Algèbre linéaire 201-NYC / Maths 105 • Sciences humaines et cégep à Montréal
Exercices corrigés : les modèles matriciels (201-NYC / 201-105)
Ces quinze exercices corrigés montrent à quoi servent les matrices une fois le calcul maîtrisé : les chaînes de Markov, le modèle entrées-sorties de Leontief et les matrices de population de Leslie, c'est-à-dire les trois modèles matriciels que rencontrent les sciences humaines.
Le fil de la série tient en une phrase : les trois modèles ont le même squelette, xn+1=Mxn, et tout leur comportement à long terme se lit dans les valeurs propres de M. Résoudre (P−I)x=0 pour trouver un état stationnaire, c'est chercher un vecteur propre sans le dire.
Trois pièges sont désignés nommément : la convention colonne confondue avec la convention ligne, la demande finale confondue avec la production totale, et la croissance des premières périodes prise pour le taux de croissance à long terme.
Série autocorrigéeTape tes réponses et vérifie-les question par question : la page te dit juste ou faux avant d'ouvrir la correction. Avec un compte, chaque bonne réponse du premier coup rapporte des points, et tes réponses justes restent remplies quand tu reviens.
•Convention COLONNE : pij se lit « de l'état j vers l'état i », et chaque COLONNE somme à 1. En convention ligne, tout est transposé; il faut déclarer la convention.
•Une étape : xn+1=Pxn. n étapes : xn=Pnx0. Les puissances d'une matrice stochastique restent stochastiques.
•L'entrée (i,j) de P2 additionne automatiquement tous les chemins de j à i en deux étapes.
•ÉTAT STATIONNAIRE : résoudre (P−I)x=0, puis normaliser par la somme voulue. Le système est de rang déficient, donc il a une infinité de solutions.
•Une chaîne RÉGULIÈRE converge vers un unique état stationnaire, quelle que soit la répartition de départ.
•LEONTIEF : x=Ax+d, donc (I−A)x=d et x=(I−A)−1d. La colonne j de A dit ce que consomme une unité du secteur j.
•Chaque entrée de (I−A)−1 est la production totale d'un secteur exigée par une unité de demande finale d'un autre. La somme d'une colonne est le MULTIPLICATEUR.
•(I−A)−1=I+A+A2+⋯ : effet direct plus effets indirects de tous les tours.
•Inverse d'une matrice 2 par 2 : échanger la diagonale, changer le signe des deux autres, diviser par le déterminant.
•LESLIE : première ligne de fécondités, sous-diagonale de survies, tout le reste nul. Les premières périodes oscillent, c'est l'onde démographique.
•La valeur propre DOMINANTE donne le taux de croissance à long terme, son vecteur propre la structure stable. Toute matrice stochastique admet 1 comme valeur propre.
•La SECONDE valeur propre gouverne la vitesse de convergence : l'écart à la limite est multiplié par ∣λ2∣ à chaque étape.
Partie A : les bases (/50)
Exercice 1 : La matrice de transition
Une chaîne de Markov décrit un système qui change d'état par étapes, avec des probabilités constantes. Toute l'information tient dans une matrice, et c'est le produit matriciel qui fait avancer le temps.
Deux états. Chaque année, 20 % de A passent en B et 30 % de B passent en A.
a) Écrivez la matrice de transition P en convention COLONNE et vérifiez la somme de chaque colonne.
b) Une population de départ vaut x0=(10). Calculez x1=Px0 et x2=Px1.
c) Que signifie l'entrée p12 de la matrice ?
d) Pourquoi les colonnes somment-elles à 1, et que se passerait-il si l'une sommait à 0,9 ?
e) Écrivez la matrice en convention LIGNE et dites ce qui change dans le produit.
Voir la correction
Réponses
a)P=(0,80,20,30,7)
b)x1=(0,8;0,2), x2=(0,70;0,30)
c)De B vers A : 0,3
d)Conservation ; sinon perte de 10 %
e)PT, vecteur ligne à gauche
a)
P=(0,80,20,30,7). Première colonne : 0,8+0,2=1; deuxième colonne : 0,3+0,7=1. La convention colonne place en colonne j la répartition de ce qui PART de l'état j.
b)
x1=Px0=(0,8×1+0,3×00,2×1+0,7×0)=(0,80,2). Puis x2=Px1=(0,8×0,8+0,3×0,20,2×0,8+0,7×0,2)=(0,64+0,060,16+0,14)=(0,700,30). Le total reste 1 à chaque étape, ce qui est le contrôle à faire.
c)
p12=0,3 est l'entrée de la ligne 1 et de la colonne 2 : c'est la probabilité de passer DE l'état 2 VERS l'état 1, autrement dit la part de B qui rejoint A. L'ordre des indices est la source d'erreur la plus fréquente du chapitre : en convention colonne, on lit pij comme « de j vers i ».
d)
Parce que tout ce qui part d'un état doit arriver quelque part : la population totale se conserve. Si une colonne sommait à 0,9, 10 % de cet état disparaîtrait à chaque étape, et le total décroîtrait géométriquement. Une telle matrice n'est plus stochastique et ne décrit plus une répartition, mais elle reste parfaitement utilisable pour modéliser une population qui perd des membres, par migration ou par mortalité.
e)
En convention LIGNE, on écrit la transposée, PT=(0,80,30,20,7), dont les LIGNES somment à 1. Le vecteur d'état devient alors un vecteur LIGNE et on multiplie à droite : x1=x0PT. Les deux conventions sont équivalentes, mais les mélanger produit des résultats faux et plausibles, ce qui est le pire des cas. Il faut choisir une convention en début de problème et l'écrire noir sur blanc.
