Calcul intégral 201-NYB • Complément québécois de Terminale et cégep à Montréal
Les astuces d'intégration que l'on n'apprend pas toujours (201-NYB)
La série sur les techniques d'intégration couvre les quatre méthodes du plan de cours : substitution, parties, fractions partielles, substitutions trigonométriques. Celle-ci existe pour la question suivante, celle qui arrive en fin d'examen : que faire quand aucune des quatre ne marche ?
La réponse tient dans une idée que le cours n'énonce presque jamais : une intégrale définie peut se calculer grâce à une symétrie du DOMAINE, sans qu'on sache trouver de primitive. C'est le principe de l'astuce du roi (exercice 1), de la substitution x↦xa (exercice 8), et du problème de synthèse (exercice 10), où ∫0πxsin3xdx tombe en une ligne.
L'exercice 9 rassemble les pièges. Le plus coûteux d'entre eux, la substitution de Weierstrass appliquée sur un tour complet, transforme une intégrale valant 32π en un zéro parfaitement convaincant.
Série autocorrigéeTape tes réponses sous chaque question : la page te dit juste ou faux avant d'ouvrir la correction. Avec un compte, chaque bonne réponse du premier coup rapporte des points.
•Astuce du roi : ∫abf(x)dx=∫abf(a+b−x)dx. Elle ne calcule rien seule ; elle fournit une SECONDE équation en I.
•Weierstrass : avec t=tan2x, on a sinx=1+t22t, cosx=1+t21−t2 et dx=1+t22dt. Valable seulement sur un intervalle où tan2x est continue, donc jamais à cheval sur x=π.
•Hyperboliques : cosh2u−sinh2u=1, (sinhu)′=coshu, (coshu)′=sinhu. Pour x2+a2 poser x=asinhu ; pour x2−a2 poser x=acoshu. Formes logarithmiques : argsinhx=ln(x+x2+1) et argcoshx=ln(x+x2−1).
•Wallis : In=∫0π/2sinnxdx vérifie In=nn−1In−2, avec I0=2π et I1=1. De plus InIn−1=2nπ.
•Symétrie du domaine : ∫0∞f(x)dx=∫0∞x21f(x1)dx, et ∫1/aaxg(x)dx=∫1/aaxg(1/x)dx.
•PIÈGE PERMANENT : une substitution doit être MONOTONE sur l'intervalle, et l'intégrande doit y être continu. Une réponse négative pour l'intégrale d'une fonction positive signale toujours l'un des deux.
Partie A : Replier les bornes, rationaliser, réduire (/50)
Exercice 1 : L'astuce du roi : replier l'intervalle sur lui-même
La substitution u=a+b−x échange les deux bornes sans changer l'intervalle. Elle ne produit donc pas une primitive, mais une SECONDE expression de la même intégrale. Additionner les deux suffit souvent à tout faire tomber.
a) Démontrez que ∫abf(x)dx=∫abf(a+b−x)dx.
b) Calculez I=∫0π/2sinx+cosxsinxdx en posant J=∫0π/2sinx+cosxcosxdx.
c) Calculez ∫0π/21+tan2xdx. Commentez la disparition de l'exposant.
d) Calculez K=∫0π1+cos2xxsinxdx.
e) Généralisez : que vaut ∫0af(x)+f(a−x)f(x)dx pour toute f continue et strictement positive sur [0,a] ?
Voir la correction
Réponses
a)u=a+b−x : même intervalle, bornes échangées
b)I=J et I+J=2π : I=4π
c)4π, quel que soit l'exposant
d)K=4π2≈2,467
e)2a pour toute f
a) Posons u=a+b−x, donc x=a+b−u et dx=−du. Quand x=a, u=b ; quand x=b, u=a. Alors ∫abf(x)dx=∫baf(a+b−u)(−du)=∫abf(a+b−u)du. Le nom de la variable étant muet, c'est bien la même intégrale. Géométriquement, on a retourné le graphe autour de la verticale x=2a+b, ce qui ne change pas l'aire.
b) Ici a+b=2π, et sin(2π−x)=cosx, cos(2π−x)=sinx. L'astuce transforme donc I exactement en J : I=J. Par ailleurs I+J=∫0π/2sinx+cosxsinx+cosxdx=∫0π/21dx=2π. De I=J et I+J=2π on tire I=4π. Aucune primitive n'a été cherchée : c'est tout l'intérêt.
c) 1+tan2x1=cos2x+sin2xcos2x. En posant I pour cette intégrale, l'astuce du roi échange sin et cos et donne J=∫0π/2cos2x+sin2xsin2xdx, avec I+J=2π et I=J par le même argument qu'en b. Donc I=4π. L'exposant a disparu parce qu'il n'intervient jamais : seule compte la SYMÉTRIE sin↔cos de l'intervalle. La réponse serait la même avec l'exposant 17 ou π, ce qui rend cette intégrale imbattable en examen à choix multiples.
d) L'astuce avec x↦π−x donne K=∫0π1+cos2x(π−x)sinxdx, puisque sin(π−x)=sinx et cos2(π−x)=cos2x. En additionnant les deux écritures : 2K=π∫0π1+cos2xsinxdx. Cette dernière intégrale se fait par u=cosx, du=−sinxdx : elle vaut ∫−111+u2du=[arctanu]−11=4π+4π=2π. Donc 2K=π⋅2π et K=4π2≈2,467. Le facteur x, qui rendait l'intégrale inabordable, a été éliminé par l'astuce.
e) Notons I cette intégrale. L'astuce du roi avec x↦a−x donne I=∫0af(a−x)+f(x)f(a−x)dx. En additionnant les deux écritures, les numérateurs se recombinent : 2I=∫0af(x)+f(a−x)f(x)+f(a−x)dx=∫0a1dx=a, donc I=2a, QUELLE QUE SOIT f. Les questions b et c en sont deux cas particuliers avec a=2π. Retenir la forme à reconnaître : un quotient dont le dénominateur est la somme du numérateur et de son reflet.
Exercice 2 : La substitution de Weierstrass : rationaliser sinus et cosinus
Toute fraction rationnelle en sinx et cosx devient une fraction rationnelle en t par t=tan2x. C'est la seule technique du chapitre qui soit universelle. Elle est aussi, très souvent, la plus lourde, et elle cache un piège de continuité.
a) Démontrez les trois formules sinx=1+t22t, cosx=1+t21−t2 et dx=1+t22dt.
b) Calculez ∫1+sinxdx, puis vérifiez le résultat en le dérivant.
c) Calculez ∫0π/22+cosxdx.
d) Sur quel intervalle la substitution est-elle légitime ? Que se passe-t-il si on l'applique telle quelle à ∫02π2+cosxdx, et quelle est la vraie valeur ?
e) Énoncez les trois raccourcis qui évitent Weierstrass, et dites quand chacun s'applique.
