe, car il produit souvent des fractions partielles pénibles là où un u=cosx aurait suffi.
Exercice 3 : Parité, symétrie et périodicité : tuer une intégrale en une ligne
Avant tout calcul, trois questions : l'intervalle est-il symétrique ? l'intégrande est-il pair ou impair ? est-il périodique ? Une réponse positive fait souvent disparaître l'intégrale entière. Une réponse positive donnée trop vite la fait disparaître à tort.
a) Énoncez les deux règles pour ∫−aa selon la parité, et démontrez celle du cas impair.
b) Évaluez ∫−111+x4x3dx et ∫−22(x5sinx+x2)dx en identifiant la parité de CHAQUE terme.
c) Un élève affirme que ∫−11xdx vaut 0 par imparité. Que penser de cet argument ?
d) Montrez que ∫0πf(sinx)dx=2∫0π/2f(sinx)dx pour toute f continue, puis appliquez à ∫0πsin4xdx.
e) Si g est T-périodique, montrez que ∫aa+Tg=∫0Tg, puis calculez ∫010π∣sinx∣dx.
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a) Si f est PAIRE, ∫−aaf=2∫0af. Si f est IMPAIRE, ∫−aaf=0. Démonstration du cas impair : ∫−aaf=∫−a0f+∫0af. Dans la première, posons u=−x : elle devient ∫0af(−u)du=−∫0af(u)du. La somme est donc nulle. L'hypothèse cachée, et c'est elle qui fait la question c, est que f soit INTÉGRABLE sur [−a,a].
b) 1+x4x3 est impaire (numérateur impair, dénominateur pair) et continue : l'intégrale vaut 0. Pour la seconde, attention : x5 est impaire et sinx est impaire, donc leur PRODUIT est PAIR. Et x2 est pair. L'intégrande est donc entièrement pair, et ∫−22(x5sinx+x2)dx=2∫02(x5sinx+x2)dx, qui n'a aucune raison d'être nul ; le terme x2 contribue à lui seul 2⋅38=316. L'erreur classique consiste à voir x5 et à conclure « impair » sans regarder le facteur suivant.
c) L'argument est faux. La fonction x1 est bien impaire, mais elle n'est PAS intégrable sur [−1,1] : elle n'est pas définie en 0, et les deux moitiés ∫01xdx et ∫−10xdx divergent respectivement vers +∞ et −∞. L'intégrale n'existe pas ; écrire ∞−∞=0 n'est pas un calcul. On peut définir une valeur principale de Cauchy égale à 0, mais c'est un objet différent, qu'il faut nommer. Règle : la parité ne dispense jamais de vérifier la continuité sur tout l'intervalle.
d) Posons u=π−x sur [2π,π] : du=−dx, les bornes deviennent 2π et 0, et sin(π−u)=sinu. Donc ∫π/2πf(sinx)dx=∫0π/2f(sinu)du : les deux moitiés sont égales, d'où le facteur 2. Le graphe de sin est en effet symétrique par rapport à la verticale x=2π. Application : ∫0πsin4xdx=2∫0π/2sin4xdx=2⋅163π=83π, la valeur 163π venant des intégrales de Wallis de l'exercice 5.
e) Posons φ(a)=∫aa+Tg. Alors φ′(a)=g(a+T)−g(a)=0 par périodicité, donc φ est constante et vaut φ(0)=∫0Tg. Application : ∣sinx∣ est π-périodique, et ∫0π∣sinx∣dx=∫0πsinxdx=[−cosx]0π=2. L'intervalle [0,10π] contient exactement 10 périodes, donc ∫010π∣sinx∣dx=10⋅2=20. Sans la valeur absolue, la même intégrale vaudrait 0 : c'est le même piège qu'à l'exercice 9 de la série sur les coordonnées polaires.
