Algèbre linéaire 201-NYC / Maths 105 • Complément québécois de Première et cégep à Montréal
Exercices corrigés : diagonalisation et valeurs propres (201-NYC)
Voici la série d'exercices corrigés d'algèbre linéaire sur la diagonalisation, les valeurs propres et les vecteurs propres. La partie A installe la mécanique : la définition Av=λv et ce qu'elle signifie géométriquement, le polynôme caractéristique det(A−λI)=0, la détermination des sous-espaces propres par résolution d'un système homogène, et la construction de P et D vérifiant A=PDP−1. La partie B monte au niveau examen : le critère exact de diagonalisabilité avec une matrice qui échoue au test, le calcul de An pour de grandes puissances, un problème complet où deux populations couplées se découplent dans la base propre, la diagonalisation orthogonale des matrices symétriques, le théorème de Cayley-Hamilton pour calculer inverse et puissances, et les valeurs propres des matrices Ak, A−1 et A+cI.
Cette série s'adresse aux étudiants de cégep et aux élèves du complément québécois de mathématiques au Lycée Marie de France et au Collège Stanislas. Selon le cégep, la diagonalisation figure en fin du cours 201-NYC, dans un cours d'algèbre linéaire ultérieur (souvent numéroté 201-105) ou en première année universitaire : vérifiez le plan de cours de votre enseignant avant de travailler cette série.
L'idée directrice mérite d'être énoncée d'emblée, car elle donne son sens à tous les calculs : une matrice quelconque mélange les coordonnées, mais dans la BONNE base, la même transformation se réduit à des dilatations le long d'axes indépendants. Diagonaliser, c'est trouver cette base. Tout le reste, polynôme caractéristique compris, n'est que la procédure pour y parvenir.
Série autocorrigéeTape tes réponses sous chaque question : la page te dit juste ou faux avant d'ouvrir la correction. Avec un compte, chaque bonne réponse du premier coup rapporte des points.
•Définition : λ est une VALEUR PROPRE de A s'il existe un vecteur NON NUL v tel que Av=λv. Ce v est un VECTEUR PROPRE associé à λ. Géométriquement, A ne fait qu'ÉTIRER v sans changer sa direction.
•POLYNÔME CARACTÉRISTIQUE : les valeurs propres sont les racines de det(A−λI)=0. Pour une matrice 2×2, il s'écrit λ2−tr(A)λ+det(A)=0, ce qui donne un contrôle immédiat.
•SOUS-ESPACE PROPRE associé à λ : Eλ=ker(A−λI), obtenu en résolvant le système homogène (A−λI)v=0. C'est toujours un sous-espace, de dimension au moins 1.
•Multiplicité ALGÉBRIQUE de λ : son ordre comme racine du polynôme caractéristique. Multiplicité GÉOMÉTRIQUE : dimEλ. On a toujours géométrique ≤ algébrique.
•CRITÈRE DE DIAGONALISABILITÉ : A (de taille n) est diagonalisable si et seulement si la somme des dimensions des sous-espaces propres vaut n, c'est-à-dire si pour CHAQUE valeur propre, multiplicité géométrique = multiplicité algébrique.
•Cas favorable : si A possède n valeurs propres DISTINCTES, elle est automatiquement diagonalisable. Toute matrice SYMÉTRIQUE réelle est diagonalisable, avec des vecteurs propres orthogonaux.
•Diagonalisation : A=PDP−1, où les COLONNES de P sont les vecteurs propres et où D est diagonale avec les valeurs propres dans le MÊME ORDRE. Conséquence : An=PDnP−1, et Dn s'obtient en élevant chaque terme diagonal à la puissance n.
Partie A : Les bases (/50)
Exercice 1 : Valeurs propres et vecteurs propres : la définition
Un vecteur propre est un vecteur que la matrice ne fait qu'étirer, sans le faire tourner. Tout part de cette image géométrique.
a) Vérifiez que v=(11) est un vecteur propre de A=(3113) et donnez la valeur propre associée.
b) Vérifiez de même pour w=(1−1). Que remarquez-vous sur les directions de v et w ?
c) Le vecteur (10) est-il un vecteur propre de A ? Justifiez par le calcul.
d) Pourquoi exige-t-on v=0 dans la définition ? Que se passerait-il sans cette condition ?
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Réponses
a)Av=4v : λ=4
b)Aw=2w ; v⊥w
c)Non : (3;1) n'est pas colinéaire
d)0 rendrait tout λ propre
a) On calcule Av=(3113)(11)=(3+11+3)=(44)=4(11)=4v. La relation Av=λv est vérifiée avec λ=4 : v est bien un vecteur propre, de valeur propre 4. Géométriquement, la matrice multiplie par 4 tout vecteur dirigé selon la diagonale y=x, sans le faire dévier.
b) Aw=(3113)(1−1)=(3−11−3)=(2−2)=2w. Donc w est un vecteur propre de valeur propre 2. Remarque sur les directions : v⋅w=(1)(1)+(1)(−1)=0, les deux vecteurs propres sont ORTHOGONAUX. Ce n'est pas un hasard : A est symétrique (a12=a21=1), et les vecteurs propres d'une matrice symétrique associés à des valeurs propres distinctes sont toujours orthogonaux. L'exercice 8 y revient.
c) A(10)=(31). Pour que ce soit un vecteur propre, il faudrait (31)=λ(10)=(λ0), ce qui exige simultanément λ=3 et 1=0 : impossible. Donc (10) n'est PAS un vecteur propre. Géométriquement, A fait tourner ce vecteur en plus de l'allonger, puisque l'image (31) n'est pas colinéaire au vecteur de départ. Le test pratique est donc simple : calculer Au et vérifier si le résultat est PROPORTIONNEL à u.
d) Sans la condition v=0, la définition perdrait tout contenu : A0=0=λ0 est vraie pour TOUT scalaire λ, si bien que n'importe quel nombre serait valeur propre de n'importe quelle matrice. La notion ne distinguerait plus rien. C'est aussi pourquoi les sous-espaces propres se définissent comme des NOYAUX : Eλ=ker(A−λI) contient nécessairement 0 (tout sous-espace le contient), et la condition « λ est valeur propre » se traduit exactement par « ce noyau contient AUTRE CHOSE que 0 », c'est-à-dire dimEλ≥1, ou encore det(A−λI)=0. On voit ici pourquoi le déterminant apparaît : il s'annule précisément quand le système homogène admet des solutions non triviales.
