Algèbre linéaire 201-NYC / Maths 105 • Complément québécois de Première et cégep
Exercices corrigés : diagonalisation et valeurs propres (201-NYC)
Voici la série d'exercices corrigés d'algèbre linéaire sur la diagonalisation, les valeurs propres et les vecteurs propres. La partie A installe la mécanique : la définition Av=λv et ce qu'elle signifie géométriquement, le polynôme caractéristique det(A−λI)=0, la détermination des sous-espaces propres par résolution d'un système homogène, et la construction de P et D vérifiant A=PDP−1. La partie B monte au niveau examen : le critère exact de diagonalisabilité avec une matrice qui échoue au test, le calcul de An pour de grandes puissances, les matrices symétriques et leurs vecteurs propres orthogonaux, et un problème complet où deux populations couplées se découplent dans la base propre.
Cette série s'adresse aux étudiants de cégep et aux élèves du complément québécois de mathématiques au Lycée Marie de France et au Collège Stanislas. Selon le cégep, la diagonalisation figure en fin du cours 201-NYC, dans un cours d'algèbre linéaire ultérieur (souvent numéroté 201-105) ou en première année universitaire : vérifiez le plan de cours de votre enseignant avant de travailler cette série.
L'idée directrice mérite d'être énoncée d'emblée, car elle donne son sens à tous les calculs : une matrice quelconque mélange les coordonnées, mais dans la BONNE base, la même transformation se réduit à des dilatations le long d'axes indépendants. Diagonaliser, c'est trouver cette base. Tout le reste, polynôme caractéristique compris, n'est que la procédure pour y parvenir.
Rappel de cours
•Définition : λ est une VALEUR PROPRE de A s'il existe un vecteur NON NUL v tel que Av=λv. Ce v est un VECTEUR PROPRE associé à λ. Géométriquement, A ne fait qu'ÉTIRER v sans changer sa direction.
•POLYNÔME CARACTÉRISTIQUE : les valeurs propres sont les racines de det(A−λI)=0. Pour une matrice 2×2, il s'écrit λ2−tr(A)λ+det(A)=0, ce qui donne un contrôle immédiat.
•SOUS-ESPACE PROPRE associé à λ : Eλ=ker(A−λI), obtenu en résolvant le système homogène (A−λI)v=0. C'est toujours un sous-espace, de dimension au moins 1.
•Multiplicité ALGÉBRIQUE de λ : son ordre comme racine du polynôme caractéristique. Multiplicité GÉOMÉTRIQUE : dimEλ. On a toujours géométrique ≤ algébrique.
•CRITÈRE DE DIAGONALISABILITÉ : A (de taille n) est diagonalisable si et seulement si la somme des dimensions des sous-espaces propres vaut n, c'est-à-dire si pour CHAQUE valeur propre, multiplicité géométrique = multiplicité algébrique.
•Cas favorable : si A possède n valeurs propres DISTINCTES, elle est automatiquement diagonalisable. Toute matrice SYMÉTRIQUE réelle est diagonalisable, avec des vecteurs propres orthogonaux.
•Diagonalisation : A=PDP−1, où les COLONNES de P sont les vecteurs propres et où D est diagonale avec les valeurs propres dans le MÊME ORDRE. Conséquence : An=PDnP−1, et Dn s'obtient en élevant chaque terme diagonal à la puissance n.
Partie A : Les bases (/28)
Exercice 1 : Valeurs propres et vecteurs propres : la définition
Un vecteur propre est un vecteur que la matrice ne fait qu'étirer, sans le faire tourner. Tout part de cette image géométrique.
a) Vérifiez que v=(11) est un vecteur propre de A=(3113) et donnez la valeur propre associée.
b) Vérifiez de même pour w=(1−1). Que remarquez-vous sur les directions de v et w ?
c) Le vecteur (10) est-il un vecteur propre de A ? Justifiez par le calcul.
d) Pourquoi exige-t-on v=0 dans la définition ? Que se passerait-il sans cette condition ?