Exercice 4 : Les fonctions hyperboliques : la substitution que la table cache
L'identité cosh2u−sinh2u=1 joue pour x2+a2 le rôle que 1+tan2=sec2 joue pour la substitution trigonométrique, mais sans jamais produire de ln∣secu+tanu∣ à retraduire. C'est presque toujours la route la plus courte.
a) À partir de coshu=2eu+e−u et sinhu=2eu−e−u, démontrez cosh2u−sinh2u=1 et donnez les dérivées des deux fonctions.
b) Démontrez que argsinhx=ln(x+x2+1).
c) Calculez ∫x2+9dx par x=3sinhu, puis comparez le trajet avec celui de la substitution x=3tanθ.
d) Calculez ∫03x2+9dx.
e) Quelle substitution hyperbolique convient à x2−a2, et pourquoi ne peut-on pas l'utiliser sur tout R ?
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a) cosh2u−sinh2u=4(eu+e−u)2−(eu−e−u)2=44eue−u=1. En dérivant les définitions : (sinhu)′=2eu+e−u=coshu et (coshu)′=2eu−e−u=sinhu. Noter l'absence de signe moins, contrairement au cas trigonométrique : c'est ce qui rend ces substitutions si confortables.
b) Posons x=sinhu=2eu−e−u et E=eu. Alors 2x=E−E1, soit E2−2xE−1=0. La résolution donne E=x±x2+1, et comme E=eu>0 alors que x−x2+1<0, seule la racine positive convient : eu=x+x2+1, donc u=ln(x+x2+1).
c) Avec x=3sinhu, dx=3coshudu et x2+9=3sinh2u+1=3coshu, positif sans discussion de signe. L'intégrale devient ∫3coshu3coshudu=u+C=argsinh3x+C=ln(x+x2+9)+C′. Par la voie trigonométrique x=3tanθ, on obtient ∫secθdθ=ln∣secθ+tanθ∣+C, puis il faut reconstruire le triangle rectangle pour retraduire secθ=3x2+9. Même résultat, deux étapes de plus, et une intégrale de sécante à connaître par coeur.
d) Avec x=3sinhu : quand x=0, u=0 ; quand x=3, sinhu=1 donc u1=ln(1+2). L'intégrale devient ∫0u13coshu⋅3coshudu=9∫0u1cosh2udu. Avec cosh2u=21+cosh2u, une primitive est 2u+sinhucoshu. En u1, sinhu1=1 et coshu1=2, d'où ∫03x2+9dx=29[ln(1+2)+2]≈10,330.
e) Pour x2−a2 on pose x=acoshu, car cosh2u−1=sinh2u. Mais coshu≥1 pour tout u réel : cette substitution ne peut atteindre que x≥a. Elle est donc réservée à la branche DROITE du domaine ∣x∣≥a ; pour x≤−a, il faut poser x=−acoshu, ou traiter la question par symétrie. De plus x2−a2=a∣sinhu∣, et on choisit u≥0 pour lever la valeur absolue. C'est la même précaution que pour x=asecθ, avec un calcul plus léger derrière.
Exercice 5 : Formules de réduction et intégrales de Wallis
Quand un exposant entier n apparaît, on ne cherche pas une primitive : on cherche une relation entre In et In−2. Une intégration par parties suffit, et la récurrence fait le reste. Les intégrales de Wallis In=∫0π/2sinnxdx en sont le modèle.
a) Par intégration par parties sur sinnx=sinn−1x⋅sinx, démontrez que In=nn−1In−2 pour n≥2.
b) Donnez I0 et I1, puis calculez I2 à I6.
c) Écrivez la forme close de In selon la parité de n, et expliquez pourquoi π n'apparaît que dans un cas sur deux.
d) Démontrez que InIn−1=2nπ, et vérifiez-le sur n=3.
e) Établissez la formule de réduction de ∫0∞xne−xdx et calculez sa valeur.
