Me contacter

Algèbre linéaire 201-NYC / Maths 105 • Complément québécois de Première et cégep

Exercices corrigés : déterminants, cofacteurs et règle de Cramer (201-NYC / Maths 105)

Voici la série d'exercices corrigés d'algèbre linéaire et géométrie vectorielle (cours 201-NYC, aussi appelé Maths 105 selon le programme visé) sur les déterminants et la règle de Cramer. La partie A couvre les bases : déterminants 2×22\times 2 et 3×33\times 3 calculés de deux façons, déterminant d'ordre 44 par développement selon les cofacteurs, effet des opérations élémentaires sur la valeur du déterminant, matrice adjointe et inverse par cofacteurs. La partie B monte au niveau examen : démonstrations sur les propriétés multiplicatives, recherche des paramètres qui rendent une matrice singulière, et résolution complète d'un problème par la règle de Cramer.

Le déterminant est l'outil qui rassemble tout le cours. Il décide si une famille de vecteurs est libre, si une matrice est inversible, si un système admet une solution unique, et il mesure une aire ou un volume. Le même nombre répond à quatre questions différentes, et l'évaluation aime passer de l'une à l'autre sans prévenir.

Un conseil de méthode avant de commencer : ne calculez jamais un déterminant d'ordre 44 en développant selon la première ligne par réflexe. Cherchez d'abord la ligne ou la colonne qui contient le plus de zéros, ou créez-en avec une opération élémentaire. Un développement bien choisi remplace quatre déterminants 3×33\times 3 par un seul.

Rappel de cours

  • Déterminant 2×22\times 2 : abcd=adbc\begin{vmatrix} a & b \\ c & d \end{vmatrix}=ad-bc.
  • Cofacteur : Cij=(1)i+jMijC_{ij}=(-1)^{i+j}M_{ij}, où MijM_{ij} est le mineur, c'est-à-dire le déterminant obtenu en supprimant la ligne ii et la colonne jj. Le facteur (1)i+j(-1)^{i+j} suit le damier de signes qui commence par un plus en haut à gauche.
  • Développement selon les cofacteurs : det(A)=jaijCij\det(A)=\sum_{j}a_{ij}C_{ij} pour n'importe quelle ligne ii fixée, ou det(A)=iaijCij\det(A)=\sum_{i}a_{ij}C_{ij} pour n'importe quelle colonne jj fixée. Toutes ces valeurs coïncident, donc on choisit la ligne ou la colonne qui contient le plus de zéros.
  • Effet des opérations élémentaires : échanger deux lignes change le signe du déterminant ; multiplier une ligne par kk multiplie le déterminant par kk ; ajouter à une ligne un multiple d'une autre ligne ne change PAS le déterminant. C'est cette dernière propriété qui permet de fabriquer des zéros gratuitement.
  • Propriétés multiplicatives : det(AB)=det(A)det(B)\det(AB)=\det(A)\det(B), det(AT)=det(A)\det(A^{T})=\det(A), det(kA)=kndet(A)\det(kA)=k^{n}\det(A) pour une matrice n×nn\times n, et det(A1)=1det(A)\det(A^{-1})=\dfrac{1}{\det(A)} lorsque AA est inversible.
  • Inversibilité : AA est inversible si et seulement si det(A)0\det(A)\neq 0. On dit alors que AA est régulière ; sinon elle est singulière. Inverse par cofacteurs : A1=1det(A)adj(A)A^{-1}=\dfrac{1}{\det(A)}\,\text{adj}(A), où adj(A)\text{adj}(A) est la transposée de la matrice des cofacteurs.
  • Règle de Cramer : pour un système AX=BAX=B de nn équations à nn inconnues avec det(A)0\det(A)\neq 0, la ii-ième inconnue vaut xi=det(Ai)det(A)x_{i}=\dfrac{\det(A_{i})}{\det(A)}, où AiA_{i} est la matrice AA dans laquelle on a remplacé la ii-ième colonne par le membre de droite BB.

Partie A : Les bases (/28)

Exercice 1 : Déterminants d'ordre 2 et 3, deux méthodes

On considère les matrices A=(3254)A=\begin{pmatrix} 3 & -2 \\ 5 & 4 \end{pmatrix} et B=(213045122)B=\begin{pmatrix} 2 & -1 & 3 \\ 0 & 4 & 5 \\ 1 & 2 & -2 \end{pmatrix}.