Coche ici les exercices faits ou à revoir : un compte gratuit, sans mot de passe, retient tes coches et tes réponses justes d'une visite à l'autre, te dit quel chapitre attaquer ensuite et te permet de demander l'exercice qui te manque. Crée ton espace, un courriel suffit.
Exercice 2 : L'évolution sur plusieurs étapes
Avancer de n étapes revient à multiplier n fois par P, donc à calculer Pn. C'est là que la puissance de matrice cesse d'être un exercice abstrait.
a) Calculez P2 pour P=(0,80,20,30,7).
b) Vérifiez que P2x0 redonne le x2 de l'exercice précédent.
c) Que représente l'entrée de la ligne 1 et de la colonne 2 de P2 ?
d) Calculez x3 et x4 à partir de x2=(0,700,30).
e) Sur le graphique, deux départs opposés convergent vers la même limite. Que peut-on en conclure ?
Voir la correction
Réponses
a)P2=(0,700,300,450,55)
b)P2x0=x2
c)0,45=0,21+0,24
d)x3=(0,65;0,35), x4=(0,625;0,375)
e)Limite indépendante du départ
a)
P2=(0,80,20,30,7)(0,80,20,30,7)=(0,64+0,060,16+0,140,24+0,210,06+0,49)=(0,700,300,450,55). Les colonnes somment encore à 1, ce qui est vrai de toute puissance d'une matrice stochastique.
b)
P2x0=(0,700,300,450,55)(10)=(0,700,30), ce qui redonne bien x2. L'associativité du produit matriciel garantit que P(Px0)=(PP)x0 : on peut avancer étape par étape ou d'un coup.
c)
L'entrée de la ligne 1 et de la colonne 2 de P2, ici 0,45, est la probabilité d'être en A DEUX étapes après être parti de B. Elle se décompose en deux chemins : partir de B, rester en B, passer en A, soit 0,7×0,3=0,21; ou partir de B, passer en A, rester en A, soit 0,3×0,8=0,24. Total : 0,45. Le produit matriciel additionne donc automatiquement tous les chemins possibles, ce qui est exactement son intérêt.
d)
x3=(0,8×0,70+0,3×0,300,2×0,70+0,7×0,30)=(0,56+0,090,14+0,21)=(0,650,35). Puis x4=(0,52+0,1050,13+0,245)=(0,6250,375). Les valeurs se rapprochent de 0,60 et 0,40, et l'écart à la limite est divisé par deux à chaque étape : 0,20 puis 0,10 puis 0,05 puis 0,025.
e)
Que la limite ne dépend PAS de l'état de départ. Une chaîne dont toutes les entrées sont strictement positives est dite régulière, et une chaîne régulière possède un unique vecteur d'état stationnaire vers lequel toute répartition initiale converge. C'est un résultat majeur : il signifie que la structure des transitions, et elle seule, détermine la répartition à long terme. La composition de départ n'influence que la vitesse d'approche, pas la destination.
Exercice 3 : L'état stationnaire
Plutôt que d'itérer indéfiniment, on cherche directement le vecteur qui ne bouge plus : celui qui vérifie Px=x. C'est un système homogène, et c'est exactement le genre de système que le cours d'algèbre linéaire apprend à résoudre.
a) Écrivez la condition Px=x sous la forme (P−I)x=0 et donnez la matrice P−I.
b) Résolvez le système, avec la contrainte a+b=1.
c) Vérifiez que le vecteur trouvé est bien stationnaire.
d) Pourquoi le système (P−I)x=0 a-t-il toujours une infinité de solutions, et pourquoi faut-il la contrainte de somme ?
e) Une population de 5 000 personnes est répartie 4 000 en A et 1 000 en B. Vers quelle répartition tend-elle ?
Voir la correction
Réponses
a)P−I=(−0,20,20,3−0,3)
b)(0,6;0,4)
c)Px=x
d)Lignes dépendantes ; somme 1 pour choisir
e)3 000 en A, 2 000 en B
a)
P−I=(0,8−10,20,30,7−1)=(−0,20,20,3−0,3). La condition devient (P−I)x=0, c'est-à-dire un système homogène de deux équations à deux inconnues.
b)
Les deux équations sont −0,2a+0,3b=0 et 0,2a−0,3b=0 : elles sont proportionnelles, donc il n'en reste qu'une. De 0,2a=0,3b on tire b=32a. Avec a+b=1 : a+32a=1, donc 35a=1 et a=0,6, puis b=0,4. Le vecteur stationnaire est (0,60,4).
c)
P(0,60,4)=(0,8×0,6+0,3×0,40,2×0,6+0,7×0,4)=(0,48+0,120,12+0,28)=(0,600,40). Le vecteur est bien inchangé.
d)
Parce que les colonnes de P somment à 1, la somme des lignes de P−I est nulle : les lignes sont linéairement DÉPENDANTES, donc le déterminant est nul et le système homogène admet une infinité de solutions, toutes proportionnelles entre elles. C'est exactement la situation d'un système homogène de rang déficient. La contrainte a+b=1 sert à choisir, parmi cette droite de solutions, celle qui représente une répartition; sans elle, le vecteur (64) ou (600400) conviendrait tout autant.
e)
La répartition initiale est (0,80,2), mais elle n'a aucune importance : la chaîne étant régulière, la population tend vers la répartition stationnaire (0,60,4), soit 3 000 personnes en A et 2 000 en B. Il faut préciser « tend vers » : l'égalité n'est jamais atteinte exactement, l'écart étant divisé par deux à chaque étape. Après six étapes, il ne reste que 0,2×0,56≈0,003 d'écart, soit une quinzaine de personnes.