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a) Posons u=sinn−1x et dv=sinxdx, donc du=(n−1)sinn−2xcosxdx et v=−cosx. Le terme tout intégré [−sinn−1xcosx]0π/2 est nul aux deux bornes. Il reste In=(n−1)∫0π/2sinn−2xcos2xdx. En remplaçant cos2x par 1−sin2x : In=(n−1)(In−2−In), soit nIn=(n−1)In−2 et In=nn−1In−2.
b) I0=∫0π/2dx=2π et I1=∫0π/2sinxdx=1. Puis I2=21I0=4π, I3=32I1=32, I4=43I2=163π, I5=54I3=158, I6=65I4=325π.
c) Pour n=2m pair : I2m=2m2m−1⋅2m−22m−3⋯21⋅2π. Pour n=2m+1 impair : I2m+1=2m+12m⋅2m−12m−2⋯32⋅1. La récurrence descend de deux en deux : elle aboutit à I0 si n est pair, à I1 s'il est impair. Comme I0=2π contient π et I1=1 n'en contient pas, seuls les indices pairs héritent de π. La parité de l'exposant décide donc de la nature du résultat, ce qui est une bonne façon de contrôler une réponse : ∫0π/2sin7xdx ne peut pas contenir π.
d) La suite Jn=nInIn−1 vérifie Jn+1=(n+1)In+1In=(n+1)⋅n+1nIn−1⋅In=nInIn−1=Jn : elle est CONSTANTE. Or J1=1⋅I1I0=2π. Donc nInIn−1=2π, c'est-à-dire InIn−1=2nπ. Vérification pour n=3 : I3I2=32⋅4π=6π, et 2⋅3π=6π. C'est cette identité, jointe à In−1In→1, qui donne le produit de Wallis 2π=∏m≥14m2−14m2 et l'équivalent In∼2nπ.
e) Notons Γn=∫0∞xne−xdx. Par parties avec u=xn et dv=e−xdx : Γn=[−xne−x]0∞+n∫0∞xn−1e−xdx=nΓn−1, le terme tout intégré étant nul par croissance comparée. Comme Γ0=∫0∞e−xdx=1, la récurrence donne Γn=n!. On vient de démontrer que la factorielle est une intégrale : c'est le point de départ de la fonction Gamma, qui prolonge n! à des arguments non entiers.
Partie B : Ruses de calcul, symétries du domaine et pièges (/50)
Exercice 6 : Le facteur 1 invisible : l'intégration par parties déguisée
Une fonction seule, sans produit apparent, se prête pourtant aux parties : il suffit de la voir comme le produit d'elle-même par 1, et de choisir dv=dx. Le réflexe vaut pour toutes les fonctions dont on connaît la dérivée mais pas la primitive : logarithmes et fonctions réciproques.
a) Énoncez le principe, et dites à quelle famille de fonctions il s'applique.
b) Calculez ∫arctanxdx et ∫arcsinxdx.
c) Calculez ∫ln(x2+1)dx, puis vérifiez par dérivation.
d) Établissez la formule de réduction de ∫(lnx)ndx et calculez ∫(lnx)2dx.
e) Calculez ∫ln(x+x2+1)dx.
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a) On écrit f(x)=f(x)⋅1 et on pose u=f(x), dv=dx, donc v=x : ∫f=xf(x)−∫xf′(x)dx. Le procédé est payant chaque fois que f′ est ALGÉBRIQUE alors que f ne l'est pas, ce qui est exactement le cas des logarithmes et des fonctions trigonométriques réciproques. Le cas ∫lnxdx=xlnx−x est traité dans la série sur les techniques d'intégration ; les suivants en sont les variantes.
b) Pour arctan : u=arctanx, du=1+x2dx, v=x. Alors ∫arctanxdx=xarctanx−∫1+x2xdx=xarctanx−21ln(1+x2)+C. Pour arcsin : du=1−x2dx, d'où ∫arcsinxdx=xarcsinx−∫1−x2xdx=xarcsinx+1−x2+C. Dans les deux cas, l'intégrale restante se fait par une substitution immédiate.
