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Algèbre linéaire 201-NYC / Maths 105 • Complément québécois de Première et cégep

Exercices corrigés : les transformations linéaires du plan (201-NYC / Maths 105)

Voici la série d'exercices corrigés d'algèbre linéaire et géométrie vectorielle (cours 201-NYC, aussi appelé Maths 105 selon le programme visé) sur les transformations linéaires du plan. La partie A couvre les bases : matrices des transformations géométriques usuelles, image d'un point, composition de deux transformations et non-commutativité, déterminant et effet sur les aires, recherche de la matrice à partir des images des vecteurs de la base. La partie B monte au niveau examen : démonstration de la linéarité, contre-exemple de la translation, matrices orthogonales et conservation des distances, projections vérifiant P2=PP^{2}=P, et un problème complet sur une transformation composée.

C'est le chapitre où l'algèbre linéaire redevient de la géométrie. Une matrice 2×22\times 2 cesse d'être un tableau de nombres pour devenir une action sur le plan : elle tourne, elle réfléchit, elle agrandit, elle aplatit. Et le déterminant, calculé mécaniquement depuis des semaines, prend enfin son sens : c'est le facteur par lequel les aires sont multipliées, et son signe dit si l'orientation est conservée.

Le réflexe central du chapitre tient en une phrase : les colonnes de la matrice sont les images des vecteurs de la base canonique. Si vous savez où partent (1; 0)(1;\ 0) et (0; 1)(0;\ 1), vous connaissez la matrice, et réciproquement. La plupart des questions de ce chapitre se résolvent en revenant à cette seule idée.

Rappel de cours

  • Transformation linéaire : une application T:R2R2T:\mathbb{R}^{2}\to\mathbb{R}^{2} est linéaire si T(u+v)=T(u)+T(v)T(\vec{u}+\vec{v})=T(\vec{u})+T(\vec{v}) et T(ku)=kT(u)T(k\vec{u})=k\,T(\vec{u}) pour tous vecteurs et tout scalaire. Toute transformation linéaire du plan s'écrit T(v)=AvT(\vec{v})=A\vec{v} pour une unique matrice AA d'ordre 22.
  • Lecture des colonnes : la première colonne de AA est T(1; 0)T(1;\ 0) et la deuxième est T(0; 1)T(0;\ 1). C'est la clé pour construire une matrice à partir d'une description géométrique, et pour retrouver la géométrie à partir d'une matrice.
  • Rotation d'angle θ\theta autour de l'origine : Rθ=(cosθsinθsinθcosθ)R_{\theta}=\begin{pmatrix} \cos\theta & -\sin\theta \\ \sin\theta & \cos\theta \end{pmatrix}. Son déterminant vaut 11.
  • Réflexion par rapport à l'axe des xx : (1001)\begin{pmatrix} 1 & 0 \\ 0 & -1 \end{pmatrix}. Par rapport à l'axe des yy : (1001)\begin{pmatrix} -1 & 0 \\ 0 & 1 \end{pmatrix}. Par rapport à la droite y=xy=x : (0110)\begin{pmatrix} 0 & 1 \\ 1 & 0 \end{pmatrix}. Toutes ont un déterminant égal à 1-1.
  • Homothétie de rapport kk centrée à l'origine : (k00k)\begin{pmatrix} k & 0 \\ 0 & k \end{pmatrix}, de déterminant k2k^{2}. Projection orthogonale sur l'axe des xx : (1000)\begin{pmatrix} 1 & 0 \\ 0 & 0 \end{pmatrix}, de déterminant 00.
  • Composition : la matrice de T2T1T_{2}\circ T_{1} est le PRODUIT A2A1A_{2}A_{1}, dans cet ordre. La transformation appliquée en premier se place à droite, car c'est elle qui rencontre le vecteur en premier dans le produit A2(A1v)A_{2}(A_{1}\vec{v}).
  • Déterminant et aire : si une figure d'aire A\mathcal{A} est transformée par TT de matrice AA, l'image a pour aire det(A)×A|\det(A)|\times\mathcal{A}. Un déterminant négatif signale un renversement d'orientation, un déterminant nul un aplatissement de la figure sur une droite.

Partie A : Les bases (/28)

Exercice 1 : Matrices des transformations géométriques usuelles

Toutes les transformations de cet exercice sont centrées à l'origine. On note P(3; 2)P(3;\ 2) le point dont on suivra l'image tout au long.

