Algèbre linéaire 201-NYC / Maths 105 • Complément québécois de Première et cégep à Montréal

Fiche de révision : diagonalisation et valeurs propres (201-NYC)

Cette fiche ne redonne pas la définition d'une valeur propre : elle est dans vos notes. Elle traite ce qui décide de la note à la fin du 201-NYC, c'est-à-dire le critère de diagonalisabilité appliqué correctement, l'ordre dans lequel on range PP et DD, et les contrôles qui attrapent une valeur propre fausse en dix secondes.

Elle est écrite pour les étudiants de cégep en Sciences de la nature et pour les élèves de Première des lycées français qui suivent le complément québécois de mathématiques. Une fois la fiche lue, la série d'exercices corrigés du même chapitre met chaque réflexe à l'épreuve.

Le fil du chapitre

Un vecteur propre est une DIRECTION que la matrice se contente d'étirer. Tout le chapitre consiste à trouver ces directions, et l'erreur la plus coûteuse est de croire qu'il y en a toujours assez pour diagonaliser.

Ce chapitre fait partie de Algèbre linéaire et géométrie vectorielle, 201-NYC

Avant ce chapitre

Cette fiche suppose ces notions acquises. Si une méthode ci-dessous reste opaque, c'est presque toujours l'une d'elles qui manque, pas la fiche.

Remonter plus loin : la chaîne complète (5 chapitres) ↓

Le chemin de remédiation, du plus ancien au plus proche. Un élève qui reprend ce chapitre de zéro le reprend dans cet ordre.

  1. 1Les systèmes d'équationsSecondaire 4 SN4
  2. 2Combinaisons linéaires, dépendance et bases
  3. 3Matrices, systèmes et déterminants
  4. 4Systèmes linéaires : Gauss et Gauss-Jordan
  5. 5Déterminants, cofacteurs et règle de Cramer

L'essentiel

Ce qu'une valeur propre veut dire, et comment on la trouve

  • λ\lambda est une VALEUR PROPRE de AA s'il existe un vecteur NON NUL v\vec{v} tel que Av=λvA\vec{v}=\lambda\vec{v}. Ce v\vec{v} est un VECTEUR PROPRE associé.
  • Géométriquement, AA ne fait qu'ÉTIRER v\vec{v}, sans changer sa direction. Un λ\lambda négatif retourne le vecteur, un λ\lambda nul l'écrase sur l'origine.
  • POLYNÔME CARACTÉRISTIQUE : les valeurs propres sont les racines de det(AλI)=0\det(A-\lambda I)=0. On retranche λ\lambda sur TOUTE la diagonale, puis on calcule le déterminant.
  • Pour une matrice 2×22\times 2, il s'écrit λ2tr(A)λ+det(A)=0\lambda^{2}-\operatorname{tr}(A)\lambda+\det(A)=0, où la trace est la somme des termes diagonaux.
  • Deux contrôles gratuits : la SOMME des valeurs propres vaut la trace, et leur PRODUIT vaut le déterminant.
vAv = 2vwAwdirection conserveedirection changee
À gauche, v\vec{v} est un vecteur propre : son image reste sur la même droite, seulement plus longue. À droite, w\vec{w} n'en est pas un : son image part dans une autre direction.

Ces deux contrôles sont les plus rentables du chapitre : ils prennent cinq secondes et attrapent presque toute erreur de calcul dans le polynôme caractéristique.

Sous-espaces propres et critère de diagonalisabilité

  • Eλ=ker(AλI)E_{\lambda}=\ker(A-\lambda I) est le SOUS-ESPACE PROPRE : on l'obtient en résolvant le système homogène (AλI)v=0(A-\lambda I)\vec{v}=\vec{0}. C'est toujours un sous-espace, de dimension au moins 11.
  • MULTIPLICITÉ ALGÉBRIQUE de λ\lambda : son ordre comme racine du polynôme caractéristique. MULTIPLICITÉ GÉOMÉTRIQUE : dimEλ\dim E_{\lambda}.
  • On a toujours géométrique \leq algébrique, et l'inégalité peut être STRICTE : c'est exactement ce qui empêche de diagonaliser.
  • CRITÈRE : AA d'ordre nn est diagonalisable si et seulement si la somme des dimensions des sous-espaces propres vaut nn, c'est-à-dire si les deux multiplicités coïncident pour CHAQUE valeur propre.
  • Deux cas favorables où l'on conclut sans calcul : nn valeurs propres DISTINCTES, ou une matrice SYMÉTRIQUE réelle, qui est toujours diagonalisable avec des vecteurs propres orthogonaux.

