Exercice 1 : Le montage à reflux : chauffer fort sans rien perdre
Presque toute réaction organique se conduit à chaud. Chauffer un ballon ouvert fait partir le solvant en quelques minutes, et le fermer transforme le montage en bombe. Le reflux est la réponse à ce dilemme, et c'est le premier montage de la session.
Le tableau donne la température d'ébullition, sous une atmosphère, des solvants de laboratoire courants. C'est lui qui décide du montage, parce que dans un ballon au reflux la température du mélange n'est PAS celle de la plaque : c'est celle du solvant qui bout.
| Solvant | (°C) | Solvant | (°C) |
|---|---|---|---|
| Éther diéthylique | 35 | Hexane | 69 |
| Dichlorométhane | 40 | Eau | 100 |
| Acétone | 56 | Toluène | 111 |
| Méthanol | 65 | Xylène | 139 |
- a) Décrivez le trajet du solvant dans un montage à reflux et expliquez pourquoi la masse de solvant dans le ballon ne diminue pas, alors que le liquide bout pendant une heure.
- b) Une réaction exige au moins °C et le produit se décompose au-dessus de °C. Choisissez le solvant, donnez la température à laquelle le ballon se stabilisera, et calculez de combien de degrés on gagne par rapport au méthanol.
- c) L'eau du réfrigérant doit entrer par le BAS et sortir par le haut. Justifiez, et dites ce que l'on observe quand le branchement est inversé.
- d) Un réfrigérant mal alimenté laisse échapper pour cent des mL de toluène en deux heures. Calculez la masse perdue, puis de quel pourcentage la concentration des réactifs augmente dans le ballon. Masse volumique du toluène : g/mL.
- e) Pourquoi ajoute-t-on des pierres ponces ou un barreau aimanté, et pourquoi ne les ajoute-t-on JAMAIS dans un liquide déjà chaud ?
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Réponses
- a) Circuit fermé pour la matière, ouvert pour la pression : la masse de solvant ne bouge pas et la température reste verrouillée à
- b) Toluène, ballon à °C, soit °C de plus que le méthanol
- c) Par le bas, pour que la chemise se remplisse entièrement ; à l'envers, une poche d'air reste en bas et la condensation est incomplète
- d) g perdus, concentration multipliée par , soit pour cent
- e) Germes de nucléation contre la surchauffe ; jamais dans un liquide chaud, toute l'ébullition retenue partirait d'un coup
a) Le solvant bout dans le ballon, la vapeur monte dans le réfrigérant, rencontre une paroi froide, se condense, et le liquide retombe dans le ballon par gravité. Le circuit est fermé pour la MATIÈRE et ouvert pour la PRESSION, puisque le haut du réfrigérant communique avec l'air de la hotte. Rien ne sort, donc la masse de solvant reste constante, et c'est exactement ce que le mot reflux désigne : un retour. Le bénéfice va plus loin que l'économie de solvant. Tant que du liquide bout, la température du mélange est VERROUILLÉE à la température d'ébullition du solvant, quelle que soit la puissance de la plaque. Le chimiste ne règle donc pas la température avec le bouton, il la règle en CHOISISSANT le solvant. Tourner le bouton ne change que le débit de vapeur, c'est-à-dire la vivacité du reflux. Ce point mérite d'être retenu, car l'erreur la plus répandue au laboratoire consiste à pousser la plaque pour accélérer une réaction lente : on ne gagne pas un degré, on se contente d'envoyer la vapeur trop haut dans le réfrigérant, jusqu'à la perdre.
b) Il faut un solvant dont la température d'ébullition soit comprise entre et °C. Le tableau en propose un seul, le toluène, à °C. L'eau à °C est à la limite basse et conviendrait mal à un composé organique peu soluble ; le xylène à °C dépasse la température de décomposition du produit. Le ballon se stabilisera donc à °C tant que le toluène bout. Par rapport au méthanol on gagne degrés. Ce gain n'est pas anodin : une règle d'expérience veut qu'une hausse de dix degrés double environ la vitesse d'une réaction, de sorte que degrés représentent un facteur de l'ordre de vingt sur la durée. C'est la raison pour laquelle un protocole précise toujours le solvant AVANT la température : le premier impose la seconde, et changer de solvant pour des raisons de solubilité change aussi, sans qu'on y pense, la température de travail.
c) L'eau entre par le bas parce que la chemise du réfrigérant se remplit alors complètement, de bas en haut, en chassant l'air devant elle. Branchée par le haut, l'eau tombe le long de la paroi et laisse une poche d'air dans la partie basse de la chemise, précisément là où la vapeur arrive la plus chaude : la surface d'échange est amputée et la condensation devient incomplète. On observe alors de la vapeur qui monte haut dans le tube, un anneau de condensation qui grimpe au lieu de rester dans le tiers inférieur, et à terme une odeur de solvant dans la hotte. Le second effet est mécanique : un réfrigérant alimenté par le haut se vide dès que la pression du réseau faiblit, alors qu'alimenté par le bas il reste plein même si le débit s'arrête. Le repère visuel à retenir est l'anneau de reflux, cette limite nette entre le tube mouillé et le tube sec : elle doit rester dans le premier tiers du réfrigérant.
d) La masse perdue vaut g, ce qui correspond à mL. Il reste donc mL de toluène. Comme la quantité de matière des réactifs n'a pas changé, leur concentration est multipliée par , soit une hausse de pour cent. Deux conséquences pratiques en découlent. D'abord le mélange se concentre, ce qui accélère la réaction voulue mais favorise aussi les réactions parasites d'ordre deux, dimérisations et polymérisations en tête, dont la vitesse dépend du carré de la concentration. Ensuite, et c'est le plus fâcheux, si le volume de solvant avait été calculé pour garder tout le produit dissous à chaud, on risque une cristallisation dans le ballon en cours de réaction, qui soustrait le produit au milieu et fausse le suivi. La vérification qui coûte dix secondes : le niveau de liquide dans le ballon doit être le même à la fin qu'au début.
e) Un liquide pur, chauffé dans un récipient lisse et propre, peut dépasser sa température d'ébullition sans bouillir, faute de germe autour duquel une bulle puisse naître : c'est la surchauffe. Quand une bulle finit par apparaître, elle libère d'un coup toute l'énergie accumulée et projette du liquide bouillant hors du ballon. Les pierres ponces, poreuses, emprisonnent de l'air dans leurs cavités et fournissent en permanence ces germes de nucléation ; un barreau aimanté joue le même rôle en brassant le liquide et en créant des surfaces de rupture. On ne les ajoute jamais dans un liquide déjà chaud, et surtout pas dans un liquide surchauffé, parce que l'ajout déclenche instantanément toute l'ébullition retenue et envoie le contenu du ballon dans la hotte. Si l'on a oublié, la règle est de laisser refroidir largement avant d'ajouter la pierre. Une pierre ponce ne se réutilise pas non plus, ses pores se remplissant de liquide au premier usage : une pierre déjà servie ne protège plus de rien.