Algèbre linéaire 201-NYC / Maths 105 • Complément québécois de Première et cégep
Exercices corrigés : déterminants, cofacteurs et règle de Cramer (201-NYC / Maths 105)
Voici la série d'exercices corrigés d'algèbre linéaire et géométrie vectorielle (cours 201-NYC, aussi appelé Maths 105 selon le programme visé) sur les déterminants et la règle de Cramer. La partie A couvre les bases : déterminants 2×2 et 3×3 calculés de deux façons, déterminant d'ordre 4 par développement selon les cofacteurs, effet des opérations élémentaires sur la valeur du déterminant, matrice adjointe et inverse par cofacteurs. La partie B monte au niveau examen : démonstrations sur les propriétés multiplicatives, recherche des paramètres qui rendent une matrice singulière, et résolution complète d'un problème par la règle de Cramer.
Le déterminant est l'outil qui rassemble tout le cours. Il décide si une famille de vecteurs est libre, si une matrice est inversible, si un système admet une solution unique, et il mesure une aire ou un volume. Le même nombre répond à quatre questions différentes, et l'évaluation aime passer de l'une à l'autre sans prévenir.
Un conseil de méthode avant de commencer : ne calculez jamais un déterminant d'ordre 4 en développant selon la première ligne par réflexe. Cherchez d'abord la ligne ou la colonne qui contient le plus de zéros, ou créez-en avec une opération élémentaire. Un développement bien choisi remplace quatre déterminants 3×3 par un seul.
Rappel de cours
•Déterminant 2×2 : acbd=ad−bc.
•Cofacteur : Cij=(−1)i+jMij, où Mij est le mineur, c'est-à-dire le déterminant obtenu en supprimant la ligne i et la colonne j. Le facteur (−1)i+j suit le damier de signes qui commence par un plus en haut à gauche.
•Développement selon les cofacteurs : det(A)=∑jaijCij pour n'importe quelle ligne i fixée, ou det(A)=∑iaijCij pour n'importe quelle colonne j fixée. Toutes ces valeurs coïncident, donc on choisit la ligne ou la colonne qui contient le plus de zéros.
•Effet des opérations élémentaires : échanger deux lignes change le signe du déterminant ; multiplier une ligne par k multiplie le déterminant par k ; ajouter à une ligne un multiple d'une autre ligne ne change PAS le déterminant. C'est cette dernière propriété qui permet de fabriquer des zéros gratuitement.
•Propriétés multiplicatives : det(AB)=det(A)det(B), det(AT)=det(A), det(kA)=kndet(A) pour une matrice n×n, et det(A−1)=det(A)1 lorsque A est inversible.
•Inversibilité : A est inversible si et seulement si det(A)=0. On dit alors que A est régulière ; sinon elle est singulière. Inverse par cofacteurs : A−1=det(A)1adj(A), où adj(A) est la transposée de la matrice des cofacteurs.
•Règle de Cramer : pour un système AX=B de n équations à n inconnues avec det(A)=0, la i-ième inconnue vaut xi=det(A)det(Ai), où Ai est la matrice A dans laquelle on a remplacé la i-ième colonne par le membre de droite B.
Partie A : Les bases (/28)
Exercice 1 : Déterminants d'ordre 2 et 3, deux méthodes
On considère les matrices A=(35−24) et B=201−14235−2.
a) Calculez det(A).
b) Calculez det(B) par la règle de Sarrus.
c) Recalculez det(B) par développement selon les cofacteurs de la première colonne, et vérifiez que vous retrouvez le même nombre.
d) Les matrices A et B sont-elles inversibles ? Justifiez.
Voir la correction
a) det(A)=(3)(4)−(−2)(5)=12+10=22. Attention au double signe négatif, c'est l'erreur la plus fréquente sur un déterminant 2×2.
b) Règle de Sarrus : on recopie les deux premières colonnes à droite, puis on somme les trois diagonales descendantes et on retranche les trois diagonales montantes. Diagonales descendantes : (2)(4)(−2)=−16, (−1)(5)(1)=−5, (3)(0)(2)=0, de somme −21. Diagonales montantes : (1)(4)(3)=12, (2)(5)(2)=20, (−2)(0)(−1)=0, de somme 32. Donc det(B)=−21−32=−53.
c) La première colonne contient un zéro, elle est donc un bon choix. det(B)=2C11+0C21+1C31, et le terme du milieu disparaît. On a C11=(+1)425−2=(4)(−2)−(5)(2)=−8−10=−18 et C31=(+1)−1435=(−1)(5)−(3)(4)=−5−12=−17. Le signe de C31 est positif car (−1)3+1=+1. Donc det(B)=2(−18)+1(−17)=−36−17=−53. Les deux méthodes concordent.