Exercice 4 : Le modèle de Leontief
Second grand modèle matriciel des sciences humaines : une économie où chaque secteur consomme la production des autres. Combien faut-il produire pour satisfaire une demande donnée, sachant que produire consomme ?
Deux secteurs. Produire une unité du secteur 1 consomme 0,2 unité du secteur 1 et 0,4 du secteur 2. Produire une unité du secteur 2 consomme 0,3 du secteur 1 et 0,1 du secteur 2. Demande finale : 100 et 60.
Sur la figure, chaque flèche va du secteur qui fournit vers celui qui consomme, pour une unité produite par ce dernier.
a) Écrivez la matrice technologique A et l'équation x=Ax+d.
b) Transformez-la en (I−A)x=d et donnez la matrice I−A.
c) Calculez (I−A)−1.
d) Calculez la production totale x nécessaire.
e) Vérifiez le résultat en recomposant les consommations internes.
Voir la correction
Réponses
a)A=(0,20,40,30,1)
b)I−A=(0,8−0,4−0,30,9)
c)det=0,6 ; inverse (1,50,60,51,3)
d)x=(180;146,67)
e)180−80=100, 146,67−86,67=60
a)
A=(0,20,40,30,1), où la colonne j donne ce que consomme une unité du secteur j. L'équation de bouclage s'écrit x=Ax+d : la production totale sert d'une part aux échanges internes, Ax, d'autre part à la demande finale, d.
b)
x−Ax=d, donc (I−A)x=d avec I−A=(1−0,2−0,4−0,31−0,1)=(0,8−0,4−0,30,9).
c)
Déterminant : 0,8×0,9−(−0,3)(−0,4)=0,72−0,12=0,60. Inverse d'une matrice 2 par 2 : on échange les termes de la diagonale, on change le signe des deux autres, et l'on divise par le déterminant. Donc (I−A)−1=0,601(0,90,40,30,8)=(1,50,60,51,3).
d)
x=(I−A)−1d=(1,50,60,51,3)(10060)=(150+3066,6+80)=(180146,6). Il faut donc produire 180 unités dans le secteur 1 et environ 146,67 dans le secteur 2 pour livrer 100 et 60.
e)
Consommations internes : secteur 1 en consomme 0,2×180+0,3×146,67=36+44=80 unités; il en reste 180−80=100, la demande finale. Secteur 2 : 0,4×180+0,1×146,67=72+14,67=86,67; il en reste 146,67−86,67=60, la demande finale. Le bouclage est exact. Cette vérification est indispensable : elle attrape à la fois les erreurs d'inversion et les confusions entre lignes et colonnes de A.
Exercice 5 : Lire la matrice inverse de Leontief
La matrice (I−A)−1 n'est pas un intermédiaire de calcul : chacune de ses entrées a une interprétation économique directe, et c'est elle que publient les instituts statistiques.
a) Que représente l'entrée de la ligne 1 et de la colonne 1 de (I−A)−1, ici 1,5 ?
b) Que représente l'entrée de la ligne 2 et de la colonne 1, ici 0,6 ?
c) Pourquoi toutes les entrées sont-elles supérieures ou égales à celles de I ?
d) La demande du secteur 1 passe de 100 à 120. Calculez la nouvelle production sans tout recalculer.
e) On appelle MULTIPLICATEUR la somme d'une colonne de (I−A)−1. Calculez celui du secteur 1 et interprétez-le.
Voir la correction
Réponses
a)Production totale pour une unité livrée
b)0,6 dont 0,267 indirect
c)I+A+A2+⋯
d)(210;160)
e)Multiplicateur 2,16
a)
C'est la production TOTALE du secteur 1 nécessaire pour livrer une unité de demande finale du secteur 1. Elle vaut 1,5 et non 1 : il faut produire une unité et demie pour en livrer une, parce qu'une partie de la production est consommée en cours de route, par le secteur 1 lui-même et indirectement par le secteur 2 qui l'alimente.
b)
C'est la production du secteur 2 nécessaire pour livrer une unité de demande finale du SECTEUR 1. Elle vaut 0,6 : chaque unité livrée par le secteur 1 mobilise deux tiers d'unité de production du secteur 2, alors que le tableau technologique n'en annonçait directement que 0,4. La différence, 0,267, est l'effet INDIRECT : le secteur 2 doit aussi alimenter le supplément de production du secteur 1 qu'il a lui-même déclenché.
c)
Parce que la production est toujours au moins égale à ce qu'on livre : une unité livrée coûte une unité produite, plus tout ce qui a été consommé pour la produire. Formellement, (I−A)−1=I+A+A2+A3+⋯ quand la série converge, ce qui est le cas dès que l'économie est productive. Le terme I est la livraison directe, A la consommation de premier tour, A2 celle du deuxième, et ainsi de suite : toutes les entrées ajoutées sont positives.
d)
La solution étant linéaire, il suffit de multiplier l'inverse par le nouveau vecteur de demande : x=(1,50,60,51,3)(12060)=(180+3080+80)=(210160). C'est tout l'intérêt de calculer l'inverse une fois : n'importe quel scénario de demande se traite ensuite par un simple produit. Le supplément de 20 unités de demande a exigé 30 unités de production dans le secteur 1 et 13,33 dans le secteur 2.
e)
Multiplicateur du secteur 1 : 1,5+0,6=2,16. Il signifie qu'une unité de demande finale adressée au secteur 1 déclenche au total 2,17 unités de production dans l'économie. C'est exactement le raisonnement que tiennent les études d'impact économique : un projet qui commande pour un million de dollars dans un secteur à multiplicateur 2,17 génère 2,17 millions de production. Il faut savoir que ces études surestiment souvent l'effet, parce qu'elles supposent des capacités inemployées et des coefficients technologiques constants.
