Algèbre linéaire 201-NYC / Maths 105 • Complément québécois de Première et cégep à Montréal

Exercices corrigés : espaces vectoriels et sous-espaces (201-NYC)

Voici la série d'exercices corrigés d'algèbre linéaire 201-NYC sur les espaces vectoriels et les sous-espaces, le chapitre où le cours cesse d'être calculatoire pour devenir abstrait. La partie A installe les définitions : les huit axiomes et la vérification qu'un ensemble inattendu (polynômes, matrices, fonctions) en est bien un espace vectoriel, le critère du sous-espace en trois points avec le test du vecteur nul qui élimine la moitié des candidats en dix secondes, et le sous-espace engendré par une famille avec le calcul de sa dimension. La partie B monte au niveau examen : le noyau et l'image d'une transformation linéaire comme sous-espaces à part entière, le théorème du rang démontré puis appliqué, un problème complet où l'on identifie la nature géométrique d'un sous-espace de R3\mathbb{R}^{3}, la somme et l'intersection de deux sous-espaces avec la formule de Grassmann, le rang d'une matrice et son espace nul, et la dérivation sur les polynômes vue comme transformation linéaire.

Cette série s'adresse aux étudiants de cégep en Sciences de la nature (cours d'algèbre linéaire 201-NYC, aussi numéroté Maths 105) comme aux élèves de Première et de Terminale du Lycée Marie de France et du Collège Stanislas qui suivent le complément québécois de mathématiques.

C'est le chapitre qui déroute le plus, parce qu'il demande de raisonner sur des objets qui ne se dessinent pas. Le remède tient en un principe : un espace vectoriel n'est pas un ensemble de flèches, c'est un ensemble muni de deux opérations qui obéissent à des règles. Dès qu'un étudiant accepte qu'un polynôme, une matrice ou une fonction puissent être des vecteurs, la difficulté s'effondre et les démonstrations deviennent mécaniques.

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Ce chapitre fait partie de Algèbre linéaire et géométrie vectorielle, 201-NYC
Avant de commencer Fiche de révision : les pièges et la méthode de ce chapitre

Avant ce chapitre

Ces notions sont supposées acquises ici. Si le premier exercice résiste, le blocage vient presque toujours de l'une d'elles, pas du chapitre lui-même.

Remonter plus loin : la chaîne complète (4 chapitres) ↓

Le chemin de remédiation, du plus ancien au plus proche. Un élève qui reprend ce chapitre de zéro le reprend dans cet ordre.

  1. 1Théorème de Pythagore et réciproqueSecondaire 3
  2. 2Relations métriques et trigonométrie du triangle rectangleSecondaire 4 SN4
  3. 3Les vecteurs et la géométrie vectorielleSecondaire 5 SN5
  4. 4Combinaisons linéaires, dépendance et bases

Rappel de cours

  • Un espace vectoriel sur R\mathbb{R} est un ensemble VV muni d'une addition et d'une multiplication par un scalaire, vérifiant huit axiomes : associativité et commutativité de l'addition, existence d'un vecteur NUL, existence d'un opposé, et quatre axiomes de compatibilité, dont λ(u+v)=λu+λv\lambda(u+v)=\lambda u+\lambda v et 1u=u1\cdot u=u.
  • Exemples d'espaces vectoriels qui ne sont pas des flèches : Rn\mathbb{R}^{n}, l'ensemble PnP_{n} des polynômes de degré au plus nn, l'ensemble Mm×nM_{m\times n} des matrices, l'ensemble des fonctions continues sur un intervalle.
  • CRITÈRE DU SOUS-ESPACE : WVW\subseteq V est un sous-espace si et seulement si 1) 0W\vec{0}\in W; 2) WW est fermé pour l'addition (u,vWu+vWu,v\in W\Rightarrow u+v\in W); 3) WW est fermé pour la multiplication scalaire (uW,λRλuWu\in W,\lambda\in\mathbb{R}\Rightarrow\lambda u\in W).
  • Test rapide : si 0W\vec{0}\notin W, ce n'est PAS un sous-espace, et la question est réglée en une ligne. C'est le premier réflexe à avoir.
  • Sous-espace ENGENDRÉ : vect{v1,,vk}\text{vect}\{v_{1},\ldots,v_{k}\} est l'ensemble de toutes les combinaisons linéaires des viv_{i}. C'est toujours un sous-espace, quelle que soit la famille.
  • DIMENSION : nombre de vecteurs d'une base, c'est-à-dire d'une famille à la fois libre et génératrice. Toutes les bases d'un même espace ont le même nombre d'éléments.
  • NOYAU et IMAGE : kerT={v:T(v)=0}\ker T=\{v : T(v)=\vec{0}\} est un sous-espace du départ; ImT={T(v)}\text{Im}\,T=\{T(v)\} est un sous-espace de l'arrivée. THÉORÈME DU RANG : dim(kerT)+dim(ImT)=dimV\dim(\ker T)+\dim(\text{Im}\,T)=\dim V, où VV est l'espace de départ.

Partie A : Les bases (/50)

Exercice 1 : Les axiomes et les espaces qui n'en ont pas l'air

Un espace vectoriel n'est pas un ensemble de flèches : c'est un ensemble muni de deux opérations qui obéissent aux axiomes. Tout le chapitre repose sur ce déplacement de point de vue.

  • a) Vérifiez que P2P_{2}, l'ensemble des polynômes de degré au plus 2, est un espace vectoriel : identifiez le vecteur nul, l'opposé de p(x)=3x2x+5p(x)=3x^{2}-x+5, et vérifiez la fermeture pour les deux opérations.
  • b) Donnez une base de P2P_{2} et sa dimension. Même question pour M2×2M_{2\times 2}, l'ensemble des matrices carrées d'ordre 2.
  • c) L'ensemble des polynômes de degré EXACTEMENT 2 est-il un espace vectoriel ? Justifiez par un contre-exemple précis.
  • d) Pourquoi R2\mathbb{R}^{2} muni de l'addition usuelle mais de la multiplication λ(x,y)=(λx,0)\lambda\odot(x,y)=(\lambda x,0) n'est-il pas un espace vectoriel ? Quel axiome tombe ?

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Réponses

  • a) Polynôme nul ; opposé 3x2+x5-3x^2+x-5 ; fermetures vérifiées
  • b) dimP2=3\dim P_2=3 ; dimM2×2=4\dim M_{2\times 2}=4
  • c) Non : (x2+x)+(x2+3)=x+3(x^2+x)+(-x^2+3)=x+3
  • d) 1u=u1\odot u=u tombe

a) Un élément de P2P_{2} s'écrit ax2+bx+cax^{2}+bx+c. Vecteur NUL : le polynôme nul 0x2+0x+00x^{2}+0x+0, qui vérifie bien p+0=pp+0=p pour tout pp. Opposé de p(x)=3x2x+5p(x)=3x^{2}-x+5 : le polynôme p(x)=3x2+x5-p(x)=-3x^{2}+x-5, dont la somme avec pp donne le polynôme nul ✓. Fermeture pour l'addition : la somme de deux polynômes de degré au plus 2 est de degré au plus 2, puisqu'on additionne les coefficients terme à terme sans jamais créer de degré supérieur ✓. Fermeture pour la multiplication scalaire : λ(ax2+bx+c)=(λa)x2+(λb)x+λc\lambda(ax^{2}+bx+c)=(\lambda a)x^{2}+(\lambda b)x+\lambda c, toujours de degré au plus 2 ✓. Les autres axiomes (associativité, commutativité, distributivité) découlent de ceux des nombres réels appliqués coefficient par coefficient. P2P_{2} est donc bien un espace vectoriel, et ses « vecteurs » sont des polynômes.

b) Base canonique de P2P_{2} : {1,  x,  x2}\left\{1,\;x,\;x^{2}\right\}. Elle est GÉNÉRATRICE, car tout polynôme ax2+bx+cax^{2}+bx+c s'écrit c1+bx+ax2c\cdot 1+b\cdot x+a\cdot x^{2}; elle est LIBRE, car c+bx+ax2=0c+bx+ax^{2}=0 pour tout xx impose a=b=c=0a=b=c=0 (un polynôme nul a tous ses coefficients nuls). Donc dimP2=3\dim P_{2}=3. Pour M2×2M_{2\times 2}, la base canonique est formée des quatre matrices ayant un seul 1 et des 0 ailleurs, donc dimM2×2=4\dim M_{2\times 2}=4. Règle générale à retenir : dimPn=n+1\dim P_{n}=n+1 (attention au +1+1, oublié très souvent) et dimMm×n=mn\dim M_{m\times n}=mn.

c) NON. Contre-exemple : prenons p(x)=x2+xp(x)=x^{2}+x et q(x)=x2+3q(x)=-x^{2}+3, tous deux de degré exactement 2. Leur somme vaut p+q=x+3p+q=x+3, qui est de degré 1 : elle n'appartient PAS à l'ensemble. La fermeture pour l'addition est donc violée. Un second argument, plus rapide encore, suffit à conclure : le polynôme nul n'est pas de degré exactement 2, donc le vecteur nul manque, et le critère tombe immédiatement. C'est la différence décisive entre « degré au plus nn » et « degré exactement nn » : seule la première formulation donne un espace vectoriel, et les énoncés d'examen jouent constamment sur cette nuance.

d) L'axiome qui tombe est 1u=u1\cdot u=u. En effet 1(x,y)=(1x,0)=(x,0)1\odot(x,y)=(1\cdot x,0)=(x,0), ce qui diffère de (x,y)(x,y) dès que y0y\neq 0. Par exemple 1(3,7)=(3,0)(3,7)1\odot(3,7)=(3,0)\neq(3,7). Cet axiome paraît le plus anodin des huit, au point qu'on est tenté de le juger superflu, et c'est précisément pourquoi les manuels le mettent en évidence : sans lui, la multiplication scalaire pourrait écraser de l'information, comme ici où la seconde coordonnée est détruite. On peut vérifier que la distributivité λ(u+v)=λu+λv\lambda\odot(u+v)=\lambda\odot u+\lambda\odot v tient pourtant, ce qui montre qu'un seul axiome violé suffit à disqualifier la structure, même si tous les autres sont satisfaits.