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a) On calcule Av=(3113)(11)=(3+11+3)=(44)=4(11)=4v. La relation Av=λv est vérifiée avec λ=4 : v est bien un vecteur propre, de valeur propre 4. Géométriquement, la matrice multiplie par 4 tout vecteur dirigé selon la diagonale y=x, sans le faire dévier.
b) Aw=(3113)(1−1)=(3−11−3)=(2−2)=2w. Donc w est un vecteur propre de valeur propre 2. Remarque sur les directions : v⋅w=(1)(1)+(1)(−1)=0, les deux vecteurs propres sont ORTHOGONAUX. Ce n'est pas un hasard : A est symétrique (a12=a21=1), et les vecteurs propres d'une matrice symétrique associés à des valeurs propres distinctes sont toujours orthogonaux. L'exercice 6 y revient.
c) A(10)=(31). Pour que ce soit un vecteur propre, il faudrait (31)=λ(10)=(λ0), ce qui exige simultanément λ=3 et 1=0 : impossible. Donc (10) n'est PAS un vecteur propre. Géométriquement, A fait tourner ce vecteur en plus de l'allonger, puisque l'image (31) n'est pas colinéaire au vecteur de départ. Le test pratique est donc simple : calculer Au et vérifier si le résultat est PROPORTIONNEL à u.
d) Sans la condition v=0, la définition perdrait tout contenu : A0=0=λ0 est vraie pour TOUT scalaire λ, si bien que n'importe quel nombre serait valeur propre de n'importe quelle matrice. La notion ne distinguerait plus rien. C'est aussi pourquoi les sous-espaces propres se définissent comme des NOYAUX : Eλ=ker(A−λI) contient nécessairement 0 (tout sous-espace le contient), et la condition « λ est valeur propre » se traduit exactement par « ce noyau contient AUTRE CHOSE que 0 », c'est-à-dire dimEλ≥1, ou encore det(A−λI)=0. On voit ici pourquoi le déterminant apparaît : il s'annule précisément quand le système homogène admet des solutions non triviales.
Exercice 2 : Le polynôme caractéristique
Chercher les valeurs propres revient à chercher pour quels λ le système (A−λI)v=0 admet une solution non triviale. Le déterminant tranche.
a) Expliquez pourquoi la condition « λ est valeur propre de A » équivaut à det(A−λI)=0.
b) Déterminez les valeurs propres de A=(4123).
c) Vérifiez vos résultats avec les deux relations λ1+λ2=tr(A) et λ1λ2=det(A).
d) Déterminez les valeurs propres de B=21403500−1. Quelle particularité rend le calcul immédiat ?
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a) Par définition, λ est valeur propre s'il existe v=0 avec Av=λv, ce qui s'écrit Av−λv=0, soit (A−λI)v=0 (l'insertion de I est nécessaire pour que la soustraction ait un sens matriciel). La question devient donc : le système homogène (A−λI)v=0 admet-il une solution NON TRIVIALE ? Or un système homogène carré admet des solutions non triviales si et seulement si sa matrice n'est pas inversible, c'est-à-dire si et seulement si son déterminant est nul. D'où l'équivalence λ valeur propre ⟺det(A−λI)=0 ✓. Tout le chapitre repose sur cette traduction, et elle réutilise directement le critère d'inversibilité vu au chapitre des déterminants.
b) A−λI=(4−λ123−λ), de déterminant (4−λ)(3−λ)−2=12−4λ−3λ+λ2−2=λ2−7λ+10. En annulant : λ2−7λ+10=0, soit (λ−2)(λ−5)=0. Les valeurs propres sont donc λ1=2 et λ2=5.
c) Trace : tr(A)=4+3=7, et λ1+λ2=2+5=7 ✓. Déterminant : det(A)=4×3−2×1=10, et λ1λ2=2×5=10 ✓. Ces deux relations sont la lecture des coefficients du polynôme caractéristique, qui s'écrit toujours λ2−tr(A)λ+det(A) pour une matrice 2×2. Elles fournissent une vérification en cinq secondes, et permettent même de deviner les valeurs propres quand elles sont entières : ici, chercher deux nombres de somme 7 et de produit 10 donne immédiatement 2 et 5. C'est le contrôle à faire systématiquement à l'examen.
d) La matrice B est TRIANGULAIRE INFÉRIEURE (tous les termes au-dessus de la diagonale sont nuls). Or le déterminant d'une matrice triangulaire est le produit de ses termes diagonaux, donc det(B−λI)=(2−λ)(3−λ)(−1−λ), qui s'annule pour λ=2, λ=3 et λ=−1. Les valeurs propres d'une matrice triangulaire sont donc exactement ses termes DIAGONAUX, sans aucun calcul. La particularité vaut aussi pour les matrices triangulaires supérieures et, cas limite, pour les matrices diagonales. C'est cohérent avec l'objectif du chapitre : diagonaliser une matrice, c'est la ramener à une forme où ses valeurs propres se lisent directement sur la diagonale.