Une valeur propre simple ne pose jamais problème : sa multiplicité géométrique vaut forcément 11. Seules les valeurs propres MULTIPLES demandent de calculer la dimension du sous-espace propre.

Diagonaliser, et s'en servir

  • A=PDP1A=PDP^{-1}, où les COLONNES de PP sont les vecteurs propres et où DD est diagonale avec les valeurs propres dans le MÊME ORDRE.
  • La colonne ii de PP doit être un vecteur propre associé à la valeur propre placée en position ii de DD. L'ordre est libre, mais il doit être le même des deux côtés.
  • An=PDnP1A^{n}=PD^{n}P^{-1}, et DnD^{n} s'obtient en élevant chaque terme diagonal à la puissance nn. C'est tout l'intérêt de la diagonalisation.
  • Vérification qui évite de calculer P1P^{-1} : AP=PDAP=PD. Deux produits matriciels suffisent à valider PP et DD ensemble.
  • Une matrice symétrique réelle se diagonalise en base ORTHONORMÉE : les vecteurs propres associés à des valeurs propres différentes sont orthogonaux, et il suffit de les normer.

Pour une suite de vecteurs Xk+1=AXkX_{k+1}=AX_{k}, la valeur propre de plus grand module finit par dominer : la direction limite est celle de son vecteur propre, quelle que soit la condition initiale.

Les pièges qui coûtent des points

Les erreurs ci-dessous sont celles que je corrige le plus souvent en séance. Chacune coûte des points sur une copie, même quand le raisonnement est juste.

1. Prendre le vecteur nul pour un vecteur propre

1 point de rigueur, et la question sur la dimension du sous-espace propre devient incohérente.

Ce qu'il ne faut pas écrire

« A0=λ0A\vec{0}=\lambda\vec{0} pour tout λ\lambda, donc 0\vec{0} est un vecteur propre. »

Ce qu'il faut écrire

« Un vecteur propre est NON NUL par définition. Sinon tout nombre réel serait valeur propre de toute matrice, et la notion n'aurait aucun contenu. »

Pourquoi : 0\vec{0} appartient bien à EλE_{\lambda}, qui est un sous-espace, mais il n'est pas un vecteur PROPRE. La distinction se voit dans la rédaction : « EλE_{\lambda} contient 0\vec{0} » est vrai, « 0\vec{0} est propre » est faux.

2. Mal former la matrice AλIA-\lambda I

toute la question, et les valeurs propres trouvées n'ont aucun rapport avec la matrice.

Ce qu'il ne faut pas écrire

« det(A)λ=0\det(A)-\lambda=0 », ou bien on retranche λ\lambda sur le seul coefficient en haut à gauche.

Ce qu'il faut écrire

« det(AλI)=0\det(A-\lambda I)=0 : on retranche λ\lambda sur TOUS les termes de la diagonale, puis on calcule le déterminant de la matrice obtenue. »

Pourquoi : λI\lambda I est la matrice diagonale de λ\lambda, pas le nombre λ\lambda : on ne peut pas soustraire un nombre à une matrice. C'est la même règle que pour toute somme matricielle, terme à terme.

3. Donner un sous-espace propre réduit à un seul vecteur

1 point, et davantage si la question demandait la dimension du sous-espace propre.

Ce qu'il ne faut pas écrire

« E4={(1 ; 1)}E_{4}=\{(1\ ;\ 1)\}. »

Ce qu'il faut écrire

« E4=vect{(1 ; 1)}E_{4}=\text{vect}\{(1\ ;\ 1)\}, c'est-à-dire la DROITE entière : tout multiple non nul de (1 ; 1)(1\ ;\ 1) est aussi un vecteur propre associé à 44. »

Pourquoi : Si Av=λvA\vec{v}=\lambda\vec{v}, alors A(kv)=λ(kv)A(k\vec{v})=\lambda(k\vec{v}) pour tout kk : la propriété est stable par multiplication. Un vecteur propre n'est jamais unique, seule sa DIRECTION l'est.

4. Supposer que la multiplicité géométrique égale l'algébrique

toute la question, avec une matrice $P$ inventée dont les colonnes sont liées.