Exercice 2 : Le critère du sous-espace et le test du vecteur nul

Trois vérifications suffisent, et la première élimine la moitié des candidats en dix secondes. Encore faut-il commencer par elle.

  • a) Énoncez le critère du sous-espace, puis montrez que W={(x,y,z)R3  :  x+2yz=0}W=\left\{(x,y,z)\in\mathbb{R}^{3}\;:\;x+2y-z=0\right\} en est un.
  • b) L'ensemble U={(x,y,z)  :  x+2yz=3}U=\left\{(x,y,z)\;:\;x+2y-z=3\right\} est-il un sous-espace ? Répondez en une ligne.
  • c) L'ensemble S={(x,y)  :  xy=0}S=\left\{(x,y)\;:\;xy=0\right\} contient le vecteur nul. Est-ce pour autant un sous-espace de R2\mathbb{R}^{2} ? Décrivez géométriquement SS.
  • d) Montrez que l'ensemble des matrices 2×22\times 2 de trace nulle est un sous-espace de M2×2M_{2\times 2}, et donnez sa dimension.

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Réponses

  • a) Trois conditions ; plan de dimension 2
  • b) Non : 0U\vec 0\notin U
  • c) Non : (1,0)+(0,1)S(1,0)+(0,1)\notin S ; deux axes
  • d) Sous-espace de dimension 3

a) Critère : WW est un sous-espace de VV si 1) 0W\vec{0}\in W; 2) u,vWu+vWu,v\in W\Rightarrow u+v\in W; 3) uWu\in W et λRλuW\lambda\in\mathbb{R}\Rightarrow\lambda u\in W. Vérification pour WW. 1) (0,0,0)(0,0,0) donne 0+00=00+0-0=0 ✓. 2) Si u=(x1,y1,z1)u=(x_{1},y_{1},z_{1}) et v=(x2,y2,z2)v=(x_{2},y_{2},z_{2}) vérifient chacun l'équation, alors leur somme donne (x1+x2)+2(y1+y2)(z1+z2)=(x1+2y1z1)+(x2+2y2z2)=0+0=0(x_{1}+x_{2})+2(y_{1}+y_{2})-(z_{1}+z_{2})=(x_{1}+2y_{1}-z_{1})+(x_{2}+2y_{2}-z_{2})=0+0=0 ✓. 3) λu\lambda u donne λx+2λyλz=λ(x+2yz)=λ0=0\lambda x+2\lambda y-\lambda z=\lambda(x+2y-z)=\lambda\cdot 0=0 ✓. Donc WW est un sous-espace : c'est le PLAN passant par l'origine de vecteur normal (1,2,1)(1,2,-1), et sa dimension est 2.

b) NON : le vecteur nul (0,0,0)(0,0,0) donne 0+00=030+0-0=0\neq 3, donc 0U\vec{0}\notin U et le critère échoue dès sa première condition. Géométriquement, UU est un plan qui ne passe PAS par l'origine, c'est-à-dire un translaté de WW. La règle générale se lit ici : une équation HOMOGÈNE (second membre nul) définit un sous-espace, une équation non homogène n'en définit jamais. C'est le test à appliquer en premier devant tout ensemble défini par une équation.

c) NON, malgré la présence du vecteur nul. La condition xy=0xy=0 signifie x=0x=0 OU y=0y=0 : géométriquement, SS est la RÉUNION des deux axes de coordonnées, une figure en croix. Contre-exemple à la fermeture pour l'addition : u=(1,0)Su=(1,0)\in S (car 1×0=01\times 0=0) et v=(0,1)Sv=(0,1)\in S, mais u+v=(1,1)u+v=(1,1) donne 1×1=101\times 1=1\neq 0, donc u+vSu+v\notin S ✓. L'exemple est instructif : SS est bien fermé pour la multiplication scalaire (multiplier un point d'un axe le laisse sur cet axe) et contient le vecteur nul, mais il échoue sur l'addition. Les trois conditions sont donc INDÉPENDANTES et doivent toutes être vérifiées; passer le test du vecteur nul ne garantit rien. Plus généralement, une réunion de deux sous-espaces n'est presque jamais un sous-espace, alors que leur intersection en est toujours un.

d) Soit T={AM2×2:tr(A)=0}T=\left\{A\in M_{2\times 2}:\operatorname{tr}(A)=0\right\}, où tr(abcd)=a+d\operatorname{tr}\begin{pmatrix}a&b\\c&d\end{pmatrix}=a+d. 1) La matrice nulle a une trace nulle ✓. 2) tr(A+B)=tr(A)+tr(B)=0+0=0\operatorname{tr}(A+B)=\operatorname{tr}(A)+\operatorname{tr}(B)=0+0=0 ✓. 3) tr(λA)=λtr(A)=0\operatorname{tr}(\lambda A)=\lambda\operatorname{tr}(A)=0 ✓. C'est donc un sous-espace, et la vérification est immédiate parce que la trace est une application LINÉAIRE : tout ensemble défini par « une application linéaire s'annule » est automatiquement un sous-espace, c'est d'ailleurs exactement la notion de noyau vue plus loin. Dimension : la condition d=ad=-a laisse aa, bb et cc libres, donc une base est {(1001),(0100),(0010)}\left\{\begin{pmatrix}1&0\\0&-1\end{pmatrix},\begin{pmatrix}0&1\\0&0\end{pmatrix},\begin{pmatrix}0&0\\1&0\end{pmatrix}\right\} et dimT=3\dim T=3. Cohérent avec l'intuition : une contrainte linéaire non triviale fait perdre exactement une dimension, ici de 4 à 3.

y = 2x0y = 2x + 30passe par l'origine :SOUS-ESPACEne contient pas 0 :PAS un sous-espacele test du vecteur nul elimine un cas sur deux avant tout calcul

Exercice 3 : Sous-espace engendré et dimension

Toute famille de vecteurs engendre un sous-espace. La question intéressante n'est jamais s'il en est un, mais quelle est sa DIMENSION.

  • a) Décrivez géométriquement vect{(1,2,1)}\text{vect}\left\{(1,2,1)\right\} puis vect{(1,2,1),(0,1,1)}\text{vect}\left\{(1,2,1),(0,1,1)\right\} dans R3\mathbb{R}^{3}.
  • b) Déterminez la dimension de vect{(1,2,1),(0,1,1),(2,5,3)}\text{vect}\left\{(1,2,1),(0,1,1),(2,5,3)\right\}. Le troisième vecteur apporte-t-il quelque chose ?
  • c) Le vecteur (3,7,4)(3,7,4) appartient-il au sous-espace du point b) ? Justifiez par un système.
  • d) Expliquez pourquoi vect\text{vect} d'une famille quelconque est TOUJOURS un sous-espace, quelle que soit la famille choisie.

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Réponses

  • a) Droite, puis plan
  • b) Dimension 2 : (2,5,3)(2,5,3) redondant
  • c) Oui : 3(1,2,1)+(0,1,1)3(1,2,1)+(0,1,1)
  • d) Combinaisons stables par somme et multiple

a) vect{(1,2,1)}\text{vect}\left\{(1,2,1)\right\} est l'ensemble des multiples λ(1,2,1)\lambda(1,2,1) : c'est la DROITE passant par l'origine et de vecteur directeur (1,2,1)(1,2,1), de dimension 1. Pour la seconde, les deux vecteurs (1,2,1)(1,2,1) et (0,1,1)(0,1,1) ne sont pas proportionnels (le second a une première composante nulle, pas le premier), donc ils sont linéairement indépendants et engendrent un PLAN passant par l'origine, de dimension 2. En général, kk vecteurs indépendants engendrent un sous-espace de dimension kk : droite pour 1, plan pour 2, espace entier pour 3 dans R3\mathbb{R}^{3}.

b) On teste si (2,5,3)(2,5,3) est combinaison des deux premiers : cherchons aa et bb tels que a(1,2,1)+b(0,1,1)=(2,5,3)a(1,2,1)+b(0,1,1)=(2,5,3). La première composante donne a=2a=2; la troisième donne a+b=3a+b=3, donc b=1b=1; vérification sur la deuxième : 2a+b=4+1=52a+b=4+1=5 ✓. Donc (2,5,3)=2(1,2,1)+1(0,1,1)(2,5,3)=2(1,2,1)+1(0,1,1) : le troisième vecteur est REDONDANT, il n'apporte rien. La famille engendre donc le même plan qu'au point a), et dim=2\dim=2. Leçon à retenir : le nombre de vecteurs d'une famille génératrice n'est PAS la dimension; la dimension est le nombre de vecteurs d'une famille génératrice LIBRE, c'est-à-dire le rang de la famille.

c) On cherche a,ba,b avec a(1,2,1)+b(0,1,1)=(3,7,4)a(1,2,1)+b(0,1,1)=(3,7,4). Première composante : a=3a=3. Troisième : a+b=4a+b=4, donc b=1b=1. Vérification sur la deuxième : 2a+b=6+1=72a+b=6+1=7 ✓. Le système est COMPATIBLE, donc (3,7,4)=3(1,2,1)+(0,1,1)(3,7,4)=3(1,2,1)+(0,1,1) appartient bien au sous-espace. Remarque de méthode : on utilise deux équations pour trouver les inconnues, et la troisième sert de TEST de compatibilité. Si elle avait été contredite, par exemple avec (3,7,9)(3,7,9) qui donnerait a=3a=3 puis b=6b=6 et 2a+b=1272a+b=12\neq 7, le vecteur n'aurait pas appartenu au sous-espace. C'est la procédure standard pour toute question d'appartenance.

d) Il suffit de vérifier les trois conditions du critère, et chacune découle de la structure même des combinaisons linéaires. 1) Le vecteur nul s'obtient en prenant tous les coefficients nuls, 0v1++0vk=00v_{1}+\cdots+0v_{k}=\vec{0} ✓. 2) La somme de deux combinaisons linéaires des viv_{i} est encore une combinaison linéaire des viv_{i}, en additionnant les coefficients terme à terme ✓. 3) Le multiple d'une combinaison linéaire est une combinaison linéaire, en multipliant chaque coefficient par λ\lambda ✓. La conclusion vaut donc pour n'importe quelle famille, même liée, même réduite à un seul vecteur, et même vide (auquel cas on convient que vect={0}\text{vect}\,\emptyset=\left\{\vec{0}\right\}, le sous-espace nul). C'est ce qui fait de vect\text{vect} l'outil de construction universel : pour fabriquer un sous-espace, il suffit de choisir des vecteurs et de prendre toutes leurs combinaisons; on obtient d'ailleurs ainsi le PLUS PETIT sous-espace contenant la famille de départ.