Voir la correction
Réponses
a)sinx=1+t22t, cosx=1+t21−t2, dx=1+t22dt
b)−1+tan2x2+C
c)33π≈0,6046
d)Faux 0 ; vraie valeur 32π≈3,628
e)Bioche : u=cosx, u=sinx, u=tanx
a) Avec t=tan2x, les formules de l'angle double donnent sinx=2sin2xcos2x. En divisant haut et bas par cos22x : sinx=sec22x2tan2x=1+t22t. De même cosx=cos22x−sin22x=1+tan22x1−tan22x=1+t21−t2. Enfin dt=21sec22xdx=21(1+t2)dx, d'où dx=1+t22dt.
b) ∫1+sinxdx=∫1+1+t22t1+t22dt=∫1+t2+2t2dt=∫(1+t)22dt=−1+t2+C=−1+tan2x2+C. Vérification : en dérivant, dxd[−1+tan2x2]=(1+tan2x)22⋅21sec22x=(1+t)21+t2. Or 1+sinx=1+1+t22t=1+t2(1+t)2 : le quotient obtenu est bien 1+sinx1.
c) Pour x∈[0,2π], t=tan2x va de 0 à 1. ∫0π/22+cosxdx=∫012+1+t21−t21+t22dt=∫012+2t2+1−t22dt=∫013+t22dt. D'où 32[arctan3t]01=32⋅6π=33π=9π3≈0,6046.
d) La substitution exige que t=tan2x soit continue, donc que 2x évite 2π : elle n'est légitime que sur un intervalle inclus dans ]−π,π[ modulo 2π. Sur [0,2π], t part de 0, tend vers +∞ en x=π, réapparaît en −∞ et remonte à 0 : appliquer aveuglément la primitive 32arctan3t donne F(2π)−F(0)=0−0=0. Or l'intégrande 2+cosx1 est partout supérieur à 31 : l'intégrale vaut au moins 32π. La vraie valeur, obtenue en coupant en x=π et en doublant par symétrie, est 32π≈3,628. Retenir : un zéro pour l'intégrale d'une fonction strictement positive n'est pas une erreur de calcul, c'est une erreur de DOMAINE.
e) Ce sont les règles de Bioche, qui reposent sur l'invariance de l'expression f(x)dx. (1) Si f(−x)(−dx)=f(x)dx, c'est-à-dire si f est impaire, poser u=cosx. (2) Si l'expression est invariante par x↦π−x, poser u=sinx. (3) Si elle est invariante par x↦π+x, poser u=tanx. Weierstrass ne sert que lorsque AUCUNE des trois ne s'applique, comme pour 2+cosx1 : c'est un dernier recours, pas un premier réflexe, car il produit souvent des fractions partielles pénibles là où un u=cosx aurait suffi.
Exercice 3 : Parité, symétrie et périodicité : tuer une intégrale en une ligne
Avant tout calcul, trois questions : l'intervalle est-il symétrique ? l'intégrande est-il pair ou impair ? est-il périodique ? Une réponse positive fait souvent disparaître l'intégrale entière. Une réponse positive donnée trop vite la fait disparaître à tort.
a) Énoncez les deux règles pour ∫−aa selon la parité, et démontrez celle du cas impair.
b) Évaluez ∫−111+x4x3dx et ∫−22(x5sinx+x2)dx en identifiant la parité de CHAQUE terme.
c) Un élève affirme que ∫−11xdx vaut 0 par imparité. Que penser de cet argument ?
d) Montrez que ∫0πf(sinx)dx=2∫0π/2f(sinx)dx pour toute f continue, puis appliquez à ∫0πsin4xdx.
e) Si g est T-périodique, montrez que ∫aa+Tg=∫0Tg, puis calculez ∫010π∣sinx∣dx.
Voir la correction
Réponses
a)Paire : 2∫0a ; impaire : 0
b)0 ; intégrande pair, non nul
c)Faux : x1 n'est pas intégrable sur [−1;1]
d)83π
e)20
a) Si f est PAIRE, ∫−aaf=2∫0af. Si f est IMPAIRE, ∫−aaf=0. Démonstration du cas impair : ∫−aaf=∫−a0f+∫0af. Dans la première, posons u=−x : elle devient ∫0af(−u)du=−∫0af(u)du. La somme est donc nulle. L'hypothèse cachée, et c'est elle qui fait la question c, est que f soit INTÉGRABLE sur [−a,a].
b) 1+x4x3 est impaire (numérateur impair, dénominateur pair) et continue : l'intégrale vaut 0. Pour la seconde, attention : x5 est impaire et sinx est impaire, donc leur PRODUIT est PAIR. Et x2 est pair. L'intégrande est donc entièrement pair, et ∫−22(x5sinx+x2)dx=2∫02(x5sinx+x2)dx, qui n'a aucune raison d'être nul ; le terme x2 contribue à lui seul 2⋅38=316. L'erreur classique consiste à voir x5 et à conclure « impair » sans regarder le facteur suivant.
c) L'argument est faux. La fonction x1 est bien impaire, mais elle n'est PAS intégrable sur [−1,1] : elle n'est pas définie en 0, et les deux moitiés ∫01xdx et ∫−10xdx divergent respectivement vers +∞ et −∞. L'intégrale n'existe pas ; écrire ∞−∞=0 n'est pas un calcul. On peut définir une valeur principale de Cauchy égale à 0, mais c'est un objet différent, qu'il faut nommer. Règle : la parité ne dispense jamais de vérifier la continuité sur tout l'intervalle.
d) Posons u=π−x sur [2π,π] : du=−dx, les bornes deviennent 2π et 0, et sin(π−u)=sinu. Donc ∫π/2πf(sinx)dx=∫0π/2f(sinu)du : les deux moitiés sont égales, d'où le facteur 2. Le graphe de sin est en effet symétrique par rapport à la verticale x=2π. Application : ∫0πsin4xdx=2∫0π/2sin4xdx=2⋅163π=83π, la valeur 163π venant des intégrales de Wallis de l'exercice 5.
e) Posons φ(a)=∫aa+Tg. Alors φ′(a)=g(a+T)−g(a)=0 par périodicité, donc φ est constante et vaut φ(0)=∫0Tg. Application : ∣sinx∣ est π-périodique, et ∫0π∣sinx∣dx=∫0πsinxdx=[−cosx]0π=2. L'intervalle [0,10π] contient exactement 10 périodes, donc ∫010π∣sinx∣dx=10⋅2=20. Sans la valeur absolue, la même intégrale vaudrait 0 : c'est le même piège qu'à l'exercice 9 de la série sur les coordonnées polaires.