  • a) Calculez det(A)\det(A).
  • b) Calculez det(B)\det(B) par la règle de Sarrus.
  • c) Recalculez det(B)\det(B) par développement selon les cofacteurs de la première colonne, et vérifiez que vous retrouvez le même nombre.
  • d) Les matrices AA et BB sont-elles inversibles ? Justifiez.
Voir la correction

a) det(A)=(3)(4)(2)(5)=12+10=22\det(A)=(3)(4)-(-2)(5)=12+10=22. Attention au double signe négatif, c'est l'erreur la plus fréquente sur un déterminant 2×22\times 2.

b) Règle de Sarrus : on recopie les deux premières colonnes à droite, puis on somme les trois diagonales descendantes et on retranche les trois diagonales montantes. Diagonales descendantes : (2)(4)(2)=16(2)(4)(-2)=-16, (1)(5)(1)=5(-1)(5)(1)=-5, (3)(0)(2)=0(3)(0)(2)=0, de somme 21-21. Diagonales montantes : (1)(4)(3)=12(1)(4)(3)=12, (2)(5)(2)=20(2)(5)(2)=20, (2)(0)(1)=0(-2)(0)(-1)=0, de somme 3232. Donc det(B)=2132=53\det(B)=-21-32=-53.

c) La première colonne contient un zéro, elle est donc un bon choix. det(B)=2C11+0C21+1C31\det(B)=2\,C_{11}+0\,C_{21}+1\,C_{31}, et le terme du milieu disparaît. On a C11=(+1)4522=(4)(2)(5)(2)=810=18C_{11}=(+1)\begin{vmatrix} 4 & 5 \\ 2 & -2 \end{vmatrix}=(4)(-2)-(5)(2)=-8-10=-18 et C31=(+1)1345=(1)(5)(3)(4)=512=17C_{31}=(+1)\begin{vmatrix} -1 & 3 \\ 4 & 5 \end{vmatrix}=(-1)(5)-(3)(4)=-5-12=-17. Le signe de C31C_{31} est positif car (1)3+1=+1(-1)^{3+1}=+1. Donc det(B)=2(18)+1(17)=3617=53\det(B)=2(-18)+1(-17)=-36-17=-53. Les deux méthodes concordent.

Un rappel important : la règle de Sarrus ne fonctionne QUE pour les matrices 3×33\times 3. Elle ne se généralise pas à l'ordre 44, contrairement à ce que beaucoup d'étudiants tentent en examen. Au-delà de l'ordre 33, seul le développement selon les cofacteurs est valable.

d) det(A)=220\det(A)=22\neq 0, donc AA est inversible. det(B)=530\det(B)=-53\neq 0, donc BB est inversible également. Un déterminant négatif n'empêche rien : c'est la nullité, et elle seule, qui fait obstacle à l'inversibilité.

Exercice 2 : Déterminant d'ordre 4 par les cofacteurs

On considère la matrice d'ordre 44 : C=(2013010042311020)C=\begin{pmatrix} 2 & 0 & 1 & 3 \\ 0 & 1 & 0 & 0 \\ 4 & 2 & 3 & 1 \\ 1 & 0 & 2 & 0 \end{pmatrix}.

  • a) Quelle ligne ou quelle colonne choisiriez-vous pour le développement selon les cofacteurs ? Justifiez votre choix.
  • b) Calculez det(C)\det(C).
  • c) Sans aucun nouveau calcul, donnez det(CT)\det(C^{T}) et justifiez.
  • d) Sans recalculer de déterminant, donnez det(2C)\det(2C) et justifiez.
Voir la correction

a) La deuxième ligne, (0; 1; 0; 0)(0;\ 1;\ 0;\ 0), contient trois zéros : c'est le meilleur choix possible, puisque le développement se réduit à un seul terme au lieu de quatre. La deuxième colonne, (0; 1; 2; 0)(0;\ 1;\ 2;\ 0), en contient deux, elle serait le deuxième choix. Développer selon la première ligne obligerait à calculer trois déterminants 3×33\times 3 pour rien.

b) On développe selon la deuxième ligne. Seul le coefficient a22=1a_{22}=1 est non nul, et son signe est (1)2+2=+1(-1)^{2+2}=+1. Donc det(C)=1×213431120\det(C)=1\times\begin{vmatrix} 2 & 1 & 3 \\ 4 & 3 & 1 \\ 1 & 2 & 0 \end{vmatrix}, mineur obtenu en supprimant la deuxième ligne et la deuxième colonne.