Exercice 3 : Les sous-espaces propres
Une fois les valeurs propres connues, chaque λ donne un système homogène à résoudre. Le sous-espace obtenu est le sous-espace propre, et c'est sa DIMENSION qui décidera de tout au prochain exercice.
a) Pour A=(4123) (valeurs propres 2 et 5), déterminez E2=ker(A−2I) et donnez-en une base.
b) Déterminez de même E5 et donnez-en une base.
c) Vérifiez directement que vos deux vecteurs propres satisfont Av=λv. Forment-ils une base de R2 ?
d) Pourquoi un vecteur propre n'est-il jamais unique ? Que peut-on dire de tous les vecteurs propres associés à une même valeur propre ?
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a) A−2I=(2121). Le système (A−2I)v=0 s'écrit 2x+2y=0 et x+y=0 : les deux équations sont proportionnelles et se réduisent à x=−y. En posant y=t : v=(−t,t)=t(−1,1). Donc E2=vect{(−11)}, une droite, et dimE2=1. Contrôle de cohérence utile : le système DOIT être dégénéré (deux équations proportionnelles), sinon la seule solution serait 0 et λ=2 ne serait pas valeur propre. Si l'échelonnement ne dégénère pas, c'est qu'il y a une erreur dans le polynôme caractéristique.
b) A−5I=(−112−2). Le système donne −x+2y=0, soit x=2y. En posant y=t : v=(2t,t)=t(2,1). Donc E5=vect{(21)} et dimE5=1. Là encore les deux lignes sont proportionnelles ✓.
c) Vérification pour λ=2 : A(−11)=(−4+2−1+3)=(−22)=2(−11) ✓. Pour λ=5 : A(21)=(8+22+3)=(105)=5(21) ✓. Forment-ils une base de R2 ? Ils sont deux dans un espace de dimension 2, il suffit donc de vérifier l'indépendance : le déterminant −1121=−1−2=−3=0, ils sont indépendants et forment bien une BASE. C'est ce fait qui rendra A diagonalisable : il existe une base de R2 entièrement composée de vecteurs propres.
d) Un vecteur propre n'est jamais unique parce que tout multiple non nul d'un vecteur propre est encore un vecteur propre pour la même valeur propre : si Av=λv, alors A(cv)=cAv=cλv=λ(cv) pour tout c=0 ✓. Géométriquement, c'est la DIRECTION qui est propre, pas un vecteur particulier de cette direction. Plus généralement, l'ensemble des vecteurs propres associés à λ, auquel on adjoint 0, forme exactement le sous-espace Eλ=ker(A−λI) : il est donc fermé pour l'addition et la multiplication scalaire. Conséquence pratique pour l'examen : deux étudiants peuvent donner (−11) et (3−3) comme vecteur propre et avoir tous deux raison. Seule la direction compte, et c'est pourquoi la réponse attendue est une BASE du sous-espace propre plutôt qu'un vecteur imposé.
Exercice 4 : Diagonaliser : construire P et D
Diagonaliser, c'est réécrire la matrice dans la base de ses vecteurs propres. La seule difficulté technique est de respecter l'ORDRE des colonnes.
a) Pour A=(4123), écrivez P et D telles que A=PDP−1.
b) Calculez P−1 et vérifiez explicitement que PDP−1=A.
c) Que se passe-t-il si l'on échange les deux colonnes de P sans toucher à D ? Illustrez le problème.
d) Interprétez géométriquement l'égalité A=PDP−1 : que fait chacune des trois matrices, lues de droite à gauche ?
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a) On place les vecteurs propres en COLONNES de P et les valeurs propres correspondantes sur la diagonale de D, dans le même ordre. Avec v2=(−11) pour λ=2 et v5=(21) pour λ=5 : P=(−1121) et D=(2005).
b) detP=(−1)(1)−(2)(1)=−3, donc P−1=−31(1−1−2−1)=(−31313231). Vérification : PD=(−1121)(2005)=(−22105). Puis PDP−1=(−22105)(−31313231)=(32+310−32+35−34+31034+35)=(4123)=A ✓.
c) Si l'on échange les colonnes de P pour obtenir P′=(21−11) tout en gardant D=(2005), l'égalité tombe : on affirmerait alors que (21) est associé à la valeur propre 2, alors qu'il l'est à 5. Le calcul le confirme, P′DP′−1=(3−1−24)=A. La règle est donc stricte : la i-ème colonne de P doit être un vecteur propre associé au i-ème terme diagonal de D. En revanche, échanger simultanément les colonnes de P ET les termes de D est parfaitement licite et donne une autre diagonalisation, tout aussi valable : la diagonalisation n'est donc pas unique, seul l'APPARIEMENT compte.
