Me contacter

Algèbre linéaire 201-NYC / Maths 105 • Complément québécois de Première et cégep

Exercices corrigés : espaces vectoriels et sous-espaces (201-NYC)

Voici la série d'exercices corrigés d'algèbre linéaire 201-NYC sur les espaces vectoriels et les sous-espaces, le chapitre où le cours cesse d'être calculatoire pour devenir abstrait. La partie A installe les définitions : les huit axiomes et la vérification qu'un ensemble inattendu (polynômes, matrices, fonctions) en est bien un espace vectoriel, le critère du sous-espace en trois points avec le test du vecteur nul qui élimine la moitié des candidats en dix secondes, et le sous-espace engendré par une famille avec le calcul de sa dimension. La partie B monte au niveau examen : le noyau et l'image d'une transformation linéaire comme sous-espaces à part entière, le théorème du rang démontré puis appliqué, et un problème complet où l'on identifie la nature géométrique d'un sous-espace de R3\mathbb{R}^{3}.

Cette série s'adresse aux étudiants de cégep en Sciences de la nature (cours d'algèbre linéaire 201-NYC, aussi numéroté Maths 105) comme aux élèves de Première et de Terminale du Lycée Marie de France et du Collège Stanislas qui suivent le complément québécois de mathématiques.

C'est le chapitre qui déroute le plus, parce qu'il demande de raisonner sur des objets qui ne se dessinent pas. Le remède tient en un principe : un espace vectoriel n'est pas un ensemble de flèches, c'est un ensemble muni de deux opérations qui obéissent à des règles. Dès qu'un étudiant accepte qu'un polynôme, une matrice ou une fonction puissent être des vecteurs, la difficulté s'effondre et les démonstrations deviennent mécaniques.

Rappel de cours

  • Un espace vectoriel sur R\mathbb{R} est un ensemble VV muni d'une addition et d'une multiplication par un scalaire, vérifiant huit axiomes : associativité et commutativité de l'addition, existence d'un vecteur NUL, existence d'un opposé, et quatre axiomes de compatibilité, dont λ(u+v)=λu+λv\lambda(u+v)=\lambda u+\lambda v et 1u=u1\cdot u=u.
  • Exemples d'espaces vectoriels qui ne sont pas des flèches : Rn\mathbb{R}^{n}, l'ensemble PnP_{n} des polynômes de degré au plus nn, l'ensemble Mm×nM_{m\times n} des matrices, l'ensemble des fonctions continues sur un intervalle.
  • CRITÈRE DU SOUS-ESPACE : WVW\subseteq V est un sous-espace si et seulement si 1) 0W\vec{0}\in W; 2) WW est fermé pour l'addition (u,vWu+vWu,v\in W\Rightarrow u+v\in W); 3) WW est fermé pour la multiplication scalaire (uW,λRλuWu\in W,\lambda\in\mathbb{R}\Rightarrow\lambda u\in W).
  • Test rapide : si 0W\vec{0}\notin W, ce n'est PAS un sous-espace, et la question est réglée en une ligne. C'est le premier réflexe à avoir.
  • Sous-espace ENGENDRÉ : vect{v1,,vk}\text{vect}\{v_{1},\ldots,v_{k}\} est l'ensemble de toutes les combinaisons linéaires des viv_{i}. C'est toujours un sous-espace, quelle que soit la famille.
  • DIMENSION : nombre de vecteurs d'une base, c'est-à-dire d'une famille à la fois libre et génératrice. Toutes les bases d'un même espace ont le même nombre d'éléments.
  • NOYAU et IMAGE : kerT={v:T(v)=0}\ker T=\{v : T(v)=\vec{0}\} est un sous-espace du départ; ImT={T(v)}\text{Im}\,T=\{T(v)\} est un sous-espace de l'arrivée. THÉORÈME DU RANG : dim(kerT)+dim(ImT)=dimV\dim(\ker T)+\dim(\text{Im}\,T)=\dim V, où VV est l'espace de départ.

Partie A : Les bases (/28)

Exercice 1 : Les axiomes et les espaces qui n'en ont pas l'air

Un espace vectoriel n'est pas un ensemble de flèches : c'est un ensemble muni de deux opérations qui obéissent aux axiomes. Tout le chapitre repose sur ce déplacement de point de vue.

