Voici la série d'exercices corrigés d'algèbre linéaire et géométrie vectorielle (cours 201-NYC, aussi appelé Maths 105 selon le programme visé) sur les systèmes d'équations linéaires. La partie A couvre les bases : matrice augmentée et opérations élémentaires sur les lignes, méthode de Gauss et résolution par remontée, passage à la forme échelonnée réduite par Gauss-Jordan, les trois cas possibles avec paramétrage d'un ensemble infini de solutions, et l'inversion d'une matrice par la méthode de Gauss-Jordan. La partie B monte au niveau examen : systèmes homogènes et solutions non triviales, et une discussion complète d'un système dépendant de deux paramètres.
C'est le chapitre le plus lourd de la session en volume de calcul, et paradoxalement celui où l'on perd le plus de points sur des questions qui n'en demandent aucun. Un système linéaire ne se résout pas seulement, il se DISCUTE : combien de solutions, pourquoi, et sous quelles conditions. Un étudiant qui échelonne parfaitement mais conclut « pas de solution » là où il y en a une infinité perd toute la question.
Le réflexe à installer : ne jamais mélanger les opérations élémentaires sur les LIGNES avec des manipulations de colonnes, et écrire l'opération utilisée à chaque étape. Les trois opérations autorisées sont l'échange de deux lignes, la multiplication d'une ligne par un scalaire non nul, et l'ajout à une ligne d'un multiple d'une autre ligne. Toute autre manipulation change l'ensemble des solutions, et l'erreur devient alors impossible à retrouver dans une copie de deux pages.
Série autocorrigéeTape tes réponses sous chaque question : la page te dit juste ou faux avant d'ouvrir la correction. Avec un compte, chaque bonne réponse du premier coup rapporte des points.
•Matrice augmentée : pour le système AX=B, c'est la matrice [A∣B] obtenue en accolant la colonne des seconds membres à la matrice des coefficients. La barre verticale n'a aucun rôle calculatoire, elle sépare visuellement les coefficients du membre de droite.
•Opérations élémentaires sur les lignes, les trois seules autorisées : échanger deux lignes (Li↔Lj) ; multiplier une ligne par un scalaire NON NUL (Li←kLi, k=0) ; ajouter à une ligne un multiple d'une autre ligne (Li←Li+kLj). Chacune transforme le système en un système ÉQUIVALENT, c'est-à-dire ayant exactement le même ensemble de solutions.
•Forme échelonnée (méthode de Gauss) : dans chaque ligne non nulle, le premier coefficient non nul, appelé pivot, est situé strictement à droite du pivot de la ligne précédente, et les lignes entièrement nulles sont en bas. On résout ensuite par REMONTÉE, de la dernière équation vers la première.
•Forme échelonnée réduite (méthode de Gauss-Jordan) : en plus des conditions ci-dessus, chaque pivot vaut 1 et il est le SEUL coefficient non nul de sa colonne, donc il y a aussi des zéros AU-DESSUS de chaque pivot. La solution se lit alors directement, sans aucune remontée.
•Les trois cas possibles pour un système linéaire, et il n'y en a jamais d'autres. Une solution unique : autant de pivots que d'inconnues. Aucune solution (système incompatible) : apparition d'une ligne du type [00…0∣c] avec c=0, qui traduit l'équation impossible 0=c. Une infinité de solutions : le système est compatible et il y a moins de pivots que d'inconnues, les inconnues sans pivot devenant des paramètres libres.
•Nombre de paramètres libres = nombre d'inconnues − nombre de pivots. C'est ce compte qui décide, jamais le nombre d'équations de départ.
•Inversion par Gauss-Jordan : on forme la matrice [A∣I] et on applique les opérations élémentaires jusqu'à obtenir [I∣A−1]. Si au cours du calcul une ligne de la partie gauche devient entièrement nulle, alors A n'est pas inversible et le procédé s'arrête.
•Système homogène : un système AX=0, dont le second membre est nul. Il admet TOUJOURS la solution triviale X=0, donc il n'est jamais incompatible. Il admet des solutions non triviales si et seulement si det(A)=0.
Partie A : Les bases (/50)
Exercice 1 : Matrice augmentée, opérations élémentaires et méthode de Gauss
On considère le système ⎩⎨⎧x+2y−z=22x+5y+z=153x+4y−7z=−10.
a) Écrivez la matrice augmentée [A∣B] de ce système.
b) Effectuez les opérations L2←L2−2L1 et L3←L3−3L1, et écrivez la matrice obtenue.
c) Terminez l'échelonnement pour obtenir une forme échelonnée, en indiquant l'opération utilisée.
d) Résolvez le système par remontée, puis vérifiez votre solution dans les trois équations d'origine.
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Réponses
a)Matrice augmentée 3×4
b)(0;1;3∣11) et (0;−2;−4∣−16)
c)L3←L3+2L2 : (0;0;2∣6)
d)(1;2;3)
a) [A∣B]=123254−11−7215−10. Le coefficient en haut à gauche vaut 1, ce qui en fait un pivot idéal : aucune fraction ne sera introduite à la première étape.
b) L2←L2−2L1 donne (2−2;5−4;1+2∣15−4)=(0;1;3∣11). Puis L3←L3−3L1 donne (3−3;4−6;−7+3∣−10−6)=(0;−2;−4∣−16).
La matrice devient 10021−2−13−4211−16. Attention au signe sur la troisième colonne de L2 : 1−2(−1)=1+2=3. Soustraire un multiple d'un coefficient négatif produit une addition, et c'est là que la majorité des erreurs d'échelonnement se glissent.
c) Le pivot de la deuxième ligne vaut 1, on l'utilise pour annuler le −2 situé en dessous : L3←L3+2L2 donne (0;−2+2;−4+6∣−16+22)=(0;0;2∣6).
La forme échelonnée est 100210−1322116. Les trois pivots sont 1, 1 et 2, chacun strictement à droite du précédent : la forme est bien échelonnée. Trois pivots pour trois inconnues annoncent déjà une solution unique, avant même de la calculer.
d) On remonte de la dernière ligne vers la première. Troisième ligne : 2z=6, donc z=3. Deuxième ligne : y+3z=11, soit y+9=11, donc y=2. Première ligne : x+2y−z=2, soit x+4−3=2, donc x=1.
Vérification dans les trois équations d'origine, et non dans les lignes échelonnées, qui pourraient contenir une erreur propagée. Équation 1 : 1+2(2)−3=1+4−3=2, conforme. Équation 2 : 2(1)+5(2)+3=2+10+3=15, conforme. Équation 3 : 3(1)+4(2)−7(3)=3+8−21=−10, conforme. La solution est (x;y;z)=(1;2;3).
Exercice 2 : De Gauss à Gauss-Jordan : la forme échelonnée réduite
On reprend la forme échelonnée obtenue à l'exercice précédent : 100210−1322116.
a) Rappelez les deux conditions supplémentaires qu'une forme échelonnée RÉDUITE doit vérifier, et dites lesquelles manquent ici.
b) Poursuivez l'élimination jusqu'à la forme échelonnée réduite, en indiquant chaque opération.
c) Lisez la solution du système sur la matrice obtenue.
d) Dans quel cas la méthode de Gauss suffit-elle, et dans quel cas Gauss-Jordan est-elle nettement préférable ? Justifiez par le travail réellement économisé.