Partie B : problèmes et raisonnement (/50)
Exercice 6 : La matrice de population par classes d'âge
Troisième modèle matriciel : la démographie. On découpe la population en classes d'âge, on écrit les taux de survie et de fécondité, et la matrice fait vieillir la population d'une période.
Trois classes. Fécondités : 0 pour les jeunes, 1,5 pour les adultes, 1,2 pour les aînés. Survie : 0,6 des jeunes deviennent adultes, 0,4 des adultes deviennent aînés. Population initiale : 100, 80 et 50.
Sur la figure, les flèches orange portent les fécondités, les bleues les survies, et chaque cercle l'effectif initial de sa classe.
a) Écrivez la matrice de Leslie L.
b) Calculez la population après une période, puis après deux.
c) La population totale croît-elle régulièrement ? Commentez.
d) Le taux de croissance à long terme est la plus grande valeur propre de L, qui vérifie λ3=0,9λ+0,288. Vérifiez que λ≈1,080.
e) Que se passerait-il si la fécondité des adultes tombait à 1,0 ?
Voir la correction
Réponses
a)L=00,601,500,41,200
b)(180;60;32) puis (128,4;108;24)
c)Non : 230, 272, 260,4
d)λ≈1,080
e)λ≈0,95 ; seuil f≈1,19
a)
L=00,601,500,41,200. La première LIGNE porte les fécondités, la SOUS-DIAGONALE porte les survies. Toute autre entrée est nulle : on ne rajeunit pas et on ne saute pas de classe.
b)
x1=Lx0=1,5×80+1,2×500,6×1000,4×80=120+606032=1806032, total 272. Puis x2=1,5×60+1,2×320,6×1800,4×60=90+38,410824=128,410824, total 260,4.
c)
Non, pas régulièrement : la population totale passe de 230 à 272, puis redescend à 260,4. Ces oscillations sont TRANSITOIRES et proviennent de la structure d'âge initiale, déséquilibrée : la première période produit une vague de jeunes qui met deux périodes à se propager. Après plusieurs périodes, la structure se stabilise et la croissance devient géométrique, au taux donné par la valeur propre dominante. C'est un phénomène bien connu des démographes sous le nom d'ONDE DÉMOGRAPHIQUE, et il explique par exemple les échos du baby-boom.
d)
On teste λ=1,08 : 1,083=1,259712 et 0,9×1,08+0,288=0,972+0,288=1,260. L'écart vaut −0,000288, donc λ est très légèrement supérieur à 1,08. En testant λ=1,081 : 1,263214 contre 1,2609, l'écart change de signe. La valeur propre dominante vaut donc environ 1,0801 : à long terme, la population croît d'environ 8,0 % par période, quelle que soit sa structure de départ.
e)
L'équation devient λ3=0,6λ+0,288. En testant λ=1 : 1 contre 0,888, donc le membre de gauche l'emporte déjà et la racine est INFÉRIEURE à 1. En testant λ=0,95 : 0,857 contre 0,858, presque l'égalité. La valeur propre vaut donc environ 0,95 : la population DÉCLINERAIT d'environ 5 % par période. Le seuil de remplacement s'obtient en posant λ=1, soit 1=0,6f+0,288 pour une fécondité adulte f, donc f=0,60,712≈1,19 : en dessous de 1,19 enfant par adulte et par période, la population décroît.
Exercice 7 : Valeurs propres et comportement à long terme
Les trois modèles précédents ont le même squelette : xn+1=Mxn. Le comportement à long terme se lit entièrement dans les valeurs propres de M, et c'est là que le cours d'algèbre linéaire boucle sur lui-même.
a) Calculez le polynôme caractéristique de P=(0,80,20,30,7) et ses valeurs propres.
b) Montrez que le vecteur stationnaire est un vecteur propre, et pour quelle valeur propre.
c) Que gouverne la seconde valeur propre ?
d) Pourquoi toute matrice stochastique admet-elle 1 comme valeur propre ?
e) Que dit la valeur propre dominante dans le cas de la matrice de Leslie ?
Voir la correction
Réponses
a)λ=1 et λ=0,5
b)Valeur propre 1
c)Vitesse de convergence
d)Lignes de P−I de somme nulle
e)Taux de croissance et structure stable
a)
det(P−λI)=(0,8−λ)(0,7−λ)−0,3×0,2=λ2−1,5λ+0,56−0,06=λ2−1,5λ+0,5. Racines : λ=21,5±2,25−2=21,5±0,5, soit λ1=1 et λ2=0,5. On vérifie que la trace, 1,5, est la somme des valeurs propres, et le déterminant, 0,5, leur produit.
b)
Le vecteur stationnaire vérifie Px=x=1×x : c'est exactement la définition d'un vecteur propre associé à la valeur propre 1. Le calcul de l'état stationnaire par (P−I)x=0 était donc, sans le dire, une recherche de sous-espace propre.
c)
La seconde valeur propre gouverne la VITESSE de convergence. Toute condition initiale se décompose sur les deux vecteurs propres; la composante associée à λ1=1 reste constante, celle associée à λ2=0,5 est multipliée par 0,5 à chaque étape et s'évanouit. C'est exactement ce qu'on observait : l'écart à la limite était divisé par deux à chaque étape, de 0,20 à 0,10 puis 0,05. Plus ∣λ2∣ est petit, plus la chaîne se stabilise vite.