Ce qu'il ne faut pas écrire

« λ=2\lambda=2 est racine double, donc dimE2=2\dim E_{2}=2 et la matrice est diagonalisable. »

Ce qu'il faut écrire

« Il faut CALCULER dimE2\dim E_{2}. Pour A=(2102)A=\begin{pmatrix} 2 & 1 \\ 0 & 2 \end{pmatrix}, le système (A2I)v=0(A-2I)\vec{v}=\vec{0} donne y=0y=0 : E2=vect{(1 ; 0)}E_{2}=\text{vect}\{(1\ ;\ 0)\}, de dimension 11. La matrice n'est PAS diagonalisable. »

v12 v1v2A v2une seule direction propre
La seule direction que cette matrice conserve est l'horizontale : v2\vec{v_{2}} bascule vers elle au lieu de rester sur sa droite. Une valeur propre double, une seule direction propre.

Pourquoi : L'inégalité géométrique \leq algébrique peut être stricte, et c'est précisément ce cas qui rend une matrice non diagonalisable. Une valeur propre multiple oblige toujours à résoudre le système.

5. Ranger PP et DD dans des ordres différents

toute la question, et le calcul de $A^{n}$ qui suit donne n'importe quoi.

Ce qu'il ne faut pas écrire

« P=(1111)P=\begin{pmatrix} 1 & 1 \\ 1 & -1 \end{pmatrix} avec v1\vec{v_{1}} associé à 44 en première colonne, et D=(2004)D=\begin{pmatrix} 2 & 0 \\ 0 & 4 \end{pmatrix}. »

Ce qu'il faut écrire

« La colonne ii de PP doit être un vecteur propre pour la valeur propre en position ii de DD : ici D=(4002)D=\begin{pmatrix} 4 & 0 \\ 0 & 2 \end{pmatrix}. Le contrôle AP=PDAP=PD le vérifie immédiatement. »

Pourquoi : L'égalité AP=PDAP=PD se lit colonne par colonne : Avi=λiviA\vec{v_{i}}=\lambda_{i}\vec{v_{i}}. Si les indices ne se correspondent pas, l'égalité est fausse pour chaque colonne.

6. Inverser l'ordre de PP et P1P^{-1} dans la puissance

toute la question de puissance, et la matrice obtenue n'a même pas les bonnes valeurs propres.

Ce qu'il ne faut pas écrire

« An=P1DnPA^{n}=P^{-1}D^{n}P. »

Ce qu'il faut écrire

« A=PDP1A=PDP^{-1}, donc An=PDnP1A^{n}=PD^{n}P^{-1}, dans le MÊME ordre que AA. Les P1PP^{-1}P intermédiaires se simplifient et il ne reste que les deux extrêmes. »

Pourquoi : Le calcul A2=(PDP1)(PDP1)=PD(P1P)DP1=PD2P1A^{2}=(PDP^{-1})(PDP^{-1})=PD(P^{-1}P)DP^{-1}=PD^{2}P^{-1} montre l'ordre. Écrire ce télescopage une fois suffit à ne plus se tromper.

7. Conclure qu'il n'y a pas de valeur propre quand le discriminant est négatif

2 points, et l'interprétation géométrique, qui est souvent la question suivante, est perdue.

Ce qu'il ne faut pas écrire

« Le polynôme caractéristique a un discriminant négatif, donc cette matrice n'a pas de valeurs propres. »

Ce qu'il faut écrire

« Elle n'a pas de valeur propre RÉELLE : aucune direction du plan n'est conservée, ce qui est le cas d'une rotation. Sur C\mathbb{C}, elle possède deux valeurs propres conjuguées, et elle y est diagonalisable. »

vAvwAwaucune direction conservee
Chaque vecteur tourne du même angle : aucune flèche ne reste sur sa droite d'origine, donc aucune valeur propre réelle. Les longueurs, elles, sont conservées.

Pourquoi : Le mot « aucune valeur propre » est faux : il faut préciser sur quel ensemble. La lecture géométrique, elle, est immédiate et vaut des points : une rotation d'angle non nul ne laisse aucune droite invariante.

8. Trouver seulement le vecteur nul comme solution du système propre

toute la question, et le temps perdu à chercher une erreur ailleurs que là où elle est.