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Réponses
a)Pivots à 1 et zéros au-dessus
b)[I∣(1;2;3)]
c)x=1, y=2, z=3
d)Gauss pour un système ; Gauss-Jordan pour inverser ou paramétrer
a) Une forme échelonnée réduite exige deux conditions de plus : chaque pivot doit valoir exactement 1, et chaque pivot doit être le SEUL coefficient non nul de sa colonne, donc il faut aussi des zéros au-dessus des pivots.
Ici, les deux conditions manquent. Le pivot de la troisième ligne vaut 2 et non 1. Et au-dessus des pivots subsistent des coefficients non nuls : le 2 en position (1;2) au-dessus du pivot de la deuxième colonne, ainsi que le −1 et le 3 au-dessus du pivot de la troisième colonne.
b) On normalise d'abord le dernier pivot : L3←21L3 donne (0;0;1∣3).
On remonte ensuite colonne par colonne. L2←L2−3L3 donne (0;1;3−3∣11−9)=(0;1;0∣2). Puis L1←L1+L3 donne (1;2;−1+1∣2+3)=(1;2;0∣5).
Il reste à nettoyer la deuxième colonne : L1←L1−2L2 donne (1;2−2;0∣5−4)=(1;0;0∣1).
La forme échelonnée réduite est 100010001123. Ordre de travail à retenir : on traite les colonnes de DROITE à GAUCHE. Nettoyer la deuxième colonne avant la troisième obligerait à y revenir, puisque les opérations sur la troisième colonne réintroduisent des termes.
c) La lecture est immédiate : la première ligne dit x=1, la deuxième y=2, la troisième z=3. Aucune remontée n'est nécessaire, la matrice EST la solution. On retrouve bien (1;2;3), ce qui confirme l'exercice précédent par un chemin différent.
d) Gauss suffit largement quand on cherche la solution d'un seul système à solution unique : la remontée est rapide, et pousser jusqu'à la forme réduite ajoute du travail pour un gain nul. C'est d'ailleurs la méthode la plus efficace en temps d'examen sur un système 3×3 ordinaire.
Gauss-Jordan devient nettement préférable dans trois situations. D'abord lorsqu'il faut inverser une matrice, puisque le procédé [A∣I]→[I∣A−1] exige la forme réduite. Ensuite lorsque le système admet une infinité de solutions : la forme réduite donne directement l'expression de chaque inconnue principale en fonction des paramètres libres, là où la remontée oblige à une substitution pénible et propice aux erreurs de signe. Enfin lorsqu'un même système doit être résolu pour plusieurs seconds membres, que l'on peut traiter simultanément en accolant plusieurs colonnes.
Autrement dit, le surcoût de Gauss-Jordan est un investissement : il ne se rentabilise que si l'on a besoin de la structure complète de la solution, pas seulement d'un triplet de nombres.
Exercice 3 : Les trois cas : solution unique, aucune solution, une infinité
Un système linéaire n'a jamais que trois issues possibles. Cet exercice les fait apparaître toutes les trois, et demande à chaque fois de les reconnaître SUR la forme échelonnée.
a) Résolvez {x+2y+z=32x+4y+2z=7 et concluez.
b) Résolvez ⎩⎨⎧x+y+z=6x+2y+3z=142x+3y+4z=20 et donnez l'ensemble des solutions sous forme paramétrique.
c) Dans le cas b), vérifiez votre paramétrage pour deux valeurs distinctes du paramètre.
d) Interprétez géométriquement les trois cas possibles pour un système de trois équations à trois inconnues.
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Réponses
a)0=1 : aucune solution
b)(t−2;8−2t;t)
c)t=3 : (1;2;3) ; t=0 : (−2;8;0)
d)Point, rien, droite ou plan
a) Matrice augmentée [12241237]. On applique L2←L2−2L1 : (2−2;4−4;2−2∣7−6)=(0;0;0∣1).
La deuxième ligne s'écrit 0x+0y+0z=1, c'est-à-dire 0=1, ce qui est impossible. Le système est INCOMPATIBLE, il n'admet AUCUNE solution.
Le signal à reconnaître : une ligne dont la partie gauche est entièrement nulle mais dont le second membre ne l'est pas. Notez que le membre de gauche de la deuxième équation est exactement le double de celui de la première, alors que 7=2×3 : les deux équations se contredisent.
b) Matrice augmentée 11212313461420. On applique L2←L2−L1, ce qui donne (0;1;2∣8), puis L3←L3−2L1, ce qui donne (0;1;2∣8).
Les deux nouvelles lignes sont identiques, donc L3←L3−L2 donne (0;0;0∣0). La forme échelonnée est 100110120680.
Ici la ligne nulle a un second membre NUL, ce qui ne traduit aucune contradiction : c'est l'équation 0=0, toujours vraie, qui signale simplement une équation redondante. Le système est compatible. Il possède deux pivots (colonnes de x et de y) pour trois inconnues, donc 3−2=1 paramètre libre. L'inconnue z, dont la colonne ne porte pas de pivot, devient le paramètre.
On pose z=t. La deuxième ligne donne y+2t=8, donc y=8−2t. La première donne x+(8−2t)+t=6, soit x=6−8+2t−t=t−2.
L'ensemble des solutions est {(t−2;8−2t;t):t∈R}, une INFINITÉ de solutions. Il faut donner l'ensemble complet : répondre par une seule solution particulière, même correcte, ne vaut pas la question.
c) Pour t=3 : (1;2;3). Vérification : 1+2+3=6, conforme ; 1+4+9=14, conforme ; 2+6+12=20, conforme.
Pour t=0 : (−2;8;0). Vérification : −2+8+0=6, conforme ; −2+16+0=14, conforme ; −4+24+0=20, conforme. Deux valeurs distinctes du paramètre donnent deux solutions distinctes, toutes deux valides : le paramétrage est correct.
d) Chaque équation linéaire à trois inconnues représente un PLAN de l'espace, et résoudre le système revient à chercher l'intersection des trois plans.
Solution unique : les trois plans se coupent en un seul POINT, comme deux murs et un plafond dans un coin de pièce. Aucune solution : les plans n'ont aucun point commun aux trois, soit parce que deux d'entre eux sont parallèles distincts, soit parce qu'ils forment un prisme, chaque paire se coupant selon une droite mais les trois droites restant distinctes. C'est le cas a), où les deux plans sont parallèles et distincts. Une infinité de solutions : les trois plans se coupent selon une DROITE commune, ce qui est le cas b), la solution paramétrée par t étant précisément l'équation paramétrique de cette droite. Une infinité peut aussi survenir si les trois plans sont confondus, auquel cas l'ensemble des solutions est un plan entier, à deux paramètres.