Un rappel important : la règle de Sarrus ne fonctionne QUE pour les matrices 3×3. Elle ne se généralise pas à l'ordre 4, contrairement à ce que beaucoup d'étudiants tentent en examen. Au-delà de l'ordre 3, seul le développement selon les cofacteurs est valable.
d) det(A)=22=0, donc A est inversible. det(B)=−53=0, donc B est inversible également. Un déterminant négatif n'empêche rien : c'est la nullité, et elle seule, qui fait obstacle à l'inversibilité.
Exercice 2 : Déterminant d'ordre 4 par les cofacteurs
On considère la matrice d'ordre 4 : C=2041012010323010.
a) Quelle ligne ou quelle colonne choisiriez-vous pour le développement selon les cofacteurs ? Justifiez votre choix.
b) Calculez det(C).
c) Sans aucun nouveau calcul, donnez det(CT) et justifiez.
d) Sans recalculer de déterminant, donnez det(2C) et justifiez.
Voir la correction
a) La deuxième ligne, (0;1;0;0), contient trois zéros : c'est le meilleur choix possible, puisque le développement se réduit à un seul terme au lieu de quatre. La deuxième colonne, (0;1;2;0), en contient deux, elle serait le deuxième choix. Développer selon la première ligne obligerait à calculer trois déterminants 3×3 pour rien.
b) On développe selon la deuxième ligne. Seul le coefficient a22=1 est non nul, et son signe est (−1)2+2=+1. Donc det(C)=1×241132310, mineur obtenu en supprimant la deuxième ligne et la deuxième colonne.
On calcule ce déterminant 3×3 par développement selon sa première ligne : 2((3)(0)−(1)(2))−1((4)(0)−(1)(1))+3((4)(2)−(3)(1))=2(−2)−1(−1)+3(8−3)=−4+1+15=12. Donc det(C)=12.
c) det(CT)=det(C)=12. Le déterminant d'une matrice et celui de sa transposée sont toujours égaux. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle on peut développer indifféremment selon une ligne ou selon une colonne : transposer échange les deux rôles sans changer le résultat.
d) det(2C)=24det(C)=16×12=192. L'erreur à éviter ici est d'écrire det(2C)=2det(C). Multiplier la matrice entière par 2 revient à multiplier CHACUNE de ses quatre lignes par 2, et chaque ligne multipliée sort un facteur 2 du déterminant, d'où 24. La règle générale est det(kA)=kndet(A) pour une matrice n×n, et c'est l'exposant n qui est régulièrement oublié en examen.
Exercice 3 : Propriétés du déterminant et opérations élémentaires
Soit A une matrice carrée d'ordre 3 dont on sait seulement que det(A)=6. On ne connaît aucun de ses coefficients.
Dans chaque cas, donnez la valeur demandée en justifiant par la propriété utilisée, sans jamais chercher à reconstituer A.
a) On obtient A1 en échangeant la première et la troisième ligne de A. Que vaut det(A1) ?
b) On obtient A2 en multipliant la deuxième ligne de A par 5. Que vaut det(A2) ? Que vaut det(5A) ?
c) On obtient A3 en ajoutant à la deuxième ligne de A quatre fois la première ligne. Que vaut det(A3) ?
d) Donnez det(A2), det(A−1) et det(AT). Que vaudrait det(A+A) ?
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a) Échanger deux lignes change le signe du déterminant : det(A1)=−6.
b) Multiplier UNE ligne par 5 multiplie le déterminant par 5 : det(A2)=5×6=30. En revanche, 5A multiplie les TROIS lignes par 5, donc det(5A)=53×6=125×6=750. C'est exactement la distinction que l'examen cherche à tester en posant les deux questions côte à côte.
c) Ajouter à une ligne un multiple d'une autre ligne ne modifie pas le déterminant : det(A3)=6. C'est la propriété la plus utile de toutes, car elle autorise à créer des zéros librement avant un développement par cofacteurs, sans avoir à corriger le résultat ensuite.
d) det(A2)=det(A)det(A)=6×6=36, par la propriété det(AB)=det(A)det(B). Comme det(A)=6=0, la matrice A est inversible et det(A−1)=det(A)1=61. Enfin det(AT)=det(A)=6.
Pour det(A+A) : le piège consiste à écrire det(A)+det(A)=12. C'est faux, car le déterminant n'est PAS additif. Il faut voir que A+A=2A, donc det(A+A)=det(2A)=23×6=48. Retenez la formule qui n'existe pas : det(A+B)=det(A)+det(B) en général. Le déterminant est multiplicatif, jamais additif.