Exercice 4 : Noyau et image d'une transformation linéaire

Toute transformation linéaire fabrique automatiquement deux sous-espaces : l'un au départ, l'autre à l'arrivée. Ce sont les sous-espaces les plus importants du cours.

  • a) Soit T:R3R2T:\mathbb{R}^{3}\to\mathbb{R}^{2} définie par T(x,y,z)=(x+y,  y+z)T(x,y,z)=(x+y,\;y+z). Vérifiez que TT est linéaire.
  • b) Déterminez kerT\ker T : résolvez le système, donnez une base et la dimension. Quelle est sa nature géométrique ?
  • c) Déterminez ImT\text{Im}\,T et sa dimension. La transformation est-elle surjective ?
  • d) Démontrez que kerT\ker T est toujours un sous-espace de l'espace de départ, pour n'importe quelle transformation linéaire TT.

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Réponses

  • a) Additive et homogène
  • b) kerT=vect{(1,1,1)}\ker T=\text{vect}\{(-1,1,-1)\}, droite
  • c) ImT=R2\text{Im}\,T=\mathbb{R}^2 : surjective
  • d) T(0)=0T(\vec 0)=\vec 0, stabilité par linéarité

a) Soient u=(x1,y1,z1)u=(x_{1},y_{1},z_{1}), v=(x2,y2,z2)v=(x_{2},y_{2},z_{2}) et λR\lambda\in\mathbb{R}. Additivité : T(u+v)=((x1+x2)+(y1+y2),  (y1+y2)+(z1+z2))=((x1+y1)+(x2+y2),  (y1+z1)+(y2+z2))=T(u)+T(v)T(u+v)=\left((x_{1}+x_{2})+(y_{1}+y_{2}),\;(y_{1}+y_{2})+(z_{1}+z_{2})\right)=\left((x_{1}+y_{1})+(x_{2}+y_{2}),\;(y_{1}+z_{1})+(y_{2}+z_{2})\right)=T(u)+T(v) ✓. Homogénéité : T(λu)=(λx+λy,  λy+λz)=λ(x+y,  y+z)=λT(u)T(\lambda u)=(\lambda x+\lambda y,\;\lambda y+\lambda z)=\lambda(x+y,\;y+z)=\lambda T(u) ✓. TT est donc linéaire. Sa matrice dans les bases canoniques est (110011)\begin{pmatrix}1&1&0\\0&1&1\end{pmatrix}, de format 2×32\times 3, cohérent avec une application de R3\mathbb{R}^{3} vers R2\mathbb{R}^{2}.

b) kerT\ker T est l'ensemble des (x,y,z)(x,y,z) tels que T(x,y,z)=(0,0)T(x,y,z)=(0,0), c'est-à-dire le système x+y=0x+y=0 et y+z=0y+z=0. De la première équation, x=yx=-y; de la seconde, z=yz=-y. En posant y=ty=t comme paramètre libre : (x,y,z)=(t,t,t)=t(1,1,1)(x,y,z)=(-t,t,-t)=t(-1,1,-1). Une base de kerT\ker T est donc {(1,1,1)}\left\{(-1,1,-1)\right\} et dim(kerT)=1\dim(\ker T)=1. Géométriquement, c'est la DROITE passant par l'origine et dirigée par (1,1,1)(-1,1,-1) : tous les vecteurs de cette droite, et eux seuls, sont écrasés sur le vecteur nul par TT.

c) ImT\text{Im}\,T est engendrée par les images des vecteurs de la base canonique : T(1,0,0)=(1,0)T(1,0,0)=(1,0), T(0,1,0)=(1,1)T(0,1,0)=(1,1), T(0,0,1)=(0,1)T(0,0,1)=(0,1). Ces trois vecteurs vivent dans R2\mathbb{R}^{2}, ils ne peuvent donc pas être indépendants; mais (1,0)(1,0) et (0,1)(0,1) suffisent déjà à engendrer R2\mathbb{R}^{2} tout entier. Donc ImT=R2\text{Im}\,T=\mathbb{R}^{2} et dim(ImT)=2\dim(\text{Im}\,T)=2. La transformation est donc SURJECTIVE : tout vecteur de R2\mathbb{R}^{2} est atteint. Vérification par le théorème du rang : dim(kerT)+dim(ImT)=1+2=3=dimR3\dim(\ker T)+\dim(\text{Im}\,T)=1+2=3=\dim\mathbb{R}^{3} ✓, ce qui confirme les deux calculs d'un coup.

d) Soit T:VWT:V\to W linéaire. 1) Vecteur nul : la linéarité donne T(0)=T(00)=0T(0)=0T(\vec{0})=T(0\cdot\vec{0})=0\cdot T(\vec{0})=\vec{0}, donc 0kerT\vec{0}\in\ker T ✓. 2) Addition : si u,vkerTu,v\in\ker T, alors T(u+v)=T(u)+T(v)=0+0=0T(u+v)=T(u)+T(v)=\vec{0}+\vec{0}=\vec{0}, donc u+vkerTu+v\in\ker T ✓. 3) Multiplication scalaire : si ukerTu\in\ker T et λR\lambda\in\mathbb{R}, alors T(λu)=λT(u)=λ0=0T(\lambda u)=\lambda T(u)=\lambda\vec{0}=\vec{0}, donc λukerT\lambda u\in\ker T ✓. Les trois conditions sont vérifiées, donc kerT\ker T est un sous-espace de VV. Observez que chaque étape n'utilise QUE la linéarité de TT : la démonstration est donc valable pour toute transformation linéaire, entre espaces quelconques, y compris des espaces de polynômes ou de matrices. C'est le modèle de démonstration abstraite que l'examen demande de reproduire.

R⁵ au departnoyaudim 2R³ a l'arriveeimagerang 3Tdim(noyau) + rang = dimension au depart : 2 + 3 = 5

Exercice 5 : Familles de polynômes : indépendance, base et coordonnées

On travaille dans P2P_{2}, l'espace des polynômes de degré au plus 2, de dimension 3. On identifie un polynôme a0+a1x+a2x2a_{0}+a_{1}x+a_{2}x^{2} à ses coefficients pour ramener chaque question à un calcul dans R3\mathbb{R}^{3}.

On pose p1=1+xp_{1}=1+x, p2=x+x2p_{2}=x+x^{2} et p3=1+x2p_{3}=1+x^{2}.

  • a) La famille {p1,p2,p3}\left\{p_{1},\,p_{2},\,p_{3}\right\} est-elle libre dans P2P_{2} ? Justifiez par un déterminant.
  • b) En déduire que cette famille est une base de P2P_{2}, sans vérifier séparément qu'elle est génératrice.
  • c) Déterminez les coordonnées du polynôme q=2+3x+x2q=2+3x+x^{2} dans la base {p1,p2,p3}\left\{p_{1},\,p_{2},\,p_{3}\right\}.
  • d) On pose maintenant r1=1+xr_{1}=1+x, r2=x+x2r_{2}=x+x^{2} et r3=1+2x+x2r_{3}=1+2x+x^{2}. Montrez que {r1,r2,r3}\left\{r_{1},\,r_{2},\,r_{3}\right\} est liée, et donnez la relation de dépendance.