Exercice 2 : Le polynôme caractéristique
Chercher les valeurs propres revient à chercher pour quels λ le système (A−λI)v=0 admet une solution non triviale. Le déterminant tranche.
a) Expliquez pourquoi la condition « λ est valeur propre de A » équivaut à det(A−λI)=0.
b) Déterminez les valeurs propres de A=(4123).
c) Vérifiez vos résultats avec les deux relations λ1+λ2=tr(A) et λ1λ2=det(A).
d) Déterminez les valeurs propres de B=21403500−1. Quelle particularité rend le calcul immédiat ?
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Réponses
a)Solutions non triviales : det(A−λI)=0
b)λ=2 et λ=5
c)2+5=7, 2×5=10
d)Triangulaire : 2, 3, −1
a) Par définition, λ est valeur propre s'il existe v=0 avec Av=λv, ce qui s'écrit Av−λv=0, soit (A−λI)v=0 (l'insertion de I est nécessaire pour que la soustraction ait un sens matriciel). La question devient donc : le système homogène (A−λI)v=0 admet-il une solution NON TRIVIALE ? Or un système homogène carré admet des solutions non triviales si et seulement si sa matrice n'est pas inversible, c'est-à-dire si et seulement si son déterminant est nul. D'où l'équivalence λ valeur propre ⟺det(A−λI)=0 ✓. Tout le chapitre repose sur cette traduction, et elle réutilise directement le critère d'inversibilité vu au chapitre des déterminants.
b) A−λI=(4−λ123−λ), de déterminant (4−λ)(3−λ)−2=12−4λ−3λ+λ2−2=λ2−7λ+10. En annulant : λ2−7λ+10=0, soit (λ−2)(λ−5)=0. Les valeurs propres sont donc λ1=2 et λ2=5.
c) Trace : tr(A)=4+3=7, et λ1+λ2=2+5=7 ✓. Déterminant : det(A)=4×3−2×1=10, et λ1λ2=2×5=10 ✓. Ces deux relations sont la lecture des coefficients du polynôme caractéristique, qui s'écrit toujours λ2−tr(A)λ+det(A) pour une matrice 2×2. Elles fournissent une vérification en cinq secondes, et permettent même de deviner les valeurs propres quand elles sont entières : ici, chercher deux nombres de somme 7 et de produit 10 donne immédiatement 2 et 5. C'est le contrôle à faire systématiquement à l'examen.
d) La matrice B est TRIANGULAIRE INFÉRIEURE (tous les termes au-dessus de la diagonale sont nuls). Or le déterminant d'une matrice triangulaire est le produit de ses termes diagonaux, donc det(B−λI)=(2−λ)(3−λ)(−1−λ), qui s'annule pour λ=2, λ=3 et λ=−1. Les valeurs propres d'une matrice triangulaire sont donc exactement ses termes DIAGONAUX, sans aucun calcul. La particularité vaut aussi pour les matrices triangulaires supérieures et, cas limite, pour les matrices diagonales. C'est cohérent avec l'objectif du chapitre : diagonaliser une matrice, c'est la ramener à une forme où ses valeurs propres se lisent directement sur la diagonale.
Exercice 3 : Les sous-espaces propres
Une fois les valeurs propres connues, chaque λ donne un système homogène à résoudre. Le sous-espace obtenu est le sous-espace propre, et c'est sa DIMENSION qui décidera de tout au prochain exercice.
a) Pour A=(4123) (valeurs propres 2 et 5), déterminez E2=ker(A−2I) et donnez-en une base.
b) Déterminez de même E5 et donnez-en une base.
c) Vérifiez directement que vos deux vecteurs propres satisfont Av=λv. Forment-ils une base de R2 ?
d) Pourquoi un vecteur propre n'est-il jamais unique ? Que peut-on dire de tous les vecteurs propres associés à une même valeur propre ?
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Réponses
a)E2=vect{(−1;1)}
b)E5=vect{(2;1)}
c)Déterminant −3 : base propre
d)Toute la direction est propre
a) A−2I=(2121). Le système (A−2I)v=0 s'écrit 2x+2y=0 et x+y=0 : les deux équations sont proportionnelles et se réduisent à x=−y. En posant y=t : v=(−t,t)=t(−1,1). Donc E2=vect{(−11)}, une droite, et dimE2=1. Contrôle de cohérence utile : le système DOIT être dégénéré (deux équations proportionnelles), sinon la seule solution serait 0 et λ=2 ne serait pas valeur propre. Si l'échelonnement ne dégénère pas, c'est qu'il y a une erreur dans le polynôme caractéristique.
b) A−5I=(−112−2). Le système donne −x+2y=0, soit x=2y. En posant y=t : v=(2t,t)=t(2,1). Donc E5=vect{(21)} et dimE5=1. Là encore les deux lignes sont proportionnelles ✓.
c) Vérification pour λ=2 : A(−11)=(−4+2−1+3)=(−22)=2(−11) ✓. Pour λ=5 : A(21)=(8+22+3)=(105)=5(21) ✓. Forment-ils une base de R2 ? Ils sont deux dans un espace de dimension 2, il suffit donc de vérifier l'indépendance : le déterminant −1121=−1−2=−3=0, ils sont indépendants et forment bien une BASE. C'est ce fait qui rendra A diagonalisable : il existe une base de R2 entièrement composée de vecteurs propres.