  • a) Donnez la matrice RR de la rotation de 9090^{\circ} dans le sens antihoraire, puis l'image de PP.
  • b) Donnez la matrice SS de la réflexion par rapport à la droite y=xy=x, puis l'image de PP.
  • c) Donnez la matrice HH de l'homothétie de rapport 33, puis l'image de PP.
  • d) Donnez la matrice QQ de la projection orthogonale sur l'axe des xx, puis l'image de PP. Calculez les quatre déterminants et dites ce que chacun révèle.
Voir la correction

a) On applique la formule RθR_{\theta} avec θ=90\theta=90^{\circ}, donc cos90=0\cos 90^{\circ}=0 et sin90=1\sin 90^{\circ}=1 : R=(0110)R=\begin{pmatrix} 0 & -1 \\ 1 & 0 \end{pmatrix}. Image de PP : R(32)=((0)(3)+(1)(2)(1)(3)+(0)(2))=(23)R\begin{pmatrix} 3 \\ 2 \end{pmatrix}=\begin{pmatrix} (0)(3)+(-1)(2) \\ (1)(3)+(0)(2) \end{pmatrix}=\begin{pmatrix} -2 \\ 3 \end{pmatrix}. Contrôle visuel : le point était dans le premier quadrant, il passe dans le deuxième, ce qui est bien l'effet d'un quart de tour antihoraire.

b) La réflexion par rapport à y=xy=x échange les deux coordonnées, donc S=(0110)S=\begin{pmatrix} 0 & 1 \\ 1 & 0 \end{pmatrix}. Image de PP : (2; 3)(2;\ 3). On peut retrouver la matrice par les colonnes : (1; 0)(1;\ 0) se réfléchit en (0; 1)(0;\ 1), ce qui donne la première colonne, et (0; 1)(0;\ 1) se réfléchit en (1; 0)(1;\ 0), ce qui donne la seconde.

c) H=(3003)H=\begin{pmatrix} 3 & 0 \\ 0 & 3 \end{pmatrix}, et l'image de PP est (9; 6)(9;\ 6). Une homothétie centrée à l'origine se lit directement : chaque coordonnée est multipliée par le rapport.

d) La projection sur l'axe des xx conserve l'abscisse et annule l'ordonnée, donc Q=(1000)Q=\begin{pmatrix} 1 & 0 \\ 0 & 0 \end{pmatrix}, et l'image de PP est (3; 0)(3;\ 0).

Les déterminants : det(R)=(0)(0)(1)(1)=1\det(R)=(0)(0)-(-1)(1)=1, det(S)=(0)(0)(1)(1)=1\det(S)=(0)(0)-(1)(1)=-1, det(H)=(3)(3)0=9\det(H)=(3)(3)-0=9 et det(Q)=(1)(0)0=0\det(Q)=(1)(0)-0=0.

Lecture de chacun. det(R)=1\det(R)=1 : la rotation conserve les aires et l'orientation, comme on l'attend d'un mouvement rigide. det(S)=1\det(S)=-1 : la réflexion conserve les aires en valeur absolue mais renverse l'orientation, un triangle parcouru dans le sens antihoraire l'est dans le sens horaire après réflexion. det(H)=9=32\det(H)=9=3^{2} : les aires sont multipliées par 99, et non par 33, car l'agrandissement agit dans les deux directions à la fois. det(Q)=0\det(Q)=0 : la projection écrase le plan entier sur une droite, toute aire devient nulle, et la transformation n'est donc pas inversible puisqu'on ne peut pas remonter d'un point de l'axe vers son antécédent.

Exercice 2 : Rotation de 60 degrés et puissances d'une matrice

On note R60R_{60} la matrice de la rotation de 6060^{\circ} dans le sens antihoraire autour de l'origine. On rappelle que cos60=12\cos 60^{\circ}=\dfrac{1}{2} et sin60=32\sin 60^{\circ}=\dfrac{\sqrt{3}}{2}.

  • a) Écrivez la matrice R60R_{60}.
  • b) Déterminez l'image du point A(2; 0)A(2;\ 0), et vérifiez que la distance à l'origine est conservée.
  • c) Calculez R602R_{60}^{2} et identifiez géométriquement la transformation obtenue.
  • d) Sans calculer le produit, que vaut R606R_{60}^{6} ? Justifiez géométriquement, puis donnez det(R606)\det(R_{60}^{6}).
Voir la correction

a) R60=(cos60sin60sin60cos60)=(12323212)R_{60}=\begin{pmatrix} \cos 60^{\circ} & -\sin 60^{\circ} \\ \sin 60^{\circ} & \cos 60^{\circ} \end{pmatrix}=\begin{pmatrix} \dfrac{1}{2} & -\dfrac{\sqrt{3}}{2} \\[4pt] \dfrac{\sqrt{3}}{2} & \dfrac{1}{2} \end{pmatrix}.