Ce pont avec la géométrie n'est pas décoratif : reconnaître que la solution de b) est une droite de vecteur directeur (1;−2;1), lu directement sur les coefficients de t, relie ce chapitre à celui des droites et plans de l'espace.
Exercice 4 : Inversion d'une matrice par la méthode de Gauss-Jordan
On considère la matrice A=101112124.
On rappelle le principe : on forme [A∣I] et on applique les opérations élémentaires jusqu'à transformer la partie gauche en I ; la partie droite devient alors A−1.
a) Écrivez la matrice [A∣I].
b) Appliquez la méthode de Gauss-Jordan pour obtenir [I∣A−1].
c) Vérifiez votre résultat en calculant AA−1.
d) Utilisez A−1 pour résoudre le système AX=B avec B=6817.
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Réponses
a)[A∣I]
b)A−1=02−1−23−11−21
c)AA−1=I3
d)X=(1;2;3)
a) [A∣I]=101112124100010001. Toutes les opérations qui suivent portent sur les lignes ENTIÈRES, partie droite comprise : oublier d'appliquer une opération à droite est l'erreur qui ruine le calcul.
b) On élimine sous le premier pivot. L3←L3−L1 donne (0;1;3∣−1;0;1), ce qui produit 10011112310−1010001.
On élimine sous le deuxième pivot : L3←L3−L2 donne (0;0;1∣−1;−1;1). La partie gauche est maintenant échelonnée avec trois pivots, ce qui garantit déjà que A est inversible.
On remonte. L2←L2−2L3 donne (0;1;0∣0+2;1+2;0−2)=(0;1;0∣2;3;−2). Puis L1←L1−L3 donne (1;1;0∣1+1;0+1;0−1)=(1;1;0∣2;1;−1).
Enfin L1←L1−L2 donne (1;0;0∣2−2;1−3;−1+2)=(1;0;0∣0;−2;1).
Le tableau final est 10001000102−1−23−11−21, donc A−1=02−1−23−11−21.
c) Première ligne de AA−1 : (1;1;1) contre la première colonne (0;2;−1) donne 0+2−1=1 ; contre la deuxième colonne (−2;3;−1) donne −2+3−1=0 ; contre la troisième (1;−2;1) donne 1−2+1=0. On obtient (1;0;0).
Deuxième ligne (0;1;2) : 0+2−2=0, puis 0+3−2=1, puis 0−2+2=0, soit (0;1;0). Troisième ligne (1;2;4) : 0+4−4=0, puis −2+6−4=0, puis 1−4+4=1, soit (0;0;1). Le produit vaut I3, l'inverse est validé.
d) La solution est X=A−1B, et non BA−1 : l'ordre des facteurs n'est pas libre, et le produit BA−1 n'est d'ailleurs même pas défini pour des dimensions 3×1 et 3×3.
X=02−1−23−11−216817. Première composante : 0(6)−2(8)+1(17)=−16+17=1. Deuxième : 2(6)+3(8)−2(17)=12+24−34=2. Troisième : −1(6)−1(8)+1(17)=−6−8+17=3. Donc X=123.
Vérification directe dans le système : 1+2+3=6, conforme ; 0+2+6=8, conforme ; 1+4+12=17, conforme.
Une remarque de méthode : pour résoudre UN système, calculer l'inverse est un détour coûteux, et Gauss reste plus rapide. L'inverse devient rentable quand plusieurs seconds membres B doivent être traités avec la même matrice A, puisqu'il suffit alors d'un produit matriciel par second membre.
Exercice 5 : Le rang et le théorème de compatibilité
Le RANG d'une matrice est le nombre de pivots de sa forme échelonnée, c'est-à-dire le nombre d'équations réellement indépendantes. Cette unique quantité décide à elle seule du nombre de solutions d'un système, et le résume dans un théorème.
a) Déterminez le rang de la matrice des coefficients du système ⎩⎨⎧x+2y−z=22x+5y+z=153x+4y−7z=−10, et concluez sur le nombre de solutions sans les calculer.
b) Énoncez le théorème de compatibilité (Rouché) : un système AX=B est compatible si et seulement si rang(A)=rang([A∣B]). Illustrez le cas d'incompatibilité sur {x+2y+z=32x+4y+2z=7 en comparant les deux rangs.
c) Pour un système compatible à n inconnues, exprimez le nombre de paramètres libres à l'aide du rang, et retrouvez ainsi le critère de solution unique.
d) Un système de 5 équations à 3 inconnues peut-il avoir une solution unique ? Une infinité ? Aucune ? Discutez chaque cas à l'aide du rang, en soulignant que c'est lui, et non le nombre d'équations, qui décide.
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Réponses
a)Rang 3 : solution unique
b)Rangs 1 et 2 : incompatible
c)n−rang(A) paramètres
d)Les trois cas possibles
a) On échelonne la matrice des coefficients. Avec L2←L2−2L1 et L3←L3−3L1, puis L3←L3+2L2, on obtient la forme échelonnée 100210−132 (le calcul est celui de l'exercice 1). Elle possède trois pivots, donc rang(A)=3. Comme le rang égale le nombre d'inconnues, le système a une SOLUTION UNIQUE, et cela se sait avant même de la calculer. On peut confirmer par le déterminant : det(A)=2=0, ce qui est cohérent, un déterminant non nul signalant toujours un rang maximal.
b) Le théorème de compatibilité affirme qu'un système AX=B admet au moins une solution si et seulement si le rang de la matrice des coefficients A est égal au rang de la matrice augmentée [A∣B]. Autrement dit, adjoindre la colonne des seconds membres ne doit pas faire apparaître un pivot supplémentaire. Sur le système donné, la matrice augmentée est [12241237]. L'opération L2←L2−2L1 donne [000∣1]. La partie gauche a alors un seul pivot, donc rang(A)=1, tandis que la partie augmentée porte un pivot dans la colonne des seconds membres, donc rang([A∣B])=2. Les deux rangs diffèrent, le système est donc INCOMPATIBLE, ce qui traduit la ligne impossible 0=1. Le théorème formalise exactement le signal qu'on repère à l'échelonnement.
c) Pour un système compatible à n inconnues, le nombre de paramètres libres est n−rang(A) : chaque pivot fixe une inconnue principale, et les inconnues restantes, en nombre n−rang(A), deviennent libres. Le critère de solution unique s'en déduit immédiatement : la solution est unique lorsqu'il n'y a AUCUN paramètre libre, c'est-à-dire lorsque rang(A)=n. En résumé, un système compatible a une solution unique si rang(A)=n, et une infinité si rang(A)<n, l'infinité étant de dimension n−rang(A).
d) Les trois cas sont possibles, et c'est le rang qui les sépare, jamais le nombre d'équations. Le rang d'une matrice 5×3 ne peut pas dépasser 3, le plus petit des deux nombres de lignes et de colonnes. Solution unique : si rang(A)=rang([A∣B])=3, les cinq équations se ramènent à trois équations indépendantes déterminant les trois inconnues ; les deux équations excédentaires sont des conséquences des autres, donc redondantes mais compatibles. Une infinité : si les deux rangs sont égaux mais valent moins de 3, disons 2, il reste 3−2=1 paramètre libre. Aucune solution : si rang(A)<rang([A∣B]), ce qui arrive dès qu'une équation contredit les autres, le système est incompatible, situation la plus fréquente quand on impose cinq contraintes à seulement trois inconnues. La morale du chapitre est là : avoir plus d'équations que d'inconnues ne garantit rien, et avoir moins d'équations n'interdit pas l'incompatibilité ; seul le rang tranche.
