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Algèbre linéaire 201-NYC / Maths 105 • Complément québécois de Première et cégep

Exercices corrigés : diagonalisation et valeurs propres (201-NYC)

Voici la série d'exercices corrigés d'algèbre linéaire sur la diagonalisation, les valeurs propres et les vecteurs propres. La partie A installe la mécanique : la définition Av=λvA\vec{v}=\lambda\vec{v} et ce qu'elle signifie géométriquement, le polynôme caractéristique det(AλI)=0\det(A-\lambda I)=0, la détermination des sous-espaces propres par résolution d'un système homogène, et la construction de PP et DD vérifiant A=PDP1A=PDP^{-1}. La partie B monte au niveau examen : le critère exact de diagonalisabilité avec une matrice qui échoue au test, le calcul de AnA^{n} pour de grandes puissances, les matrices symétriques et leurs vecteurs propres orthogonaux, et un problème complet où deux populations couplées se découplent dans la base propre.

Cette série s'adresse aux étudiants de cégep et aux élèves du complément québécois de mathématiques au Lycée Marie de France et au Collège Stanislas. Selon le cégep, la diagonalisation figure en fin du cours 201-NYC, dans un cours d'algèbre linéaire ultérieur (souvent numéroté 201-105) ou en première année universitaire : vérifiez le plan de cours de votre enseignant avant de travailler cette série.

L'idée directrice mérite d'être énoncée d'emblée, car elle donne son sens à tous les calculs : une matrice quelconque mélange les coordonnées, mais dans la BONNE base, la même transformation se réduit à des dilatations le long d'axes indépendants. Diagonaliser, c'est trouver cette base. Tout le reste, polynôme caractéristique compris, n'est que la procédure pour y parvenir.

Rappel de cours

  • Définition : λ\lambda est une VALEUR PROPRE de AA s'il existe un vecteur NON NUL v\vec{v} tel que Av=λvA\vec{v}=\lambda\vec{v}. Ce v\vec{v} est un VECTEUR PROPRE associé à λ\lambda. Géométriquement, AA ne fait qu'ÉTIRER v\vec{v} sans changer sa direction.
  • POLYNÔME CARACTÉRISTIQUE : les valeurs propres sont les racines de det(AλI)=0\det(A-\lambda I)=0. Pour une matrice 2×22\times 2, il s'écrit λ2tr(A)λ+det(A)=0\lambda^{2}-\operatorname{tr}(A)\lambda+\det(A)=0, ce qui donne un contrôle immédiat.
  • SOUS-ESPACE PROPRE associé à λ\lambda : Eλ=ker(AλI)E_{\lambda}=\ker(A-\lambda I), obtenu en résolvant le système homogène (AλI)v=0(A-\lambda I)\vec{v}=\vec{0}. C'est toujours un sous-espace, de dimension au moins 1.
  • Multiplicité ALGÉBRIQUE de λ\lambda : son ordre comme racine du polynôme caractéristique. Multiplicité GÉOMÉTRIQUE : dimEλ\dim E_{\lambda}. On a toujours géométrique \leq algébrique.
  • CRITÈRE DE DIAGONALISABILITÉ : AA (de taille nn) est diagonalisable si et seulement si la somme des dimensions des sous-espaces propres vaut nn, c'est-à-dire si pour CHAQUE valeur propre, multiplicité géométrique = multiplicité algébrique.
  • Cas favorable : si AA possède nn valeurs propres DISTINCTES, elle est automatiquement diagonalisable. Toute matrice SYMÉTRIQUE réelle est diagonalisable, avec des vecteurs propres orthogonaux.
  • Diagonalisation : A=PDP1A=PDP^{-1}, où les COLONNES de PP sont les vecteurs propres et où DD est diagonale avec les valeurs propres dans le MÊME ORDRE. Conséquence : An=PDnP1A^{n}=PD^{n}P^{-1}, et DnD^{n} s'obtient en élevant chaque terme diagonal à la puissance nn.

Partie A : Les bases (/28)

Exercice 1 : Valeurs propres et vecteurs propres : la définition

Un vecteur propre est un vecteur que la matrice ne fait qu'étirer, sans le faire tourner. Tout part de cette image géométrique.