d) Un vecteur propre n'est jamais unique parce que tout multiple non nul d'un vecteur propre est encore un vecteur propre pour la même valeur propre : si Av=λv, alors A(cv)=cAv=cλv=λ(cv) pour tout c=0 ✓. Géométriquement, c'est la DIRECTION qui est propre, pas un vecteur particulier de cette direction. Plus généralement, l'ensemble des vecteurs propres associés à λ, auquel on adjoint 0, forme exactement le sous-espace Eλ=ker(A−λI) : il est donc fermé pour l'addition et la multiplication scalaire. Conséquence pratique pour l'examen : deux étudiants peuvent donner (−11) et (3−3) comme vecteur propre et avoir tous deux raison. Seule la direction compte, et c'est pourquoi la réponse attendue est une BASE du sous-espace propre plutôt qu'un vecteur imposé.
Exercice 4 : Diagonaliser : construire P et D
Diagonaliser, c'est réécrire la matrice dans la base de ses vecteurs propres. La seule difficulté technique est de respecter l'ORDRE des colonnes.
a) Pour A=(4123), écrivez P et D telles que A=PDP−1.
b) Calculez P−1 et vérifiez explicitement que PDP−1=A.
c) Que se passe-t-il si l'on échange les deux colonnes de P sans toucher à D ? Illustrez le problème.
d) Interprétez géométriquement l'égalité A=PDP−1 : que fait chacune des trois matrices, lues de droite à gauche ?
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Réponses
a)P=(−1121), D=diag(2;5)
b)P−1=(−31313231) ; PDP−1=A
c)P′DP′−1=(3−1−24)=A
d)Changer de base, dilater, revenir
a) On place les vecteurs propres en COLONNES de P et les valeurs propres correspondantes sur la diagonale de D, dans le même ordre. Avec v2=(−11) pour λ=2 et v5=(21) pour λ=5 : P=(−1121) et D=(2005).
b) detP=(−1)(1)−(2)(1)=−3, donc P−1=−31(1−1−2−1)=(−31313231). Vérification : PD=(−1121)(2005)=(−22105). Puis PDP−1=(−22105)(−31313231)=(32+310−32+35−34+31034+35)=(4123)=A ✓.
c) Si l'on échange les colonnes de P pour obtenir P′=(21−11) tout en gardant D=(2005), l'égalité tombe : on affirmerait alors que (21) est associé à la valeur propre 2, alors qu'il l'est à 5. Le calcul le confirme, P′DP′−1=(3−1−24)=A. La règle est donc stricte : la i-ème colonne de P doit être un vecteur propre associé au i-ème terme diagonal de D. En revanche, échanger simultanément les colonnes de P ET les termes de D est parfaitement licite et donne une autre diagonalisation, tout aussi valable : la diagonalisation n'est donc pas unique, seul l'APPARIEMENT compte.
d) Lue de droite à gauche sur un vecteur x, l'égalité Ax=PDP−1x se décompose en trois étapes. D'abord P−1 CHANGE DE BASE : il exprime x dans la base des vecteurs propres, c'est-à-dire qu'il donne les coordonnées de x le long des deux directions privilégiées. Ensuite D agit dans cette base, et son action est la plus simple possible : elle multiplie la première coordonnée par 2 et la seconde par 5, sans aucun mélange, puisque D est diagonale. Enfin P REVIENT à la base canonique. La transformation compliquée A est donc une simple double dilatation, à condition de la regarder dans le bon repère. C'est tout le sens du chapitre : A ne mélange les coordonnées que parce qu'on l'observe dans une base mal choisie, et diagonaliser revient à choisir le repère où la transformation devient transparente.
Exercice 5 : Valeurs propres complexes : une matrice sans direction propre réelle
Le polynôme caractéristique d'une matrice réelle peut avoir des racines complexes. La matrice n'a alors aucun vecteur propre réel, ce qui a une lecture géométrique très nette.
a) Déterminez les valeurs propres de la rotation A=(01−10) (rotation de 90∘).
b) Expliquez géométriquement pourquoi cette matrice ne possède aucun vecteur propre réel.
c) Déterminez les valeurs propres de B=(21−12).
d) Vérifiez sur B que les relations λ1+λ2=tr(B) et λ1λ2=det(B) restent valables avec des valeurs propres complexes conjuguées.
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Réponses
a)λ=±i
b)Rotation : aucune direction conservée
c)2±i
d)Somme 4, produit 5
a) Le polynôme caractéristique est det(A−λI)=−λ1−1−λ=λ2+1. En annulant : λ2=−1, donc λ=i et λ=−i. Les deux valeurs propres sont imaginaires pures, conjuguées l'une de l'autre. On retrouve d'ailleurs tr(A)=0=i+(−i) et det(A)=1=i⋅(−i).
b) Un vecteur propre réel serait un vecteur réel non nul dont la direction est préservée par A. Mais A est une rotation de 90∘ : elle fait tourner TOUT vecteur du plan d'un quart de tour, donc aucun vecteur réel non nul ne conserve sa direction. Il ne peut donc exister aucun vecteur propre réel, ce qui est cohérent avec l'absence de valeur propre réelle. Les directions propres n'apparaissent qu'en passant au plan complexe.
c) det(B−λI)=2−λ1−12−λ=(2−λ)2+1=λ2−4λ+5. Le discriminant vaut 16−20=−4<0, donc les racines sont complexes : λ=24±−4=24±2i=2±i. Les valeurs propres sont 2+i et 2−i.
d) Somme : (2+i)+(2−i)=4=tr(B) ✓. Produit : (2+i)(2−i)=4−i2=4+1=5=det(B) ✓. Les deux relations, démontrées pour des valeurs propres réelles, restent vraies pour des valeurs propres complexes, car elles ne sont que la lecture des coefficients du polynôme caractéristique λ2−tr(B)λ+det(B). Remarquez que la partie réelle commune, 2, est la demi-trace : c'est général pour une paire conjuguée, et cela donne un contrôle rapide. La matrice B agit comme une similitude, rotation composée d'une homothétie, ce que confirmera le lien avec les nombres complexes de module 5.