  • a) Vérifiez que P2P_{2}, l'ensemble des polynômes de degré au plus 2, est un espace vectoriel : identifiez le vecteur nul, l'opposé de p(x)=3x2x+5p(x)=3x^{2}-x+5, et vérifiez la fermeture pour les deux opérations.
  • b) Donnez une base de P2P_{2} et sa dimension. Même question pour M2×2M_{2\times 2}, l'ensemble des matrices carrées d'ordre 2.
  • c) L'ensemble des polynômes de degré EXACTEMENT 2 est-il un espace vectoriel ? Justifiez par un contre-exemple précis.
  • d) Pourquoi R2\mathbb{R}^{2} muni de l'addition usuelle mais de la multiplication λ(x,y)=(λx,0)\lambda\odot(x,y)=(\lambda x,0) n'est-il pas un espace vectoriel ? Quel axiome tombe ?
Voir la correction

a) Un élément de P2P_{2} s'écrit ax2+bx+cax^{2}+bx+c. Vecteur NUL : le polynôme nul 0x2+0x+00x^{2}+0x+0, qui vérifie bien p+0=pp+0=p pour tout pp. Opposé de p(x)=3x2x+5p(x)=3x^{2}-x+5 : le polynôme p(x)=3x2+x5-p(x)=-3x^{2}+x-5, dont la somme avec pp donne le polynôme nul ✓. Fermeture pour l'addition : la somme de deux polynômes de degré au plus 2 est de degré au plus 2, puisqu'on additionne les coefficients terme à terme sans jamais créer de degré supérieur ✓. Fermeture pour la multiplication scalaire : λ(ax2+bx+c)=(λa)x2+(λb)x+λc\lambda(ax^{2}+bx+c)=(\lambda a)x^{2}+(\lambda b)x+\lambda c, toujours de degré au plus 2 ✓. Les autres axiomes (associativité, commutativité, distributivité) découlent de ceux des nombres réels appliqués coefficient par coefficient. P2P_{2} est donc bien un espace vectoriel, et ses « vecteurs » sont des polynômes.

b) Base canonique de P2P_{2} : {1,  x,  x2}\left\{1,\;x,\;x^{2}\right\}. Elle est GÉNÉRATRICE, car tout polynôme ax2+bx+cax^{2}+bx+c s'écrit c1+bx+ax2c\cdot 1+b\cdot x+a\cdot x^{2}; elle est LIBRE, car c+bx+ax2=0c+bx+ax^{2}=0 pour tout xx impose a=b=c=0a=b=c=0 (un polynôme nul a tous ses coefficients nuls). Donc dimP2=3\dim P_{2}=3. Pour M2×2M_{2\times 2}, la base canonique est formée des quatre matrices ayant un seul 1 et des 0 ailleurs, donc dimM2×2=4\dim M_{2\times 2}=4. Règle générale à retenir : dimPn=n+1\dim P_{n}=n+1 (attention au +1+1, oublié très souvent) et dimMm×n=mn\dim M_{m\times n}=mn.

c) NON. Contre-exemple : prenons p(x)=x2+xp(x)=x^{2}+x et q(x)=x2+3q(x)=-x^{2}+3, tous deux de degré exactement 2. Leur somme vaut p+q=x+3p+q=x+3, qui est de degré 1 : elle n'appartient PAS à l'ensemble. La fermeture pour l'addition est donc violée. Un second argument, plus rapide encore, suffit à conclure : le polynôme nul n'est pas de degré exactement 2, donc le vecteur nul manque, et le critère tombe immédiatement. C'est la différence décisive entre « degré au plus nn » et « degré exactement nn » : seule la première formulation donne un espace vectoriel, et les énoncés d'examen jouent constamment sur cette nuance.

d) L'axiome qui tombe est 1u=u1\cdot u=u. En effet 1(x,y)=(1x,0)=(x,0)1\odot(x,y)=(1\cdot x,0)=(x,0), ce qui diffère de (x,y)(x,y) dès que y0y\neq 0. Par exemple 1(3,7)=(3,0)(3,7)1\odot(3,7)=(3,0)\neq(3,7). Cet axiome paraît le plus anodin des huit, au point qu'on est tenté de le juger superflu, et c'est précisément pourquoi les manuels le mettent en évidence : sans lui, la multiplication scalaire pourrait écraser de l'information, comme ici où la seconde coordonnée est détruite. On peut vérifier que la distributivité λ(u+v)=λu+λv\lambda\odot(u+v)=\lambda\odot u+\lambda\odot v tient pourtant, ce qui montre qu'un seul axiome violé suffit à disqualifier la structure, même si tous les autres sont satisfaits.