  • a) Vérifiez que v=(11)\vec{v}=\begin{pmatrix}1\\1\end{pmatrix} est un vecteur propre de A=(3113)A=\begin{pmatrix}3&1\\1&3\end{pmatrix} et donnez la valeur propre associée.
  • b) Vérifiez de même pour w=(11)\vec{w}=\begin{pmatrix}1\\-1\end{pmatrix}. Que remarquez-vous sur les directions de v\vec{v} et w\vec{w} ?
  • c) Le vecteur (10)\begin{pmatrix}1\\0\end{pmatrix} est-il un vecteur propre de AA ? Justifiez par le calcul.
  • d) Pourquoi exige-t-on v0\vec{v}\neq\vec{0} dans la définition ? Que se passerait-il sans cette condition ?
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a) On calcule Av=(3113)(11)=(3+11+3)=(44)=4(11)=4vA\vec{v}=\begin{pmatrix}3&1\\1&3\end{pmatrix}\begin{pmatrix}1\\1\end{pmatrix}=\begin{pmatrix}3+1\\1+3\end{pmatrix}=\begin{pmatrix}4\\4\end{pmatrix}=4\begin{pmatrix}1\\1\end{pmatrix}=4\vec{v}. La relation Av=λvA\vec{v}=\lambda\vec{v} est vérifiée avec λ=4\lambda=4 : v\vec{v} est bien un vecteur propre, de valeur propre 4. Géométriquement, la matrice multiplie par 4 tout vecteur dirigé selon la diagonale y=xy=x, sans le faire dévier.

b) Aw=(3113)(11)=(3113)=(22)=2wA\vec{w}=\begin{pmatrix}3&1\\1&3\end{pmatrix}\begin{pmatrix}1\\-1\end{pmatrix}=\begin{pmatrix}3-1\\1-3\end{pmatrix}=\begin{pmatrix}2\\-2\end{pmatrix}=2\vec{w}. Donc w\vec{w} est un vecteur propre de valeur propre 2. Remarque sur les directions : vw=(1)(1)+(1)(1)=0\vec{v}\cdot\vec{w}=(1)(1)+(1)(-1)=0, les deux vecteurs propres sont ORTHOGONAUX. Ce n'est pas un hasard : AA est symétrique (a12=a21=1a_{12}=a_{21}=1), et les vecteurs propres d'une matrice symétrique associés à des valeurs propres distinctes sont toujours orthogonaux. L'exercice 6 y revient.

c) A(10)=(31)A\begin{pmatrix}1\\0\end{pmatrix}=\begin{pmatrix}3\\1\end{pmatrix}. Pour que ce soit un vecteur propre, il faudrait (31)=λ(10)=(λ0)\begin{pmatrix}3\\1\end{pmatrix}=\lambda\begin{pmatrix}1\\0\end{pmatrix}=\begin{pmatrix}\lambda\\0\end{pmatrix}, ce qui exige simultanément λ=3\lambda=3 et 1=01=0 : impossible. Donc (10)\begin{pmatrix}1\\0\end{pmatrix} n'est PAS un vecteur propre. Géométriquement, AA fait tourner ce vecteur en plus de l'allonger, puisque l'image (31)\begin{pmatrix}3\\1\end{pmatrix} n'est pas colinéaire au vecteur de départ. Le test pratique est donc simple : calculer AuA\vec{u} et vérifier si le résultat est PROPORTIONNEL à u\vec{u}.

d) Sans la condition v0\vec{v}\neq\vec{0}, la définition perdrait tout contenu : A0=0=λ0A\vec{0}=\vec{0}=\lambda\vec{0} est vraie pour TOUT scalaire λ\lambda, si bien que n'importe quel nombre serait valeur propre de n'importe quelle matrice. La notion ne distinguerait plus rien. C'est aussi pourquoi les sous-espaces propres se définissent comme des NOYAUX : Eλ=ker(AλI)E_{\lambda}=\ker(A-\lambda I) contient nécessairement 0\vec{0} (tout sous-espace le contient), et la condition « λ\lambda est valeur propre » se traduit exactement par « ce noyau contient AUTRE CHOSE que 0\vec{0} », c'est-à-dire dimEλ1\dim E_{\lambda}\geq 1, ou encore det(AλI)=0\det(A-\lambda I)=0. On voit ici pourquoi le déterminant apparaît : il s'annule précisément quand le système homogène admet des solutions non triviales.

Exercice 2 : Le polynôme caractéristique

Chercher les valeurs propres revient à chercher pour quels λ\lambda le système (AλI)v=0(A-\lambda I)\vec{v}=\vec{0} admet une solution non triviale. Le déterminant tranche.