Exercice 4 : Les fonctions hyperboliques : la substitution que la table cache
L'identité cosh2u−sinh2u=1 joue pour x2+a2 le rôle que 1+tan2=sec2 joue pour la substitution trigonométrique, mais sans jamais produire de ln∣secu+tanu∣ à retraduire. C'est presque toujours la route la plus courte.
a) À partir de coshu=2eu+e−u et sinhu=2eu−e−u, démontrez cosh2u−sinh2u=1 et donnez les dérivées des deux fonctions.
b) Démontrez que argsinhx=ln(x+x2+1).
c) Calculez ∫x2+9dx par x=3sinhu, puis comparez le trajet avec celui de la substitution x=3tanθ.
d) Calculez ∫03x2+9dx.
e) Quelle substitution hyperbolique convient à x2−a2, et pourquoi ne peut-on pas l'utiliser sur tout R ?
Voir la correction
Réponses
a)cosh2−sinh2=1 ; sinh′=cosh, cosh′=sinh
b)argsinhx=ln(x+x2+1)
c)ln(x+x2+9)+C, sans triangle
d)29[ln(1+2)+2]≈10,33
e)x=acoshu, branche x≥a seulement
a) cosh2u−sinh2u=4(eu+e−u)2−(eu−e−u)2=44eue−u=1. En dérivant les définitions : (sinhu)′=2eu+e−u=coshu et (coshu)′=2eu−e−u=sinhu. Noter l'absence de signe moins, contrairement au cas trigonométrique : c'est ce qui rend ces substitutions si confortables.
b) Posons x=sinhu=2eu−e−u et E=eu. Alors 2x=E−E1, soit E2−2xE−1=0. La résolution donne E=x±x2+1, et comme E=eu>0 alors que x−x2+1<0, seule la racine positive convient : eu=x+x2+1, donc u=ln(x+x2+1).
c) Avec x=3sinhu, dx=3coshudu et x2+9=3sinh2u+1=3coshu, positif sans discussion de signe. L'intégrale devient ∫3coshu3coshudu=u+C=argsinh3x+C=ln(x+x2+9)+C′. Par la voie trigonométrique x=3tanθ, on obtient ∫secθdθ=ln∣secθ+tanθ∣+C, puis il faut reconstruire le triangle rectangle pour retraduire secθ=3x2+9. Même résultat, deux étapes de plus, et une intégrale de sécante à connaître par coeur.
d) Avec x=3sinhu : quand x=0, u=0 ; quand x=3, sinhu=1 donc u1=ln(1+2). L'intégrale devient ∫0u13coshu⋅3coshudu=9∫0u1cosh2udu. Avec cosh2u=21+cosh2u, une primitive est 2u+sinhucoshu. En u1, sinhu1=1 et coshu1=2, d'où ∫03x2+9dx=29[ln(1+2)+2]≈10,330.
e) Pour x2−a2 on pose x=acoshu, car cosh2u−1=sinh2u. Mais coshu≥1 pour tout u réel : cette substitution ne peut atteindre que x≥a. Elle est donc réservée à la branche DROITE du domaine ∣x∣≥a ; pour x≤−a, il faut poser x=−acoshu, ou traiter la question par symétrie. De plus x2−a2=a∣sinhu∣, et on choisit u≥0 pour lever la valeur absolue. C'est la même précaution que pour x=asecθ, avec un calcul plus léger derrière.
Exercice 5 : Formules de réduction et intégrales de Wallis
Quand un exposant entier n apparaît, on ne cherche pas une primitive : on cherche une relation entre In et In−2. Une intégration par parties suffit, et la récurrence fait le reste. Les intégrales de Wallis In=∫0π/2sinnxdx en sont le modèle.
a) Par intégration par parties sur sinnx=sinn−1x⋅sinx, démontrez que In=nn−1In−2 pour n≥2.
b) Donnez I0 et I1, puis calculez I2 à I6.
c) Écrivez la forme close de In selon la parité de n, et expliquez pourquoi π n'apparaît que dans un cas sur deux.
d) Démontrez que InIn−1=2nπ, et vérifiez-le sur n=3.
e) Établissez la formule de réduction de ∫0∞xne−xdx et calculez sa valeur.
Voir la correction
Réponses
a)In=nn−1In−2
b)4π, 32, 163π, 158, 325π
c)π pour n pair seulement
d)I3I2=6π
e)Γn=nΓn−1=n!
a) Posons u=sinn−1x et dv=sinxdx, donc du=(n−1)sinn−2xcosxdx et v=−cosx. Le terme tout intégré [−sinn−1xcosx]0π/2 est nul aux deux bornes. Il reste In=(n−1)∫0π/2sinn−2xcos2xdx. En remplaçant cos2x par 1−sin2x : In=(n−1)(In−2−In), soit nIn=(n−1)In−2 et In=nn−1In−2.
b) I0=∫0π/2dx=2π et I1=∫0π/2sinxdx=1. Puis I2=21I0=4π, I3=32I1=32, I4=43I2=163π, I5=54I3=158, I6=65I4=325π.
c) Pour n=2m pair : I2m=2m2m−1⋅2m−22m−3⋯21⋅2π. Pour n=2m+1 impair : I2m+1=2m+12m⋅2m−12m−2⋯32⋅1. La récurrence descend de deux en deux : elle aboutit à I0 si n est pair, à I1 s'il est impair. Comme I0=2π contient π et I1=1 n'en contient pas, seuls les indices pairs héritent de π. La parité de l'exposant décide donc de la nature du résultat, ce qui est une bonne façon de contrôler une réponse : ∫0π/2sin7xdx ne peut pas contenir π.
d) La suite Jn=nInIn−1 vérifie Jn+1=(n+1)In+1In=(n+1)⋅n+1nIn−1⋅In=nInIn−1=Jn : elle est CONSTANTE. Or J1=1⋅I1I0=2π. Donc nInIn−1=2π, c'est-à-dire InIn−1=2nπ. Vérification pour n=3 : I3I2=32⋅4π=6π, et 2⋅3π=6π. C'est cette identité, jointe à In−1In→1, qui donne le produit de Wallis 2π=∏m≥14m2−14m2 et l'équivalent In∼2nπ.
e) Notons Γn=∫0∞xne−xdx. Par parties avec u=xn et dv=e−xdx : Γn=[−xne−x]0∞+n∫0∞xn−1e−xdx=nΓn−1, le terme tout intégré étant nul par croissance comparée. Comme Γ0=∫0∞e−xdx=1, la récurrence donne Γn=n!. On vient de démontrer que la factorielle est une intégrale : c'est le point de départ de la fonction Gamma, qui prolonge n! à des arguments non entiers.