On calcule ce déterminant 3×33\times 3 par développement selon sa première ligne : 2((3)(0)(1)(2))1((4)(0)(1)(1))+3((4)(2)(3)(1))=2(2)1(1)+3(83)=4+1+15=122\big((3)(0)-(1)(2)\big)-1\big((4)(0)-(1)(1)\big)+3\big((4)(2)-(3)(1)\big)=2(-2)-1(-1)+3(8-3)=-4+1+15=12. Donc det(C)=12\det(C)=12.

c) det(CT)=det(C)=12\det(C^{T})=\det(C)=12. Le déterminant d'une matrice et celui de sa transposée sont toujours égaux. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle on peut développer indifféremment selon une ligne ou selon une colonne : transposer échange les deux rôles sans changer le résultat.

d) det(2C)=24det(C)=16×12=192\det(2C)=2^{4}\det(C)=16\times 12=192. L'erreur à éviter ici est d'écrire det(2C)=2det(C)\det(2C)=2\det(C). Multiplier la matrice entière par 22 revient à multiplier CHACUNE de ses quatre lignes par 22, et chaque ligne multipliée sort un facteur 22 du déterminant, d'où 242^{4}. La règle générale est det(kA)=kndet(A)\det(kA)=k^{n}\det(A) pour une matrice n×nn\times n, et c'est l'exposant nn qui est régulièrement oublié en examen.

Exercice 3 : Propriétés du déterminant et opérations élémentaires

Soit AA une matrice carrée d'ordre 33 dont on sait seulement que det(A)=6\det(A)=6. On ne connaît aucun de ses coefficients.

Dans chaque cas, donnez la valeur demandée en justifiant par la propriété utilisée, sans jamais chercher à reconstituer AA.

  • a) On obtient A1A_{1} en échangeant la première et la troisième ligne de AA. Que vaut det(A1)\det(A_{1}) ?
  • b) On obtient A2A_{2} en multipliant la deuxième ligne de AA par 55. Que vaut det(A2)\det(A_{2}) ? Que vaut det(5A)\det(5A) ?
  • c) On obtient A3A_{3} en ajoutant à la deuxième ligne de AA quatre fois la première ligne. Que vaut det(A3)\det(A_{3}) ?
  • d) Donnez det(A2)\det(A^{2}), det(A1)\det(A^{-1}) et det(AT)\det(A^{T}). Que vaudrait det(A+A)\det(A+A) ?
Voir la correction

a) Échanger deux lignes change le signe du déterminant : det(A1)=6\det(A_{1})=-6.

b) Multiplier UNE ligne par 55 multiplie le déterminant par 55 : det(A2)=5×6=30\det(A_{2})=5\times 6=30. En revanche, 5A5A multiplie les TROIS lignes par 55, donc det(5A)=53×6=125×6=750\det(5A)=5^{3}\times 6=125\times 6=750. C'est exactement la distinction que l'examen cherche à tester en posant les deux questions côte à côte.

c) Ajouter à une ligne un multiple d'une autre ligne ne modifie pas le déterminant : det(A3)=6\det(A_{3})=6. C'est la propriété la plus utile de toutes, car elle autorise à créer des zéros librement avant un développement par cofacteurs, sans avoir à corriger le résultat ensuite.

d) det(A2)=det(A)det(A)=6×6=36\det(A^{2})=\det(A)\det(A)=6\times 6=36, par la propriété det(AB)=det(A)det(B)\det(AB)=\det(A)\det(B). Comme det(A)=60\det(A)=6\neq 0, la matrice AA est inversible et det(A1)=1det(A)=16\det(A^{-1})=\dfrac{1}{\det(A)}=\dfrac{1}{6}. Enfin det(AT)=det(A)=6\det(A^{T})=\det(A)=6.

Pour det(A+A)\det(A+A) : le piège consiste à écrire det(A)+det(A)=12\det(A)+\det(A)=12. C'est faux, car le déterminant n'est PAS additif. Il faut voir que A+A=2AA+A=2A, donc det(A+A)=det(2A)=23×6=48\det(A+A)=\det(2A)=2^{3}\times 6=48. Retenez la formule qui n'existe pas : det(A+B)det(A)+det(B)\det(A+B)\neq\det(A)+\det(B) en général. Le déterminant est multiplicatif, jamais additif.