  • a) Expliquez pourquoi la condition « λ\lambda est valeur propre de AA » équivaut à det(AλI)=0\det(A-\lambda I)=0.
  • b) Déterminez les valeurs propres de A=(4213)A=\begin{pmatrix}4&2\\1&3\end{pmatrix}.
  • c) Vérifiez vos résultats avec les deux relations λ1+λ2=tr(A)\lambda_{1}+\lambda_{2}=\operatorname{tr}(A) et λ1λ2=det(A)\lambda_{1}\lambda_{2}=\det(A).
  • d) Déterminez les valeurs propres de B=(200130451)B=\begin{pmatrix}2&0&0\\1&3&0\\4&5&-1\end{pmatrix}. Quelle particularité rend le calcul immédiat ?
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a) Par définition, λ\lambda est valeur propre s'il existe v0\vec{v}\neq\vec{0} avec Av=λvA\vec{v}=\lambda\vec{v}, ce qui s'écrit Avλv=0A\vec{v}-\lambda\vec{v}=\vec{0}, soit (AλI)v=0(A-\lambda I)\vec{v}=\vec{0} (l'insertion de II est nécessaire pour que la soustraction ait un sens matriciel). La question devient donc : le système homogène (AλI)v=0(A-\lambda I)\vec{v}=\vec{0} admet-il une solution NON TRIVIALE ? Or un système homogène carré admet des solutions non triviales si et seulement si sa matrice n'est pas inversible, c'est-à-dire si et seulement si son déterminant est nul. D'où l'équivalence λ\lambda valeur propre     det(AλI)=0\iff\det(A-\lambda I)=0 ✓. Tout le chapitre repose sur cette traduction, et elle réutilise directement le critère d'inversibilité vu au chapitre des déterminants.

b) AλI=(4λ213λ)A-\lambda I=\begin{pmatrix}4-\lambda&2\\1&3-\lambda\end{pmatrix}, de déterminant (4λ)(3λ)2=124λ3λ+λ22=λ27λ+10(4-\lambda)(3-\lambda)-2=12-4\lambda-3\lambda+\lambda^{2}-2=\lambda^{2}-7\lambda+10. En annulant : λ27λ+10=0\lambda^{2}-7\lambda+10=0, soit (λ2)(λ5)=0(\lambda-2)(\lambda-5)=0. Les valeurs propres sont donc λ1=2\lambda_{1}=2 et λ2=5\lambda_{2}=5.

c) Trace : tr(A)=4+3=7\operatorname{tr}(A)=4+3=7, et λ1+λ2=2+5=7\lambda_{1}+\lambda_{2}=2+5=7 ✓. Déterminant : det(A)=4×32×1=10\det(A)=4\times 3-2\times 1=10, et λ1λ2=2×5=10\lambda_{1}\lambda_{2}=2\times 5=10 ✓. Ces deux relations sont la lecture des coefficients du polynôme caractéristique, qui s'écrit toujours λ2tr(A)λ+det(A)\lambda^{2}-\operatorname{tr}(A)\lambda+\det(A) pour une matrice 2×22\times 2. Elles fournissent une vérification en cinq secondes, et permettent même de deviner les valeurs propres quand elles sont entières : ici, chercher deux nombres de somme 7 et de produit 10 donne immédiatement 2 et 5. C'est le contrôle à faire systématiquement à l'examen.

d) La matrice BB est TRIANGULAIRE INFÉRIEURE (tous les termes au-dessus de la diagonale sont nuls). Or le déterminant d'une matrice triangulaire est le produit de ses termes diagonaux, donc det(BλI)=(2λ)(3λ)(1λ)\det(B-\lambda I)=(2-\lambda)(3-\lambda)(-1-\lambda), qui s'annule pour λ=2\lambda=2, λ=3\lambda=3 et λ=1\lambda=-1. Les valeurs propres d'une matrice triangulaire sont donc exactement ses termes DIAGONAUX, sans aucun calcul. La particularité vaut aussi pour les matrices triangulaires supérieures et, cas limite, pour les matrices diagonales. C'est cohérent avec l'objectif du chapitre : diagonaliser une matrice, c'est la ramener à une forme où ses valeurs propres se lisent directement sur la diagonale.

Exercice 3 : Les sous-espaces propres

Une fois les valeurs propres connues, chaque λ\lambda donne un système homogène à résoudre. Le sous-espace obtenu est le sous-espace propre, et c'est sa DIMENSION qui décidera de tout au prochain exercice.