b) R60(20)=(12(2)32(0)32(2)+12(0))=(13)R_{60}\begin{pmatrix} 2 \\ 0 \end{pmatrix}=\begin{pmatrix} \dfrac{1}{2}(2)-\dfrac{\sqrt{3}}{2}(0) \\[4pt] \dfrac{\sqrt{3}}{2}(2)+\dfrac{1}{2}(0) \end{pmatrix}=\begin{pmatrix} 1 \\ \sqrt{3} \end{pmatrix}. L'image est A(1; 3)A'(1;\ \sqrt{3}), dont la distance à l'origine vaut 1+3=2\sqrt{1+3}=2, exactement celle de AA. Une rotation conserve les longueurs, ce contrôle doit devenir un réflexe de vérification.

c) R602=(12323212)(12323212)R_{60}^{2}=\begin{pmatrix} \dfrac{1}{2} & -\dfrac{\sqrt{3}}{2} \\[4pt] \dfrac{\sqrt{3}}{2} & \dfrac{1}{2} \end{pmatrix}\begin{pmatrix} \dfrac{1}{2} & -\dfrac{\sqrt{3}}{2} \\[4pt] \dfrac{\sqrt{3}}{2} & \dfrac{1}{2} \end{pmatrix}. Coefficient en haut à gauche : 1434=12\dfrac{1}{4}-\dfrac{3}{4}=-\dfrac{1}{2}. En haut à droite : 3434=32-\dfrac{\sqrt{3}}{4}-\dfrac{\sqrt{3}}{4}=-\dfrac{\sqrt{3}}{2}. En bas à gauche : 34+34=32\dfrac{\sqrt{3}}{4}+\dfrac{\sqrt{3}}{4}=\dfrac{\sqrt{3}}{2}. En bas à droite : 34+14=12-\dfrac{3}{4}+\dfrac{1}{4}=-\dfrac{1}{2}.

Donc R602=(12323212)R_{60}^{2}=\begin{pmatrix} -\dfrac{1}{2} & -\dfrac{\sqrt{3}}{2} \\[4pt] \dfrac{\sqrt{3}}{2} & -\dfrac{1}{2} \end{pmatrix}. On reconnaît RθR_{\theta} avec cosθ=12\cos\theta=-\dfrac{1}{2} et sinθ=32\sin\theta=\dfrac{\sqrt{3}}{2}, soit θ=120\theta=120^{\circ}. Appliquer deux fois une rotation de 6060^{\circ} donne une rotation de 120120^{\circ} : les angles s'additionnent quand les matrices se multiplient.

d) Six rotations de 6060^{\circ} font 360360^{\circ}, soit un tour complet, qui ramène chaque point à sa position initiale. Donc R606=I=(1001)R_{60}^{6}=I=\begin{pmatrix} 1 & 0 \\ 0 & 1 \end{pmatrix}, sans aucun calcul matriciel. Par conséquent det(R606)=det(I)=1\det(R_{60}^{6})=\det(I)=1, ce qui est cohérent avec (detR60)6=16=1\big(\det R_{60}\big)^{6}=1^{6}=1.

Retenez le mécanisme : RαRβ=Rα+βR_{\alpha}R_{\beta}=R_{\alpha+\beta}. Il transforme un calcul de puissance de matrice en une simple addition d'angles, et c'est très exactement ce que la formule de De Moivre fait avec les nombres complexes. Les deux chapitres décrivent le même phénomène dans deux langages.

Exercice 3 : Composition de transformations et non-commutativité

On note SS la réflexion par rapport à l'axe des xx, de matrice (1001)\begin{pmatrix} 1 & 0 \\ 0 & -1 \end{pmatrix}, et RR la rotation de 9090^{\circ} antihoraire, de matrice (0110)\begin{pmatrix} 0 & -1 \\ 1 & 0 \end{pmatrix}.