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Réponses

  • a) Déterminant 2 : libre
  • b) Trois vecteurs libres en dimension 3
  • c) (2; 1; 0)(2;\ 1;\ 0)
  • d) r3=r1+r2r_3=r_1+r_2

a) On écrit chaque polynôme par ses coefficients : p1=(1; 1; 0)p_{1}=(1;\ 1;\ 0), p2=(0; 1; 1)p_{2}=(0;\ 1;\ 1), p3=(1; 0; 1)p_{3}=(1;\ 0;\ 1). La famille est libre si le déterminant de ces trois lignes est non nul : 110011101=1(10)1(01)+0=1+1=20\begin{vmatrix} 1 & 1 & 0 \\ 0 & 1 & 1 \\ 1 & 0 & 1 \end{vmatrix}=1(1-0)-1(0-1)+0=1+1=2\neq 0. Le déterminant vaut 22, donc la famille est libre. Une combinaison nulle ap1+bp2+cp3=0ap_{1}+bp_{2}+cp_{3}=0 n'a que la solution triviale a=b=c=0a=b=c=0.

b) P2P_{2} est de dimension 3. Une famille libre de trois vecteurs dans un espace de dimension 3 est automatiquement une base : elle est forcément génératrice, sans qu'on ait à le vérifier. C'est l'argument de cardinalité, valable dans tout espace de dimension finie, et il évite ici de résoudre un système générique.

c) On cherche aa, bb, cc tels que ap1+bp2+cp3=qap_{1}+bp_{2}+cp_{3}=q, soit en coefficients a(1; 1; 0)+b(0; 1; 1)+c(1; 0; 1)=(2; 3; 1)a(1;\ 1;\ 0)+b(0;\ 1;\ 1)+c(1;\ 0;\ 1)=(2;\ 3;\ 1). Le système est {a+c=2a+b=3b+c=1\begin{cases} a+c=2 \\ a+b=3 \\ b+c=1 \end{cases}. En soustrayant la troisième de la deuxième : ac=2a-c=2; avec la première a+c=2a+c=2, on trouve a=2a=2 et c=0c=0, puis b=3a=1b=3-a=1. Vérification sur la troisième : b+c=1+0=1b+c=1+0=1 ✓. Les coordonnées de qq dans la base sont donc (2; 1; 0)(2;\ 1;\ 0), c'est-à-dire q=2p1+p2q=2p_{1}+p_{2}. On vérifie : 2(1+x)+(x+x2)=2+3x+x22(1+x)+(x+x^{2})=2+3x+x^{2} ✓.

d) En coefficients : r1=(1; 1; 0)r_{1}=(1;\ 1;\ 0), r2=(0; 1; 1)r_{2}=(0;\ 1;\ 1), r3=(1; 2; 1)r_{3}=(1;\ 2;\ 1). On remarque que r1+r2=(1; 2; 1)=r3r_{1}+r_{2}=(1;\ 2;\ 1)=r_{3}, donc r3=r1+r2r_{3}=r_{1}+r_{2} : un des trois polynômes est combinaison des deux autres, la famille est liée. La relation de dépendance s'écrit r1+r2r3=0r_{1}+r_{2}-r_{3}=0, combinaison nulle à coefficients (1; 1; 1)(1;\ 1;\ -1) non tous nuls. Le déterminant confirme : 110011121=1(12)1(01)+0=1+1=0\begin{vmatrix} 1 & 1 & 0 \\ 0 & 1 & 1 \\ 1 & 2 & 1 \end{vmatrix}=1(1-2)-1(0-1)+0=-1+1=0. Le raisonnement sur les polynômes est en tout point celui de R3\mathbb{R}^{3} : c'est le bénéfice de traduire chaque polynôme en son vecteur de coefficients.

Partie B : Niveau examen (/50)

Exercice 6 : Démonstrations : théorème du rang et intersection de sous-espaces

Les démonstrations abstraites du chapitre suivent toutes le même schéma : revenir à la définition, appliquer la linéarité, conclure. L'examen en demande systématiquement une.

  • a) Énoncez le théorème du rang et illustrez-le sur la projection P(x,y,z)=(x,y,0)P(x,y,z)=(x,y,0) de R3\mathbb{R}^{3} dans R3\mathbb{R}^{3}.
  • b) Démontrez que si UU et WW sont deux sous-espaces de VV, alors UWU\cap W est un sous-espace de VV.
  • c) Montrez par un contre-exemple explicite dans R2\mathbb{R}^{2} que UWU\cup W n'est en général PAS un sous-espace.
  • d) Soit T:R5R3T:\mathbb{R}^{5}\to\mathbb{R}^{3} linéaire et surjective. Que vaut dim(kerT)\dim(\ker T) ? TT peut-elle être injective ? Justifiez sans aucun calcul matriciel.

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a)
d)
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Réponses

  • a) Noyau : axe zz ; image : plan xyxy ; 1+2=31+2=3
  • b) Trois conditions vérifiées
  • c) Deux axes : (1,1)(1,1) manque
  • d) dimkerT=2\dim\ker T=2 : non injective

a) THÉORÈME DU RANG : pour T:VWT:V\to W linéaire avec VV de dimension finie, dim(kerT)+dim(ImT)=dimV\dim(\ker T)+\dim(\text{Im}\,T)=\dim V. Le nombre dim(ImT)\dim(\text{Im}\,T) s'appelle le RANG de TT et dim(kerT)\dim(\ker T) sa NULLITÉ. Illustration sur la projection P(x,y,z)=(x,y,0)P(x,y,z)=(x,y,0) : le noyau est l'ensemble des (x,y,z)(x,y,z) tels que (x,y,0)=(0,0,0)(x,y,0)=(0,0,0), soit x=y=0x=y=0 et zz libre, c'est-à-dire l'AXE des zz, de dimension 1. L'image est l'ensemble des (x,y,0)(x,y,0), c'est-à-dire le PLAN xyxy, de dimension 2. Bilan : 1+2=3=dimR31+2=3=\dim\mathbb{R}^{3} ✓. L'interprétation est géométrique et parlante : la projection écrase une direction (celle du noyau, perdue définitivement) et conserve les deux autres (l'image). Ce qui est perdu et ce qui est conservé se partagent exactement les dimensions de l'espace de départ.

b) Soient UU et WW deux sous-espaces de VV. 1) Vecteur nul : 0U\vec{0}\in U et 0W\vec{0}\in W puisque chacun est un sous-espace, donc 0UW\vec{0}\in U\cap W ✓. 2) Addition : soient u,vUWu,v\in U\cap W. Alors u,vUu,v\in U, et UU étant un sous-espace, u+vUu+v\in U; de même u,vWu,v\in W donne u+vWu+v\in W. Donc u+vu+v appartient aux deux, soit u+vUWu+v\in U\cap W ✓. 3) Multiplication scalaire : soit uUWu\in U\cap W et λR\lambda\in\mathbb{R}. Alors λuU\lambda u\in U et λuW\lambda u\in W par le même argument, donc λuUW\lambda u\in U\cap W ✓. L'intersection est donc un sous-espace. Le raisonnement se généralise sans modification à une intersection d'un nombre quelconque, même infini, de sous-espaces.

c) Prenons dans R2\mathbb{R}^{2} les deux droites U=vect{(1,0)}U=\text{vect}\left\{(1,0)\right\} (l'axe des xx) et W=vect{(0,1)}W=\text{vect}\left\{(0,1)\right\} (l'axe des yy), qui sont bien deux sous-espaces. Leur réunion UWU\cup W est la croix formée des deux axes. Or (1,0)UUW(1,0)\in U\subseteq U\cup W et (0,1)WUW(0,1)\in W\subseteq U\cup W, mais leur somme (1,1)(1,1) n'est sur AUCUN des deux axes, donc (1,1)UW(1,1)\notin U\cup W : la fermeture pour l'addition est violée ✓. On retrouve exactement l'ensemble S={xy=0}S=\{xy=0\} de l'exercice 2, sous un autre habillage. Le principe général : une réunion de deux sous-espaces n'est un sous-espace que dans le cas dégénéré où l'un contient l'autre. L'asymétrie avec l'intersection s'explique bien, car l'intersection RESTREINT (les conditions s'accumulent, et la fermeture est préservée) tandis que la réunion ÉLARGIT sans contrôler ce que produisent les sommes croisées.

d) TT est surjective, donc ImT=R3\text{Im}\,T=\mathbb{R}^{3} et dim(ImT)=3\dim(\text{Im}\,T)=3. Le théorème du rang donne dim(kerT)+3=dimR5=5\dim(\ker T)+3=\dim\mathbb{R}^{5}=5, donc dim(kerT)=2\dim(\ker T)=2. TT ne peut PAS être injective : une transformation linéaire est injective si et seulement si son noyau est réduit au vecteur nul, c'est-à-dire de dimension 0; or ici la dimension du noyau vaut 2, strictement positive. Il existe donc tout un plan de vecteurs non nuls écrasés sur 0\vec{0}, et par exemple deux vecteurs distincts de ce plan ont la même image. L'argument général mérite d'être retenu sous sa forme la plus large : une application linéaire d'un espace de dimension 5 vers un espace de dimension 3 ne peut jamais être injective, car le théorème du rang force dim(kerT)53=2>0\dim(\ker T)\geq 5-3=2>0. On ne peut pas comprimer un espace dans un espace plus petit sans perdre d'information, et le théorème du rang est l'énoncé précis de cette impossibilité.

Exercice 7 : Problème : identifier la nature d'un sous-espace de R³

Un problème complet de fin d'examen : on part d'un système, on en extrait un sous-espace, on en détermine la dimension, une base, et enfin la nature géométrique. Chaque étape utilise la précédente.

  • a) Soit WW l'ensemble des solutions du système homogène {x+2yz=02x+4y2z=0\begin{cases}x+2y-z=0\\2x+4y-2z=0\end{cases}. Sans calcul, pourquoi WW est-il forcément un sous-espace ?
  • b) Résolvez le système et donnez une base de WW ainsi que sa dimension. Quelle est sa nature géométrique ?
  • c) Reprenez la question avec le système {x+2yz=0xy+z=0\begin{cases}x+2y-z=0\\x-y+z=0\end{cases}. Comparez les deux dimensions obtenues et expliquez la différence.
  • d) Combien de contraintes indépendantes faut-il pour réduire R3\mathbb{R}^{3} à une droite ? À l'origine seule ? Formulez la règle générale et reliez-la au théorème du rang.