  • a) Pour A=(4213)A=\begin{pmatrix}4&2\\1&3\end{pmatrix} (valeurs propres 2 et 5), déterminez E2=ker(A2I)E_{2}=\ker(A-2I) et donnez-en une base.
  • b) Déterminez de même E5E_{5} et donnez-en une base.
  • c) Vérifiez directement que vos deux vecteurs propres satisfont Av=λvA\vec{v}=\lambda\vec{v}. Forment-ils une base de R2\mathbb{R}^{2} ?
  • d) Pourquoi un vecteur propre n'est-il jamais unique ? Que peut-on dire de tous les vecteurs propres associés à une même valeur propre ?
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a) A2I=(2211)A-2I=\begin{pmatrix}2&2\\1&1\end{pmatrix}. Le système (A2I)v=0(A-2I)\vec{v}=\vec{0} s'écrit 2x+2y=02x+2y=0 et x+y=0x+y=0 : les deux équations sont proportionnelles et se réduisent à x=yx=-y. En posant y=ty=t : v=(t,t)=t(1,1)\vec{v}=(-t,t)=t(-1,1). Donc E2=vect{(11)}E_{2}=\text{vect}\left\{\begin{pmatrix}-1\\1\end{pmatrix}\right\}, une droite, et dimE2=1\dim E_{2}=1. Contrôle de cohérence utile : le système DOIT être dégénéré (deux équations proportionnelles), sinon la seule solution serait 0\vec{0} et λ=2\lambda=2 ne serait pas valeur propre. Si l'échelonnement ne dégénère pas, c'est qu'il y a une erreur dans le polynôme caractéristique.

b) A5I=(1212)A-5I=\begin{pmatrix}-1&2\\1&-2\end{pmatrix}. Le système donne x+2y=0-x+2y=0, soit x=2yx=2y. En posant y=ty=t : v=(2t,t)=t(2,1)\vec{v}=(2t,t)=t(2,1). Donc E5=vect{(21)}E_{5}=\text{vect}\left\{\begin{pmatrix}2\\1\end{pmatrix}\right\} et dimE5=1\dim E_{5}=1. Là encore les deux lignes sont proportionnelles ✓.

c) Vérification pour λ=2\lambda=2 : A(11)=(4+21+3)=(22)=2(11)A\begin{pmatrix}-1\\1\end{pmatrix}=\begin{pmatrix}-4+2\\-1+3\end{pmatrix}=\begin{pmatrix}-2\\2\end{pmatrix}=2\begin{pmatrix}-1\\1\end{pmatrix} ✓. Pour λ=5\lambda=5 : A(21)=(8+22+3)=(105)=5(21)A\begin{pmatrix}2\\1\end{pmatrix}=\begin{pmatrix}8+2\\2+3\end{pmatrix}=\begin{pmatrix}10\\5\end{pmatrix}=5\begin{pmatrix}2\\1\end{pmatrix} ✓. Forment-ils une base de R2\mathbb{R}^{2} ? Ils sont deux dans un espace de dimension 2, il suffit donc de vérifier l'indépendance : le déterminant 1211=12=30\begin{vmatrix}-1&2\\1&1\end{vmatrix}=-1-2=-3\neq 0, ils sont indépendants et forment bien une BASE. C'est ce fait qui rendra AA diagonalisable : il existe une base de R2\mathbb{R}^{2} entièrement composée de vecteurs propres.

d) Un vecteur propre n'est jamais unique parce que tout multiple non nul d'un vecteur propre est encore un vecteur propre pour la même valeur propre : si Av=λvA\vec{v}=\lambda\vec{v}, alors A(cv)=cAv=cλv=λ(cv)A(c\vec{v})=cA\vec{v}=c\lambda\vec{v}=\lambda(c\vec{v}) pour tout c0c\neq 0 ✓. Géométriquement, c'est la DIRECTION qui est propre, pas un vecteur particulier de cette direction. Plus généralement, l'ensemble des vecteurs propres associés à λ\lambda, auquel on adjoint 0\vec{0}, forme exactement le sous-espace Eλ=ker(AλI)E_{\lambda}=\ker(A-\lambda I) : il est donc fermé pour l'addition et la multiplication scalaire. Conséquence pratique pour l'examen : deux étudiants peuvent donner (11)\begin{pmatrix}-1\\1\end{pmatrix} et (33)\begin{pmatrix}3\\-3\end{pmatrix} comme vecteur propre et avoir tous deux raison. Seule la direction compte, et c'est pourquoi la réponse attendue est une BASE du sous-espace propre plutôt qu'un vecteur imposé.

Exercice 4 : Diagonaliser : construire P et D

Diagonaliser, c'est réécrire la matrice dans la base de ses vecteurs propres. La seule difficulté technique est de respecter l'ORDRE des colonnes.