  • a) Calculez la matrice de RSR\circ S, c'est-à-dire la transformation qui applique d'abord SS puis RR. Identifiez géométriquement le résultat.
  • b) Calculez la matrice de SRS\circ R et identifiez-la également.
  • c) Comparez a) et b). Que peut-on en conclure ? Illustrez sur le point P(1; 0)P(1;\ 0).
  • d) Calculez les déterminants de RR, SS, RSR\circ S et SRS\circ R, et vérifiez la cohérence avec la propriété det(AB)=det(A)det(B)\det(AB)=\det(A)\det(B).
Voir la correction

a) Appliquer SS puis RR correspond au produit RSRS, la matrice de la première transformation appliquée se plaçant à DROITE. RS=(0110)(1001)=((0)(1)+(1)(0)(0)(0)+(1)(1)(1)(1)+(0)(0)(1)(0)+(0)(1))=(0110)RS=\begin{pmatrix} 0 & -1 \\ 1 & 0 \end{pmatrix}\begin{pmatrix} 1 & 0 \\ 0 & -1 \end{pmatrix}=\begin{pmatrix} (0)(1)+(-1)(0) & (0)(0)+(-1)(-1) \\ (1)(1)+(0)(0) & (1)(0)+(0)(-1) \end{pmatrix}=\begin{pmatrix} 0 & 1 \\ 1 & 0 \end{pmatrix}. C'est la matrice de la réflexion par rapport à la droite y=xy=x.

b) Appliquer RR puis SS correspond au produit SR=(1001)(0110)=((1)(0)+(0)(1)(1)(1)+(0)(0)(0)(0)+(1)(1)(0)(1)+(1)(0))=(0110)SR=\begin{pmatrix} 1 & 0 \\ 0 & -1 \end{pmatrix}\begin{pmatrix} 0 & -1 \\ 1 & 0 \end{pmatrix}=\begin{pmatrix} (1)(0)+(0)(1) & (1)(-1)+(0)(0) \\ (0)(0)+(-1)(1) & (0)(-1)+(-1)(0) \end{pmatrix}=\begin{pmatrix} 0 & -1 \\ -1 & 0 \end{pmatrix}. C'est la matrice de la réflexion par rapport à la droite y=xy=-x.

c) Les deux résultats diffèrent : RSSRRS\neq SR. La composition de transformations n'est donc PAS commutative, ce qui reflète la non-commutativité du produit matriciel. L'ordre dans lequel on enchaîne les transformations change le résultat géométrique.

Illustration sur P(1; 0)P(1;\ 0). Par RSR\circ S : la réflexion laisse PP inchangé puisqu'il est sur l'axe des xx, puis la rotation l'envoie sur (0; 1)(0;\ 1). Par SRS\circ R : la rotation envoie PP sur (0; 1)(0;\ 1), puis la réflexion par rapport à l'axe des xx l'envoie sur (0; 1)(0;\ -1). Les images sont (0; 1)(0;\ 1) et (0; 1)(0;\ -1), deux points distincts, à partir du même point de départ et des deux mêmes transformations. C'est la démonstration concrète que l'ordre compte.

d) det(R)=1\det(R)=1, det(S)=1\det(S)=-1, det(RS)=(0)(0)(1)(1)=1\det(RS)=(0)(0)-(1)(1)=-1 et det(SR)=(0)(0)(1)(1)=1\det(SR)=(0)(0)-(-1)(-1)=-1. La propriété est bien vérifiée dans les deux sens : det(R)det(S)=(1)(1)=1=det(RS)\det(R)\det(S)=(1)(-1)=-1=\det(RS) et de même pour SRSR.

Notez ce que cela révèle : le déterminant du produit ne dépend pas de l'ordre des facteurs, alors que le produit lui-même en dépend. Le déterminant ne voit que l'effet sur les aires et l'orientation, il ne distingue pas deux réflexions selon des axes différents. Deux transformations peuvent avoir le même déterminant sans être la même transformation, et c'est précisément le cas ici.

Exercice 4 : Retrouver la matrice, image d'une figure et facteur d'aire

Une transformation linéaire TT du plan est définie par ses effets sur les vecteurs de la base canonique : T(1; 0)=(3; 1)T(1;\ 0)=(3;\ 1) et T(0; 1)=(1; 2)T(0;\ 1)=(-1;\ 2).

  • a) Déterminez la matrice AA de TT.
  • b) Déterminez l'image du vecteur (4; 2)(4;\ -2).
  • c) Le triangle de sommets (0; 0)(0;\ 0), (1; 0)(1;\ 0) et (0; 1)(0;\ 1) a pour aire 12\dfrac{1}{2}. Déterminez l'aire de son image par TT.
  • d) La transformation TT est-elle inversible ? Si oui, déterminez A1A^{-1} et l'antécédent du point (7; 7)(7;\ 7).
Voir la correction

a) Les colonnes de la matrice sont les images des vecteurs de la base canonique, dans l'ordre. La première colonne est donc T(1; 0)=(3; 1)T(1;\ 0)=(3;\ 1) et la seconde T(0; 1)=(1; 2)T(0;\ 1)=(-1;\ 2), ce qui donne A=(3112)A=\begin{pmatrix} 3 & -1 \\ 1 & 2 \end{pmatrix}. Attention à ne pas écrire les images en LIGNES : c'est l'erreur la plus fréquente, et elle produit la transposée, donc une transformation différente.