d)
Parce que les colonnes de P somment à 1, donc les colonnes de P−I somment à 0, donc la somme des LIGNES de P−I est le vecteur nul : les lignes sont linéairement dépendantes et det(P−I)=0. Or det(P−λI)=0 en λ=1 signifie précisément que 1 est valeur propre. Le raisonnement vaut pour toute matrice stochastique, de n'importe quelle taille.
e)
Pour une matrice de Leslie, la valeur propre dominante λ est le TAUX DE CROISSANCE asymptotique de la population : λ>1 pour une population croissante, λ=1 au seuil de remplacement, λ<1 pour une population déclinante. Son vecteur propre donne la STRUCTURE D'ÂGE stable vers laquelle la population converge, quelle que soit sa composition initiale. Ces deux résultats, taux et structure, sont le coeur de la démographie mathématique, et ils s'obtiennent exactement comme dans le chapitre sur la diagonalisation.
Exercice 8 : Cinq affirmations à corriger
Chacune des cinq affirmations suivantes est FAUSSE. Dites pourquoi et donnez l'énoncé correct.
1) « L'entrée p12=0,3 signifie que 30 % de l'état 1 passe vers l'état 2. »
2) « La répartition à long terme dépend de la répartition de départ. »
3) « Pour satisfaire une demande finale de 100 unités, il suffit d'en produire 100. »
4) « Le système (P−I)x=0 n'a que la solution nulle, puisqu'il est homogène. »
5) « La population totale croît de 18 % la première période, elle croîtra donc de 18 % à chaque période. »
Voir la correction
Réponses
1)De l'état 2 vers l'état 1
2)La matrice seule décide
3)Produire 180 et 146,67
4)Infinité de solutions
5)Croissance stable de 8 %
1)
FAUX en convention COLONNE, qui est celle du chapitre. L'indice de gauche est la ligne, donc l'ARRIVÉE, et celui de droite la colonne, donc le DÉPART : p12 se lit « de l'état 2 vers l'état 1 ». Énoncé correct : 30 % de l'état 2 passe vers l'état 1. En convention ligne, la lecture serait inversée, ce qui rend indispensable de déclarer la convention en tête de problème.
2)
FAUX pour une chaîne RÉGULIÈRE, c'est-à-dire dont une puissance a toutes ses entrées strictement positives. Une telle chaîne possède un unique état stationnaire, atteint quelle que soit la répartition initiale, laquelle n'influence que la vitesse de convergence. Énoncé correct : la répartition à long terme ne dépend que de la matrice de transition. Elle peut dépendre du départ si la chaîne comporte plusieurs classes fermées, cas exclu ici.
3)
FAUX. Produire consomme : il faut produire de quoi livrer ET de quoi alimenter la production elle-même. La matrice (I−A)−1 chiffre exactement ce supplément, et son entrée diagonale valait ici 1,5. Énoncé correct : pour livrer 100 unités du secteur 1 et 60 du secteur 2, il faut produire 180 et 146,67 unités.
4)
FAUX. Un système homogène a TOUJOURS la solution nulle, mais il en a d'autres dès que le déterminant est nul. Ici les colonnes de P somment à 1, donc les lignes de P−I somment à zéro et le déterminant est nul : il existe une infinité de solutions, toutes proportionnelles. Énoncé correct : le système admet une droite de solutions, et la contrainte de somme égale à 1 en sélectionne une seule.
5)
FAUX. La croissance des premières périodes est TRANSITOIRE : elle dépend de la structure d'âge initiale, et elle oscille, ici +18,3% puis −4,3%. Le taux de croissance stable est donné par la valeur propre dominante, environ 1,080, soit 8,0 % par période. Énoncé correct : la population converge vers une croissance géométrique de 8 % par période, après une phase d'oscillations liée à sa structure d'âge de départ.
Exercice 9 : Problème : la mobilité entre trois programmes
Un cégep suit chaque année le passage de ses étudiants entre trois programmes. Sur ceux qui sont en 1, 70 % restent, 20 % vont en 2 et 10 % en 3. Sur ceux qui sont en 2, 80 % restent, 10 % vont en 1 et 10 % en 3. Sur ceux qui sont en 3, 80 % restent, 10 % vont en 1 et 10 % en 2. Répartition actuelle : 400, 350 et 250.
La figure porte les passages annuels entre programmes et les effectifs actuels.
a) Écrivez la matrice de transition en convention colonne et vérifiez les colonnes.
b) Calculez la répartition après une année.
c) Écrivez le système (P−I)x=0 et résolvez-le avec a+b+c=1000.
d) Vérifiez que la solution est bien stationnaire.
e) Le cégep veut savoir combien de places prévoir à long terme dans chaque programme. Que répondre, et avec quelles réserves ?
