Exercice 1 : Les axiomes et les espaces qui n'en ont pas l'air
Un espace vectoriel n'est pas un ensemble de flèches : c'est un ensemble muni de deux opérations qui obéissent aux axiomes. Tout le chapitre repose sur ce déplacement de point de vue.
- a) Vérifiez que , l'ensemble des polynômes de degré au plus 2, est un espace vectoriel : identifiez le vecteur nul, l'opposé de , et vérifiez la fermeture pour les deux opérations.
- b) Donnez une base de et sa dimension. Même question pour , l'ensemble des matrices carrées d'ordre 2.
- c) L'ensemble des polynômes de degré EXACTEMENT 2 est-il un espace vectoriel ? Justifiez par un contre-exemple précis.
- d) Pourquoi muni de l'addition usuelle mais de la multiplication n'est-il pas un espace vectoriel ? Quel axiome tombe ?
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a) Un élément de s'écrit . Vecteur NUL : le polynôme nul , qui vérifie bien pour tout . Opposé de : le polynôme , dont la somme avec donne le polynôme nul ✓. Fermeture pour l'addition : la somme de deux polynômes de degré au plus 2 est de degré au plus 2, puisqu'on additionne les coefficients terme à terme sans jamais créer de degré supérieur ✓. Fermeture pour la multiplication scalaire : , toujours de degré au plus 2 ✓. Les autres axiomes (associativité, commutativité, distributivité) découlent de ceux des nombres réels appliqués coefficient par coefficient. est donc bien un espace vectoriel, et ses « vecteurs » sont des polynômes.
b) Base canonique de : . Elle est GÉNÉRATRICE, car tout polynôme s'écrit ; elle est LIBRE, car pour tout impose (un polynôme nul a tous ses coefficients nuls). Donc . Pour , la base canonique est formée des quatre matrices ayant un seul 1 et des 0 ailleurs, donc . Règle générale à retenir : (attention au , oublié très souvent) et .
c) NON. Contre-exemple : prenons et , tous deux de degré exactement 2. Leur somme vaut , qui est de degré 1 : elle n'appartient PAS à l'ensemble. La fermeture pour l'addition est donc violée. Un second argument, plus rapide encore, suffit à conclure : le polynôme nul n'est pas de degré exactement 2, donc le vecteur nul manque, et le critère tombe immédiatement. C'est la différence décisive entre « degré au plus » et « degré exactement » : seule la première formulation donne un espace vectoriel, et les énoncés d'examen jouent constamment sur cette nuance.
d) L'axiome qui tombe est . En effet , ce qui diffère de dès que . Par exemple . Cet axiome paraît le plus anodin des huit, au point qu'on est tenté de le juger superflu, et c'est précisément pourquoi les manuels le mettent en évidence : sans lui, la multiplication scalaire pourrait écraser de l'information, comme ici où la seconde coordonnée est détruite. On peut vérifier que la distributivité tient pourtant, ce qui montre qu'un seul axiome violé suffit à disqualifier la structure, même si tous les autres sont satisfaits.