c) u=ln(x2+1), du=x2+12xdx, v=x : ∫ln(x2+1)dx=xln(x2+1)−∫x2+12x2dx. Or x2+12x2=2−x2+12, dont une primitive est 2x−2arctanx. Donc ∫ln(x2+1)dx=xln(x2+1)−2x+2arctanx+C. Vérification : en dérivant, ln(x2+1)+x2+12x2−2+x2+12=ln(x2+1)+x2+12x2+2−2=ln(x2+1).
d) Avec u=(lnx)n et dv=dx : du=n(lnx)n−1xdx et v=x, donc ∫(lnx)ndx=x(lnx)n−n∫(lnx)n−1dx. L'exposant baisse d'une unité à chaque tour, et la récurrence s'arrête sur ∫dx=x. Pour n=2 : ∫(lnx)2dx=x(lnx)2−2∫lnxdx=x(lnx)2−2(xlnx−x)=x(lnx)2−2xlnx+2x+C.
e) La fonction est argsinhx, dont la dérivée est x2+11. Avec dv=dx : ∫argsinhxdx=xargsinhx−∫x2+1xdx=xargsinhx−x2+1+C, la dernière intégrale se faisant par w=x2+1. Vérification : la dérivée vaut argsinhx+x2+1x−x2+1x=argsinhx. Le résultat a exactement la même forme que ∫arcsin, ce qui n'est pas un hasard : les deux fonctions sont réciproques de fonctions dont la dérivée est algébrique.
Exercice 7 : Le système de deux intégrales et l'équation où I apparaît des deux côtés
Certaines intégrales ne se calculent pas isolément, mais par paires : deux intégrations par parties produisent deux équations liant I et J, et il ne reste qu'un système linéaire. Dans d'autres cas, c'est I elle-même qui réapparaît, et l'équation se résout en une ligne.
a) Posons I=∫excos2xdx et J=∫exsin2xdx. En dérivant excos2x et exsin2x, écrivez deux relations entre I et J.
b) Résolvez le système et donnez I et J.
c) Retrouvez I en une ligne par ∫e(1+2i)xdx, en prenant la partie réelle.
d) Évaluez ∫0πexcos2xdx.
e) Calculez ∫0π/4ln(1+tanx)dx en utilisant tan(4π−x)=1+tanx1−tanx.
Voir la correction
a) dxd[excos2x]=excos2x−2exsin2x. En intégrant les deux membres : excos2x=I−2J. De même dxd[exsin2x]=exsin2x+2excos2x donne exsin2x=J+2I. On dispose donc du système I−2J=excos2x et 2I+J=exsin2x.
b) De la seconde équation, J=exsin2x−2I. En reportant dans la première : I−2exsin2x+4I=excos2x, donc 5I=ex(cos2x+2sin2x) et I=5ex(cos2x+2sin2x)+C. Puis J=exsin2x−52ex(cos2x+2sin2x)=5ex(sin2x−2cos2x)+C. Contrôle par dérivation de I : 5ex(cos2x+2sin2x)+ex(−2sin2x+4cos2x)=55excos2x=excos2x.
c) ∫e(1+2i)xdx=1+2ie(1+2i)x=5ex(cos2x+isin2x)(1−2i), après multiplication par le conjugué. La partie réelle du numérateur est ex(cos2x+2sin2x), donc I=5ex(cos2x+2sin2x), et la partie imaginaire donne J au passage. Une seule intégrale, faite comme une exponentielle ordinaire, remplace deux intégrations par parties : c'est l'argument le plus convaincant en faveur de la notation complexe, et il fonctionne pour tout ∫eaxcosbxdx.