Partie B : Ruses de calcul, symétries du domaine et pièges (/50)
Exercice 6 : Le facteur 1 invisible : l'intégration par parties déguisée
Une fonction seule, sans produit apparent, se prête pourtant aux parties : il suffit de la voir comme le produit d'elle-même par 1, et de choisir dv=dx. Le réflexe vaut pour toutes les fonctions dont on connaît la dérivée mais pas la primitive : logarithmes et fonctions réciproques.
a) Énoncez le principe, et dites à quelle famille de fonctions il s'applique.
b) Calculez ∫arctanxdx et ∫arcsinxdx.
c) Calculez ∫ln(x2+1)dx, puis vérifiez par dérivation.
d) Établissez la formule de réduction de ∫(lnx)ndx et calculez ∫(lnx)2dx.
e) Calculez ∫ln(x+x2+1)dx.
Voir la correction
Réponses
a)∫f=xf−∫xf′ : logarithmes et réciproques
b)xarctanx−21ln(1+x2)+C ; xarcsinx+1−x2+C
c)xln(x2+1)−2x+2arctanx+C
d)x(lnx)2−2xlnx+2x+C
e)xargsinhx−x2+1+C
a) On écrit f(x)=f(x)⋅1 et on pose u=f(x), dv=dx, donc v=x : ∫f=xf(x)−∫xf′(x)dx. Le procédé est payant chaque fois que f′ est ALGÉBRIQUE alors que f ne l'est pas, ce qui est exactement le cas des logarithmes et des fonctions trigonométriques réciproques. Le cas ∫lnxdx=xlnx−x est traité dans la série sur les techniques d'intégration ; les suivants en sont les variantes.
b) Pour arctan : u=arctanx, du=1+x2dx, v=x. Alors ∫arctanxdx=xarctanx−∫1+x2xdx=xarctanx−21ln(1+x2)+C. Pour arcsin : du=1−x2dx, d'où ∫arcsinxdx=xarcsinx−∫1−x2xdx=xarcsinx+1−x2+C. Dans les deux cas, l'intégrale restante se fait par une substitution immédiate.
c) u=ln(x2+1), du=x2+12xdx, v=x : ∫ln(x2+1)dx=xln(x2+1)−∫x2+12x2dx. Or x2+12x2=2−x2+12, dont une primitive est 2x−2arctanx. Donc ∫ln(x2+1)dx=xln(x2+1)−2x+2arctanx+C. Vérification : en dérivant, ln(x2+1)+x2+12x2−2+x2+12=ln(x2+1)+x2+12x2+2−2=ln(x2+1).
d) Avec u=(lnx)n et dv=dx : du=n(lnx)n−1xdx et v=x, donc ∫(lnx)ndx=x(lnx)n−n∫(lnx)n−1dx. L'exposant baisse d'une unité à chaque tour, et la récurrence s'arrête sur ∫dx=x. Pour n=2 : ∫(lnx)2dx=x(lnx)2−2∫lnxdx=x(lnx)2−2(xlnx−x)=x(lnx)2−2xlnx+2x+C.
e) La fonction est argsinhx, dont la dérivée est x2+11. Avec dv=dx : ∫argsinhxdx=xargsinhx−∫x2+1xdx=xargsinhx−x2+1+C, la dernière intégrale se faisant par w=x2+1. Vérification : la dérivée vaut argsinhx+x2+1x−x2+1x=argsinhx. Le résultat a exactement la même forme que ∫arcsin, ce qui n'est pas un hasard : les deux fonctions sont réciproques de fonctions dont la dérivée est algébrique.
Exercice 7 : Le système de deux intégrales et l'équation où I apparaît des deux côtés
Certaines intégrales ne se calculent pas isolément, mais par paires : deux intégrations par parties produisent deux équations liant I et J, et il ne reste qu'un système linéaire. Dans d'autres cas, c'est I elle-même qui réapparaît, et l'équation se résout en une ligne.
a) Posons I=∫excos2xdx et J=∫exsin2xdx. En dérivant excos2x et exsin2x, écrivez deux relations entre I et J.
b) Résolvez le système et donnez I et J.
c) Retrouvez I en une ligne par ∫e(1+2i)xdx, en prenant la partie réelle.
d) Évaluez ∫0πexcos2xdx.
e) Calculez ∫0π/4ln(1+tanx)dx en utilisant tan(4π−x)=1+tanx1−tanx.
Voir la correction
Réponses
a)I−2J=excos2x et 2I+J=exsin2x
b)I=5ex(cos2x+2sin2x), J=5ex(sin2x−2cos2x)
c)Partie réelle de 1+2ie(1+2i)x
d)5eπ−1≈4,428
e)8πln2≈0,2722
a) dxd[excos2x]=excos2x−2exsin2x. En intégrant les deux membres : excos2x=I−2J. De même dxd[exsin2x]=exsin2x+2excos2x donne exsin2x=J+2I. On dispose donc du système I−2J=excos2x et 2I+J=exsin2x.
b) De la seconde équation, J=exsin2x−2I. En reportant dans la première : I−2exsin2x+4I=excos2x, donc 5I=ex(cos2x+2sin2x) et I=5ex(cos2x+2sin2x)+C. Puis J=exsin2x−52ex(cos2x+2sin2x)=5ex(sin2x−2cos2x)+C. Contrôle par dérivation de I : 5ex(cos2x+2sin2x)+ex(−2sin2x+4cos2x)=55excos2x=excos2x.
c) ∫e(1+2i)xdx=1+2ie(1+2i)x=5ex(cos2x+isin2x)(1−2i), après multiplication par le conjugué. La partie réelle du numérateur est ex(cos2x+2sin2x), donc I=5ex(cos2x+2sin2x), et la partie imaginaire donne J au passage. Une seule intégrale, faite comme une exponentielle ordinaire, remplace deux intégrations par parties : c'est l'argument le plus convaincant en faveur de la notation complexe, et il fonctionne pour tout ∫eaxcosbxdx.
d) ∫0πexcos2xdx=[5ex(cos2x+2sin2x)]0π. En x=π : cos2π=1 et sin2π=0, d'où 5eπ. En x=0 : 51. Le résultat est 5eπ−1≈4,428.
e) Notons I cette intégrale et appliquons l'astuce du roi avec x↦4π−x : I=∫0π/4ln(1+1+tanx1−tanx)dx=∫0π/4ln1+tanx2dx. En séparant le logarithme : I=∫0π/4ln2dx−∫0π/4ln(1+tanx)dx=4πln2−I. Donc 2I=4πln2 et I=8πln2≈0,2722. C'est l'exemple le plus frappant du chapitre : la primitive de ln(1+tanx) n'est pas élémentaire, et pourtant l'intégrale définie tombe en trois lignes, uniquement parce que I réapparaît de l'autre côté du signe égal.