  • a) Pour A=(4213)A=\begin{pmatrix}4&2\\1&3\end{pmatrix}, écrivez PP et DD telles que A=PDP1A=PDP^{-1}.
  • b) Calculez P1P^{-1} et vérifiez explicitement que PDP1=APDP^{-1}=A.
  • c) Que se passe-t-il si l'on échange les deux colonnes de PP sans toucher à DD ? Illustrez le problème.
  • d) Interprétez géométriquement l'égalité A=PDP1A=PDP^{-1} : que fait chacune des trois matrices, lues de droite à gauche ?
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a) On place les vecteurs propres en COLONNES de PP et les valeurs propres correspondantes sur la diagonale de DD, dans le même ordre. Avec v2=(11)\vec{v}_{2}=\begin{pmatrix}-1\\1\end{pmatrix} pour λ=2\lambda=2 et v5=(21)\vec{v}_{5}=\begin{pmatrix}2\\1\end{pmatrix} pour λ=5\lambda=5 : P=(1211)P=\begin{pmatrix}-1&2\\1&1\end{pmatrix} et D=(2005)D=\begin{pmatrix}2&0\\0&5\end{pmatrix}.

b) detP=(1)(1)(2)(1)=3\det P=(-1)(1)-(2)(1)=-3, donc P1=13(1211)=(13231313)P^{-1}=\frac{1}{-3}\begin{pmatrix}1&-2\\-1&-1\end{pmatrix}=\begin{pmatrix}-\frac{1}{3}&\frac{2}{3}\\\frac{1}{3}&\frac{1}{3}\end{pmatrix}. Vérification : PD=(1211)(2005)=(21025)PD=\begin{pmatrix}-1&2\\1&1\end{pmatrix}\begin{pmatrix}2&0\\0&5\end{pmatrix}=\begin{pmatrix}-2&10\\2&5\end{pmatrix}. Puis PDP1=(21025)(13231313)=(23+10343+10323+5343+53)=(4213)=APDP^{-1}=\begin{pmatrix}-2&10\\2&5\end{pmatrix}\begin{pmatrix}-\frac{1}{3}&\frac{2}{3}\\\frac{1}{3}&\frac{1}{3}\end{pmatrix}=\begin{pmatrix}\frac{2}{3}+\frac{10}{3}&-\frac{4}{3}+\frac{10}{3}\\-\frac{2}{3}+\frac{5}{3}&\frac{4}{3}+\frac{5}{3}\end{pmatrix}=\begin{pmatrix}4&2\\1&3\end{pmatrix}=A ✓.

c) Si l'on échange les colonnes de PP pour obtenir P=(2111)P'=\begin{pmatrix}2&-1\\1&1\end{pmatrix} tout en gardant D=(2005)D=\begin{pmatrix}2&0\\0&5\end{pmatrix}, l'égalité tombe : on affirmerait alors que (21)\begin{pmatrix}2\\1\end{pmatrix} est associé à la valeur propre 2, alors qu'il l'est à 5. Le calcul le confirme, PDP1=(3214)AP'DP'^{-1}=\begin{pmatrix}3&-2\\-1&4\end{pmatrix}\neq A. La règle est donc stricte : la ii-ème colonne de PP doit être un vecteur propre associé au ii-ème terme diagonal de DD. En revanche, échanger simultanément les colonnes de PP ET les termes de DD est parfaitement licite et donne une autre diagonalisation, tout aussi valable : la diagonalisation n'est donc pas unique, seul l'APPARIEMENT compte.

d) Lue de droite à gauche sur un vecteur x\vec{x}, l'égalité Ax=PDP1xA\vec{x}=PDP^{-1}\vec{x} se décompose en trois étapes. D'abord P1P^{-1} CHANGE DE BASE : il exprime x\vec{x} dans la base des vecteurs propres, c'est-à-dire qu'il donne les coordonnées de x\vec{x} le long des deux directions privilégiées. Ensuite DD agit dans cette base, et son action est la plus simple possible : elle multiplie la première coordonnée par 2 et la seconde par 5, sans aucun mélange, puisque DD est diagonale. Enfin PP REVIENT à la base canonique. La transformation compliquée AA est donc une simple double dilatation, à condition de la regarder dans le bon repère. C'est tout le sens du chapitre : AA ne mélange les coordonnées que parce qu'on l'observe dans une base mal choisie, et diagonaliser revient à choisir le repère où la transformation devient transparente.

Partie B : Niveau examen (/22)

Exercice 5 : Le critère de diagonalisabilité et la matrice qui échoue

Toutes les matrices ne sont pas diagonalisables, et l'examen teste presque toujours ce point. Le critère se ramène à une comparaison de deux multiplicités.