b) A(42)=((3)(4)+(1)(2)(1)(4)+(2)(2))=(12+244)=(140)A\begin{pmatrix} 4 \\ -2 \end{pmatrix}=\begin{pmatrix} (3)(4)+(-1)(-2) \\ (1)(4)+(2)(-2) \end{pmatrix}=\begin{pmatrix} 12+2 \\ 4-4 \end{pmatrix}=\begin{pmatrix} 14 \\ 0 \end{pmatrix}. On peut vérifier autrement, par linéarité : T(4; 2)=4T(1; 0)2T(0; 1)=4(3; 1)2(1; 2)=(12+2; 44)=(14; 0)T(4;\ -2)=4\,T(1;\ 0)-2\,T(0;\ 1)=4(3;\ 1)-2(-1;\ 2)=(12+2;\ 4-4)=(14;\ 0). Les deux chemins donnent le même résultat, et le second illustre directement ce que veut dire linéaire.

c) det(A)=(3)(2)(1)(1)=6+1=7\det(A)=(3)(2)-(-1)(1)=6+1=7. L'aire de l'image vaut det(A)|\det(A)| fois l'aire de départ, soit 7×12=72=3,57\times\dfrac{1}{2}=\dfrac{7}{2}=3{,}5 unités d'aire. Le déterminant étant positif, l'orientation du triangle est conservée.

d) det(A)=70\det(A)=7\neq 0, donc TT est inversible. Pour une matrice 2×22\times 2, A1=1det(A)(dbca)=17(2113)A^{-1}=\dfrac{1}{\det(A)}\begin{pmatrix} d & -b \\ -c & a \end{pmatrix}=\dfrac{1}{7}\begin{pmatrix} 2 & 1 \\ -1 & 3 \end{pmatrix}.

Antécédent de (7; 7)(7;\ 7) : A1(77)=17((2)(7)+(1)(7)(1)(7)+(3)(7))=17(2114)=(32)A^{-1}\begin{pmatrix} 7 \\ 7 \end{pmatrix}=\dfrac{1}{7}\begin{pmatrix} (2)(7)+(1)(7) \\ (-1)(7)+(3)(7) \end{pmatrix}=\dfrac{1}{7}\begin{pmatrix} 21 \\ 14 \end{pmatrix}=\begin{pmatrix} 3 \\ 2 \end{pmatrix}. Vérification directe : T(3; 2)=(92; 3+4)=(7; 7)T(3;\ 2)=(9-2;\ 3+4)=(7;\ 7), conforme.

Une remarque qui vaut pour tout le chapitre : l'aire de l'image du triangle est aussi celle du triangle construit sur les deux vecteurs colonnes (3; 1)(3;\ 1) et (1; 2)(-1;\ 2), dont l'aire vaut 12det(A)=72\dfrac{1}{2}|\det(A)|=\dfrac{7}{2}. Le déterminant n'est pas seulement un facteur multiplicatif abstrait, il EST l'aire du parallélogramme image du carré unité.

Partie B : Niveau examen (/22)

Exercice 5 : Démonstrations : linéarité, matrices orthogonales et projections

Cet exercice porte sur les propriétés structurelles des transformations. Les calculs numériques y servent uniquement de vérification.

  • a) Soit AA une matrice 2×22\times 2 et T(v)=AvT(\vec{v})=A\vec{v}. Démontrez que TT est linéaire.
  • b) Démontrez que la translation f(x; y)=(x+1; y)f(x;\ y)=(x+1;\ y) n'est PAS une transformation linéaire. Donnez le critère le plus rapide.
  • c) Démontrez que la matrice de rotation RθR_{\theta} vérifie RθTRθ=IR_{\theta}^{T}R_{\theta}=I, et déduisez-en que la rotation conserve les normes.
  • d) Une matrice PP est dite idempotente si P2=PP^{2}=P. Vérifiez que la projection orthogonale sur l'axe des xx est idempotente, et interprétez géométriquement cette propriété.
Voir la correction

a) Il faut établir les deux propriétés de la définition, et elles découlent toutes deux des règles du calcul matriciel. Additivité : T(u+v)=A(u+v)=Au+Av=T(u)+T(v)T(\vec{u}+\vec{v})=A(\vec{u}+\vec{v})=A\vec{u}+A\vec{v}=T(\vec{u})+T(\vec{v}), par distributivité du produit matriciel sur l'addition. Homogénéité : T(ku)=A(ku)=k(Au)=kT(u)T(k\vec{u})=A(k\vec{u})=k(A\vec{u})=k\,T(\vec{u}), car un scalaire se déplace librement dans un produit matriciel. Les deux conditions sont vérifiées, donc TT est linéaire.