Exercice 2 : Le critère du sous-espace et le test du vecteur nul

Trois vérifications suffisent, et la première élimine la moitié des candidats en dix secondes. Encore faut-il commencer par elle.

  • a) Énoncez le critère du sous-espace, puis montrez que W={(x,y,z)R3  :  x+2yz=0}W=\left\{(x,y,z)\in\mathbb{R}^{3}\;:\;x+2y-z=0\right\} en est un.
  • b) L'ensemble U={(x,y,z)  :  x+2yz=3}U=\left\{(x,y,z)\;:\;x+2y-z=3\right\} est-il un sous-espace ? Répondez en une ligne.
  • c) L'ensemble S={(x,y)  :  xy=0}S=\left\{(x,y)\;:\;xy=0\right\} contient le vecteur nul. Est-ce pour autant un sous-espace de R2\mathbb{R}^{2} ? Décrivez géométriquement SS.
  • d) Montrez que l'ensemble des matrices 2×22\times 2 de trace nulle est un sous-espace de M2×2M_{2\times 2}, et donnez sa dimension.
Voir la correction

a) Critère : WW est un sous-espace de VV si 1) 0W\vec{0}\in W; 2) u,vWu+vWu,v\in W\Rightarrow u+v\in W; 3) uWu\in W et λRλuW\lambda\in\mathbb{R}\Rightarrow\lambda u\in W. Vérification pour WW. 1) (0,0,0)(0,0,0) donne 0+00=00+0-0=0 ✓. 2) Si u=(x1,y1,z1)u=(x_{1},y_{1},z_{1}) et v=(x2,y2,z2)v=(x_{2},y_{2},z_{2}) vérifient chacun l'équation, alors leur somme donne (x1+x2)+2(y1+y2)(z1+z2)=(x1+2y1z1)+(x2+2y2z2)=0+0=0(x_{1}+x_{2})+2(y_{1}+y_{2})-(z_{1}+z_{2})=(x_{1}+2y_{1}-z_{1})+(x_{2}+2y_{2}-z_{2})=0+0=0 ✓. 3) λu\lambda u donne λx+2λyλz=λ(x+2yz)=λ0=0\lambda x+2\lambda y-\lambda z=\lambda(x+2y-z)=\lambda\cdot 0=0 ✓. Donc WW est un sous-espace : c'est le PLAN passant par l'origine de vecteur normal (1,2,1)(1,2,-1), et sa dimension est 2.

b) NON : le vecteur nul (0,0,0)(0,0,0) donne 0+00=030+0-0=0\neq 3, donc 0U\vec{0}\notin U et le critère échoue dès sa première condition. Géométriquement, UU est un plan qui ne passe PAS par l'origine, c'est-à-dire un translaté de WW. La règle générale se lit ici : une équation HOMOGÈNE (second membre nul) définit un sous-espace, une équation non homogène n'en définit jamais. C'est le test à appliquer en premier devant tout ensemble défini par une équation.

c) NON, malgré la présence du vecteur nul. La condition xy=0xy=0 signifie x=0x=0 OU y=0y=0 : géométriquement, SS est la RÉUNION des deux axes de coordonnées, une figure en croix. Contre-exemple à la fermeture pour l'addition : u=(1,0)Su=(1,0)\in S (car 1×0=01\times 0=0) et v=(0,1)Sv=(0,1)\in S, mais u+v=(1,1)u+v=(1,1) donne 1×1=101\times 1=1\neq 0, donc u+vSu+v\notin S ✓. L'exemple est instructif : SS est bien fermé pour la multiplication scalaire (multiplier un point d'un axe le laisse sur cet axe) et contient le vecteur nul, mais il échoue sur l'addition. Les trois conditions sont donc INDÉPENDANTES et doivent toutes être vérifiées; passer le test du vecteur nul ne garantit rien. Plus généralement, une réunion de deux sous-espaces n'est presque jamais un sous-espace, alors que leur intersection en est toujours un.