d) ∫0πexcos2xdx=[5ex(cos2x+2sin2x)]0π. En x=π : cos2π=1 et sin2π=0, d'où 5eπ. En x=0 : 51. Le résultat est 5eπ−1≈4,428.
e) Notons I cette intégrale et appliquons l'astuce du roi avec x↦4π−x : I=∫0π/4ln(1+1+tanx1−tanx)dx=∫0π/4ln1+tanx2dx. En séparant le logarithme : I=∫0π/4ln2dx−∫0π/4ln(1+tanx)dx=4πln2−I. Donc 2I=4πln2 et I=8πln2≈0,2722. C'est l'exemple le plus frappant du chapitre : la primitive de ln(1+tanx) n'est pas élémentaire, et pourtant l'intégrale définie tombe en trois lignes, uniquement parce que I réapparaît de l'autre côté du signe égal.
Exercice 8 : La substitution qui échange x et son inverse
Le changement x↦x1 envoie ]0,∞[ sur lui-même et échange ]0,1[ avec ]1,∞[. Comme l'astuce du roi, il ne calcule rien seul : il fournit une seconde écriture de la même intégrale, et c'est l'addition qui conclut.
a) Montrez que ∫0∞f(x)dx=∫0∞x21f(x1)dx lorsque les deux intégrales convergent.
b) Déduisez-en que ∫0∞1+x2lnxdx=0.
c) Montrez que ∫0∞(1+x2)(1+xn)dx=4π pour tout n réel.
d) Calculez ∫1/22xarctanxdx.
e) Calculez ∫0π/2ln(sinx)dx par une symétrie du même esprit.
Voir la correction
a) Posons x=u1, donc dx=−u2du. Quand x→0+, u→+∞ ; quand x→+∞, u→0+. Alors ∫0∞f(x)dx=∫∞0f(u1)(−u2du)=∫0∞u21f(u1)du. Le domaine est GLOBALEMENT INVARIANT : c'est toute la force du procédé.
b) Avec f(x)=1+x2lnx : x21f(x1)=x21⋅1+x21−lnx=x2+1−lnx=−f(x). La formule de a donne donc I=−I, soit 2I=0 et I=0. Une intégrale qui n'a aucune primitive élémentaire est calculée sans qu'on ait rien intégré : la contribution de ]0,1[, où lnx<0, compense exactement celle de ]1,∞[.
c) Notons I l'intégrale. Avec f(x)=(1+x2)(1+xn)1, on a x21f(x1)=x21⋅1+x2x2⋅1+xnxn=(1+x2)(1+xn)xn. Donc I=∫0∞(1+x2)(1+xn)xndx. En additionnant les deux écritures, le facteur 1+xn se simplifie : 2I=∫0∞1+x2dx=[arctanx]0∞=2π, donc I=4π, indépendamment de n. C'est le pendant exact de la question c de l'exercice 1.
d) L'intervalle [21,2] est lui aussi invariant par x↦x1, et xdx se transforme en −udu, les bornes s'échangeant. Donc I=∫1/22xarctanx1dx. En additionnant, et puisque arctanx+arctanx1=2π pour x>0 : 2I=2π∫1/22xdx=2πln4=πln2. D'où I=2πln2≈1,089.
e) Notons I=∫0π/2ln(sinx)dx. L'astuce du roi donne I=∫0π/2ln(cosx)dx. En additionnant : 2I=∫0π/2ln(sinxcosx)dx=∫0π/2ln2sin2xdx=∫0π/2ln(sin2x)dx−2πln2. Dans l'intégrale restante, posons u=2x : elle vaut 21∫0πln(sinu)du, et par la symétrie de sin autour de 2π (exercice 3 d) cela fait 21⋅2I=I. On obtient donc 2I=I−2πln2, soit I=−2πln2≈−1,089. L'intégrale est impropre en 0, mais convergente, et le résultat est négatif comme il se doit puisque sinx≤1 sur l'intervalle.