  • a) Énoncez le critère exact de diagonalisabilité, en distinguant multiplicité algébrique et multiplicité géométrique.
  • b) Montrez que A=(3103)A=\begin{pmatrix}3&1\\0&3\end{pmatrix} n'est PAS diagonalisable, en calculant les deux multiplicités.
  • c) Montrez au contraire que B=(3003)B=\begin{pmatrix}3&0\\0&3\end{pmatrix} est diagonalisable, bien qu'elle ait aussi une valeur propre double. Que change la différence entre AA et BB ?
  • d) Démontrez que si une matrice n×nn\times n possède nn valeurs propres DISTINCTES, alors elle est diagonalisable. Utilisez ce résultat pour conclure sans calcul sur (5702)\begin{pmatrix}5&7\\0&-2\end{pmatrix}.
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a) Multiplicité ALGÉBRIQUE de λ\lambda : son ordre de multiplicité comme racine du polynôme caractéristique. Multiplicité GÉOMÉTRIQUE de λ\lambda : la dimension du sous-espace propre Eλ=ker(AλI)E_{\lambda}=\ker(A-\lambda I), autrement dit le nombre de vecteurs propres indépendants associés à λ\lambda. On a toujours 11\leq géométrique \leq algébrique. CRITÈRE : AA de taille nn est diagonalisable si et seulement si, pour CHAQUE valeur propre, la multiplicité géométrique égale la multiplicité algébrique; de façon équivalente, si et seulement si la somme des dimensions des sous-espaces propres vaut nn, c'est-à-dire s'il existe une base de l'espace formée de vecteurs propres.

b) AA est triangulaire, donc ses valeurs propres sont ses termes diagonaux : λ=3\lambda=3, avec multiplicité ALGÉBRIQUE 2 (le polynôme caractéristique est (3λ)2(3-\lambda)^{2}). Multiplicité géométrique : A3I=(0100)A-3I=\begin{pmatrix}0&1\\0&0\end{pmatrix}, et le système (A3I)v=0(A-3I)\vec{v}=\vec{0} donne la seule équation y=0y=0, avec xx libre. Donc E3=vect{(10)}E_{3}=\text{vect}\left\{\begin{pmatrix}1\\0\end{pmatrix}\right\} et dimE3=1\dim E_{3}=1. Comparaison : géométrique =1<2==1<2= algébrique. Le critère échoue, AA n'est PAS diagonalisable ✓. Concrètement, il n'existe qu'UNE direction propre dans un espace de dimension 2 : impossible de construire une base de vecteurs propres, et donc impossible de former une matrice PP inversible.

c) B=3IB=3I est également triangulaire de valeur propre 3 avec multiplicité algébrique 2. Mais ici B3I=(0000)B-3I=\begin{pmatrix}0&0\\0&0\end{pmatrix}, la matrice NULLE : le système (B3I)v=0(B-3I)\vec{v}=\vec{0} n'impose AUCUNE condition, toute solution convient, donc E3=R2E_{3}=\mathbb{R}^{2} et dimE3=2\dim E_{3}=2. Géométrique =2==2= algébrique : le critère est satisfait et BB est diagonalisable. Elle l'est même déjà, puisqu'elle est diagonale, avec P=IP=I. Ce qui change entre AA et BB est le terme hors diagonale : B=3IB=3I dilate uniformément toutes les directions, si bien que TOUT vecteur non nul est propre; AA, elle, ajoute un CISAILLEMENT qui ne laisse invariante qu'une seule direction. Deux matrices avec le même polynôme caractéristique peuvent donc avoir des comportements opposés : le polynôme caractéristique seul ne décide jamais de la diagonalisabilité, et c'est la raison d'être de la multiplicité géométrique.