Partie B : Niveau examen (/50)
Exercice 6 : Systèmes homogènes et solutions non triviales
Un système homogène est un système AX=0, dont tous les seconds membres sont nuls. Cet exercice établit ses propriétés, puis les applique.
a) Démontrez qu'un système homogène n'est jamais incompatible, et précisez ce qu'on appelle sa solution triviale.
b) Énoncez et justifiez la condition sur det(A) qui garantit l'existence de solutions NON triviales.
c) Déterminez toutes les valeurs de k pour lesquelles le système ⎩⎨⎧kx+y+z=0x+ky+z=0x+y+kz=0 admet des solutions non triviales.
d) Pour chacune des valeurs trouvées en c), déterminez l'ensemble des solutions sous forme paramétrique.
e) Démontrez que si un système AX=B admet deux solutions distinctes, alors il en admet une infinité.
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Réponses
a)X=0 toujours solution
b)Non triviales si detA=0
c)k=1 ou k=−2
d)k=1 : plan ; k=−2 : droite t(1;1;1)
e)X1+λ(X2−X1) : infinité
a) Quel que soit A, le vecteur nul vérifie A⋅0=0. Le système homogène admet donc toujours au moins la solution X=0, c'est-à-dire x=y=z=0, appelée solution TRIVIALE. Un système homogène ne peut donc jamais être incompatible : les trois cas généraux se réduisent ici à deux, soit la solution triviale est la seule, soit il y en a une infinité.
Lecture sur l'échelonnement : la colonne des seconds membres étant nulle au départ, elle reste nulle à chaque opération élémentaire, puisque toute combinaison de zéros est nulle. Une ligne du type [000∣c] avec c=0 ne peut donc jamais apparaître.
b) Le système homogène admet des solutions non triviales si et seulement si det(A)=0.
Justification. Si det(A)=0, alors A est inversible, et on peut multiplier AX=0 par A−1 : X=A−1⋅0=0. La solution triviale est alors la SEULE. Réciproquement, si det(A)=0, la matrice n'est pas inversible, l'échelonnement produit moins de pivots que d'inconnues, donc au moins un paramètre libre apparaît ; en donnant à ce paramètre une valeur non nulle, on obtient une solution non triviale.
Lecture équivalente en termes de familles de vecteurs : det(A)=0 signifie que les colonnes de A sont linéairement dépendantes, et une relation de dépendance entre les colonnes est exactement une solution non triviale de AX=0. Les deux chapitres disent la même chose.
c) On calcule le déterminant en développant selon la première ligne : det=k(k2−1)−1(k−1)+1(1−k)=k3−k−k+1+1−k=k3−3k+2.
On cherche une racine évidente : pour k=1, 1−3+2=0. On factorise donc par k−1 : k3−3k+2=(k−1)(k2+k−2)=(k−1)(k−1)(k+2)=(k−1)2(k+2).
Le déterminant s'annule pour k=1 (racine double) et k=−2. Ce sont les deux seules valeurs donnant des solutions non triviales.
d) Pour k=1, les trois équations deviennent identiques et se réduisent à x+y+z=0. Il reste un seul pivot pour trois inconnues, donc 3−1=2 paramètres libres. En posant y=s et z=t, on obtient x=−s−t, et l'ensemble des solutions est {(−s−t;s;t):s,t∈R}. Géométriquement, c'est un PLAN passant par l'origine. La racine double du déterminant se traduit ici par la perte de deux pivots au lieu d'un.
Pour k=−2, le système s'écrit ⎩⎨⎧−2x+y+z=0x−2y+z=0x+y−2z=0. En soustrayant la deuxième équation de la première : −3x+3y=0, donc x=y. En soustrayant la troisième de la deuxième : −3y+3z=0, donc y=z. Ainsi x=y=z, et en posant z=t on obtient {(t;t;t):t∈R}, avec un seul paramètre. Vérification sur la première équation : −2t+t+t=0, conforme. Géométriquement, c'est une DROITE passant par l'origine, de vecteur directeur (1;1;1).
Observation à retenir : dans les deux cas, l'ensemble des solutions contient l'origine. C'est une caractéristique des systèmes homogènes, et cela les distingue des systèmes généraux, dont l'ensemble de solutions est une droite ou un plan qui ne passe pas nécessairement par l'origine.
e) Soient X1 et X2 deux solutions distinctes, donc AX1=B et AX2=B avec X1=X2. Posons, pour un réel λ quelconque, Xλ=X1+λ(X2−X1).
Calculons : AXλ=AX1+λ(AX2−AX1)=B+λ(B−B)=B+λ⋅0=B. Donc Xλ est solution pour TOUT réel λ.
De plus, ces solutions sont deux à deux distinctes : si Xλ=Xμ, alors (λ−μ)(X2−X1)=0, et comme X2−X1=0 par hypothèse, on doit avoir λ=μ. À chaque réel λ correspond donc une solution différente : le système en admet une infinité.
Ce résultat démontre au passage qu'il ne peut jamais y avoir exactement deux, ou exactement trois solutions. Le nombre de solutions d'un système linéaire est toujours 0, 1 ou l'infini, et cette démonstration explique pourquoi tout cas intermédiaire est impossible. Géométriquement, la formule X1+λ(X2−X1) est l'équation paramétrique de la droite passant par les deux solutions : dès que deux solutions existent, toute la droite qui les joint est faite de solutions.
Exercice 7 : Problème : discussion complète d'un système à deux paramètres
On considère, pour des réels a et b, le système ⎩⎨⎧x+2y+z=12x+5y+3z=43x+7y+az=b.
L'objectif est de déterminer, selon les valeurs de a et de b, le nombre de solutions du système, puis de les calculer dans chaque cas. C'est le format d'exercice le plus fréquent en fin de chapitre, et celui où l'on perd le plus de points en oubliant un cas.
a) Écrivez la matrice augmentée et échelonnez-la en fonction de a et de b. On prendra soin de ne jamais diviser par une expression pouvant s'annuler.
b) Pour quelles valeurs de a et de b le système admet-il une solution unique ?
c) Pour quelles valeurs le système n'admet-il aucune solution ? Interprétez géométriquement.
d) Pour quelles valeurs admet-il une infinité de solutions ? Donnez alors l'ensemble des solutions sous forme paramétrique.
e) Résolvez complètement le système pour a=5 et b=7.
f) Calculez le déterminant de la matrice des coefficients en fonction de a, et expliquez pourquoi il redonne exactement la condition trouvée en b).