Exercice 4 : Matrice adjointe et inverse par les cofacteurs
On considère la matrice A=105216340.
a) Calculez det(A) et concluez sur l'inversibilité de A.
b) Calculez les neuf cofacteurs de A.
c) Déduisez-en la matrice adjointe adj(A), puis A−1.
d) Vérifiez votre résultat en calculant le produit AA−1.
Voir la correction
a) Développement selon la première ligne : det(A)=1((1)(0)−(4)(6))−2((0)(0)−(4)(5))+3((0)(6)−(1)(5))=1(−24)−2(−20)+3(−5)=−24+40−15=1. Le déterminant vaut 1=0, donc A est inversible. Ce déterminant égal à 1 va rendre la suite particulièrement lisible, puisque diviser par 1 ne change rien.
b) On applique Cij=(−1)i+jMij, en suivant le damier de signes +−+−+−+−+.
c) La matrice des cofacteurs est −2418520−15−4−541. L'adjointe en est la TRANSPOSÉE : adj(A)=−2420−518−1545−41. Oublier de transposer est l'erreur numéro un de cet exercice, et elle est invisible tant qu'on ne vérifie pas le produit final.
d) Première ligne du produit AA−1 : (1)(−24)+(2)(20)+(3)(−5)=−24+40−15=1, puis (1)(18)+(2)(−15)+(3)(4)=18−30+12=0, puis (1)(5)+(2)(−4)+(3)(1)=5−8+3=0. On obtient bien (1;0;0). En poursuivant de même sur les deux autres lignes, on obtient la matrice identité I3, ce qui valide l'inverse. Cette vérification prend une minute et rattrape toutes les erreurs de signe : ne la sautez jamais.
Partie B : Niveau examen (/22)
Exercice 5 : Démonstrations et matrice singulière à paramètre
Cet exercice mêle démonstration et recherche de paramètre. Les questions a) et b) se traitent sans aucun coefficient numérique.
a) Démontrez que si A est une matrice carrée possédant deux lignes identiques, alors det(A)=0. On utilisera l'effet d'un échange de lignes.
b) Soit A une matrice inversible. Démontrez que det(A−1)=det(A)1.
c) Déterminez toutes les valeurs de k pour lesquelles la matrice M=k121k121k est singulière.
d) Pour la valeur entière de k trouvée en c), exhibez une relation de dépendance linéaire explicite entre les lignes de M, et expliquez pourquoi une telle relation devait nécessairement exister.
Voir la correction
a) Soit A une matrice dont les lignes Li et Lj sont identiques, avec i=j. Échangeons ces deux lignes : la matrice obtenue, appelons-la A′, est rigoureusement identique à A, puisque les deux lignes échangées portaient les mêmes coefficients. Donc det(A′)=det(A). Mais par la propriété de l'échange de lignes, det(A′)=−det(A). En combinant : det(A)=−det(A), donc 2det(A)=0, donc det(A)=0. La démonstration tient en trois lignes et n'utilise aucun coefficient.
Conséquence géométrique cohérente : deux lignes identiques signifient deux vecteurs égaux parmi les lignes, donc une famille liée, donc un volume nul.
b) Par définition de l'inverse, AA−1=I. On applique le déterminant aux deux membres : det(AA−1)=det(I). Le membre de gauche se factorise par la propriété multiplicative : det(A)det(A−1). Le membre de droite vaut 1, puisque le déterminant de la matrice identité est 1. Donc det(A)det(A−1)=1. Comme A est inversible, det(A)=0, et on peut diviser : det(A−1)=det(A)1.
Remarquez au passage ce que cette égalité démontre en creux : l'inverse d'une matrice à coefficients entiers n'a de coefficients entiers que si det(A)=±1.
c) On développe selon la première ligne : det(M)=kk11k−1121k+212k1=k(k2−1)−1(k−2)+2(1−2k).
En développant : k3−k−k+2+2−4k=k3−6k+4. La matrice est singulière lorsque ce polynôme s'annule. On cherche une racine évidente parmi les diviseurs de 4 : pour k=2, on a 8−12+4=0. Donc k=2 est racine, et on factorise par k−2 : k3−6k+4=(k−2)(k2+2k−2).
Le facteur quadratique donne k=2−2±4+8=2−2±23=−1±3. La matrice M est donc singulière pour k=2, k=−1+3≈0,73 et k=−1−3≈−2,73. Trois valeurs, et non une seule : un déterminant d'ordre 3 à paramètre sur la diagonale donne un polynôme de degré 3, il faut aller chercher toutes ses racines.
d) Pour k=2, la matrice devient M=212121212. Les lignes L1 et L3 sont identiques, donc L1−L3=(0;0;0) est une relation de dépendance explicite, à coefficients (1;0;−1) non tous nuls.