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b)
c)
d)
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Réponses

  • a) Système homogène : noyau
  • b) Plan : base (2,1,0)(-2,1,0), (1,0,1)(1,0,1)
  • c) Droite : base (1,2,3)(1,-2,-3)
  • d) 2 pour une droite, 3 pour l'origine

a) L'ensemble des solutions d'un système HOMOGÈNE (tous les seconds membres nuls) est toujours un sous-espace. Trois arguments équivalents. D'abord le direct : 0\vec{0} est solution ✓, une somme de solutions est solution (par linéarité de chaque équation) ✓, un multiple de solution est solution ✓. Ensuite le structurel : WW est exactement le NOYAU de la transformation linéaire de matrice A=(121242)A=\begin{pmatrix}1&2&-1\\2&4&-2\end{pmatrix}, et un noyau est toujours un sous-espace par l'exercice 4. Enfin le géométrique : chaque équation homogène définit un plan passant par l'origine, et une intersection de sous-espaces est un sous-espace par l'exercice 6. C'est aussi ce qui explique qu'un système NON homogène n'a jamais un sous-espace pour ensemble de solutions, puisque 0\vec{0} n'y est pas solution.

b) La seconde équation est exactement le DOUBLE de la première : elle n'apporte aucune information et disparaît à l'échelonnement. Le système se réduit à la seule équation x+2yz=0x+2y-z=0, soit x=2y+zx=-2y+z. Avec deux paramètres libres y=sy=s et z=tz=t : (x,y,z)=(2s+t,  s,  t)=s(2,1,0)+t(1,0,1)(x,y,z)=(-2s+t,\;s,\;t)=s(-2,1,0)+t(1,0,1). Une base de WW est donc {(2,1,0),  (1,0,1)}\left\{(-2,1,0),\;(1,0,1)\right\}, deux vecteurs manifestement non proportionnels, et dimW=2\dim W=2. Nature géométrique : un PLAN passant par l'origine, de vecteur normal (1,2,1)(1,2,-1). Vérification : les deux vecteurs de base sont bien orthogonaux à la normale, car (2)(1)+(1)(2)+(0)(1)=0(-2)(1)+(1)(2)+(0)(-1)=0 ✓ et (1)(1)+(0)(2)+(1)(1)=0(1)(1)+(0)(2)+(1)(-1)=0 ✓.

c) Ici les deux équations ne sont pas proportionnelles, elles sont INDÉPENDANTES. Résolution : en additionnant les deux équations, 2x+y=02x+y=0, donc y=2xy=-2x; en reportant dans la seconde, x(2x)+z=0x-(-2x)+z=0, soit 3x+z=03x+z=0 et z=3xz=-3x. Avec x=tx=t : (x,y,z)=t(1,2,3)(x,y,z)=t(1,-2,-3). Une base est {(1,2,3)}\left\{(1,-2,-3)\right\} et dimW=1\dim W=1 : c'est une DROITE passant par l'origine. Comparaison : deux équations ont donné un plan (dimension 2) dans le premier cas et une droite (dimension 1) dans le second. La différence ne tient pas au NOMBRE d'équations, identique, mais au nombre d'équations INDÉPENDANTES : une seule au point b), deux ici. Une équation redondante ne contraint rien de plus, et c'est le rang de la matrice du système qui mesure la contrainte réelle.

d) Dans R3\mathbb{R}^{3} : une contrainte indépendante donne un plan (dimension 2), deux contraintes indépendantes donnent une droite (dimension 1), trois contraintes indépendantes réduisent à l'origine seule (dimension 0). Il faut donc DEUX contraintes indépendantes pour obtenir une droite, et TROIS pour ne garder que l'origine. Règle générale : dimW=nr\dim W=n-r, où nn est le nombre d'inconnues et rr le RANG du système, c'est-à-dire son nombre d'équations indépendantes. Chaque contrainte indépendante coûte exactement une dimension. Le lien avec le théorème du rang est direct : WW est le noyau de la transformation TT de matrice AA, le rang de AA est dim(ImT)=r\dim(\text{Im}\,T)=r, et le théorème s'écrit dim(kerT)+r=n\dim(\ker T)+r=n, soit exactement dimW=nr\dim W=n-r ✓. Les deux formulations, celle des systèmes et celle des transformations, sont donc le même énoncé vu de deux côtés : c'est le résultat central du chapitre, et il vaut la peine de savoir passer d'une lecture à l'autre.

dim 0l'originedim 1une droitedim 2un planles sous-espaces de R³, plus R³ lui-même (dim 3)tous CONTIENNENT l'origine : c'est le premier test à faire

Exercice 8 : Somme, intersection de deux sous-espaces et formule de Grassmann

On considère dans R3\mathbb{R}^{3} les sous-espaces U=vect{(1; 1; 0),(1; 0; 1)}U=\text{vect}\left\{(1;\ 1;\ 0),\,(1;\ 0;\ 1)\right\} et W=vect{(0; 1; 1),(1; 1; 1)}W=\text{vect}\left\{(0;\ 1;\ 1),\,(1;\ 1;\ 1)\right\}.

  • a) Montrez que UU et WW sont deux plans (dimension 2 chacun).
  • b) Déterminez UWU\cap W : donnez-en une base et la dimension.
  • c) Déterminez dim(U+W)\dim(U+W) et concluez que U+W=R3U+W=\mathbb{R}^{3}. Vérifiez la formule de Grassmann dim(U+W)=dimU+dimWdim(UW)\dim(U+W)=\dim U+\dim W-\dim(U\cap W).
  • d) La somme U+WU+W est-elle directe ? Énoncez le critère et appliquez-le ici.

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a)
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c)
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Réponses

  • a) Deux plans
  • b) UW=vect{(2,1,1)}U\cap W=\text{vect}\{(2,1,1)\}
  • c) dim(U+W)=3=2+21\dim(U+W)=3=2+2-1
  • d) Non : intersection non nulle

a) Les deux vecteurs de UU, (1; 1; 0)(1;\ 1;\ 0) et (1; 0; 1)(1;\ 0;\ 1), ne sont pas proportionnels (le rapport des premières composantes est 11, celui des deuxièmes est 00), donc ils sont libres et dimU=2\dim U=2 : UU est un plan passant par l'origine. De même (0; 1; 1)(0;\ 1;\ 1) et (1; 1; 1)(1;\ 1;\ 1) ne sont pas proportionnels, donc dimW=2\dim W=2 : WW est aussi un plan.

b) Un vecteur de UWU\cap W s'écrit à la fois a(1; 1; 0)+b(1; 0; 1)=(a+b; a; b)a(1;\ 1;\ 0)+b(1;\ 0;\ 1)=(a+b;\ a;\ b) et c(0; 1; 1)+d(1; 1; 1)=(d; c+d; c+d)c(0;\ 1;\ 1)+d(1;\ 1;\ 1)=(d;\ c+d;\ c+d). L'égalité composante par composante donne {a+b=da=c+db=c+d\begin{cases} a+b=d \\ a=c+d \\ b=c+d \end{cases}. Les deux dernières équations donnent a=ba=b; alors la première donne d=2ad=2a, et a=c+d=c+2aa=c+d=c+2a entraîne c=ac=-a. Le vecteur commun est donc (a+b; a; b)=(2a; a; a)=a(2; 1; 1)(a+b;\ a;\ b)=(2a;\ a;\ a)=a(2;\ 1;\ 1). Une base de UWU\cap W est {(2; 1; 1)}\left\{(2;\ 1;\ 1)\right\} et dim(UW)=1\dim(U\cap W)=1 : les deux plans se coupent selon une droite. Vérification : (2; 1; 1)=(1; 1; 0)+(1; 0; 1)U(2;\ 1;\ 1)=(1;\ 1;\ 0)+(1;\ 0;\ 1)\in U et (2; 1; 1)=(0; 1; 1)+2(1; 1; 1)W(2;\ 1;\ 1)=-(0;\ 1;\ 1)+2(1;\ 1;\ 1)\in W ✓.

c) U+WU+W est engendré par les quatre vecteurs. Les trois premiers, (1; 1; 0)(1;\ 1;\ 0), (1; 0; 1)(1;\ 0;\ 1), (0; 1; 1)(0;\ 1;\ 1), ont pour déterminant 110101011=1(01)1(10)+0=20\begin{vmatrix} 1 & 1 & 0 \\ 1 & 0 & 1 \\ 0 & 1 & 1 \end{vmatrix}=1(0-1)-1(1-0)+0=-2\neq 0 : ils forment déjà une base de R3\mathbb{R}^{3}. Donc dim(U+W)=3\dim(U+W)=3 et U+W=R3U+W=\mathbb{R}^{3}. La formule de Grassmann se vérifie : dimU+dimWdim(UW)=2+21=3=dim(U+W)\dim U+\dim W-\dim(U\cap W)=2+2-1=3=\dim(U+W) ✓. C'est un moyen sûr de trouver dim(UW)\dim(U\cap W) quand l'intersection est pénible à calculer directement : dim(UW)=dimU+dimWdim(U+W)\dim(U\cap W)=\dim U+\dim W-\dim(U+W).

d) Critère : une somme U+WU+W est DIRECTE, notée UWU\oplus W, si et seulement si UW={0}U\cap W=\left\{\vec{0}\right\}, c'est-à-dire dim(UW)=0\dim(U\cap W)=0. Ici l'intersection est une droite de dimension 11, donc la somme n'est PAS directe : bien que U+WU+W remplisse tout R3\mathbb{R}^{3}, la décomposition d'un vecteur en une part de UU et une part de WW n'est pas unique, car on peut déplacer n'importe quel vecteur de la droite commune d'un côté à l'autre. Pour une somme directe qui remplisse R3\mathbb{R}^{3}, il faudrait par exemple un plan et une droite non contenue dans ce plan, dont les dimensions 2+1=32+1=3 s'ajoutent sans recouvrement.