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Réponses
a)Dernière ligne (0;0;a−4∣b−5)
b)a=4
c)a=4, b=5
d)a=4, b=5 : (t−3;2−t;t)
e)(−1;0;2)
f)detA=a−4
a) Matrice augmentée : 12325713a14b. Le pivot en haut à gauche vaut 1 et ne dépend d'aucun paramètre, on peut donc l'utiliser sans précaution.
L2←L2−2L1 donne (0;1;1∣2). L3←L3−3L1 donne (0;1;a−3∣b−3).
Le deuxième pivot vaut 1, lui non plus ne dépend pas des paramètres. L3←L3−L2 donne (0;0;a−3−1∣b−3−2)=(0;0;a−4∣b−5).
La forme échelonnée est 10021011a−412b−5. Toute la discussion se joue maintenant sur la dernière ligne, qui s'écrit (a−4)z=b−5. Point de méthode essentiel : on n'a jamais divisé par a−4, on a seulement soustrait. Diviser une ligne par une expression paramétrique sans discuter sa nullité est l'erreur qui fait perdre la question entière, car elle suppose implicitement a=4 et escamote le cas le plus intéressant.
b) Si a−4=0, c'est-à-dire a=4, on peut diviser et obtenir z=a−4b−5. Il y a alors trois pivots pour trois inconnues, donc SOLUTION UNIQUE, et ce quelle que soit la valeur de b.
On remonte pour l'obtenir en général. La deuxième ligne donne y=2−z. La première donne x=1−2y−z=1−2(2−z)−z=1−4+2z−z=z−3. La solution unique est donc (a−4b−5−3;2−a−4b−5;a−4b−5).
c) Si a=4, la dernière ligne devient 0z=b−5. Lorsque b=5, cette équation s'écrit 0=b−5 avec b−5=0 : elle est impossible. Le système n'admet AUCUNE solution pour a=4 et b=5.
Interprétation géométrique : les trois plans n'ont aucun point commun aux trois. Ici les deux premiers plans se coupent bien selon une droite, mais le troisième plan est parallèle à cette droite sans la contenir. La configuration est celle d'un prisme : les plans se coupent deux à deux selon trois droites parallèles distinctes, sans point commun aux trois.
d) Si a=4 ET b=5, la dernière ligne devient 0=0, une équation toujours vraie qui n'apporte aucune information. Le système est compatible avec deux pivots pour trois inconnues, donc 3−2=1 paramètre libre : il admet une INFINITÉ de solutions.
On pose z=t. La deuxième ligne donne y+t=2, donc y=2−t. La première donne x+2(2−t)+t=1, soit x+4−2t+t=1, donc x=t−3. L'ensemble des solutions est {(t−3;2−t;t):t∈R}.
Vérification pour t=0, soit (−3;2;0) : équation 1, −3+4+0=1, conforme ; équation 2, −6+10+0=4, conforme ; équation 3 avec a=4, −9+14+0=5=b, conforme. Géométriquement, les trois plans se coupent selon une droite de vecteur directeur (1;−1;1), lu sur les coefficients de t.
e) Pour a=5 et b=7, on est dans le cas a=4, donc solution unique. La dernière ligne donne (5−4)z=7−5, soit z=2. Puis y=2−z=0, et x=z−3=−1.
Vérification dans le système d'origine : équation 1, −1+0+2=1, conforme ; équation 2, −2+0+6=4, conforme ; équation 3, 3(−1)+7(0)+5(2)=−3+10=7, conforme. La solution est (−1;0;2).
Le déterminant vaut exactement a−4, c'est-à-dire précisément le dernier pivot obtenu par échelonnement. Ce n'est pas une coïncidence : les opérations élémentaires utilisées ici, qui consistent uniquement à ajouter à une ligne un multiple d'une autre, ne modifient PAS le déterminant. Le déterminant de la matrice échelonnée est donc égal à celui de A, et pour une matrice triangulaire il vaut le produit des coefficients diagonaux, soit 1×1×(a−4)=a−4.
La condition det(A)=0, c'est-à-dire a=4, est donc rigoureusement la même que la condition de solution unique trouvée en b). Les deux approches, échelonnement et déterminant, se rejoignent nécessairement.
Ce que le déterminant ne dit PAS, en revanche, mérite d'être souligné. Il tranche la solution unique, mais lorsqu'il s'annule, il est muet sur la suite : il ne distingue pas le cas b=5 (aucune solution) du cas b=5 (une infinité), puisqu'il ne dépend même pas de b. Seul l'échelonnement de la matrice AUGMENTÉE, qui transporte le second membre, permet de séparer ces deux cas. C'est la raison pour laquelle la règle de Cramer devient inutilisable dès que le déterminant s'annule, et pourquoi une discussion complète passe toujours par Gauss.
Exercice 8 : La structure de l'ensemble des solutions
Lorsqu'un système AX=B possède une infinité de solutions, celles-ci ne sont pas dispersées au hasard : elles s'organisent autour d'une solution particulière. Cet exercice établit la structure X=Xp+Xh, où Xp est une solution particulière et Xh parcourt les solutions du système homogène associé.
a) Démontrez que si Xp est une solution de AX=B et Xh une solution de AX=0, alors Xp+Xh est solution de AX=B. Démontrez la réciproque : toute solution de AX=B s'écrit Xp+Xh pour un certain Xh solution du système homogène.
b) On considère le système ⎩⎨⎧x+y+z=6x+2y+3z=142x+3y+4z=20. Vérifiez que Xp=(−2;8;0) en est une solution, puis résolvez le système homogène associé.
c) Écrivez la solution générale sous la forme Xp+tXh, et confrontez-la au paramétrage (t−2;8−2t;t) obtenu par échelonnement direct.
d) Interprétez géométriquement : pourquoi l'ensemble des solutions du système homogène passe-t-il toujours par l'origine, alors que celui du système complet, en général, non ? Que représente Xp dans cette image ?
Voir la correction
Réponses
a)A(Xp+Xh)=B et réciproque
b)Xh=t(1;−2;1)
c)(−2;8;0)+t(1;−2;1) : même ensemble
d)Droite translatée par Xp
a) Sens direct. Supposons AXp=B et AXh=0. Alors, par linéarité du produit matriciel, A(Xp+Xh)=AXp+AXh=B+0=B. Donc Xp+Xh est bien solution de AX=B. Réciproque. Soit X une solution quelconque de AX=B. Posons Xh=X−Xp. Alors AXh=A(X−Xp)=AX−AXp=B−B=0, donc Xh est solution du système homogène. En écrivant X=Xp+Xh, on a exprimé X sous la forme voulue. Les deux sens ensemble montrent que l'ensemble des solutions de AX=B est EXACTEMENT l'ensemble des Xp+Xh lorsque Xh parcourt les solutions homogènes.