b) Le critère le plus rapide est celui de l'origine : toute transformation linéaire vérifie T(0)=0T(\vec{0})=\vec{0}, puisque T(0)=T(00)=0T(0)=0T(\vec{0})=T(0\cdot\vec{0})=0\cdot T(\vec{0})=\vec{0}. Or ici f(0; 0)=(1; 0)(0; 0)f(0;\ 0)=(1;\ 0)\neq(0;\ 0). L'origine est déplacée, donc ff n'est pas linéaire. Une seule ligne suffit.

On peut aussi le voir sur l'additivité : f(1; 0)+f(1; 0)=(2; 0)+(2; 0)=(4; 0)f(1;\ 0)+f(1;\ 0)=(2;\ 0)+(2;\ 0)=(4;\ 0), alors que f((1; 0)+(1; 0))=f(2; 0)=(3; 0)f\big((1;\ 0)+(1;\ 0)\big)=f(2;\ 0)=(3;\ 0). Les deux résultats diffèrent. Retenez la leçon générale : une translation, aussi simple soit-elle géométriquement, n'est jamais linéaire. C'est pourquoi les rotations et réflexions de ce chapitre sont toutes centrées à l'origine.

c) Rθ=(cosθsinθsinθcosθ)R_{\theta}=\begin{pmatrix} \cos\theta & -\sin\theta \\ \sin\theta & \cos\theta \end{pmatrix}, donc RθT=(cosθsinθsinθcosθ)R_{\theta}^{T}=\begin{pmatrix} \cos\theta & \sin\theta \\ -\sin\theta & \cos\theta \end{pmatrix}. Le produit RθTRθR_{\theta}^{T}R_{\theta} a pour coefficient en haut à gauche cos2θ+sin2θ=1\cos^{2}\theta+\sin^{2}\theta=1, en haut à droite cosθsinθ+sinθcosθ=0-\cos\theta\sin\theta+\sin\theta\cos\theta=0, en bas à gauche sinθcosθ+cosθsinθ=0-\sin\theta\cos\theta+\cos\theta\sin\theta=0, et en bas à droite sin2θ+cos2θ=1\sin^{2}\theta+\cos^{2}\theta=1. Donc RθTRθ=IR_{\theta}^{T}R_{\theta}=I : la matrice est orthogonale, et Rθ1=RθTR_{\theta}^{-1}=R_{\theta}^{T}.

Conservation des normes : Rθv2=(Rθv)(Rθv)=(Rθv)T(Rθv)=vTRθTRθv=vTIv=vTv=v2\|R_{\theta}\vec{v}\|^{2}=(R_{\theta}\vec{v})\cdot(R_{\theta}\vec{v})=(R_{\theta}\vec{v})^{T}(R_{\theta}\vec{v})=\vec{v}^{T}R_{\theta}^{T}R_{\theta}\vec{v}=\vec{v}^{T}I\vec{v}=\vec{v}^{T}\vec{v}=\|\vec{v}\|^{2}. Les normes étant positives, Rθv=v\|R_{\theta}\vec{v}\|=\|\vec{v}\|. La rotation conserve donc les longueurs, et par différence de vecteurs, elle conserve aussi les distances entre points : c'est une isométrie. Le fait que Rθ1=RθTR_{\theta}^{-1}=R_{\theta}^{T} a une lecture géométrique limpide : l'inverse d'une rotation de θ\theta est la rotation de θ-\theta, et remplacer θ\theta par θ-\theta change le signe des sinus seulement, ce qui est exactement l'effet de la transposition ici.

d) P=(1000)P=\begin{pmatrix} 1 & 0 \\ 0 & 0 \end{pmatrix}, donc P2=(1000)(1000)=(1000)=PP^{2}=\begin{pmatrix} 1 & 0 \\ 0 & 0 \end{pmatrix}\begin{pmatrix} 1 & 0 \\ 0 & 0 \end{pmatrix}=\begin{pmatrix} 1 & 0 \\ 0 & 0 \end{pmatrix}=P. La matrice est bien idempotente.