Partie B : Niveau examen (/50)
Exercice 6 : Le critère de diagonalisabilité et la matrice qui échoue
Toutes les matrices ne sont pas diagonalisables, et l'examen teste presque toujours ce point. Le critère se ramène à une comparaison de deux multiplicités.
a) Énoncez le critère exact de diagonalisabilité, en distinguant multiplicité algébrique et multiplicité géométrique.
b) Montrez que A=(3013) n'est PAS diagonalisable, en calculant les deux multiplicités.
c) Montrez au contraire que B=(3003) est diagonalisable, bien qu'elle ait aussi une valeur propre double. Que change la différence entre A et B ?
d) Démontrez que si une matrice n×n possède n valeurs propres DISTINCTES, alors elle est diagonalisable. Utilisez ce résultat pour conclure sans calcul sur (507−2).
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Réponses
a)Géométrique = algébrique pour chaque λ
b)Multiplicités 2 et 1 : non
c)E3=R2 : oui
d)Valeurs propres distinctes : oui
a) Multiplicité ALGÉBRIQUE de λ : son ordre de multiplicité comme racine du polynôme caractéristique. Multiplicité GÉOMÉTRIQUE de λ : la dimension du sous-espace propre Eλ=ker(A−λI), autrement dit le nombre de vecteurs propres indépendants associés à λ. On a toujours 1≤ géométrique ≤ algébrique. CRITÈRE : A de taille n est diagonalisable si et seulement si, pour CHAQUE valeur propre, la multiplicité géométrique égale la multiplicité algébrique; de façon équivalente, si et seulement si la somme des dimensions des sous-espaces propres vaut n, c'est-à-dire s'il existe une base de l'espace formée de vecteurs propres.
b) A est triangulaire, donc ses valeurs propres sont ses termes diagonaux : λ=3, avec multiplicité ALGÉBRIQUE 2 (le polynôme caractéristique est (3−λ)2). Multiplicité géométrique : A−3I=(0010), et le système (A−3I)v=0 donne la seule équation y=0, avec x libre. Donc E3=vect{(10)} et dimE3=1. Comparaison : géométrique =1<2= algébrique. Le critère échoue, A n'est PAS diagonalisable ✓. Concrètement, il n'existe qu'UNE direction propre dans un espace de dimension 2 : impossible de construire une base de vecteurs propres, et donc impossible de former une matrice P inversible.
c) B=3I est également triangulaire de valeur propre 3 avec multiplicité algébrique 2. Mais ici B−3I=(0000), la matrice NULLE : le système (B−3I)v=0 n'impose AUCUNE condition, toute solution convient, donc E3=R2 et dimE3=2. Géométrique =2= algébrique : le critère est satisfait et B est diagonalisable. Elle l'est même déjà, puisqu'elle est diagonale, avec P=I. Ce qui change entre A et B est le terme hors diagonale : B=3I dilate uniformément toutes les directions, si bien que TOUT vecteur non nul est propre; A, elle, ajoute un CISAILLEMENT qui ne laisse invariante qu'une seule direction. Deux matrices avec le même polynôme caractéristique peuvent donc avoir des comportements opposés : le polynôme caractéristique seul ne décide jamais de la diagonalisabilité, et c'est la raison d'être de la multiplicité géométrique.
d) Démonstration. Soient λ1,…,λn les n valeurs propres distinctes, et v1,…,vn des vecteurs propres associés. Le point clef est que des vecteurs propres associés à des valeurs propres DISTINCTES sont linéairement indépendants. Voyons-le pour deux : supposons c1v1+c2v2=0. En appliquant A : c1λ1v1+c2λ2v2=0. En multipliant la première relation par λ1 et en soustrayant : c2(λ2−λ1)v2=0. Comme λ2=λ1 et v2=0, il vient c2=0, puis c1=0 ✓ (le cas général se traite de même par récurrence). On dispose donc de n vecteurs indépendants dans un espace de dimension n : ils en forment une base, entièrement composée de vecteurs propres, et A est diagonalisable ✓. Application : (507−2) est triangulaire, ses valeurs propres sont 5 et −2, qui sont DISTINCTES et au nombre de 2 dans un espace de dimension 2. Elle est donc diagonalisable, sans avoir eu à calculer le moindre vecteur propre. Attention à ne pas retourner l'implication : la condition est SUFFISANTE, pas nécessaire, comme le montre B=3I du point c), diagonalisable avec une valeur propre double.
Exercice 7 : Problème : puissances d'une matrice et deux populations couplées
La diagonalisation n'est pas un exercice formel : elle permet de calculer An pour n grand, et donc de prédire l'évolution à long terme d'un système couplé. C'est l'application qui justifie tout le chapitre.
a) Pour A=(4123) diagonalisée en P=(−1121) et D=(2005), démontrez la formule An=PDnP−1.
b) Calculez A3 par cette formule, puis vérifiez par multiplication directe.
c) Deux populations évoluent chaque année selon {xk+1=4xk+2ykyk+1=xk+3yk, avec x0=3 et y0=1. Exprimez (xkyk) en fonction de k.
d) Vers quelle proportion ykxk tend le système quand k→∞ ? Interprétez ce résultat en termes de valeurs propres.