b) Vérification de Xp=(−2;8;0) : équation 1, −2+8+0=6, conforme ; équation 2, −2+16+0=14, conforme ; équation 3, −4+24+0=20, conforme. C'est bien une solution. Système homogène associé : ⎩⎨⎧x+y+z=0x+2y+3z=02x+3y+4z=0. Avec L2←L2−L1 on obtient y+2z=0, et L3←L3−2L1 donne y+2z=0, ligne identique. Il reste deux pivots pour trois inconnues, donc un paramètre libre. En posant z=t, on a y=−2t et x=−y−z=2t−t=t. L'ensemble des solutions homogènes est {t(1;−2;1):t∈R}.
c) La solution générale est donc X=Xp+tXh=(−2;8;0)+t(1;−2;1)=(−2+t;8−2t;t). Le paramétrage obtenu par échelonnement direct était (t−2;8−2t;t) : c'est rigoureusement le même ensemble, puisque −2+t=t−2. Les deux approches se rejoignent, mais la forme Xp+tXh est plus parlante : elle sépare visiblement la partie constante, une solution particulière, de la partie mobile, qui décrit toutes les directions le long desquelles on peut se déplacer sans quitter l'ensemble des solutions.
d) Le système homogène AX=0 admet toujours la solution triviale X=0 : son ensemble de solutions contient donc l'origine, et c'est ici une droite vectorielle, de vecteur directeur (1;−2;1), passant par O. L'ensemble des solutions du système complet, lui, est cette même droite TRANSLATÉE par le vecteur Xp : elle a la même direction (1;−2;1), mais elle est décalée et ne passe plus par l'origine, sauf dans le cas particulier où B=0. C'est le sens géométrique de la décomposition : Xh donne la DIRECTION de l'ensemble des solutions, un objet vectoriel passant par l'origine, et Xp donne la TRANSLATION qui le place au bon endroit. On dit que l'ensemble des solutions d'un système compatible est un sous-espace AFFINE, c'est-à-dire un sous-espace vectoriel déplacé. Choisir une autre solution particulière ne change pas cet ensemble : cela revient seulement à repérer le même objet à partir d'un autre de ses points.
Exercice 9 : Interpolation : la parabole qui passe par trois points
Faire passer une courbe par des points imposés se traduit par un système linéaire dont les inconnues sont les coefficients de la courbe. C'est le principe de l'interpolation, omniprésent en calcul numérique. On cherche ici la parabole y=ax2+bx+c.
a) Écrivez le système linéaire d'inconnues a, b, c traduisant le passage de la parabole par les points (1;2), (2;3) et (3;6).
b) Résolvez ce système et donnez l'équation de la parabole.
c) Le déterminant de la matrice des coefficients est un déterminant de Vandermonde. Calculez-le et montrez qu'il est non nul dès que les trois abscisses sont distinctes. Que garantit ce fait quant à l'existence et l'unicité de la parabole ?
d) On impose maintenant le passage par (0;1), (1;3) et (2;5), trois points ALIGNÉS. Résolvez et interprétez la valeur trouvée pour a. Le système reste-t-il de solution unique ?
Voir la correction
Réponses
a)a+b+c=2, 4a+2b+c=3, 9a+3b+c=6
b)y=x2−2x+3
c)Déterminant −2 : parabole unique
d)y=2x+1 : a=0, solution unique
a) Écrire que la parabole y=ax2+bx+c passe par un point (x0;y0), c'est imposer ax02+bx0+c=y0. Les trois points donnent donc, en substituant chaque abscisse : ⎩⎨⎧a(1)2+b(1)+c=2a(2)2+b(2)+c=3a(3)2+b(3)+c=6, c'est-à-dire ⎩⎨⎧a+b+c=24a+2b+c=39a+3b+c=6. Les inconnues sont les coefficients a, b, c, et non les points, qui sont des données.
b) On élimine c par différences. La deuxième équation moins la première : 3a+b=1. La troisième moins la deuxième : 5a+b=3. En soustrayant ces deux relations : 2a=2, donc a=1. Alors b=1−3a=1−3=−2, et c=2−a−b=2−1+2=3. La parabole est y=x2−2x+3. Vérification sur les trois points : en x=1, 1−2+3=2 ; en x=2, 4−4+3=3 ; en x=3, 9−6+3=6. Les trois passages sont conformes.
c) La matrice des coefficients est 149123111, dont les lignes sont bâties sur les puissances des abscisses x1=1, x2=2, x3=3 : c'est une matrice de Vandermonde. Son déterminant se factorise, au signe près, en produit des différences d'abscisses : les colonnes étant rangées de x2 à 1, dans l'ordre inverse de la matrice de Vandermonde usuelle, det=−(x2−x1)(x3−x1)(x3−x2)=−(2−1)(3−1)(3−2)=−2. Contrôle direct : 1(2−3)−1(4−9)+1(12−18)=−2. Ce produit est non nul dès que les trois abscisses sont DISTINCTES, car chaque facteur est alors non nul. Un déterminant non nul garantit que le système a une solution unique : il existe donc une parabole, et une seule, passant par trois points d'abscisses distinctes. C'est le résultat fondamental de l'interpolation polynomiale : n+1 points d'abscisses distinctes déterminent un unique polynôme de degré au plus n.
d) Le système devient ⎩⎨⎧c=1a+b+c=34a+2b+c=5. De la première, c=1. La deuxième donne a+b=2, la troisième 4a+2b=4, soit 2a+b=2. En soustrayant, a=0, puis b=2. La solution est a=0, b=2, c=1, ce qui donne y=2x+1 : une DROITE. La valeur a=0 indique que la parabole dégénère en droite, ce qui était prévisible puisque les trois points sont alignés sur la droite de pente 2. Le système reste de solution UNIQUE : les abscisses 0, 1, 2 sont distinctes, donc le déterminant de Vandermonde −(1−0)(2−0)(2−1)=−2 reste non nul, et l'unicité est garantie. Trois points d'abscisses distinctes déterminent toujours un unique polynôme de degré au plus 2 ; ce polynôme est une vraie parabole si et seulement si les points ne sont pas alignés, auquel cas le coefficient dominant a s'annule.
Exercice 10 : Problème : équilibrer une équation chimique par un système homogène
Équilibrer une réaction chimique, c'est trouver les coefficients qui conservent chaque type d'atome. Le problème se traduit par un système linéaire HOMOGÈNE, dont l'ensemble des solutions révèle pourquoi une réaction s'équilibre toujours, et à une constante multiplicative près. On équilibre la combustion du propane : x1C3H8+x2O2→x3CO2+x4H2O.
a) En écrivant la conservation du carbone, de l'hydrogène et de l'oxygène, établissez le système homogène de trois équations vérifié par x1, x2, x3, x4.
b) Résolvez ce système. Combien de paramètres libres possède-t-il, et pourquoi était-ce prévisible ?
c) Déterminez les plus petits coefficients entiers positifs et écrivez l'équation équilibrée. Vérifiez la conservation de chaque atome.
d) Expliquez pourquoi le système admet nécessairement des solutions non triviales, et quel sens physique porte le paramètre libre.