d) Soit T={AM2×2:tr(A)=0}T=\left\{A\in M_{2\times 2}:\operatorname{tr}(A)=0\right\}, où tr(abcd)=a+d\operatorname{tr}\begin{pmatrix}a&b\\c&d\end{pmatrix}=a+d. 1) La matrice nulle a une trace nulle ✓. 2) tr(A+B)=tr(A)+tr(B)=0+0=0\operatorname{tr}(A+B)=\operatorname{tr}(A)+\operatorname{tr}(B)=0+0=0 ✓. 3) tr(λA)=λtr(A)=0\operatorname{tr}(\lambda A)=\lambda\operatorname{tr}(A)=0 ✓. C'est donc un sous-espace, et la vérification est immédiate parce que la trace est une application LINÉAIRE : tout ensemble défini par « une application linéaire s'annule » est automatiquement un sous-espace, c'est d'ailleurs exactement la notion de noyau vue plus loin. Dimension : la condition d=ad=-a laisse aa, bb et cc libres, donc une base est {(1001),(0100),(0010)}\left\{\begin{pmatrix}1&0\\0&-1\end{pmatrix},\begin{pmatrix}0&1\\0&0\end{pmatrix},\begin{pmatrix}0&0\\1&0\end{pmatrix}\right\} et dimT=3\dim T=3. Cohérent avec l'intuition : une contrainte linéaire non triviale fait perdre exactement une dimension, ici de 4 à 3.

Exercice 3 : Sous-espace engendré et dimension

Toute famille de vecteurs engendre un sous-espace. La question intéressante n'est jamais s'il en est un, mais quelle est sa DIMENSION.

  • a) Décrivez géométriquement vect{(1,2,1)}\text{vect}\left\{(1,2,1)\right\} puis vect{(1,2,1),(0,1,1)}\text{vect}\left\{(1,2,1),(0,1,1)\right\} dans R3\mathbb{R}^{3}.
  • b) Déterminez la dimension de vect{(1,2,1),(0,1,1),(2,5,3)}\text{vect}\left\{(1,2,1),(0,1,1),(2,5,3)\right\}. Le troisième vecteur apporte-t-il quelque chose ?
  • c) Le vecteur (3,7,4)(3,7,4) appartient-il au sous-espace du point b) ? Justifiez par un système.
  • d) Expliquez pourquoi vect\text{vect} d'une famille quelconque est TOUJOURS un sous-espace, quelle que soit la famille choisie.
Voir la correction

a) vect{(1,2,1)}\text{vect}\left\{(1,2,1)\right\} est l'ensemble des multiples λ(1,2,1)\lambda(1,2,1) : c'est la DROITE passant par l'origine et de vecteur directeur (1,2,1)(1,2,1), de dimension 1. Pour la seconde, les deux vecteurs (1,2,1)(1,2,1) et (0,1,1)(0,1,1) ne sont pas proportionnels (le premier a une composante nulle en position 1 pour le second, pas pour le premier), donc ils sont linéairement indépendants et engendrent un PLAN passant par l'origine, de dimension 2. En général, kk vecteurs indépendants engendrent un sous-espace de dimension kk : droite pour 1, plan pour 2, espace entier pour 3 dans R3\mathbb{R}^{3}.

b) On teste si (2,5,3)(2,5,3) est combinaison des deux premiers : cherchons aa et bb tels que a(1,2,1)+b(0,1,1)=(2,5,3)a(1,2,1)+b(0,1,1)=(2,5,3). La première composante donne a=2a=2; la troisième donne a+b=3a+b=3, donc b=1b=1; vérification sur la deuxième : 2a+b=4+1=52a+b=4+1=5 ✓. Donc (2,5,3)=2(1,2,1)+1(0,1,1)(2,5,3)=2(1,2,1)+1(0,1,1) : le troisième vecteur est REDONDANT, il n'apporte rien. La famille engendre donc le même plan qu'au point a), et dim=2\dim=2. Leçon à retenir : le nombre de vecteurs d'une famille génératrice n'est PAS la dimension; la dimension est le nombre de vecteurs d'une famille génératrice LIBRE, c'est-à-dire le rang de la famille.

c) On cherche a,ba,b avec a(1,2,1)+b(0,1,1)=(3,7,4)a(1,2,1)+b(0,1,1)=(3,7,4). Première composante : a=3a=3. Troisième : a+b=4a+b=4, donc b=1b=1. Vérification sur la deuxième : 2a+b=6+1=72a+b=6+1=7 ✓. Le système est COMPATIBLE, donc (3,7,4)=3(1,2,1)+(0,1,1)(3,7,4)=3(1,2,1)+(0,1,1) appartient bien au sous-espace. Remarque de méthode : on utilise deux équations pour trouver les inconnues, et la troisième sert de TEST de compatibilité. Si elle avait été contredite, par exemple avec (3,7,9)(3,7,9) qui donnerait a=3a=3 puis b=6b=6 et 2a+b=1272a+b=12\neq 7, le vecteur n'aurait pas appartenu au sous-espace. C'est la procédure standard pour toute question d'appartenance.