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Réponses
a)An=PDnP−1
b)A3=(86397847)
c)xk=32k+8⋅5k, yk=3−2k+4⋅5k
d)Rapport limite 2
a) Démonstration par récurrence, ou plus directement par télescopage. Pour n=2 : A2=(PDP−1)(PDP−1)=PD(P−1P)DP−1=PDIDP−1=PD2P−1 ✓, où l'on a utilisé P−1P=I. Le même mécanisme se répète : dans An=(PDP−1)n, tous les facteurs intérieurs P−1P se simplifient deux à deux, et il ne reste que PDnP−1. L'intérêt est décisif : Dn se calcule sans effort, puisqu'une matrice diagonale élevée à la puissance n se réduit à (λ1n00λ2n). On remplace donc n multiplications matricielles par deux multiplications et deux exponentiations de nombres.
b) D3=(800125). Puis PD3=(−1121)(800125)=(−88250125), et A3=PD3P−1=(−88250125)(−31313231)=(38+3250−38+3125−316+3250316+3125)=(86397847). Vérification directe : A2=(4123)2=(1871411), puis A3=A2A=(1871411)(4123)=(72+1428+1136+4214+33)=(86397847) ✓.
c) Le système s'écrit uk+1=Auk avec uk=(xkyk), donc uk=Aku0. La méthode efficace consiste à décomposer u0 dans la base propre : cherchons a et b tels que (31)=a(−11)+b(21). Cela donne −a+2b=3 et a+b=1; en additionnant, 3b=4, donc b=34 et a=1−34=−31. Comme Ak agit sur chaque vecteur propre en le multipliant par λk : uk=−31⋅2k(−11)+34⋅5k(21), soit xk=32k+38⋅5k et yk=−32k+34⋅5k. Contrôle en k=0 : x0=31+38=3 ✓ et y0=−31+34=1 ✓. Contrôle en k=1 : x1=32+340=14 et directement 4(3)+2(1)=14 ✓.
d) On calcule ykxk=−32k+34⋅5k32k+38⋅5k=−2k+4⋅5k2k+8⋅5k. En divisant haut et bas par 5k : −(52)k+4(52)k+8. Comme 52<1, le terme (52)k tend vers 0, et la limite vaut 48=2. La proportion tend donc vers 2, c'est-à-dire exactement le rapport des composantes du vecteur propre (21). Interprétation : la valeur propre DOMINANTE est celle de plus grand module, ici λ=5, et à long terme sa contribution écrase celle de λ=2 puisque 5k croît infiniment plus vite que 2k. Le système s'aligne donc sur la direction propre dominante, quelle que soit la condition initiale (pourvu que sa composante b sur cette direction soit non nulle). C'est le principe qui gouverne les chaînes de Markov, les modèles de populations structurées et l'algorithme PageRank de Google : la valeur propre dominante fixe le TAUX de croissance (ici, la population est multipliée par 5 à chaque période à long terme) et son vecteur propre fixe la RÉPARTITION d'équilibre.
Les matrices symétriques réelles occupent une place à part : elles sont toujours diagonalisables, et par une matrice de passage ORTHOGONALE. On l'illustre puis on le démontre.
a) Pour A=(3113), déterminez les valeurs propres et un vecteur propre pour chacune, et vérifiez qu'ils sont orthogonaux.
b) Normalisez les deux vecteurs propres et formez la matrice P dont ils sont les colonnes. Vérifiez que P est orthogonale, c'est-à-dire que PTP=I.
c) Vérifiez la diagonalisation orthogonale A=PDPT, en utilisant P−1=PT.
d) Démontrez, pour une matrice symétrique quelconque, que deux vecteurs propres associés à des valeurs propres distinctes sont orthogonaux.
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Réponses
a)λ=4 : (1;1) ; λ=2 : (1;−1)
b)P=21(111−1), PTP=I
c)PDPT=A
d)(λ−μ)u⋅v=0
a) Le polynôme caractéristique est λ2−6λ+8=(λ−4)(λ−2), donc les valeurs propres sont λ1=4 et λ2=2. Pour λ=4 : A−4I=(−111−1) donne x=y, d'où v4=(11). Pour λ=2 : A−2I=(1111) donne x=−y, d'où v2=(1−1). Produit scalaire : v4⋅v2=(1)(1)+(1)(−1)=0, les vecteurs propres sont orthogonaux.
b) Chaque vecteur a pour norme 12+12=2, donc les vecteurs normalisés sont 21(11) et 21(1−1). On pose P=21(111−1) et D=(4002). Vérification de l'orthogonalité : PTP=21(111−1)(111−1)=21(2002)=I. Les colonnes de P forment donc une base ORTHONORMÉE, ce qui est le propre d'une matrice orthogonale.
c) Comme P est orthogonale, P−1=PT, et la diagonalisation A=PDP−1 s'écrit A=PDPT. On vérifie : PD=21(111−1)(4002)=21(442−2), puis PDPT=21(442−2)(111−1)=21(6226)=(3113)=A ✓. L'avantage de la diagonalisation orthogonale est qu'elle évite le calcul d'un inverse : la transposée, immédiate, en tient lieu.
d) Soit A symétrique (AT=A), et u, v des vecteurs propres pour des valeurs propres distinctes λ=μ : Au=λu et Av=μv. On calcule le produit scalaire (Au)⋅v de deux façons. D'une part, (Au)⋅v=λu⋅v. D'autre part, en utilisant la symétrie, (Au)⋅v=(Au)Tv=uTATv=uTAv=u⋅(Av)=μu⋅v. En égalant : λu⋅v=μu⋅v, soit (λ−μ)u⋅v=0. Comme λ=μ, on conclut u⋅v=0 : les deux vecteurs propres sont orthogonaux. C'est ce résultat, joint au fait qu'une matrice symétrique réelle a toujours toutes ses valeurs propres réelles, qui garantit la diagonalisation orthogonale : le théorème spectral.