Exercice 4 : Matrice adjointe et inverse par les cofacteurs

On considère la matrice A=(123014560)A=\begin{pmatrix} 1 & 2 & 3 \\ 0 & 1 & 4 \\ 5 & 6 & 0 \end{pmatrix}.

  • a) Calculez det(A)\det(A) et concluez sur l'inversibilité de AA.
  • b) Calculez les neuf cofacteurs de AA.
  • c) Déduisez-en la matrice adjointe adj(A)\text{adj}(A), puis A1A^{-1}.
  • d) Vérifiez votre résultat en calculant le produit AA1A\,A^{-1}.
Voir la correction

a) Développement selon la première ligne : det(A)=1((1)(0)(4)(6))2((0)(0)(4)(5))+3((0)(6)(1)(5))=1(24)2(20)+3(5)=24+4015=1\det(A)=1\big((1)(0)-(4)(6)\big)-2\big((0)(0)-(4)(5)\big)+3\big((0)(6)-(1)(5)\big)=1(-24)-2(-20)+3(-5)=-24+40-15=1. Le déterminant vaut 101\neq 0, donc AA est inversible. Ce déterminant égal à 11 va rendre la suite particulièrement lisible, puisque diviser par 11 ne change rien.

b) On applique Cij=(1)i+jMijC_{ij}=(-1)^{i+j}M_{ij}, en suivant le damier de signes (+++++)\begin{pmatrix} + & - & + \\ - & + & - \\ + & - & + \end{pmatrix}.

C11=+1460=024=24C_{11}=+\begin{vmatrix} 1 & 4 \\ 6 & 0 \end{vmatrix}=0-24=-24,  C12=0450=(020)=20\ C_{12}=-\begin{vmatrix} 0 & 4 \\ 5 & 0 \end{vmatrix}=-(0-20)=20,  C13=+0156=05=5\ C_{13}=+\begin{vmatrix} 0 & 1 \\ 5 & 6 \end{vmatrix}=0-5=-5.

C21=2360=(018)=18C_{21}=-\begin{vmatrix} 2 & 3 \\ 6 & 0 \end{vmatrix}=-(0-18)=18,  C22=+1350=015=15\ C_{22}=+\begin{vmatrix} 1 & 3 \\ 5 & 0 \end{vmatrix}=0-15=-15,  C23=1256=(610)=4\ C_{23}=-\begin{vmatrix} 1 & 2 \\ 5 & 6 \end{vmatrix}=-(6-10)=4.

C31=+2314=83=5C_{31}=+\begin{vmatrix} 2 & 3 \\ 1 & 4 \end{vmatrix}=8-3=5,  C32=1304=(40)=4\ C_{32}=-\begin{vmatrix} 1 & 3 \\ 0 & 4 \end{vmatrix}=-(4-0)=-4,  C33=+1201=10=1\ C_{33}=+\begin{vmatrix} 1 & 2 \\ 0 & 1 \end{vmatrix}=1-0=1.

c) La matrice des cofacteurs est (2420518154541)\begin{pmatrix} -24 & 20 & -5 \\ 18 & -15 & 4 \\ 5 & -4 & 1 \end{pmatrix}. L'adjointe en est la TRANSPOSÉE : adj(A)=(2418520154541)\text{adj}(A)=\begin{pmatrix} -24 & 18 & 5 \\ 20 & -15 & -4 \\ -5 & 4 & 1 \end{pmatrix}. Oublier de transposer est l'erreur numéro un de cet exercice, et elle est invisible tant qu'on ne vérifie pas le produit final.

Enfin A1=1det(A)adj(A)=11adj(A)=(2418520154541)A^{-1}=\dfrac{1}{\det(A)}\text{adj}(A)=\dfrac{1}{1}\text{adj}(A)=\begin{pmatrix} -24 & 18 & 5 \\ 20 & -15 & -4 \\ -5 & 4 & 1 \end{pmatrix}.

d) Première ligne du produit AA1A\,A^{-1} : (1)(24)+(2)(20)+(3)(5)=24+4015=1(1)(-24)+(2)(20)+(3)(-5)=-24+40-15=1, puis (1)(18)+(2)(15)+(3)(4)=1830+12=0(1)(18)+(2)(-15)+(3)(4)=18-30+12=0, puis (1)(5)+(2)(4)+(3)(1)=58+3=0(1)(5)+(2)(-4)+(3)(1)=5-8+3=0. On obtient bien (1; 0; 0)(1;\ 0;\ 0). En poursuivant de même sur les deux autres lignes, on obtient la matrice identité I3I_{3}, ce qui valide l'inverse. Cette vérification prend une minute et rattrape toutes les erreurs de signe : ne la sautez jamais.