d) Il suffit de vérifier les trois conditions du critère, et chacune découle de la structure même des combinaisons linéaires. 1) Le vecteur nul s'obtient en prenant tous les coefficients nuls, 0v1++0vk=00v_{1}+\cdots+0v_{k}=\vec{0} ✓. 2) La somme de deux combinaisons linéaires des viv_{i} est encore une combinaison linéaire des viv_{i}, en additionnant les coefficients terme à terme ✓. 3) Le multiple d'une combinaison linéaire est une combinaison linéaire, en multipliant chaque coefficient par λ\lambda ✓. La conclusion vaut donc pour n'importe quelle famille, même liée, même réduite à un seul vecteur, et même vide (auquel cas on convient que vect={0}\text{vect}\,\emptyset=\left\{\vec{0}\right\}, le sous-espace nul). C'est ce qui fait de vect\text{vect} l'outil de construction universel : pour fabriquer un sous-espace, il suffit de choisir des vecteurs et de prendre toutes leurs combinaisons; on obtient d'ailleurs ainsi le PLUS PETIT sous-espace contenant la famille de départ.

Exercice 4 : Noyau et image d'une transformation linéaire

Toute transformation linéaire fabrique automatiquement deux sous-espaces : l'un au départ, l'autre à l'arrivée. Ce sont les sous-espaces les plus importants du cours.

  • a) Soit T:R3R2T:\mathbb{R}^{3}\to\mathbb{R}^{2} définie par T(x,y,z)=(x+y,  y+z)T(x,y,z)=(x+y,\;y+z). Vérifiez que TT est linéaire.
  • b) Déterminez kerT\ker T : résolvez le système, donnez une base et la dimension. Quelle est sa nature géométrique ?
  • c) Déterminez ImT\text{Im}\,T et sa dimension. La transformation est-elle surjective ?
  • d) Démontrez que kerT\ker T est toujours un sous-espace de l'espace de départ, pour n'importe quelle transformation linéaire TT.
Voir la correction

a) Soient u=(x1,y1,z1)u=(x_{1},y_{1},z_{1}), v=(x2,y2,z2)v=(x_{2},y_{2},z_{2}) et λR\lambda\in\mathbb{R}. Additivité : T(u+v)=((x1+x2)+(y1+y2),  (y1+y2)+(z1+z2))=((x1+y1)+(x2+y2),  (y1+z1)+(y2+z2))=T(u)+T(v)T(u+v)=\left((x_{1}+x_{2})+(y_{1}+y_{2}),\;(y_{1}+y_{2})+(z_{1}+z_{2})\right)=\left((x_{1}+y_{1})+(x_{2}+y_{2}),\;(y_{1}+z_{1})+(y_{2}+z_{2})\right)=T(u)+T(v) ✓. Homogénéité : T(λu)=(λx+λy,  λy+λz)=λ(x+y,  y+z)=λT(u)T(\lambda u)=(\lambda x+\lambda y,\;\lambda y+\lambda z)=\lambda(x+y,\;y+z)=\lambda T(u) ✓. TT est donc linéaire. Sa matrice dans les bases canoniques est (110011)\begin{pmatrix}1&1&0\\0&1&1\end{pmatrix}, de format 2×32\times 3, cohérent avec une application de R3\mathbb{R}^{3} vers R2\mathbb{R}^{2}.

b) kerT\ker T est l'ensemble des (x,y,z)(x,y,z) tels que T(x,y,z)=(0,0)T(x,y,z)=(0,0), c'est-à-dire le système x+y=0x+y=0 et y+z=0y+z=0. De la première équation, x=yx=-y; de la seconde, z=yz=-y. En posant y=ty=t comme paramètre libre : (x,y,z)=(t,t,t)=t(1,1,1)(x,y,z)=(-t,t,-t)=t(-1,1,-1). Une base de kerT\ker T est donc {(1,1,1)}\left\{(-1,1,-1)\right\} et dim(kerT)=1\dim(\ker T)=1. Géométriquement, c'est la DROITE passant par l'origine et dirigée par (1,1,1)(-1,1,-1) : tous les vecteurs de cette droite, et eux seuls, sont écrasés sur le vecteur nul par TT.