d) Lue de droite à gauche sur un vecteur x, l'égalité Ax=PDP−1x se décompose en trois étapes. D'abord P−1 CHANGE DE BASE : il exprime x dans la base des vecteurs propres, c'est-à-dire qu'il donne les coordonnées de x le long des deux directions privilégiées. Ensuite D agit dans cette base, et son action est la plus simple possible : elle multiplie la première coordonnée par 2 et la seconde par 5, sans aucun mélange, puisque D est diagonale. Enfin P REVIENT à la base canonique. La transformation compliquée A est donc une simple double dilatation, à condition de la regarder dans le bon repère. C'est tout le sens du chapitre : A ne mélange les coordonnées que parce qu'on l'observe dans une base mal choisie, et diagonaliser revient à choisir le repère où la transformation devient transparente.
Partie B : Niveau examen (/22)
Exercice 5 : Le critère de diagonalisabilité et la matrice qui échoue
Toutes les matrices ne sont pas diagonalisables, et l'examen teste presque toujours ce point. Le critère se ramène à une comparaison de deux multiplicités.
a) Énoncez le critère exact de diagonalisabilité, en distinguant multiplicité algébrique et multiplicité géométrique.
b) Montrez que A=(3013) n'est PAS diagonalisable, en calculant les deux multiplicités.
c) Montrez au contraire que B=(3003) est diagonalisable, bien qu'elle ait aussi une valeur propre double. Que change la différence entre A et B ?
d) Démontrez que si une matrice n×n possède n valeurs propres DISTINCTES, alors elle est diagonalisable. Utilisez ce résultat pour conclure sans calcul sur (507−2).
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a) Multiplicité ALGÉBRIQUE de λ : son ordre de multiplicité comme racine du polynôme caractéristique. Multiplicité GÉOMÉTRIQUE de λ : la dimension du sous-espace propre Eλ=ker(A−λI), autrement dit le nombre de vecteurs propres indépendants associés à λ. On a toujours 1≤ géométrique ≤ algébrique. CRITÈRE : A de taille n est diagonalisable si et seulement si, pour CHAQUE valeur propre, la multiplicité géométrique égale la multiplicité algébrique; de façon équivalente, si et seulement si la somme des dimensions des sous-espaces propres vaut n, c'est-à-dire s'il existe une base de l'espace formée de vecteurs propres.
b) A est triangulaire, donc ses valeurs propres sont ses termes diagonaux : λ=3, avec multiplicité ALGÉBRIQUE 2 (le polynôme caractéristique est (3−λ)2). Multiplicité géométrique : A−3I=(0010), et le système (A−3I)v=0 donne la seule équation y=0, avec x libre. Donc E3=vect{(10)} et dimE3=1. Comparaison : géométrique =1<2= algébrique. Le critère échoue, A n'est PAS diagonalisable ✓. Concrètement, il n'existe qu'UNE direction propre dans un espace de dimension 2 : impossible de construire une base de vecteurs propres, et donc impossible de former une matrice P inversible.
c) B=3I est également triangulaire de valeur propre 3 avec multiplicité algébrique 2. Mais ici B−3I=(0000), la matrice NULLE : le système (B−3I)v=0 n'impose AUCUNE condition, toute solution convient, donc E3=R2 et dimE3=2. Géométrique =2= algébrique : le critère est satisfait et B est diagonalisable. Elle l'est même déjà, puisqu'elle est diagonale, avec P=I. Ce qui change entre A et B est le terme hors diagonale : B=3I dilate uniformément toutes les directions, si bien que TOUT vecteur non nul est propre; A, elle, ajoute un CISAILLEMENT qui ne laisse invariante qu'une seule direction. Deux matrices avec le même polynôme caractéristique peuvent donc avoir des comportements opposés : le polynôme caractéristique seul ne décide jamais de la diagonalisabilité, et c'est la raison d'être de la multiplicité géométrique.