Interprétation géométrique : projeter un point sur l'axe des xx l'amène sur cet axe ; le projeter une deuxième fois ne le déplace plus, puisqu'il y est déjà. Répéter l'opération ne change rien, ce que l'algèbre traduit par P2=PP^{2}=P. Remarquez la conséquence : une matrice idempotente non identité ne peut pas être inversible. En effet, si PP était inversible, on pourrait multiplier P2=PP^{2}=P par P1P^{-1} et obtenir P=IP=I. Comme PIP\neq I ici, PP n'est pas inversible, ce que confirme det(P)=0\det(P)=0. L'information perdue lors de la projection, l'ordonnée, ne peut être reconstituée.

Exercice 6 : Problème : une similitude directe, du carré unité à l'inverse

On considère la transformation TT du plan obtenue en appliquant d'abord la rotation de 4545^{\circ} antihoraire autour de l'origine, puis l'homothétie de rapport 2\sqrt{2} centrée à l'origine.

On rappelle que cos45=sin45=22\cos 45^{\circ}=\sin 45^{\circ}=\dfrac{\sqrt{2}}{2}.

  • a) Montrez que la matrice de TT est A=(1111)A=\begin{pmatrix} 1 & -1 \\ 1 & 1 \end{pmatrix}.
  • b) Calculez det(A)\det(A) et déduisez-en le facteur par lequel les aires sont multipliées.
  • c) Déterminez les images des quatre sommets du carré unité (0; 0)(0;\ 0), (1; 0)(1;\ 0), (1; 1)(1;\ 1), (0; 1)(0;\ 1). Vérifiez que l'image est un carré et calculez son aire de deux façons.
  • d) Calculez A2A^{2} et identifiez géométriquement la transformation TTT\circ T.
  • e) Déterminez A1A^{-1} et l'antécédent du point (3; 5)(3;\ 5).
  • f) Vérifiez que TT agit sur le point (x; y)(x;\ y) exactement comme la multiplication du nombre complexe x+iyx+iy par 1+i1+i. Que valent le module et l'argument de 1+i1+i, et que retrouve-t-on ?
Voir la correction

a) La matrice de la rotation de 4545^{\circ} est R=(22222222)R=\begin{pmatrix} \dfrac{\sqrt{2}}{2} & -\dfrac{\sqrt{2}}{2} \\[4pt] \dfrac{\sqrt{2}}{2} & \dfrac{\sqrt{2}}{2} \end{pmatrix} et celle de l'homothétie est H=2IH=\sqrt{2}\,I. La rotation étant appliquée en premier, elle se place à droite : A=HR=2(22222222)=(22222222)=(1111)A=HR=\sqrt{2}\begin{pmatrix} \dfrac{\sqrt{2}}{2} & -\dfrac{\sqrt{2}}{2} \\[4pt] \dfrac{\sqrt{2}}{2} & \dfrac{\sqrt{2}}{2} \end{pmatrix}=\begin{pmatrix} \dfrac{2}{2} & -\dfrac{2}{2} \\[4pt] \dfrac{2}{2} & \dfrac{2}{2} \end{pmatrix}=\begin{pmatrix} 1 & -1 \\ 1 & 1 \end{pmatrix}.

Ici l'ordre n'aurait rien changé, car une homothétie centrée à l'origine commute avec toute matrice : c'est un multiple de l'identité. C'est une exception, pas la règle, et il ne faut surtout pas en tirer une habitude.

b) det(A)=(1)(1)(1)(1)=1+1=2\det(A)=(1)(1)-(-1)(1)=1+1=2. Les aires sont donc multipliées par det(A)=2|\det(A)|=2. Cohérence avec la construction : la rotation ne change pas les aires, et l'homothétie de rapport 2\sqrt{2} les multiplie par (2)2=2(\sqrt{2})^{2}=2. Les deux raisonnements concordent.

c) T(0; 0)=(0; 0)T(0;\ 0)=(0;\ 0), T(1; 0)=(1; 1)T(1;\ 0)=(1;\ 1), T(1; 1)=(11; 1+1)=(0; 2)T(1;\ 1)=(1-1;\ 1+1)=(0;\ 2) et T(0; 1)=(1; 1)T(0;\ 1)=(-1;\ 1). L'image du carré unité est donc le quadrilatère de sommets (0; 0)(0;\ 0), (1; 1)(1;\ 1), (0; 2)(0;\ 2) et (1; 1)(-1;\ 1).

C'est bien un carré : les quatre côtés ont pour longueur 12+12=2\sqrt{1^{2}+1^{2}}=\sqrt{2}, et deux côtés consécutifs issus de l'origine, (1; 1)(1;\ 1) et (1; 1)(-1;\ 1), ont un produit scalaire de (1)(1)+(1)(1)=0(1)(-1)+(1)(1)=0, donc ils sont perpendiculaires. Le carré unité, tourné de 4545^{\circ} et agrandi d'un facteur 2\sqrt{2}, reste un carré.