c) ImT\text{Im}\,T est engendrée par les images des vecteurs de la base canonique : T(1,0,0)=(1,0)T(1,0,0)=(1,0), T(0,1,0)=(1,1)T(0,1,0)=(1,1), T(0,0,1)=(0,1)T(0,0,1)=(0,1). Ces trois vecteurs vivent dans R2\mathbb{R}^{2}, ils ne peuvent donc pas être indépendants; mais (1,0)(1,0) et (0,1)(0,1) suffisent déjà à engendrer R2\mathbb{R}^{2} tout entier. Donc ImT=R2\text{Im}\,T=\mathbb{R}^{2} et dim(ImT)=2\dim(\text{Im}\,T)=2. La transformation est donc SURJECTIVE : tout vecteur de R2\mathbb{R}^{2} est atteint. Vérification par le théorème du rang : dim(kerT)+dim(ImT)=1+2=3=dimR3\dim(\ker T)+\dim(\text{Im}\,T)=1+2=3=\dim\mathbb{R}^{3} ✓, ce qui confirme les deux calculs d'un coup.

d) Soit T:VWT:V\to W linéaire. 1) Vecteur nul : la linéarité donne T(0)=T(00)=0T(0)=0T(\vec{0})=T(0\cdot\vec{0})=0\cdot T(\vec{0})=\vec{0}, donc 0kerT\vec{0}\in\ker T ✓. 2) Addition : si u,vkerTu,v\in\ker T, alors T(u+v)=T(u)+T(v)=0+0=0T(u+v)=T(u)+T(v)=\vec{0}+\vec{0}=\vec{0}, donc u+vkerTu+v\in\ker T ✓. 3) Multiplication scalaire : si ukerTu\in\ker T et λR\lambda\in\mathbb{R}, alors T(λu)=λT(u)=λ0=0T(\lambda u)=\lambda T(u)=\lambda\vec{0}=\vec{0}, donc λukerT\lambda u\in\ker T ✓. Les trois conditions sont vérifiées, donc kerT\ker T est un sous-espace de VV. Observez que chaque étape n'utilise QUE la linéarité de TT : la démonstration est donc valable pour toute transformation linéaire, entre espaces quelconques, y compris des espaces de polynômes ou de matrices. C'est le modèle de démonstration abstraite que l'examen demande de reproduire.

Partie B : Niveau examen (/22)

Exercice 5 : Démonstrations : théorème du rang et intersection de sous-espaces

Les démonstrations abstraites du chapitre suivent toutes le même schéma : revenir à la définition, appliquer la linéarité, conclure. L'examen en demande systématiquement une.

  • a) Énoncez le théorème du rang et illustrez-le sur la projection P(x,y,z)=(x,y,0)P(x,y,z)=(x,y,0) de R3\mathbb{R}^{3} dans R3\mathbb{R}^{3}.
  • b) Démontrez que si UU et WW sont deux sous-espaces de VV, alors UWU\cap W est un sous-espace de VV.
  • c) Montrez par un contre-exemple explicite dans R2\mathbb{R}^{2} que UWU\cup W n'est en général PAS un sous-espace.
  • d) Soit T:R5R3T:\mathbb{R}^{5}\to\mathbb{R}^{3} linéaire et surjective. Que vaut dim(kerT)\dim(\ker T) ? TT peut-elle être injective ? Justifiez sans aucun calcul matriciel.
Voir la correction

a) THÉORÈME DU RANG : pour T:VWT:V\to W linéaire avec VV de dimension finie, dim(kerT)+dim(ImT)=dimV\dim(\ker T)+\dim(\text{Im}\,T)=\dim V. Le nombre dim(ImT)\dim(\text{Im}\,T) s'appelle le RANG de TT et dim(kerT)\dim(\ker T) sa NULLITÉ. Illustration sur la projection P(x,y,z)=(x,y,0)P(x,y,z)=(x,y,0) : le noyau est l'ensemble des (x,y,z)(x,y,z) tels que (x,y,0)=(0,0,0)(x,y,0)=(0,0,0), soit x=y=0x=y=0 et zz libre, c'est-à-dire l'AXE des zz, de dimension 1. L'image est l'ensemble des (x,y,0)(x,y,0), c'est-à-dire le PLAN xyxy, de dimension 2. Bilan : 1+2=3=dimR31+2=3=\dim\mathbb{R}^{3} ✓. L'interprétation est géométrique et parlante : la projection écrase une direction (celle du noyau, perdue définitivement) et conserve les deux autres (l'image). Ce qui est perdu et ce qui est conservé se partagent exactement les dimensions de l'espace de départ.