d) Démonstration. Soient λ1,…,λn les n valeurs propres distinctes, et v1,…,vn des vecteurs propres associés. Le point clef est que des vecteurs propres associés à des valeurs propres DISTINCTES sont linéairement indépendants. Voyons-le pour deux : supposons c1v1+c2v2=0. En appliquant A : c1λ1v1+c2λ2v2=0. En multipliant la première relation par λ1 et en soustrayant : c2(λ2−λ1)v2=0. Comme λ2=λ1 et v2=0, il vient c2=0, puis c1=0 ✓ (le cas général se traite de même par récurrence). On dispose donc de n vecteurs indépendants dans un espace de dimension n : ils en forment une base, entièrement composée de vecteurs propres, et A est diagonalisable ✓. Application : (507−2) est triangulaire, ses valeurs propres sont 5 et −2, qui sont DISTINCTES et au nombre de 2 dans un espace de dimension 2. Elle est donc diagonalisable, sans avoir eu à calculer le moindre vecteur propre. Attention à ne pas retourner l'implication : la condition est SUFFISANTE, pas nécessaire, comme le montre B=3I du point c), diagonalisable avec une valeur propre double.
Exercice 6 : Problème : puissances d'une matrice et deux populations couplées
La diagonalisation n'est pas un exercice formel : elle permet de calculer An pour n grand, et donc de prédire l'évolution à long terme d'un système couplé. C'est l'application qui justifie tout le chapitre.
a) Pour A=(4123) diagonalisée en P=(−1121) et D=(2005), démontrez la formule An=PDnP−1.
b) Calculez A3 par cette formule, puis vérifiez par multiplication directe.
c) Deux populations évoluent chaque année selon {xk+1=4xk+2ykyk+1=xk+3yk, avec x0=3 et y0=1. Exprimez (xkyk) en fonction de k.
d) Vers quelle proportion ykxk tend le système quand k→∞ ? Interprétez ce résultat en termes de valeurs propres.
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a) Démonstration par récurrence, ou plus directement par télescopage. Pour n=2 : A2=(PDP−1)(PDP−1)=PD(P−1P)DP−1=PDIDP−1=PD2P−1 ✓, où l'on a utilisé P−1P=I. Le même mécanisme se répète : dans An=(PDP−1)n, tous les facteurs intérieurs P−1P se simplifient deux à deux, et il ne reste que PDnP−1. L'intérêt est décisif : Dn se calcule sans effort, puisqu'une matrice diagonale élevée à la puissance n se réduit à (λ1n00λ2n). On remplace donc n multiplications matricielles par deux multiplications et deux exponentiations de nombres.
b) D3=(800125). Puis PD3=(−1121)(800125)=(−88250125), et A3=PD3P−1=(−88250125)(−31313231)=(38+3250−38+3125−316+3250316+3125)=(86397847). Vérification directe : A2=(4123)2=(1871411), puis A3=A2A=(1871411)(4123)=(72+1428+1136+4214+33)=(86397847) ✓.
c) Le système s'écrit uk+1=Auk avec uk=(xkyk), donc uk=Aku0. La méthode efficace consiste à décomposer u0 dans la base propre : cherchons a et b tels que (31)=a(−11)+b(21). Cela donne −a+2b=3 et a+b=1; en additionnant, 3b=4, donc b=34 et a=1−34=−31. Comme Ak agit sur chaque vecteur propre en le multipliant par λk : uk=−31⋅2k(−11)+34⋅5k(21), soit xk=32k+38⋅5k et yk=−32k+34⋅5k. Contrôle en k=0 : x0=31+38=3 ✓ et y0=−31+34=1 ✓. Contrôle en k=1 : x1=32+340=14 et directement 4(3)+2(1)=14 ✓.
d) On calcule ykxk=−32k+34⋅5k32k+38⋅5k=−2k+4⋅5k2k+8⋅5k. En divisant haut et bas par 5k : −(52)k+4(52)k+8. Comme 52<1, le terme (52)k tend vers 0, et la limite vaut 48=2. La proportion tend donc vers 2, c'est-à-dire exactement le rapport des composantes du vecteur propre (21). Interprétation : la valeur propre DOMINANTE est celle de plus grand module, ici λ=5, et à long terme sa contribution écrase celle de λ=2 puisque 5k croît infiniment plus vite que 2k. Le système s'aligne donc sur la direction propre dominante, quelle que soit la condition initiale (pourvu que sa composante b sur cette direction soit non nulle). C'est le principe qui gouverne les chaînes de Markov, les modèles de populations structurées et l'algorithme PageRank de Google : la valeur propre dominante fixe le TAUX de croissance (ici, la population est multipliée par 5 à chaque période à long terme) et son vecteur propre fixe la RÉPARTITION d'équilibre.
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