Partie B : Niveau examen (/22)

Exercice 5 : Démonstrations et matrice singulière à paramètre

Cet exercice mêle démonstration et recherche de paramètre. Les questions a) et b) se traitent sans aucun coefficient numérique.

  • a) Démontrez que si AA est une matrice carrée possédant deux lignes identiques, alors det(A)=0\det(A)=0. On utilisera l'effet d'un échange de lignes.
  • b) Soit AA une matrice inversible. Démontrez que det(A1)=1det(A)\det(A^{-1})=\dfrac{1}{\det(A)}.
  • c) Déterminez toutes les valeurs de kk pour lesquelles la matrice M=(k121k121k)M=\begin{pmatrix} k & 1 & 2 \\ 1 & k & 1 \\ 2 & 1 & k \end{pmatrix} est singulière.
  • d) Pour la valeur entière de kk trouvée en c), exhibez une relation de dépendance linéaire explicite entre les lignes de MM, et expliquez pourquoi une telle relation devait nécessairement exister.
Voir la correction

a) Soit AA une matrice dont les lignes LiL_{i} et LjL_{j} sont identiques, avec iji\neq j. Échangeons ces deux lignes : la matrice obtenue, appelons-la AA', est rigoureusement identique à AA, puisque les deux lignes échangées portaient les mêmes coefficients. Donc det(A)=det(A)\det(A')=\det(A). Mais par la propriété de l'échange de lignes, det(A)=det(A)\det(A')=-\det(A). En combinant : det(A)=det(A)\det(A)=-\det(A), donc 2det(A)=02\det(A)=0, donc det(A)=0\det(A)=0. La démonstration tient en trois lignes et n'utilise aucun coefficient.

Conséquence géométrique cohérente : deux lignes identiques signifient deux vecteurs égaux parmi les lignes, donc une famille liée, donc un volume nul.

b) Par définition de l'inverse, AA1=IA\,A^{-1}=I. On applique le déterminant aux deux membres : det(AA1)=det(I)\det(A\,A^{-1})=\det(I). Le membre de gauche se factorise par la propriété multiplicative : det(A)det(A1)\det(A)\det(A^{-1}). Le membre de droite vaut 11, puisque le déterminant de la matrice identité est 11. Donc det(A)det(A1)=1\det(A)\det(A^{-1})=1. Comme AA est inversible, det(A)0\det(A)\neq 0, et on peut diviser : det(A1)=1det(A)\det(A^{-1})=\dfrac{1}{\det(A)}.

Remarquez au passage ce que cette égalité démontre en creux : l'inverse d'une matrice à coefficients entiers n'a de coefficients entiers que si det(A)=±1\det(A)=\pm 1.

c) On développe selon la première ligne : det(M)=kk11k1112k+21k21=k(k21)1(k2)+2(12k)\det(M)=k\begin{vmatrix} k & 1 \\ 1 & k \end{vmatrix}-1\begin{vmatrix} 1 & 1 \\ 2 & k \end{vmatrix}+2\begin{vmatrix} 1 & k \\ 2 & 1 \end{vmatrix}=k(k^{2}-1)-1(k-2)+2(1-2k).

En développant : k3kk+2+24k=k36k+4k^{3}-k-k+2+2-4k=k^{3}-6k+4. La matrice est singulière lorsque ce polynôme s'annule. On cherche une racine évidente parmi les diviseurs de 44 : pour k=2k=2, on a 812+4=08-12+4=0. Donc k=2k=2 est racine, et on factorise par k2k-2 : k36k+4=(k2)(k2+2k2)k^{3}-6k+4=(k-2)(k^{2}+2k-2).