Exercice 9 : Les cinq pièges qui coûtent le plus de points
Chacune des cinq situations suivantes produit un résultat parfaitement présentable et parfaitement faux. Les repérer vaut mieux que connaître une technique de plus : ce sont elles qui font la différence entre 80 et 95 à un examen final.
a) Un élève écrit ∫−11x2dx=[−x1]−11=−1−1=−2. Que vaut réellement cette intégrale ?
b) Il calcule ∫−11x2dx en posant u=x2. Pourquoi la substitution est-elle illégitime ?
c) Il affirme que ∫−22x2dx=[2x2]−22=0. Corrigez.
d) Il écrit ∫xdx=lnx+C et en déduit ∫−2−1xdx=ln(−1)−ln(−2). Corrigez et donnez la valeur.
e) Rédigez la liste des vérifications à faire AVANT d'écrire la moindre primitive, et dites laquelle aurait détecté chacune des quatre erreurs ci-dessus ainsi que celle de l'exercice 2 d.
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a) La fonction x21 n'est pas définie en 0, qui est INTÉRIEUR à l'intervalle : le théorème fondamental ne s'applique pas, car il exige la continuité sur tout [−1,1]. Il faut couper : ∫01x2dx=ε→0+lim[−x1]ε1=lim(−1+ε1)=+∞. L'intégrale DIVERGE. Le signal d'alarme était immédiat : l'intégrande est strictement positif, une réponse négative est impossible.
b) La substitution u=x2 n'est pas MONOTONE sur [−1,1] : elle décroît puis croît, et n'est donc pas injective. Formellement, du=2xdx impose dx=2xdu=±2udu, avec un signe qui change en 0 : on ne peut pas écrire une seule intégrale en u. La sortie correcte est de couper en 0 et de traiter chaque moitié, ou plus simplement d'utiliser la parité : ∫−11x2dx=2∫01x2dx=32.
c) x2=∣x∣, et non x. La primitive 2x2 est celle de x, pas celle de ∣x∣. Correctement : ∫−22∣x∣dx=2∫02xdx=2⋅2=4. Là encore, une fonction positive ne peut pas avoir une intégrale nulle sur un intervalle non dégénéré. La règle A2=∣A∣ est aussi celle qui impose les valeurs absolues dans les longueurs d'arc.
d) La primitive de x1 est ln∣x∣, valable séparément sur ]−∞,0[ et sur ]0,∞[. Sur [−2,−1], où x<0 : ∫−2−1xdx=[ln∣x∣]−2−1=ln1−ln2=−ln2≈−0,693. Le résultat est négatif, ce qui est correct : l'intégrande est négatif sur tout l'intervalle. Écrire ln(−1) n'a aucun sens dans les réels.
e) Liste de contrôle. (1) L'intégrande est-il CONTINU sur tout l'intervalle fermé ? Sinon, l'intégrale est impropre et il faut passer par une limite ; cette question détecte l'erreur a. (2) Toute substitution envisagée est-elle MONOTONE sur l'intervalle ? Cette question détecte l'erreur b et, surtout, celle de l'exercice 2 d, où tan2x explose en x=π. (3) Ai-je une RACINE ou une valeur absolue dont j'ai supposé le signe ? Question qui détecte l'erreur c. (4) Ma primitive est-elle valable sur l'intervalle CONSIDÉRÉ, en particulier pour ln∣x∣ ? Question qui détecte l'erreur d. (5) Enfin, contrôle de vraisemblance : le SIGNE du résultat est-il compatible avec celui de l'intégrande, et l'ordre de grandeur avec la longueur de l'intervalle multipliée par une valeur typique ? Cette dernière question, qui prend cinq secondes, aurait attrapé les cinq erreurs.