Exercice 8 : La substitution qui échange x et son inverse
Le changement x↦x1 envoie ]0,∞[ sur lui-même et échange ]0,1[ avec ]1,∞[. Comme l'astuce du roi, il ne calcule rien seul : il fournit une seconde écriture de la même intégrale, et c'est l'addition qui conclut.
a) Montrez que ∫0∞f(x)dx=∫0∞x21f(x1)dx lorsque les deux intégrales convergent.
b) Déduisez-en que ∫0∞1+x2lnxdx=0.
c) Montrez que ∫0∞(1+x2)(1+xn)dx=4π pour tout n réel.
d) Calculez ∫1/22xarctanxdx.
e) Calculez ∫0π/2ln(sinx)dx par une symétrie du même esprit.
Voir la correction
Réponses
a)x=u1 : même domaine
b)I=−I, donc 0
c)4π pour tout n
d)2πln2≈1,089
e)−2πln2≈−1,089
a) Posons x=u1, donc dx=−u2du. Quand x→0+, u→+∞ ; quand x→+∞, u→0+. Alors ∫0∞f(x)dx=∫∞0f(u1)(−u2du)=∫0∞u21f(u1)du. Le domaine est GLOBALEMENT INVARIANT : c'est toute la force du procédé.
b) Avec f(x)=1+x2lnx : x21f(x1)=x21⋅1+x21−lnx=x2+1−lnx=−f(x). La formule de a donne donc I=−I, soit 2I=0 et I=0. Une intégrale qui n'a aucune primitive élémentaire est calculée sans qu'on ait rien intégré : la contribution de ]0,1[, où lnx<0, compense exactement celle de ]1,∞[.
c) Notons I l'intégrale. Avec f(x)=(1+x2)(1+xn)1, on a x21f(x1)=x21⋅1+x2x2⋅1+xnxn=(1+x2)(1+xn)xn. Donc I=∫0∞(1+x2)(1+xn)xndx. En additionnant les deux écritures, le facteur 1+xn se simplifie : 2I=∫0∞1+x2dx=[arctanx]0∞=2π, donc I=4π, indépendamment de n. C'est le pendant exact de la question c de l'exercice 1.
d) L'intervalle [21,2] est lui aussi invariant par x↦x1, et xdx se transforme en −udu, les bornes s'échangeant. Donc I=∫1/22xarctanx1dx. En additionnant, et puisque arctanx+arctanx1=2π pour x>0 : 2I=2π∫1/22xdx=2πln4=πln2. D'où I=2πln2≈1,089.
e) Notons I=∫0π/2ln(sinx)dx. L'astuce du roi donne I=∫0π/2ln(cosx)dx. En additionnant : 2I=∫0π/2ln(sinxcosx)dx=∫0π/2ln2sin2xdx=∫0π/2ln(sin2x)dx−2πln2. Dans l'intégrale restante, posons u=2x : elle vaut 21∫0πln(sinu)du, et par la symétrie de sin autour de 2π (exercice 3 d) cela fait 21⋅2I=I. On obtient donc 2I=I−2πln2, soit I=−2πln2≈−1,089. L'intégrale est impropre en 0, mais convergente, et le résultat est négatif comme il se doit puisque sinx≤1 sur l'intervalle.
Exercice 9 : Les cinq pièges qui coûtent le plus de points
Chacune des cinq situations suivantes produit un résultat parfaitement présentable et parfaitement faux. Les repérer vaut mieux que connaître une technique de plus : ce sont elles qui font la différence entre 80 et 95 à un examen final.
a) Un élève écrit ∫−11x2dx=[−x1]−11=−1−1=−2. Que vaut réellement cette intégrale ?
b) Il calcule ∫−11x2dx en posant u=x2. Pourquoi la substitution est-elle illégitime ?
c) Il affirme que ∫−22x2dx=[2x2]−22=0. Corrigez.
d) Il écrit ∫xdx=lnx+C et en déduit ∫−2−1xdx=ln(−1)−ln(−2). Corrigez et donnez la valeur.
e) Rédigez la liste des vérifications à faire AVANT d'écrire la moindre primitive, et dites laquelle aurait détecté chacune des quatre erreurs ci-dessus ainsi que celle de l'exercice 2 d.
Voir la correction
Réponses
a)Diverge : 0 est intérieur
b)u=x2 non monotone ; 32
c)x2=∣x∣ : 4
d)ln∣x∣ : −ln2≈−0,693
e)Continuité, monotonie, signe des racines, domaine, vraisemblance
a) La fonction x21 n'est pas définie en 0, qui est INTÉRIEUR à l'intervalle : le théorème fondamental ne s'applique pas, car il exige la continuité sur tout [−1,1]. Il faut couper : ∫01x2dx=ε→0+lim[−x1]ε1=lim(−1+ε1)=+∞. L'intégrale DIVERGE. Le signal d'alarme était immédiat : l'intégrande est strictement positif, une réponse négative est impossible.
b) La substitution u=x2 n'est pas MONOTONE sur [−1,1] : elle décroît puis croît, et n'est donc pas injective. Formellement, du=2xdx impose dx=2xdu=±2udu, avec un signe qui change en 0 : on ne peut pas écrire une seule intégrale en u. La sortie correcte est de couper en 0 et de traiter chaque moitié, ou plus simplement d'utiliser la parité : ∫−11x2dx=2∫01x2dx=32.
c) x2=∣x∣, et non x. La primitive 2x2 est celle de x, pas celle de ∣x∣. Correctement : ∫−22∣x∣dx=2∫02xdx=2⋅2=4. Là encore, une fonction positive ne peut pas avoir une intégrale nulle sur un intervalle non dégénéré. La règle A2=∣A∣ est aussi celle qui impose les valeurs absolues dans les longueurs d'arc.
d) La primitive de x1 est ln∣x∣, valable séparément sur ]−∞,0[ et sur ]0,∞[. Sur [−2,−1], où x<0 : ∫−2−1xdx=[ln∣x∣]−2−1=ln1−ln2=−ln2≈−0,693. Le résultat est négatif, ce qui est correct : l'intégrande est négatif sur tout l'intervalle. Écrire ln(−1) n'a aucun sens dans les réels.
e) Liste de contrôle. (1) L'intégrande est-il CONTINU sur tout l'intervalle fermé ? Sinon, l'intégrale est impropre et il faut passer par une limite ; cette question détecte l'erreur a. (2) Toute substitution envisagée est-elle MONOTONE sur l'intervalle ? Cette question détecte l'erreur b et, surtout, celle de l'exercice 2 d, où tan2x explose en x=π. (3) Ai-je une RACINE ou une valeur absolue dont j'ai supposé le signe ? Question qui détecte l'erreur c. (4) Ma primitive est-elle valable sur l'intervalle CONSIDÉRÉ, en particulier pour ln∣x∣ ? Question qui détecte l'erreur d. (5) Enfin, contrôle de vraisemblance : le SIGNE du résultat est-il compatible avec celui de l'intégrande, et l'ordre de grandeur avec la longueur de l'intervalle multipliée par une valeur typique ? Cette dernière question, qui prend cinq secondes, aurait attrapé les cinq erreurs.