Ce qu'il ne faut pas écrire

« Je résous (AλI)v=0(A-\lambda I)\vec{v}=\vec{0} et j'obtiens v=0\vec{v}=\vec{0} : il n'y a pas de vecteur propre pour ce λ\lambda. »

Ce qu'il faut écrire

« Si λ\lambda est bien une valeur propre, alors det(AλI)=0\det(A-\lambda I)=0, donc le système homogène a NÉCESSAIREMENT une infinité de solutions. Trouver seulement 0\vec{0} prouve une erreur de calcul, le plus souvent dans λ\lambda. »

Pourquoi : La valeur propre a été choisie exactement pour rendre la matrice AλIA-\lambda I singulière. Un pivot doit donc disparaître : s'il n'en disparaît aucun, c'est le polynôme caractéristique qui est faux.

Quelle méthode choisir

Cette matrice est-elle diagonalisable ?

On regarde le polynôme caractéristique et la forme de la matrice. Trois branches sur cinq répondent sans calculer le moindre sous-espace propre.

  • Si nn valeurs propres réelles DISTINCTES pour une matrice d'ordre nn OUI, diagonalisable, sans aucune vérification supplémentaire

    Exemple : λ=4\lambda=4 et λ=2\lambda=2 sur une matrice d'ordre 22

  • Si matrice SYMÉTRIQUE réelle OUI, diagonalisable, et même en base orthonormée

    C'est vrai même avec des valeurs propres multiples, et cela dispense de tout calcul de dimension.

  • Si une valeur propre MULTIPLE, matrice non symétrique il faut CALCULER dimEλ\dim E_{\lambda} et le comparer à la multiplicité algébrique

    Exemple : (2102)\begin{pmatrix} 2 & 1 \\ 0 & 2 \end{pmatrix} a dimE2=1\dim E_{2}=1 pour une multiplicité 22, donc non

  • Si discriminant NÉGATIF sur une matrice réelle d'ordre 22 pas diagonalisable sur R\mathbb{R}, faute de valeur propre réelle; diagonalisable sur C\mathbb{C}

    Géométriquement, c'est une rotation, éventuellement composée d'une homothétie.

  • Si matrice déjà TRIANGULAIRE les valeurs propres sont les termes de la diagonale, sans aucun calcul; il reste à traiter les multiplicités

Aucune branche ne s'applique en ordre 33 avec une racine triple ? On calcule les trois sous-espaces propres et on additionne leurs dimensions : la somme doit valoir 33.

Comment calculer cette expression, une fois AA diagonalisée

Une fois A=PDP1A=PDP^{-1} écrite, la plupart des questions se ramènent à un calcul sur DD, qui est diagonale et donc immédiat.

  • Si on demande AnA^{n} PDnP1PD^{n}P^{-1}, avec DnD^{n} obtenue en élevant chaque terme diagonal à la puissance nn

    Exemple : D=diag(4 ; 2)D=\text{diag}(4\ ;\ 2) donne D3=diag(64 ; 8)D^{3}=\text{diag}(64\ ;\ 8)

  • Si on demande det(A)\det(A) ou tr(A)\operatorname{tr}(A) produit des valeurs propres pour le déterminant, somme pour la trace

    Cela sert aussi de contrôle sur les valeurs propres trouvées, dans l'autre sens.

  • Si on demande les valeurs propres de A1A^{-1}, de AkA^{k} ou de A+cIA+cI 1λ\frac{1}{\lambda}, λk\lambda^{k}, λ+c\lambda+c, avec les MÊMES vecteurs propres

    Aucun nouveau calcul : c'est la question de cours la plus fréquente en fin de chapitre.

  • Si on demande le comportement d'une suite Xk+1=AXkX_{k+1}=AX_{k} décomposer X0X_{0} sur la base propre, puis multiplier chaque composante par λk\lambda^{k}

    La valeur propre de plus grand module domine, et fixe la direction limite.

  • Si on demande si AA est inversible regarder si 00 est valeur propre : AA est inversible si et seulement si aucune valeur propre n'est nulle

Ne jamais calculer P1P^{-1} tant que ce n'est pas indispensable : la vérification AP=PDAP=PD valide la diagonalisation sans lui, et beaucoup de questions n'en ont pas besoin.

La rédaction attendue

Le correcteur coche des étapes. Les voici dans l'ordre, avec la phrase de conclusion qu'il attend mot pour mot.

Diagonaliser une matrice d'ordre deux

Quand l'utiliser : L'énoncé demande de diagonaliser AA, ou de trouver PP et DD telles que A=PDP1A=PDP^{-1}.