d) Démonstration. Soient λ1,,λn\lambda_{1},\ldots,\lambda_{n} les nn valeurs propres distinctes, et v1,,vn\vec{v}_{1},\ldots,\vec{v}_{n} des vecteurs propres associés. Le point clef est que des vecteurs propres associés à des valeurs propres DISTINCTES sont linéairement indépendants. Voyons-le pour deux : supposons c1v1+c2v2=0c_{1}\vec{v}_{1}+c_{2}\vec{v}_{2}=\vec{0}. En appliquant AA : c1λ1v1+c2λ2v2=0c_{1}\lambda_{1}\vec{v}_{1}+c_{2}\lambda_{2}\vec{v}_{2}=\vec{0}. En multipliant la première relation par λ1\lambda_{1} et en soustrayant : c2(λ2λ1)v2=0c_{2}(\lambda_{2}-\lambda_{1})\vec{v}_{2}=\vec{0}. Comme λ2λ1\lambda_{2}\neq\lambda_{1} et v20\vec{v}_{2}\neq\vec{0}, il vient c2=0c_{2}=0, puis c1=0c_{1}=0 ✓ (le cas général se traite de même par récurrence). On dispose donc de nn vecteurs indépendants dans un espace de dimension nn : ils en forment une base, entièrement composée de vecteurs propres, et AA est diagonalisable ✓. Application : (5702)\begin{pmatrix}5&7\\0&-2\end{pmatrix} est triangulaire, ses valeurs propres sont 5 et 2-2, qui sont DISTINCTES et au nombre de 2 dans un espace de dimension 2. Elle est donc diagonalisable, sans avoir eu à calculer le moindre vecteur propre. Attention à ne pas retourner l'implication : la condition est SUFFISANTE, pas nécessaire, comme le montre B=3IB=3I du point c), diagonalisable avec une valeur propre double.

Exercice 6 : Problème : puissances d'une matrice et deux populations couplées

La diagonalisation n'est pas un exercice formel : elle permet de calculer AnA^{n} pour nn grand, et donc de prédire l'évolution à long terme d'un système couplé. C'est l'application qui justifie tout le chapitre.

  • a) Pour A=(4213)A=\begin{pmatrix}4&2\\1&3\end{pmatrix} diagonalisée en P=(1211)P=\begin{pmatrix}-1&2\\1&1\end{pmatrix} et D=(2005)D=\begin{pmatrix}2&0\\0&5\end{pmatrix}, démontrez la formule An=PDnP1A^{n}=PD^{n}P^{-1}.
  • b) Calculez A3A^{3} par cette formule, puis vérifiez par multiplication directe.
  • c) Deux populations évoluent chaque année selon {xk+1=4xk+2ykyk+1=xk+3yk\begin{cases}x_{k+1}=4x_{k}+2y_{k}\\y_{k+1}=x_{k}+3y_{k}\end{cases}, avec x0=3x_{0}=3 et y0=1y_{0}=1. Exprimez (xkyk)\begin{pmatrix}x_{k}\\y_{k}\end{pmatrix} en fonction de kk.
  • d) Vers quelle proportion xkyk\frac{x_{k}}{y_{k}} tend le système quand kk\to\infty ? Interprétez ce résultat en termes de valeurs propres.
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a) Démonstration par récurrence, ou plus directement par télescopage. Pour n=2n=2 : A2=(PDP1)(PDP1)=PD(P1P)DP1=PDIDP1=PD2P1A^{2}=\left(PDP^{-1}\right)\left(PDP^{-1}\right)=PD\left(P^{-1}P\right)DP^{-1}=PDIDP^{-1}=PD^{2}P^{-1} ✓, où l'on a utilisé P1P=IP^{-1}P=I. Le même mécanisme se répète : dans An=(PDP1)nA^{n}=\left(PDP^{-1}\right)^{n}, tous les facteurs intérieurs P1PP^{-1}P se simplifient deux à deux, et il ne reste que PDnP1PD^{n}P^{-1}. L'intérêt est décisif : DnD^{n} se calcule sans effort, puisqu'une matrice diagonale élevée à la puissance nn se réduit à (λ1n00λ2n)\begin{pmatrix}\lambda_{1}^{n}&0\\0&\lambda_{2}^{n}\end{pmatrix}. On remplace donc nn multiplications matricielles par deux multiplications et deux exponentiations de nombres.

b) D3=(800125)D^{3}=\begin{pmatrix}8&0\\0&125\end{pmatrix}. Puis PD3=(1211)(800125)=(82508125)PD^{3}=\begin{pmatrix}-1&2\\1&1\end{pmatrix}\begin{pmatrix}8&0\\0&125\end{pmatrix}=\begin{pmatrix}-8&250\\8&125\end{pmatrix}, et A3=PD3P1=(82508125)(13231313)=(83+2503163+250383+1253163+1253)=(86783947)A^{3}=PD^{3}P^{-1}=\begin{pmatrix}-8&250\\8&125\end{pmatrix}\begin{pmatrix}-\frac{1}{3}&\frac{2}{3}\\\frac{1}{3}&\frac{1}{3}\end{pmatrix}=\begin{pmatrix}\frac{8}{3}+\frac{250}{3}&-\frac{16}{3}+\frac{250}{3}\\-\frac{8}{3}+\frac{125}{3}&\frac{16}{3}+\frac{125}{3}\end{pmatrix}=\begin{pmatrix}86&78\\39&47\end{pmatrix}. Vérification directe : A2=(4213)2=(1814711)A^{2}=\begin{pmatrix}4&2\\1&3\end{pmatrix}^{2}=\begin{pmatrix}18&14\\7&11\end{pmatrix}, puis A3=A2A=(1814711)(4213)=(72+1436+4228+1114+33)=(86783947)A^{3}=A^{2}A=\begin{pmatrix}18&14\\7&11\end{pmatrix}\begin{pmatrix}4&2\\1&3\end{pmatrix}=\begin{pmatrix}72+14&36+42\\28+11&14+33\end{pmatrix}=\begin{pmatrix}86&78\\39&47\end{pmatrix} ✓.