Voir la correction
Réponses
a)3x1=x3, 8x1=2x4, 2x2=2x3+x4
b)t(1;5;3;4) : un paramètre
c)C3H8+5O2→3CO2+4H2O
d)Plus d'inconnues que d'équations ; échelle
a) On écrit la conservation atome par atome. Carbone : le propane C3H8 apporte 3x1 atomes de carbone, le CO2 en emporte x3, d'où 3x1=x3. Hydrogène : C3H8 apporte 8x1 atomes, l'eau H2O en emporte 2x4, d'où 8x1=2x4. Oxygène : le O2 apporte 2x2 atomes, répartis entre 2x3 dans le CO2 et x4 dans l'eau, d'où 2x2=2x3+x4. Le système homogène, tous termes ramenés à gauche, est ⎩⎨⎧3x1−x3=08x1−2x4=02x2−2x3−x4=0.
b) On exprime tout en fonction de x1. La première équation donne x3=3x1. La deuxième donne x4=4x1. La troisième donne 2x2=2x3+x4=6x1+4x1=10x1, donc x2=5x1. En posant x1=t, on obtient la famille de solutions (x1;x2;x3;x4)=(t;5t;3t;4t)=t(1;5;3;4). Il y a UN seul paramètre libre. C'était prévisible : le système compte quatre inconnues pour seulement trois équations, donc au moins 4−3=1 inconnue reste libre. Un système homogène ayant plus d'inconnues que d'équations a toujours des solutions non triviales.
c) La famille t(1;5;3;4) donne des coefficients entiers et positifs pour t entier positif ; les plus petits correspondent à t=1, soit (x1;x2;x3;x4)=(1;5;3;4). L'équation équilibrée est C3H8+5O2→3CO2+4H2O. Vérification atome par atome : carbone, 3 à gauche (3×1) et 3 à droite (3×1) ; hydrogène, 8 à gauche (8×1) et 8 à droite (4×2) ; oxygène, 10 à gauche (5×2) et 10 à droite (3×2+4×1). Chaque type d'atome est conservé : l'équation est équilibrée.
d) Le système est homogène, donc il admet toujours la solution triviale x1=x2=x3=x4=0, qui n'a évidemment aucun sens chimique. Mais il admet AUSSI des solutions non triviales, et ce nécessairement, pour une raison structurelle : avec quatre inconnues et trois équations seulement, la forme échelonnée ne peut avoir au plus que trois pivots, laissant au moins une inconnue libre ; le rang est strictement inférieur au nombre d'inconnues, ce qui garantit une infinité de solutions. Autrement dit, une réaction met en jeu plus d'espèces que d'éléments distincts, et cette inégalité assure l'existence d'un équilibrage non trivial. Le sens physique du paramètre libre est celui de l'ÉCHELLE de la réaction : multiplier tous les coefficients par un même facteur décrit la même réaction menée en plus grande ou plus petite quantité. La chimie fixe les proportions, pas les quantités absolues, et c'est exactement ce qu'exprime la droite de solutions t(1;5;3;4). On choisit par convention les plus petits entiers, mais tous les points de cette droite décrivent la même transformation.
Partie C : les classiques (/50)
Exercice 11 : Pivot nul et échange de lignes
On considère le système ⎩⎨⎧y+2z=8x+y+z=62x+y−z=1.
a) Écrivez la matrice augmentée. Pourquoi ne peut-on pas commencer l'élimination avec le coefficient en haut à gauche ?
b) Échangez les deux premières lignes, puis échelonnez la matrice.
c) Résolvez le système et vérifiez la solution.
d) Calculez le déterminant de la matrice des coefficients avant et après l'échange. Que change l'échange, et que ne change-t-il pas ?
e) Si toute la première colonne sous la diagonale avait été nulle, avec un zéro en haut, qu'aurait-on dû conclure sur l'inconnue x ?
Voir la correction
Réponses
a)Pivot nul
b)L1↔L2 ; dernière ligne (0;0;−1∣−3)
c)(1;2;3)
d)1 puis −1 : signe changé
e)x paramètre libre
a) 01211121−1861. Le coefficient en haut à gauche est nul : aucun multiple de la première ligne ne peut annuler le 1 ou le 2 placés en dessous. Un pivot doit être NON NUL.
b) L1↔L2 donne 10211112−1681. Puis L3←L3−2L1 donne (0;−1;−3∣−11), et L3←L3+L2 donne (0;0;−1∣−3).
c) −z=−3, donc z=3 ; y+6=8, donc y=2 ; x+2+3=6, donc x=1. Vérification : 2+6=8, 1+2+3=6 et 2+2−3=1.
d) Avant : 0(−1−1)−1(−1−2)+2(1−2)=3−2=1. Après l'échange, le déterminant vaut −1 : échanger deux lignes change son SIGNE. L'ensemble des solutions, lui, ne change pas, puisqu'on a seulement réécrit les mêmes équations dans un autre ordre.
e) Une colonne sans aucun pivot possible signifie que l'inconnue x n'apparaît dans aucune équation : si le système est compatible, x est un paramètre libre, et il n'y a pas de solution unique.
Le fil : un pivot nul se contourne par un échange de lignes, qui ne change pas les solutions mais change le signe du déterminant.
Exercice 12 : Un système de quatre équations par Gauss
On considère le système ⎩⎨⎧x+y+z+w=10x−y+z−w=−22x+y−z+w=5x+2y+3z−w=10.
a) Éliminez x des trois dernières équations en utilisant la première. Écrivez les trois lignes obtenues.
b) Poursuivez l'échelonnement jusqu'à une forme triangulaire.
c) Résolvez le système par remontée.
d) Vérifiez la solution dans les quatre équations d'origine.
e) Quel est le rang de la matrice des coefficients ? Combien de solutions le système possède-t-il ?
Voir la correction
Réponses
a)(0;−2;0;−2∣−12), (0;−1;−3;−1∣−15), (0;1;2;−2∣0)
b)Pivots 1, 1, −3, −9
c)(1;2;3;4)
d)Quatre équations vérifiées
e)Rang 4 : solution unique
a) L2←L2−L1 : (0;−2;0;−2∣−12). L3←L3−2L1 : (0;−1;−3;−1∣−15). L4←L4−L1 : (0;1;2;−2∣0).
b) On simplifie L2 par −2 : (0;1;0;1∣6). Puis L3←L3+L2 : (0;0;−3;0∣−9) et L4←L4−L2 : (0;0;2;−3∣−6). Enfin L4←3L4+2L3 : (0;0;0;−9∣−36).
c) −9w=−36, donc w=4. −3z=−9, donc z=3. y+w=6, donc y=2. x+y+z+w=10, donc x=1. La solution est (1;2;3;4).
d) 1+2+3+4=10 ; 1−2+3−4=−2 ; 2+2−3+4=5 ; 1+4+9−4=10. Les quatre équations sont vérifiées.
e) La forme échelonnée a quatre pivots, 1, 1, −3 et −9 : le rang vaut 4, égal au nombre d'inconnues, et la solution est unique. La méthode est la même qu'en dimension 3, avec une étape de plus ; multiplier une ligne par 3 pour éviter les fractions est permis, à condition de ne jamais multiplier par zéro.