Une telle relation devait nécessairement exister : det(M)=0 équivaut à dire que les lignes de M forment une famille liée, et une famille liée est précisément une famille admettant une combinaison linéaire nulle à coefficients non tous nuls. Le déterminant nul et la relation de dépendance sont deux formulations du même fait, l'une numérique et l'autre structurelle. Ici, la question a) donne même le résultat sans aucun calcul : deux lignes identiques suffisent à conclure que det(M)=0.
Exercice 6 : Problème : trois formules d'atelier résolues par la règle de Cramer
Un centre d'aide aux devoirs facture trois formules : une séance individuelle, une séance en duo et un atelier de groupe. On ne connaît pas les tarifs unitaires, mais on dispose de trois relevés hebdomadaires.
Semaine 1 : 2 séances individuelles, 1 séance en duo et 1 atelier annulé et remboursé (donc compté négativement) donnent un solde de 2 unités de facturation. Semaine 2 : 1 individuelle, 3 duos et 1 atelier remboursé donnent 2 unités. Semaine 3 : 3 individuelles, 1 duo remboursé et 2 ateliers donnent 11 unités.
En notant x, y et z les tarifs respectifs des trois formules, on obtient le système ⎩⎨⎧2x+y−z=2x+3y−z=23x−y+2z=11.
a) Écrivez le système sous la forme matricielle AX=B et calculez det(A).
b) La règle de Cramer est-elle applicable ? Que peut-on affirmer sur le nombre de solutions avant même de les calculer ?
c) Calculez det(Ax) et déduisez-en x.
d) Calculez det(Ay) et det(Az), puis déduisez-en y et z.
e) Vérifiez la solution dans les trois équations d'origine.
f) On modifie le troisième relevé, dont le membre de droite passe de 11 à 14, les coefficients restant inchangés. Sans refaire tout le travail, expliquez ce qui doit être recalculé et ce qui reste valable, puis donnez la nouvelle valeur de x.
Voir la correction
a) A=21313−1−1−12, X=xyz et B=2211.
Développement selon la première ligne : det(A)=2((3)(2)−(−1)(−1))−1((1)(2)−(−1)(3))+(−1)((1)(−1)−(3)(3))=2(6−1)−1(2+3)−1(−1−9)=10−5+10=15.
b) Le déterminant vaut 15=0, donc A est inversible et la règle de Cramer s'applique. On peut affirmer AVANT tout calcul que le système admet une solution unique. C'est le rôle exact du déterminant du système : il tranche la question de l'existence et de l'unicité sans donner la solution. Si det(A) avait été nul, Cramer aurait été inutilisable et il aurait fallu passer par Gauss-Jordan pour distinguer entre aucune solution et une infinité.
c) On remplace la première colonne de A par B : det(Ax)=221113−1−1−12=2(6−1)−1(4+11)+(−1)(−2−33)=10−15+35=30. Donc x=det(A)det(Ax)=1530=2.
d) On remplace la deuxième colonne par B : det(Ay)=2132211−1−12=2((2)(2)−(−1)(11))−2((1)(2)−(−1)(3))+(−1)((1)(11)−(2)(3))=2(15)−2(5)−1(5)=30−10−5=15. Donc y=1515=1.
Puis la troisième colonne : det(Az)=21313−12211=2((3)(11)−(2)(−1))−1((1)(11)−(2)(3))+2((1)(−1)−(3)(3))=2(35)−1(5)+2(−10)=70−5−20=45. Donc z=1545=3.
e) Équation 1 : 2(2)+1−3=4+1−3=2, conforme. Équation 2 : 2+3(1)−3=2+3−3=2, conforme. Équation 3 : 3(2)−1+2(3)=6−1+6=11, conforme. La solution est (x;y;z)=(2;1;3), soit des tarifs de 2, 1 et 3 unités de facturation. Vérifier dans les TROIS équations, et pas seulement dans celle qui a servi au dernier calcul, est ce qui distingue une réponse sûre d'une réponse espérée.
f) Les coefficients du système ne changent pas, donc la matrice A est inchangée et det(A)=15 reste valable : aucun recalcul de ce côté, et la conclusion sur l'existence et l'unicité de la solution tient encore. En revanche, chacun des trois déterminants det(Ax), det(Ay) et det(Az) contient la colonne B, donc tous les trois sont à recalculer.
Pour x : det(Ax)=221413−1−1−12=2(6−1)−1(4+14)+(−1)(−2−42)=10−18+44=36, d'où x=1536=512=2,4.
C'est l'avantage structurel de Cramer sur Gauss-Jordan quand seul le membre de droite bouge : le dénominateur, qui est la partie coûteuse du travail, est calculé une fois pour toutes. Et si une seule inconnue vous est demandée, Cramer donne un seul déterminant à calculer là où Gauss-Jordan exige de résoudre le système complet.
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