Exercice 10 : Problème de synthèse : la formule qui élimine le facteur x
Toutes les astuces de la Partie A convergent vers une identité unique, valable pour toute fonction f continue : ∫0πxf(sinx)dx=2π∫0πf(sinx)dx. Elle supprime le facteur x, c'est-à-dire précisément ce qui rendait l'intégrale inabordable.
a) Démontrez cette identité.
b) Retrouvez en deux lignes la valeur de ∫0π1+cos2xxsinxdx, calculée à l'exercice 1 d.
c) Calculez ∫0πxsin3xdx.
d) Calculez ∫0π1+sinxxdx, en réutilisant la primitive de l'exercice 2 b.
e) Rédigez l'arbre de décision complet de la série : devant une intégrale définie qui résiste aux quatre techniques du cours, quelles questions poser, dans quel ordre, et quel exercice illustre chacune ?
Voir la correction
Réponses
a)Roi avec x↦π−x : 2I=π∫0πf(sinx)dx
b)4π2
c)32π≈2,094
d)π
e)Techniques du cours, puis symétries, réduction, systèmes, Bioche, hyperboliques, contrôles
a) Appliquons l'astuce du roi avec x↦π−x. Comme sin(π−x)=sinx, l'argument de f est inchangé : I=∫0π(π−x)f(sinx)dx=π∫0πf(sinx)dx−I. Donc 2I=π∫0πf(sinx)dx et I=2π∫0πf(sinx)dx. Tout repose sur le fait que sin est symétrique par rapport à x=2π : la formule serait FAUSSE avec cos à la place de sin.
b) Ici f(s)=1+(1−s2)s=2−s2s convient, car 1+cos2x=2−sin2x : l'intégrande est bien de la forme xf(sinx). Donc K=2π∫0π1+cos2xsinxdx=2π⋅2π=4π2, la valeur 2π ayant été obtenue par u=cosx à l'exercice 1. Deux lignes au lieu de cinq.
c) ∫0πxsin3xdx=2π∫0πsin3xdx. Par la symétrie de l'exercice 3 d, ∫0πsin3xdx=2∫0π/2sin3xdx=2I3=2⋅32=34, où I3 vient des intégrales de Wallis. Donc le résultat est 2π⋅34=32π≈2,094. Trois astuces de la série s'enchaînent en une seule ligne.
d) Avec f(s)=1+s1 : ∫0π1+sinxxdx=2π∫0π1+sinxdx. La primitive trouvée à l'exercice 2 b est −1+tan2x2, licite ici car tan2x reste continue sur [0,π[ et tend vers +∞ en π. En x→π− la primitive tend vers 0, et en x=0 elle vaut −2 : l'intégrale vaut 0−(−2)=2. Donc ∫0π1+sinxxdx=2π⋅2=π≈3,142. Noter que la borne π est ici une limite et non une valeur : c'est exactement la précaution qui manquait à l'exercice 2 d.
e) ARBRE DE DÉCISION. (0) D'abord les quatre techniques du cours : substitution, parties, fractions partielles, substitution trigonométrique. Si l'une aboutit, ne cherchez pas plus loin. (1) L'intervalle est-il SYMÉTRIQUE et l'intégrande pair ou impair ? Exercice 3. (2) L'intégrande est-il PÉRIODIQUE, l'intervalle contenant un nombre entier de périodes ? Exercice 3 e. (3) Le remplacement x↦a+b−x redonne-t-il une expression liée à l'intégrande, notamment par échange de sin et cos ou par la présence d'un facteur x isolé ? Exercices 1 et 10. (4) Le domaine est-il invariant par x↦x1, avec un facteur xdx ? Exercice 8. (5) L'intégrande contient-il un EXPOSANT ENTIER n ? Cherchez une formule de réduction. Exercice 5. (6) L'intégration par parties fait-elle réapparaître l'intégrale de départ, ou une seconde intégrale du même type ? Résolvez le système. Exercice 7. (7) L'intégrande est-il une fraction rationnelle en sin et cos ? Essayez d'abord les trois règles de Bioche, puis Weierstrass. Exercice 2. (8) Y a-t-il un x2±a2 ? Les hyperboliques sont plus courtes que le triangle. Exercice 4. (9) Enfin, à chaque étape : continuité, monotonie de la substitution, signe sous les racines. Exercice 9.
Partie C : les classiques (/50)
Exercice 11 : Les règles de Bioche : u = cos x, u = sin x ou u = tan x
Devant une fraction en sinx et cosx, on regarde ce que devient l'expression f(x)dx quand on remplace x par −x, par π−x ou par π+x. Si elle est inchangée, on pose respectivement u=cosx, u=sinx ou u=tanx. Weierstrass ne sert qu'en dernier recours.
a) Vérifiez que 2+cosxsin3xdx est invariante par x↦−x, puis calculez ∫2+cosxsin3xdx.
b) Calculez ∫0π/21+cos2xdx par u=tanx, en justifiant ce choix.
c) Calculez ∫sinx(1+sinx)cosxdx après avoir identifié l'invariance.
d) Un étudiant calcule ∫0π1+cos2xdx avec la primitive trouvée en b) et obtient 0. Où est l'erreur, et quelle est la vraie valeur ?
e) Montrez qu'aucune des trois règles ne s'applique à ∫sinx+cosxdx, puis calculez cette intégrale sans Weierstrass en écrivant sinx+cosx=2sin(x+4π).