Le fil : quelle que soit la taille, Gauss élimine une inconnue par colonne, et le nombre de pivots décide du nombre de solutions.
Exercice 13 : La décomposition LU
On considère A=248137139. Échelonner A sans échange de lignes revient à l'écrire A=LU, avec U triangulaire supérieure, la forme échelonnée, et L triangulaire inférieure, de diagonale formée de 1, qui garde les multiplicateurs utilisés.
a) Échelonnez A en notant chaque multiplicateur, et donnez U.
b) Écrivez L en plaçant chaque multiplicateur à la position du coefficient qu'il a annulé, puis vérifiez que LU=A sur la dernière ligne.
c) Déduisez-en detA.
d) Résolvez AX=B avec B=41024 en deux temps : LY=B par descente, puis UX=Y par remontée.
e) Pourquoi cette décomposition est-elle avantageuse quand on doit résoudre de nombreux systèmes avec la même matrice A ?
Voir la correction
Réponses
a)U=200110112
b)L=124013001
c)detA=4
d)Y=(4;2;2), X=(1;1;1)
e)Échelonnement fait une fois
a) L2←L2−2L1 donne (0;1;1), multiplicateur 2. L3←L3−4L1 donne (0;3;5), multiplicateur 4. L3←L3−3L2 donne (0;0;2), multiplicateur 3. Donc U=200110112.
b) L=124013001. Dernière ligne de LU : (4⋅2;4⋅1+3⋅1;4⋅1+3⋅1+1⋅2)=(8;7;9), c'est bien la dernière ligne de A.
c) detA=detL×detU=1×(2×1×2)=4 : les déterminants de matrices triangulaires se lisent sur leur diagonale.
d) LY=B : y1=4, 2y1+y2=10 donc y2=2, 4y1+3y2+y3=24 donc y3=2. UX=Y : 2z=2 donc z=1, y+z=2 donc y=1, 2x+y+z=4 donc x=1. La solution est (1;1;1), et en effet A111=41024.
e) L'échelonnement, la partie coûteuse, n'est fait qu'une fois. Chaque nouveau second membre ne demande plus qu'une descente et une remontée, deux calculs triangulaires très rapides : c'est ainsi que les logiciels résolvent les grands systèmes, plutôt qu'en calculant A−1.
Le fil : la matrice L garde la mémoire de l'échelonnement ; résoudre AX=B devient deux systèmes triangulaires.
Exercice 14 : Problème : la température d'équilibre d'une plaque
Une plaque carrée est maintenue à 100∘C sur son bord supérieur, à 0∘C sur son bord inférieur et à 50∘C sur ses bords gauche et droit. On étudie quatre points intérieurs disposés en carré : T1 en haut à gauche, T2 en haut à droite, T3 en bas à gauche et T4 en bas à droite.
À l'équilibre, la température de chaque point intérieur est la moyenne des températures de ses quatre voisins : les deux points du bord les plus proches et les deux points intérieurs adjacents.
a) Écrivez l'équation vérifiée par T1, puis les trois autres.
b) Mettez le système sous la forme AT=B et échelonnez-le.
c) Déterminez les quatre températures.
d) Retrouvez le résultat en utilisant la symétrie gauche-droite de la plaque.
e) Calculez la moyenne des quatre températures. Pourquoi était-elle prévisible ?
Voir la correction
Réponses
a)4T1=150+T2+T3, etc.
b)Quatre pivots : solution unique
c)T1=T2=62,5 °C, T3=T4=37,5 °C
d)3a−b=150, −a+3b=50
e)50 °C
a) T1 a pour voisins le bord supérieur, 100, le bord gauche, 50, puis T2 et T3 : 4T1=150+T2+T3. De même 4T2=150+T1+T4, 4T3=50+T1+T4 et 4T4=50+T2+T3.
b) 4−1−10−140−1−104−10−1−141501505050. Sans fraction : L2←4L2+L1 donne (0;15;−1;−4∣750) et L3←4L3+L1 donne (0;−1;15;−4∣350) ; puis L3←15L3+L2 donne (0;0;224;−64∣6000) et L4←15L4+L2 donne (0;0;−16;56∣1500) ; enfin L4←14L4+L3 donne (0;0;0;720∣27000). Quatre pivots non nuls : la solution est unique.
c) Remontée : 720T4=27000, donc T4=37,5 ; 224T3=6000+64×37,5=8400, donc T3=37,5 ; 15T2=750+37,5+4×37,5=937,5, donc T2=62,5 ; 4T1=150+62,5+37,5, donc T1=62,5. Contrôle : 4×62,5=250=150+62,5+37,5 et 4×37,5=150=50+62,5+37,5.
d) La plaque et ses conditions de bord sont symétriques par rapport à l'axe vertical, et la solution est unique : elle est donc symétrique, T1=T2=a et T3=T4=b. Le système se réduit à 3a−b=150 et −a+3b=50. La première donne b=3a−150, puis −a+9a−450=50, soit a=62,5 et b=37,5.
e) 462,5+62,5+37,5+37,5=50∘C, la moyenne des quatre bords, 4100+0+50+50. Ce n'est pas un hasard : en additionnant les quatre équations, 4∑Ti=400+2∑Ti, donc ∑Ti=200. La méthode, répétée sur des grilles de milliers de points, est celle qu'emploient les logiciels de calcul thermique.
Le fil : une loi locale, la moyenne des voisins, produit un système linéaire ; la symétrie et l'unicité permettent de réduire le nombre d'inconnues.
Exercice 15 : Problème : un système mal conditionné
On considère le système {x+y=2x+1,001y=2,001, qui modélise deux mesures presque redondantes.
a) Résolvez le système.
b) Calculez le déterminant de la matrice des coefficients.
c) Une erreur de mesure change le second membre 2,001 en 2,002. Résolvez le nouveau système.
d) Le second membre a varié de combien de pour cent, au centième ? Comparez à la variation de la solution.
e) Interprétez géométriquement, et dites ce qui arrive si le coefficient 1,001 est arrondi à 1,00.
a) En soustrayant la première équation de la seconde : 0,001y=0,001, donc y=1 et x=1.
b) det=1×1,001−1×1=0,001 : non nul, la solution est unique, mais le déterminant est minuscule.
c) 0,001y=0,002, donc y=2 et x=0. La solution passe de (1;1) à (0;2).
d) 2,0010,001≈0,0005, soit environ 0,05%. La solution, elle, a changé du tout au tout : x passe de 1 à 0, y double. Une erreur minuscule sur les données produit une erreur énorme sur le résultat : le système est MAL CONDITIONNÉ.
e) Les deux équations représentent deux droites presque parallèles : leurs pentes, −1 et −1,0011, diffèrent à peine. Déplacer très légèrement l'une d'elles fait glisser leur point d'intersection très loin le long des droites. Avec 1,00, les droites deviennent parallèles : x+y=2 et x+y=2,001 n'ont plus aucune solution, et le système change de nature pour un arrondi.
Le fil : un déterminant proche de zéro, relativement aux coefficients, annonce une solution très sensible aux erreurs de mesure.
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