Le facteur quadratique donne k=2±4+82=2±232=1±3k=\dfrac{-2\pm\sqrt{4+8}}{2}=\dfrac{-2\pm 2\sqrt{3}}{2}=-1\pm\sqrt{3}. La matrice MM est donc singulière pour k=2k=2, k=1+30,73k=-1+\sqrt{3}\approx 0{,}73 et k=132,73k=-1-\sqrt{3}\approx -2{,}73. Trois valeurs, et non une seule : un déterminant d'ordre 33 à paramètre sur la diagonale donne un polynôme de degré 33, il faut aller chercher toutes ses racines.

d) Pour k=2k=2, la matrice devient M=(212121212)M=\begin{pmatrix} 2 & 1 & 2 \\ 1 & 2 & 1 \\ 2 & 1 & 2 \end{pmatrix}. Les lignes L1L_{1} et L3L_{3} sont identiques, donc L1L3=(0; 0; 0)L_{1}-L_{3}=(0;\ 0;\ 0) est une relation de dépendance explicite, à coefficients (1; 0; 1)(1;\ 0;\ -1) non tous nuls.

Une telle relation devait nécessairement exister : det(M)=0\det(M)=0 équivaut à dire que les lignes de MM forment une famille liée, et une famille liée est précisément une famille admettant une combinaison linéaire nulle à coefficients non tous nuls. Le déterminant nul et la relation de dépendance sont deux formulations du même fait, l'une numérique et l'autre structurelle. Ici, la question a) donne même le résultat sans aucun calcul : deux lignes identiques suffisent à conclure que det(M)=0\det(M)=0.

Exercice 6 : Problème : trois formules d'atelier résolues par la règle de Cramer

Un centre d'aide aux devoirs facture trois formules : une séance individuelle, une séance en duo et un atelier de groupe. On ne connaît pas les tarifs unitaires, mais on dispose de trois relevés hebdomadaires.

Semaine 1 : 22 séances individuelles, 11 séance en duo et 11 atelier annulé et remboursé (donc compté négativement) donnent un solde de 22 unités de facturation. Semaine 2 : 11 individuelle, 33 duos et 11 atelier remboursé donnent 22 unités. Semaine 3 : 33 individuelles, 11 duo remboursé et 22 ateliers donnent 1111 unités.

En notant xx, yy et zz les tarifs respectifs des trois formules, on obtient le système {2x+yz=2x+3yz=23xy+2z=11\begin{cases} 2x+y-z=2 \\ x+3y-z=2 \\ 3x-y+2z=11 \end{cases}.

  • a) Écrivez le système sous la forme matricielle AX=BAX=B et calculez det(A)\det(A).
  • b) La règle de Cramer est-elle applicable ? Que peut-on affirmer sur le nombre de solutions avant même de les calculer ?
  • c) Calculez det(Ax)\det(A_{x}) et déduisez-en xx.
  • d) Calculez det(Ay)\det(A_{y}) et det(Az)\det(A_{z}), puis déduisez-en yy et zz.
  • e) Vérifiez la solution dans les trois équations d'origine.
  • f) On modifie le troisième relevé, dont le membre de droite passe de 1111 à 1414, les coefficients restant inchangés. Sans refaire tout le travail, expliquez ce qui doit être recalculé et ce qui reste valable, puis donnez la nouvelle valeur de xx.
Voir la correction

a) A=(211131312)A=\begin{pmatrix} 2 & 1 & -1 \\ 1 & 3 & -1 \\ 3 & -1 & 2 \end{pmatrix}, X=(xyz)X=\begin{pmatrix} x \\ y \\ z \end{pmatrix} et B=(2211)B=\begin{pmatrix} 2 \\ 2 \\ 11 \end{pmatrix}.

Développement selon la première ligne : det(A)=2((3)(2)(1)(1))1((1)(2)(1)(3))+(1)((1)(1)(3)(3))=2(61)1(2+3)1(19)=105+10=15\det(A)=2\big((3)(2)-(-1)(-1)\big)-1\big((1)(2)-(-1)(3)\big)+(-1)\big((1)(-1)-(3)(3)\big)=2(6-1)-1(2+3)-1(-1-9)=10-5+10=15.

b) Le déterminant vaut 15015\neq 0, donc AA est inversible et la règle de Cramer s'applique. On peut affirmer AVANT tout calcul que le système admet une solution unique. C'est le rôle exact du déterminant du système : il tranche la question de l'existence et de l'unicité sans donner la solution. Si det(A)\det(A) avait été nul, Cramer aurait été inutilisable et il aurait fallu passer par Gauss-Jordan pour distinguer entre aucune solution et une infinité.