Voir la correction
Réponses
a)u=cosx : 2cos2x−2cosx+3ln(2+cosx)+C
b)u=tanx : 22π≈1,111
c)u=sinx : ln1+sinxsinx+C
d)Faux 0 ; vraie valeur 2π≈2,221
e)21lntan(2x+8π)+C
a) Par x↦−x : 2+cos(−x)sin3(−x)d(−x)=2+cosx−sin3x(−dx)=2+cosxsin3xdx : invariante, donc u=cosx. On écrit sin3xdx=(1−u2)sinxdx=−(1−u2)du, et ∫u+2u2−1du. La division donne u+2u2−1=u−2+u+23, d'où 2u2−2u+3ln∣u+2∣, soit 2cos2x−2cosx+3ln(2+cosx)+C.
b) Par x↦π+x, cos2 est inchangé et dx aussi : on pose u=tanx. Alors cos2x=1+u21 et dx=1+u2du, donc 1+cos2xdx=(1+u2)+1du=u2+2du. Quand x va de 0 à 2π, u va de 0 à +∞ : [21arctan2u]0+∞=22π≈1,111.
c) Par x↦π−x : cos(π−x)=−cosx, sin(π−x)=sinx et d(π−x)=−dx, les deux signes moins se compensent : invariante, donc u=sinx, du=cosxdx. On obtient ∫u(1+u)du=∫(u1−1+u1)du=ln1+sinxsinx+C.
d) La primitive 21arctan2tanx n'est pas définie en x=2π, où tanx explose : elle vaut 0 en 0 et en π, d'où le faux 0. Or l'intégrande est partout supérieur à 21 : l'intégrale vaut au moins 2π. On coupe en 2π ; les deux moitiés sont égales (l'intégrande est symétrique par rapport à 2π), donc la vraie valeur est 2×22π=2π≈2,221.
e) Par x↦−x : cosx−sinx−dx, différent. Par x↦π−x : sinx−cosx−dx=cosx−sinxdx, différent. Par x↦π+x : −sinx−cosxdx, différent. Aucune règle. Mais sinx+cosx=2sin(x+4π), donc l'intégrale vaut 21∫csc(x+4π)dx=21lntan(2x+8π)+C, avec ∫csctdt=lntan2t. Le coefficient vaut 21≈0,707.
Exercice 12 : Intégrer une réciproque sans la connaître : le rectangle complémentaire
Soit f continue, strictement croissante et dérivable sur [0;a], avec f(0)=0. L'aire sous la courbe de f et l'aire « à gauche » de la courbe, entre la courbe et l'axe des ordonnées, remplissent exactement le rectangle [0;a]×[0;f(a)]. La figure du corrigé montre le cas g(x)=x3+x sur [0;1].
a) Démontrez que ∫0af(x)dx+∫0f(a)f−1(y)dy=af(a), par le changement de variable y=f(x) suivi d'une intégration par parties.
b) Appliquez la formule à f=sin sur [0;2π] pour calculer ∫01arcsinydy.
c) Calculez ∫0e−1ln(1+y)dy en choisissant la bonne fonction f.
d) La fonction g(x)=x3+x est strictement croissante, mais sa réciproque n'a pas de formule simple. Calculez pourtant ∫02g−1(y)dy.
e) Calculez g−1(10), puis ∫010g−1(y)dy.
Voir la correction
Réponses
a)∫0af+∫0f(a)f−1=af(a)
b)2π−1≈0,5708
c)1
d)45
e)g−1(10)=2 ; intégrale 14
a) Dans ∫0f(a)f−1(y)dy, posons y=f(x) : dy=f′(x)dx, f−1(y)=x, et y allant de 0 à f(a) correspond à x allant de 0 à a. L'intégrale devient ∫0axf′(x)dx=[xf(x)]0a−∫0af(x)dx=af(a)−∫0af(x)dx, ce qui donne la formule. La figure en donne la lecture : les deux aires se complètent dans le rectangle.
b) a=2π et f(a)=1 : ∫01arcsinydy=2π×1−∫0π/2sinxdx=2π−1≈0,5708. Aucune intégration par parties sur l'arc sinus n'a été nécessaire.
c) ln(1+y) est la réciproque de f(x)=ex−1, strictement croissante avec f(0)=0 et f(1)=e−1. Donc ∫0e−1ln(1+y)dy=1×(e−1)−∫01(ex−1)dx=(e−1)−(e−2)=1.
d) g(1)=2, donc a=1 : ∫02g−1(y)dy=1×2−∫01(x3+x)dx=2−(41+21)=45. On a intégré une fonction dont on ne connaît aucune expression : seules comptaient ses valeurs aux bornes.
e) g(2)=8+2=10, donc g−1(10)=2. Alors ∫010g−1(y)dy=2×10−∫02(x3+x)dx=20−(4+2)=14. Contrôle de vraisemblance : la valeur moyenne de g−1 sur [0;10] vaut 1,4, entre 0 et 2, et plus proche de 2 puisque g−1 monte vite au début puis s'aplatit.
Exercice 13 : Trois intégrales célèbres ramenées à celle de ln sin
L'exercice 8 a établi ∫0π/2ln(sinx)dx=−2πln2, et l'exercice 7 a établi ∫0π/4ln(1+tanx)dx=8πln2. Ces deux résultats en contiennent beaucoup d'autres, que l'on obtient sans chercher une seule primitive.
a) Calculez ∫0π/2ln(cosx)dx.
b) Calculez ∫0π/2ln(tanx)dx.
c) Par une intégration par parties, calculez ∫0π/2tanxxdx. Traitez soigneusement le terme de bord en 0.
d) Calculez ∫011+x2ln(1+x)dx par le changement de variable x=tanθ.
e) Calculez ∫0πxln(sinx)dx à l'aide de l'identité de l'exercice 10.
Voir la correction
Réponses
a)−2πln2≈−1,089
b)0
c)2πln2≈1,089
d)8πln2≈0,2722
e)−2π2ln2≈−3,421
a) L'astuce du roi, x↦2π−x, échange sin et cos : ∫0π/2ln(cosx)dx=∫0π/2ln(sinx)dx=−2πln2≈−1,089.
b) ln(tanx)=ln(sinx)−ln(cosx) : l'intégrale vaut −2πln2−(−2πln2)=0. Autre lecture : le roi change tanx en tanx1, donc ln(tanx) en son opposé, et l'intégrale est égale à son opposée.
c) u=x, dv=sinxcosxdx, v=ln(sinx) : ∫0π/2tanxxdx=[xln(sinx)]0π/2−∫0π/2ln(sinx)dx. En 2π, ln1=0. En 0, xln(sinx)≈xlnx→0 par croissance comparée. Le terme de bord est donc nul et l'intégrale vaut 2πln2≈1,089. L'intégrande lui-même ne pose pas de problème en 0 : tanxx→1.
d) x=tanθ, dx=(1+tan2θ)dθ, et θ va de 0 à 4π : 1+x2ln(1+x)dx=ln(1+tanθ)dθ. L'intégrale est exactement celle de l'exercice 7 : 8πln2≈0,2722. C'est l'intégrale de Serret, redoutable sous sa première forme, immédiate sous la seconde.
e) L'identité ∫0πxf(sinx)dx=2π∫0πf(sinx)dx s'applique avec f=ln ; les intégrales sont impropres en 0 et π mais convergentes, et la démonstration par l'astuce du roi reste valable. Par la symétrie de l'exercice 3 d), ∫0πln(sinx)dx=2×(−2πln2)=−πln2. Donc ∫0πxln(sinx)dx=2π×(−πln2)=−2π2ln2≈−3,421.