Exercice 9 : Le théorème de Cayley-Hamilton : inverse et puissances sans diagonaliser
Toute matrice annule son propre polynôme caractéristique. Pour une matrice 2×2, cela fournit une relation A2=tr(A)A−det(A)I qui permet de calculer inverse et puissances sans passer par les vecteurs propres.
a) Énoncez le théorème de Cayley-Hamilton pour une matrice 2×2, puis vérifiez-le sur A=(4123).
b) Déduisez-en une expression de A−1 en fonction de A et I, et calculez-la.
c) Déduisez-en que A3 s'écrit comme combinaison linéaire de A et I, et donnez sa valeur.
d) Expliquez pourquoi toute puissance An et l'inverse A−1 s'expriment comme combinaison de A et I, et comparez cette méthode à la diagonalisation.
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Réponses
a)A2−7A+10I=0
b)A−1=101(3−1−24)
c)A3=39A−70I
d)Récurrence universelle contre formule close
a) Théorème de Cayley-Hamilton : une matrice annule son polynôme caractéristique. Pour une matrice 2×2, celui-ci est λ2−tr(A)λ+det(A), donc A2−tr(A)A+det(A)I=0. Ici tr(A)=7 et det(A)=10, la relation attendue est A2−7A+10I=0. Vérification : A2=(1871411), 7A=(2871421), donc A2−7A+10I=(18−28+107−714−1411−21+10)=(0000) ✓.
b) On isole le terme constant dans A2−7A+10I=0 : 10I=7A−A2=A(7I−A), donc A⋅101(7I−A)=I, ce qui identifie l'inverse : A−1=101(7I−A)=101((7007)−(4123))=101(3−1−24). Vérification : AA−1=101(4123)(3−1−24)=101(100010)=I ✓. On retrouve d'ailleurs la formule classique de l'inverse 2×2, mais dérivée du théorème.
c) De A2=7A−10I, on multiplie par A : A3=7A2−10A=7(7A−10I)−10A=49A−70I−10A=39A−70I. Numériquement : A3=39(4123)−70I=(156−703978117−70)=(86397847). C'est exactement le A3 obtenu par PD3P−1 dans le problème précédent : deux méthodes, un seul résultat.
d) La relation A2=7A−10I permet de remplacer tout A2 par une combinaison de A et I. Par récurrence, chaque puissance An se ramène de proche en proche à une telle combinaison αnA+βnI : dès qu'un A2 apparaît, on le réduit. L'inverse aussi, comme on l'a vu en b). Comparaison avec la diagonalisation : la méthode An=PDnP−1 donne une formule CLOSE (dépendant explicitement de 2n et 5n) et fonctionne même pour des exposants symboliques, mais elle exige de diagonaliser, donc de trouver vecteurs propres et inverse de P. Cayley-Hamilton, lui, ne demande que la trace et le déterminant, s'applique même aux matrices NON diagonalisables, mais calcule les puissances de proche en proche plutôt que par une formule close. Les deux approches sont complémentaires : formule explicite d'un côté, récurrence universelle de l'autre.
Exercice 10 : Démonstrations : valeurs propres de l'inverse, des puissances et des matrices translatées
Connaître les valeurs propres de A donne gratuitement celles de nombreuses matrices dérivées, avec les MÊMES vecteurs propres. Ces résultats se démontrent en une ligne et évitent des calculs répétés.
a) Démontrez que si λ est une valeur propre de A de vecteur propre v, alors λk est valeur propre de Ak, de même vecteur propre.
b) Démontrez que si A est inversible et λ une valeur propre, alors λ=0 et λ1 est valeur propre de A−1, de même vecteur propre.
c) Démontrez que λ+c est valeur propre de A+cI, de même vecteur propre, pour tout scalaire c.
d) Application à A=(4123), de valeurs propres 2 et 5 : donnez sans nouveau calcul les valeurs propres de A3, de A−1 et de A+2I, et vérifiez la relation de trace sur A+2I.
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Réponses
a)Akv=λkv
b)A−1v=λ1v
c)(A+cI)v=(λ+c)v
d)8, 125 ; 21, 51 ; 4, 7
a) On part de Av=λv et on applique A de façon répétée. A2v=A(Av)=A(λv)=λAv=λ2v. En itérant, ou par récurrence, Akv=λkv. Donc λk est valeur propre de Ak, avec le même vecteur propre v : élever la matrice à une puissance élève les valeurs propres à cette puissance, sans toucher aux directions propres.
b) Si A est inversible, aucune valeur propre n'est nulle : λ=0 signifierait Av=0 pour un v=0, donc un noyau non trivial, ce qui contredit l'inversibilité. On peut donc écrire λ1. En appliquant A−1 à Av=λv : v=A−1(λv)=λA−1v, d'où A−1v=λ1v. Donc λ1 est valeur propre de A−1, de même vecteur propre.
c) (A+cI)v=Av+cIv=λv+cv=(λ+c)v. Donc λ+c est valeur propre de A+cI, avec le même vecteur propre. Ajouter cI translate toutes les valeurs propres de c sans modifier les directions propres, puisque cI agit de la même façon sur tous les vecteurs.
d) Les valeurs propres de A sont 2 et 5. Par a), celles de A3 sont 23=8 et 53=125. Par b), celles de A−1 sont 21 et 51. Par c), celles de A+2I sont 2+2=4 et 5+2=7. Vérification de la relation de trace sur A+2I=(6125) : sa trace vaut 6+5=11, et la somme des valeurs propres 4+7=11 ✓. Tous ces résultats s'obtiennent sans reprendre le moindre polynôme caractéristique : c'est l'intérêt pratique de ces trois propriétés, qui reviennent constamment dans les problèmes de suites et de systèmes dynamiques. Notons enfin que A et AT ont exactement les mêmes valeurs propres, car det(AT−λI)=det((A−λI)T)=det(A−λI), même si leurs vecteurs propres, eux, diffèrent en général.