c) On remplace la première colonne de AA par BB : det(Ax)=2112311112=2(61)1(4+11)+(1)(233)=1015+35=30\det(A_{x})=\begin{vmatrix} 2 & 1 & -1 \\ 2 & 3 & -1 \\ 11 & -1 & 2 \end{vmatrix}=2\big(6-1\big)-1\big(4+11\big)+(-1)\big(-2-33\big)=10-15+35=30. Donc x=det(Ax)det(A)=3015=2x=\dfrac{\det(A_{x})}{\det(A)}=\dfrac{30}{15}=2.

d) On remplace la deuxième colonne par BB : det(Ay)=2211213112=2((2)(2)(1)(11))2((1)(2)(1)(3))+(1)((1)(11)(2)(3))=2(15)2(5)1(5)=30105=15\det(A_{y})=\begin{vmatrix} 2 & 2 & -1 \\ 1 & 2 & -1 \\ 3 & 11 & 2 \end{vmatrix}=2\big((2)(2)-(-1)(11)\big)-2\big((1)(2)-(-1)(3)\big)+(-1)\big((1)(11)-(2)(3)\big)=2(15)-2(5)-1(5)=30-10-5=15. Donc y=1515=1y=\dfrac{15}{15}=1.

Puis la troisième colonne : det(Az)=2121323111=2((3)(11)(2)(1))1((1)(11)(2)(3))+2((1)(1)(3)(3))=2(35)1(5)+2(10)=70520=45\det(A_{z})=\begin{vmatrix} 2 & 1 & 2 \\ 1 & 3 & 2 \\ 3 & -1 & 11 \end{vmatrix}=2\big((3)(11)-(2)(-1)\big)-1\big((1)(11)-(2)(3)\big)+2\big((1)(-1)-(3)(3)\big)=2(35)-1(5)+2(-10)=70-5-20=45. Donc z=4515=3z=\dfrac{45}{15}=3.

e) Équation 1 : 2(2)+13=4+13=22(2)+1-3=4+1-3=2, conforme. Équation 2 : 2+3(1)3=2+33=22+3(1)-3=2+3-3=2, conforme. Équation 3 : 3(2)1+2(3)=61+6=113(2)-1+2(3)=6-1+6=11, conforme. La solution est (x; y; z)=(2; 1; 3)(x;\ y;\ z)=(2;\ 1;\ 3), soit des tarifs de 22, 11 et 33 unités de facturation. Vérifier dans les TROIS équations, et pas seulement dans celle qui a servi au dernier calcul, est ce qui distingue une réponse sûre d'une réponse espérée.

f) Les coefficients du système ne changent pas, donc la matrice AA est inchangée et det(A)=15\det(A)=15 reste valable : aucun recalcul de ce côté, et la conclusion sur l'existence et l'unicité de la solution tient encore. En revanche, chacun des trois déterminants det(Ax)\det(A_{x}), det(Ay)\det(A_{y}) et det(Az)\det(A_{z}) contient la colonne BB, donc tous les trois sont à recalculer.

Pour xx : det(Ax)=2112311412=2(61)1(4+14)+(1)(242)=1018+44=36\det(A_{x})=\begin{vmatrix} 2 & 1 & -1 \\ 2 & 3 & -1 \\ 14 & -1 & 2 \end{vmatrix}=2(6-1)-1(4+14)+(-1)(-2-42)=10-18+44=36, d'où x=3615=125=2,4x=\dfrac{36}{15}=\dfrac{12}{5}=2{,}4.

C'est l'avantage structurel de Cramer sur Gauss-Jordan quand seul le membre de droite bouge : le dénominateur, qui est la partie coûteuse du travail, est calculé une fois pour toutes. Et si une seule inconnue vous est demandée, Cramer donne un seul déterminant à calculer là où Gauss-Jordan exige de résoudre le système complet.

Vous préférez travailler sur papier ? Cette série existe aussi en version PDF imprimable, avec le corrigé complet. Écrivez-moi et je vous l'envoie.

Voir aussi

Vous cherchez un tuteur en algèbre linéaire à Montréal ?

Contactez-moi pour une première séance. On travaille le 201-NYC et le complément québécois de Première au niveau réel des évaluations, du calcul des cofacteurs jusqu'aux démonstrations sur le déterminant.

Site par Studio Squalli