Exercice 14 : Problème : l'aiguille de Buffon et la mesure de π
Un parquet est fait de lames de largeur d. On y lance au hasard une aiguille de longueur L≤d. On note y la distance du milieu de l'aiguille à la ligne la plus proche, uniforme sur [0;2d], et θ l'angle de l'aiguille avec les lignes, uniforme sur [0;π]. L'aiguille coupe une ligne exactement quand y≤2Lsinθ.
a) Chaque lancer est un point du rectangle [0;π]×[0;2d]. Quelle région correspond au croisement ? Quelle est l'aire du rectangle ?
b) Calculez l'aire de cette région, en utilisant la symétrie du sinus par rapport à 2π.
c) Déduisez-en la probabilité de croisement, puis sa valeur pour L=d.
d) Avec L=4 cm et d=5 cm, on lance l'aiguille 1000 fois et on compte 509 croisements. Quelle est la probabilité théorique, et quelle valeur de π l'expérience fournit-elle ?
e) Un camarade mesure l'angle sur [0;2π] et écrit l'aire de la région comme ∫02π2Lsinθdθ. Qu'obtient-il, et comment corriger ? La probabilité change-t-elle ?
Voir la correction
Réponses
a)Sous la courbe y=2Lsinθ ; rectangle 2πd
b)Aire L
c)P=πd2L ; π2≈0,6366
d)P≈0,5093 ; π≈3,143
e)0 sans valeur absolue ; même probabilité avec
a) La région de croisement est l'ensemble des points situés SOUS la courbe y=2Lsinθ, la zone colorée de la figure du corrigé. Le rectangle a pour aire π×2d=2πd. Comme les deux variables sont uniformes et indépendantes, la probabilité est le rapport des aires.
b) ∫0π2Lsinθdθ=2∫0π/22Lsinθdθ=L[−cosθ]0π/2=L. La courbe ne sort jamais du rectangle, puisque 2L≤2d.
c) P=πd/2L=πd2L. Pour L=d : P=π2≈0,6366. Un nombre π sort d'une expérience où aucun cercle n'apparaît : c'est l'angle uniforme qui l'introduit.
d) P=5π2×4=5π8≈0,5093. L'expérience donne P≈1000509, d'où π≈5×5098×1000=25458000≈3,143. L'écart avec π est d'environ 0,05 pour cent ; avec 1000 lancers, l'incertitude typique est plutôt de 2 à 3 pour cent, et ce résultat est donc un peu chanceux.
e) Il obtient 0, puisque le sinus est négatif sur ]π;2π[. Mais la condition de croisement porte sur la DISTANCE 2L∣sinθ∣ : l'aire correcte est ∫02π2L∣sinθ∣dθ=2L, et le rectangle a une aire 2π×2d=πd. La probabilité vaut encore πd2L : elle ne change pas, et le 0 du camarade venait d'une valeur absolue oubliée, le piège de l'exercice 3 e).
Exercice 15 : Problème : la distance moyenne entre deux points d'un cercle
Un point A est fixé sur un cercle de rayon R, et un point M est choisi au hasard sur ce cercle : l'angle au centre θ=AOM est uniforme sur [0;2π]. On cherche la distance moyenne AM.
a) Montrez que AM2=2R2(1−cosθ), puis que AM=2Rsin2θ.
b) Calculez la distance moyenne 2π1∫02πAMdθ, en multiples de R.
c) Un étudiant prend θ uniforme sur [−π;π], écrit AM=2Rsin2θ et trouve une moyenne nulle. Expliquez et corrigez.
d) Calculez la moyenne de AM2, puis la moyenne quadratique AM2. Comparez à b).
e) Deux coureurs sont placés au hasard sur une piste circulaire de 400 m. Quelle est la distance moyenne qui les sépare à vol d'oiseau ? Et le long de la piste, par le plus court chemin ?
Voir la correction
Réponses
a)AM=2Rsin2θ
b)π4R≈1,273R
c)Valeur absolue oubliée : fonction paire, même π4R
d)AM2=2R2 ; R2≈1,414R
e)≈81,06 m à vol d'oiseau, 100 m sur la piste
a) Loi des cosinus dans le triangle AOM, isocèle de côtés R : AM2=R2+R2−2R2cosθ=2R2(1−cosθ). Avec 1−cosθ=2sin22θ : AM2=4R2sin22θ, et comme une distance est positive, AM=2Rsin2θ.
b) Sur [0;2π], 2θ∈[0;π] et le sinus est positif : la valeur absolue tombe. ∫02π2Rsin2θdθ=2R[−2cos2θ]02π=2R×4=8R. Moyenne : 2π8R=π4R≈1,273R.
c) Sur [−π;0[, sin2θ<0 : sans valeur absolue, la fonction est impaire et son intégrale sur l'intervalle symétrique est nulle. Avec la valeur absolue, 2Rsin2θ est PAIRE : 2π1×2∫0π2Rsin2θdθ=2π1×2×4R=π4R, la même valeur. Une moyenne nulle de distances positives est impossible : c'est le contrôle de signe qui l'aurait signalé.
d) 2π1∫02π2R2(1−cosθ)dθ=2π1×2R2×2π=2R2, l'intégrale du cosinus sur une période étant nulle. Moyenne quadratique : R2≈1,414R, plus grande que la moyenne 1,273R, comme toujours : les grandes distances pèsent plus lourd une fois élevées au carré.
e) 2πR=400 donne R=π200≈63,66 m. Distance moyenne à vol d'oiseau : π4R=π2800≈81,06 m. Le long de la piste, la distance par le plus court chemin est min(s;400−s) avec s uniforme sur [0;400], dont la moyenne vaut 100 m. La corde fait gagner en moyenne près d'un cinquième du trajet. La figure du corrigé trace RAM en fonction de θ avec sa moyenne.
Vous préparez un examen difficile de calcul intégral à Montréal ?
Contactez-moi pour une première séance. La dernière question d'un examen de 201-NYB porte presque toujours sur une intégrale qui résiste aux quatre techniques du cours : ce sont exactement celles travaillées ici.