Voir la correction
Réponses
a)P=0,70,20,10,10,80,10,10,10,8
b)(340;385;275)
c)(250;416,7;333,3)
d)Vecteur inchangé
e)Tendance, pas un plan
a)
P=0,70,20,10,10,80,10,10,10,8. Colonnes : 0,7+0,2+0,1=1; 0,1+0,8+0,1=1; 0,1+0,1+0,8=1. Les trois somment bien à 1.
b)
x1=Px0 avec x0=400350250. Première composante : 0,7×400+0,1×350+0,1×250=280+35+25=340. Deuxième : 0,2×400+0,8×350+0,1×250=80+280+25=385. Troisième : 0,1×400+0,1×350+0,8×250=40+35+200=275. Total : 340+385+275=1000, la population se conserve.
c)
Le système (P−I)x=0 s'écrit −0,3a+0,1b+0,1c=0, 0,2a−0,2b+0,1c=0 et 0,1a+0,1b−0,2c=0. De la troisième : c=2a+b. En reportant dans la première : −0,3a+0,1b+0,05(a+b)=0, soit −0,25a+0,15b=0 et b=35a. Alors c=2a+35a=34a. La contrainte donne a+35a+34a=4a=1000, donc a=250, b≈416,7 et c≈333,3.
d)
Première composante : 0,7×250+0,1×416,6+0,1×333,3=175+41,6+33,3=250. Deuxième : 0,2×250+0,8×416,6+0,1×333,3=50+333,3+33,3=416,6. Troisième : 0,1×250+0,1×416,6+0,8×333,3=25+41,6+266,6=333,3. Le vecteur est inchangé, et la troisième équation du système sert de contrôle indépendant.
e)
À long terme, il faudrait prévoir environ 250 places en 1, 417 en 2 et 333 en 3, soit une redistribution sensible par rapport aux 400, 350 et 250 actuels : le programme 1 perdrait 150 étudiants et le programme 3 en gagnerait 83. Trois réserves s'imposent. La matrice suppose des taux de transition CONSTANTS, ce qu'aucune décennie ne garantit. Le modèle ignore les entrées et les sorties du cégep : il redistribue une population fermée de 1 000 étudiants, alors que le recrutement et la diplomation changent tout. Enfin la convergence est lente : après trois ou quatre ans, l'écart à la limite reste appréciable, et le cégep aurait le temps d'observer et de corriger. Le calcul indique donc une TENDANCE, pas un plan d'aménagement.
Exercice 10 : Problème : lire un tableau entrées-sorties
Un institut publie, pour une région, le tableau des coefficients techniques A=(0,250,300,200,15) pour deux secteurs, agriculture et transformation, et annonce : « une commande de 200 unités à l'agriculture créera 200 unités de production ».
a) Calculez I−A, son déterminant et son inverse.
b) Calculez la production nécessaire pour une demande finale de 200 et 0.
c) Que reprocher à l'annonce de l'institut ?
d) Calculez les deux multiplicateurs et dites lequel des deux secteurs est le plus entraînant.
x=(I−A)−1(2000)=(1,4719×2000,5195×200)≈(294,4103,9). Il faut donc produire environ 294,4 unités d'agriculture et 103,9 de transformation, soit 398,3 unités au total.
c)
L'institut confond la DEMANDE FINALE avec la PRODUCTION. Une commande de 200 unités livrées exige 294,4 unités produites dans le secteur commandé, parce qu'une partie de la production est consommée par le processus lui-même, et elle entraîne en outre 103,9 unités dans l'autre secteur. Annoncer 200 unités de production sous-estime l'effet total d'un facteur 2 environ, et l'erreur va cette fois dans le sens d'une sous-estimation, ce qui est plus rare que l'inverse dans les études d'impact.
d)
Multiplicateur de l'agriculture : 1,4719+0,5195≈1,9913. Multiplicateur de la transformation : 0,3463+1,2987≈1,6450. L'AGRICULTURE est donc le secteur le plus entraînant : chaque unité de demande finale qui lui est adressée déclenche près de deux unités de production dans la région, contre 1,64 pour la transformation. La raison se lit dans la matrice : l'agriculture consomme davantage, 0,25 et 0,30 contre 0,20 et 0,15, donc elle mobilise plus fortement l'appareil productif.
e)
« Une commande de 200 unités de demande finale adressée à l'agriculture entraînerait environ 294 unités de production agricole et 104 unités de production de transformation, soit près de 398 unités au total. Le multiplicateur de l'agriculture est estimé à 1,99, contre 1,64 pour la transformation. Ces estimations supposent des coefficients techniques constants et des capacités de production disponibles; elles ne valent donc que pour des variations modérées de la demande et à structure de production inchangée. » Trois corrections : la production est distinguée de la demande finale, l'effet sur l'autre secteur est chiffré, et les hypothèses du modèle sont déclarées.
Partie C : les classiques (/50)
Exercice 11 : Remonter le temps dans une chaîne de Markov
On reprend la matrice de transition P=(0,80,20,30,7) en convention colonne. Connaissant la répartition d'aujourd'hui, peut-on retrouver celle de l'an dernier ?
a) Calculez detP et P−1.
b) Les colonnes de P−1 somment-elles à 1 ? P−1 est-elle une matrice de transition ?
c) La répartition d'aujourd'hui est (0,700,30). Calculez celle de l'an dernier et comparez à l'exercice 1.
d) La répartition d'aujourd'hui est (0,90,1). Calculez P−1 appliquée à ce vecteur. Qu'en concluez-vous ?
e) Après une étape de cette chaîne, entre quelles valeurs peut se trouver la part de l'état A ?