  1. 1 Écrire AλIA-\lambda I en entier, puis développer det(AλI)\det(A-\lambda I) pour obtenir le polynôme caractéristique.
  2. 2 Résoudre, donner les valeurs propres, et contrôler par la trace et le déterminant avant d'aller plus loin.
  3. 3 Pour chaque valeur propre, résoudre le système homogène (AλI)v=0(A-\lambda I)\vec{v}=\vec{0} et donner EλE_{\lambda} sous la forme vect{}\text{vect}\{\dots\}.
  4. 4 Justifier la diagonalisabilité : valeurs propres distinctes, ou somme des dimensions égale à l'ordre.
  5. 5 Écrire PP en rangeant les vecteurs propres EN COLONNES et DD avec les valeurs propres dans le MÊME ordre, puis vérifier AP=PDAP=PD.

Phrase de conclusion

Les valeurs propres sont 44 et 22, distinctes, donc AA est diagonalisable : avec P=(1111)P=\begin{pmatrix} 1 & 1 \\ 1 & -1 \end{pmatrix} et D=(4002)D=\begin{pmatrix} 4 & 0 \\ 0 & 2 \end{pmatrix}, on a A=PDP1A=PDP^{-1}.

Le piège : Oublier de justifier la diagonalisabilité et passer directement à PP et DD. Le barème place systématiquement un demi-point sur cette phrase, et elle est la seule à mentionner le critère.

Barème : 1 point pour le polynôme caractéristique, 1 point pour les sous-espaces propres, 0,5 point pour la justification, 0,5 point pour PP, DD et la vérification.

Calculer une puissance par diagonalisation

Quand l'utiliser : L'énoncé demande AnA^{n}, ou l'état d'un système après nn étapes d'une évolution Xk+1=AXkX_{k+1}=AX_{k}.

  1. 1 Diagonaliser AA et rappeler l'écriture A=PDP1A=PDP^{-1} avec PP et DD explicites.
  2. 2 Écrire le télescopage An=PDnP1A^{n}=PD^{n}P^{-1}, en justifiant par la simplification des P1PP^{-1}P intermédiaires.
  3. 3 Calculer DnD^{n} en élevant chaque terme diagonal à la puissance nn, et le dire.
  4. 4 Calculer P1P^{-1}, puis effectuer les deux produits dans l'ordre PP, puis DnD^{n}, puis P1P^{-1}.
  5. 5 Vérifier sur une petite valeur de nn, par exemple n=2n=2, en comparant au produit direct A×AA\times A.

Phrase de conclusion

Comme A=PDP1A=PDP^{-1}, on a An=PDnP1A^{n}=PD^{n}P^{-1}, d'où A3=(36282836)A^{3}=\begin{pmatrix} 36 & 28 \\ 28 & 36 \end{pmatrix}.

Le piège : Élever PP à la puissance nn en même temps que DD. Seule la matrice diagonale se met à la puissance : PP et P1P^{-1} restent inchangés, ce sont eux qui font le changement de base.

Barème : 0,5 point pour l'écriture An=PDnP1A^{n}=PD^{n}P^{-1}, 0,5 point pour DnD^{n}, 1 point pour P1P^{-1}, 1 point pour le produit final.

Vérifier avant de rendre

Cinq minutes de vérification récupèrent plus de points qu'un exercice de plus commencé à la hâte.

L'exercice type décortiqué

Diagonaliser une matrice symétrique, puis en calculer le cube

Soit A=(3113)A=\begin{pmatrix} 3 & 1 \\ 1 & 3 \end{pmatrix}.

1) Déterminer les valeurs propres et les sous-espaces propres de AA.

2) Écrire PP et DD telles que A=PDP1A=PDP^{-1}, et vérifier.

3) En déduire A3A^{3}.

v1A v1 = 4 v1v2A v2 = 2 v2
Les deux directions propres de AA : celle de v1\vec{v_{1}}, étirée 44 fois, et celle de v2\vec{v_{2}}, étirée 22 fois. Elles sont perpendiculaires, comme toujours pour une matrice symétrique.

Étape 1

tr(A)=3+3=6\operatorname{tr}(A)=3+3=6 et det(A)=91=8\det(A)=9-1=8, donc le polynôme caractéristique est λ26λ+8=0\lambda^{2}-6\lambda+8=0.

Pourquoi

La forme trace-déterminant évite d'écrire AλIA-\lambda I en entier en ordre 22, et elle donne d'emblée les deux contrôles qui serviront à l'étape suivante.