b) Soient UU et WW deux sous-espaces de VV. 1) Vecteur nul : 0U\vec{0}\in U et 0W\vec{0}\in W puisque chacun est un sous-espace, donc 0UW\vec{0}\in U\cap W ✓. 2) Addition : soient u,vUWu,v\in U\cap W. Alors u,vUu,v\in U, et UU étant un sous-espace, u+vUu+v\in U; de même u,vWu,v\in W donne u+vWu+v\in W. Donc u+vu+v appartient aux deux, soit u+vUWu+v\in U\cap W ✓. 3) Multiplication scalaire : soit uUWu\in U\cap W et λR\lambda\in\mathbb{R}. Alors λuU\lambda u\in U et λuW\lambda u\in W par le même argument, donc λuUW\lambda u\in U\cap W ✓. L'intersection est donc un sous-espace. Le raisonnement se généralise sans modification à une intersection d'un nombre quelconque, même infini, de sous-espaces.

c) Prenons dans R2\mathbb{R}^{2} les deux droites U=vect{(1,0)}U=\text{vect}\left\{(1,0)\right\} (l'axe des xx) et W=vect{(0,1)}W=\text{vect}\left\{(0,1)\right\} (l'axe des yy), qui sont bien deux sous-espaces. Leur réunion UWU\cup W est la croix formée des deux axes. Or (1,0)UUW(1,0)\in U\subseteq U\cup W et (0,1)WUW(0,1)\in W\subseteq U\cup W, mais leur somme (1,1)(1,1) n'est sur AUCUN des deux axes, donc (1,1)UW(1,1)\notin U\cup W : la fermeture pour l'addition est violée ✓. On retrouve exactement l'ensemble S={xy=0}S=\{xy=0\} de l'exercice 2, sous un autre habillage. Le principe général : une réunion de deux sous-espaces n'est un sous-espace que dans le cas dégénéré où l'un contient l'autre. L'asymétrie avec l'intersection s'explique bien, car l'intersection RESTREINT (les conditions s'accumulent, et la fermeture est préservée) tandis que la réunion ÉLARGIT sans contrôler ce que produisent les sommes croisées.

d) TT est surjective, donc ImT=R3\text{Im}\,T=\mathbb{R}^{3} et dim(ImT)=3\dim(\text{Im}\,T)=3. Le théorème du rang donne dim(kerT)+3=dimR5=5\dim(\ker T)+3=\dim\mathbb{R}^{5}=5, donc dim(kerT)=2\dim(\ker T)=2. TT ne peut PAS être injective : une transformation linéaire est injective si et seulement si son noyau est réduit au vecteur nul, c'est-à-dire de dimension 0; or ici la dimension du noyau vaut 2, strictement positive. Il existe donc tout un plan de vecteurs non nuls écrasés sur 0\vec{0}, et par exemple deux vecteurs distincts de ce plan ont la même image. L'argument général mérite d'être retenu sous sa forme la plus large : une application linéaire d'un espace de dimension 5 vers un espace de dimension 3 ne peut jamais être injective, car le théorème du rang force dim(kerT)53=2>0\dim(\ker T)\geq 5-3=2>0. On ne peut pas comprimer un espace dans un espace plus petit sans perdre d'information, et le théorème du rang est l'énoncé précis de cette impossibilité.

Exercice 6 : Problème : identifier la nature d'un sous-espace de R³

Un problème complet de fin d'examen : on part d'un système, on en extrait un sous-espace, on en détermine la dimension, une base, et enfin la nature géométrique. Chaque étape utilise la précédente.

  • a) Soit WW l'ensemble des solutions du système homogène {x+2yz=02x+4y2z=0\begin{cases}x+2y-z=0\\2x+4y-2z=0\end{cases}. Sans calcul, pourquoi WW est-il forcément un sous-espace ?
  • b) Résolvez le système et donnez une base de WW ainsi que sa dimension. Quelle est sa nature géométrique ?
  • c) Reprenez la question avec le système {x+2yz=0xy+z=0\begin{cases}x+2y-z=0\\x-y+z=0\end{cases}. Comparez les deux dimensions obtenues et expliquez la différence.
  • d) Combien de contraintes indépendantes faut-il pour réduire R3\mathbb{R}^{3} à une droite ? À l'origine seule ? Formulez la règle générale et reliez-la au théorème du rang.
Voir la correction