Voir la correction
Réponses
a)detP=0,5 ; P−1=(1,4−0,4−0,61,6)
b)Coefficients négatifs : non
c)(0,8;0,2)
d)(1,2;−0,2) : pas d'antécédent
e)Entre 0,3 et 0,8
a)
detP=0,56−0,06=0,5, et P−1=0,51(0,7−0,2−0,30,8)=(1,4−0,4−0,61,6).
b)
Les colonnes somment bien à 1 : 1,4−0,4=1 et −0,6+1,6=1. Mais P−1 a des coefficients NÉGATIFS : ce ne sont pas des probabilités, et P−1 n'est pas une matrice de transition.
c)
P−1(0,700,30)=(0,98−0,18−0,28+0,48)=(0,80,2) : c'est exactement x1 de l'exercice 1, dont x2 était l'image.
d)
P−1(0,90,1)=(1,26−0,06−0,36+0,16)=(1,2−0,2) : une part négative et une part supérieure à 1. Le calcul matriciel fonctionne, mais aucune répartition réelle ne donne (0,90,1) en un an : cet état ne peut pas être le résultat d'une étape de la chaîne.
e)
Si la répartition de départ est (a;1−a) avec 0≤a≤1, la part de A après une étape vaut 0,8a+0,3(1−a)=0,3+0,5a, comprise entre 0,3 et 0,8. Toute répartition hors de cet intervalle n'a pas d'antécédent, d'où le résultat de d). Une chaîne de Markov « oublie » : elle rapproche les répartitions, et l'on ne peut pas toujours remonter.
Le fil : une matrice de transition inversible permet le calcul à rebours, mais seules les répartitions atteignables ont un passé cohérent.
Exercice 12 : Leslie à deux classes : taux de croissance et structure stable
Une population d'insectes est divisée en jeunes et adultes. À chaque période, chaque jeune produit en moyenne 1 descendant et chaque adulte 1,5 ; la moitié des jeunes survit et devient adulte ; les adultes meurent ensuite. La matrice de Leslie est L=(10,51,50), et l'on part de x0=(1000).
a) Justifiez chaque coefficient de L.
b) Calculez x1, x2 et x3.
c) Calculez les valeurs propres de L.
d) Déterminez un vecteur propre associé à la plus grande valeur propre et la part des jeunes dans la structure stable.
e) Calculez la part des jeunes à chaque période de b), au millième. Comment évolue-t-elle ?
Voir la correction
Réponses
a)Fécondités en ligne 1, survie sous la diagonale
b)(100;50), (175;50), (250;87,5)
c)1,5 et −0,5
d)(3;1) : 75 % de jeunes
e)0,667 ; 0,778 ; 0,741 : oscille vers 0,75
a)
La première ligne donne les naissances : 1 par jeune, 1,5 par adulte. Le 0,5 en bas à gauche est la survie des jeunes qui deviennent adultes, et le 0 en bas à droite traduit la mort des adultes après la période.
det(L−λI)=λ2−λ−0,75=(λ−1,5)(λ+0,5) : valeurs propres 1,5 et −0,5.
d)
Pour 1,5 : la deuxième ligne donne 0,5x1=1,5x2, donc x1=3x2, vecteur propre (3;1). Dans la structure stable, les jeunes représentent 43=75% de la population, qui est multipliée par 1,5 à chaque période.
e)
150100≈0,667, 225175≈0,778, 337,5250≈0,741 : la part oscille autour de 0,75 en s'en rapprochant, parce que la valeur propre négative −0,5 change de signe à chaque période et divise l'écart par deux. Ici le total, lui, est multiplié par 1,5 dès la première période : x0=25(3;1)+25(1;−1), et le second vecteur propre a une somme de composantes nulle.
Le fil : la valeur propre dominante donne le taux de croissance, son vecteur propre la structure d'âge ; la seconde valeur propre règle les oscillations.
Exercice 13 : Le modèle des prix de Leontief
On reprend l'économie à deux secteurs de l'exercice 4, de matrice technologique A=(0,20,40,30,1), où la colonne j donne les consommations d'une unité du secteur j.
Le prix pj d'une unité du secteur j couvre ses consommations, a1jp1+a2jp2, et une valeur ajoutée vj par unité, salaires et profits. D'où l'équation des prix p=ATp+v.
a) Écrivez AT et la matrice I−AT, et calculez son déterminant.
b) Pour v=(0,40,6), calculez les prix p.
c) Expliquez pourquoi on obtient ces prix, en comparant v aux sommes des colonnes de A.
d) Les salaires augmentent dans le secteur 1 seulement : v=(0,50,6). Calculez les nouveaux prix.
e) De combien de pour cent le prix du secteur 2 augmente-t-il, alors que sa valeur ajoutée n'a pas changé ? Expliquez.
Voir la correction
Réponses
a)I−AT=(0,8−0,3−0,40,9), det=0,6
b)p=(1;1)
c)v complète chaque colonne à 1
d)p=(1,15;1,05)
e)+5 % par les intrants
a)
AT=(0,20,30,40,1) et I−AT=(0,8−0,3−0,40,9), de déterminant 0,72−0,12=0,6, le même que celui de I−A : une matrice et sa transposée ont le même déterminant.
b)
(I−AT)−1=0,61(0,90,30,40,8), donc p=0,61(0,36+0,240,12+0,48)=(11).
c)
Les colonnes de A somment à 0,6 et 0,4 : une unité du secteur 1 consomme 0,6 unité d'intrants, une unité du secteur 2 en consomme 0,4. Avec v=(0,4;0,6), chaque valeur ajoutée complète exactement sa colonne à 1 : si tous les prix valent 1, chaque unité coûte 1. C'est la normalisation des tableaux entrées-sorties exprimés en valeur.
d)
p=0,61(0,45+0,240,15+0,48)=(1,151,05).
e)
Le prix du secteur 2 passe de 1 à 1,05 : +5%. Le secteur 2 achète 0,3 unité du secteur 1 par unité produite, et ce secteur est devenu plus cher : la hausse se TRANSMET par les consommations intermédiaires. Le secteur 1 lui-même augmente de 15%, plus que sa seule valeur ajoutée, parce qu'il consomme aussi ses propres produits et ceux du secteur 2.