FGF ∩ G0dim F + dim G − dim(F ∩ G) = 2 + 2 − 1 = 3 : les deux plansengendrent tout R³

Exercice 9 : Rang d'une matrice, espace des colonnes et espace nul

On considère la matrice A=(121324371224)A=\begin{pmatrix} 1 & 2 & 1 & 3 \\ 2 & 4 & 3 & 7 \\ 1 & 2 & 2 & 4 \end{pmatrix}, de format 3×43\times 4. Le rang, l'espace des colonnes et l'espace nul se lisent tous sur sa forme échelonnée.

  • a) Échelonnez AA par opérations sur les lignes et déterminez son rang.
  • b) Donnez une base de l'espace des colonnes de AA, et sa dimension.
  • c) Déterminez l'espace nul de AA (l'ensemble des XX tels que AX=0AX=\vec{0}) : donnez-en une base et la dimension.
  • d) Vérifiez la relation rang plus nullité, et rappelez pourquoi le rang des lignes égale le rang des colonnes.

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Réponses

  • a) Rang 2
  • b) Base (1,2,1)(1,2,1), (1,3,2)(1,3,2)
  • c) Base (2,1,0,0)(-2,1,0,0), (2,0,1,1)(-2,0,-1,1)
  • d) 2+2=42+2=4

a) On réduit : L2L22L1L_{2}\leftarrow L_{2}-2L_{1} donne (0; 0; 1; 1)(0;\ 0;\ 1;\ 1), et L3L3L1L_{3}\leftarrow L_{3}-L_{1} donne (0; 0; 1; 1)(0;\ 0;\ 1;\ 1). Ces deux nouvelles lignes sont identiques, donc L3L3L2L_{3}\leftarrow L_{3}-L_{2} donne une ligne nulle. La forme échelonnée est (121300110000)\begin{pmatrix} 1 & 2 & 1 & 3 \\ 0 & 0 & 1 & 1 \\ 0 & 0 & 0 & 0 \end{pmatrix} : il reste deux lignes non nulles, donc le rang de AA vaut 22. Les pivots sont en colonnes 1 et 3.

b) L'espace des colonnes est engendré par les colonnes de AA correspondant aux positions des pivots, prises dans la matrice de DÉPART : ce sont les colonnes 1 et 3, soit (1; 2; 1)(1;\ 2;\ 1) et (1; 3; 2)(1;\ 3;\ 2). Elles sont libres (non proportionnelles), donc une base de l'espace des colonnes est {(1; 2; 1),(1; 3; 2)}\left\{(1;\ 2;\ 1),\,(1;\ 3;\ 2)\right\} et sa dimension vaut 22, égale au rang. Les colonnes 2 et 4, sans pivot, sont combinaisons des précédentes.

c) On résout AX=0AX=\vec{0} à partir de la forme échelonnée. Les colonnes sans pivot, la 2 et la 4, donnent les variables libres x2=sx_{2}=s et x4=tx_{4}=t. La ligne 2, x3+x4=0x_{3}+x_{4}=0, donne x3=tx_{3}=-t. La ligne 1 réduite, x1+2x2+x3+3x4=0x_{1}+2x_{2}+x_{3}+3x_{4}=0, donne x1=2sx33t=2s+t3t=2s2tx_{1}=-2s-x_{3}-3t=-2s+t-3t=-2s-2t. Donc X=(2s2t; s; t; t)=s(2; 1; 0; 0)+t(2; 0; 1; 1)X=(-2s-2t;\ s;\ -t;\ t)=s(-2;\ 1;\ 0;\ 0)+t(-2;\ 0;\ -1;\ 1). Une base de l'espace nul est {(2; 1; 0; 0),(2; 0; 1; 1)}\left\{(-2;\ 1;\ 0;\ 0),\,(-2;\ 0;\ -1;\ 1)\right\} et sa dimension, la nullité, vaut 22.

d) Le nombre de colonnes est 44. On a rang ++ nullité =2+2=4=2+2=4, ce qui confirme le théorème du rang appliqué à la matrice : rang(A)+dim(espace nul)=\text{rang}(A)+\dim(\text{espace nul})= nombre de colonnes. Enfin, le rang des lignes égale le rang des colonnes, ici 2=22=2 : c'est un théorème fondamental d'algèbre linéaire, qui permet de calculer le rang indifféremment en réduisant les lignes ou les colonnes. C'est ce qui autorise à lire à la fois la dimension de l'espace des lignes et celle de l'espace des colonnes sur une seule et même réduction.

Exercice 10 : Problème : dérivation sur les polynômes, noyau, image et théorème du rang

On considère l'application de dérivation D:P2P2D:P_{2}\to P_{2}, définie par D(p)=pD(p)=p'. Ici les « vecteurs » sont des polynômes, et DD est une transformation linéaire d'un espace abstrait dans lui-même.

  • a) Vérifiez que DD est linéaire, et écrivez sa matrice dans la base canonique {1,x,x2}\left\{1,\,x,\,x^{2}\right\}.
  • b) Déterminez kerD\ker D : donnez une base et la dimension. Interprétez.
  • c) Déterminez ImD\text{Im}\,D et sa dimension. DD est-elle surjective ? injective ?
  • d) Vérifiez le théorème du rang pour DD, puis déterminez de même ker(D2)\ker(D^{2}) et Im(D2)\text{Im}(D^{2}), où D2=DDD^{2}=D\circ D.

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Réponses

  • a) Matrice (010002000)\begin{pmatrix}0&1&0\\0&0&2\\0&0&0\end{pmatrix}
  • b) Constantes : dimension 1
  • c) P1P_1, dimension 2 : ni surjective ni injective
  • d) kerD2=P1\ker D^2=P_1, ImD2\text{Im}\,D^2 constantes

a) Pour deux polynômes pp, qq et un scalaire λ\lambda, la dérivation vérifie (p+q)=p+q(p+q)'=p'+q' et (λp)=λp(\lambda p)'=\lambda p' : ce sont les règles de dérivation, elles disent exactement que DD est additive et homogène, donc linéaire. Sur la base : D(1)=0D(1)=0, D(x)=1D(x)=1, D(x2)=2xD(x^{2})=2x. En coordonnées (a0; a1; a2)(a_{0};\ a_{1};\ a_{2}), les images sont (0; 0; 0)(0;\ 0;\ 0), (1; 0; 0)(1;\ 0;\ 0) et (0; 2; 0)(0;\ 2;\ 0), donc la matrice de DD est (010002000)\begin{pmatrix} 0 & 1 & 0 \\ 0 & 0 & 2 \\ 0 & 0 & 0 \end{pmatrix}, les images des vecteurs de base formant les colonnes.

b) kerD\ker D est l'ensemble des p=a0+a1x+a2x2p=a_{0}+a_{1}x+a_{2}x^{2} tels que p=a1+2a2x=0p'=a_{1}+2a_{2}x=0 pour tout xx, ce qui impose a1=0a_{1}=0 et a2=0a_{2}=0, le coefficient a0a_{0} restant libre. Donc kerD={a01}=vect{1}\ker D=\left\{a_{0}\cdot 1\right\}=\text{vect}\left\{1\right\}, de base {1}\left\{1\right\} et de dimension 11. Interprétation : ce sont les polynômes constants, exactement ceux dont la dérivée est nulle, ce que le cours de calcul dit déjà.

c) ImD\text{Im}\,D est engendrée par les images de la base : D(1)=0D(1)=0, D(x)=1D(x)=1, D(x2)=2xD(x^{2})=2x. Ces images engendrent vect{1,x}=P1\text{vect}\left\{1,\,x\right\}=P_{1}, l'ensemble des polynômes de degré au plus 11, de dimension 22. Donc DD n'est PAS surjective sur P2P_{2} : le polynôme x2x^{2}, par exemple, n'est la dérivée d'aucun polynôme de P2P_{2} (il faudrait 13x3\tfrac{1}{3}x^{3}, de degré 33). Elle n'est pas injective non plus, puisque son noyau, de dimension 11, n'est pas réduit au polynôme nul : deux polynômes différant d'une constante ont la même dérivée.

d) Théorème du rang : dim(kerD)+dim(ImD)=1+2=3=dimP2\dim(\ker D)+\dim(\text{Im}\,D)=1+2=3=\dim P_{2} ✓. Pour D2D^{2}, on dérive deux fois : D2(a0+a1x+a2x2)=(a1+2a2x)=2a2D^{2}(a_{0}+a_{1}x+a_{2}x^{2})=(a_{1}+2a_{2}x)'=2a_{2}, un polynôme constant. Le noyau ker(D2)\ker(D^{2}) est donc l'ensemble des pp tels que 2a2=02a_{2}=0, c'est-à-dire a2=0a_{2}=0 : ce sont les polynômes de degré au plus 11, ker(D2)=P1\ker(D^{2})=P_{1}, de dimension 22. L'image Im(D2)={2a2}\text{Im}(D^{2})=\left\{2a_{2}\right\} est l'ensemble des constantes, vect{1}\text{vect}\left\{1\right\}, de dimension 11. On retrouve dim(kerD2)+dim(ImD2)=2+1=3\dim(\ker D^{2})+\dim(\text{Im}\,D^{2})=2+1=3 ✓. Dériver une fois de plus agrandit le noyau et rétrécit l'image, mais leur somme reste égale à la dimension de l'espace de départ : le théorème du rang tient à chaque étape.

Partie C : les classiques (/50)

Exercice 11 : Matrices symétriques et antisymétriques : une somme directe

Dans l'espace M2×2M_{2\times 2} des matrices carrées d'ordre 2, on note SS l'ensemble des matrices SYMÉTRIQUES, AT=AA^{T}=A, et KK l'ensemble des matrices ANTISYMÉTRIQUES, AT=AA^{T}=-A.