a) L'ensemble des solutions d'un système HOMOGÈNE (tous les seconds membres nuls) est toujours un sous-espace. Trois arguments équivalents. D'abord le direct : 0\vec{0} est solution ✓, une somme de solutions est solution (par linéarité de chaque équation) ✓, un multiple de solution est solution ✓. Ensuite le structurel : WW est exactement le NOYAU de la transformation linéaire de matrice A=(121242)A=\begin{pmatrix}1&2&-1\\2&4&-2\end{pmatrix}, et un noyau est toujours un sous-espace par l'exercice 4. Enfin le géométrique : chaque équation homogène définit un plan passant par l'origine, et une intersection de sous-espaces est un sous-espace par l'exercice 5. C'est aussi ce qui explique qu'un système NON homogène n'a jamais un sous-espace pour ensemble de solutions, puisque 0\vec{0} n'y est pas solution.

b) La seconde équation est exactement le DOUBLE de la première : elle n'apporte aucune information et disparaît à l'échelonnement. Le système se réduit à la seule équation x+2yz=0x+2y-z=0, soit x=2y+zx=-2y+z. Avec deux paramètres libres y=sy=s et z=tz=t : (x,y,z)=(2s+t,  s,  t)=s(2,1,0)+t(1,0,1)(x,y,z)=(-2s+t,\;s,\;t)=s(-2,1,0)+t(1,0,1). Une base de WW est donc {(2,1,0),  (1,0,1)}\left\{(-2,1,0),\;(1,0,1)\right\}, deux vecteurs manifestement non proportionnels, et dimW=2\dim W=2. Nature géométrique : un PLAN passant par l'origine, de vecteur normal (1,2,1)(1,2,-1). Vérification : les deux vecteurs de base sont bien orthogonaux à la normale, car (2)(1)+(1)(2)+(0)(1)=0(-2)(1)+(1)(2)+(0)(-1)=0 ✓ et (1)(1)+(0)(2)+(1)(1)=0(1)(1)+(0)(2)+(1)(-1)=0 ✓.

c) Ici les deux équations ne sont pas proportionnelles, elles sont INDÉPENDANTES. Résolution : en additionnant les deux équations, 2x+y=02x+y=0, donc y=2xy=-2x; en reportant dans la seconde, x(2x)+z=0x-(-2x)+z=0, soit 3x+z=03x+z=0 et z=3xz=-3x. Avec x=tx=t : (x,y,z)=t(1,2,3)(x,y,z)=t(1,-2,-3). Une base est {(1,2,3)}\left\{(1,-2,-3)\right\} et dimW=1\dim W=1 : c'est une DROITE passant par l'origine. Comparaison : deux équations ont donné un plan (dimension 2) dans le premier cas et une droite (dimension 1) dans le second. La différence ne tient pas au NOMBRE d'équations, identique, mais au nombre d'équations INDÉPENDANTES : une seule au point b), deux ici. Une équation redondante ne contraint rien de plus, et c'est le rang de la matrice du système qui mesure la contrainte réelle.

d) Dans R3\mathbb{R}^{3} : une contrainte indépendante donne un plan (dimension 2), deux contraintes indépendantes donnent une droite (dimension 1), trois contraintes indépendantes réduisent à l'origine seule (dimension 0). Il faut donc DEUX contraintes indépendantes pour obtenir une droite, et TROIS pour ne garder que l'origine. Règle générale : dimW=nr\dim W=n-r, où nn est le nombre d'inconnues et rr le RANG du système, c'est-à-dire son nombre d'équations indépendantes. Chaque contrainte indépendante coûte exactement une dimension. Le lien avec le théorème du rang est direct : WW est le noyau de la transformation TT de matrice AA, le rang de AA est dim(ImT)=r\dim(\text{Im}\,T)=r, et le théorème s'écrit dim(kerT)+r=n\dim(\ker T)+r=n, soit exactement dimW=nr\dim W=n-r ✓. Les deux formulations, celle des systèmes et celle des transformations, sont donc le même énoncé vu de deux côtés : c'est le résultat central du chapitre, et il vaut la peine de savoir passer d'une lecture à l'autre.

Vous préférez travailler sur papier ? Cette série existe aussi en version PDF imprimable, avec le corrigé complet. Écrivez-moi et je vous l'envoie.

Voir aussi

Vous cherchez un tuteur en algèbre linéaire à Montréal ?

Contactez-moi pour une première séance. On travaille l'algèbre linéaire 201-NYC au niveau réel des évaluations, y compris le chapitre abstrait des espaces vectoriels où la plupart des étudiants décrochent.

Site par Studio Squalli