Partie C : les classiques (/50)
Exercice 11 : Une matrice 3×3 à valeur propre double
On considère A=211121112, que l'on peut écrire A=I+J, où J est la matrice dont tous les coefficients valent 1.
a) Montrez que (1;1;1) est un vecteur propre de A et donnez sa valeur propre.
b) Montrez que Av=v+(x+y+z)(1;1;1) pour v=(x;y;z). Déduisez-en une deuxième valeur propre et la dimension de son sous-espace propre.
c) Contrôlez avec la trace et le déterminant de A.
d) Écrivez P et D telles que A=PDP−1, et justifiez que P est inversible.
e) Sachant que J2=3J, montrez que An=I+34n−1J et donnez les coefficients de A3.
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Réponses
a)λ=4
b)λ=1 sur le plan x+y+z=0
c)Trace 6, déterminant 4
d)detP=3 : diagonalisable
e)A3 : 22 et 21
a) A(1;1;1)=(4;4;4)=4(1;1;1) : valeur propre 4.
b) Jv=(x+y+z)(1;1;1), donc Av=v+Jv donne la formule. Si x+y+z=0, alors Av=v : tout vecteur non nul du plan x+y+z=0 est propre pour la valeur propre 1. Ce plan est de dimension 2, de base (1;−1;0) et (1;0;−1).
c) La somme des valeurs propres, comptées avec leur multiplicité, vaut 4+1+1=6=trA. Leur produit vaut 4×1×1=4, et detA=2(4−1)−1(2−1)+1(1−2)=6−1−1=4. Les deux contrôles concordent.
d) P=1111−1010−1, dont les colonnes sont (1;1;1), (1;−1;0) et (1;0;−1), et D=diag(4;1;1). detP=1(1−0)−1(−1−0)+1(0+1)=3=0 : les trois vecteurs propres sont indépendants. La valeur propre double a bien un sous-espace propre de dimension 2 : A est diagonalisable.
e) Par récurrence : vrai pour n=1, puisque 34−1=1. Si An=I+cnJ, alors An+1=(I+cnJ)(I+J)=I+(1+cn+3cn)J, et 1+4cn=1+34n+1−4=34n+1−1. Pour n=3 : 363=21, donc A3 a 22 sur la diagonale et 21 ailleurs.
Le fil : une valeur propre double ne bloque rien si son sous-espace propre est de dimension 2 ; écrire A=I+J rend les valeurs propres presque évidentes.
Exercice 12 : Les valeurs propres lues sur la géométrie
On considère la projection orthogonale P=21(1111) sur la droite y=x, la réflexion S=(0110) d'axe y=x, l'homothétie H=3I et le cisaillement C=(1021).
a) Sans polynôme caractéristique, donnez les valeurs propres de P et des vecteurs propres associés. Vérifiez par le calcul.
b) Même question pour S.
c) Même question pour H.
d) Déterminez les valeurs propres de C et la dimension du sous-espace propre. C est-elle diagonalisable ?
e) Exprimez P en fonction de S et de I, et retrouvez ainsi les valeurs propres de P à partir de celles de S.
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Réponses
a)1 et 0
b)1 et −1
c)3 double, tout vecteur
d)1 double, dimension 1 : non
e)P=2S+I
a) Un vecteur de la droite y=x n'est pas modifié par la projection : (1;1) est propre pour 1. Un vecteur perpendiculaire à la droite est écrasé sur l'origine : (1;−1) est propre pour 0. Calcul : P(1;1)=(1;1) et P(1;−1)=(0;0).
b) La réflexion laisse fixe l'axe, (1;1) est propre pour 1, et retourne la direction perpendiculaire, (1;−1) est propre pour −1. Calcul : S(1;−1)=(−1;1)=−(1;−1).
c) H multiplie tout vecteur par 3 : 3 est l'unique valeur propre, double, et TOUT vecteur non nul est propre. Le sous-espace propre est le plan entier.
d) C est triangulaire : valeur propre 1, double. C−I=(0020) impose y=0 : le sous-espace propre est l'axe des x, de dimension 1. Géométriquement, seule la direction horizontale n'est pas inclinée par le cisaillement. Dimension 1<2 : C n'est pas diagonalisable.
e) 2S+I=21(1111)=P. Les valeurs propres de S, 1 et −1, deviennent celles de P par λ↦2λ+1 : 1 et 0, avec les mêmes vecteurs propres, comme le prévoit l'exercice 10.
Le fil : une direction que la transformation ne fait qu'étirer est une direction propre ; la géométrie donne souvent les valeurs propres avant tout calcul.
Exercice 13 : Diagonalisable ou non selon un paramètre
Pour tout réel a, on considère Aa=(10a2), Ba=(20a2) et Ca=(1a11).
a) Donnez les valeurs propres de Aa. Pour quelles valeurs de a la matrice est-elle diagonalisable ?
b) Même question pour Ba.
c) Calculez les valeurs propres de Ca en fonction de a, pour a≥0.
d) Discutez la diagonalisabilité de Ca dans R selon le signe de a.
e) Pour a=4, déterminez des vecteurs propres de C4.
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Réponses
a)Toujours diagonalisable
b)Seulement pour a=0
c)1±a
d)Oui si a>0, non sinon
e)(1;2) et (1;−2)
a) Aa est triangulaire : valeurs propres 1 et 2, distinctes quel que soit a. Deux valeurs propres distinctes en dimension 2 suffisent : Aa est diagonalisable pour tout a. Un vecteur propre pour 2 est (a;1).
b) Ba a la seule valeur propre 2, double. Ba−2I=(00a0) : si a=0, le sous-espace propre est la droite y=0, de dimension 1, et Ba n'est pas diagonalisable ; si a=0, B0=2I est déjà diagonale. Diagonalisable si et seulement si a=0.
c) det(Ca−λI)=(1−λ)2−a=0 donne (1−λ)2=a, donc λ=1±a.
d) Si a>0 : deux valeurs propres réelles distinctes, Ca est diagonalisable. Si a=0 : valeur propre 1 double, C0−I=(0010) a un noyau de dimension 1, C0 n'est pas diagonalisable. Si a<0 : valeurs propres complexes 1±i−a, aucune direction propre réelle, Ca n'est pas diagonalisable dans R.
e) Valeurs propres 3 et −1. C4−3I=(−241−2) donne y=2x : vecteur propre (1;2). C4+I=(2412) donne y=−2x : vecteur propre (1;−2). Contrôle : C4(1;2)=(3;6).