c) Le système s'écrit uk+1=Auk\vec{u}_{k+1}=A\vec{u}_{k} avec uk=(xkyk)\vec{u}_{k}=\begin{pmatrix}x_{k}\\y_{k}\end{pmatrix}, donc uk=Aku0\vec{u}_{k}=A^{k}\vec{u}_{0}. La méthode efficace consiste à décomposer u0\vec{u}_{0} dans la base propre : cherchons aa et bb tels que (31)=a(11)+b(21)\begin{pmatrix}3\\1\end{pmatrix}=a\begin{pmatrix}-1\\1\end{pmatrix}+b\begin{pmatrix}2\\1\end{pmatrix}. Cela donne a+2b=3-a+2b=3 et a+b=1a+b=1; en additionnant, 3b=43b=4, donc b=43b=\frac{4}{3} et a=143=13a=1-\frac{4}{3}=-\frac{1}{3}. Comme AkA^{k} agit sur chaque vecteur propre en le multipliant par λk\lambda^{k} : uk=132k(11)+435k(21)\vec{u}_{k}=-\frac{1}{3}\cdot 2^{k}\begin{pmatrix}-1\\1\end{pmatrix}+\frac{4}{3}\cdot 5^{k}\begin{pmatrix}2\\1\end{pmatrix}, soit xk=2k3+85k3x_{k}=\frac{2^{k}}{3}+\frac{8\cdot 5^{k}}{3} et yk=2k3+45k3y_{k}=-\frac{2^{k}}{3}+\frac{4\cdot 5^{k}}{3}. Contrôle en k=0k=0 : x0=13+83=3x_{0}=\frac{1}{3}+\frac{8}{3}=3 ✓ et y0=13+43=1y_{0}=-\frac{1}{3}+\frac{4}{3}=1 ✓. Contrôle en k=1k=1 : x1=23+403=14x_{1}=\frac{2}{3}+\frac{40}{3}=14 et directement 4(3)+2(1)=144(3)+2(1)=14 ✓.

d) On calcule xkyk=2k3+85k32k3+45k3=2k+85k2k+45k\frac{x_{k}}{y_{k}}=\frac{\frac{2^{k}}{3}+\frac{8\cdot 5^{k}}{3}}{-\frac{2^{k}}{3}+\frac{4\cdot 5^{k}}{3}}=\frac{2^{k}+8\cdot 5^{k}}{-2^{k}+4\cdot 5^{k}}. En divisant haut et bas par 5k5^{k} : (25)k+8(25)k+4\frac{\left(\frac{2}{5}\right)^{k}+8}{-\left(\frac{2}{5}\right)^{k}+4}. Comme 25<1\frac{2}{5}<1, le terme (25)k\left(\frac{2}{5}\right)^{k} tend vers 0, et la limite vaut 84=2\frac{8}{4}=2. La proportion tend donc vers 2, c'est-à-dire exactement le rapport des composantes du vecteur propre (21)\begin{pmatrix}2\\1\end{pmatrix}. Interprétation : la valeur propre DOMINANTE est celle de plus grand module, ici λ=5\lambda=5, et à long terme sa contribution écrase celle de λ=2\lambda=2 puisque 5k5^{k} croît infiniment plus vite que 2k2^{k}. Le système s'aligne donc sur la direction propre dominante, quelle que soit la condition initiale (pourvu que sa composante bb sur cette direction soit non nulle). C'est le principe qui gouverne les chaînes de Markov, les modèles de populations structurées et l'algorithme PageRank de Google : la valeur propre dominante fixe le TAUX de croissance (ici, la population est multipliée par 5 à chaque période à long terme) et son vecteur propre fixe la RÉPARTITION d'équilibre.

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