Aire, première méthode : côté 2\sqrt{2}, donc aire =(2)2=2=(\sqrt{2})^{2}=2 unités d'aire. Deuxième méthode : det(A)×1=2|\det(A)|\times 1=2 unités d'aire, puisque le carré unité a une aire de 11. Les deux valeurs coïncident.

d) A2=(1111)(1111)=(11111+11+1)=(0220)A^{2}=\begin{pmatrix} 1 & -1 \\ 1 & 1 \end{pmatrix}\begin{pmatrix} 1 & -1 \\ 1 & 1 \end{pmatrix}=\begin{pmatrix} 1-1 & -1-1 \\ 1+1 & -1+1 \end{pmatrix}=\begin{pmatrix} 0 & -2 \\ 2 & 0 \end{pmatrix}. On factorise : A2=2(0110)A^{2}=2\begin{pmatrix} 0 & -1 \\ 1 & 0 \end{pmatrix}, c'est-à-dire l'homothétie de rapport 22 composée avec la rotation de 9090^{\circ}.

C'est exactement ce qu'on attendait : appliquer deux fois une rotation de 4545^{\circ} donne 9090^{\circ}, et appliquer deux fois une homothétie de rapport 2\sqrt{2} donne un rapport (2)2=2(\sqrt{2})^{2}=2. Les angles s'additionnent, les rapports se multiplient. Contrôle par le déterminant : det(A2)=(detA)2=4\det(A^{2})=\big(\det A\big)^{2}=4, et directement (0)(0)(2)(2)=4(0)(0)-(-2)(2)=4.

e) Pour une matrice 2×22\times 2 : A1=1det(A)(1111)=12(1111)A^{-1}=\dfrac{1}{\det(A)}\begin{pmatrix} 1 & 1 \\ -1 & 1 \end{pmatrix}=\dfrac{1}{2}\begin{pmatrix} 1 & 1 \\ -1 & 1 \end{pmatrix}. Antécédent de (3; 5)(3;\ 5) : A1(35)=12(3+53+5)=12(82)=(41)A^{-1}\begin{pmatrix} 3 \\ 5 \end{pmatrix}=\dfrac{1}{2}\begin{pmatrix} 3+5 \\ -3+5 \end{pmatrix}=\dfrac{1}{2}\begin{pmatrix} 8 \\ 2 \end{pmatrix}=\begin{pmatrix} 4 \\ 1 \end{pmatrix}. Vérification : T(4; 1)=(41; 4+1)=(3; 5)T(4;\ 1)=(4-1;\ 4+1)=(3;\ 5), conforme.

Géométriquement, A1A^{-1} est la rotation de 45-45^{\circ} suivie de l'homothétie de rapport 12\dfrac{1}{\sqrt{2}}, ce qui défait exactement TT.

f) Calculons le produit complexe : (x+iy)(1+i)=x+ix+iy+i2y=x+ix+iyy=(xy)+i(x+y)(x+iy)(1+i)=x+ix+iy+i^{2}y=x+ix+iy-y=(x-y)+i(x+y). Ce nombre complexe a pour partie réelle xyx-y et pour partie imaginaire x+yx+y. Or T(x; y)=A(xy)=(xyx+y)T(x;\ y)=A\begin{pmatrix} x \\ y \end{pmatrix}=\begin{pmatrix} x-y \\ x+y \end{pmatrix}. Les deux résultats sont identiques : multiplier par 1+i1+i dans le plan complexe, c'est appliquer TT dans le plan réel.

Le module de 1+i1+i vaut 12+12=2\sqrt{1^{2}+1^{2}}=\sqrt{2} et son argument vaut 4545^{\circ}, puisque le point (1; 1)(1;\ 1) est sur la bissectrice du premier quadrant. On retrouve exactement les deux paramètres de la construction de TT : le module donne le rapport de l'homothétie, l'argument donne l'angle de la rotation.

C'est le pont entre les deux derniers chapitres de la session. Multiplier par un complexe de module rr et d'argument θ\theta, c'est composer une rotation de θ\theta avec une homothétie de rapport rr, et la formule de De Moivre (reiθ)n=rneinθ\big(r\,e^{i\theta}\big)^{n}=r^{n}e^{in\theta} n'est rien d'autre que la version complexe du calcul de AnA^{n} mené en d). Quand un problème d'examen demande une puissance élevée d'une matrice de similitude, passer par les complexes est souvent le chemin le plus court.

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