Le fil : les quantités se propagent par A, les prix par sa transposée ; une hausse locale de coût se diffuse à toute l'économie.
Exercice 14 : Problème : le parcours des étudiants, une chaîne absorbante
Un programme de deux ans suit ses étudiants. Chaque année, en première année : 60% passent en deuxième année, 25% redoublent et 15% abandonnent. En deuxième année : 70% obtiennent leur diplôme, 20% redoublent et 10% abandonnent. Diplôme et abandon sont des états ABSORBANTS : on n'en sort plus.
On note Q la matrice des passages entre les deux années, R celle des passages des années vers le diplôme et l'abandon, en convention colonne, et N=(I−Q)−1.
a) Écrivez Q et R, et vérifiez que chaque colonne de la matrice complète somme à 1.
b) Quelle est la probabilité qu'un étudiant de première année obtienne son diplôme en exactement deux ans ?
c) Calculez N=(I−Q)−1.
d) Le coefficient Nij est le nombre moyen d'années passées dans l'année i par un étudiant qui commence en année j. Combien d'années un étudiant de première année passe-t-il en moyenne dans le programme ?
e) La matrice RN donne les probabilités d'absorption. Calculez-la. Sur 1000 étudiants qui entrent en première année, combien obtiennent leur diplôme ?
Voir la correction
Réponses
a)Q=(0,250,600,2), R=(00,150,70,1)
b)0,42
c)N=(1,3101,25)
d)2,3 ans
e)0,7 et 0,875 ; 700 diplômés
a)
Q=(0,250,600,2) et R=(00,150,70,1), lignes diplôme puis abandon. Colonne de la première année : 0,25+0,6+0+0,15=1. Colonne de la deuxième : 0+0,2+0,7+0,1=1.
b)
Il faut passer en deuxième année puis être diplômé : 0,6×0,7=0,42.
c)
I−Q=(0,75−0,600,8), de déterminant 0,6, donc N=0,61(0,80,600,75)=(1,3101,25).
d)
Première colonne de N : 1,3 année en première année et 1 année en deuxième, soit 2,3 années en moyenne, redoublements compris, avant le diplôme ou l'abandon.
e)
RN=(0×1,3+0,7×10,15×1,3+0,1×10,7×1,250,1×1,25)=(0,70,30,8750,125). Un étudiant de première année est diplômé avec probabilité 0,7 : 700 diplômés sur 1000. Contrôle direct : 0,750,6×0,80,7=0,8×0,875=0,7.
Le fil : dans une chaîne absorbante, la matrice fondamentale (I−Q)−1 compte les passages, et RN donne où l'on finit.
Exercice 15 : Problème : une population qui migre et qui croît
Une région compte une ville et sa banlieue. Chaque année, 10% des habitants de la ville partent en banlieue et 5% des habitants de la banlieue s'installent en ville ; puis la population de chaque zone croît de 2%. On note P=(0,90,10,050,95) et M=1,02P. Au départ, la ville compte 600 milliers d'habitants et la banlieue 400 milliers.
Sur la figure, les effectifs sont en milliers d'habitants.
a) Écrivez la matrice M.
b) Calculez la répartition après un an et vérifiez le total.
c) Calculez les valeurs propres de P, puis celles de M.
d) Déterminez la répartition stationnaire de P. Quelle part de la population vivra en ville à long terme ?
e) La part de la ville vérifie sn=31+(0,6−31)0,85n. Calculez la population totale et celle de la ville après 20 ans, au millier près.
Voir la correction
Réponses
a)M=(0,9180,1020,0510,969)
b)(571,2;448,8), total 1 020
c)P : 1 et 0,85 ; M : 1,02 et 0,867
d)Un tiers en ville
e)1 486 milliers, dont 511 en ville
a)
M=(0,9180,1020,0510,969) : les colonnes somment à 1,02 et non plus à 1, la matrice n'est plus stochastique.
b)
Mx0=(0,918×600+0,051×4000,102×600+0,969×400)=(571,2448,8). Total 1020 milliers : 2% de plus.
c)
P : trace 1,85, déterminant 0,855−0,005=0,85, donc valeurs propres 1 et 0,85. M=1,02P multiplie chaque valeur propre par 1,02 : 1,02 et 0,867, avec les mêmes vecteurs propres.
d)
0,1a=0,05b donne b=2a, et a+b=1 donne a=31. À long terme, un tiers de la population vit en ville, deux tiers en banlieue, quelle que soit la croissance.
e)
Total : 1000×1,0220≈1486 milliers. Part de la ville : 0,8520≈0,0388, donc s20≈31+0,2667×0,0388≈0,3437, et la ville compte environ 0,3437×1486≈511 milliers d'habitants. La valeur propre 1,02 fixe la croissance, son vecteur propre la répartition, et 0,85 la vitesse à laquelle la ville perd son excédent initial.
Le fil : multiplier une matrice de transition par un facteur de croissance multiplie ses valeurs propres sans changer ses vecteurs propres.
Il manque quelque chose dans cette série ?Un type d'exercice que ton prof donne, un énoncé qui te bloque, une erreur repérée : dis-le-moi, je lis chaque demande.
L'envoi passe par ton espace gratuit : c'est ce qui me permet de te répondre et de te prévenir quand l'exercice est ajouté. Un courriel suffit, pas de mot de passe. Crée ton espace.
Pas envie de créer un compte ? Écris-moi directement.
Vous cherchez un tuteur en algèbre linéaire à Montréal ?
Contactez-moi pour une première séance. Les modèles matriciels sont la partie du cours où l'algèbre linéaire cesse d'être abstraite, et c'est souvent là que le déclic se produit.