Le fil : des valeurs propres distinctes garantissent la diagonalisation ; une valeur propre multiple exige de vérifier la dimension du sous-espace propre.
Exercice 14 : Problème : les modes propres de deux chariots à ressorts
Deux chariots de même masse m glissent sans frottement entre deux murs. Trois ressorts identiques de raideur k relient le mur de gauche au premier chariot, les deux chariots entre eux, et le second chariot au mur de droite. On note x1 et x2 les déplacements des chariots par rapport à l'équilibre, et l'on prend mk=4s−2.
La deuxième loi de Newton donne x1′′=4(−2x1+x2) et x2′′=4(x1−2x2), soit X′′=−KX. On admet que si Kv=ω2v, alors X(t)=vcos(ωt) est une solution : un MODE PROPRE, où les deux chariots oscillent à la même pulsation ω.
a) Écrivez la matrice K. Quelle propriété a-t-elle ?
b) Calculez les valeurs propres de K.
c) Déterminez un vecteur propre pour chacune, et décrivez le mouvement des chariots dans chaque mode.
d) Calculez les deux pulsations ω et les périodes correspondantes, au centième.
e) On écarte le premier chariot de 2cm, le second restant en place, et on lâche sans vitesse. Décomposez X(0)=(2;0) sur les deux modes et écrivez x1(t) et x2(t).
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Réponses
a)K=(8−4−48) symétrique
b)4 et 12
c)(1;1) en phase, (1;−1) en opposition
d)2 et 3,46 rad/s ; 3,14 s et 1,81 s
e)x1=cos2t+cos12t, x2=cos2t−cos12t
a) K=(8−4−48) : elle est SYMÉTRIQUE, donc diagonalisable avec des vecteurs propres orthogonaux.
b) λ2−16λ+(64−16)=λ2−16λ+48=(λ−4)(λ−12) : valeurs propres 4 et 12.
c) Pour 4 : K−4I=(4−4−44), donc x1=x2, vecteur (1;1) : les chariots bougent ensemble, EN PHASE, et le ressort du milieu n'est jamais étiré. Pour 12 : K−12I=(−4−4−4−4), donc x1=−x2, vecteur (1;−1) : les chariots bougent en OPPOSITION, symétriquement.
d) ω1=4=2rad/s et ω2=12≈3,46rad/s. Périodes T=ω2π : π≈3,14s et 122π≈1,81s. Le mode en opposition est plus rapide, parce que le ressort du milieu y travaille aussi.
e) (2;0)=1⋅(1;1)+1⋅(1;−1). Chaque mode évolue à sa pulsation : x1(t)=cos(2t)+cos(12t) et x2(t)=cos(2t)−cos(12t), en centimètres. Les deux pulsations n'étant pas dans un rapport entier simple, le mouvement n'est pas périodique : l'énergie passe d'un chariot à l'autre.
Le fil : diagonaliser un système couplé le découpe en modes indépendants ; les valeurs propres donnent les fréquences, les vecteurs propres les formes du mouvement.
Exercice 15 : Problème : les axes principaux d'une ellipse inclinée
On étudie la courbe d'équation 5x2+4xy+2y2=6. On pose X=(xy) et A=(5222).
a) Vérifiez que XTAX=5x2+4xy+2y2.
b) Calculez les valeurs propres de A.
c) Déterminez un vecteur propre pour chacune et vérifiez qu'ils sont orthogonaux.
d) Dans le repère orthonormé porté par les vecteurs propres normalisés, avec les coordonnées x′ selon le vecteur de la plus grande valeur propre et y′ selon l'autre, l'équation devient 6x′2+y′2=6. Justifiez, puis donnez les demi-axes de l'ellipse, au centième.
e) Donnez l'angle du grand axe avec l'axe des x, au centième de degré, et un point de la courbe à distance maximale de l'origine.
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Réponses
a)XTAX=5x2+4xy+2y2
b)6 et 1
c)(2;1) et (1;−2)
d)Demi-axes 1 et 6≈2,45
e)−63,43∘
a) AX=(5x+2y;2x+2y) et XTAX=x(5x+2y)+y(2x+2y)=5x2+4xy+2y2. Le coefficient 4 du terme croisé se partage en deux 2 hors diagonale, ce qui rend A symétrique.
b) λ2−7λ+6=(λ−1)(λ−6) : valeurs propres 6 et 1.
c) Pour 6 : A−6I=(−122−4), donc x=2y : (2;1). Pour 1 : A−I=(4221), donc y=−2x : (1;−2). Produit scalaire 2−2=0 : orthogonaux, comme pour toute matrice symétrique.
d) Avec P orthogonale de colonnes 51(2;1) et 51(1;−2), on pose X=PX′ : XTAX=X′T(PTAP)X′=X′TDX′=6x′2+y′2. L'équation x′2+6y′2=1 est celle d'une ellipse de demi-axes 1, selon (2;1), et 6≈2,45, selon (1;−2). Le terme croisé a disparu : c'est l'intérêt de la diagonalisation orthogonale.
e) Le grand axe est dirigé par (1;−2), d'angle arctan(−2)≈−63,43∘. Le point 6⋅51(1;−2) a pour carrés de coordonnées 56 et 524 et pour produit −512 : 5⋅56+4⋅(−512)+2⋅524=6−548+548=6. Il est sur la courbe, à la distance 6 de l'origine.
Le fil : une forme quadratique se lit sur sa matrice symétrique ; ses vecteurs propres donnent les axes, ses valeurs propres les longueurs.
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