  • a) Montrez que SS est un sous-espace de M2×2M_{2\times 2}, puis donnez-en une base et la dimension.
  • b) Donnez une base et la dimension de KK.
  • c) Déterminez SKS\cap K.
  • d) Décomposez M=(1423)M=\begin{pmatrix} 1 & 4 \\ 2 & 3 \end{pmatrix} en la somme d'une matrice symétrique et d'une matrice antisymétrique.
  • e) Montrez que M2×2=SKM_{2\times 2}=S\oplus K. Quelles seraient les dimensions de SS et de KK dans M3×3M_{3\times 3} ?

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Réponses

  • a) dimS=3\dim S=3
  • b) dimK=1\dim K=1
  • c) SK={0}S\cap K=\{0\}
  • d) (1333)+(0110)\begin{pmatrix}1&3\\3&3\end{pmatrix}+\begin{pmatrix}0&1\\-1&0\end{pmatrix}
  • e) 3+1=43+1=4 ; en 3×33\times 3 : 6 et 3

a) La matrice nulle est symétrique ; (A+B)T=AT+BT=A+B(A+B)^{T}=A^{T}+B^{T}=A+B et (λA)T=λAT=λA(\lambda A)^{T}=\lambda A^{T}=\lambda A : les trois conditions du critère sont vérifiées. Une matrice symétrique s'écrit (abbd)=a(1000)+b(0110)+d(0001)\begin{pmatrix} a & b \\ b & d \end{pmatrix}=a\begin{pmatrix} 1 & 0 \\ 0 & 0 \end{pmatrix}+b\begin{pmatrix} 0 & 1 \\ 1 & 0 \end{pmatrix}+d\begin{pmatrix} 0 & 0 \\ 0 & 1 \end{pmatrix}, et ces trois matrices sont libres : base à trois éléments, dimS=3\dim S=3.

b) AT=AA^{T}=-A impose des zéros sur la diagonale, a=aa=-a et d=dd=-d, et c=bc=-b : A=b(0110)A=b\begin{pmatrix} 0 & 1 \\ -1 & 0 \end{pmatrix}. Base {(0110)}\left\{\begin{pmatrix} 0 & 1 \\ -1 & 0 \end{pmatrix}\right\}, dimK=1\dim K=1.

c) Si ASKA\in S\cap K, alors A=AT=AA=A^{T}=-A, donc 2A=02A=0 et A=0A=0 : SK={0}S\cap K=\{0\}, de dimension 00.

d) On pose M+MT2=12(2666)=(1333)\frac{M+M^{T}}{2}=\frac{1}{2}\begin{pmatrix} 2 & 6 \\ 6 & 6 \end{pmatrix}=\begin{pmatrix} 1 & 3 \\ 3 & 3 \end{pmatrix}, symétrique, et MMT2=12(0220)=(0110)\frac{M-M^{T}}{2}=\frac{1}{2}\begin{pmatrix} 0 & 2 \\ -2 & 0 \end{pmatrix}=\begin{pmatrix} 0 & 1 \\ -1 & 0 \end{pmatrix}, antisymétrique. Leur somme redonne MM.

e) Grassmann : dim(S+K)=3+10=4=dimM2×2\dim(S+K)=3+1-0=4=\dim M_{2\times 2}, donc S+K=M2×2S+K=M_{2\times 2}, et l'intersection nulle rend la somme directe : la décomposition de d) est UNIQUE. Dans Mn×nM_{n\times n}, une symétrique est fixée par ses coefficients sur et au-dessus de la diagonale, n(n+1)2\frac{n(n+1)}{2}, une antisymétrique par ceux strictement au-dessus, n(n1)2\frac{n(n-1)}{2}. Pour n=3n=3 : dimS=6\dim S=6 et dimK=3\dim K=3, et 6+3=96+3=9.

Le fil : deux sous-espaces d'intersection nulle dont les dimensions s'additionnent à celle de l'espace forment une somme directe ; la formule M+MT2+MMT2\frac{M+M^{T}}{2}+\frac{M-M^{T}}{2} en donne la décomposition.

Exercice 12 : Les polynômes qui s'annulent en 1

Dans P3P_{3}, l'espace des polynômes de degré au plus 3, de dimension 4, on considère W1={pP3  :  p(1)=0}W_{1}=\{p\in P_{3}\;:\;p(1)=0\} et W2={pP3  :  p(1)=0 et p(1)=0}W_{2}=\{p\in P_{3}\;:\;p(1)=0\ \text{et}\ p'(1)=0\}.

  • a) Montrez que W1W_{1} est le noyau de l'application φ(p)=p(1)\varphi(p)=p(1), de P3P_{3} dans R\mathbb{R}, et déduisez-en sa dimension par le théorème du rang.
  • b) Montrez que {x1, x21, x31}\{x-1,\ x^{2}-1,\ x^{3}-1\} est une base de W1W_{1}.
  • c) Déterminez les coordonnées de q=x32x2+xq=x^{3}-2x^{2}+x dans cette base.
  • d) Déterminez la dimension de W2W_{2} et proposez-en une base.
  • e) Le polynôme qq appartient-il à W2W_{2} ? Et x31x^{3}-1 ?

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  • a) dimW1=3\dim W_1=3
  • b) Degrés distincts : base
  • c) (1; 2; 1)(1;\ -2;\ 1)
  • d) dimW2=2\dim W_2=2 ; base (x1)2(x-1)^2, x(x1)2x(x-1)^2
  • e) qq oui ; x31x^3-1 non

a) φ(p+q)=p(1)+q(1)\varphi(p+q)=p(1)+q(1) et φ(λp)=λp(1)\varphi(\lambda p)=\lambda p(1) : φ\varphi est linéaire, et W1=kerφW_{1}=\ker\varphi est donc un sous-espace. L'image est R\mathbb{R} tout entier, puisque le polynôme constant cc a pour image cc : dim(Imφ)=1\dim(\text{Im}\,\varphi)=1. Théorème du rang : dimW1=41=3\dim W_{1}=4-1=3.

b) Les trois polynômes s'annulent en 11, donc sont dans W1W_{1}. Ils sont de degrés 11, 22 et 33 distincts : une combinaison nulle a(x1)+b(x21)+c(x31)=0a(x-1)+b(x^{2}-1)+c(x^{3}-1)=0 impose c=0c=0 par le terme en x3x^{3}, puis b=0b=0, puis a=0a=0. Trois vecteurs libres dans un espace de dimension 3 : c'est une base.

c) q(1)=12+1=0q(1)=1-2+1=0, donc qW1q\in W_{1}. On identifie a(x1)+b(x21)+c(x31)=x32x2+xa(x-1)+b(x^{2}-1)+c(x^{3}-1)=x^{3}-2x^{2}+x : x3x^{3} donne c=1c=1, x2x^{2} donne b=2b=-2, xx donne a=1a=1, et le terme constant abc=1+21=0-a-b-c=-1+2-1=0 est bien vérifié. Coordonnées (1; 2; 1)(1;\ -2;\ 1).

d) Pour p=a0+a1x+a2x2+a3x3p=a_{0}+a_{1}x+a_{2}x^{2}+a_{3}x^{3} : p(1)=a0+a1+a2+a3=0p(1)=a_{0}+a_{1}+a_{2}+a_{3}=0 et p(1)=a1+2a2+3a3=0p'(1)=a_{1}+2a_{2}+3a_{3}=0. Deux contraintes indépendantes, puisque la première contient a0a_{0} et pas la seconde : dimW2=42=2\dim W_{2}=4-2=2. Les polynômes (x1)2(x-1)^{2} et x(x1)2x(x-1)^{2} ont 11 pour racine double, donc sont dans W2W_{2} ; de degrés 2 et 3, ils sont libres : base {(x1)2, x(x1)2}\{(x-1)^{2},\ x(x-1)^{2}\}.

e) q=x(x1)2q=x(x-1)^{2} : oui, qW2q\in W_{2}, de coordonnées (0; 1)(0;\ 1) dans cette base. En revanche x31x^{3}-1 vérifie p(1)=0p(1)=0 mais p(1)=30p'(1)=3\neq 0 : il est dans W1W_{1} et pas dans W2W_{2}.

Le fil : une condition linéaire sur un polynôme définit un noyau, et chaque condition indépendante coûte une dimension.

Exercice 13 : Compléter une famille libre en une base

Dans R4\mathbb{R}^{4}, on considère u1=(1; 2; 0; 1)\vec{u_{1}}=(1;\ 2;\ 0;\ 1) et u2=(0; 1; 1; 0)\vec{u_{2}}=(0;\ 1;\ 1;\ 0). Le théorème de la base incomplète affirme que toute famille libre peut être complétée en une base.

  • a) La famille {u1; u2}\{\vec{u_{1}};\ \vec{u_{2}}\} est-elle libre ?
  • b) Combien de vecteurs faut-il lui ajouter pour obtenir une base de R4\mathbb{R}^{4} ?
  • c) On propose d'ajouter e3=(0; 0; 1; 0)\vec{e_{3}}=(0;\ 0;\ 1;\ 0) et e4=(0; 0; 0; 1)\vec{e_{4}}=(0;\ 0;\ 0;\ 1). Calculez le déterminant des quatre vecteurs et concluez.
  • d) Un étudiant propose plutôt e3\vec{e_{3}} et w=(1; 3; 1; 1)\vec{w}=(1;\ 3;\ 1;\ 1). Obtient-il une base ?
  • e) Déterminez les coordonnées de (2; 5; 3; 2)(2;\ 5;\ 3;\ 2) dans la base {u1; u2; e3; e4}\{\vec{u_{1}};\ \vec{u_{2}};\ \vec{e_{3}};\ \vec{e_{4}}\}.