Étape 2

Δ=3632=4\Delta=36-32=4, donc λ1=6+22=4\lambda_{1}=\dfrac{6+2}{2}=4 et λ2=622=2\lambda_{2}=\dfrac{6-2}{2}=2. Contrôle : 4+2=64+2=6 et 4×2=84\times 2=8.

Pourquoi

Le contrôle prend cinq secondes et attrape toute erreur de signe dans le polynôme. Deux valeurs propres DISTINCTES suffisent déjà à garantir la diagonalisabilité.

Étape 3

E4E_{4} : (A4I)v=0(A-4I)\vec{v}=\vec{0} donne (1111)v=0\begin{pmatrix} -1 & 1 \\ 1 & -1 \end{pmatrix}\vec{v}=\vec{0}, soit x+y=0-x+y=0, donc E4=vect{(1 ; 1)}E_{4}=\text{vect}\{(1\ ;\ 1)\}.

Pourquoi

Les deux lignes sont opposées : un pivot a bien disparu, ce qui confirme que 44 est une vraie valeur propre. Le sous-espace est une DROITE, pas un vecteur isolé.

Étape 4

E2E_{2} : (A2I)v=0(A-2I)\vec{v}=\vec{0} donne (1111)v=0\begin{pmatrix} 1 & 1 \\ 1 & 1 \end{pmatrix}\vec{v}=\vec{0}, soit x+y=0x+y=0, donc E2=vect{(1 ; 1)}E_{2}=\text{vect}\{(1\ ;\ -1)\}.

Pourquoi

Les deux vecteurs propres sont orthogonaux, ce qui était garanti d'avance : AA est symétrique. C'est un contrôle gratuit sur les deux sous-espaces à la fois.

Étape 5

AA a deux valeurs propres distinctes en ordre 22, donc elle est diagonalisable : P=(1111)P=\begin{pmatrix} 1 & 1 \\ 1 & -1 \end{pmatrix} et D=(4002)D=\begin{pmatrix} 4 & 0 \\ 0 & 2 \end{pmatrix}.

Pourquoi

L'ordre est libre mais il doit être le MÊME des deux côtés : v1\vec{v_{1}} en première colonne de PP impose 44 en première position de DD.

Étape 6

Vérification : AP=(4242)AP=\begin{pmatrix} 4 & 2 \\ 4 & -2 \end{pmatrix} et PD=(4242)PD=\begin{pmatrix} 4 & 2 \\ 4 & -2 \end{pmatrix} : les deux coïncident.

Pourquoi

Deux produits, aucune inversion : c'est la vérification la moins chère et elle teste l'ordre en même temps que les vecteurs propres.

Étape 7

det(P)=2\det(P)=-2, donc P1=12(1111)=(12121212)P^{-1}=\dfrac{1}{-2}\begin{pmatrix} -1 & -1 \\ -1 & 1 \end{pmatrix}=\begin{pmatrix} \frac{1}{2} & \frac{1}{2} \\ \frac{1}{2} & -\frac{1}{2} \end{pmatrix}.

Pourquoi

On applique la recette de l'ordre deux : permuter la diagonale, changer le signe de l'antidiagonale, diviser par le déterminant. Ici PP est symétrique, donc P1P^{-1} l'est aussi.

Étape 8

A3=PD3P1A^{3}=PD^{3}P^{-1} avec D3=(64008)D^{3}=\begin{pmatrix} 64 & 0 \\ 0 & 8 \end{pmatrix}, ce qui donne A3=(36282836)A^{3}=\begin{pmatrix} 36 & 28 \\ 28 & 36 \end{pmatrix}.

Pourquoi

Seule DD passe à la puissance; PP et P1P^{-1} restent tels quels. Contrôle direct : A2=(106610)A^{2}=\begin{pmatrix} 10 & 6 \\ 6 & 10 \end{pmatrix} puis A2AA^{2}A redonne bien le même résultat.

Conclusion rédigée

AA a pour valeurs propres 44 et 22, avec E4=vect{(1 ; 1)}E_{4}=\text{vect}\{(1\ ;\ 1)\} et E2=vect{(1 ; 1)}E_{2}=\text{vect}\{(1\ ;\ -1)\}; elle se diagonalise en A=PDP1A=PDP^{-1} et A3=(36282836)A^{3}=\begin{pmatrix} 36 & 28 \\ 28 & 36 \end{pmatrix}.