Exercice 10 : Problème de synthèse : la formule qui élimine le facteur x
Toutes les astuces de la Partie A convergent vers une identité unique, valable pour toute fonction f continue : ∫0πxf(sinx)dx=2π∫0πf(sinx)dx. Elle supprime le facteur x, c'est-à-dire précisément ce qui rendait l'intégrale inabordable.
a) Démontrez cette identité.
b) Retrouvez en deux lignes la valeur de ∫0π1+cos2xxsinxdx, calculée à l'exercice 1 d.
c) Calculez ∫0πxsin3xdx.
d) Calculez ∫0π1+sinxxdx, en réutilisant la primitive de l'exercice 2 b.
e) Rédigez l'arbre de décision complet de la série : devant une intégrale définie qui résiste aux quatre techniques du cours, quelles questions poser, dans quel ordre, et quel exercice illustre chacune ?
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a) Appliquons l'astuce du roi avec x↦π−x. Comme sin(π−x)=sinx, l'argument de f est inchangé : I=∫0π(π−x)f(sinx)dx=π∫0πf(sinx)dx−I. Donc 2I=π∫0πf(sinx)dx et I=2π∫0πf(sinx)dx. Tout repose sur le fait que sin est symétrique par rapport à x=2π : la formule serait FAUSSE avec cos à la place de sin.
b) Ici f(s)=1+(1−s2)s=2−s2s convient, car 1+cos2x=2−sin2x : l'intégrande est bien de la forme xf(sinx). Donc K=2π∫0π1+cos2xsinxdx=2π⋅2π=4π2, la valeur 2π ayant été obtenue par u=cosx à l'exercice 1. Deux lignes au lieu de cinq.
c) ∫0πxsin3xdx=2π∫0πsin3xdx. Par la symétrie de l'exercice 3 d, ∫0πsin3xdx=2∫0π/2sin3xdx=2I3=2⋅32=34, où I3 vient des intégrales de Wallis. Donc le résultat est 2π⋅34=32π≈2,094. Trois astuces de la série s'enchaînent en une seule ligne.
d) Avec f(s)=1+s1 : ∫0π1+sinxxdx=2π∫0π1+sinxdx. La primitive trouvée à l'exercice 2 b est −1+tan2x2, licite ici car tan2x reste continue sur [0,π[ et tend vers +∞ en π. En x→π− la primitive tend vers 0, et en x=0 elle vaut −2 : l'intégrale vaut 0−(−2)=2. Donc ∫0π1+sinxxdx=2π⋅2=π≈3,142. Noter que la borne π est ici une limite et non une valeur : c'est exactement la précaution qui manquait à l'exercice 2 d.
e) ARBRE DE DÉCISION. (0) D'abord les quatre techniques du cours : substitution, parties, fractions partielles, substitution trigonométrique. Si l'une aboutit, ne cherchez pas plus loin. (1) L'intervalle est-il SYMÉTRIQUE et l'intégrande pair ou impair ? Exercice 3. (2) L'intégrande est-il PÉRIODIQUE, l'intervalle contenant un nombre entier de périodes ? Exercice 3 e. (3) Le remplacement x↦a+b−x redonne-t-il une expression liée à l'intégrande, notamment par échange de sin et cos ou par la présence d'un facteur x isolé ? Exercices 1 et 10. (4) Le domaine est-il invariant par x↦x1, avec un facteur xdx ? Exercice 8. (5) L'intégrande contient-il un EXPOSANT ENTIER n ? Cherchez une formule de réduction. Exercice 5. (6) L'intégration par parties fait-elle réapparaître l'intégrale de départ, ou une seconde intégrale du même type ? Résolvez le système. Exercice 7. (7) L'intégrande est-il une fraction rationnelle en sin et cos ? Essayez d'abord les trois règles de Bioche, puis Weierstrass. Exercice 2. (8) Y a-t-il un x2±a2 ? Les hyperboliques sont plus courtes que le triangle. Exercice 4. (9) Enfin, à chaque étape : continuité, monotonie de la substitution, signe sous les racines. Exercice 9.
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