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Réponses

  • a) Libre
  • b) Deux vecteurs
  • c) Déterminant 1 : base
  • d) Non : w=u1+u2\vec w=\vec{u_1}+\vec{u_2}
  • e) (2; 1; 2; 0)(2;\ 1;\ 2;\ 0)

a) Oui : u2\vec{u_{2}} a une première composante nulle et u1\vec{u_{1}} non, donc ils ne sont pas proportionnels, et deux vecteurs non colinéaires forment une famille libre.

b) dimR4=4\dim\mathbb{R}^{4}=4 et la famille compte deux vecteurs libres : il en faut deux de plus, choisis hors du plan qu'ils engendrent.

c) En plaçant les vecteurs en lignes, la matrice (1201011000100001)\begin{pmatrix} 1 & 2 & 0 & 1 \\ 0 & 1 & 1 & 0 \\ 0 & 0 & 1 & 0 \\ 0 & 0 & 0 & 1 \end{pmatrix} est triangulaire supérieure : son déterminant est le produit des coefficients diagonaux, 11. Il est non nul, donc les quatre vecteurs forment une base de R4\mathbb{R}^{4}.

d) Non : u1+u2=(1; 3; 1; 1)=w\vec{u_{1}}+\vec{u_{2}}=(1;\ 3;\ 1;\ 1)=\vec{w}. Le vecteur ajouté est déjà dans le plan engendré par u1\vec{u_{1}} et u2\vec{u_{2}}, la famille est liée. Compléter une base, ce n'est pas ajouter n'importe quels vecteurs, c'est en ajouter qui sortent du sous-espace déjà engendré.

e) au1+bu2+ce3+de4=(a; 2a+b; b+c; a+d)=(2; 5; 3; 2)a\vec{u_{1}}+b\vec{u_{2}}+c\vec{e_{3}}+d\vec{e_{4}}=(a;\ 2a+b;\ b+c;\ a+d)=(2;\ 5;\ 3;\ 2). On lit a=2a=2, puis b=54=1b=5-4=1, c=31=2c=3-1=2 et d=22=0d=2-2=0. Coordonnées (2; 1; 2; 0)(2;\ 1;\ 2;\ 0).

Le fil : on complète une famille libre avec des vecteurs de la base canonique, et un déterminant non nul certifie le choix.

Exercice 14 : Problème : deux descriptions d'un même sous-espace de R⁴

Dans R4\mathbb{R}^{4}, on définit W={(x1; x2; x3; x4)  :  x1+x2x3=0 et x2+x4=0}W=\{(x_{1};\ x_{2};\ x_{3};\ x_{4})\;:\;x_{1}+x_{2}-x_{3}=0\ \text{et}\ x_{2}+x_{4}=0\} par deux équations, et V=vect{(1; 0; 1; 0), (0; 1; 1; 1)}V=\text{vect}\{(1;\ 0;\ 1;\ 0),\ (0;\ 1;\ 1;\ -1)\} par deux générateurs.

  • a) Déterminez la dimension de WW et une base de WW.
  • b) Montrez que VWV\subseteq W.
  • c) Déduisez-en que V=WV=W.
  • d) Le vecteur (3; 2; 1; 2)(3;\ -2;\ 1;\ 2) appartient-il à WW ? Si oui, donnez ses coordonnées dans la base de VV.
  • e) Quelle équation faut-il ajouter à celles de WW pour obtenir la droite dirigée par (1; 0; 1; 0)(1;\ 0;\ 1;\ 0) : x1=0x_{1}=0, x2=0x_{2}=0 ou x3=0x_{3}=0 ?

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Réponses

  • a) dimW=2\dim W=2
  • b) Générateurs dans WW
  • c) Même dimension : V=WV=W
  • d) Oui : (3; 2)(3;\ -2)
  • e) x2=0x_2=0 : droite

a) Deux équations indépendantes, puisque seule la première contient x1x_{1} : dimW=42=2\dim W=4-2=2. On résout : x4=x2x_{4}=-x_{2} et x1=x3x2x_{1}=x_{3}-x_{2}. Avec x2=sx_{2}=s et x3=tx_{3}=t : (ts; s; t; s)=s(1; 1; 0; 1)+t(1; 0; 1; 0)(t-s;\ s;\ t;\ -s)=s(-1;\ 1;\ 0;\ -1)+t(1;\ 0;\ 1;\ 0). Base {(1; 1; 0; 1), (1; 0; 1; 0)}\{(-1;\ 1;\ 0;\ -1),\ (1;\ 0;\ 1;\ 0)\}.

b) (1; 0; 1; 0)(1;\ 0;\ 1;\ 0) : 1+01=01+0-1=0 et 0+0=00+0=0. (0; 1; 1; 1)(0;\ 1;\ 1;\ -1) : 0+11=00+1-1=0 et 11=01-1=0. Les deux générateurs de VV sont dans WW, et WW est un sous-espace, donc toutes leurs combinaisons y sont : VWV\subseteq W.

c) Les deux générateurs de VV ne sont pas proportionnels, donc dimV=2=dimW\dim V=2=\dim W. Un sous-espace inclus dans un autre de même dimension finie lui est égal : V=WV=W. On évite ainsi de montrer l'inclusion réciproque.

d) 321=03-2-1=0 et 2+2=0-2+2=0 : oui. a(1; 0; 1; 0)+b(0; 1; 1; 1)=(a; b; a+b; b)a(1;\ 0;\ 1;\ 0)+b(0;\ 1;\ 1;\ -1)=(a;\ b;\ a+b;\ -b), donc a=3a=3, b=2b=-2, et les deux dernières composantes concordent : a+b=1a+b=1 et b=2-b=2. Coordonnées (3; 2)(3;\ -2).

e) La droite doit contenir (1; 0; 1; 0)(1;\ 0;\ 1;\ 0), ce qui écarte x1=0x_{1}=0 et x3=0x_{3}=0. Avec x2=0x_{2}=0, les équations de WW donnent x4=0x_{4}=0 et x1=x3x_{1}=x_{3} : on obtient {(t; 0; t; 0)}\{(t;\ 0;\ t;\ 0)\}, la droite voulue, de dimension 43=14-3=1.

Le fil : un sous-espace se décrit par des équations ou par des générateurs ; l'inclusion plus l'égalité des dimensions suffit à prouver que deux descriptions coïncident.

Exercice 15 : Problème : l'espace des suites récurrentes linéaires

On note EE l'ensemble des suites réelles (un)(u_{n}) qui vérifient, pour tout n0n\geq 0, la relation un+2=5un+16unu_{n+2}=5u_{n+1}-6u_{n}. On travaille dans l'espace vectoriel de toutes les suites réelles, muni de l'addition terme à terme et de la multiplication par un réel.

  • a) Montrez que EE est un sous-espace de l'espace des suites.
  • b) Une suite de EE est entièrement déterminée par ses deux premiers termes u0u_{0} et u1u_{1}. Déduisez-en la dimension de EE.
  • c) Déterminez les réels qq non nuls pour lesquels la suite géométrique (qn)(q^{n}) appartient à EE.
  • d) Montrez que les deux suites géométriques trouvées forment une base de EE, puis exprimez la suite de EE telle que u0=1u_{0}=1 et u1=4u_{1}=4 dans cette base.
  • e) Calculez u5u_{5} par la formule obtenue, puis vérifiez avec la relation de récurrence.

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b)
c)
d)
e)
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Réponses

  • a) Relation linéaire : sous-espace
  • b) dimE=2\dim E=2
  • c) q=2q=2 ou q=3q=3
  • d) un=2n+23nu_n=-2^n+2\cdot 3^n
  • e) u5=454u_5=454

a) La suite nulle vérifie 0=50600=5\cdot 0-6\cdot 0. Si (un)(u_{n}) et (vn)(v_{n}) vérifient la relation, alors un+2+vn+2=5(un+1+vn+1)6(un+vn)u_{n+2}+v_{n+2}=5(u_{n+1}+v_{n+1})-6(u_{n}+v_{n}), et λun+2=5λun+16λun\lambda u_{n+2}=5\lambda u_{n+1}-6\lambda u_{n}. La relation est LINÉAIRE en la suite : EE est un sous-espace.

b) L'application qui associe à une suite de EE le couple (u0; u1)(u_{0};\ u_{1}) est linéaire, injective, puisque deux suites de mêmes premiers termes coïncident par récurrence, et surjective, puisque tout couple de départ engendre une suite de EE. C'est un isomorphisme vers R2\mathbb{R}^{2} : dimE=2\dim E=2.

c) qn+2=5qn+16qnq^{n+2}=5q^{n+1}-6q^{n} pour tout nn équivaut, en divisant par qnq^{n}, à q25q+6=0q^{2}-5q+6=0, soit (q2)(q3)=0(q-2)(q-3)=0 : q=2q=2 ou q=3q=3.

d) Les couples de premiers termes de (2n)(2^{n}) et (3n)(3^{n}) sont (1; 2)(1;\ 2) et (1; 3)(1;\ 3), de déterminant 32=103-2=1\neq 0 : les deux suites sont libres, et deux vecteurs libres dans un espace de dimension 2 forment une base. On écrit un=a2n+b3nu_{n}=a\,2^{n}+b\,3^{n} : a+b=1a+b=1 et 2a+3b=42a+3b=4, d'où b=2b=2 et a=1a=-1. Donc un=2n+23nu_{n}=-2^{n}+2\cdot 3^{n}.

e) u5=32+2×243=454u_{5}=-32+2\times 243=454. Par la récurrence : u2=206=14u_{2}=20-6=14, u3=7024=46u_{3}=70-24=46, u4=23084=146u_{4}=230-84=146, u5=730276=454u_{5}=730-276=454. Les deux calculs concordent.

Le fil : une récurrence linéaire définit un sous-espace de dimension égale à son ordre ; les suites géométriques fournissent une base.

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