L'erreur classique sur cet exercice : Écrire D=(2004)D=\begin{pmatrix} 2 & 0 \\ 0 & 4 \end{pmatrix} tout en gardant (1 ; 1)(1\ ;\ 1) en première colonne de PP. La vérification AP=PDAP=PD échoue alors sur les deux colonnes, mais seulement si on la fait.

À savoir par cœur

  • Av=λvA\vec{v}=\lambda\vec{v} avec v0\vec{v}\neq\vec{0} : le vecteur nul n'est jamais propre.
  • Valeurs propres : racines de det(AλI)=0\det(A-\lambda I)=0, avec λ\lambda retranché sur TOUTE la diagonale.
  • En ordre 22 : λ2tr(A)λ+det(A)=0\lambda^{2}-\operatorname{tr}(A)\lambda+\det(A)=0. Somme == trace, produit == déterminant.
  • Eλ=ker(AλI)E_{\lambda}=\ker(A-\lambda I) est un SOUS-ESPACE, donc une droite au moins, jamais un seul vecteur.
  • Géométrique \leq algébrique, et l'égalité pour CHAQUE valeur propre est le critère de diagonalisabilité.
  • nn valeurs propres distinctes, ou matrice symétrique réelle : diagonalisable sans vérification.
  • A=PDP1A=PDP^{-1} : colonne ii de PP et position ii de DD doivent se correspondre.
  • An=PDnP1A^{n}=PD^{n}P^{-1}, et seule DD passe à la puissance.
  • Vérifier par AP=PDAP=PD, qui évite de calculer P1P^{-1}.
  • Discriminant négatif : aucune valeur propre RÉELLE, donc aucune direction conservée, comme pour une rotation.

Questions fréquentes

Comment trouver les valeurs propres d'une matrice deux par deux ?

On écrit le polynôme caractéristique sous la forme lambda au carré, moins la trace fois lambda, plus le déterminant, égalé à zéro. La trace est la somme des deux termes diagonaux. On résout ensuite cette équation du second degré, puis on contrôle que la somme des racines vaut la trace et leur produit le déterminant.

Pourquoi le vecteur nul n'est-il pas un vecteur propre ?

Parce que la définition l'exclut expressément. Si on l'acceptait, n'importe quel nombre serait valeur propre de n'importe quelle matrice, puisque la matrice envoie toujours le vecteur nul sur lui-même. La notion perdrait tout contenu. Le vecteur nul appartient tout de même au sous-espace propre, qui est un sous-espace vectoriel.

Quand une matrice n'est-elle pas diagonalisable ?

Quand elle possède une valeur propre multiple dont le sous-espace propre est de dimension strictement inférieure à sa multiplicité. Autrement dit, il manque des directions propres pour former une base. Sur les réels, c'est aussi le cas d'une matrice dont le polynôme caractéristique a un discriminant négatif, comme une rotation.

À quoi sert la diagonalisation en pratique ?

Elle transforme un calcul difficile en un calcul immédiat. Élever une matrice à une puissance élevée devient un simple calcul sur les termes diagonaux, ce qui permet d'étudier une évolution après un grand nombre d'étapes, par exemple deux populations couplées, sans faire les multiplications une par une.

Comment vérifier une diagonalisation sans calculer l'inverse ?

On compare les deux produits de la matrice de départ par la matrice de passage, et de la matrice de passage par la matrice diagonale. Ils doivent être identiques. Cette vérification teste en même temps les vecteurs propres, les valeurs propres et l'ordre dans lequel ils sont rangés, et elle ne coûte que deux produits.

Une matrice symétrique est-elle toujours diagonalisable ?

Oui, dès lors qu'elle est réelle. C'est un résultat du cours, valable même quand une valeur propre est multiple. De plus, les vecteurs propres associés à des valeurs propres différentes sont automatiquement perpendiculaires entre eux, ce qui permet de choisir une base de vecteurs propres orthonormée.

Passer à la pratique

Exercices corrigés : Diagonalisation et valeurs propres

Une méthode se prouve sur une copie, pas sur une fiche. La série du même chapitre reprend chacun de ces pièges dans un exercice, avec le corrigé rédigé étape par étape.

  • 15 exercices corrigés
  • 150 points
  • 225 minutes
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Ce chapitre resservira dans

Les chapitres qui le réclament en amont, plus tard dans l'année ou dans les années suivantes.

Voir aussi

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